Catégorie : À l’écoute des autres

  • Jeunes et emploi : « C’est particulièrement attirant qu’une entreprise soit moderne »

    Jeunes et emploi : « C’est particulièrement attirant qu’une entreprise soit moderne »

    Romain a mis cette ambition à exécution dès sa sortie d’école et travaille depuis un an en Asie. C’est sa quatrième expérience professionnelle, précédée de deux stages de six mois et d’une expérience d’un an en Île de France. De son côté, Olivier est chargé d’innovation d’un grand groupe d’énergie français. Après ses études d’ingénieur, il intègre cette entreprise dans laquelle il évolue depuis près de 30 ans et recrute régulièrement de jeunes diplômés.

    16 % de jeunes

    projettent d’étudier à l’étranger.1

    Que vous ont apporté vos premières expériences professionnelles ?

    Romain : Tout d’abord, mes premières expériences m’ont permis d’avoir un CV fourni avec de bons éléments permettant d’appuyer mes candidatures dans le domaine que je recherchais, ce qui est toujours mieux que de sortir d’école sans stage. Aussi, d’un point de vue purement professionnel, ça m’a permis de mettre en pratique ce que j’avais appris en cours et de développer des compétences qu’on n’apprend pas à l’école : du relationnel et des compétences transverses comme de la gestion de projet ou le management.

    Olivier : Les critères de recrutement d’un jeune ingénieur sont effectivement le CV, les différentes expériences, mais cela ne fait pas tout. Il y a des choses qui ressortent d’une dimension extra-académique : il va falloir trouver chez le candidat un enthousiasme, une énergie, une ouverture vers le monde extérieur qui n’apparaissent pas dans un CV. Pour ce qui est de la découverte de compétences relationnelles, je pense que c’est une constante indépendamment des cursus universitaires et des générations : les écoles nous aident à penser, mais l’important de l’expérience professionnelle s’acquiert au contact de professionnels et cela tous les jours, depuis le premier jour de travail.

    « Plus d’un tiers des jeunes estiment que leurs compétences servent avant tout à valoriser le CV ». @Jeremie_Peltier revient sur l’enquête commandée par @MacifAssurances et @j_jaures à @BVA_France sur la jeunesse française et son rapport à l’entreprise https://t.co/CPGucsoy0u

    — Usbek & Rica (@USBEKetRICA) March 17, 2022

    De quoi avez-vous besoin pour vous sentir bien dans une entreprise ?

    Romain : L’important pour moi est de faire un travail qui me plaise, dans lequel je puisse m’épanouir, et surtout apprendre. J’espère continuer à me challenger en permanence, monter en compétences et gagner en responsabilité. Je pense qu’au moment où j’atteindrai une limite d’apprentissage dans mon emploi, je ne verrai plus grand intérêt à continuer : il vaudra peut-être mieux que je change d’orientation. Je pense par ailleurs qu’il est essentiel de s’entendre avec ses collègues, car ce sont eux qui nous forment. Cela permet également de savoir vers qui se tourner si on a besoin d’aide. Pareil pour ce qui touche au management : j’ai toujours eu affaire à des managers professionnels et bienveillants, sachant faire la part des choses entre parler travail quand c’est nécessaire, et être proches de leur équipe. J’ai aussi besoin qu’on me laisse beaucoup d’autonomie. Dans mon travail actuel, je fais les heures que je veux tant que le travail est fait, et c’est quelque chose que je valorise beaucoup.

    Olivier : Il faut avoir en tête que plus il y a de demande dans un secteur professionnel, plus les travailleurs sont en mesure de se montrer exigeant sur leurs conditions de travail. C’est ce qu’il se passe dans le monde de l’ingénierie : aujourd’hui, le pouvoir est du côté des diplômés, pas des entreprises. Les jeunes ont donc la possibilité du choix, bien plus qu’il ne l’était quand j’ai accédé au monde du travail. À mes débuts, on arrivait avec relativement peu de critères, tandis que les jeunes ingénieurs sont plus exigeants sur la pertinence de l’activité qui va leur être confiée, l’autonomie, la qualité de vie, la qualité de l’équipe et du management…

    Dans quel modèle d’entreprise pensez-vous être le plus à l’aise pour évoluer ?

    Romain : D’après mon expérience, quand on est dans un grand groupe, c’est un peu quitte ou double : si on tombe sur une bonne équipe c’est parfait, mais si on tombe sur du management un peu laxiste, ça risque d’être compliqué. Souvent, dans des groupes importants, on est un élément parmi tant d’autres, donc on n’a pas forcément tout le support dont on aurait besoin alors qu’on sort tout juste d’école. C’est pour ça qu’au début, je pense que le mieux est d’évoluer dans des entreprises un peu plus réduites et familiales. Le risque, c’est d’avoir moins d’opportunités professionnelles, ou peu de possibilité d’avoir des missions spécifiques, mais il y a plus de chances que ce soit plus confortable humainement.

    Olivier : Nous avons connu plusieurs phases : il y a 20 ou 30 ans, les jeunes cherchaient de grosses PME ou des grands groupes. Puis, à la fin des années 90, tout le monde a voulu intégrer des start-ups. Aujourd’hui j’ai l’impression que ça s’équilibre un peu, que chacun va trouver ce qu’il cherche en particulier dans son expérience professionnelle. Je pense qu’on va trouver des enseignements riches quelle que soit la taille de l’entreprise où l’on va faire sa première expérience. Dans un grand groupe industriel, on va apprendre à réfléchir à grosse échelle, à raisonner grand, efficace, et avec des moyens. On va également pouvoir s’appuyer sur un environnement avec beaucoup de compétences. Mais le corollaire de cela, c’est un peu moins d’autonomie, un peu plus de complexité, un peu plus de lourdeurs administratives, et un peu moins de confiance donnée à un jeune diplômé dans sa capacité à identifier et à promouvoir des solutions qu’il aurait imaginé lui. Dans une petite structure, on pourra accéder à une expérience formatrice parce qu’on va être confronté un peu seul à des problématiques d’ingénieur, mais en revanche on aura pas cette dimension de grande échelle.

    43 % des jeunes

    indiquent que leur attente principale vis-à-vis de leur travail se situe au niveau du salaire. 1

    Une bonne rémunération est-elle un élément décisif pour choisir une entreprise ?

    Romain : Ça ne me motiverait pas à rejoindre une entreprise si elle me proposait un salaire bien en dessous de celui de mes camarades qui sont aussi sortis d’école ou de la moyenne nationale. En somme, c’est une manière de mesurer la valeur de mon travail. Pour moi, l’argent est avant tout une question de sécurité. Cela permet d’une part de vivre tous les jours, mais aussi de faire des projets, comme acheter une maison et d’anticiper des évènements de vie comme un licenciement, un décès, des voyages…

    Olivier : J’observe depuis une dizaine d’années une tendance nouvelle du rapport des jeunes à leur rémunération : les jeunes considèrent qu’ils sont suffisamment payés entre 35, 38, ou 40k. Ils disent qu’ils ont « assez » pour vivre. Il y a un effet de palier sur un salaire minimum, qui garantit une certaine forme de confort et de reconnaissance sur le marché du travail, et à partir duquel le salaire ne devient plus important.

    Lire aussi : « Le revenu représente la valeur de notre travail »

    42 % des jeunes

    disent souhaiter avoir la possibilité de travailler depuis chez eux de temps en temps. 1

    Quelle place donneriez-vous au télétravail dans votre entreprise si vous aviez le choix ?

    Romain : À mes yeux, le format télétravail complet n’est pas quelque chose de viable pour une entreprise : c’est trop important d’avoir un contact réel avec les gens, et je pense qu’à terme, c’est préjudiciable pour le moral de n’avoir aucun contact avec son entreprise et ses collègues, si ce n’est en visio… Je pense que beaucoup de gens se laissent aller quand ils font du télétravail. Et puis le risque, c’est aussi d’oublier qu’on travaille ! À mon sens, ça peut être viable de faire un ou deux jours de télétravail par semaine, mais de manière autorisée et pas obligatoire pour prendre en compte les gens qui préfèrent passer toute la semaine au bureau.

    Olivier : Je doute que Romain soit représentatif de sa génération sur ce point : aujourd’hui, les professionnels de mon entourage me disent que la première question qui est posée à un jeune embauché est : « combien de jours de présentiel et de distanciel souhaitez-vous ? ». Le télétravail touche au lieu où l’on va exercer son activité professionnelle, ce qui est très important car il y a un enjeu autour du confort de vie qui se situe au niveau de la ruralité versus urbanité : est-ce que je vais être obligé de vivre en région parisienne pour travailler en région parisienne, ou est-ce que je peux aller vivre à Orléans ou aux Canaries parce que c’est là que j’ai envie d’être ? A mon sens, cette dimension-là va devenir de plus en plus prégnante dans le futur, jusqu’à devenir un facteur différenciant pour les employeurs

    1 Baromètre Les jeunes et l’entreprise

  • Violences intrafamiliales : quels signaux repérer pour venir en aide aux victimes ?

    Violences intrafamiliales : quels signaux repérer pour venir en aide aux victimes ?

    En 2020, les violences intrafamiliales ont connu une hausse importante suite aux mesures de confinement mises en place par le gouvernement. Le dernier rapport de la Fédération Nationale Solidarité Femmes montre qu’en 2020, près de 100 000 appels ont été pris en charge – ce qui représente une hausse de 22 % par rapport à 2019. Le rapport de la Fondation des femmes évoque quant à lui une hausse de 21 % des féminicides depuis 2019 et une recrudescence générale des violences faites aux femmes depuis le mouvement #Metoo et la libération de la parole qui s’en est suivi. Les chiffres des violences envers les enfants ont eux aussi connu une forte hausse en 2020 : les violences auraient ainsi augmenté de plus de 56 % sur les enfants de moins de 5 ans1.

    Des violences de tout type

    « Si les chiffres semblent se stabiliser suite à la levée des mesures de confinement, ils n’ont pas pour autant baissé de manière significative », souligne Françoise Brie, directrice de la Fédération Nationale Solidarité Femmes qui a pour objectif de venir en aide aux femmes victimes de toute sorte de violence. « Dans la réalité, l’immense majorité des femmes qui viennent rencontrer l’association sont victimes de violence conjugales. » Parmi elles, il faut bien distinguer les violences psychologiques (rabaissement, critiques…), verbales (insultes, cris…), physiques (les plus repérables), sexuelles (du harcèlement au viol conjugal) aux violences économiques, patrimoniales et administratives (confiscation de documents, interdiction de travailler, contrôle des dépenses, par exemple). « Les violences que nous rencontrons le plus fréquemment au sein de l’association sont les violences psychologiques, partage Françoise Brie. Viennent ensuite les violences physiques, mais il faut savoir qu’il y a toujours différentes formes de violences associées. »

    Être attentif aux premiers signaux de violence

    Pas évident pour les proches qui se situent hors du foyer de repérer la violence qui s’y cache. Pourtant, il y a des indices dont l’entourage familial et amical peut être témoin. Pour Françoise Brie : « Le contrôle exercé par l’un des partenaires sur l’autre est le premier signe à repérer. Cela peut se traduire par un conjoint qui répond à la place de sa femme, ne lui laisse pas la parole, ou bien contrôle ses sorties, par exemple. » Les proches peuvent également être dans une posture plus active, en posant des questions.

    « Si la personne réagit avec agressivité aux suspicions, par exemple, ou nie de manière exagérée, cela peut être un signe supplémentaire »

    Françoise Brie, directrice de la Fédération Nationale Solidarité Femmes

    Les signes peuvent être très ténus, selon la situation et la personnalité. Dans un contexte de violences conjugales déjà perçues ou connues, il peut également y avoir des facteurs aggravants, et dans ce cas, les signaux sont à repérer chez l’agresseur : « Quand un homme vient de perdre son travail, un parent, ou bien son statut social, cela peut venir aggraver la situation des victimes. » Et cela ne concerne pas seulement les femmes : dans un contexte de violences conjugales, les enfants sont victimes de violences physiques dans 40 % des cas. « Dire que les enfants ne sont pas concernés est faux : contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce sont les premiers impactés. » La séparation n’est pas non plus synonyme d’un arrêt des violences : « Une fois que la violence ne peut plus s’adresser directement sur l’objet, c’est l’enfant qui devient le vecteur de la violence. »

    Lire aussi : Violences conjugales : comment repérer et aider les femmes victimes ?

    Proche en danger : comment réagir ?

    « Le premier conseil que nous donnons, c’est avoir une qualité d’écoute : ne pas couper la parole, ne pas juger, et laisser la personne dérouler son récit, partage Louise Neuville, chargée de communication pour l’association En Avant Toutes qui lutte contre les violences sexuelles et sexistes. Ensuite, valoriser la personne, car dans un contexte de violence et d’emprise, les victimes ont souvent une faible estime d’elle-même. Les valoriser, c’est donc leur rappeler qu’elles ont en elles des ressources pour s’en sortir », poursuit-elle.

    « Il faut également être patient : quitter un homme violent, cela peut prendre des mois, voire des années selon les personnes. »

    Anne Joseleau, la directrice de Solidarité Femmes 21 à Dijon

    « Il faut toujours, dans ce cas, redonner le moteur de l’action à la personne et ne pas la forcer ou décider d’entamer des démarches à sa place, ce qui pourrait être contre-productif », rappelle également Anne Joseleau, la directrice de Solidarité Femmes 21 à Dijon.

     

    3919

    Si vous êtes victime de violences ou proches d’une victime, appelez ce numéro ouvert 7j/7 et 24h/24 depuis septembre 2021. En cas d’urgence, privilégiez le 115 ou le 17.

    Enfin, l’entourage comme les professionnels peuvent contacter le 3919 – un numéro d’écoute géré par la Fédération Solidarité Femmes, à la fois pour les femmes victimes de violence, mais aussi pour l’entourage et les professionnels concernés, ou bien le tchat sur le site commentonsaime.fr, mis en place par l’association En Avant Toutes pour atteindre les victimes les plus jeunes : « Aujourd’hui, il y a une femme victime de violence sur 10, mais lorsqu’on descend la tranche d’âge au-dessous de 24 ans, c’est une femme sur 7, et elles ont moins tendance à appeler pour témoigner », explique Louise Neuville. Rappelons toutefois que, ni le 3919 ni le tchat mis en place par l’association En Avant Toutes ne sont valables en cas d’urgence. Ils ne remplacent pas le numéro de la police, le 17 ou le 115 si la victime a besoin d’être logée rapidement.

    Certaines professions sont également plus à même d’agir en cas de suspicions de violence, et dans ce cas, il est possible de se former : à Dijon, Solidarité Femmes organisent des formations pluriprofessionnelles avec des médecins, des pompiers, des policiers, des sage-femmes ou des infirmiers pour « tisser un réseau de partenaires local et mieux comprendre les limites d’intervention de chaque métier et d’éviter, ainsi, à ces professions de se renvoyer la balle », selon la directrice Anne Joseleau. Dans une visée aussi préventive, des associations prennent en charge les auteurs de violences, comme la fédération FNACAV qui regroupe toutes les associations spécialisées pour le suivi des auteurs de violences, et qui a ouvert, en 2003, un numéro national dédié à la prise en charge : 08 019 019 11.

    TROUVEZ DU SOUTIEN OU DE L’ÉCOUTE

    La Macif vous soutient.
    Contactez Macif Solidarité Coups Durs au 09 69 32 84 19 (du lundi au vendredi de 9h à 18h et le samedi de 9h à 12h. Appel non surtaxé).
    Renseignez-vous sur les solutions que nous vous proposons.

    1 https://www.chu-dijon.fr/actualites/2021/02/10/violences-confinement

  • Jeunes et emploi :  “Le revenu représente la valeur de notre travail”

    Jeunes et emploi : “Le revenu représente la valeur de notre travail”

    Parole à Julie, Lyonnaise de 23 ans installée à Bordeaux, en fin de bachelor à l’Ecole supérieure des professions immobilières et exerçant son quatrième stage en agence. Face à elle, Joël a 23 années d’expérience dans l’immobilier à Montluçon et a évolué au sein de grandes agences jusqu’à devenir directeur. Suite au confinement, il est devenu indépendant.

    Vous avez choisi de vous diriger vers l’immobilier, un secteur au fonctionnement très spécifique, le salariat y étant quasiment inexistant.

    Julie : Exactement : quand vous entrez dans une agence, il y a un directeur possédant une « carte T » ce qui lui donne le droit d’effectuer des transactions immobilières et de créer une agence. Il est souvent entouré de six ou sept personnes. Les gens ont tendance à penser que ce sont des salariés, mais en fait il y a très peu de salariés dans les agences immobilières : ce sont des personnes qui veulent avoir un salaire fixe, mais gagnent beaucoup moins bien leur vie que ceux qui sont indépendants. L’agence immobilière prête le droit d’utiliser le nom de l’agence pour travailler, donc il n’y a pas de lien de subordination ou de lien hiérarchique. Pour ça, on lui donne [au directeur] une rémunération, à hauteur de 50 % de ce qu’on gagne, et on signe un contrat qui stipule qu’on est lié avec une seule agence. Cela crée quand même un lien fort avec le directeur d’agence, mais on ne peut pas se faire licencier : on a un lien de collaborateur.

    43 % des jeunes

    disent attendre prioritairement de leur travail qu’il leur assure un bon revenu. 1

    Comme ces 43 % de jeunes, le salaire est-il important pour vous ?

    Julie : Je me suis jamais dit « je veux gagner tant par mois », mais j’ai un rythme de vie où j’aime voyager, j’ai une voiture, j’aime partir en week-end, j’aime profiter. J’aimerais garder un niveau de vie proche de celui avec lequel j’ai grandi. C’est justement pour ça que j’ai décidé de faire des études : c’est pour avoir ma propre carte Transaction, et être autonome sans avoir à donner la moitié de mon argent à quelqu’un. En attendant, j’apprécie que la rémunération fonctionne à la commission. Je ne voulais pas être dans un mode de vie professionnel salarial. Travailler à la commission, ça veut dire que chaque mois, je gagne une somme différente : je peux ne rien gagner du tout, comme beaucoup d’argent, c’est le côté excitant du métier. Le côté challenge de la rémunération m’attire : si je ne me lève pas tous les matins avec la niaque, ça ne va pas venir tout seul.

    53 % des jeunes

    considèrent qu’en début de carrière, ils doivent avant tout gagner en expérience. 1

    C’est un fonctionnement qui peut être très valorisant, mais qui pourrait aussi insécuriser plus d’un. Qu’est-ce qui vous attire dans le format de l’auto-entreprenariat que le salariat pourrait plus difficilement vous apporter ?

    Julie : Je recherche la liberté de l’emploi du temps. J’aime bien la pédagogie de la personne pour qui je travaille en ce moment : il nous donne des objectifs quantifiés à accomplir dans la semaine, et il nous laisse organiser nos horaires comme on veut tant qu’on a rempli nos tâches le vendredi à 20h. Donc si je veux partir en week-end, rentrer le lundi soir et rattraper mon travail, personne ne viendra me dire quoi que ce soit. Je ne pars pas toutes les semaines, mais avoir la liberté de prendre un train sans avoir à demander à son boss si on peut partir le vendredi à 15h, ou même prendre un rendez-vous chez le médecin, c’est très pratique.

    Joël : La première chose à laquelle j’aspirais en devenant indépendant, c’était de pouvoir être totalement libre de mon activité : gérer son temps comme vous le voulez, se payer le luxe de prendre le temps… Ensuite, j’apprécie de ne plus avoir de pression managériale de directeur, ni de travailler avec des supérieurs qui ne sont pas capables de vous mettre en valeur. Aujourd’hui j’ai choisi de faire mon travail librement, comme j’en ai envie, avec passion, sérénité, et à mon rythme.

    12 % des jeunes

    aimeraient télétravailler à temps plein, contre 42 % de temps en temps.1

    Le bureau est-il un lieu qui vous est indispensable ?

    Julie : De mon côté, je deviens complètement folle sans bureau ! J’ai fait l’expérience du télétravail à temps plein et je ne me suis vraiment pas sentie bien, je l’ai vu sur mon mental, sur mon envie de travailler, sur ma motivation, mes résultats… ça n’allait pas du tout. En revanche, j’aime bien couper la poire en deux : passer les matins à la maison et les après-midi au travail par exemple. Mais je sais que j’ai vraiment besoin d’aller au bureau tous les jours. C’est ambivalent, parce que d’un côté je veux être seule, ne pas avoir de patron, choisir mes horaires et mener mon chemin, mais d’un autre côté je suis jeune, j’ai besoin d’être accompagnée, il me faut de l’expérience et du réseau. Et puis, avoir des collègues c’est génial ! Ça permet de poser des questions, d’avoir des avis différents, de se rendre des services et de se soutenir. C’est pour ça que j’adore ce métier : on est auto-entrepreneurs, mais on a une équipe avec des intérêts communs, des réunions…

    Joël : Ça peut être utile de prendre un peu de recul. J’ai découvert que je ne me sentais plus bien au travail en découvrant le télétravail au cours du premier confinement : subitement, je n’étais plus en contact avec certaines collègues qui me posaient des problèmes et avec lesquels je ne m’entendais pas. Mais je dois avouer que je ne suis pas un grand fanatique du télétravail : je défends ceux qui le pratiquent parce que tant mieux pour eux s’ils se sentent bien, mais personnellement, j’estime que mon travail doit rester en dehors de ma vie privée et familiale.

    Lire aussi : « Les jeunes sont à la recherche d’une entreprise à taille plus humaine »

    …et une ou un manager. Est-ce que vous appréciez d’avoir quelqu’un au-dessus de vous, et qu’attendez-vous d’elle ou de lui ?

    Julie : J’ai eu quatre managers différents dans ma vie, et j’ai à chaque fois été agréablement surprise de leur bienveillance, de leur gentillesse, de la confiance qu’ils m’ont donnée rapidement, et surtout de la récompense. Toujours soutenir, dire quand ça va et quand ça ne va pas. Ils m’ont toujours beaucoup encouragée. Pour moi la bienveillance est très importante, j’ai besoin qu’on me dise : « allez tu essayes, et si ça ne va pas, ce n’est pas grave ». Ce côté rassurant, sans trop de pression, m’aide à évoluer dans mon travail. Pour les débuts, je pense que travailler avec quelqu’un est super enrichissant. Mais pour plus tard, si j’en ai marre ou qu’il se passe quelque chose, je sais que je peux être chef d’entreprise. Ce n’est pas pour tout de suite, mais dans 30 ans pourquoi pas.

    Joël, vous avez vu passer de nombreux stagiaires et alternants de tous les âges. Avez-vous noté des évolutions dans leur rapport au travail au fil des générations ?

    Joël : Dernièrement, j’ai trouvé les jeunes de plus en plus scolaires dans leur manière d’aborder les choses. Ils vont faire les tâches qu’on leur attribue de manière appliquée avec les informations données, mais sans se permettre d’ajouter une touche imaginative. À l’extrême, ils semblent un peu perdus quand on leur laisse trop de latitude, comme s’ils étaient dépassés par l’autorisation de faire comme ils le veulent. Pour moi, ça indique une frilosité à sortir de leur zone de confort. J’ai également noté que le contact humain ne s’acquiert que beaucoup plus tardivement chez les jeunes, ce qui est problématique dans un métier où il faut vraiment être très à l’aise avec les clients pour susciter leur confiance. Je pense que ces impressions viennent du fait que les jeunes voient d’autres priorités que leur travail. A mon avis, cela pourrait s’expliquer par le fait que les jeunes ont grandi avec l’image de leurs parents ayant travaillé toute leur vie, et peut-être pas dans un métier qui était plaisant. Peut-être que le travail ne leur a jamais été montré comme quelque chose d’enthousiasmant ! Et comment essayer de convaincre quelqu’un de faire quelque chose quand il a vu les précédents le faire avec peu d’envie ?

    Considérez-vous que votre métier sert la société ?

    Julie : J’ai choisi de me diriger vers un métier de service dans le haut de gamme, je sais que ce n’est pas un métier utile pour la société. Dans le passé j’ai déjà travaillé un peu dans la santé pour aider ma famille, et c’était très différent : j’allais au travail pour les gens, sans même savoir combien on me payait, je n’avais même pas posé la question ! Alors que dans l’immobilier, tout se base sur la rémunération, c’est le point central de la discussion. C’est vrai que le côté « social » peut risquer de me manquer à un moment, mais je dois dire que je ne me pose pas du tout la question pour l’instant. Je prends les choses comme elles viennent, avec une vision à un ou deux ans, et je me laisse toutes les options possibles : voyager, faire une année sabbatique, changer de métier, recommencer des études…

    L’engagement d’une entreprise peut se traduire par divers aspects : les jeunes attendent en priorité d’une entreprise qu’elle s’attache aux problématiques environnementales et discriminatoires.

    Joël : J’observe que les entreprises font de plus en plus d’efforts sur le plan écologique : chez nous, on fait attention aux dépenses énergétiques, comme nous faisons beaucoup de déplacements, beaucoup de personnes utilisent des véhicules électriques ou hybrides… On peut aussi intégrer ces problématiques au cœur du métier : quand je travaille sur des maisons où il y a des travaux et de la rénovation à faire, souvent on aborde les problématiques environnementales concernant le système de chauffage, l’isolation, les matériaux plus ou moins responsables… On fait les choses à notre échelle, même si on ne peut pas forcer les gens à recevoir notre discours. Aujourd’hui, je pense qu’une entreprise ne peut pas se permettre de passer à côté de ça.

    Julie : Je sais que l’immobilier n’est pas un bon secteur d’un point de vue environnemental. Je me rassure en me disant que je fais de la transaction dans des bâtiments déjà construits : si je faisais de l’immobilier dans du neuf ou de la promotion, je ne m’y retrouverais pas. C’est l’un des secteurs qui pollue le plus, c’est affolant ! In fine, j’aimerais bien faire de la rénovation, redonner une deuxième vie à quelque chose : enlever les passoires thermiques, ça me parle pour l’avenir. Ça peut aussi passer par des petites choses. Par exemple, là où je travaille actuellement, nous avons un partenariat avec WWF qui nous a aidé à réduire le papier de manière très importante, on essaie de se déplacer à pieds autant que possible… En 2022, je pense qu’on doit se poser des questions sur la manière dont on pratique nos métiers.

    1 https://www.jean-jaures.org/publication/les-jeunes-et-lentreprise/

  • Jeunes et emploi :  “Le revenu représente la valeur de notre travail”

    Jeunes et emploi : “Le revenu représente la valeur de notre travail”

    Parole à Julie, Lyonnaise de 23 ans installée à Bordeaux, en fin de bachelor à l’Ecole supérieure des professions immobilières et exerçant son quatrième stage en agence. Face à elle, Joël a 23 années d’expérience dans l’immobilier à Montluçon et a évolué au sein de grandes agences jusqu’à devenir directeur. Suite au confinement, il est devenu indépendant.

    Vous avez choisi de vous diriger vers l’immobilier, un secteur au fonctionnement très spécifique, le salariat y étant quasiment inexistant.

    Julie : Exactement : quand vous entrez dans une agence, il y a un directeur possédant une « carte T » ce qui lui donne le droit d’effectuer des transactions immobilières et de créer une agence. Il est souvent entouré de six ou sept personnes. Les gens ont tendance à penser que ce sont des salariés, mais en fait il y a très peu de salariés dans les agences immobilières : ce sont des personnes qui veulent avoir un salaire fixe, mais gagnent beaucoup moins bien leur vie que ceux qui sont indépendants. L’agence immobilière prête le droit d’utiliser le nom de l’agence pour travailler, donc il n’y a pas de lien de subordination ou de lien hiérarchique. Pour ça, on lui donne [au directeur] une rémunération, à hauteur de 50 % de ce qu’on gagne, et on signe un contrat qui stipule qu’on est lié avec une seule agence. Cela crée quand même un lien fort avec le directeur d’agence, mais on ne peut pas se faire licencier : on a un lien de collaborateur.

    43 % des jeunes

    disent attendre prioritairement de leur travail qu’il leur assure un bon revenu. 1

    Comme ces 43 % de jeunes, le salaire est-il important pour vous ?

    Julie : Je me suis jamais dit « je veux gagner tant par mois », mais j’ai un rythme de vie où j’aime voyager, j’ai une voiture, j’aime partir en week-end, j’aime profiter. J’aimerais garder un niveau de vie proche de celui avec lequel j’ai grandi. C’est justement pour ça que j’ai décidé de faire des études : c’est pour avoir ma propre carte Transaction, et être autonome sans avoir à donner la moitié de mon argent à quelqu’un. En attendant, j’apprécie que la rémunération fonctionne à la commission. Je ne voulais pas être dans un mode de vie professionnel salarial. Travailler à la commission, ça veut dire que chaque mois, je gagne une somme différente : je peux ne rien gagner du tout, comme beaucoup d’argent, c’est le côté excitant du métier. Le côté challenge de la rémunération m’attire : si je ne me lève pas tous les matins avec la niaque, ça ne va pas venir tout seul.

    53 % des jeunes

    considèrent qu’en début de carrière, ils doivent avant tout gagner en expérience. 1

    C’est un fonctionnement qui peut être très valorisant, mais qui pourrait aussi insécuriser plus d’un. Qu’est-ce qui vous attire dans le format de l’auto-entreprenariat que le salariat pourrait plus difficilement vous apporter ?

    Julie : Je recherche la liberté de l’emploi du temps. J’aime bien la pédagogie de la personne pour qui je travaille en ce moment : il nous donne des objectifs quantifiés à accomplir dans la semaine, et il nous laisse organiser nos horaires comme on veut tant qu’on a rempli nos tâches le vendredi à 20h. Donc si je veux partir en week-end, rentrer le lundi soir et rattraper mon travail, personne ne viendra me dire quoi que ce soit. Je ne pars pas toutes les semaines, mais avoir la liberté de prendre un train sans avoir à demander à son boss si on peut partir le vendredi à 15h, ou même prendre un rendez-vous chez le médecin, c’est très pratique.

    Joël : La première chose à laquelle j’aspirais en devenant indépendant, c’était de pouvoir être totalement libre de mon activité : gérer son temps comme vous le voulez, se payer le luxe de prendre le temps… Ensuite, j’apprécie de ne plus avoir de pression managériale de directeur, ni de travailler avec des supérieurs qui ne sont pas capables de vous mettre en valeur. Aujourd’hui j’ai choisi de faire mon travail librement, comme j’en ai envie, avec passion, sérénité, et à mon rythme.

    12 % des jeunes

    aimeraient télétravailler à temps plein, contre 42 % de temps en temps.1

    Le bureau est-il un lieu qui vous est indispensable ?

    Julie : De mon côté, je deviens complètement folle sans bureau ! J’ai fait l’expérience du télétravail à temps plein et je ne me suis vraiment pas sentie bien, je l’ai vu sur mon mental, sur mon envie de travailler, sur ma motivation, mes résultats… ça n’allait pas du tout. En revanche, j’aime bien couper la poire en deux : passer les matins à la maison et les après-midi au travail par exemple. Mais je sais que j’ai vraiment besoin d’aller au bureau tous les jours. C’est ambivalent, parce que d’un côté je veux être seule, ne pas avoir de patron, choisir mes horaires et mener mon chemin, mais d’un autre côté je suis jeune, j’ai besoin d’être accompagnée, il me faut de l’expérience et du réseau. Et puis, avoir des collègues c’est génial ! Ça permet de poser des questions, d’avoir des avis différents, de se rendre des services et de se soutenir. C’est pour ça que j’adore ce métier : on est auto-entrepreneurs, mais on a une équipe avec des intérêts communs, des réunions…

    Joël : Ça peut être utile de prendre un peu de recul. J’ai découvert que je ne me sentais plus bien au travail en découvrant le télétravail au cours du premier confinement : subitement, je n’étais plus en contact avec certaines collègues qui me posaient des problèmes et avec lesquels je ne m’entendais pas. Mais je dois avouer que je ne suis pas un grand fanatique du télétravail : je défends ceux qui le pratiquent parce que tant mieux pour eux s’ils se sentent bien, mais personnellement, j’estime que mon travail doit rester en dehors de ma vie privée et familiale.

    Lire aussi : « Les jeunes sont à la recherche d’une entreprise à taille plus humaine »

    …et une ou un manager. Est-ce que vous appréciez d’avoir quelqu’un au-dessus de vous, et qu’attendez-vous d’elle ou de lui ?

    Julie : J’ai eu quatre managers différents dans ma vie, et j’ai à chaque fois été agréablement surprise de leur bienveillance, de leur gentillesse, de la confiance qu’ils m’ont donnée rapidement, et surtout de la récompense. Toujours soutenir, dire quand ça va et quand ça ne va pas. Ils m’ont toujours beaucoup encouragée. Pour moi la bienveillance est très importante, j’ai besoin qu’on me dise : « allez tu essayes, et si ça ne va pas, ce n’est pas grave ». Ce côté rassurant, sans trop de pression, m’aide à évoluer dans mon travail. Pour les débuts, je pense que travailler avec quelqu’un est super enrichissant. Mais pour plus tard, si j’en ai marre ou qu’il se passe quelque chose, je sais que je peux être chef d’entreprise. Ce n’est pas pour tout de suite, mais dans 30 ans pourquoi pas.

    Joël, vous avez vu passer de nombreux stagiaires et alternants de tous les âges. Avez-vous noté des évolutions dans leur rapport au travail au fil des générations ?

    Joël : Dernièrement, j’ai trouvé les jeunes de plus en plus scolaires dans leur manière d’aborder les choses. Ils vont faire les tâches qu’on leur attribue de manière appliquée avec les informations données, mais sans se permettre d’ajouter une touche imaginative. À l’extrême, ils semblent un peu perdus quand on leur laisse trop de latitude, comme s’ils étaient dépassés par l’autorisation de faire comme ils le veulent. Pour moi, ça indique une frilosité à sortir de leur zone de confort. J’ai également noté que le contact humain ne s’acquiert que beaucoup plus tardivement chez les jeunes, ce qui est problématique dans un métier où il faut vraiment être très à l’aise avec les clients pour susciter leur confiance. Je pense que ces impressions viennent du fait que les jeunes voient d’autres priorités que leur travail. A mon avis, cela pourrait s’expliquer par le fait que les jeunes ont grandi avec l’image de leurs parents ayant travaillé toute leur vie, et peut-être pas dans un métier qui était plaisant. Peut-être que le travail ne leur a jamais été montré comme quelque chose d’enthousiasmant ! Et comment essayer de convaincre quelqu’un de faire quelque chose quand il a vu les précédents le faire avec peu d’envie ?

    Considérez-vous que votre métier sert la société ?

    Julie : J’ai choisi de me diriger vers un métier de service dans le haut de gamme, je sais que ce n’est pas un métier utile pour la société. Dans le passé j’ai déjà travaillé un peu dans la santé pour aider ma famille, et c’était très différent : j’allais au travail pour les gens, sans même savoir combien on me payait, je n’avais même pas posé la question ! Alors que dans l’immobilier, tout se base sur la rémunération, c’est le point central de la discussion. C’est vrai que le côté « social » peut risquer de me manquer à un moment, mais je dois dire que je ne me pose pas du tout la question pour l’instant. Je prends les choses comme elles viennent, avec une vision à un ou deux ans, et je me laisse toutes les options possibles : voyager, faire une année sabbatique, changer de métier, recommencer des études…

    L’engagement d’une entreprise peut se traduire par divers aspects : les jeunes attendent en priorité d’une entreprise qu’elle s’attache aux problématiques environnementales et discriminatoires.

    Joël : J’observe que les entreprises font de plus en plus d’efforts sur le plan écologique : chez nous, on fait attention aux dépenses énergétiques, comme nous faisons beaucoup de déplacements, beaucoup de personnes utilisent des véhicules électriques ou hybrides… On peut aussi intégrer ces problématiques au cœur du métier : quand je travaille sur des maisons où il y a des travaux et de la rénovation à faire, souvent on aborde les problématiques environnementales concernant le système de chauffage, l’isolation, les matériaux plus ou moins responsables… On fait les choses à notre échelle, même si on ne peut pas forcer les gens à recevoir notre discours. Aujourd’hui, je pense qu’une entreprise ne peut pas se permettre de passer à côté de ça.

    Julie : Je sais que l’immobilier n’est pas un bon secteur d’un point de vue environnemental. Je me rassure en me disant que je fais de la transaction dans des bâtiments déjà construits : si je faisais de l’immobilier dans du neuf ou de la promotion, je ne m’y retrouverais pas. C’est l’un des secteurs qui pollue le plus, c’est affolant ! In fine, j’aimerais bien faire de la rénovation, redonner une deuxième vie à quelque chose : enlever les passoires thermiques, ça me parle pour l’avenir. Ça peut aussi passer par des petites choses. Par exemple, là où je travaille actuellement, nous avons un partenariat avec WWF qui nous a aidé à réduire le papier de manière très importante, on essaie de se déplacer à pieds autant que possible… En 2022, je pense qu’on doit se poser des questions sur la manière dont on pratique nos métiers.

    1 https://www.jean-jaures.org/publication/les-jeunes-et-lentreprise/

  • « Les jeunes sont à la recherche d’une entreprise à taille plus humaine »

    « Les jeunes sont à la recherche d’une entreprise à taille plus humaine »

    La crise de Covid-19 a accéléré des tendances émergentes du marché du travail, auxquelles les personnes fraîchement diplômées ont dû s’adapter. Comment cela se traduit-il dans le rapport des jeunes à l’entreprise ?

    Jérémie Peltier : Les résultats de notre étude montrent qu’en raison de cette crise, les jeunes ont vieilli dans leur cœur et dans leur tête. On constate qu’ils partagent avec la génération précédente certaines aspirations communes, notamment celle de vivre décemment : pour 43 % d’entre eux, les principales attentes vis-à-vis du travail demeurent bien en « un poste bien payé » afin de subvenir à leurs besoins. Une revendication concrète que les analystes évacuent trop rapidement au profit des questions liées aux engagements éthiques et sociétaux, à la quête de sens, à l’utilité sociale qu’on entend beaucoup dans le débat public. Il aura donc fallu attendre la crise pour remettre cette question salariale au goût du jour. Le contexte économique les a rendus plus stratèges dans leurs façons de gérer leur avenir, alors qu’on disait beaucoup de la jeune génération qu’elle aimait multiplier les expériences professionnelles. L’enquête démontre une volonté émergente de rester plus longtemps au sein d’une entreprise, « autant que possible » pour 28 % d’entre eux. Cette envie de stabilité et de sécurité -gage de sérénité-, est probablement le produit de la crise sanitaire.

    Lire aussi : « Les jeunes ont moins peur de quitter leur entreprise »

    Comment les jeunes interrogés projettent-ils de valoriser les compétences acquises lors de leur formation ?

    J. P . : Quand on interroge les jeunes, on s’aperçoit qu’une grande partie de leur stratégie en termes de formation, de stage et d’emploi, s’articule d’abord autour d’un seul et même objectif : acquérir un CV solide. Ils ont le sentiment qu’au final c’est ce qui sera déterminant pour intégrer le marché du travail. Et on a parfois l’impression que cette stratégie prend le dessus sur les objectifs intrinsèques de la formation, à savoir apprendre des choses, s’ouvrir des domaines de compétences, etc. C’est une spécificité française qu’on connaissait et qui est largement confirmée ici : la France donne beaucoup de place à la formation, à la scolarité, au diplôme et donc au CV. En conséquence, beaucoup de jeunes s’imaginent que les entreprises auraient tendance à ne pas accorder assez de confiance aux jeunes qui viendraient simplement « taper à la porte » parce qu’ils sont motivés, ou qu’ils ont envie de travailler, s’ils n’ont pas le CV parfaitement adéquat pour le job en question.

    1 jeune sur 3

    estime que ses compétences servent avant tout à valoriser son CV. 1

    De quelles qualités managériales les jeunes ont-ils besoin pour se sentir bien au travail ? / De quelles manières les jeunes ont-ils besoin de se sentir valorisés dans leur travail ?

    J. P. : Il y a une autre spécificité française dans le monde du travail, et qui pour le coup ne porte pas seulement sur les jeunes générations, qui est liée au sentiment de manque de reconnaissance de la part des employeurs et des managers vis-à-vis de leurs salariés. Pourtant, ils ont globalement une vision positive de l’intérêt de leur travail, puisque quand on compare la France avec d’autres pays comme la Grande Bretagne, les Etats-Unis, l’Allemagne ou l’Italie, de manière générale, les salariés français ont l’impression que leur travail est utile pour la société (ce que projettent 37 % des jeunes interrogés dans le cadre de notre baromètre), pour leur entreprise et pour eux-même. Par contre, elle est plus touchée que les autres pays par le manque de reconnaissance qui peut être lié aux tâches effectuées, à vos compétences, au statut que vous considérez être le vôtre au sein d’une entreprise, à un salaire que l’on estime trop faible… Mais la reconnaissance n’arrive qu’en deuxième position dans le baromètre : quand vous leur demandez quelles devraient être les qualités premières d’un manager, le premier élément est qu’il doit rendre le travail épanouissant. Or les conditions pour ressentir l’épanouissement, le contentement, ou encore l’accomplissement, c’est la confiance dans la tâche qui est donnée et le fait d’être en autonomie.

    📊 Pour 55% des 18-24 ans, l’élément le plus important dans une #entreprise est une bonne ambiance entre collègues.

    L’intégralité des résultats du Baromètre Fondation / @MacifAssurances réalisé par @BVA_France : https://t.co/EALDhZNvWM pic.twitter.com/VajLdhholr

    — Fondation Jean-Jaurès (@j_jaures) December 16, 2021

    Quels types d’entreprises attirent le plus les personnes consultées ?

    J. P. : 39 % des jeunes citent l’entreprise locale comme modèle d’entreprise rêvée, et la start-up arrive deuxième avec 26 % des réponses. Pour moi, ça traduit deux choses : les jeunes sont à la recherche d’une entreprise beaucoup plus à taille humaine, où tout le monde se « connaît », où l’on ne serait pas obligés de passer par dix strates de validation avant d’avoir le droit de faire quelque chose. Par ailleurs, et cela y fait écho, pendant la crise, on a beaucoup parlé de la revalorisation de la famille, du cocon. Nous voyons dans ce baromètre que les jeunes recherchent maintenant un cocon dans l’entreprise, quelque chose d’assez bienveillant. Et puis, il y a l’effet de la crise sanitaire sur la valorisation du local, le départ des habitants de métropole vers des moyennes villes de province… D’ailleurs, quand nous entendons « entreprise locale », nous entendons entreprise dans une ville de taille moyenne. Par ailleurs, quand nous leur demandons ce qu’est l’entreprise idéale, c’est intéressant de voir que les grosses entreprises du CAC 40 ne font absolument pas rêver la jeune génération : seuls 13 % des interrogés rêvent d’en rejoindre une. On peut faire le lien avec le manque de confiance que ressentent les jeunes : si on ne nous fait pas confiance, autant être son propre patron, ou rejoindre une entreprise où vous aurez une autonomie et une liberté importante. On peut penser que le modèle start-up, en tout cas comme il est décrit et pensé dans les imaginaires, est une entreprise où il y aura un degré d’autonomie plus important qu’au sein d’une entreprise du CAC 40.

    Lire aussi : Jeunes et emploi : « C’est particulièrement attirant qu’une entreprise soit moderne »

    Le baromètre confirme que les jeunes générations sont plus exigeantes que les précédentes envers les valeurs portées par leur entreprise. Quelles preuves d’engagements attendent-elles concrètement ?

    J. P. : J’aime bien la phrase « des paroles et des actes ». Globalement, tout ce qui est de l’ordre des paroles, des prises de position médiatiques et publiques de la part d’une entreprise ou d’un patron ne sont absolument pas considérés comme des engagements sincères. C’est comme dans une histoire d’amour : les grands discours c’est bien, mais seules comptent les preuves concrètes d’engagement. Et les demandes de preuves qui arrivent en tête dans le baromètre sont vraiment très concrètes : 26 % des jeunes attendent de leur future entreprise qu’elle ne travaille pas avec des fournisseurs qui ne respectent pas les engagements qu’elle porte. C’est la création d’un système vertueux autour de l’entreprise. La deuxième preuve d’engagement concrète est pour 25 % des jeunes le fait de nouer des partenariats avec des associations. Ça montre aussi que les jeunes sont beaucoup plus sensibles aujourd’hui au milieu associatif et politique : 29 % d’entre eux considèrent qu’une entreprise doit s’engager pour la préservation de l’environnement, 27 % pour la lutte contre le racisme et les discriminations, 25 % pour la lutte contre les inégalités entre les genres.. Et le troisième élément, c’est le fait de faire des dons tous les ans pour des causes ou des associations.

    Lire aussi : Jeunes et emploi : « On n’attend plus de l’entreprise qu’elle nous dise qui on est »

    Les jeunes travailleurs consultés sont a priori des digital natives. Pour autant, seuls 12 % d’entre eux trouveraient souhaitable de télé-travailler à temps complet, quand 42 % aimeraient pouvoir travailler depuis leur domicile de temps à autre.

    J. P. : Quand vous leur demandez quels sont les éléments les plus importants dans leurs rapports avec leurs collègues, la bonne ambiance entre collègues est citée par 55 % des jeunes. Pour moi, cet élément vient pondérer l’ode au télétravail qu’on a pu faire tout au long de la crise : une bonne ambiance sans rapports physiques et sans vie collective, c’est plus compliqué ! La jeune génération est suffisamment à l’aise pour avoir des formes hybrides, un mix entre du présentiel et du domicile, mais le « bureau » n’est pas un lieu obsolète pour la jeune génération.

    Les jeunes semblent attendre beaucoup de l’entreprise. Que racontent ces exigences ?

    J. P. : Les jeunes demandent des choses à l’entreprise parce qu’ils semblent considérer qu’elle est plus à même de répondre, de réagir et de leur être utile que les pouvoirs publics. 72 % des jeunes trouveraient normal que leur entreprise les aide dans leur accès au logement par exemple, ou dans la mobilité. Plus de 8 sur 10 trouveraient normal que leur entreprise les aide à avoir une meilleure connaissance de leurs droits en tant que salariés : mutuelles de santé obligatoires, droits ouverts par leurs cotisations, compte personnel de formation, etc.

    1 Baromètre Les jeunes et l’entreprise

  • Écologie : comment donner une seconde vie à vos vêtements ?

    Écologie : comment donner une seconde vie à vos vêtements ?

    Plus de 100 milliards(1) de vêtements sont vendus chaque année dans le monde. Et en moyenne, on achète 60 %(1) de vêtements de plus qu’il y a 15 ans. Reste que chacun peut agir pour avoir un dressing plus responsable.

    1 Faites du tri dans vos placards

    La première étape pour consommer la mode de façon responsable est de vider votre placard pour trier vos vêtements en trois piles : une pour ceux que vous voulez garder, une autre pour ceux que vous souhaitez donner à des associations et la dernière pour ceux que vous pouvez vendre en ligne.

    Pour vous séparer de vos vêtements plus facilement, commencez par trier vos habits hors saison. Pensez aussi à les essayer pour garder seulement ceux qui vous vont ! Autre astuce : demandez-vous si vous pouvez composer au moins 3 ou 4 tenues avec ce vêtement pour être sûr de le porter.

    2 Faites des dons à une association caritative

    Vous pouvez faire don de vos vêtements, en vous tournant vers des associations caritatives comme la Croix-Rouge, Emmaüs, le Secours Populaire… Rien de plus simple ! Il vous suffit de vous rendre au point de collecte de vêtements le plus proche de chez vous. Si vous avez des vêtements professionnels, vous pouvez les donner à La Cravate Solidaire qui collecte chemises et costumes pour les redistribuer à ceux qui en ont besoin. Pensez aussi aux Ressourceries et autres Relais, des structures de valorisation des déchets textiles permettant de créer des emplois, ou directement dans une boutique solidaire.

    Certaines applications ou sites, comme Geev ou Donnons.org par exemple, permettent aussi de poster des petites annonces pour faire don de vos vêtements à d’autres particuliers. N’hésitez pas non plus à contacter votre mairie pour connaître les initiatives locales en la matière.

    LE SAVIEZ-VOUS ?

    La Fondation Macif soutient de nombreuses initiatives dans l’économie circulaire !

    3 Revendez les vêtements que vous ne portez plus

    Vinted, Le Bon Coin… Il existe plusieurs plateformes de vente en ligne réputées où les vêtements que vous ne portez plus pourront trouver preneurs. Privilégiez la mise en vente d’habits de saison et de basiques qui ne se démodent pas : petite robe noire, chemise blanche, vestes, trenchs, pulls en maille, etc. Veillez également à fixer un prix de vente raisonnable et à soigner votre annonce (description complète, photos de qualité…). Pour assurer une vente, ne lésinez pas sur les conseils et réponses aux questions des potentiels clients.

    4 Transformez vos vieux vêtements

    Afin de limiter votre consommation de textile, vous pouvez aussi réparer vos vieux vêtements pour les porter à nouveau ! Adhésif thermocollant, fermetures éclair, du fil et une aiguille… Pas besoin d’être diplômé en couture pour raccommoder vos pièces abîmées. Autre option : la customisation ! En ajoutant quelques broderies, des boutons voire en découpant un morceau de tissu, votre vêtement prend une toute nouvelle allure. Et en prime, vous avez une pièce unique !

    Pour donner une seconde vie aux vêtements que vous ne portez plus, vous pouvez aussi les donner, quand c’est possible, à vos proches ou à vos amis. Le plus jeune de vos enfants peut aussi reporter ceux de ses aînés, s’ils sont à son goût bien sûr et que l’usure est minimale !
     

    Écologie : comment donner une seconde vie à vos vêtements ?

     

    L’Essentiel de l’article

    • Faites du tri dans vos placards à chaque nouvelle saison.
    • Pensez à faire des dons aux associations caritatives au profit des plus démunis.
    • De nombreux e-shop de seconde main existent pour revendre ses vêtements.
    • Optez pour la réparation ou la customisation pour reporter vos anciennes pièces.

    VOUS SOUHAITEZ AGIR POUR L’ENVIRONNEMENT ?

    Rendez-vous sur Diffuz.com, la plateforme solidaire de la Macif ! Vous pourrez y découvrir les défis solidaires près de chez vous.

    (1) Ademe, La mode sans dessus-dessous, consulté en 2022

  • Mon ado veut faire du bénévolat : comment ça marche ?

    Mon ado veut faire du bénévolat : comment ça marche ?

    Être bénévole, c’est donner de son temps librement (sans contrat) et gratuitement pour mener à bien une action collective. Il est possible pour un ado de se lancer dans l’aventure et de s’engager selon ses envies et ses disponibilités. On fait le point.

    1 Quel type d’association choisir pour un mineur ?

    Il existe plusieurs manières de s’engager en tant que bénévole pour un ado. Selon ses centres d’intérêt, ses compétences et ses envies, il peut intégrer une association sportive, culturelle, environnementale, d’accès à la citoyenneté… La Société Protectrice des Animaux (SPA), par exemple, peut accueillir des bénévoles dès l’âge de 11 ans et La Croix-Rouge dès 7 ans.

    Divers organismes, tels que France Bénévolat, Tous Bénévoles ou encore Jeune Bénévole, proposent sur leur site des milliers de missions et d’associations en recherche de bénévoles. En indiquant le type de mission qu’il préfère et sa localisation, cela peut permettre à votre enfant d’aiguiller son choix. Il convient de préférer une association proche de votre domicile et qui correspond à ses attentes.

    VOUS SOUHAITEZ DEVENIR BÉNÉVOLE ?

    Rendez-vous sur Diffuz.com, la plateforme solidaire de la Macif ! Vous pourrez y découvrir les défis solidaires près de chez vous.

    2 Faut-il une autorisation parentale pour devenir bénévole ?

    La loi du 27 janvier 2017 relative à l’égalité et à la citoyenneté prévoit qu’un mineur peut adhérer librement à une association et participer aux missions bénévoles, sans autorisation préalable des parents ou de son représentant légal.

    3 Un mineur peut-il créer ou gérer une association ?

    Avant 16 ans, un mineur peut créer ou gérer une association s’il a une autorisation écrite de ses parents ou de son représentant légal. Entre 16 et 18 ans, l’autorisation n’est pas nécessaire mais ils doivent en être informés par un courrier de l’association.

    En tant que bénévole, votre ado (dès 16 ans) peut suivre la formation à la gestion associative (CFGA), qui a pour objectif de donner aux bénévoles les connaissances nécessaires pour assumer des responsabilités de gestion administrative, financière et humaine dans une association.

    ENVIE D’AGIR ?

    La Fondation d’entreprise du Groupe Macif soutient de nombreuses initiatives solidaires. Renseignez-vous !

    4 Combien de temps peut consacrer un mineur à une association ?

    Le bénévolat n’étant encadré par aucun contrat, libre à chacun donc de décider du temps qu’il veut investir et quand il souhaite arrêter. Votre ado peut s’engager sur du long terme comme faire du soutien scolaire pour les élèves en difficulté. Il peut aussi s’investir plus ponctuellement selon les besoins des associations alentour (opération “paquets-cadeaux” à Noël, par exemple).

    Reste que le bénévolat est un engagement à prendre au sérieux. Il est préférable que votre ado mesure bien le temps qu’il est prêt à donner, gratuitement, pour soutenir une cause et de l’adapter à son quotidien (travail scolaire, activités, etc.) pour être un bénévole bien investi. Discuter de cette question en famille peut être judicieux !

    L’Essentiel de l’article

    • Être bénévole, c’est donner de son temps libre pour soutenir une cause.
    • Des organismes existent pour trouver une mission au goût de votre ado.
    • Une autorisation parentale ou du représentant légal n’est pas nécessaire pour les bénévoles mineurs.
    • Votre ado décide du temps qu’il veut investir dans l’association.
  • Instagram, un laboratoire pour la jeunesse militante

    Instagram, un laboratoire pour la jeunesse militante

    Réseau préféré des jeunes il y a seulement quatre ans, Facebook s’est progressivement éclipsé au profit d’Instagram, encore couronnée cette année à la première place du classement. Initialement connue pour ses influenceurs mode et lifestyle, la plateforme a finalement troqué cette image pour celle d’un réseau social aux contenus engagés et partageables à l’infini. Féminisme, antiracisme, droits des LGBTQI+, lutte contre la grossophobie… Les causes sont diverses et portées par de jeunes comptes. Pourquoi cette nouvelle génération a choisi de s’engager sur Internet et qu’en a-t-elle retiré ? Décryptage.

    De Tumblr à Instagram

     Lorsque Ntumba Matunga se lance sur Instagram, elle cherche avant tout un moyen d’expression. Du nom de Tétons Marrons, son compte afroféministe est aujourd’hui suivi par 69 000 personnes. Mais à la genèse du projet en 2018, la styliste de formation répond surtout à une observation : « Je ne me sentais pas représentée dans les médias traditionnels en tant que femme congolaise. Je voulais créer une plateforme où les femmes comme moi se sentiraient comme à la maison en parlant de leurs problématiques ».

    Instagram, un laboratoire pour la jeunesse militante

    Une publication éducative de Tétons marrons sur la charge mentale 

    Quelques années auparavant, Ntumba se serait sûrement tournée vers un blog. « La sphère militante n’a pas attendu Instagram », résume Laurence Allard, maîtresse de conférences en sciences de la communication à l’Université de Lille/IRCAV-Paris 3. « Au début d’Internet, elle utilisait les listes de diffusions par mails, puis les blogs et Tumblr. Aujourd’hui on a YouTube, Instagram, Snapchat et TikTok ». Et d’ajouter : « Un bon exemple est celui du féminisme 2.0, avec le hashtag #Metoo. Mais aussi le mouvement Black Lives Matter, à son apogée lors des émeutes de Ferguson en 2014, qui sont racontées et organisées via Tumblr et Twitter. Aujourd’hui depuis la pandémie et la mort de George Floyd, on retrouve cette cause plutôt sur TikTok et Instagram ».

     

    Instagram, un laboratoire pour la jeunesse militante

    BLM Nantes, un compte Instagram français créé après le décès de George Floyd, tué par un policier américain lors d’un contrôle. 

    Mais sur Instagram, les créateurs de contenus comme Ntumba Matunga ont pu renforcer leur sentiment de légitimité. Car au départ, l’initiative était modeste : « Je ne m’attendais pas du tout à intéresser quelqu’un d’autre que mes copines », se souvient l’afroféministe. Quand son compte gagne en popularité, elle commence à subir du harcèlement mais garde la tête froide lorsqu’elle comprend qu’elle n’est pas seule : « Je voyais de plus en plus de comptes se créer donc ça m’a donné de la force ».

    Plusieurs voix pour un seul mouvement

    Il faut dire que beaucoup de comptes se sont créés à la même période, autour de 2018. C’est le cas de Corpscools, un compte qui lutte contre la grossophobie depuis 2019. La créatrice se lance d’abord par urgence personnelle : « Par les violences que j’ai subies, je bouillonnais de choses à dire sur le sujet et j’avais besoin de m’exprimer ».

    Instagram, un laboratoire pour la jeunesse militante

    Une publication de Corpscools, mettant en avant la musicienne et DJ Barbara Butch 

    Comme elle est graphiste de formation, elle se donne pour objectif de  mettre en avant des œuvres, des podcasts et des textes historiques sur le sujet. Plus précisément, de créer une « bibliothèque de choses cools sur le sujet ». Elle raconte : « Au début, c’était souvent une phrase accompagnée d’une photo et d’une référence.  J’avais un problème de légitimité, j’avais plein de choses à dire mais je n’osais pas. Aujourd’hui, je me permets de développer un regard critique sur ce que je partage et je défends davantage des idées ». Une formule qui a porté ses fruits puisque Corpscools comptabilise maintenant 24 000 abonnés.

    « Instagram m’a donné des opportunités folles »

    À la genèse du projet, il y a encore peu de paroles visibles sur la grossophobie. La  graphiste se souvient surtout des livres Gros n’est pas un gros mot écrit par l’association Gras politique et On ne naît pas en grosse, de Gabrielle Dédier. Mais peu à peu, Instagram fait son travail : « Les hashtags permettent de nouer, d’amplifier et d’articuler des témoignages individuels en une histoire collective », analyse Laurence Allard. Des témoignages structurés par des discours sociologiques habituellement cantonnés au champ universitaire : « C’est réjouissant de voir ces théories toucher les jeunes sous des formes inattendues plutôt que dans un livre avec des notes de bas de page ».

    Une amplification qui a permis à la créatrice de Corpscools de gagner en légitimité et de se voir proposer des opportunités. Contactée par plusieurs maisons d’éditions, elle a aussi créé son association Fat friendly, qui propose un outil collaboratif afin de répertorier les lieux accessibles à toutes les personnes, quel que soit leur poids. Elle espère même à réaliser son rêve de toujours : ouvrir un centre médical spécialisé pour les personnes grosses face à la difficulté d’obtenir des soins adaptés. Elle ne réalise toujours pas : « Ça me paraît incroyable. Instagram m’a donné des opportunités que je n’aurais jamais imaginées ». 

    Un engagement esthétique

    Si ces comptes ont eu tant d’impact, c’est aussi car ils ont su s’adapter à leur public. « Sur Instagram, on a des dimensions textuelles, audio et visuelles. Ça permet un mix intéressant », souligne Laurence Allard.

    « Le carrousel d’Instagram est devenu la nouvelle affiche »

    Assiste-on pour autant à un renouveau des mobilisations ? Selon l’universitaire, il s’agirait plutôt d’une formidable adaptation : « Le carrousel d’Instagram est un peu devenu la nouvelle affiche. On retrouve des techniques de mobilisation traditionnelles mais avec un design facilement customisable. Ça correspond aussi au moment où les colleuses féministes ont redonné de la noblesse à cet outil de mobilisation en collant leurs affiches féministes dans nos rues. ».

    Instagram, un laboratoire pour la jeunesse militante

    Une publication de Corpscools, réalisée grâce à la fonctionnalité « Carrousel »

    Apparue en 2015, cette fonctionnalité surnommée « Powerpoint militant » par Slate, a en effet grandement favorisé les contenus engagés en donnant plus de place au texte. « L’un des grands points forts du Carrousel est son interactivité », résume même l’agence d’influence Hivency sur son site.

    Engagement ou mimétisme ?

    Redoutables lorsqu’on s’intéresse à leurs nombres de followers, ces comptes sont pourtant souvent tenus par une seule personne. Contrairement à une association ou un parti politique, les contenus publiés ne font pas l’objet d’une relecture ou d’un débat. « Le militantisme Instagram valorise l’individu au détriment du collectif et certains militants tombent dans le piège en incarnant leur lutte en devenant presque des influenceurs ou influenceuses. Beaucoup font des partenariats rémunérés avec des sextoys ou des culottes menstruelles – car ces produits sont estampillés féministes – alors que cela reste des marques », précise la créatrice de Corpscools, qui préfère rester dans l’ombre derrière son message.

    Pour Laurence Allard, cette individualisation n’est pas nouvelle « Mais le numérique pose aussi la question de notre attention, car le design de ces réseaux sociaux est fait pour nous capturer le plus de temps possible, donc nous enrôler rapidement ». C’est particulièrement le cas sur TikTok, qui incite à reproduire des challenges « C’est comme un karaoké politique, on répète ce qu’on entend mais il ne s’agit pas de sa propre parole. On l’a vu notamment avec le hashtag #Anti2010, partagé 40 millions de fois et destiné à harceler les élèves de sixième ». 

    Instagram, un laboratoire pour la jeunesse militante

    Sur son compte TikTok, le chanteur Bilal Hassani reproduit une tendance « Lève la main si » afin de sensibiliser à l’anxiété et la dépression 

    Si l’enjeu n’est pas forcément de s’engager dans « la vraie vie », résume l’universitaire, il s’agit surtout « d’apprendre à aller chercher plusieurs sources et réfléchir par soi-même ». Des conseils applicables de la même manière dans les univers virtuels et réels.

  • Comment lutter contre le cyberharcèlement ?

    Comment lutter contre le cyberharcèlement ?

    Le récent déchaînement de propos haineux envers la génération 2010 qui a débuté sur TikTok démontre à quel point le cyberharcèlement peut être virulent sur les réseaux sociaux. Un fléau qui gagne du terrain, notamment suite aux nombreux confinements qui ont fait bondir le cyberharcèlement de 26 %(1). La lutte contre les violences en ligne nécessite la mobilisation de tous car chacun peut, un jour, être concerné. Voici comment vous pouvez agir, à votre échelle, pour protéger vos enfants ou aider des victimes à faire face au cyberharcèlement.

    1 Parler du cyberharcèlement à son enfant

    En tant que parent, vous avez un rôle à jouer dans la prévention des violences en ligne. Discutez avec votre enfant pour lui expliquer ce qu’est le cyberharcèlement. Cela permettra de libérer sa parole et de lui rappeler l’importance de vous alerter s’il est victime d’attaques virtuelles ou s’il en est témoin. Et cela évitera qu’il ne devienne, lui-même, un bourreau !

    Bon à savoir

    En cas de cyberharcèlement avéré, pensez à rassembler des preuves : faites des captures d’écran, enregistrez les messages téléphoniques et les courriels injurieux, pour les apporter aux policiers ou gendarmes si vous portez plainte.

    2 Devenir bénévole pour venir en aide aux victimes

    Qu’on soit touché directement ou non, il est important de lutter contre le cyberharcèlement. Selon vos envies, vos compétences et votre disponibilité, vous pouvez agir en devenant bénévole dans des associations, telles que Marion La Main Tendue, e-Enfance ou encore Cyberhar’so, qui luttent contre les cyberviolences. Animer des ateliers de prévention pour les enfants et leurs parents, intervenir dans les établissements scolaires, aider à l’organisation de débats ou de conférences… Renseignez-vous auprès des associations spécialisées qui maillent votre territoire.

    3 Se tourner vers l’assistance téléphonique gratuite

    Si votre enfant est cyberharcelé ou si vous souhaitez aider une victime, vous pouvez contacter le 3018. Gratuit, anonyme et confidentiel, ce numéro vert est accessible du lundi au samedi de 9 heures à 20 heures.

    Composée de psychologues, de juristes et de spécialistes des outils numériques, l’équipe du 3018 est formée à l’accompagnement des jeunes victimes de violences numériques et également à celui des parents dans leur rôle d’éducation à l’usage du numérique. Au-delà de l’écoute et du conseil, ils peuvent aussi vous aider à obtenir la suppression d’images ou de propos blessants, voire de comptes, qui porteraient préjudice à votre enfant.

     

    Comment lutter contre le cyberharcèlement ?

     

    VOUS SOUHAITEZ AGIR CONTRE LE CYBERHARCÈLEMENT ?

    Rendez-vous sur Diffuz.com, la plateforme solidaire de la Macif ! Vous pourrez y découvrir les défis solidaires près de chez vous.

    L’Essentiel de l’article

    • Soutenez votre enfant et conservez les preuves des attaques dont il est victime.
    • Des associations œuvrent contre le cyberharcèlement : faites-vous accompagner ou devenez bénévole pour apporter votre aide.
    • Le 3018 est le numéro vert national pour lutter contre les violences numériques.

    (1) Association e-Enfance, 2020

  • Profession : Solidaire – Les conseils de l’entrepreneure sociale Joséphine Goube

    Joséphine Goube met la Tech au service des réfugiés. À la tête de Techfugees Inclusion, une association déployée en France, en Italie et en Grèce, cette entrepreneure de 32 ans soutient, à travers l’innovation, l’inclusion des personnes déplacées. 
     

    Tout a vraiment commencé à la suite de l’onde de choc causée par la photographie tragique de l’enfant syrien Aylan Kurdi, mort échoué sur une plage turque en 2015. Cette même année, le rédacteur en chef du site d’information TechCrunch Europe, Mike Butcher, lance à Londres la start-up TechFugees, réunissant des développeurs, des humanitaires et des entrepreneurs sociaux.

    Parmi eux, la Française Joséphine Goube, qui pilote aujourd’hui la branche associative et sensibilise le monde de la technologie à cette cause grâce à des « hackathons », des conférences ou des enquêtes de terrain. De quoi disposer de conseils précieux et concrets afin de vous permettre à votre tour de vous lancer dans l’entrepreneuriat social et solidaire.

    Les quatre conseils de Joséphine Goube

    Conseil n°1 : Choisir une cause qui vous importe

    « C’est assez simple, mais très important : il ne faut pas choisir quelque chose pour lequel vous n’envisagez pas de vous lever pendant les dix prochaines années. Si vous ne le sentez pas, ne le faîtes pas, car cela risque vite de vous épuiser. »

    Conseil n°2 : Ne pas vouloir « sauver l’humanité »

    « L’idée est plutôt de contribuer à résoudre le problème. C’est une autre dimension, parce que l’on vient alors aider à sa propre échelle, dans ses propres dimensions et dans ses capacités, et on puise dans ses forc

    « Quand on est entrepreneur social, il y a des principes que l’on ne peut pas renier par souci d’efficacité »

    Joséphine Goube

    Conseil n°3 : Faire un budget

    « Il faut le faire tout de suite, avant d’entreprendre quoi que ce soit. Il faut être très complet. C’est un classique : doublez vos charges, divisez par trois vos revenus, et pensez toujours à comment créer de la valeur et à la re-capturer. »

    Conseil n°4 : Ne pas tomber dans le « tourbillon médiatique » 

    « L’objet n’est pas la communication mais l’action. Si la communication peut pousser à l’action, c’est très bien, mais on voit aujourd’hui avec les réseaux sociaux que cela n’est pas toujours le cas. La communication peut nous faire perdre pied avec la réalité, et lorsqu’on fait du social ou de l’humanitaire, on n’a d’autre choix que de se confronter à la réalité et d’agir dessus. Il ne faut pas s’enfermer dans sa bulle. »

    Vous souhaitez vous lancer dans l’entrepreneuriat social ?

    La Fondation Macif soutient chaque année de nombreuses initiatives solidaires et sociales.