Auteur/autrice : admin

  • La fiction pour éclairer sur des réalités de société

    Pourquoi utiliser de la fiction, plutôt que du documentaire par exemple, sur des sujets de la « vie quotidienne » ? Comment faire pour que cette fiction ait une portée pédagogique et que le sujet ne soit pas perçu que comme de la fiction ? Quels sont les écueils à éviter (devenir caricatural, augmenter les préjugés) dans cet exercice créatif ? Autant de questions auxquelles répondent les deux interviewés.

    Les gens du public viennent nous voir et nous disent, ça me fait du bien parce que j’ai l’impression que ça parle de moi.

    Sarah Marx, réalisatrice

    En 2023, Sarah Marx a réalisé deux courts-métrages en collaboration avec la Macif pour faire la lumière sur les troubles de la santé mentale. Le premier, La vie de Mia, porte sur la dépression avec l’actrice Virginie Ledoyen, le second, La vie de Samy, sur les crises d’angoisse avec l‘acteur Rayane Bensetti. Dans le cadre de ces films, elle a travaillé avec le Dr Mouchabak pour s’assurer de la véracité des éléments abordés.

    Il y a pas mal de personnes issus de minorités, dont les personne sen situation de handicap, qui disent aux cinéastes […] “Moquez-vous de nous! A partir du moment où vous vous moquez de nous, vous nous incluez”.

    Lucas Bacle, réalisateur

    Lucas Bacle a lui aussi collaboré avec la Macif sur un projet autour de l’invisibilisation des jeunes aidants : L’invulnérable, film dont le scénario est inspiré d’une histoire travaillée en collaboration avec de jeunes aidants et l’association Jade pour retranscrire au mieux leur réalité.

    La Macif soutient l’association Jade pour lutter contre l’invisibilisation des aidants.

  • Séparation : les dix phrases à ne pas dire à quelqu’un qui vient de rompre

    Séparation : les dix phrases à ne pas dire à quelqu’un qui vient de rompre

    Attention : les 10 phrases à ne pas dire

    « Un de perdu, dix de retrouvés »

    La formule vient de l’évangile selon Saint-Luc et de la parabole de la pièce perdue. Impossible de l’appliquer aux affres de l’amour donc.

    « Ça va aller, tu vas t’éclater sur les applis ! »

    Se distraire sur une application de rencontre n’est pas forcément la solution idoine pour surmonter la douleur d’une rupture. Il y a souvent un temps de deuil nécessaire à la fin d’une relation.

    « Tu es sûr que c’est vraiment fini ? Il n’y a aucune chance que vous vous remettiez ensemble ? »

    Le cadeau empoisonné qui entretient un espoir souvent illusoire et ne constitue pas un véritable soutien.

    « Je te l’avais dit que ça ne marcherait pas. »

    Une rupture amoureuse n’est pas le moment pour asséner ses vérités à une personne en souffrance.

    « Je ne l’ai jamais vraiment aimé de toute façon. »

    Dans un moment de tristesse, inutile d’avoir un avis ou une phrase de dénigrement inutile qui peut conduire à un sentiment de honte

    « Pour une fois que tu avais trouvé quelqu’un de bien. »

    Une phrase qui peut faire mal à un ego déjà endolori.

    « T’es encore jeune, tu as le temps. »

    Une phrase que vous avez suffisamment entendue quand vous étiez adolescent.

    « Arrête de pleurer, il y a pire dans la vie. »

    Il est vrai que la perspective d’une troisième guerre mondiale, c’est pire, mais bon.

    « Il n’était pas fait pour toi. Tu méritais mieux de toute façon. »

    Vous n’avez pas besoin d’un jugement même bienveillant à votre égard, juste d’un peu de soutien.

    « Si tu veux, je peux te présenter un copain (une copine) célibataire. »

    Est-ce vraiment bien le moment pour ce genre de suggestion ?

    L’avis de Julien Faugeras, psychologue clinicien et psychothérapeute

    Une rupture est toujours douloureuse. Dès lors, le rôle des amis est d’être présents sans juger. Un ami n’est pas là pour réparer la blessure causée par la rupture. Il ne doit pas non être dans l’excès et adopter une position paternelle ou maternelle. Il doit mettre des limites. Il doit aussi être capable de dire : « Tu me parles trop de ton ex. Je ne suis pas compétent pour écouter cela. » Si la douleur est trop intense et que les relations amoureuses malheureuses se répètent sans cesse, les phrases de consolation seront une pommade inutile. Dans ce cas-là, le meilleur conseil que vous pouvez donner à quelqu’un qui vient de rompre est de consulter un psychanalyste. Parfois, la douleur d’une rupture peut réveiller la plaie causée par une fracture ouverte depuis l’enfance comme la séparation à la mère. Dès lors, une cure psychanalytique peut permettre de soigner les blessures du passé en travaillant selon la méthode de libre association.

     

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    Séparation : les dix phrases à ne pas dire à quelqu’un qui vient de rompre

     

  • Comment lutter contre la dépression post-rupture ?

    Comment lutter contre la dépression post-rupture ?

    Une histoire de deuil et de sevrage

    « Je te quitte. » Trois mots qui suffisent à plonger leur auteur ou leur destinataire dans un long tunnel. D’après une étude de l’Insee datant de 2015, le nombre de séparations chez les couples âgés de 25 à 45 ans a augmenté entre 1993-1996 et 2009-2012, passant de 155 000 à 253 000 par an en France. En 2013, une personne sur trois avait déjà subi une rupture, et peut-être, l’ouragan émotionnel qui s’ensuit : « C’est un effondrement du système, tous les repères s’effondrent d’un coup », résume Véronique Kohn, psychologue « spécialiste de la relation amoureuse ». D’un point de vue psychique, la rupture s’apparente à un processus de deuil, avec des étapes similaires – déni, tristesse, colère, puis acceptation.

    Mais le chagrin d’amour est aussi une histoire de chimie. L’organisme est forcé d’opérer un véritable sevrage en se passant subitement de l’ocytocine, l’hormone de l’amour et de l’attachement, et de la dopamine, la molécule du plaisir ou « du bonheur ». Le corps est parfois mis à rude épreuve pendant ce que Véronique Kohn compare à une désintoxication : sueurs froides, crises d’angoisse, insomnies, manque d’appétit, voire insuffisance cardiaque aiguë si l’on souffre du syndrome de Takotsubo, également surnommé « syndrome des cœurs brisés ».

    Trouver des ressources

    Simon, 30 ans, a subi certains de ces symptômes il y a dix ans, pendant un échange universitaire en Argentine. Un week-end de retrouvailles, sa copine fait tomber le couperet, s’étant entichée d’un autre garçon. L’étudiant est en état de choc, il ne s’y attendait pas. Puis il se retrouve seul dans un pays dont il maîtrise encore à peine la langue. « Je me sentais vraiment au bout du monde, rejoue Simon, qui a passé plusieurs mois enfermé dans sa chambre, à ruminer. Je pleurais tous les soirs, je n’avais d’intérêt pour rien… j’avais l’impression que ma vie était foutue. »

    Un discours que Valérie Kohn entend régulièrement lors des consultations individuelles ou des groupes de parole qu’elle organise. « Il faut veiller à ne pas s’isoler, car on reste avec des pensées envahissantes et on les alimente. Ce qui aggrave notre cas et nous enfonce », prévient la psychologue. Au bout de trois mois, aidé par un ami, Simon se met finalement « un coup de pied au cul », déterminé à ne pas gâcher son séjour universitaire tant attendu. « Une sorte de révolte contre moi-même alors que je n’avais aucune énergie », confie-t-il. Le jeune garçon se plonge dans diverses occupations – sorties, cours, club de foot, excursions à travers le pays. « J’ai commencé à mieux m’intégrer, à découvrir la ville et à rencontrer d’autres gens. Finalement, la rupture a été décisive pour que je me débrouille seul. Je me sentais plus libre. Et j’ai fini par rencontrer quelqu’un d’autre », raconte Simon.

    Les moyens trouvés pour aller de l’avant sont nombreux. Julien, quitté quelques mois avant son mariage, s’est débarrassé de toutes les affaires de son ex, puis a déménagé dans une autre ville. Emilie a taillé la route et a ouvert un blog de voyage. Vincent s’est lancé dans la fabrication de meubles. Lucie a démarré la salsa. Amélie, l’écriture. Certains se réconfortent avec les podcasts S’aimer comme on se quitte de Lorraine de Foucher ou Chagrins d’amour de Marie Gouillier.

    Renverser la vapeur

    « Si on fait un vrai travail d’introspection et qu’on questionne sa part de responsabilité, la rupture est une expérience intéressante à traverser. On peut en tirer profit », assure Véronique Kohn, qui voit la rupture comme une « crise évolutive ». En 2014, l’artiste Allison L. Wade a transformé en œuvres d’art des textos de rupture dans son exposition It’s not you (Ce n’est pas toi) présentée à New York. Des chanteuses comme Shakira ou Miley Cyrus ont également tiré parti de leurs déceptions amoureuses. Le titre « Music sessions, Vol. 53 » de la Colombienne, destiné à son ex-mari, est devenu la chanson la plus écoutée de Spotify au moment de sa sortie en janvier 2023. Le morceau « Flowers », lui, a rapporté un Grammy à son interprète américaine. Si Simon n’a pas remporté de prix, il est tout de même sorti gagnant de sa rupture. « Ça a ouvert la porte vers un nouveau chapitre très différent de ma vie. Je ne regrette rien », conclut celui qui est désormais père de famille et heureux en couple. Preuve que la fin d’une ère marque toujours le début d’une autre.

     

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    Comment lutter contre la dépression post-rupture ?

     

  • Les douleurs médicales, marqueurs d’étapes dans la vie d’une femme

    Les douleurs médicales, marqueurs d’étapes dans la vie d’une femme

    Quand Agnès* a lu, impuissante, les résultats négatifs de son bilan de fertilité, après une échographie endopelvienne douloureuse, elle aurait souhaité recevoir une parole rassurante, au mieux bienveillante, de la part du médecin chargé de son suivi. Dans une pièce peu familière de l’hôpital Tenon, éclairée au néon en plein hiver, le soignant a préféré appeler trois internes du service pour leur montrer l’ampleur de la catastrophe. En insistant auprès d’eux sur la responsabilité de l’âge de la patiente, 35 ans à l’époque. « J’avais l’impression qu’il me disait : “Mais à quoi elle s’attendait à son âge ?” », explique Agnès, humiliée. Après avoir ravalé ses larmes à la sortie de l’hôpital, elle s’est ravisée : ce n’est pas la première fois qu’elle subissait des violences verbales et physiques dans un contexte médical, et surtout gynécologique. Comme elle, des milliers de femmes dénoncent la prise en charge de leur santé sexuelle par le corps soignant, pas toujours formé à ces questions. Au cours de sa vie, 1 femme sur 5 a été victime de violences gynécologiques et obstétricales et 6 % ont vécu de la violence verbale, selon un rapport du HCE.

    Des violences étudiées sérieusement

    Au-delà des violences perpétrées volontairement ou involontairement, les douleurs médicales jalonnent les étapes de la vie d’une femme. Durant un parcours d’assistance médicale à la procréation, tout au long de la grossesse (y compris en cas d’IVG), lors de l’accouchement et le post-partum, dans des consultations en cabinet libéral ou en établissement de santé. Le cancer du sein est l’un des exemples les plus parlants : 43 % des femmes touchées par la maladie estiment que la mammographie est douloureuse. Une peur de la douleur qui est souvent un obstacle au dépistage. Des alternatives existent cependant. Une étude néerlandaise publiée dans la Revue Radiology a montré que l’échographie seule peut diagnostiquer efficacement les affections mammaires focales chez une grande majorité de femmes. La pose du stérilet, dont la douleur est très variable selon les femmes, fait aussi l’objet d’interrogations au sein du milieu gynécologique.

    Au Danemark, la pose de DIU (ou stérilet) est systématiquement faite sous anesthésie locale avec prescription au préalable de décontractants et d’antidouleurs. « Nous savons que la pince de Pozzi, instrument utilisé pour poser le stérilet, est également réputée pour ne pas être agréable, voire douloureuse. Le recours à cet instrument n’est pas obligatoire », assure Anne Evrard, responsable du Collectif interassociatif autour de la naissance (Ciane). Là aussi, l’appréhension de la douleur peut décourager les femmes. 18 % d’entre elles se détournent du stérilet (DIU) comme méthode de contraception par peur de la douleur. Le Carevix, dispositif médical innovant, alternative moins agressive à l’utilisation d’un forceps cervical, est une option atraumatique au stérilet. Par une technique de succion pour adhérer au col de l’utérus, il élimine les douleurs et les saignements inutiles. Les résultats préliminaires de l’étude ADVANCE Women réalisée en Suisse ont montré une réduction significative de la douleur et des saignements lors de la pose d’un stérilet (DIU) avec Carevix.

    Des douleurs minorées

    Au moment de l’accouchement, là aussi, la douleur est très souvent banalisée par l’ensemble de la société, ne permettant aucune évolution des pratiques. À l’image de l’épisiotomie, qui consiste à inciser le périnée au cours de l’accouchement pour faciliter la sortie du bébé. Le Ciane notait pour la période 2010-2013 que 47 % d’épisiotomie étaient réalisées pour un premier enfant, dont 85 % sans consentement demandé. L’OMS (Organisation mondiale de la santé) relève qu’un « taux supérieur à 20 % relève d’une déformation culturelle ». Depuis, ce taux est en baisse, grâce aux recommandations qui émergent dans le corps médical.

    Pour les femmes qui souffrent de douleurs chroniques, comme l’endométriose, les consultations avec des professionnels peu formés à la question des douleurs utéro-vaginales peuvent vite prendre la tournure d’un échange conflictuel. « Quand j’explique mon long parcours médical et que je pose des mots techniques sur mon endométriose, je vois que ça agace les médecins, qui se sentent probablement remis en question. Pourquoi un tel rapport de force entre soignant et soigné ? », se désole Agnès. « Certains médecins français peuvent être très dogmatiques, ne s’intéressant pas nécessairement aux autres méthodes exercées ailleurs dans le monde », complète Laure*, souffrant de douleurs vulvaires.

    Des violences que l’on ne tait plus

    Longtemps tues, les douleurs médicales et violences gynécologiques s’expriment désormais au grand jour. Tout commence en novembre 2014, quand le hashtag #PayeTonUtérus fait émerger plus de 7 000 témoignages de femmes en 24 heures dénonçant des propos porteurs d’injonction sur leur physique ou leur volonté ou non d’avoir un enfant, des examens vaginaux brutaux ou pratiqués sans leur consentement, jusqu’à des violences sexuelles. Un an plus tard, des documents de la Faculté de médecine de l’Université Lyon-Sud révèlent qu’il est attendu, dans le cadre de leur formation, que les étudiants pratiquent des touchers vaginaux sur des patientes endormies, donc sans leur consentement. Le terme de « violences gynécologiques et obstétricales » éclôt alors, mobilisé depuis près d’une vingtaine d’années en Amérique latine – où plusieurs pays l’ont inscrit dans la loi – et dans le monde anglo-saxon. Les conséquences des douleurs et violences gynécologiques sont encore peu documentées. Dans les cas les plus significatifs, elles peuvent être source de stress post-traumatique après un accouchement, dont les conséquences peuvent être importantes : renoncement aux soins, peur ou refus de grossesses ultérieures, sentiment de culpabilité, vie sexuelle en berne, perte d’estime et de confiance en soi.

     

    *Le prénom a été modifié

    Le bilan de fertilité désigne l’ensemble des examens qui permettent au médecin d’établir un diagnostic de la fertilité d’un couple afin de leur indiquer la prise en charge la plus adaptée. Chez la femme, ces examens peuvent être nombreux et varient selon le profil des patientes.

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  • Douleurs des femmes : l’éveil du corps médical

    Douleurs des femmes : l’éveil du corps médical

    Concrètement, quelles douleurs peuvent ressentir les femmes lors d’un examen gynécologique ?

    Camille Le Ray : Lors de l’examen gynécologique, le soignant est amené à réaliser des procédés intrusifs potentiellement douloureux pour les patientes (introduction d’une sonde pour une échographie endo pelvienne, un spéculum pour les frottis…). Pour les patientes qui souffrent déjà de douleurs chroniques comme l’endométriose, l’examen ou la palpation mammaire peuvent exacerber la douleur déjà présente, qu’elle soit abdominale, vaginale ou vulvaire. Ce qui est compliqué pour nous, c’est qu’on nous apprend à appuyer là où ça fait mal, au moins pour comprendre l’origine de la douleur. Mais la volonté de se former à le faire de la meilleure manière possible dépend entièrement de nous. Par exemple, c’est à nous de prendre les précautions quant à la meilleure position à adopter par la patiente (elle peut se sentir mieux en se plaçant sur le côté par exemple), mais aussi la lubrification du matériel…

     

    Quelles autres bonnes pratiques sont appréciées des patientes ?

    C. L R. : Dans un premier temps, informer la patiente de ce qu’on est en train de lui faire, lui demander son consentement, vérifier si elle est prête est absolument essentiel. Dans mes consultations, quand je vois que la patiente a beaucoup d’appréhension, je lui propose d’introduire le spéculum elle-même. Ça fonctionne très bien. De même dans le cas d’une échographie endovaginale, où une grande sonde assez longue peut être introduite directement par la patiente. Par ailleurs, il est bon de savoir qu’il y a un certain nombre de situations où il n’est pas nécessaire de faire un examen vaginal.

    Vous avez fait de la grossesse et de l’accouchement votre spécialité. Peut-on vraiment éviter la douleur dans ces moments-là ?

    C. L R. : C’est indéniable, un accouchement sera douloureux, peu importe la qualité de l’équipe médicale qui accompagne la future mère. Mais les douleurs liées à l’expulsion de l’enfant peuvent aussi être liées aux gestes employés par les soignants. Par exemple, l’épisiotomie n’est pas toujours obligatoire, et elle requiert le consentement de la femme. En France, on est les champions du monde de la péridurale (80 % des femmes la pratiquent), mais elle ne garantit pas la disparition de la douleur, qui doit à tout prix être évaluée par la sage-femme tout au long du travail. Sa présence humaine, sa bienveillance et son support permettent vraiment d’améliorer le vécu de la future maman.

    Beaucoup de femmes plaident pour la reconnaissance de violences verbales, qui peuvent être tout aussi marquantes que les douleurs physiques lors d’un examen.

    C. L R. : Dans les compétences d’un gynécologue, il y a bien entendu le savoir-faire, mais on oublie peut-être de rappeler l’importance du savoir-être. Ce qui revient beaucoup dans les témoignages des femmes, c’est la violence verbale qu’elles subissent à plusieurs moments de leur vie (accouchement, bilan fertilité, IVG, PMA…). La culpabilisation de l’âge des patientes qui souhaitent devenir mères par exemple est une trop mauvaise habitude des soignants. Si c’est une réalité médicale, il faut réussir à expliquer aux patientes les faits sans les accabler. Sans tout édulcorer, il nous incombe de choisir les bons mots et d’employer le bon ton. C’est probablement la même chose pour les hommes : quand ils vont chez l’urologue pour un toucher rectal, certaines questions ou certains gestes peuvent être déplacés. Un certain nombre d’hommes n’y vont pas par appréhension, ce qui enraye la prévention.

    De plus en plus de femmes se tournent vers les sages-femmes, qui bénéficient d’une meilleure réputation que les gynécologues… Qu’en pensez-vous ?

    C. L R. : La profession de sage-femme a moins été éclaboussée par les scandales des violences obstétricales. Par ailleurs, elles font très bien leur travail, il ne doit pas y avoir de conflit entre nos professions, car il y a du travail pour tout le monde. Au contraire, on travaille ensemble pour améliorer la prise en charge des femmes. J’encadre en ce moment une thèse en santé publique écrite par une sage-femme sur les soins non appropriés durant l’accouchement. En réalité, il n’y a pas de frontières. Ceux qui veulent nous monter les uns contre les autres ont tout faux !

    Avez-vous la sensation que les choses bougent dans le corps médical ?

    C. L R. : Les scandales obstétricaux ont, il faut le dire, été un mal pour un bien. La libération de la parole des femmes a permis de faire avancer les choses. Face à ces violences, il y a deux façons de réagir : soit on tombe dans le corporatisme, et on n’avance pas, soit on reconnaît les mauvais comportements, et on envisage d’évaluer dans nos pratiques. Le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) a établi une liste de recommandations qui posent les questions suivantes : dans quelles situations les examens pelviens sont-ils strictement nécessaires ? Comment faire pour que ces examens pelviens soient le moins douloureux ? Quelles positions proposer aux patientes ? Comment utiliser des lubrifiants ? Les choses bougent. Sûrement pas aussi vite que ce que voudraient les femmes, mais la pratique évolue. C’est la raison pour laquelle je me suis centrée sur la formation auprès des jeunes médecins, car l’espoir repose sur eux.

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  • Changement climatique : quels impacts sur les allergies ?

    Changement climatique : quels impacts sur les allergies ?

    Comment a évolué le nombre de personnes allergiques en France ces dernières années ?

    Sébastien Lefèvre : Nous constatons que les cas d’allergie ont énormément augmenté depuis plusieurs décennies. En 1962, lors de l’établissement d’un premier rapport national sur les allergies, il a été noté que 3 % des Français étaient touchés par des allergies. Ce chiffre grimpe à 30 % actuellement, d’après le livre L’Homme malade de son environnement1. Les causes environnementales expliquent la forte augmentation de ce nombre. Les allergies actuelles témoignent clairement d’une désadaptation de l’homme à son environnement.

    Comment expliquez-vous que les cas d’allergies aient explosé à ce point ?

    S. L. : C’est une accumulation de phénomènes. À cause du dérèglement climatique, les périodes pendant lesquelles les pollens flottent dans l’air débutent plus précocement et sont plus longues. De plus, il y a moins de pluies qui plaquent les pollens au sol. Plutôt que de parler de « changement climatique », je préfère utiliser le terme de « dérèglement climatique ». Ce dérèglement global se constate au fil des années dans l’ensemble de la France avec des périodes saisonnières changeantes : les hivers sont plus doux et les printemps commencent plus tôt notamment. Les végétaux éprouvent du stress à cause de ce dérèglement et sécrètent davantage de protéines de défense qui sont contenues dans les pollens. Les noisetiers par exemple commencent leur pollinisation dès la fin de l’année, alors qu’il y a dix ans, ce n’était pas avant en février.

    La pollution de l’air joue-t-elle également un rôle dans l’augmentation des allergies ?

    S. L. : La pollution de l’air influence doublement les situations allergiques. D’une part, les particules fines qu’on trouve dans l’air pollué vont obstruer les voies respiratoires, nez et bronches, et les fragiliser. D’autre part, ces mêmes particules fines vont rentrer en collision avec les pollens et les faire exploser dans l’air, avant qu’ils ne touchent le sol. Les pollens libèrent alors leurs protéines allergisantes.

    Les allergies sont-elles les mêmes selon les différentes régions françaises ?

    S. L. : Les allergies les plus fréquentes, c’est-à-dire les rhinites/conjonctivites et l’asthme, concernent toutes les régions françaises, mais elles ne sont pas provoquées par les mêmes végétaux et aux mêmes périodes. Dans la partie nord de la France, les pollens proviennent des noisetiers, des aulnes et des bouleaux durant la période allant de fin décembre à avril, puis il y a les pollens de graminées entre avril et mi-juillet. Dans la partie sud de la France, ce sont les cyprès qui génèrent des pollens, en novembre et décembre. Dans la vallée du Rhône et la région lyonnaise, il y a également l’ambroisie, une plante fortement allergisante, durant les mois de juillet et août. Nous constatons d’ailleurs que ces zones évoluent : les arbres et les plantes se « déplacent ». Au fil des années, les cyprès et l’ambroisie remontent progressivement vers le Nord. Le dérèglement climatique fait évoluer la végétation en France depuis plusieurs décennies, car ces espèces ne poussaient pas du tout dans certaines régions à cause d’un climat plus froid.

    Les allergies sont-elles dangereuses ?

    S. L. : Avec les rhinites/conjonctivites, il n’y a pas de danger vital, mais comme les durées des symptômes s’allongent, les traitements sont plus longs, que ce soient par antihistaminiques, sprays nasaux ou collyres oculaires. Les rhinites/conjonctivites provoquent surtout des effets indésirables qui peuvent gâcher la vie de tous les jours et empêcher d’aller travailler. Par contre, l’asthme est encore mortel en France, avec 1000 à 2000 décès chaque année. Ce chiffre stagne alors qu’il devrait baisser, car l’asthme est une maladie chronique que nous savons très bien traiter aujourd’hui. Mais, lors de pics polliniques, certains asthmatiques font des crises aiguës qui se révèlent mortelles.

    Quels coûts représentent les allergies en France ?

    S. L. : Les rhinites/conjonctivites légères représentent un coût de 13 millions d’euros par an en France, car elles génèrent une baisse de la productivité au travail et de l’absentéisme. Pour les rhinites sévères liées aux pollens d’ambroisie, le coût monte à 40 millions d’euros par an. Enfin, le coût de l’asthme est considérable pour la société : 900 millions d’euros sont dépensés chaque année en hospitalisation en France. Avec évidemment un coût humain, car il y a beaucoup de décès.

    La France est-elle suffisamment dotée en médecins allergologues ?

    S. L. : Malheureusement, non. Comme il y a de plus en plus de patients, il devient de plus en plus difficile pour eux d’obtenir un rendez-vous. Aujourd’hui, il faut compter neuf mois de délai pour voir un allergologue. Il y a actuellement 800 allergologues en France. Un chiffre qui monte à 1200 praticiens si nous ajoutons les autres spécialistes, généralistes et pédiatres formés à l’allergologie. Mais c’est trop peu : 35 nouveaux allergologues sont formés chaque année, il en faudrait 80 !

    Comment voyez-vous évoluer la situation des allergies en France ?

    S. L. : Je ne suis que spectateur de la situation… et plutôt fataliste. Les pouvoirs publics n’ont pas pris la pleine mesure des changements de l’environnement. Les rapports du GIEC2 devraient être suivis de décisions plus concrètes. En soignant les patients, nous traitons les conséquences du dérèglement climatique et de la pollution de l’air, mais pas les causes.

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    1 L’homme malade de son environnement de Michel Aubier, professeur de pneumologie à l’Université Denis Diderot – Paris VII et chef de service de pneumologie A de l’Hôpital Bichat à Paris.

    2 GIEC : Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

  • Être parent en 2024 : est-ce compliqué ?

    Être parent en 2024 : est-ce compliqué ?

    Pour Virginie Avezou, docteure en psychologie de l’enfant, de profonds changements dans l’éducation découlent de l’adoption de la Convention internationale des Droits de l’Enfant (CIDE), le 20 novembre 1989 par dix-huit pays des Nations unies. « À partir de cette date, les enfants ont été considérés comme des individus à part entière et des acteurs du monde dans lequel ils vivent », explique-t-elle. L’enfant devient une personne avec des droits, qui doit être accompagnée pour les exercer et accéder progressivement à son autonomie.

    Parentalité, éducation positive et pression

    La prise en compte des droits et besoins de l’enfant, Audrey la trentaine, mère de deux petites filles de 3 et 5 ans, l’a bien compris. Au moment de la naissance de sa première fille, elle a fait son maximum pour la combler et lui apporter le meilleur, quitte à parfois se négliger, voire s’oublier. « La maternité a été une vraie claque, ça ne s’est pas exactement passé comme je le pensais et je me suis mis beaucoup de pression, notamment au sujet de l’allaitement, qui a été plus compliqué que prévu », admet-elle. Avant de poursuivre : « J’étais tout le temps disponible pour mon enfant j’étais à fond dans l’éducation positive et en parallèle, j’essayais le zéro déchet. Je lavais même les couches de ma fille, ce que j’ai finalement vite abandonné. » Pour l’arrivée de sa deuxième fille, Audrey s’est autorisée à être une mère moins parfaite. « J’ai pris du recul sur tout ce que j’avais lu sur la parentalité positive. En fait, j’ai simplement suivi mon instinct et c’était beaucoup mieux. »

    Les injonctions à l’éducation positive peuvent en effet faire des dégâts. « On est passé de l’exercice d’une autorité à l’exercice d’une démocratie de l’éducation parentale avec plus de tendresse et de chaleur, mais il faut instaurer une relation symétrique équilibrée qui ne mette pas l’enfant en danger, commente Virginie Avezou. Si l’enfant n’est jamais frustré et décide tout, il y a le risque qu’il dépasse ses parents. Il y a une forte pression sur leurs épaules et ça nécessite un véritable accompagnement, mais beaucoup ne le sont pas assez aujourd’hui. »

    Enjeux du numérique et écologiques

    Un avis que partage Anne, la soixantaine. Mère de trois filles nées dans les années 1990, elle constate qu’aujourd’hui que certains parents sont envahis par leur progéniture. « Pour moi, ce n’est pas aux enfants de décider de l’endroit où ils vont en vacances, ou de celui où il faut acheter une maison. Ça, pour moi, c’est aberrant », lâche-t-elle. Anne a grandi dans les années 1970, avec des parents défaillants et quand ses filles sont arrivées, elle a choisi de ne pas trop les couver. « Je me suis investie quand même pour les accompagner, les guider, pour qu’elles aient ce qu’il fallait, mais j’avais besoin qu’elles aient une vie à elles et moi la mienne, se souvient-elle. J’adore mes enfants, mais j’ai détesté le rôle de mère dans tout ce que ça représentait de logistique. C’était trop ingrat et inintéressant. »

    D’autant que les parents d’aujourd’hui sont confrontés à d’autres problèmes très contemporains. « Il y a les enjeux liés au numérique, notamment autour de la protection du harcèlement, sans exclure son enfant de la culture jeune, mais aussi l’initiation aux enjeux de la transition écologique ou encore les soucis de l’avenir professionnel, voire immobilier, des enfants. Autant de questions que se posent désormais cruellement les parents », regrette Virginie Avezou.

    Clément, papa de 36 ans, fait partie de ceux-là. Même si lui et sa compagne font leur maximum pour rester positifs et inculquer le respect de l’autre, de la nature et quelques notions d’écologie à leurs deux filles de 4 et 6 ans, Clément est inquiet. « Ce qui m’angoisse vraiment, c’est de les voir grandir dans cette société de surconsommation et où les réseaux sociaux et les sollicitations de toutes sortes prennent trop de place, déplore-t-il. Ce sont des inquiétudes qui viennent, selon moi, s’ajouter à celles qu’avaient nos parents avant l’apparition d’Internet. À l’époque, ils se souciaient surtout de l’avenir professionnel de leurs enfants. »

     

    Interdiction des sévices physiques

    Enfin, autre décalage majeur entre l’éducation donnée à nos enfants en 2024, et celle reçue dans les années 1990 : la violence physique. Pour Clément comme pour Audrey, hors de question de lever la main sur leurs filles. Jamais. Ils y mettent un point d’honneur. Mais cette limite n’est pas toujours aussi évidente pour les grands-parents. « Un jour, j’ai entendu ma mère mettre une petite fessée ou une petite tape à ma fille pendant qu’elle la changeait et elle a d’abord nié puis avoué, mais on a dû en parler pour qu’elle comprenne que non, ce n’était pas “pas si grave”. »

    En effet, depuis le 11 juillet 2019, dans le cadre de la loi relative à l’interdiction des violences éducatives ordinaires, la fessée est officiellement interdite en France. « L’adoption de cette loi renforce l’idée que l’éducation à l’intérieur de la famille est basée sur le lien avec l’enfant et ce que ça implique sur son développement », conclut Virginie Avezou.

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  • Quel regard des jeunes sur la voiture aujourd’hui ?

    Quel regard des jeunes sur la voiture aujourd’hui ?

    Il y avait 38,9 millions de voitures sur les routes de France au 1er janvier 2023. Un chiffre donné en novembre dernier par le ministère de la Transition écologique dans une étude sur l’utilisation des véhicules sur le territoire. Parmi les conducteurs, on retrouve un nombre important de jeunes nés après l’an 2000, la majorité des permis B français étant délivrés aux moins de 20 ans, d’après l’institut Statista.

     

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    Entre envie et praticité

    « On entend souvent que les jeunes n’aiment plus la voiture alors que c’est faux. La réalité est plus complexe que cela », assure Hervé Marchal, sociologue et co-auteur de l’ouvrage collectif Les jeunes au volant (Erès, 2022). Théo, 20 ans, ne peut qu’acquiescer. Cet étudiant en architecture à Vaulx-en-Velin (Rhône) se dit « soucieux de [son] empreinte écologique », mais utilise parfois son véhicule hybride pour se rendre à l’école, pourtant située à dix minutes à pied. « C’est plus facile lorsque j’ai de grosses maquettes à transporter, se justifie-t-il. Je culpabilise, mais je me rassure en me disant qu’au moins, je roule en électrique. »

    La dimension utilitaire et la praticité sont des raisons largement invoquées par les jeunes conducteurs pour expliquer leur utilisation de la voiture : 63 % d’entre eux s’en serviraient principalement pour travailler ou étudier, d’après un sondage YouGov pour L’Obs publié en 2020. Sans surprise, les chercheurs constatent des rapports différents à la voiture entre les territoires. D’après Hervé Marchal, également professeur à l’université de Bourgogne (Lab. LIR3S), les jeunes des milieux ruraux et périurbains restent extrêmement attachés à leur véhicule, contrairement à leurs homologues « urbano-centrés », plus enclins à s’opposer radicalement à la voiture, aux 4×4 en ville ou à l’autosolisme (pratique solitaire de la conduite). « Simplement parce qu’ils ne vivent pas la même réalité et n’ont pas le même usage de la voiture au quotidien », souligne le sociologue.

    Un habitat à soi

    Le sondage YouGov montre aussi que 34 % des 18-24 ans associent l’automobile au mot « liberté ». Outil privilégié des premières vacances sans parents, moyen de partir où l’on veut, quand on veut, sans contrainte de temps… La voiture est le premier mode de transport pour les départs en voyage, selon un sondage Ipsos effectué en mai 2023 auprès des 18-34 ans. « Avoir sa première voiture représente une étape identitaire importante, confirme Hervé Marchal. Je peux organiser mon quotidien comme je l’entends, je m’affirme davantage en conduisant. » Le sociologue pousse l’analyse en comparant ce véhicule pas comme les autres à un habitat : « Un espace dans lequel on passe du temps, que l’on va s’approprier, qui va accueillir nos affaires, dans lequel on connaîtra peut-être l’amour pour la première fois », énumère-t-il. De son côté, le jeune Théo vit la conduite comme une pause, « un moment relaxant où il n’y a rien d’autre à faire que penser ».

    Un coût élevé qui entraîne un nouveau rapport à la propriété

    Reste que ce mode de transport coûte cher – 35 474 euros en moyenne pour un véhicule neuf, sans compter le carburant, l’assurance, la carte grise, l’entretien et d’éventuelles réparations. Si Théo s’estime chanceux que sa mère prenne en charge la plupart des coûts, il compte tout de même une dépense de 40 à 60 euros par plein, à raison de deux par mois, en n’utilisant son véhicule qu’un week-end sur deux pour rentrer au domicile familial situé à 50 km de son studio. La somme peut paraître dérisoire, mais engloutit en réalité une grosse partie de son budget d’étudiant. « Si je devais tout payer seul, je ne garderais pas la voiture. C’est un luxe d’en avoir une », reconnaît celui qui a passé son permis à 17 ans, en conduite accompagnée.

    Quand il ne rentre pas chez sa maman, le Vaudais s’en sert surtout pour partir en vacances avec les copains. Le covoiturage est alors la meilleure option pour répartir les frais et réduire l’impact écologique du trajet. « Le rapport à la propriété est en train de changer, analyse Hervé Marchal, qui prévoit l’essor des voitures partagées ou des locations de courte et longue durée dans les prochaines années. Plutôt qu’un véhicule à proprement parler, on achètera du service, de la tranquillité, du temps. » Que ferait Théo s’il ne pouvait plus utiliser sa voiture ? « Je ne chercherais pas à la remplacer. Ce serait l’occasion de changer mes habitudes, même si les alternatives sont moins confortables », promet-il tout en espérant qu’un jour, les voitures seront « 100 % vertes ».

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  • L’autoentrepreneuriat, un statut qui séduit

    L’autoentrepreneuriat, un statut qui séduit

    « Après avoir travaillé cinq ans en indépendant pour une école de kitesurf, j’avais envie de changement », confie Raphaël, 27 ans, moniteur de kitesurf. Ce jeune Normand qui a monté en 2021 son école sur la côte bretonne fait partie des jeunes actifs qui ont décidé de créer leur microentreprise pour lancer leur projet personnel. Bénéficiant d’un régime spécifique dépendant des entreprises individuelles, l’autoentrepreneuriat est prisé pour sa simplicité de création et de gestion (peu d’obligations comptables, sociales et fiscales). Pour y prétendre, il suffit d’exercer une activité artisanale, commerciale ou libérale, à titre principal. Reste que le chiffre d’affaires annuel est plafonné à 188 700 € pour les activités commerciales et d’hébergement et à 77 700 € pour les prestations de services et activités libérales. D’après une récente étude publiée par l’Urssaf, le nombre de travailleurs indépendants a continué d’augmenter en France en 2022 avec une part toujours plus importante d’autoentrepreneurs. Cette explosion s’explique en partie par un intérêt croissant de la jeunesse pour ce format de travail.

    Quels risques et inconvénients ?

    Malgré quelques appréhensions au début, Raphaël a vite compris que les risques de l’autoentrepreneuriat étaient mineurs. « J’avais besoin d’un prêt important pour acheter un bateau, mais j’ai vite vu qu’en assurant un certain nombre de cours par mois, je couvrirais largement le remboursement », souligne-t-il. Le jeune homme a vu dans l’autoentrepreneuriat nombre d’avantages. « Je n’étais pas contraint de générer un chiffre d’affaires minimum et je devais simplement le déclarer chaque trimestre sans avoir à tout justifier. De plus, les démarches administratives sont très simplifiées », précise-t-il. Pour Raphaël, l’augmentation de sa charge de travail en tant qu’autoentrepreneur n’a jamais constitué un problème. Bien au contraire. « Comme c’est mon entreprise, c’est bien plus prenant et plaisant. Sur certains aspects, je ne considère pas ça comme du travail. » L’inconvénient ? Son métier est un sport à risque. Dans le cas où il se blesserait, non seulement il n’aurait plus de rentrée d’argent et son statut lui assurerait peu de compensation. Reste qu’après deux années de microentreprise, les perspectives d’évolution professionnelle restaient minces. « Sans salariés, je ne pouvais pas faire grossir la structure. Sans compter que mon chiffre d’affaires était plafonné », pose Raphaël. Raisons pour lesquelles le moniteur de kitesurf est passé sous le statut d’entreprise individuelle il y a un an. Résultats : il emploie deux salariés et son chiffre d’affaires a doublé.

    Diversifier ses clients et ses missions

    Pour Lou, 38 ans, ouvrir son entreprise d’enseignement de yoga semblait être « le plus simple à faire » pour développer son activité dans les Landes. « Je n’avais pas tellement d’autres choix. Monter une association aurait été plus complexe », cède-t-elle. Aucun tracas pour rédiger les contrats avec ses clients : « J’ai simplement à les informer sur mes prestations, on négocie les tarifs si besoin et je facture. » Par ailleurs, Lou profite de sa microentreprise pour diversifier ses clients et ses missions. Avec une professeure de Pilates, elle était par exemple intervenue pendant quatre mois dans une entreprise de production agricole pour enseigner et développer le bien-être au travail. Et c’est sans compter qu’elle a pu cumuler les statuts juridiques. À côté de sa microentreprise, la professeure de yoga est en CDI comme responsable d’œnotourisme dans une entreprise viticole et vient aussi de créer avec un associé une société civile d’exploitation agricole. « C’est un avantage énorme de pouvoir être polyvalente dans mes activités. Non seulement pour me stimuler au quotidien et aussi pour éviter de mettre tous mes œufs dans le même panier », souligne-t-elle. Reste qu’elle ne sait pas toujours comment intégrer ses activités complémentaires dans le chiffre d’affaires de sa microentreprise. De plus, Lou l’avoue, les rares fois où elle a été contrainte de faire des changements d’adresse, de statut ou de numéro de SIRET, ça a été « un calvaire administratif ». Autre difficulté : lorsqu’elle a fait une demande de crédit à la banque pour financer sa maison, on lui a expliqué que son activité d’autoentrepreneur seule ne suffisait pas. Par chance, elle a pu jouer la carte de son autre activité en CDI.

    Un format idéal pour travailler à distance

    De son côté, Gauthier, 25 ans, est devenu autoentrepreneur suite à l’obtention de son Bac STMG. Après un stage en community management pour une entreprise qui commercialise des maillots de bain, le jeune homme avait envie de voir du pays. Mais il n’a pas pu refuser l’opportunité proposée par ses employeurs : poursuivre ses missions en créant sa microentreprise, un format inévitable pour travailler à distance. Un pari gagnant pour Gauthier : « Je me suis construit professionnellement en autodidacte grâce à ma microentreprise. J’avais la liberté de créer et développer mes compétences, je m’amusais avec les logiciels. » Par effet domino, le développement de ses compétences en design de produits lui a permis de doubler ses tarifs de prestations en deux ans. Aussi, grâce à ce format, le designer est devenu un véritable digital nomade, un statut idéal pour nourrir son travail de ses rencontres et des lieux qu’il découvre à l’étranger. « Un designer a besoin d’être stimulé en permanence et le voyage est une immense source d’inspiration et de créativité artistiques. » Aujourd’hui, l’évolution du marché du travail et des outils numériques ont bel et bien fait du freelance un véritable mode de vie. Côté sécurité de l’emploi, pas l’ombre d’une inquiétude pour le designer. Au fur et à mesure, il a cumulé plusieurs clients tout en conservant son « noyau dur » – l’entreprise de maillots de bain. « Beaucoup de PME font appel à des designers en microentreprise pour remettre un coup de neuf à leur marque », ajoute-t-il. Seul bémol : la charge importante de travail, rappelle Gauthier. « Au début, j’ai multiplié les clients et les missions. Je sentais que j’avais quelque chose à prouver, alors je travaillais d’arrache-pied sans compter mes heures. Mais avec le temps et l’expérience, j’ai appris à mieux m’organiser. » Preuve que l’activité d’autoentrepreneur est souvent synonyme de dur labeur.

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  • Ado et stage de troisième : quel objectif ?

    Ado et stage de troisième : quel objectif ?

    Sur TikTok, le stage de troisième inspire aux élèves concernés des contenus en pagaille. Tips pour dénicher une entreprise en or, anecdotes sur l’absurdité des missions demandées, refus en cascade ou encore, mini-vlog contant des stages de rêve ; chacun y va de son récit. Sarah, 15 ans, raconte face caméra sur un fond musical rythmé : « Faire son stage en crèche, c’est : se prendre de la purée dessus, avoir toutes les comptines de bébé en tête, s’attacher et être triste quand on doit les quitter. » D’autres camarades semblent moins ravis. « En pharmacie, mon maître de stage m’a demandé de classer tous les médicaments par nom pendant des jours », se désole Anna, 14 ans.

    Stage de 3ème, en quoi ça consiste ?

    D’une durée de 5 jours consécutifs ou non, ce stage est obligatoire pour tous les élèves de troisième. L’idée : faire connaissance avec le monde du travail. Qu’il suscite des vocations ou non, il marque souvent l’esprit des collégiens. « Je comptais les jours. J’étais chez un réparateur informatique, je passais mes journées sur YouTube vu qu’on était en période creuse », confie Théo, collégien de 15 ans passionné de jeux vidéo. Comme pour beaucoup d’autres élèves, il peut rapidement être synonyme d’ennui, voire d’un manque de sens. « Une semaine, c’est trop court pour comprendre quoi que ce soit », ajoute-t-il. D’autres découvrent la dure loi du travail. « Mise en rayon en grande distribution, je travaillais vraiment comme un employé même à 15 ans, c’est fatigant en fait », lâche Lucas sur Twitter.

    Le plaisir de partager son métier-passion

    Si l’accueil des stagiaires peut parfois consister pour les employeurs à combler le manque de missions par la fameuse commande excessive de cafés, certains voient dans l’accueil d’un collégien un atout considérable. Bérangère, agricultrice et éleveuse dans les Ardennes raconte avoir pris « un grand plaisir à partager sa passion avec une jeune fille intéressée ». À ses yeux, la visibilité des métiers agricoles passe aussi par la transmission aux plus jeunes. « Si personne ne leur montre ce qu’il peut y avoir de beau dans le quotidien des éleveurs en France, comme la proximité avec la nature et les bêtes, personne n’aura envie de rejoindre le travail de la terre », plaide-t-elle. Pour la sociologue Aude Kerivel, le stage de troisième représente aussi la première expérience inégalitaire du monde du travail. Car si certains arpentent avec joie les milliers de mètres carrés d’un aéroport international, ses duty free et ses atmosphères de grands départs, d’autres se rabattent sur ce qu’il reste. Parents sans relations, élèves issus de quartiers prioritaires de la ville ou de milieux ruraux… Faute d’avoir un réseau familial, trouver un stage de troisième peut se transformer en un véritable parcours du combattant. Alors certains glissent de la salade et des oignons dans les wraps des fast-foods tenus par des amis de la famille. Censée faire découvrir le monde du travail, cette première expérience peut aussi contrarier l’orientation professionnelle de certains élèves. « Essuyer une dizaine de refus pour un premier stage d’observation, qui plus est non payé, impacte forcément la future vie professionnelle de ces élèves », écrit Aude Kerivel.

    Une première expérience inégalitaire

    Si le sujet commence à émerger dans les médias nationaux (Le Monde a récemment consacré un article aux « stages kebab » des élèves des banlieues défavorisées), le sujet est relaté depuis dix ans dans la presse quotidienne régionale. En 2010 déjà, elle se faisait l’écho d’une étude nommée L’égalité des chances s’arrête à la supérette, publiée par l’Observatoire des inégalités. L’organisme avait pris l’exemple de trois collèges dans trois territoires aux particularités sociales et culturelles différentes. Dans un collège du Ve arrondissement de Paris, les élèves intègrent des sociétés de production, des banques ou encore des cabinets d’architecte. En milieu rural, dans les Côtes-d’Armor, les élèves de troisième découvrent des exploitations agricoles ou les boulangeries pâtisseries du coin. À Aubervilliers, dans le 93, c’est Anais Boutique et des plombiers indépendants qui avaient accueilli des élèves de troisième. Depuis 2018, la plateforme gouvernementale Mon stage de troisième permet désormais aux élèves de troisième des collèges du réseau éducation prioritaire (REP et REP+) d’avoir accès à une offre de stages parallèle, dans l’espoir de réduire l’écart entre les jeunes.