« J’habitais encore chez mes parents et je sentais que j’avais besoin de me faire mes propres expériences. J’ai voulu partir pour me prouver à moi-même que je pouvais le faire. » C’est cela qui a poussé Romane Fossé, 23 ans, à partir un semestre en Islande en 2020 durant sa licence. Une expérience qu’elle a renouvelée plus tard durant son master, puisqu’elle est aussi partie un semestre aux États-Unis en 2022. Pour se préparer à survivre loin du cocon familial pour la première fois, elle a demandé à son père de la laisser « gérer un peu plus mon argent toute seule, puisque jusque-là, je n’y faisais pas forcément attention. Si lui voyait que le montant sur mon compte descendait, il me faisait un virement, explique-t-elle. Mais il m’a laissé apprendre à gérer de mon côté avant mon départ, puisque je savais que j’allais devoir apprendre à faire des courses toute seule. »
Thibaut, 27 ans, est parti un semestre en Roumanie quand il avait 20 ans, a lui aussi demandé à ses parents des conseils essentiels pour survivre loin d’eux. « Je leur ai demandé comment faire marcher une machine à laver, ou comment je devais cuisiner tel ou tel aliment. » S’il a réussi à s’en sortir sans ses parents, il admet néanmoins avoir ressenti un manque qu’il n’avait pas forcément anticipé durant les premières semaines de son voyage. Il a rapidement trouvé la meilleure solution : « Les appels en visio. Bien sûr ça ne remplace pas le contact mais je me sentais tout de suite mieux après avoir appelé mes parents. »
De l’importance du logement
Parmi les sujets importants, le logement peut impacter grandement l’expérience à l’étranger. Gabriel, 22 ans, étudiant en école de commerce, est parti à Dublin pour un semestre en 2022, et il se souvient que l’endroit où il allait loger était « sûrement la partie pour laquelle j’ai fait le plus de recherches. Dublin est assez cher, les loyers sont généralement élevés. Il était important de voir ce que je pouvais avoir et dans quel quartier avec mon budget ». Il a fini par prendre une chambre en colocation avec d’autres étudiants et jeunes actifs, ce qui lui a permis de « faire des rencontres intéressantes. Par énorme hasard, un de mes colocataires allait commencer à travailler chez Google en Irlande, qui est le QG de Google Europe. Je suis passionné par la technologie et il a pu me faire visiter le siège qui est normalement fermé aux non-employés. C’était sans doute une des meilleures expériences de ma vie ». Gabriel n’est pas le seul à souligner l’importance du logement.
Romane, qui a elle aussi vécu avec des étudiants durant ses deux expériences à l’étranger se rappelle que « c’était un super moyen de se faire des amis. Je connais des personnes qui ont logé en dehors de résidence étudiante et qui le regrettent parce qu’ils ont eu beaucoup de mal à lier des amitiés ». Elle conseille aussi de se renseigner sur la ville et sur les coins dans lesquels on part, puisque « quand j’étais aux États-Unis j’ai vécu non loin de Minneapolis et Saint-Paul, deux villes réputées dangereuses, ce que je ne savais pas avant d’arriver. Quand j’étais sur le campus ça allait, mais quand je devais sortir en ville, je ne me sentais pas en sécurité. J’aurais aimé savoir cela avant pour l’anticiper ».
Sortir de sa zone de confort
Une fois que ces préparatifs sont faits, reste encore à savoir ce que l’on veut voir une fois sur place. Comment prévoir cela ? Cela dépend surtout de votre tempérament. Romane se souvient ainsi que « quand je suis arrivée aux États-Unis, comme je ne restais que quelques mois, je savais que ça allait passer très vite. Donc j’ai tout prévu et réservé les billets les premières semaines ». Certains sont un peu plus détendus dans leur approche. Thibaut par exemple a fait « des recherches avant de partir sur ce qu’il y avait à faire. Mais je n’ai pas non plus fait un planning très précis et j’ai quand même passé un super séjour ».
Pour ces trois jeunes, l’essentiel reste de profiter de l’occasion d’être dans un nouveau pays pour tenter de nouvelles choses, rencontrer de nouvelles personnes et repousser ses limites. Gabriel, qui avoue être « tombé amoureux de Dublin », pense que le voyage a été « la meilleure expérience de sa vie ». Romane ne peut qu’approuver : « Cette expérience m’a formée. Tu te retrouves face à toi-même et tu dois te débrouiller. Mes plus beaux souvenirs sont ceux que je me suis faits lorsque je suis sortie de ma zone de confort et c’est le meilleur conseil que je peux donner ».
« Il ne faut pas le voir sous cet angle. Notre organisme a besoin de glucose pour fonctionner, explique Nina Cohen Koubi, notamment les cellules du cerveau, c’est pourquoi un pic d’hypoglycémie peut provoquer un malaise. » Mais tous les sucres ne se valent pas pour autant ! Il en existe plusieurs types, dont le fructose, le lactose, l’amidon dans le pain et les féculents, aussi appelé sucre lent. Les sucres rapides contenus dans les produits transformés sont constitués de molécules de glucose dont les liaisons ont été coupées et qui provoquent une élévation du niveau d’insuline, l’hormone régulant la glycémie. « Et donc une potentielle hypoglycémie réactionnelle, qui a trois conséquences : la faim, la fatigue et le stockage sous forme de graisse du surplus de glucides absorbés », alerte la diététicienne. Il vaut donc mieux privilégier les sucres lents, absorbés plus lentement par l’organisme. L’OMS préconise une consommation de sucres simples n’excédant pas 10 % de la ration énergétique totale d’un individu.
Un aliment salé ne contient pas de sucre
FAUX.
On trouve du sucre partout, même dans les légumes ou le fromage ! « Le fait que ça soit salé ne veut pas dire qu’il n’y a pas de glucides », prévient Nina Cohen Koubi. Les légumes sont ainsi beaucoup à contenir du fructose, mais ils contiennent également des fibres, des nutriments et des vitamines essentiels pour la santé.
Un produit « sans sucres » ne contient pas de sucre
FAUX.
« En vérité, tout ce qui est industriel contient du sucre », nuance Nina Cohen Koubi. La mention « sans sucres » signifie que le produit ne contient pas plus de 0,5 g de sucres pour 100 g. En revanche, ces aliments contiennent en général des « faux sucres » comme l’aspartame, eux aussi nocifs. « Ils altèrent le microbiote, alors que celui-ci prévient les cancers, les maladies inflammatoires et chroniques, et favorise la bonne santé mentale », confirme la médecin nutritionniste.
Le sucre des fruits est moins nocif que les autres
VRAI.
« Même si la structure moléculaire du fructose est identique à celle des sucres ajoutés, le fruit contient des fibres qui permettent de freiner l’absorption des glucides », explique Nina Cohen Koubi. En plus des fibres, les fruits sont riches en vitamines et antioxydants. Attention, cependant, aux jus de fruits qui ont une teneur en fructose, et donc en sucre, bien plus importante qu’un fruit classique.
Le sucre roux est meilleur pour la santé que le sucre blanc
FAUX.
« Tout le monde croit ça, mais l’index glycémique (indice permettant de constater l’effet d’un aliment sur la glycémie, ndr) est équivalent. Je ne donnerais pas ce genre de recommandation à mes clients », observe Nina Cohen Koubi. La différence entre les deux est en général son origine, le sucre blanc venant de la betterave et le sucre roux de la canne à sucre.
Le sucre est responsable du diabète
FAUX.
Le diabète insulinodépendant de type 1 est une insuffisance de sécrétion d’insuline par le pancréas. « D’un autre côté, quand une personne prend du poids, les cellules se distendent et assimilent moins bien le sucre, ce qui provoque une accumulation de glucose dans le sang et potentiellement un diabète de type 2 », explique Nina Cohen Koubi. C’est donc le système de régulation de la glycémie qui est perturbé. « Par contre, si la personne continue à consommer beaucoup de sucre, le diabète peut s’aggraver », complète la médecin.
Le sucre peut entraîner une dépendance
Vrai, mais…
Il est vrai que la consommation d’un aliment sucré entraîne une élévation de la dopamine, l’hormone du bien-être. « Mais je ne sais pas si on peut véritablement parler d’addiction », nuance prudemment Nina Cohen Koubi : « C’est un phénomène que l’on observe surtout chez les personnes ayant des problématiques émotionnelles, qui mangent du sucre pour se calmer. » Dans ces cas-là, il faut trouver un autre moyen d’élever la dopamine.
Le sucre n’est donc pas à proscrire systématiquement, mais il faut le consommer avec modération et manger de manière équilibrée. Une consommation trop importante peut ainsi favoriser l’apparition de maladies chroniques et cardiovasculaires, ainsi qu’une santé mentale dégradée.
Comme toutes les femmes enceintes, Anoushka a dû effectuer un test de glycémie à jeun au terme du premier trimestre. Si les résultats de ses prises de sang étaient bons, sa gynécologue a souhaité lui prescrire en plus un test HGPO (hyperglycémie provoquée par voie orale). La raison ? Anoushka était tombée enceinte à 35 ans, âge au-delà duquel le risque de diabète gestationnel augmente. Mauvaise surprise, on lui en a justement dépisté un à son sixième mois de grossesse.
Diabète gestationnel, de quoi parle-t-on ?
Cette intolérance au glucose se traduit par une augmentation de la glycémie chez une femme enceinte. Selon l’enquête nationale périnatale 2021, la fréquence du diabète gestationnel a augmenté, passant de 10,8 % en 2016 à 16,4 % en 2021. Augmentation en partie liée à un meilleur diagnostic, mais aussi à la présence plus fréquente chez les mères de facteurs de risque. « Il en existe plusieurs : le surpoids ou l’obésité des femmes démarrant une grossesse, un âge supérieur à 35 ans ou des antécédents de diabète (parent diabétique ou diabète gestationnel lors d’une précédente grossesse) », précise Romane Rivière, sage-femme en libéral. Dans le cas d’une détection de diabète gestationnel, la femme enceinte est suivie par une équipe pluridisciplinaire (gynécologue, endocrinologue, diététicienne, sage-femme) chargée de lui prescrire un régime alimentaire sain et équilibré pour stabiliser son taux de glycémie. « Elle devra aussi pratiquer une autosurveillance glycémique en se piquant le doigt pour prélever une goutte de sang avant et après chaque repas. Si le taux de glycémie ne diminue pas, on met en place un traitement par injection d’insuline », ajoute la sage-femme. Une autre précaution à prendre ? Pratiquer une activité physique régulière.
Pour la mère, le diabète de grossesse augmente le risque de développer une prééclampsie (une maladie qui peut toucher jusqu’à 5 % des femmes enceintes) lors de l’accouchement et peut aussi être à l’origine d’un poids très élevé du nouveau-né, ce qui peut entraîner des complications. Si le diabète gestationnel disparaît en général après la grossesse, le risque de récidive du diabète lors d’une autre grossesse est plus important. La santé du bébé est elle aussi mise en jeu, avec un risque de développer plus tard un diabète de type 2.
Régime alimentaire strict
Malgré ses 35 ans, Anoushka ne présentait pas de facteur de risques : ni surpoids ni antécédents de diabète. Malade tout le long de sa grossesse, la future maman n’a trouvé qu’une solution pour apaiser ses nausées incessantes : consommer des aliments sucrés. « Je buvais du soda et je mangeais des barres chocolatées, alors que ce n’était absolument pas dans mes habitudes alimentaires. Les médecins ont soupçonné que ma consommation excessive de sucre, au même titre que le placenta de mon bébé, pouvait être à l’origine de mon diabète gestationnel », se souvient-elle. Reste que l’annonce de cette complication a été une douche froide pour Anoushka : « Je l’ai appris seule en lisant les résultats de la prise de sang. J’étais chamboulée et totalement perdue. »
Sur les conseils d’une endocrinologue, elle a alors suivi un régime alimentaire strict. « Ça a été très brutal. Mais j’avais tout de même droit à un repas par semaine où je pouvais me lâcher », avoue-t-elle. Son diabète désormais maîtrisé, la future maman se piquait le doigt tous les jours après les repas pour vérifier son taux de glycémie. Mais lors des 15 premiers jours de son huitième mois, alors qu’elle suivait le régime à la lettre, son diabète est monté en flèche. Résultat : Anoushka a dû se faire des piqûres d’insuline tous les soirs pendant cette période. Lors de son dernier mois de grossesse, son taux de glycémie s’est finalement stabilisé. À la naissance du bébé, non seulement il était en très bonne santé, mais le diabète gestationnel de sa mère avait disparu. Bonne surprise, elle n’en a pas refait lors de sa deuxième grossesse.
Application de suivi des glycémies
Soline, 35 ans, n’a fait aucun diabète lors de sa première grossesse et n’avait pas non plus d’antécédents familiaux de diabète. Pour sa deuxième grossesse, les résultats de son premier test de glycémie à jeun étaient bons, raison pour laquelle on ne l’a pas contrainte à faire un test HGPO. Reste que passé son sixième mois, plusieurs complications ont inquiété cette future maman de jumeaux : « Mon ventre me démangeait, les fœtus grossissaient par à-coups, j’avais beaucoup de contractions et j’étais souvent hospitalisée. J’ai donc préféré faire tous les examens possibles pour être rassurée. » Parmi ces tests, elle fait celui de l’HGPO. Mauvaise surprise : on lui découvre un diabète gestationnel. « Je n’aurais jamais cru en avoir. C’est ma sage-femme à domicile qui me l’a appris », raconte-t-elle. Dès lors, Soline commence à se piquer avant chaque repas et deux heures après pour surveiller son taux de glycémie. « Ça n’a rien de compliqué. Je note simplement mes résultats sur mon application portable MyDiabby, ce qui permet à mon endocrinologue de contrôler au quotidien l’évolution de mon diabète », éclaire-t-elle.
En autodidacte, la future maman se constitue un nouveau régime alimentaire en s’informant en ligne et auprès de son entourage. Comme Anoushka, elle bannit tous les aliments sucrés, mais s’octroie de temps en temps deux carrés de chocolat tout en contrôlant un éventuel pic de glycémie. Pour Soline, elle qui a toujours mangé sainement, changer quelques habitudes alimentaires n’a rien eu de difficile ou de très frustrant. « Parfois, c’est un peu contraignant comme lorsque je dois contrôler ma glycémie deux heures après mon repas alors que je suis en pleine sieste. Mais je préfère éviter de risquer de passer au stade de l’insulinothérapie (traitement par injection d’insuline, ndr). Et je suis rassurée de savoir que ce diabète gestationnel a de très grandes chances de disparaître après mon accouchement », se réconforte-t-elle.
Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), entre 1980 et 2016, les naissances dites extra-hospitalières ont représenté en France entre 0,5 % et 1,9 % du total des naissances. Malgré plusieurs études qui ont témoigné du besoin des mamans d’avoir un accouchement plus naturel et moins protocolaire, pour une partie du corps médical, ce choix fait régulièrement l’objet de vives critiques : « Dans la situation française actuelle, il est beaucoup plus dangereux d’accoucher à domicile que dans un milieu médicalisé, juge ainsi Joëlle Belaisch Allard, présidente du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). Nous ne pouvons pas cautionner cette pratique où le risque de mortalité maternelle et du bébé est nettement plus élevé. »
Mais quand on regarde à l’étranger ou que l’on s’intéresse à d’autres professions, les avis sont moins unanimes. Ainsi, les sages-femmes ne se prononcent pas en bloc contre l’accouchement à domicile. Et dans d’autres pays comme les Pays-Bas et le Royaume-Uni, les sociétés médicales sont bien plus ouvertes à cette pratique. Ces divergences témoignent en réalité d’une vision très différente de la sphère périnatale, entre des médecins qui ne comprennent pas que la grande sécurité apportée par les ressources d’un hôpital soit boudée, et d’autres soignants pour qui il est important de permettre aux patientes de choisir un environnement connu et moins anxiogène – à partir du moment où les patientes présentent peu de facteurs de risques – pour donner la vie. L’association L’Apaad (Association professionnelle de l’accouchement accompagné à domicile) créée en 2019 regroupe ainsi « une communauté de sages-femmes qui veulent faire changer le regard porté sur la naissance accompagnée à domicile ».
Choisir le mode de mise au monde
Pour celles qui continuent d’envisager un accouchement à domicile, cela reste donc possible, même si certaines conditions doivent être strictement respectées : il est ainsi impératif que la grossesse soit considérée comme à bas risque par un professionnel de santé qualifié, et que la future mère ne présente aucune complication médicale ou obstétricale qui pourrait mettre sa santé ou celle de son bébé en danger pendant l’accouchement. Il faut aussi prévoir que si les frais de l’accouchement sont remboursés comme à l’hôpital, il existe des frais d’astreinte pour la sage femme, qui lorsqu’elle accepte une famille, se rend disponible 24 heures sur 24 pendant 5 semaines. (Les prix varient d’une région à l’autre : en région parisienne , il faut compter environ 1600, 2000 euros. La moyenne dans les autres régions est de 700 euros). Cela implique aussi un suivi régulier de la grossesse par une sage-femme formée à cette pratique, ainsi qu’un plan détaillé pour le déroulement de l’accouchement, avec des mesures spécifiques pour assurer le confort de la mère, la disponibilité de matériel médical nécessaire, et la présence d’au moins une sage-femme lors de l’accouchement.
Enfin, il est crucial que le transfert vers une maternité soit simple et rapide en cas de besoin, puisque même si tout est bien anticipé, des complications peuvent survenir, nécessitant une intervention médicale d’urgence. « J’avais déjà eu deux enfants, nés à l’hôpital, et même si tout s’était très bien passé, je m’étais sentie dépossédée de mon corps, comme spectatrice de leur mise au monde. J’ai voulu choisir, décider, sentir que j’en étais capable, et aussi vivre cette expérience avec mon mari, qu’il soit partie prenante. La sage-femme que j’ai consultée m’a bien tout expliqué, et s’est avant tout assurée que je ne présentais aucun risque particulier. Le jour J, tout s’est déroulé comme prévu : ma sage-femme, qui m’avait suivie pendant ces 9 mois, me connaissait bien, j’étais chez moi, dans un environnement que j’aimais et qui me rassurait. Et j’ai senti la force incommensurable que chaque femme possède en elle-même si on lui en laisse l’opportunité. Ça a été un moment fondateur de ma vie », raconte, encore émue, Julie. Que ce soit à l’hôpital ou à la maison, pouvoir choisir la manière dont on accouche devrait rester possible pour les parents. À condition bien sûr de s’assurer que toutes les conditions sont mises en œuvre.
Maison de naissance
La maison de naissance est une structure placée sous la direction de sages-femmes qui permet une nouvelle forme de prise en charge de la grossesse et de l’accouchement proposant une moindre technicisation, une médicalisation raisonnée de la grossesse et une approche plus physiologique de l’accouchement. L’accompagnement de la maman y est global et est réalisé par une seule et même sage-femme.
Liste des maisons de naissance en France :
CALM – Maison de naissance à Paris (75)
Maison de naissance Doumaïa à Castres (81)
La Maison à Grenoble (38)
Le Temps de naître à Baie-Mahault (97 – Guadeloupe)
Joie de naître à Saint Paul (97 – La Réunion)
Premières heures au monde à Bourgoin-Jallieu (38)
MANALA, Maison de naissance Alsace à Sélestat (67)
Essentiel pour la continence, le périnée est un ensemble de muscles formant le plancher pelvien entre les deux os du bassin. C’est là que se situent la vessie, l’utérus, le vagin et le rectum. Lors de l’accouchement, il s’assouplit pour laisser passer le bébé. Les tissus étirés du périnée reprennent leur forme naturellement au bout de plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Mais il est essentiel de suivre une rééducation avec un spécialiste avant de reprendre le sport et pour éviter des problèmes d’incontinence à l’effort.
Un bilan périnéal 6 à 8 semaines après l’accouchement
Nathalie Mutel-Laporte est sage-femme à l’Institut Mutualiste Montsouris à Paris depuis 25 ans. Elle rappelle que « le post-partum se prépare » via une bonne information des femmes dès le début de la grossesse : « C’est le bon moment pour leur parler de rééducation périnéale. » La première étape vient dès la suite de couche. « J’accompagne les patientes, notamment quand elles ont vécu des accouchements traumatiques et ont du mal à se réapproprier leur corps », détaille la sage-femme, qui a pris pour habitude d’utiliser un miroir pour montrer aux femmes leur vulve et les rassurer. Assia, 31 ans et qui a eu sa fille il y a trois ans, se souvient de l’angoisse : « J’avais l’impression que mon corps était complètement déformé. » Vient ensuite le bilan périnéal, six à huit semaines après la naissance. Cécile Cape est kinésithérapeute et s’est spécialisée dans la rééducation post-partum. Au début, son objectif est de faire « prendre conscience de leur périnée » à ses patientes, ce qui n’est pas toujours facile. Elle commence par effectuer un état des lieux : « Y a-t-il des douleurs liées à l’accouchement, à une épisiotomie, une cicatrice ? »
S’ensuit alors un toucher vaginal pour tester la musculature et « vérifier que tout est à sa place ». Cécile Cape demande alors à ses patientes de faire comme si elles voulaient se retenir d’uriner, ce qui a pour effet de contracter le périnée : « Certaines patientes ne sentent pas bien l’envie d’uriner, ce qui est normal, il faut donc remuscler le plancher pelvien. » À 30 ans, Adèle* a eu une fin de grossesse et un accouchement difficiles. Elle qui espérait reprendre rapidement le sport a dû freiner ses ambitions : « Je ne maîtrisais pas du tout mon périnée. C’était extrêmement difficile de faire un saut sans avoir envie de faire pipi. » Cette étape a également constitué pour Assia un apprentissage : « Je n’avais pas conscience de la façon dont le périnée était sollicité dans la vie de tous les jours. »
Souvent, il faut ainsi effectuer un véritable travail de pédagogie. Une fois le diagnostic établi, le professionnel va proposer des exercices de contraction et de relâchement à la patiente. La première étape est de maîtriser ses abdominaux « profonds ». Allongée sur le dos, les genoux repliés et les mains posées sur le bas-ventre, la patiente essaye de contracter ses abdominaux, comme si elle voulait les rentrer vers l’intérieur. « Ce dernier point est très important, car si le bas-ventre pousse les mains vers le haut, c’est que l’exercice est mal fait. Il faut alors prendre le temps de plusieurs séances », observe Cécile Cape. La gestion de la respiration joue un rôle important dans ces exercices.
Une fois cette étape maîtrisée, l’exercice peut être répété, mais cette fois-ci en faisant basculer le bassin vers la poitrine, ou en essayant de rentrer au maximum les abdominaux vers le dos. En parallèle, il est utile, debout ou assise, de s’entraîner à contracter son périnée – en se retenant d’uriner. Au fur et à mesure de la progression, le nombre de répétitions et la durée de l’exercice peuvent être augmentés, jusqu’à pouvoir passer à des exercices abdominaux plus exigeants. Attention, cependant, il est important d’avoir l’avis d’un professionnel qui vous aiguillera tout au long de ce processus.
Ensuite, si la rééducation avance bien, certaines activités physiques pourront reprendre. Aujourd’hui, cinq mois après son accouchement, Adèle a pu reprendre la course, « mais continue à être suivie par un kinésithérapeute ». Car en parallèle, une rééducation abdominale doit également être effectuée avant d’aborder des exercices plus intenses. Combien de temps dure la rééducation ? Si plusieurs semaines sont le minimum, il n’existe pas de règles. « Pour certaines, la rééducation dure quatre à cinq mois et pour d’autres un an, voire plus. On arrête lorsque la patiente n’a plus de douleurs, qu’elle est continente à l’effort, que sa sangle abdominale est redevenue solide et qu’elle a pu reprendre des rapports sexuels agréables », détaille Cécile Cape. Pour Assia, les choses sont allées relativement vite : « J’en ai eu pour quatre mois. » Adèle, de son côté, y travaille depuis cinq mois et sait que cela va prendre « encore un petit bout de temps ».
Ne pas hésiter à se renseigner
Malheureusement, comme le souligne Nathalie Mutel-Laporte, « la rééducation périnéale est loin d’être systématique ». Selon l’enquête périnatale de 2021, la dernière en date, l’entretien postnatal, qui permet de définir une « feuille de route », n’est effectué que par 38 % des femmes au niveau national. L’une des raisons est le manque d’information. « Il reste une vraie éducation à faire pour une prise de conscience généralisée et plus précoce, déplore la sage-femme. Même dans les cours de sport à l’école, on fait encore trop souvent faire aux filles des exercices sans tenir compte de leur impact potentiel. »
Cécile Cape s’est occupée de la rééducation de beaucoup de sportives, amatrices comme professionnelles. Et a eu affaire à des femmes qui avaient déjà des problèmes d’incontinence : « Dans la majorité des sports, on ne leur a jamais ou presque parlé de périnée avant qu’elles accouchent. » Comme à l’école, l’absence d’information laisse de nombreuses femmes dans l’ignorance. C’est le cas d’Adèle : « J’ai fait du handball pendant 15 ans, et le sujet n’a jamais été abordé. » En d’autres termes, il ne faut pas hésiter à se renseigner auprès de professionnels.
En parallèle, une rééducation abdominale essentielle
Une fois bien commencée la rééducation du périnée, celle des abdominaux peut débuter. Il s’agit de reconstruire la sangle abdominale, qui a parfois été fortement altérée par la grossesse. « On fait d’abord un bilan pour vérifier qu’il n’y a pas eu de diastasis des grands droits », explique Cécile Cape, c’est-à-dire un écartement des muscles droits de l’abdomen. Durant plusieurs séances, la patiente va alors devoir effectuer des exercices légers pour renforcer la ceinture, et réduire et maîtriser le diastasis si nécessaire. « Des exercices simples me fatiguaient beaucoup, je n’avais jamais ressenti ça », se souvient Adèle.
C’est souvent l’occasion pour le professionnel d’enseigner les bons exercices, rappelle Nathalie Mutel-Laporte : « Il ne faut pas appuyer sur son périnée avec ses abdominaux, par exemple en faisant des crunchs. Cela provoque des risques de fuites urinaires et de descentes d’organes. » Avec, pour objectif, de pouvoir reprendre le sport en augmentant petit à petit l’intensité et la régularité.
« Au coucher, Violette se crée des peurs associées au méchant dans un dessin animé ou au loup dans un livre. Je la laisse se confier et je la rassure pour qu’elle se sente en sécurité », confie Aurore, sa maman. Comme la petite fille, nombreux sont les enfants qui craignent la nuit que des monstres surgissent de leur placard, que des loups viennent les dévorer ou encore que des sorcières viennent leur jeter des sorts. « L’inconscient et l’imagination vive des enfants leur jouent des tours. Derrière la peur de l’obscurité se cache la plupart du temps, la peur de la séparation avec les parents. En général, dormir avec ses parents dans le noir ne pose pas problème », explique Victoria Séroussi, psychologue clinicienne au Cabinet Carnot à Levallois-Perret.
Très courante chez l’enfant, la peur du noir, appelée nyctophobie, apparaît en moyenne entre trois et quatre ans et peut durer plusieurs années. En général, elle se manifeste par le refus de dormir seul, l’anxiété, les crises, des prétextes pour retarder le moment du coucher ou des symptômes physiques comme le mal de ventre ou les tremblements.
Alors, comment gérer et guérir cette peur ? Victoria Séroussi conseille de commencer à installer une ambiance de calme et de repos dans la maison vingt minutes avant le coucher, comme parler à voix basse, baisser les lumières ou stopper tous les stimuli (jeux de logique, musique, écrans, etc.) qui pourraient exciter l’enfant. « On peut aussi instaurer un rituel de coucher rassurant commençant par se brosser les dents, choisir les habits pour le lendemain, lire une histoire, faire un câlin, etc. Tout ça en s’adaptant à la personnalité et à l’âge de l’enfant », ajoute-t-elle. Selon la psychologue clinicienne, il est tout aussi important de rassurer son enfant sur la présence des parents dans la maison comme d’être à l’écoute de ses craintes. « Je ne préconiserais pas de faire le tour de la chambre pour vérifier qu’il n’y a pas de monstre, car ça rend réel leur existence. Et si un jour le parent ne le fait plus, l’enfant risque d’être inquiété », précise-t-elle. Par ailleurs, si la nyctaphobie apparaît chez la plupart des enfants, il est possible de la prévenir en habituant l’enfant à jouer seul dans sa chambre de temps en temps la journée. « L’idée est de favoriser cette solitude pour qu’elle soit appréciée et non associée à une punition ou à une séparation » étaye Victoria Séroussi.
Des livres pour apaiser la peur du noir
C’est bien le problème de la petite Violette, 5 ans, qui « depuis quelque temps redoute de plus en plus le coucher, car elle comprend que c’est le moment où elle se retrouve toute seule dans sa chambre », avoue Aurore, sa maman. Tous les soirs, la petite fille se relève plusieurs fois et trouve n’importe quel subterfuge pour repousser l’heure du sommeil. « Elle se plaint d’avoir mal partout alors qu’elle allait très bien la journée ou elle réclame d’aller aux toilettes toutes les dix minutes », énumère Aurore. Pendant que la lumière du couloir reste allumée, les parents ont trouvé des routines de coucher apaisantes pour leur petite. Avec eux, Violette fait tourner sa « roue des rêves » ou joue avec sa cocotte en papier, tombant sur un câlin, un bisou ou un moment de la journée à raconter. Après quoi, ses parents lui proposent d’essayer de s’endormir tranquillement en lui promettant de revenir 15 minutes plus tard. La plupart du temps, ça fonctionne, la petite tombe dans les bras de Morphée. Mais parfois, le coucher s’avère être un vrai combat pour lequel les parents redoublent d’imagination : ils lui proposent des exercices de respiration ou lui lisent un livre racontant l’histoire d’un petit garçon, effrayé par le noir, qui apprend à comprendre sa peur et à la contenir.
« J’essaie de faire en sorte qu’elle se sente bien dans sa chambre et dans son lit, d’en faire un cocon rassurant, avec tous ses doudous réconfortants », ajoute Aurore. Aller voir un psy ou un pédiatre pour régler cette nyctaphobie ne lui a même pas traversé l’esprit. « Je pense que c’est un cap à passer. La peur du noir chez mon aîné a disparu avec le temps. Alors, je me dis que ce sera pareil pour Violette », espère la maman.
Rituels de relaxation et de respiration
Chez Gabin, les premiers symptômes de la peur du noir sont apparus dès ses 16 mois. « C’était impossible de le laisser seul dans sa chambre le soir, il pleurait en permanence. Il n’arrivait à s’endormir que quand on restait à côté de lui », remet Anne, sa maman. Au coucher, c’est le « loup » caché dans la pénombre qui l’effrayait, en plus de la peur d’être séparé de ses parents. Anne est une oreille attentive, écoutant son enfant se confier : « Je n’ai jamais nié ses peurs, je les entends à chaque fois. Les exprimer, sentir qu’on ne les juge pas et qu’on cherche des solutions pour l’aider ne peut que lui faire du bien. » Le petit garçon réclamant de la lumière, ses parents ont exécuté : ils ont installé une veilleuse, fixé des étoiles phosphorescentes au plafond et adopté la stratégie de la porte ouverte éclairée par la lumière du couloir pour tenter de le rassurer. Preuve que cela ne suffisait pas au début, Gabin ne fermait toujours pas l’œil sans ses parents à son chevet.
Conseillés par une psychologue et une spécialiste en médecine traditionnelle chinoise, ils ont alors mis en place au coucher des rituels de relaxation et de respiration puis des techniques de massage au niveau du bas du dos et des bras. « Plus tard, Gabin a été traumatisé par la piqûre d’un poisson dans l’océan. La nuit, il avait peur qu’un poisson vienne l’attaquer sous sa couette. Pour apaiser sa peur, il a fait trois séances avec une hypnothérapeute. Ça a bien fonctionné », raconte Anne. La spécialiste a demandé au petit garçon de cinq ans d’inventer lui-même au coucher son propre monde imaginaire où il pourrait s’évader. Depuis, ses parents n’ont plus besoin de veiller à côté de lui le temps qu’il s’endorme. Reste que sa porte demeure ouverte, histoire d’être « rassuré qu’aucun voleur ne passe par là ».
Il faut sillonner des paysages vallonnés dans le brouillard du mois de décembre pour arriver jusqu’à Mergieux, hameau aveyronnais entouré de bois jouxtant la commune de Najac. Là-bas se niche l’une des dix-neuf écoles Être, qui forment les jeunes éloignés de l’emploi de 16 à 25 ans aux métiers de la transition écologique, de l’écoconstruction au maraîchage. Dans le garage d’un ancien centre de vacances où les bâtisses en pierre et les prairies environnantes plantent un décor bucolique, sept stagiaires tâtonnent les freins et les amortisseurs de vélos fatigués, dans l’espoir de leur offrir une seconde vie à la ressourcerie du Rouergue, non loin d’ici. Le concret de la formation séduit ces jeunes qui ont décroché du milieu scolaire ou stagnent dans le chômage de longue durée.
Pendant deux semaines, ils apprendront à déchiffrer la mécanique des vélos, une occasion d’emmagasiner des compétences pratiques et manuelles où la finalité du travail s’observe à l’œil nu. Deuxième étape : la construction d’un four solaire, objet d’avenir qui n’émet aucun CO₂ et réduit les dépenses, sa source d’énergie étant gratuite et inépuisable : le soleil. Deux secteurs d’activité qui promettent un besoin de bras et de cerveaux dans les décennies à venir.
Ici, personne ne se reconnaît dans le dénominatif élève, malgré un jeune âge et une volonté d’apprentissage. « On tient à décentrer le rapport sachant/apprenant propre au modèle éducatif traditionnel qui n’a pas laissé que des bons souvenirs », précise Florent, encadrant technique de l’école aveyronnaise. Le sentiment de passivité provoqué par les cours magistraux ou encore le harcèlement scolaire en a démotivé plus d’un. « Ici, la seule théorie se glisse dans la pratique et le maître mot est la bienveillance », plaide l’encadrant. « Un petit coup de brosse à dents sur la chaîne rouillée et c’est reparti ! », lance Sofiane, inhabituellement enthousiaste. Lycéen avec une énergie à revendre dans un établissement catholique « hyper strict » puis titulaire d’un BTS ébénisterie, ce garçon d’une vingtaine d’années a toujours subi douloureusement ses expériences scolaires, jusqu’à ce qu’il se découvre une passion où la rigueur ne représente plus un effort. « J’ai dessiné tous les plans de mon camion aménagé sur des logiciels. C’est du concret, j’adore. Prochaine étape : mon tour de France sur la route ! », s’exclame-t-il, redressant son béret en souriant. Comme les six autres stagiaires, Sofiane est à la recherche d’un avenir où la carrière est moins importante que l’épanouissement personnel ou l’utilité sociale.
Tête pleine, rien dans les mains
Avant d’arriver dans le froid de Najac, Geoffrey, urbaniste de formation originaire de la région Pas‑de‑Calais, arpentait les cols et les sommets de l’autre côté de la frontière, en Espagne. Réparer des vélos n’est pas son métier de rêve, mais ce stage représente pour lui des compétences pratiques en plus dans sa besace. « Certains jeunes que l’on accueille ont une tête pleine de savoirs mais rien dans les mains. Ils viennent ici pour remédier à ça », précise Florent, architecte de formation qui s’est lui aussi tourné vers les écoles Être comme encadrant pédagogique par quête de sens. Changer de voie des dizaines de fois au cours de sa carrière professionnelle n’effraie pas ces jeunes ruraux. Bien au contraire. « Souvent, la route est tracée avant de réellement savoir ce qu’on veut. On est engagés dans un boulevard sans grande conviction », soutient Max, bonnet en laine et corps longiligne, qui ne trahit en rien ses années passées chez un carrossier.
La plupart ont grandi dans un environnement agricole, et n’ont connu que la ferme de leurs parents, où le travail était rude. Physiquement éloignés de l’emploi et de la sociabilité, ils rêvent désormais de rencontres et de partage. « J’ai fait de l’animation pendant des années, mais j’ai perdu le goût du métier et ma confiance en moi. Je veux aller vers quelque chose qui me ressemble plus », affirme Laura, 24 ans, seule femme de la formation.
Finalement, peu importe la mission, ce qui compte est le contexte dans lequel ils exercent leur métier. « Par exemple, le métier de comptable me déprime. Mais faire de la compta pour le festival Trans Musicales à Rennes, j’ai adoré », nuance Maxime, un Aveyronnais passionné de rock, en resserrant avec force les freins d’un vélo. À sa droite, Adam s’étonne lui-même de réussir à se plier aux horaires précis de la formation. « Il y a quelques années à peine, j’allais au lycée un jour sur trois, la boule au ventre. J’ai compris qu’il fallait arrêter de forcer, que ce n’était pas pour moi. Ici, en petit comité, avec un objectif précis, je me sens bien », assure-t-il, la moue rassurée. La phobie scolaire, qui l’a marqué au fer rouge, l’a longtemps isolé de toute forme d’engagement social. L’absence de jugement entre les stagiaires qui règne dans cette formation le réconcilie avec les autres.
Décrocher en milieu rural, la double peine
En général, le décrochage scolaire se fait au lycée, suivi par quelques années d’errances, et des approches timides avec la Mission locale, lieux où ils sont repérés par les écoles Être. « Beaucoup de jeunes sortent du lycée avec une vision hyper négative du futur et de la société dans laquelle on vit. En venant ici, ils sont encore plus conscients de la merde dans laquelle on est collectivement, mais ils y découvrent une lueur d’espoir », nuance Florent. Les territoires ruraux comptent près d’un cinquième des effectifs des décrocheurs scolaires, soit 17 % des jeunes sortant du système éducatif sans diplôme. Le milieu rural est marqué par l’éloignement des services et des écoles post-bac.
L’absence d’écoles de la deuxième chance, comme des Établissements pour l’insertion dans l’Emploi (Epide), achève de creuser les inégalités territoriales des étudiants. Pour les jeunes de ces régions, le décrochage scolaire n’est pas nécessairement synonyme d’entrée précoce dans la vie professionnelle. Les petites villes de campagne, où le bassin d’emplois est plus restreint, réduisent également leurs possibilités d’avenir comme peau de chagrin. « Agriculteur, maçon, charpentier : soit on aime ça, soit on s’y plie », confirme l’un des stagiaires sur un ton désabusé. À l’échelle nationale, l’origine sociale est l’un des premiers facteurs du décrochage. Les enfants issus de familles monoparentales ou ceux dont les parents sont peu qualifiés ou peu impliqués dans la scolarité présentent un risque supérieur de désengagement. Pourtant, il se pourrait qu’ils représentent les acteurs du changement.
Un renversement des savoirs vertueux
En 2005, alors qu’il était éducateur spécialisé dans une Maison d’Enfants à Caractère Social (MECS) à Toulouse, Frédéric Mathis comprend que les jeunes défavorisés seront les premières victimes du réchauffement climatique en raison d’habitats mal isolés et du manque d’espaces verts, malgré une empreinte carbone inférieure au reste de la société. « Mais ils sont aussi l’espoir d’engager une transition concrète, avec des métiers pratiques dont on aura grandement besoin et que les jeunes favorisés ne veulent pas faire : c’est la raison d’être de notre réseau », assure cet ancien travailleur social. Convaincu de cette double réalité, il fonde les écoles Être, implantées dans dix-neuf régions françaises. Pas question de créer du bâti supplémentaire, les jeunes intègrent associations indépendantes et tiers-lieux locaux déjà implantés, qui sont labellisés par le réseau Être, et subventionnés par les Régions. Lainage, agriculture urbaine, maraîchage d’altitude, habitat durable, économie circulaire… Les formations, qui durent de deux semaines à un an, sont entièrement gratuites et sont accessibles à tous les intéressés partout en France. Un moyen de réinsérer les jeunes mais aussi de répondre aux défis qui se présenteront aux entreprises de demain. Ne serait-ce que dans le bâtiment, la rénovation annuelle de 500 000 logements permettrait la création de 75 000 emplois directs et indirects.
Quant aux énergies renouvelables, le secteur devrait créer près de 125 000 emplois d’ici 2025 (principalement pour l’installation et la maintenance dans le solaire et l’éolien). Dans son étude Les effets de la transition écologique sur l’emploi, de juillet 2022, l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie, établissement public qui a pour missions premières de favoriser la protection de l’environnement et les économies d’énergie) indique que les emplois directs de ces secteurs progressent de 72 % depuis 2006 pour atteindre le nombre de 357 730 ETP (« équivalent temps plein ») en 2019. « Quand nos stagiaires qui viennent d’un milieu très modeste donnent un cours d’installation de panneaux photovoltaïques aux étudiants de Sciences Po Paris, c’est un renversement des savoirs hyper vertueux ! », se souvient Frédéric Mathis, qui a organisé des rencontres entre étudiants aux origines sociales opposées.
Transition écologique et greenwashing
Une offre de formation sérieuse, comme le propose le réseau éducatif Être, est d’autant plus nécessaire depuis l’arrivée de formations privées plus douteuses dans le secteur de la transition écologique. Intitulés de diplômes pompeux, frais de scolarité exorbitants, greenwashing : les écoles privées spécialisées fleurissent dans le paysage de l’enseignement supérieur. Près d’une trentaine de nouvelles formations privées ont surgi sur le territoire, en grande partie depuis la crise sanitaire, avec les mêmes éléments de langage entre écoles concurrentes… Le sérieux n’est pas toujours au rendez-vous et l’argumentaire probusiness va bon train : « Sauver la planète d’un désastre écologique est une opportunité de 12 000 milliards de dollars », lit-on sur le site de l’une d’entre elles. Des slogans qui provoquent des haussements de sourcils parmi les intéressés. « Encore des tentatives du capitalisme vert ! », scande l’un des élèves, les mains remplies de cambouis.
Quand l’horloge affiche 17 h et annonce la fin de journée, il est temps de revenir sur le travail accompli. « Vous pouvez vous féliciter, on a réparé une dizaine d’épaves », sourit Rémi, intervenant sur la réparation vélo, laissant un silence planer. « Je parlais des deux-roues, pas de vous hein », clarifie-t-il, suivi d’un rire général.
Cet article est issu du numéro 2 du magazine Vous! par Macif. Pour découvrir le sommaire : c’est ICI.
Le premier coup de projecteur c’est dans le monde du mannequinat qu’elle le reçoit, à 17 ans. Quelques années plus tard, lassée d’être une image figée tourmentée par les injonctions physiques, elle se révèle une comédienne ultra talentueuse dans les films de réalisatrices qu’elle admire, comme Céline Sciamma, qui lui offre dans Portrait de la jeune fille en feu en 2019 le rôle qui va lancer sa carrière, ou Audrey Diwan, pour qui elle va bientôt être une Emmanuelle d’un tout nouveau style. En 2021, elle devient réalisatrice elle-même avec le film remarqué Mi iubita mon amour. Pourtant, en dehors des plateaux de cinéma, Noémie Merlant mène une vie parfaitement normale, oublie souvent qu’elle est célèbre et garde ses convictions chevillées au corps. Nous la retrouvons dans le froid du mois de janvier au Quartier rouge, un petit bar de quartier dans le XXe arrondissement, simple et chaleureux. À son image.
Le public vous connaît surtout depuis votre révélation au Festival de Cannes en 2019. Ce qu’on ignore davantage, c’est votre engagement sur la question des aidants, depuis l’AVC de votre père.
L’AVC de mon père remonte à 2009. Depuis ce jour, ma mère s’est occupée de lui 24 heures sur 24, sans accompagnement financier ni psychologique. Ils étaient tous les deux agents immobiliers et ont dû soudainement arrêter de travailler. On était déjà une famille modeste, mais là, du jour au lendemain, il n’y a plus du tout de revenus. Ils perdent leur logement et s’installent chez moi, dans mon petit studio parisien. C’est tumultueux, mais tu n’en veux à personne, même pas à celui qui gueule. Mon père dépend des autres, ma mère est épuisée, elle perd parfois patience. Elle n’a jamais vacillé, mais c’est important de rappeler que le surmenage des aidants peut amener à des cas de maltraitance. Peu de gens savent aussi, mais les aidants meurent souvent plus tôt que les aidés.
En 2015, vous décidez alors d’introduire une caméra lors du repas de Noël pour documenter le quotidien de votre famille. Que cherchiez-vous ?
En 2015, je suis en plein tournage du film Le Ciel attendra de Marie-Castille Mention-Schaar, je ne gagne pas encore ma vie en tant qu’actrice. Les choses sérieuses vont commencer pour moi. Cette année-là, je décide de prendre ma caméra et de filmer ce repas de Noël si particulier, où ma mère, entre deux repas donnés à mon père, répond aux questions existentielles de ma sœur, atteinte de troubles psychiques. Dans ce chaos, je trouvais qu’il y avait malgré tout beaucoup de joie, d’amour et d’humour bien que sur le papier, quand on parle de handicap et de maladie mentale, ça peut faire peur à tout le monde.
Dans le documentaire, on entend votre mère dire qu’aider est sa mission. Comment expliquez-vous son dévouement ?
Ma mère se donne du sens dans ce qu’elle fait, mais je ne blâme pas les aidants qui abandonnent. Il faut aussi entendre le discours de ceux qui partent. D’ailleurs, ce sont plus souvent les hommes qui partent après un accident de la vie dans le couple. C’est un sacrifice énorme. Et puis heureusement, ma mère est plutôt bonne en gestion administrative, parce que si on ne part pas à la pêche aux informations, et qu’on ne sait pas à quelles aides on a droit, on est seuls. Grâce à mon aide financière, aujourd’hui, elle souffle un peu plus. Mais la plupart des gens n’ont pas de quoi financer la prise en charge du handicap ou de la perte d’autonomie. C’est très injuste.
Vous avez vous-même été aidante à certaines périodes de votre vie ?
Je me souviens d’être encore très jeune dans ma tête et de me retrouver face à des responsabilités qui me dépassent. La veille, tu vois ton père dans le coma, le jour d’après tu dois lui faire prendre sa douche, l’emmener aux toilettes, dormir auprès de lui. C’était lunaire, mais je n’avais pas le choix. Tout le monde fait ce qu’il peut. Pour l’instant, à quoi ressemble ce documentaire ? C’est très artisanal, je filmais un peu à l’arrache à cette époque, mais je trouve que la forme est au profit du fond : c’est brut, sans artifices, on est plongés au cœur de ma famille, la vraie. Je continue à filmer depuis 2015, c’est intéressant de raconter l’évolution de l’AVC de mon père, la fatigue qui s’accumule pour ma mère, la manière dont la routine familiale s’est réorganisée. La suite est encore à construire, je dois trouver des fonds pour finir le montage et la postproduction. Plus tard, j’adorerais le présenter dans des festivals de documentaire.
En interview ou dans vos rôles au cinéma, vous n’avez pas peur de mettre le sujet de la santé mentale sur la table. C’est un sujet qui compte pour vous ?
dédramatise rapidement le truc, je dis ouvertement que je prends des antidépresseurs par exemple, que j’ai essayé toutes les thérapies possibles et imaginables, et que ça a changé ma vie, en mieux ! Souvent, les gens réagissent très bien, me parlent de leurs antidépresseurs préférés. (rires) Mais c’est vrai que ça peut encore provoquer de la gêne. Ça dépend, c’est hyper générationnel, je pense.
Vous avez été mannequin avant d’être comédienne. Qu’est-ce que vous en gardez ?
Ça m’a bien détraquée. Je suis entrée dans le monde du travail par le mannequinat quand j’avais 17 ans. Commencer par de la maltraitance, en étant un objet ou de la viande pour des produits et des marques, ça provoque tout un tas de choses comme des troubles du comportement alimentaire, d’où ma boulimie pendant des années. Malheureusement, ce sont des secteurs qui sont dominés par des schémas de pensée dont personne ne se défait depuis des décennies. Sans parler des risques constants d’agressions sexuelles sur les shootings et la pression pour nous encourager à maigrir. On peut résumer ça à une espèce de passage à tabac qui dure tant que tu t’accroches au métier. Tout ça pour parfois être payé en vêtements !
Du Festival de Cannes aux retrouvailles en famille, comment se déroulent les allers‑retours entre vos deux vies ?
Sincèrement, j’oublie souvent que je suis célèbre. Quand je prends le métro, ça me fait bizarre, des gens m’arrêtent et je reviens sur terre. Je réalise seulement quand je suis nommée dans les grands festivals de cinéma, ou en soirée. Mais c’est important d’oublier qu’on est connu. Si j’étais focalisée sur ma célébrité, je n’arriverais pas à écrire sur les choses qui m’entourent et me touchent. Ma famille me permet aussi de garder les pieds sur terre. On est très proches, très soudés. Mon métier d’actrice, c’est grâce à eux que je le fais, et je pense que ça leur apporte du bonheur. Ça les occupe, ils ont des choses à raconter à leurs amis, ça les sort de leur quotidien. D’ailleurs, ils collectionnent toujours les magazines dans lesquels ma tête apparaît. Je puise aussi mon inspiration auprès d’eux, notamment ma sœur et ma mère, qui ont une énergie particulière.
On entend souvent dire que vous êtes une actrice engagée. Ça signifie quoi à vos yeux ?
C’est un terme très large. Pour moi, être engagée, c’est être présent aux choses, aux autres, à soi, donner du sens à ce qu’on fait, essayer de se connecter les uns avec les autres. Le cinéma peut aider et être le début de prises de conscience importante. Depuis des générations, on passe notre temps à imiter les images vues dans la publicité, à la télévision, dans les salles de cinéma. Si ces représentations changent, je me dis qu’on peut tous mimer des choses meilleures.
Vos engagements dans la vie et le fait d’être égérie pour Vuitton sont-ils compatibles ?
L’être humain est plein de contradictions et c’est bien de le rappeler. Je suis très heureuse de travailler avec Nicolas Ghesquière – directeur artistique des collections Femme chez Louis Vuitton –, car on voit dans ses créations à quel point il est important pour lui de mélanger les genres par exemple. Et moi, grâce à cet argent, aujourd’hui, je peux aider ma famille. Je peux aussi réaliser mes propres films, parce que je deviens indépendante financièrement. Ça me permet de me concentrer sur les films qui abordent des sujets que je veux vraiment défendre.
Vous dites que le cinéma vous aide à affronter vos angoisses. Racontez-nous.
Dans la vie, je ne parle pas énormément, je ne pleure pas vraiment non plus. Ce sont mes personnages qui m’aident à sortir plein de choses. Dans le quotidien, j’ai parfois l’impression d’étouffer, de ne jamais savoir comment gérer les rapports humains. Dans un film, je sais ce que j’ai à dire, ce qu’il faut que je fasse. Je suis comme dans un cocon. Il y a un cadre, mais un cadre que j’ai choisi. Je ne suis pas en train d’errer à faire n’importe quoi. (rires) Et du coup, je suis dans l’instant présent, je suis dans le travail, je ne suis plus polluée par mes peurs.
Le fait d’être dirigée par des femmes vous a-t-il aidée à devenir l’actrice que vous êtes ?
S’entourer de femmes sur les plateaux de tournage m’offre le plaisir de pouvoir être moi-même beaucoup plus souvent. En tournant avec des hommes, on se retrouve parfois à jouer un rôle pour les hommes, pas pour soi. On est concentrées sur leur regard, et donc on évolue vraiment jamais, car on ne sert qu’à l’autre. Avec les femmes, il y a souvent plus de partage, c’est plus enveloppant. Mais attention : il y a aussi des hommes réalisateurs avec lesquels je n’ai pas du tout ressenti ça.
Lorsque vous passez derrière la caméra, ce sont des choses que vous essayez d’appliquer quand vous dirigez les équipes d’un film ?
Je dialogue beaucoup en amont avec les comédiens. Je leur dis que s’il y a une scène qu’ils ne veulent pas faire, ils me le disent, et on trouvera d’autres solutions. Par exemple, une comédienne peut choisir le partenaire avec lequel elle va jouer une scène intime, parce que cela peut être délicat. Et souvent, c’est très vertueux, car ils vont plus loin dans leur jeu, ils peuvent donner beaucoup plus grâce à la confiance sur le plateau, et tout le monde est content.
Parlez-nous de votre dernier projet en date.
Je suis en plein montage de mon film Les Femmes au balcon, coécrit avec Céline Sciamma, qui sera en salles en 2024. Il raconte l’histoire de trois femmes, dans un appartement à Marseille en pleine canicule. C’est un film d’horreur sanglant et comique avec une patte délurée et féministe !
Cette interview est issue du numéro 2 du magazine Vous! par Macif. Pour découvrir le sommaire : c’est ICI.
Sylvie Chokron : Le cerveau est un organe qui fait tout le temps des prédictions, il possède un réseau d’aires cérébrales, situées en partie dans le lobe frontal, qui analysent ce qui se passe et peuvent détecter une incongruité par rapport à ce qui était anticipé. Et quand le cerveau reçoit une réponse qu’il n’avait pas prédite, il y a alors quatre possibilités : soit ça n’a absolument aucun intérêt et vous n’y donnerez sans doute pas suite, soit vous êtes surpris et vous cherchez à en savoir plus, soit c’est dangereux et il va falloir s’adapter, soit ce n’est pas dangereux et c’est même drôle. Le rire vient donc d’une réaction de surprise, c’est un point de départ très cognitif, c’est-à-dire mettant en jeu les connaissances et une analyse de la situation, lorsqu’il n’y a pas de danger de situation de danger vient l’activation des régions qui déclenchent les contractions musculaires, et donc, le rire. D’ailleurs, c’est pour cela que les bébés, dès leurs premiers mois d’existence, rient généralement beaucoup, lorsque, par exemple, leurs parents se cachent derrière un objet et réapparaissent.
Est-ce que le rire a un impact sur nos rapports sociaux ?
S. C. : Lorsque vous voyez quelqu’un rire, vous allez rire par un processus de contagion émotionnelle. Pour une même scène, on rit beaucoup moins seul qu’au milieu d’autres personnes. Le rire est une composante d’interaction sociale, c’est la communication de votre état, de votre surprise, l’expression de votre réaction que vous communiquez aux autres. Quand vous êtes seul, si vous prenez du plaisir et que quelque chose vous amuse, vous n’exprimez généralement pas le rire de manière sonore et physique. En revanche, quand vous riez en compagnie d’autres gens, cela libère de l’ocytocine, l’hormone des relations et de l’attachement. A chaque fois que nous nous permettons de rire, plus cela resserre nos liens sociaux.
Le rire a-t-il une influence sur notre santé ?
S. C. : Le rire procure du bien-être, parce qu’il fait suite à une émotion positive et non négative. Il libère des endorphines qui sont des anti-douleurs naturels, si vous avez mal quelque part, rire va détourner votre attention de la douleur et vous apporter un bien-être à la fois physique et moral. Comme il met en jeu la respiration, il est par ailleurs très bon pour le système cardiovasculaire. Il faut savoir que rire active plus de quatre cents muscles depuis les abdominaux jusqu’à ceux du visage, un bon fou rire, c’est comme une séance de sport. Rire va aussi libérer des hormones du plaisir et du bonheur : de la sérotonine et de la dopamine. Il permet d’évacuer les tensions. D’ailleurs, les enseignants le savent bien, en cours, si vous faîtes rire les élèves, cela va détendre l’atmosphère générale et leur permettre de mieux concentrer leur attention sur ce que vous êtes en train de dire. Lorsqu’un professeur réussit à placer une petite blague dans son cours, les étudiants se souviennent mieux de la leçon.
Que peut-on faire pour exercer notre rire ?
S. C. : Il faut se donner les moyens de rire, comme regarder des films drôles, aller à des spectacles d’humoristes, se faire des blagues entre amis. Pour l’écriture de mon livre, j’ai par exemple rencontré Julie Mamou Mani, “Mamouz” sur Instagram, que plus de 230 000 personnes suivent pour avoir leur dose de rire. Au départ, elle était journaliste, elle travaillait dans des rédactions très sérieuses et c’est pendant le confinement qu’elle a commencé à envoyer des mèmes [élément humoristique et viral sur internet. NDLR .] et des blagues, elle s’est rendu compte que les gens lui en demandaient de plus en plus. Il y a une multitude de manières pour déclencher le rire, mais l’autodérision est une des plus grandes sources de blagues, il faut en être conscient et se l’autoriser. Le rire, c’est vraiment précieux, il nous permet d’être de bonne humeur, d’apprendre, de mémoriser plus facilement. Dès le plus jeune âge, un enfant qui rit pendant qu’il apprend une nouvelle information aura plus de chances de la retenir, les émotions positives comme le rire vont mobiliser l’attention et ainsi, permettre une meilleure consolidation des souvenirs. Nous devons arrêter d’opposer le rire aux choses sérieuses et cesser d’imaginer que nous sommes plus efficaces dans notre capacité d’apprentissage lorsque l’on ne rit pas, parce que c’est complètement faux.
Il existe aussi le yoga du rire, des ateliers de groupe où on simule un rire, à quoi sert ce genre d’activité ?
S. C. : À la différence du rire sincère, c’est-à-dire le rire qui vient spontanément quand vous trouvez quelque chose de drôle et qui vous procure une sensation de plaisir intellectuel en plus des réactions physiques, le yoga du rire va surtout vous apporter un bienfait physique, mais sans forcément l’aspect spirituel.
Rire du quotidien !
Après une première saison couronnée de succès, découvrez De Ouf ! Par Macif Saison 2 pour rire des tracas du quotidien avec des humoristes de talent !
Coraline Bergeron : « Sensibiliser dès le plus jeune âge »
En premier lieu, il s’agit de lancer une vaste campagne de communication concernant l’ensemble des disciplines et activités sportives. Trop souvent, les femmes s’interdisent de se lancer dans tel ou tel sport. Il est temps de les sensibiliser et de les décomplexer. Pour cela, il faut déjouer les idées reçues, sortir du carcan « remise en forme et bien-être ». Le yoga et les cours de Pilates, c’est très bien, mais cela ne doit pas être le seul horizon des femmes sportives. Il y a aussi le rugby, la boxe, la lutte, que sais-je… Les femmes ne doivent se limiter à aucune discipline sportive. Et pour réussir cette politique, cette campagne de promotion et de sensibilisation doit s’adresser, en premier lieu, aux plus jeunes. C’est à l’école et dans le milieu familial que ce message doit passer en priorité.
Lauren Rembi : « Promouvoir la parité et instaurer plus de confiance »
Le manque de parité dans l’encadrement sportif me semble problématique. S’il y avait plus de femmes chargées de l’entraînement dans les clubs, que ce soit en loisir ou pour la compétition, ce serait un levier important pour accélérer la féminisation du sport. Car nombreux sont les parents qui hésitent à laisser leurs filles intégrer une association sportive par manque de confiance envers l’encadrement masculin. S’il y avait davantage de mixité, cet obstacle serait levé. Le monde sportif n’est pas plus touché que d’autres milieux par des cas de pédocriminalité, mais la crainte n’en est pas moins là. C’est une inquiétude légitime et qu’il faut davantage prendre en compte.
C.B : « Prendre mieux en compte la charge mentale »
Outre cet axe important autour de la communication, il est essentiel de ne plus ignorer la « charge mentale » qui pèse sur les femmes. Surtout quand elles ont des enfants. Si l’activité physique se limite à 15 minutes de stretching, car elles n’ont pas plus de temps à y consacrer après la sortie d’école, nous n’allons pas nous en sortir ! Il serait important que les associations sportives, comme les clubs, imaginent des horaires mieux adaptés à leur rythme de vie. L’ensemble du monde sportif doit davantage prendre en compte ce déséquilibre dans la gestion familiale entre les hommes et les femmes. C’est un levier majeur si l’on veut augmenter la fréquence de la pratique sportive chez nos concitoyennes. Pratique sportive, je le rappelle, qui est aussi un enjeu de santé publique.
L.R : « Plus d’égalité dans la pratique sportive »
La pratique sportive en France est trop souvent le reflet du milieu social auquel nous appartenons. Ainsi, au regard du reste de la société, les couches de la population les plus défavorisées ont un accès moindre aux différentes activités physiques. Pour réduire ces inégalités, le nerf de la guerre serait un soutien financier bien plus important en faveur des clubs présents dans ces quartiers. Quand une famille a du mal à joindre les deux bouts, inscrire ses enfants – et notamment les filles – au sport n’est malheureusement pas une priorité. Payer une licence, puis le matériel propre à la discipline, représente, pour de nombreuses familles, une dépense difficile à assumer. Et même si cela n’est que de l’ordre de 100 euros… Il s’agirait donc d’investir largement pour permettre à toutes les classes sociales d’avoir le choix de se lancer dans tel ou tel sport, sans que les contraintes financières interdisent certaines pratiques.
C.B : « Ne plus opposer maternité et carrière de haut niveau »
Je me concentrerai, enfin, sur le sujet – trop souvent minimisé – de la maternité chez les sportives de haut niveau. Une question qui ne se pose aucunement chez leurs homologues masculins… Nombreuses sont les athlètes confrontées à ce dilemme. Privilégier sa carrière sportive ou son désir d’enfant ? Un tel choix cornélien ne devrait pas se poser. Il y a, aujourd’hui, beaucoup trop d’incertitudes, de craintes ou d’absence de communication. Les instances nationales doivent faciliter grandement la reprise du sport de haut niveau, à la suite d’une maternité : accès à un maximum d’informations, soutien financier solide, encadrement compétent pour retrouver au plus vite son niveau de performance, etc.
L.R : « Promouvoir tous les sports à l’école »
L’école a un rôle majeur à jouer dans la promotion de l’activité physique chez les enfants, et d’autant chez les jeunes filles qui sont parfois plus en retrait. Et ce dans la mesure, où le milieu scolaire est, en général, la première porte d’entrée aux différentes disciplines sportives. Il est donc essentiel d’élargir au maximum l’offre de sports au sein des différents établissements éducatifs. On ne peut pas se contenter de faire courir les écoliers dans la cour de récréation. Cela n’a rien de ludique et ce n’est pas ça qui va susciter de l’envie pour la dépense physique. Et même pour l’athlétisme ! Heureusement, je constate que les choses changent. Les partenariats entre les clubs et l’Éducation nationale se multiplient. Il faut accélérer ce mouvement, accorder bien plus d’heures à l’EPS et faire découvrir aux plus jeunes le maximum de disciplines sportives.
Envie de prolonger la lecture ? Retrouvez l’interview croisée de Lauren Rembi et Coraline Bergeron dans le numéro 2 du magazine Vous! par Macif : c’est ICI.