Catégorie : À l’écoute des autres

  • “Il n’y avait pas de filles à l’école de rugby” – Nadège Fondraz

    “Il n’y avait pas de filles à l’école de rugby” – Nadège Fondraz

    En ce mercredi soir de fin de saison, les rires des cadettes de Chambéry s’élèvent du terrain d’entraînement de l’équipe de rugby. Devant des bannières noir et jaune où se détache la tête d’éléphant, emblème de l’équipe, les jeunes filles âgées de 15 à 18 ans improvisent des exercices sous l’œil bienveillant de deux de leurs éducateurs, Nadège et Jean-Christophe. Elles ont terminé leur parcours en huitième de finale cette année, mais continuent de se retrouver sur le terrain jusqu’à fin juin. « Maintenant, on s’amuse », souligne Jean-Christophe, alors que les filles tentent un mélange de rugby et de baseball, s’emmêlant dans les règles que l’une d’elles vient d’imaginer.

    Nadège Fondraz, cheveux châtains courts, seule femme parmi les trois entraîneurs, les encourage et les conseille. À 41 ans, l’ancienne joueuse de l’équipe senior du SOC (Stade olympique de Chambéry), passionnée par ce sport, coache les adolescentes depuis qu’une blessure aux cervicales l’a forcée à rester à l’extérieur des lignes. Technicienne de laboratoire au CHU de Grenoble, elle fréquente assidûment les terrains depuis près de vingt ans, mais s’est mise à jouer un peu par hasard. Bien qu’ayant grandi dans une famille très portée sur l’ovalie – avec un père, un frère, des oncles et des cousins présents dans les stades –, elle a mis du temps à franchir le pas. « Il n’y avait pas de filles à l’école de rugby, quand j’allais voir mon frère », explique-t-elle. À 22 ans, c’est sa cousine qui la pousse à chausser des crampons, alors qu’un club féminin se lance dans un village voisin, non loin du lac de Paladru, en Isère. La même année, elle rejoint également l’équipe féminine de son université à Lyon. « Depuis, je n’ai jamais arrêté ! », glisse Nadège Fondraz, amusée. Au début, son entourage y voit pourtant une « lubie qui ne durera pas ».

    La jeune femme fait face à de nombreux préjugés : garçon manqué, clichés liés à l’orientation sexuelle présumée des joueuses, remarques sur le physique… « Aujourd’hui, il y en a moins, note Nadège Fondraz, soulagée. On sait que les filles peuvent faire du rugby, on en voit à la télévision. Mais on entend toujours des idées reçues. Il faut aller au-delà. »

    Elle encourage les jeunes filles de son équipe, dont certaines craignent d’être trop musclées. « Je leur dis : “tu es un avantage pour nous ! Ta puissance, ton gabarit, sers-t’en !”. » Et le rugby attire des jeunes filles aux parcours et aux centres d’intérêt très variés. « Certaines arrivent parfaitement maquillées pour l’entraînement… même si elles ressortent couvertes de boue », s’amuse la coach. Pour elle, le rugby a été un moyen de s’affirmer, de prendre confiance en elle. « Quand on est adolescente, avec un corps qui ne correspond pas aux critères actuels de beauté, ce n’est pas toujours évident, se souvient Nadège Fondraz. Dans le monde du rugby, j’ai vu des armoires à glace, mariées, avec des enfants. Tout le monde a une place. Des ailières qui font 40 kilos aux avants qui sont très charpentées. Il y a forcément un poste pour son gabarit, toutes les morphologies sont représentées ».

    Plus il y aura de filles qui encadreront et plus il y aura de référentes dans les bureaux, plus il y aura une équité et plus le rugby féminin se développera.

    Elle s’enflamme en parlant de ce sport, qui représente beaucoup pour elle et dont elle défend les valeurs. La très grande majorité de ses amies sont issues de ce milieu. Elles vont à des concerts ensemble, organisent des week-ends. « J’aime ce sentiment d’appartenir à un groupe. Ça m’a beaucoup aidée, quand j’étais plus jeune, pour la confiance en moi.» Aujourd’hui, elle prend les cadettes sous son aile et les intègre au sein des Fillass’, le collectif des joueuses de Chambéry qui se voient aussi en dehors du terrain. Aujourd’hui, elle est l’une des rares femmes à former au rugby et milite pour que davantage de femmes s’engagent dans cette voie. « On constate qu’il n’y a pas assez d’entraîneuses et d’éducatrices. Les femmes ont tendance à ne pas se sentir légitimes vis-à-vis des hommes qui prennent beaucoup de place, confie-t-elle. Mais heureusement, de plus en plus de mamans veulent s’investir auprès des jeunes ! » Elle-même était la seule femme, il y a trois ans, dans sa formation pour obtenir le brevet fédéral en vue de coacher les cadettes. Elle a dû se faire violence pour réussir à se sentir à la hauteur, alors même qu’elle a été très bien accueillie par les autres apprentis-entraîneurs. « Plus il y aura de filles qui encadreront et plus il y aura de référentes dans les bureaux, plus il y aura une équité et plus le rugby féminin se développera », souligne-t-elle.

    Sur le bord du terrain, les adolescentes apprécient particulièrement la présence de Nadège. « Avoir une femme comme entraîneuse, c’est important. Elle comprend mieux certains de nos problèmes, on peut lui parler plus facilement, quand on a nos règles par exemple », souffle Juliette, 18 ans. « Ou pour les straps, ajoute Maya. C’est plus facile si c’est elle qui nous les fait ! » Et surtout, elle les comprend dans leur pratique : « Coachs hommes ou femmes ne connaissent pas le même rugby. C’est important d’avoir les deux », ajoute Alison. Très attentive à elles, Nadège leur tend toujours une oreille. « On échange beaucoup avec les filles de l’équipe, explique l’éducatrice. J’en ai connu certaines à 15 ans, elles en ont 18 aujourd’hui et arrivent en voiture ! Entre temps, on a parlé scolarité, rugby, ce que ça leur apporte, etc. Certaines arrivent toutes timides et s’affirment, arrivent à faire partie de l’équipe. » Maya confirme : « Nadège, c’est un peu comme une grande sœur ».

    Son collègue Jean-Christophe entraîne aussi bien des filles que des garçons, mais constate l’évolution du rugby féminin. « Avant, on n’arrivait pas à remplir les stades, ils nous donnaient les places pour aller voir jouer les filles. Maintenant, il faut payer les billets », se réjouit-il. Pour autant, le nombre de joueuses est encore très inférieur à celui des garçons. Ainsi, pour former une équipe féminine de cadettes en Savoie, il a fallu mobiliser plusieurs clubs. À la vingtaine de licenciées du club de Chambéry sont venues se greffer huit filles du BAAR d’Annecy ainsi que deux du SOUA, le club d’Albertville. La trentaine de joueuses, revêtues d’un short rouge et d’un maillot rouge avec une croix blanche, arborent fièrement les couleurs des Pays de Savoie, en Élite 2. Au pied du massif des Bauges, qui surplombe le stade, sous les banderoles « Fiers d’être savoyards », Nadège entend bien continuer à développer sa passion conjuguée au féminin.

  • Nélia Barbosa : « Ma prothèse fait partie de moi »

    Nélia Barbosa : « Ma prothèse fait partie de moi »

    Nélia Barbosa a 19 ans lorsqu’elle décide de la date de son amputation de sa cheville droite. Ce sera le 6 novembre 2017. L’hiver se prête à une rééducation longue et son membre atteint de neurofibromatose, une maladie génétique, la fait souffrir depuis toujours. « Avant même de savoir si je pourrai marcher ou courir à nouveau, se souvient-elle en buvant un diabolo fraise, j’ai demandé au chirurgien si je pourrai continuer le canoë-kayak. »

    Quelques semaines après l’opération, son coach fait livrer au centre de rééducation le vieux canoë rose tout rafistolé de Nélia. Des images d’archives la montrent pagayant tout son soûl dans une piscine de dix mètres de longueur. « Pendant cette période, explique-t-elle, assise à la terrasse d’une brasserie à Nanterre, j’ai tenu un carnet de bord sur lequel je dessinais l’aventure que je traversais. Dernièrement, je l’ai parcouru, j’ai retrouvé des souvenirs oubliés. »

    Depuis, Nélia Barbosa, 24 ans, est devenue vice-championne paralympique et vice-championne du monde de course en ligne en canoë-kayak. Toute son énergie et sa volonté sont désormais tournées vers les Jeux olympiques de Paris en 2024, puis ceux de Los Angeles en 2028, et enfin ceux de Brisbane, en Australie, en 2032. Nélia concourt en catégorie handisport dans le circuit international, tout en se prêtant aux compétitions valides dans le circuit régional et national.

    « J’ai longtemps été intimidée par la compétition, aujourd’hui, je la kiffe ! » dit-elle en mordant dans sa bavette de bœuf, son péché mignon. Métisse, féministe, artiste, Nélia Barbosa apparaît comme une jeune femme de son époque, engagée en faveur de la protection de la nature qu’elle admire depuis son canoë, et pour un changement de regard sur les personnes handicapées. Avec son large sourire, son regard direct et ses colliers de perles, rien ne révèle son handicap si ce n’est une légère claudication.

    Nélia Barbosa : « Ma prothèse fait partie de moi »

    J’avais 18 mois lorsque la neurofibromatose a été diagnostiquée, je suis fière de cette enfant qui s’est construite avec cette malformation au pied droit.

    À écouter la jeune femme, l’amputation a été une étape douloureuse comme chacun en traverse. Nélia naît à Lisbonne (Portugal), en 1998, d’un père guinéen et d’une mère française. Elle garde de son enfance un souvenir merveilleux. « Mon père possédait une ferme où nous pouvions vivre dans la nature avec ma sœur Maëva. À l’école, il y avait une grande ouverture culturelle, mes amis étaient japonais, allemands, marocains. » L’enfant timide découvre le violon, le dessin au stylo et la peinture à la gouache lorsque la crise économique au Portugal rattrape sa famille. « J’avais 8 ans lorsque mon père a perdu son emploi, nous sommes venus vivre en France, à Champigny-sur-Marne. »

    Nélia s’acclimate peu à peu à son nouveau cadre de vie. « À l’école, je ne connaissais aucun chanteur, ni aucune publicité, raconte-t-elle. Et je ne comprenais pas comment on pouvait passer un week-end devant la télévision ou des jeux vidéo. » Le sport et la découverte du canoë-kayak lors d’un camp d’été en Corse aide la collégienne à canaliser son énergie débordante et à construire son cercle d’amis. À cette même époque, les médecins diagnostiquent au père de Nélia un cancer du foie. Il décède six mois plus tard. « Ma résilience, dit-elle, débute avec cette épreuve-là. »

    Rester assise de 8h à 17h, cela ne me convenait pas.

    Nélia garde un souvenir mitigé des années de lycée. Selon elle, le système scolaire français ne convient qu’à une minorité. « Au moment du bac, c’était compliqué pour moi ; rester assise de 8h à 17h, cela ne me convenait pas. » Son besoin de se dépenser l’a fait abandonner le violon. « Cet instrument était trop sage pour moi. » L’adolescente découvre qu’elle aime apprendre seule. « Je déteste la contrainte. Pourtant mon entraîneur aujourd’hui dirait de moi que je suis scolaire. »

    Surtout, les douleurs enflent sévèrement dans sa cheville droite, jusqu’à l’automne 2017 où l’évidence éclate. « Je me suis battue jusqu’au bout », dit-elle, lucide. Quand elle choisit la date du 6 novembre, une nouvelle étape de sa jeune vie s’ouvre. Aujourd’hui, sur son compte Instagram, en jupe ou en short, avec à la main sa pagaie, une haltère ou la médaille de chevalier de l’ordre national du Mérite, Nélia s’expose sans complexe avec ses différents modèles de prothèse. L’une est composée d’une lame recourbée pour la course, l’autre reconstitue son pied et sa cheville pour les déplacements quotidiens.

    « Je veux rendre mon handicap visible, explique-t-elle. Lorsque je suis photographiée, il ne me viendrait pas à l’idée d’ôter mes lunettes. Pourquoi devrais-je cacher ma prothèse ? Elle fait partie de moi. Mon handicap a toujours existé mais, auparavant, il ne se voyait pas. »

    Si les prothèses permettent à Nélia d’être autonome dans tous les domaines de sa vie, leur coût reste élevé et conditionne sa participation aux compétitions. En 2021, alors que les Jeux olympiques de Tokyo se profilent, Nélia a besoin d’une troisième prothèse adaptée à la course en ligne dont le prix s’élève à 7 000 euros. « J’avais peu de sponsors, se souvient-elle. J’ai lancé ma propre levée de fonds sur Internet. » Elle y décrit son amour de la glisse et de la vitesse, ses études en graphisme, son goût pour la persévérance et le dépassement de soi. Cent cinquante-sept contributeurs sont au rendez-vous qui offrent à l’athlète 13 455 euros.

    Depuis, les victoires s’enchaînent et plusieurs sponsors soutiennent la championne désormais debout sur les podiums internationaux. « Tous les jours, je peux tout faire seule ; je n’ai besoin de personne et cela me va bien », conclut-elle alors qu’elle se lève pour rejoindre son lieu de stage de l’autre côté de l’avenue. Nélia a souhaité poursuivre en alternance sa licence en graphisme, pour garder une vie sociale et par amour pour le dessin et le design contemporain. « Aujourd’hui, je vis seule, fonder une famille ne fait pas partie de mes projets. » Elle exprime sa reconnaissance envers ceux qui l’entourent et la préparent physiquement. « Ils me disent “tu es la meilleure”, ils me répètent “tu vas gagner, tu vas en baver mais tu vas gagner”. »

    Optimiste et lucide, la jeune femme s’interdit de se réjouir trop vite, elle connaît les revers de la vie. Elle poursuit son chemin, fidèle à ses choix. Lors de son dernier anniversaire, Nélia s’est offert un violon.

  • Harcèlement : le monde de la musique, des salles de concert et des festivals réagit

    Harcèlement : le monde de la musique, des salles de concert et des festivals réagit

    On les reconnaît à ses dossards blancs. L’équipe du dispositif Safer, qui lutte contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles en milieu festif, se faufile dans la foule compacte. Elle cherche une festivalière qui vient de signaler un comportement déplacé via une application dédiée. « Grâce à la géolocalisation, on peut intervenir rapidement. Notre rôle est de prendre la température, de rassurer, et de faire le lien avec la sécurité si le harceleur est toujours dans les parages, ou la Croix-Rouge si la victime a été droguée par exemple », détaille Lola, qui, comme la dizaine d’autres bénévoles qui travaillent avec elle, a été formée le matin même pour cette mission de la plus haute importance. « C’est plutôt calme », se félicite la jeune femme.

    Peut-être est-ce parce que le festival parisien We Love Green, où elle officie ce week-end, a mis le paquet : capotes à verre distribuées gratuitement, campagne d’affichage rappelant la loi, plateforme de signalement… Tous les moyens sont bons pour instaurer un climat aussi sécurisant que possible, dans ce grand festival comme dans plus en plus de salles de concert et de clubs partout en France.

    Près de 6 jeunes sur 10 ont déjà perdu le contrôle d’eux-mêmes

    au moins une fois au cours des 12 derniers mois du fait de leur consommation de substances, au point de ne plus vraiment savoir ce qu’ils faisaient (54%) (1). Parmi ces pertes de contrôle, le fait d’avoir un comportement inadapté envers les autres.

    Ouvrir des espaces de discussion

    À quelques mètres de là, d’autres associations organisent d’ailleurs des actions de prévention. Parmi elles, le CRIPS Île-de-France anime plusieurs activités pédagogiques pour sensibiliser les moins avertis. « Ces jeux permettent de démarrer une conversation avec – et surtout entre – les jeunes dans une démarche de prévention, sans tomber dans un discours d’interdiction », commente Émilie Monod, Responsable de la Communication au CRIPS Île-de-France.

    Qu’il s’agisse de consommation d’alcool, de substances, ou de consentement, l’association est équipée : « On a des lunettes qui permettent de simuler un état d’ébriété, par exemple. Ça nous permet de donner quelques conseils comme boire un verre d’eau entre chaque verre d’alcool… On a aussi imaginé un pref pong, sur le modèle du beer pong américain. Lorsque l’on parvient à viser un gobelet avec sa balle, on doit lire le papier qui est dedans, et dire selon nous si la situation décrite est charmante, gênante ou harcelante. »

    Le CRIPS n’est pas novice en la matière : « Cela fait plusieurs années que l’on travaille avec des festivals, des soirées, des lieux festifs… Il y a eu une vraie prise de conscience du secteur au sujet des violences sexistes et sexuelles depuis #MeToo. Les professionnels du milieu se forment massivement », poursuit l’experte.

    18% des consommateurs ont déjà agressé quelqu’un physiquement

    après avoir consommé de substances nocives (alcool, cannabis, ecstasy, cocaïne, héroïne). (1)

    Des formations certifiées

    La salle de concert et club le Trabendo, situé dans le Parc de la Villette à Paris, peut en témoigner ; pratiquement toute l’équipe a été formée par Consentis, l’une des associations de référence sur le consentement en milieu festif. « Pendant une demi-journée, on a revu les bases du consentement et appris à qualifier juridiquement différents comportements. Il en a découlé une charte interne et un protocole strict que nous déclenchons en cas de harcèlement ou d’agression. Aujourd’hui, ces formations se font sur la base du volontariat, mais elles sont en passe de devenir obligatoires, notamment pour être affilié au Centre National de la Musique et bénéficier de subventions », explique Pablo El Baz, directeur de la salle, qui fait une veille constante sur ce qui se passe chez ses collègues du secteur.

    « J’échange beaucoup avec d’autres clubs. On s’entraide, on partage les bonnes pratiques… » Il se félicite d’ailleurs que de plus en plus d’initiatives collectives voient le jour pour que le monde de la musique et de la nuit soit plus sûr pour tous : « Il y a notamment le Conseil de la nuit, les rencontres organisées sur le sujet par le CNM, le réseau MAP, le dispositif Demandez Angela… Tout cela traduit une prise de conscience indéniable, conjuguée à une demande accrue du public qui veut se sentir en sécurité. » Sur les murs du Trabendo, plusieurs affiches rappellent la loi et les règles du lieu. Un détail qui fait toute la différence, selon Pablo El Baz : « Ces affiches rassurent car elles rappellent aux clubbeurs que nos équipes sont mobilisées sur ces questions et qu’il y a une tolérance zéro vis-à-vis de ces comportements. L’équipe de sécurité et les barmen sont aussi particulièrement alertes, car ils sont les premiers en contact avec le public », poursuit-il.

    Une méfiance qui demeure ?

    Pourtant, certaines personnes se sentent encore mal à l’aise en club ou dans les salles de concert. À l’image de Pauline et Esther, toutes deux 24 ans : « J’ai souvent peur qu’on mette quelque chose dans mon verre », explique la première, venue se renseigner au stand du CRIPS entre deux concerts. « Personnellement, en boîte, j’ai surtout l’impression d’être un bout de viande dans une fosse aux lions, renchérit son amie. Les fois où j’y vais quand même, je fais en sorte de danser pas trop loin des vigiles, parce que je me dis que comme ça personne ne viendra m’embêter. »

    Si le monde de la nuit a entamé sa mue, le chemin est encore long. « La prise de conscience est certaine, appuie Safiatou Mendy, formatrice pour la très active association Consentis. Mais tout cela est encore bien fragile. Le consentement n’est pas une simple notion, il doit se pratiquer au quotidien. »

    (1) 3ème Édition du baromètre des addictions Ipsos/Macif 2023

    L’Essentiel de l’article

    • Le personnel des boîtes de nuit, festivals, bars et autres lieux de la vie nocturne est de plus en plus formé
    • Les comportements inappropriés sont divers (harcèlement sexuel, violence physique, insultes) et aucun n’est acceptable
    • Si vous êtes victime ou témoin de comportement inapproprié et/ou dangereux, adressez-vous au personnel du lieu
  • “Mon chien, mon héros” : histoires de propriétaires de chiens d’assistance

    “Mon chien, mon héros” : histoires de propriétaires de chiens d’assistance

    Comment se passe le quotidien avec un chien d’assistance ? Ces chiens, formés à accompagner des personnes atteintes de cécité, de handicap moteur ou encore à détecter l’épilepsie et le diabète, permettent à celles ou ceux qu’ils assistent de retrouver une plus grande autonomie. Dans « Mon chien, mon héros », un podcast signé Macif, découvrez des récits inspirés de témoignages de propriétaires de chien d’assistance et de leurs proches.

    Épisode 1 – Océane et Pumba

    Océane, 28 ans, a une maladie qui touche ses fonctions cardiaques, respiratoires et motrices. Elle est également diabétique. Pumba lui a complétement changé la vie. Avant, des auxiliaires venaient aider Océane tous les jours. Désormais, elle peut vivre en toute autonomie. Dans cet épisode, découvrez comment elle gère son quotidien avec sa chienne à ses côtés.

    Épisode 2 – Lily et Rouky

    Étudiante en neurosciences, Lily est diagnostiquée épileptique depuis son adolescence. Roucky, sa chienne d’assistance, l’accompagne partout, jusque dans sa salle de classe. Une réassurance pour sa mère Marylène qui a vu sa fille reprendre confiance en elle. Dans cet épisode, découvrez comment Marylène perçoit cette relation entre sa fille et sa chienne.

    Épisode 3 – Lou et Prosper

    Atteinte de diabète de Type 1 comme son père, Lou a connu de nombreuses situations d’angoisse à l’approche de crise d’hypoglycémie. Mais depuis l’arrivée de Prosper, son chien d’assistance, la jeune femme est beaucoup plus sereine. Dans cet épisode, découvrez comment le regard d’Alain, d’abord sceptique sur l’odorat expert de Prosper, a changé sur le chien d’assistance de sa fille.

    Épisode 4 – Jean-Pierre et Népal

    À 40 ans, Jean Pierre reçoit un diagnostic tardif : il est atteint du syndrome d’Usher, une maladie génétique menant à une perte progressive de l’audition et de la vue. Pendant 15 ans, il cache sa maladie jusqu’à un accident de voiture qui le fait tomber en dépression. Dans cet épisode, découvrez le bonheur de Chloé qui a vu son père retrouver sa joie de vivre grâce à son chien d’assistance Népal.

    Épisode 5 – Bonus – Pierre-Marie et Lyrics

    Pierre-Marie a perdu la vue brutalement à 25 ans lors d’un accident de travail. Avec Lyrics à ses côtés, il a pu reprendre le cours de sa vie et se lancer dans de nouvelles activités comme la course à pied. C’est même grâce à son chien d’assistance a rencontré Lise, sa compagne. Et si Lyrics pouvait raconter ce qu’il ressent ? Ça donnerait le récit à découvrir dans cet épisode bonus de “Mon chien, mon héros”.

    Merci à Marylène et Lily, à Alain et Lou, à Jean-Pierre et Chloé, à Pierre-Marie ainsi qu’à Océane d’avoir choisi la Macif pour raconter leurs histoires.

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  • Chiens d’assistance : des aides essentielles souvent difficiles d’accès

    Chiens d’assistance : des aides essentielles souvent difficiles d’accès

    Ils peuvent leur servir d’yeux, d’oreilles, de guides ou de soutien moral, mais sont aussi capables de donner l’alerte avant certaines crises ou de réaliser de la détection médicale. Ces chiens d’assistance sont plus que nécessaires pour de nombreuses personnes en situation de handicap. Comme les personnes malvoyantes, malentendantes mais aussi pour les diabétiques ou encore les épileptiques. Offerts aux bénéficiaires, ils sont pourtant une denrée rare. Mais alors pourquoi ? Et surtout comment aider les associations de chiens d’assistance à en attribuer davantage ?

    Un investissement humain et financier

    Tous les ans, en septembre, les écoles des chiens guides d’aveugle ouvrent leurs portes au public. Ces week-ends-là, dans la quinzaine de centres de formation de France, les familles sont accueillies par des hordes de chiots sélectionnés au préalable, encore patauds mais généreux en câlins. Face à ces petites boules de poils, difficile, pour les enfants comme leurs parents, de ne pas succomber. Le but de cette opération séduction : trouver des familles d’accueil à ces chiots pour qu’elles les éduquent jusqu’à dix-huit mois et les emmènent en formation, tous les quinze jours. C’est le premier défi auquel se confrontent les associations de chiens guides d’aveugle, mais également des autres chiens d’assistance.

    « Il y a des règles à respecter pour faire grandir le chiot de manière sereine, ne pas le laisser le chien seul plus de quatre heures par jour et surtout accepter de s’en séparer le moment venu », admet Florian Auffret, chargé de mission recherche et développement, coordinateur national de la formation et éducateur de chiens d’assistance chez Handi Chiens. Une fois la famille d’accueil trouvée, tout reste à faire et lorsque les associations récupèrent la garde du chien, tous ne peuvent pas intégrer le centre de formation. « À cause de problèmes d’éducation, de santé ou de profil inadéquat, 40 % des chiens ne pourront pas remplir leur rôle », regrette l’éducateur.

    À ces difficultés viennent s’ajouter les problèmes de financement des chiens d’assistance basé essentiellement sur les dons et mécénats. Il faut en effet compter entre 15 000 et 25 000 euros en fonction des compétences dispensées aux compagnons à quatre pattes. Ces sommes comprennent la formation, les vaccins, les équipements et les soins du chien jusqu’à ses deux ans voire davantage, en fonction de l’association qui l’emploie. Dans la majeure partie des cas, le chien employé sera un labrador retriever ou un Golden retriever. Il faut ensuite trouver des chiens qui correspondent au profil des bénéficiaires et la tâche est parfois ardue.

    « Dans mon cas, ça a pris près d’un an avant que la directrice technique trouve le chien qui me corresponde », se souvient Mickael Ros, chargé de communication de l’association les Chiens du Silence et également bénéficiaire. Aujourd’hui, les associations accusent du retard vis-à-vis des demandes des bénéficiaires. « Notamment à cause de la crise du Covid-19 », précise Mickael Ros.

    2 ans et demi d’attente

    Aujourd’hui, des milliers de dossiers sont en attente et environ 150 chiens sont attribués chaque année. Pour se voir accorder un compagnon à quatre pattes, il faut compter environ deux, trois ans d’attente.

    Apporter son soutien aux associations

    Alors, comment leur venir en aide ? « En fonction de leurs moyens et disponibilités, les gens peuvent faire des dons financiers mais aussi du bénévolat, nous aider à pousser la recherche plus loin, voire faire du mécénat de compétence. Ça peut nous être très utile que certaines entreprises mettent certains de leurs salariés à disposition. C’est notamment grâce à ça qu’on a pu développer une application permettant de faire le suivi santé et comportementale de l’ensemble des chiens », conclut Florian Auffret.

    La petite Spicy, un berger australien, partage la vie de Mickael Ros, sourd profond depuis quatre ans. Tous les jours, cette chienne à l’ouïe aiguisée lui vient en aide lorsqu’il n’entend pas le réveil ou lorsqu’un klaxon ou une sirène retentissent. « Si, par exemple, elle entend une alarme incendie dans un bâtiment, elle va me conduire vers la sortie, voire y retourner pour évacuer toutes les personnes qui y seraient encore, s’amuse Mickaël. Ils sont très attachés aux humains et ce sont des chiens de travail. Ils ont de bons réflexes. »

    L’info en +

    Les chiens travaillent en moyenne entre 7 et 10 ans, selon l’association qui les emploie. Quand le chien part à la retraite, il y a une évaluation de la situation des bénéficiaires et si elle n’a pas changé, le dossier est traité en urgence pour éviter qu’ils aient un délai d’attente trop long. Les associations encouragent les bénéficiaires à déposer leur dossier à l’approche de la retraite afin d’anticiper ce laps de temps d’attente.

    L’Essentiel de l’article

    • La formation d’un chien guide d’assistance coûte environ 25 000 euros
    • Les bénéficiaires attendent en moyenne 2 ans et demi avant d’avoir un chien d’assistance
    • Vous pouvez faire des dons financiers ou du bénévolat pour aider les associations

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  • Vacances et handicap moteur : « Il y a encore des progrès à faire pour l’accessibilité. »

    Vacances et handicap moteur : « Il y a encore des progrès à faire pour l’accessibilité. »

    Janvier 2023. Alex Ribeiro décide, accompagné de son fils de 6 ans, de se rendre à Bordeaux, en provenance de Montpon-Ménestérol, en Dordogne. Jusque-là, pas de quoi en faire une histoire. Seulement voilà, ce jeune père handicapé physique depuis la naissance se déplace en fauteuil roulant. Il raconte son périple, un voyage semé d’embûches.

    Premier obstacle : le décalage entre le quai et la voiture du TER. Alex n’étant pas du genre à se laisser intimider par la première difficulté, il parvient à monter à bord, armé d’une petite rampe et aidé de la mère de son fils. Trente minutes passent et la rame s’arrête à Libourne. « Et là, on nous annonce le terminus du train ! Mais aucun voyageur ne s’est levé parce que ce n’était pas prévu », détaille-t-il dans un long message Facebook.

    3,5 millions

    de personnes à mobilité réduite dont 650 000 personnes en fauteuil roulant en France.(1)

    La SNCF propose alors aux voyageurs des cars de substitution, pour rejoindre la gare de Saint-Jean de Bordeaux. « Je découvre un vieux car, poursuit-il, à bord duquel je ne peux pas accéder en fauteuil. » Incapables de lui trouver un taxi, les agents ferroviaires font une proposition, que le trentenaire n’est pas prêt d’oublier : reprendre le train en sens inverse et attendre cinquante minutes sur le quai, avec son fils, dans le froid.

    Sans surprise, Alex a préféré rentrer et mettre son fils au chaud. « J’ai eu l’impression d’être un colis égaré et non conforme », déplore-t-il auprès de France 3, insistant sur cette évidence : « Il y a encore des progrès à faire pour l’accessibilité. »

    La SNCF n’est pas la seule concernée, mais bien l’ensemble des moyens de transport. À Paris par exemple, une seule ligne de métro peut être empruntée par les personnes en fauteuil roulant : la ligne 14, la plus récente.

    Une situation en voie d’amélioration puisque la RATP a promis 21 nouvelles stations totalement accessibles aux PMR, d’ici 2024.

    La roue tourne

    Triste constat : en 2023, se déplacer sur de longues distances en fauteuil roulant reste encore et toujours un parcours du combattant. Résultat, trop souvent, les vacances des personnes à mobilité réduite (PMR) relèvent du casse-tête et virent même au cauchemar.

    Andrea Mocellin en sait quelque chose. Ce designer italien est le créateur du Revolve Air : une sorte de fauteuil roulant du futur aux roues pliables. Permettant d’économiser jusqu’à 60 % d’espace, le fauteuil fait à peine la taille d’un bagage cabine et peut donc se glisser dans les compartiments de rangements des avions ou sous le siège du passager.

    « Le fauteuil roulant n’a jamais changé, que ce soit dans sa forme ou sa fonction. Alors que les systèmes de transport n’ont cessé d’évoluer au fil du temps, regrette l’inventeur. L’idée était de repartir de zéro et de réinventer le fauteuil roulant, en commençant par les roues. » Voyageur expérimenté, l’Italien liste rapidement de nombreuses problématiques pour les PMR adeptes de l’avion : « Les compagnies aériennes endommagent trop souvent les fauteuils roulants, alors qu’ils représentent un investissement très important, ajoute Andrea Mocellin. Logiquement, lorsque vous voyagez de Paris à Munich avec un vol d’une heure, mais que vous retrouvez votre fauteuil endommagé ou les roues cassées, ça rend fou. »

    Pour une personne à mobilité réduite, le fauteuil roulant est comme une extension de son corps pour laquelle elle aura dépensé entre 10 000 et 20 000 euros.

    Andrea Mocellin, créateur du Revolve Air

    Le Revolve Air d’Andrea a un gros avantage. Avec lui, terminé les enregistrements de fauteuil. Plus besoin d’une aide pour embarquer ou descendre de l’avion. Fini les longues attentes à la livraison des bagages ou la peur du fauteuil égaré.

    « Notre objectif est de donner une toute nouvelle indépendance aux PMR, qu’elles soient des passagers comme les autres. » Si le fauteuil n’est pas encore disponible et si aucune date de mise en vente n’a été communiquée pour le moment, on sait qu’il faudra compter 1900 euros pour la paire de roues, 5000 pour l’ensemble, l’inventeur italien pense néanmoins déjà à la suite.

    Objectifs : fabriquer assez de fauteuils pour pouvoir proposer des espaces de location dans les aéroports du monde entier. Et pourquoi pas une application permettant aux voyageurs de réserver un fauteuil roulant depuis leur smartphone ? « Nous sommes actuellement en discussion avec le comité olympique et paralympique de Paris 2024, pour proposer cette nouvelle technologie en la plaçant à côté des stades par exemple, confie Andrea Mocellin. On sait que lors de ces événements, il faut marcher – dans le cas présent “rouler” – des kilomètres pour se rendre d’un point à un autre. » Affaire à suivre, donc.

    Locations saisonnières pour les PMR

    Quand ce ne sont pas les transports, c’est le logement. Tout le monde le sait, les locations saisonnières ont également leur lot de mauvaises surprises : un wifi défectueux, une vue sur mer inexistante, une climatisation datant des années 1980… Des désagréments qui finalement paraissent bien légers lorsqu’une personne à mobilité réduite raconte qu’il n’est pas toujours facile de s’assurer si le logement loué pour les vacances est tout simplement accessible en fauteuil roulant…

    Karima Kerkoub en a fait l’expérience. Il y a deux ans, cette mère de famille de cinq enfants du quartier Boutonnet à Montpellier souhaite inviter sa famille de Grenoble. Dont un de ses cousins qui est en fauteuil roulant. « Malheureusement, mon logement était inadapté, car à l’étage et sans ascenseur, écrit-elle. J’ai donc commencé à chercher un logement adapté sur les plateformes bien connues –, en vain. Les logements étaient trop chers et souvent non adaptés. Les photos et les informations des annonces étaient trompeuses, ni les salles de bains, ni les toilettes ou même les entrées n’étaient aux normes PMR. » Karima finit par renoncer, sa famille ne viendra pas.

    Néanmoins, après cette mésaventure, Karima fait la rencontre des Déterminés, une association d’accompagnement à l’entrepreneuriat sur la ville de Montpellier. La jeune femme suit alors une formation de six mois, doublée d’une formation Handibat sur les normes des logements PMR. Et c’est ainsi qu’en mars 2022 naît Lilee, une plateforme dont la principale mission est de recenser les logements à louer, accessibles aux personnes handicapées.

    « Sur le site, les personnes vont pouvoir choisir le nombre de pièces, le nombre de personnes avec qui elles veulent partir, mais aussi sélectionner des filtres selon leur handicap et ce qu’elles recherchent : une poignée ou un lit médical. » Une fois les critères entrés, l’algorithme de Lilee s’active pour proposer un large panel de logements, vérifiés et validés par la dirigeante, assistée d’ergothérapeutes. Dès sa création, la startup montpelliéraine reçoit une bourse de 42 000 euros décernée par la French Tech. Karima a quant à elle été récompensée par le concours Talents des cités, soutenu par Pôle emploi.

    Si pour l’instant, la plateforme ne recense que des logements saisonniers situés en Occitanie, Karima envisage une levée de fonds pour élargir son offre en France, puis à l’étranger. Avec l’ambition qu’in fine, les PMR puissent – comme l’indique l’acronyme de la plateforme « Live Like Everyone Else » – vivre comme tout le monde.

    L’info en +

    Pour retrouver ces deux initiatives :

    Revolve Air, le fauteuil roulant du futur

    Lilee.fr

    (1) Insee

    L’Essentiel de l’article

    • 3,5 millions de personnes en France ont une mobilité réduite
    • De nombreuses initiatives vient le jour chaque année
    • Vous pouvez faire des dons financiers ou aider bénévolement les associations

     

  • La précarité étudiante aggravée par la crise sanitaire

    La précarité étudiante aggravée par la crise sanitaire

    Les vidéos de files d’attente interminables d’étudiants devant les banques alimentaires depuis le début de la crise sanitaire ont marqué les esprits. Difficile, aujourd’hui, d’ignorer l’ampleur de la misère étudiante. « Avant la crise, la précarité était déjà forte. Désormais, elle explose, on le constate au quotidien », dénonce Mélanie Luce, présidente de l’Unef, l’Union nationale des étudiants de France. Et les distributions alimentaires que le syndicat a mises en place ne désemplissent pas. « Au fur et à mesure, de plus en plus d’étudiants y ont recours, et nous n’avons pas assez pour tous ceux qui ont fait la queue », détaille Mélanie Luce.

    43% des étudiants

    sautent des repas pour des raisons financières*.

    L’emploi étudiant, une nécessité financière pour beaucoup de jeunes

    Si la précarité n’a pas attendu les mesures gouvernementales liées à la Covid-19, ces dernières ont accentué la fragilité de nombreux étudiants, et notamment en les privant d’emploi – une béquille financière nécessaire pour près de la moitié d’entre eux, au vu de l’insuffisance des bourses.

    Ainsi, hors période Covid, 46 % des étudiants occupent une activité rémunérée durant l’année universitaire – ce pourcentage grimpe en été1. Une situation peu satisfaisante, quand on sait que travailler en parallèle de ses études est la première cause d’échec à l’université. « Les activités salariées hors cursus ont un impact négatif sur la validation (des diplômes) et favorisent l’abandon des études », confirme l’économiste Kady Marie-Danielle Sorho-Body2.

    « Non seulement les emplois étudiants révèlent les inégalités de parcours existant au sein de l’enseignement supérieur, mais, en outre, ils peuvent les accentuer », analyse également la sociologue Vanessa Pinto dans son ouvrage À l’école du salariat. Les étudiants et leurs « petits boulots »3.

    Mais à défaut d’être la solution idéale, l’emploi étudiant est jugé « nécessaire » par la quasi-totalité de ceux qui l’exercent. Il faut dire qu’aujourd’hui, seul un quart des étudiants bénéficie de bourses sur critères sociaux – à des niveaux souvent trop faibles pour en vivre (de 1 032 euros à 5 679 euros annuels).

    « Ce système d’aide est insuffisant, il oblige les étudiants à s’appuyer sur deux piliers pour financer leurs études : le salariat et la solidarité familiale », dénonce Mélanie Luce. Or, la dégradation du marché du travail touche particulièrement l’emploi informel et les contrats précaires, intérimaires ou autres, auxquels ont recours les étudiants. Ainsi, durant le confinement, plus d’un tiers des étudiants qui exerçaient une activité ont été contraints de l’arrêter, perdant ainsi en moyenne 274 € par mois4. Une baisse considérable pour des budgets ultraserrés.      

    Les étudiants précaires en grand besoin d’aide(s)

    Elise Nuret, vice-présidente en charge de l’Agoraé, une association qui compte une vingtaine d’épiceries solidaires gérées par des étudiants pour des étudiants, avait ainsi vu doubler le nombre de bénéficiaires entre septembre 2019 et septembre 2020. Et avec l’inflation la tendance n’a fait qu’augmenter. La jeune femme, elle-même étudiante, observe un changement de profils parmi les nouveaux venus : désormais, de plus en plus d’étudiants ayant perdu leur emploi n’ont d’autre choix que de se tourner vers la solidarité pour tenter de boucler les fins de mois. « Le problème était déjà présent avant 2020, mais il a été décuplé », souligne Elise Nuret.

    Lire aussi : Comment fonctionnent les AGORAé, ces épiceries étudiantes solidaires ?

    Ces modifications du travail étudiant ont des conséquences à long terme, bien au-delà de la seule période de confinement : parmi les étudiants ayant arrêté de travailler, 37 % n’ont pas repris d’activité rémunérée après le déconfinement4. Et nombreux sont ceux qui n’ont pas trouvé le fameux « job d’été » qui permet de tenir sur l’année universitaire. 

    Les études et la construction de l’avenir mises en péril par la précarité

    Une misère étudiante qui met à mal l’idéal de démocratisation des études supérieures et qui participe de la reproduction des inégalités sociales. L’Unef appelle à un plan d’urgence doté d’un milliard et demi d’euros pour permettre augmenter le montant des bourses et des APL (Aides pour le logement), mais aussi pour élargir massivement le nombre de bénéficiaires de ces bourses – entre autres en les ouvrant aux étudiants étrangers, qui en sont aujourd’hui exclus. Et au-delà, le syndicat propose la création d’une allocation d’autonomie, une aide universelle pour créer un filet de sécurité étudiant.

    « Aujourd’hui tout le monde peut perdre son emploi. Mais en tant qu’étudiant, nous n’avons droit ni au chômage ni au RSA »

    Mélanie Luce, présidente de l’Unef, l’Union nationale des étudiants de France

    Le constat est partagé mais les solutions émises peinent à trouver l’unanimité. Alors, faute de projet politique apportant une solution pérenne, le milieu associatif se mobilise. Les épiceries solidaires Agoraé, les associations Linkee ou Cop’21 organisent des distributions de panier repas, de plats préparés ou de produits d’hygiène. Idem pour les acteurs emblématiques de l’aide alimentaire, le Secours Populaire et les Restos du cœur, qui s’adaptent à leurs nouveaux bénéficiaires en ouvrant des centres dédiés aux étudiants. Des colis alimentaires pour des jeunes privés d’université, d’emplois et de perspective : difficile de trouver image plus marquante d’une jeunesse sacrifiée. « Les initiatives sont nombreuses dans le milieu associatif, mais notre action ne suffit pas. Les distributions de panier de sont pas une solution pérenne. Nous avons besoin de relais institutionnels », appelle Elise Nuret.

    La Macif se mobilise contre la précarité étudiante

    La Macif a décidé de mobiliser son dispositif Macif Solidarité Coups Durs pour permettre aux étudiants d’avoir un espace de soutien et d’écoute active, afin d’évaluer leur niveau de détresse et les orienter, en fonction, vers les aides ou structures de proximité existantes.

    *Linkee 2022
    (1) Observatoire national de la vie étudiante, enquête CDV 2016.
    (2) Sorho-Body Kady Marie-Danielle, « Le travail salarié a-t-il un impact sur la réussite en première année de licence ? », Formation emploi, 142 | 2018, 211-230.
    (3) Paris, PUF, 2014.
    (4) Observatoire national de la vie étudiante, enquête CDV 2020.
  • Zoom sur ces métiers qui attirent les jeunes

    Zoom sur ces métiers qui attirent les jeunes

    Au lendemain de la crise sanitaire et en pleine crise climatique, quelles sont les ambitions professionnelles des jeunes générations ? Si les métiers préférés ont peu évolué ces dernières années, se détacher des contraintes horaires et du lien de subordination est devenu une véritable attente.

    La quête de sens oui… mais le salaire d’abord !

    La crise sanitaire a accéléré une mutation des aspirations professionnelles : les 18-35 ans n’entretiennent pas le même lien à l’emploi que leurs aînés. Sans surprise, la quête de sens arrive très haut dans les motivations des plus jeunes : 56 % d’entre eux déclarent être en recherche de sens dans leur vie professionnelle ou étudiante (1). Et pourtant, c’est bien la rémunération qui reste le critère le plus important dans le choix de carrière (1)

    Ils privilégient également des secteurs qui recrutent. Et leur projet de carrière répond à une meilleure adéquation formation-emploi.

    Chiffre-clé

    43% des jeunes considère la rémunération comme le critère le plus simportant dans leur choix de carrière (1).

    Cap sur le temps libre et la flexibilité

    Fini le dévouement corps et âme ! Se détacher des contraintes professionnelles pour mieux concilier vie personnelle et vie professionnelle et gagner en autonomie, est source d’inspiration (1b). Les jeunes générations souhaitent bénéficier de flexibilité dans leurs horaires de travail et d’activités diversifiées. Le confort au quotidien est recherché, avec une prise de poste à 20 kilomètres maximum de leur domicile, tout comme la possibilité d’effectuer du télétravail

    Près d’un jeune sur trois (30 %) estime également qu’une entreprise doit leur permettre d’avoir du temps libre pour leur vie personnelle (1).

    Chiffre-clé

    25% de l’emploi actuel sera renouvelé d’ici 2030 du fait des seniors qui quitteront leur emploi (6).

    Et les métiers les plus prisés par les jeunes sont…

    Médecin, professeur et chef d’entreprise (2)  figurent sur le podium des métiers qui inspirent les jeunes. Viennent ensuite ceux de vétérinaire, ingénieur et policier. Leur point commun ? Le haut niveau de qualification qu’ils requièrent. Soigner, éduquer, entreprendre… Ainsi, la liste des professions qui font rêver les jeunes n’a quasiment pas changé en 20 ans (3).

    Avec l’avènement des technologies et la multiplication des utilisateurs d’internet, les métiers du web intéressent aussi les jeunes d’aujourd’hui. Développeur Web, rédacteur Web et trafic manager figurent aussi parmi les métiers qui drainent le plus de candidatures (4).

    Bon à savoir

    Ingénieur en intelligence artificielle

    Le nombre de postes liés à l’intelligence artificielle a été multiplié par 16 depuis quatre ans. Un ingénieur en intelligence artificielle est rémunéré aux alentours de 30 000 € brut par an en début de carrière mais peut rapidement monter à 40 000 € et beaucoup plus en fin de carrière (7).

    Mais les métiers qui recrutent sont plutôt…

    Les métiers qui emploient le plus de jeunes sortants de leurs études initiales sont très différents selon le niveau de diplôme :

    • ouvriers non qualifiés et employés de service pour les non-diplômés ;
    • artisans « de bouche » et aides-soignants pour les CAP/BEP ;
    • surveillants scolaires, animateurs sportifs et socioculturels et employés de la restauration ou de la vente pour les bacheliers ;
    • métiers de la santé réglementés pour les bac+2 à bac+3 ;
    • emplois très qualifiés de la recherche ou de l’ingénierie pour les plus diplômés.

    760 000 postes seront à pourvoir chaque année d’ici à 2030, notamment dans les secteurs de la santé, du service à la personne et du commerce. Ainsi, les métiers qui recruteront le plus les dix prochaines années sont (6) :

    • agents d’entretien ;
    • enseignants ;
    • aides à domicile ;
    • conducteurs de véhicule ;
    • aides-soignants ;
    • cadres des services administratifs ;
    • comptables et financiers ;
    • cadres commerciaux et technico-commerciaux ;
    • infirmiers, sages-femmes ;
    • ouvriers qualifiés de la manutention ;
    • ingénieurs de l’informatique.

    VOUS SOUHAITEZ ÉPARGNER ?

    Ça commence dès maintenant, avec le livret Jeune de la Macif, dédié aux 12-25 ans * !

    *La Macif agit en qualité d’Intermédiaire en opérations de banque et en services de paiement pour le compte exclusif de Socram Banque. N° Orias 13005670 (www.orias.fr).

    L’Essentiel de l’article

    • Les jeunes recherchent des métiers qui assurent un bon équilibre vie pro/vie perso
    • Médecin, professeur et chef d’entreprise : les métiers les plus attractifs en 2021
    • Les secteurs de la santé, du commerce, de l’aide à la personne recruteront le plus d’ici 2030.
       

    (1) Macif, Les jeunes et l’entreprise : Résultats du Baromètre – 2ème édition Fondation Jean-Jaurès / Macif,2022.
    (1b) Insee, À quoi rêvent les jeunes salariés ?, 2020. 
    (2) Jeunes et orientation : les métiers de demain,  2021. 
    (3) L’Étudiant, Les métiers qui font rêver filles et garçons ont peu changé en 20 ans, 2020.
    (4) Luttes étudiantes, Les métiers qui intéressent les jeunes, 2021.
    (5) Dares, Quels sont les métiers qui emploient le plus de jeunes à la sortie de leurs études ?, 2021.
    (6) Dares, Les métiers en 2030 : les postes à pourvoir par métiers, 2022
    (7) L’Étudiant, Les 10 métiers du web les plus demandés en 2020… selon LinkedIn, 2020  

  • Risque de verglas ? 6 conseils pour tenir la route

    Risque de verglas ? 6 conseils pour tenir la route

    1 Des pneus antiglisse

    Aussi appelés pneus contact ou pneus neige, ils possèdent une gomme qui reste souple en dessous de 7 °C, de gros pavés pour évacuer la neige fraîche et des lamelles qui font ventouse sur le verglas. Leur grande polyvalence permet de les utiliser de novembre à mars.

    S’équiper de pneus hiver ou détenir des chaînes ou chaussettes à neige est d’ailleurs désormais obligatoire du 1er novembre et le 31 mars dans certaines communes des massifs montagneux (Pyrénées, Alpes, Massif central, Vosges, Jura, Corse…)(1). Découvrez ici si votre commune est concernée.

     

    2 Voir et être vu

    Avant de démarrer, veillez à bien dégivrer votre pare-brise et vos vitres. Pensez aussi à nettoyer les phares avant et arrière. Sans oublier d’allumer vos feux de croisement. Le verglas s’accompagne souvent de brouillard givrant, vous devez donc optimiser votre visibilité, pour voir, mais aussi pour être vu.

    3 Tenir ses distances

    Pour pallier le manque d’adhérence des pneus sur verglas, il est indispensable de limiter votre vitesse et d’opter pour une conduite en douceur et sans à-coups. Tout comme sur les routes enneigées, la distance de freinage est quadruplée, augmentez donc significativement la distance qui vous sépare des autres véhicules.

    Un pépin sur la route ?

    Grâce à l’application Macif, disposez d’une assistance géolocalisée depuis votre mobile, avec le suivi de la dépanneuse.

    4 Pédale douce

    Plus que jamais, anticipez vos freinages. Procédez par petits coups de pédale sur le frein pour ralentir progressivement et éviter ainsi de faire la toupie. Ne freinez pas dans les virages ! Conduisez plutôt en surrégime en utilisant le frein moteur pour maintenir votre adhérence au sol.

    5 Redémarrage en douceur

    Autant que possible, évitez l’arrêt complet de votre véhicule. Pour repartir, redémarrez en accélérant doucement pour éviter que les pneus ne patinent sur la glace.

    6 Bien réagir en cas de dérapage

    Si votre voiture se dérobe, surtout ne freinez pas ! Embrayez pour ramener les quatre roues à la même vitesse et ainsi limiter la glissade. Si l’arrière se met en travers, en somme, si la voiture dérape, regardez toujours où vous souhaitez aller, cela facilite instinctivement la manœuvre de maintien de la trajectoire voulue. Évitez donc de fixer votre attention sur l’obstacle.

    Risque de verglas ? 6 conseils pour tenir la route

    Souvent invisible, la présence possible de verglas est néanmoins signalée sur certaines routes par ce panneau.

    L’Essentiel de l’article

    • Limitez votre vitesse et augmentez la distance de sécurité.
    • Optez pour une conduite en surrégime.
    • Freinez toujours progressivement et jamais dans les virages.
    • Contre-braquez en cas de dérapage.

    (1) Sécurité Routière 2022

  • Animaux : 5 choses à savoir avant de devenir famille d’accueil

    Animaux : 5 choses à savoir avant de devenir famille d’accueil

    Comment candidater pour devenir famille d’accueil ?

    Nombre de refuges pour animaux, bien souvent surpeuplés, recherchent des familles pour accueillir temporairement des animaux qui ont des besoins spécifiques (sociabilisation, soins vétérinaires, alimentation au biberon…). Votre rôle auprès d’eux est alors essentiel pour leur bien-être.

    Pour candidater, tournez-vous vers le refuge de votre choix ou simplement le plus proche de chez vous. Une fois les informations nécessaires recueillies, il vous indiquera si vous présentez ou non des « contre-indications » pour prendre en charge un animal. Une pré-visite de votre domicile peut aussi vous être demandée.

    Avoir un animal de compagnie n’est pas un frein pour devenir famille d’accueil

    Il n’est pas obligatoire d’avoir déjà un animal pour être famille d’accueil. Les familles sans animaux sont idéales pour placer des animaux peu sociables par exemple. Et si vous en avez déjà un, vous devrez probablement l’emmener au refuge pour qu’il rencontre votre futur compagnon et tester leur compatibilité.

    Lire aussi : Futur chien guide d’aveugle recherche famille d’accueil

    Le refuge qui vous confie l’animal prend en charge les frais

    Pour les associations, les familles d’accueil sont un soutien solide. Celles-ci participent à mieux cerner le caractère et les besoins de l’animal avant son adoption. Il peut revenir à la famille d’accueil de prendre en charge les frais alimentaires, mais bien souvent les factures d’entretien et de nourriture sont à la charge du refuge. Dans tous les cas, les soins vétérinaires sont toujours réglés par l’association.

    Vous pouvez adopter l’animal que vous avez accueilli

    Si la garde est censée être temporaire, vous pouvez adopter l’animal que vous avez accueilli. C’est le cas notamment quand les familles se sont attachées à leur compagnon ! Mais, cela sera possible lorsque l’animal sera officiellement adoptable, notamment dans le cas où il a été retiré à son maître pour maltraitance et qu’une confiscation définitive doit être prononcée par la justice.

    Le refuge peut vous rendre visite pour assurer le suivi de l’animal

    Pour s’assurer des bonnes conditions de vie et d’évolution de l’animal, le refuge qui vous l’a confié vous rendra visite. L’occasion de faire le point sur les soins prodigués, de poser d’éventuelles questions et d’exprimer, si c’est le cas, votre désir de l’adopter définitivement.

    Bon à savoir

    Rassurez-vous, tous les types de foyers sont recherchés par les refuges. Que vous viviez en maison ou en appartement, en couple, avec des enfants, l’essentiel est que vous ayez du temps à consacrer à l’animal que vous accueillez.

    L’Essentiel de l’article

    • Candidatez auprès d’un refuge pour devenir famille d’accueil.
    • Avoir un animal de compagnie n’est pas un frein pour devenir famille d’accueil.
    • Le refuge prend en charge les dépenses.
    • Il est possible d’adopter l’animal accueilli.