La vision d’une casse automobile dans laquelle s’entassent des véhicules cabossés et rouillés paraîtra-t-elle bientôt aussi anachronique que celle d’une locomotive à vapeur crachant une fumée noire ? C’est le vœu des écologistes, mais aussi des constructeurs automobiles. De Renault, qui ambitionne de devenir le leader européen de l’économie circulaire automobile, à BMW, qui promet de commercialiser une voiture utilisant 100 % de matériaux recyclés d’ici 2040, en passant par Stellantis qui a ouvert en novembre un hub dédié à la récupération et à la réutilisation des matériaux automobiles, la question de la fin de vie des véhicules semble être devenue une préoccupation pour les acteurs de l’industrie automobile, alors qu’en France, le ministère de la Transition écologique évalue le nombre de véhicules neufs mis sur le marché national à environ 2 millions par an, contre 1,3 million pour ceux mis hors d’usage.
Pas encore assez de matières recyclées
Environ 85 % d’une voiture serait recyclable, pourtant, « les nouveaux véhicules sont encore majoritairement fabriqués à partir de matériaux vierges », souligne Jean-Philippe Bahuaud, directeur général de The Future Is Neutral, entité spécialisée dans les solutions d’économie circulaire créée par Renault l’an dernier. D’après la Commission européenne, seules 19 % des matières plastiques provenant des véhicules hors d’usage (VHU) sont recyclées, tandis que l’électronique et les matériaux composites le sont à peine. « Une matière neuve est parfaitement calibrée, explique Jérôme Lavernhe, consultant en innovation pour le secteur automobile. Le problème avec les matières recyclées, c’est la stabilité des performances. Avec le métal, on arrive à maintenir des propriétés constantes, il y a moins de variations. Mais avec les plastiques, du fait de leur constitution, au fur et à mesure qu’on les broie, on fatigue la matière. Ce qui fait que c’est un peu compliqué de remettre du recyclé dans des pièces où il y a des attentes importantes en matière de sécurité, pas seulement de longévité. »
Une amélioration qui passe par un meilleur tri, juge-t-il, et le développement d’usines de déconstruction avec du personnel qualifié. « Savoir identifier les bons plastiques et éviter que des matières non prévues atterrissent dans des lots, c’est le premier maillon pour pouvoir faire du recyclage à la plus haute valeur ajoutée possible. »
Le reconditionnement, une pratique à la hausse
Mais avant l’étape du broyage des matériaux, la première façon de recycler un véhicule hors d’usage consiste à récupérer les pièces exploitables. Des pièces de carrosserie, de garnissage, des vitres, mais également des pièces de motorisation réutilisées après avoir été nettoyées, inspectées et testées. « Ce qu’on appelle des pièces en échange standard, de l’économie circulaire qui existe depuis des décennies, rappelle Vincent Delmas, directeur général du pôle Stellantis Pyrénées pour le groupe Emil Frey. La vraie évolution, ce sont les réseaux de déconstruction, qui ont été mis en place pour la plupart par des constructeurs, qui proposent en ligne des pièces de réemploi et les mettent à disposition des réparateurs rapidement. »
Même évolution concernant le reconditionnement des véhicules d’occasion. « Dans les réseaux de marque, depuis toujours, on reconditionne les véhicules qu’on reprend. On change les pneumatiques, les freins, on fait une révision mécanique, un peu de carrosserie. Ce qui est nouveau, c’est d’industrialiser le processus, de planifier le cycle de vie d’une voiture au-delà de deux possesseurs. » Ainsi, selon l’Anfa, il existe aujourd’hui une cinquantaine d’usines de reconditionnement de véhicules d’occasion en France, la première ayant été créée en 2013.
Seul bémol, l’essentiel des pièces mécaniques utilisées sur des véhicules reconditionnés reste des pièces neuves. « Quand vous cherchez certaines pièces dans l’économie circulaire, celles qui sont susceptibles de plus s’user ou qui subissent les chocs les plus fréquents, vous ne les trouvez jamais, constate Vincent Delmas. Pour la simple et bonne raison que tout le monde cherche les mêmes. »
Pour autant, une récente étude du SRA relève qu’entre 2017 et 2023, la part des pièces de réemploi dans le total des pièces remplacées est passée de 2,7 à 4,4 %.
Bénéfique pour tous, l’utilisation de pièces de réemploi doit être un réflexe pour limiter les coûts environnementaux et financiers.
Bertrand Delignon, Directeur IARD Macif
Un enjeu écologique et économique
Si l’idéal d’un cycle fermé, dans lequel le secteur automobile n’aurait presque plus besoin de faire rentrer de matières neuves pour produire et réparer des véhicules, semble encore loin, c’est un objectif affiché par le secteur automobile. « C’est devenu un sujet incontournable pour les constructeurs », considère Jérôme Lavernhe. Un enjeu qui est à la fois écologique et économique. La hausse du prix des matières premières, ainsi que les tensions sur la disponibilité de certains composants, rend « d’autant plus légitime l’emploi de matières recyclées », note ainsi Jean-Philippe Bahuaud sur le site de Renault Group.
Un idéal qui passera également par la traque aux véhicules hors d’usage (VHU) clandestins. Le Commissariat général au développement durable estime ainsi que plus d’un tiers de ces VHU, traités ou exportés irrégulièrement, disparaissent chaque année de la filière légale de traitement.
Préférant mener une vie de « chat de gouttière », Loïc Blaise quitte l’école adolescent. Mais à 23 ans, il reprend ses études pour devenir pilote d’avion. Pas n’importe quel pilote : l’un des plus jeunes, par exemple, à être qualifié pour piloter l’un des derniers hydravions PBY Catalina opérationnels, un patrouilleur-bombardier vétéran de la Seconde Guerre mondiale. Et puis, patatras : le 3 juillet 2012, à 34 ans, il apprend qu’il est atteint d’une sclérose en plaques. À l’annonce d’une détérioration inéluctable de son état de santé, s’ajoute la plus grande des privations : le droit de voler.
Mais l’homme n’est pas du genre à capituler : il va convaincre les autorités de l’autoriser à remonter dans un cockpit, et le cosmonaute russe Valeri Tokarev d’être son copilote pour une aventure inédite, le premier tour aérien du Cercle arctique. Six ans jour pour jour après le diagnostic, il s’envole pour un tour du monde des glaces, le long du cercle polaire arctique. Près de 23 000 km à travers trois continents, trois océans et sept mers pour sensibiliser l’opinion publique à la nécessité de ne pas se résigner face à la fatalité d’une maladie ou d’une catastrophe écologique. Une expédition qui lui vaudra le prix de l’aventurier de l’année 2018, décerné par le Festival international du film d’aventures de Dijon. Depuis, Loïc Blaise travaille à un nouveau projet d’expédition à bord d’un avion zéro émission.
Il compte y faire embarquer des héros de la transition écologique œuvrant dans les zones les plus isolées et menacées du globe pour les faire connaître au plus grand nombre. Avec toujours cette obsession en tête : prouver que rien n’est impossible et que face à l’urgence il y a obligation de moyens et de résultat.
Voler a toujours été votre rêve ?
Gamin, je trouvais ça beau, les avions dans le ciel ou le ballet des Canadairs dans la mer, à La Ciotat. Mais je n’ai jamais considéré que ce métier était pour moi. Déjà, j’avais super peur de l’avion ; ensuite, il n’y avait pas spécialement d’argent à la maison pour imaginer faire ce genre d’études ; et enfin, parce que je les ai arrêtées à 16 ans, les études ! Je m’ennuyais, ça ne m’intéressait pas. J’avais envie de gagner ma vie, de bouger. Quand j’ai arrêté l’école, j’ai fait plein de petits boulots, comme servir des couscous à Strasbourg, puis je suis tombé amoureux d’une Allemande, je suis parti vivre là-bas…
Quand et comment l’aviation est-elle devenue une passion ?
C’est parfois le hasard, la chance, qui permet de rencontrer son destin : un pilote fraîchement retraité m’a emmené faire un baptême de l’air. C’était vraiment très bizarre : lors de ce vol d’initiation, à la seconde même où j’ai touché le manche, j’ai su que j’étais à la maison. Il y a peut-être une question de génétique là-dedans, parce que j’avais un grand-père pilote dans l’armée, puis pilote de ligne. Mais il est mort longtemps avant ma naissance.
Devenir pilote, sans diplômes, est déjà une belle aventure.
Quand j’ai rencontré l’aviation, j’ai trouvé mon but. C’est comme quand on est amoureux : on déploie une énergie folle pour séduire cette jolie fille – ou ce joli garçon – dont on rêve ! J’ai repris mes études à 23 ans. Bac par correspondance, cours du soir, etc. Puis je suis devenu steward chez Air France – j’ai adoré être hôtesse de l’air ! –, tout en prenant des cours – très chers – de pilotage en aéroclub. Ensuite j’ai passé le concours de pilote de ligne, obtenu des bourses à la vocation… On a dû me trouver méritant !
Qu’est-ce qui vous a rendu amoureux de l’aviation ?
J’étais surtout intéressé par la dimension « artisanale » du métier, qui est la moins éthérée, celle qui fait le moins rêver, mais la plus noble. L’avion, c’est comme un instrument de musique, tu fais corps avec lui, c’est une chair vivante, tu le sens vibrer, bouger, et tout le jeu réside dans l’harmonie qu’il faut que tu préserves, l’équilibre. Tu fais des échanges polis avec ta machine et l’environnement. Les bonnes décisions peuvent faire gagner en énergie, en sécurité. Je me dis que le monde se porterait mieux s’il était gouverné ainsi, en ayant conscience que pour aller de A à B, on a le droit à tant de ressources et basta. On ne triche pas avec un avion : quand il n’y a plus d’énergie, les moteurs s’arrêtent et tu tombes. Tu ne traînes pas quand l’alarme dans le cockpit dit « feu moteur », tu as sept secondes pour régler le problème, sinon tu es mort. Depuis combien de temps sait-on qu’on est en « feu moteur » pour la planète ?
En 2012, on vous a diagnostiqué une sclérose en plaques. Quand on vous annonce cette maladie très grave, la conséquence la plus cruelle est de ne plus pouvoir voler, vraiment ?
Je ne supportais pas l’idée de ne plus être en l’air. Voler, c’était ma pulsion de vie, mon moteur. En perdant le ciel, j’ai perdu le désir de vivre, de me lever le matin. Cela a été très compliqué durant deux ans. J’ai paniqué et passé des mois dans mon canapé à enchaîner les pizzas surgelées en jouant à la PlayStation. Une catastrophe. Jusqu’au moment où j’ai réalisé que même sans avion j’étais encore pilote… de mon propre destin
Sachant que cette maladie ne peut que s’aggraver, comment vous êtes-vous accrochés à l’idée d’obtenir à nouveau le droit de voler ?
Ça a pris du temps, ça a commencé par une rencontre avec un moine qui m’a enfermé durant trois mois. Des semaines à se lever et se coucher avec le soleil, manger végétarien, réfléchir à éliminer tout ce qu’il avait de toxique en moi. La toxicité a de nombreuses significations différentes, du tabac à l’alcool en passant par la nourriture, le stress qui bousille la santé… J’ai compris que si je ne coupais pas les poisons, je n’arriverais pas à avancer. Que je n’étais pas étanche au monde autour de moi. S’il va mal, je vais mal. Ce n’est pas métaphysique, la qualité du monde dans lequel on vit, ce que l’on respire, que l’on mange, influe très concrètement sur notre santé. Cette retraite ayurvédique au Monténégro a été un déclic. J’ai retrouvé l’envie et l’énergie de me battre, pour moi, mon environnement et les autres parce qu’au fond c’est la même chose. Et puis, en me documentant, je me suis rendu compte de ce qu’était la réalité des mondes arctiques aujourd’hui, et j’y ai vu un parallèle évident avec ce que je vivais : un effondrement inexorable et permanent. Et si mon avenir devait signifier l’isolement et la paralysie, je devais mettre le cap sur les glaces, puisque ceux qui connaissent le mieux ces problématiques sont les gens du Grand Nord !
Dans un premier temps, l’idée est simplement de vous rendre sur place, à pied ?
Oui, j’ai puisé dans mes rêves de gosse. L’Appel de la forêt, de Jack London, est un des premiers bouquins que j’ai lu enfant, ma première grande évasion. C’est une énergie sous-estimée, les rêves de gosse. Il faut savoir retourner honnêtement vers celui qu’on était à 7 ans… C’est très jungien de s’adresser à son enfant intérieur ! Bref, en tirant les fils, j’ai découvert qu’il y avait un tour du monde inédit en avion du cercle arctique. Il y a eu des pilotes isolés, quelques pionniers français même, mais ils n’avaient fait que des portions du trajet. Je me suis dit qu’unifier des territoires qui sont tous sous le coup de la même menace, au nom d’une cause commune, était un bon préambule.
Ne pouvant voler, vous avez monté ce projet sans être certain de pouvoir être aux commandes ?
Oui, et cela a été une autre grande leçon : accepter de taire son ego. Mais j’ai finalement obtenu une dérogation pour pouvoir être commandant de bord à condition d’avoir un autre pilote qualifié dans la machine. Et puis j’étais limité sur la taille, le poids de l’avion, tout un tas de restrictions. Mais si je n’avais pas eu ces autorisations, je l’aurais fait en tant que passager. L’important c’est que les choses soient accomplies, ce n’est pas qui les fait. Si on arrive à comprendre ça, d’ailleurs, on ira beaucoup plus vite pour résoudre tous nos problèmes collectifs.
Cela a été une prouesse géopolitique de monter cette expédition Polar Kid à travers trois continents, sept mers et trois océans.
Ah oui, il s’agissait de traverser notamment la Russie et les États-Unis – et avec un avion et un copilote russes ! Pour convaincre chacun, il a fallu jouer sur des leviers différents. Pour les Russes tu fais appel à leur ego, la possibilité de participer à une aventure inédite – ainsi Valeri Tokarev, pilote d’essai et de chasse, cosmonaute qui a passé 189 jours dans la station spatiale internationale, n’avait pas besoin de mettre son nom dans l’Histoire encore une fois, mais c’était une opportunité qu’il a voulu saisir, un super bonhomme. Pour les Américains, tu vas leur présenter davantage le côté Rocky, l’abnégation, la combativité du grand malade… Il y a la conscience écologique et la préservation de la planète pour les Scandinaves. La lutte contre la sclérose en plaques pour les Canadiens. L’important, c’est que chacun a un moteur pour faire cause commune.
Comment est-ce de constater de ses propres yeux les effets du dérèglement climatique dans le Pôle Nord ?
Ce que j’ai vu sur place est bien pire que ce que je pouvais imaginer. Il y a 25 degrés d’écart dans l’Arctique entre les normales saisonnières et les pics de température. Au moment où nous nous parlons, il fait plus chaud au Groenland qu’à Paris. Il y a des endroits où il y avait deux mètres d’épaisseur de glace il y a quinze ans, et quarante centimètres aujourd’hui. On en est là. Je devrais être sur place en ce moment même avec des chiens, mais on a dû annuler parce que la glace est trop fragile. L’Arctique se réchauffe à une vitesse exponentielle par rapport au reste du monde. Ce sont des gens qui meurent, des villages rasés, des terres qui s’effondrent. Les pôles agissent comme un climatiseur pour l’ensemble du climat planétaire. Et les glaciers qui fondent, c’est la hausse du niveau de la mer, c’est de l’eau douce qui se mélange à de l’eau salée, ce qui bouleverse les courants et modifie les climats. Mais on n’est pas obligé d’aller si loin pour constater les dégâts : la mer de glace dans les Alpes recule à vue d’œil. Que faut-il pour que le monde comprenne l’urgence ?
Cette reconversion en explorateur lanceur d’alerte vous aide à accepter la fatalité de la maladie ?
Voler malgré la maladie est une façon de refuser la fatalité. La difficulté avec les maladies chroniques, quelles qu’elles soient, c’est de trouver l’énergie de se battre tous les matins. À chaque fois que je parle avec des gens malades qui me demandent comment je fais, je leur réponds que l’envie est un moteur puissant. Il faut trouver en soi quelque chose qui motive. Peu importe ce que c’est, mais il faut une motivation, sinon on ne tient pas ! L’essentiel, c’est aussi de comprendre qu’on n’est pas étanche au monde, que prendre soin de la planète, et des autres, ça revient à prendre soin de soi-même. Ce n’est même pas de l’altruisme. Mais des moteurs j’en ai d’autres – un petit garçon notamment. Que vais-je lui laisser comme image de l’homme qu’il peut devenir si son père devient un type en fauteuil ou dans le canapé qui a lâché l’affaire ?
On vous sent impliqué. Pas résigné, mais très en colère.
La colère est une énergie sous-estimée. Elle est perçue parfois comme destructrice, mais elle peut aussi être un moteur puissant. Notre devoir d’être humain est de protéger la planète et notre avenir, quel que soit le prix à payer. Quand on détruit les écosystèmes barrières, on ouvre la porte à une pandémie mondiale. En 2012, une transition énergétique complète pour l’ensemble de la planète coûtait 4 500 milliards de dollars. C’est énorme ? Mais combien ont coûté le Covid-19, les mégafeux, la désertification ? Beaucoup plus ! J’ai grandi avec Tchernobyl et l’Amazonie en péril. Qu’a-t-on fait depuis ? À un moment, je pense qu’il faut accepter de réagir par la contrainte et les limites planétaires.
Vous restez optimiste ?
Aujourd’hui ça bouge dans le bon sens, à plein d’endroits. Mais quand je vois des groupes pétroliers qui vantent leur investissement dans la transition énergétique, électrique, les fermes solaires, etc. Ce sont des gens qui ont toujours méprisé la vie. Ils connaissaient les conséquences de leurs actions sur le climat, mais qui ont fait passer le capital avant l’humain. Ce n’est pas seulement par le financier que l’on va réussir à changer la donne et parvenir à un arrêt massif de ces comportements de prédation vis-à-vis de la planète et du vivant. C’est par l’humain, le désir, l’empathie, la bienveillance.
L’impact de l’aviation civile sur le climat est de plus en plus vilipendé.
Je discute parfois avec des gens qui voyagent beaucoup pour leur plaisir, des courts séjours, loin. Ils me disent : « J’ai le droit, j’ai beaucoup travaillé. » Mais c’est quoi cette histoire de droit ? Un aller-retour Paris-Marrakech c’est grosso modo l’empreinte d’un village burkinabé pendant un an. Il faut arrêter de se faire des allers-retours en avion pour des week-ends, privilégier des voyages longs et de qualité.Bientôt, avec mes équipes, nous allons faire voler un avion de recherche et de sauvetage. C’est un avion qui pourra transporter du matériel et dix-neuf personnes, avec une empreinte zéro. C’est aujourd’hui, c’est possible et c’est le minimum. Il n’y a pas de recette magique, ni de technologie miracle. Il faut voler moins et mieux. Se poser la question de la fin et des moyens. Trop souvent, on nous vend des conquêtes spatiales ou de grandes aventures technologiques qui ne servent qu’à flatter l’ego de milliardaires comme Jeff Bezos. C’est obscène. Il faut se dépasser pour les bonnes raisons : au service de la planète et des populations, de l’intérêt général.
Cet article est issu du numéro 1 du magazine Vous! par Macif sorti en 2023. Pour découvrir le numéro 2, c’est ICI.
Le mot doula, issu du grec ancien, signifie « celle qui sert la mère ». Pour l’association Doulas de France, référence dans le domaine, une doula apporte un accompagnement moral, psychique et pratique, du projet de grossesse à la période postnatale. Endossant le rôle à la fois de mère, de sœur ou d’ami.e, elle est là pour écouter les craintes des femmes enceintes et des conjoint.e.s. Elle soutient, entoure, conseille, et peut ainsi éviter aux futurs parents de perdre pied en leur permettant d’envisager la naissance plus sereinement.
Un accompagnement péri et postnatal
Même si le fil rouge de l’accompagnement reste le même – écoute et soutien émotionnel – les besoins avant et après la naissance diffèrent. Avant l’accouchement, les futurs parents ont besoin d’exprimer les émotions et les questionnements que cette période vient soulever. La doula peut aussi bien écouter les doutes et peurs des futurs parents qu’aider à écrire un projet de naissance ou encore répondre aux messages inquiets du couple arrivé à l’hôpital – puisque la majorité des maternités n’autorisent pas leur présence en salle de naissance. En postnatal, le soutien apporté prend également une dimension pratique : tâches ménagères, cuisine, coup de main concret comme changer les draps du lit, porter le bébé en écharpe, aiguiller vers des spécialistes en cas de difficulté pour l’allaitement ou encore proposer des cours de yoga. Tout ce qui permet de créer du lien sereinement avec leur bébé. La doula peut enfin apporter son soutien moral en cas de parcours PMA, de fausse couche, mais aussi de mort subite du nourrisson ou de conflits au sein du couple.
Précision importante : cet accompagnement est réalisé dans le cadre du service à la personne et uniquement en complément du suivi médical choisi par les parents et n’a donc pas pour vocation à remplacer les personnels soignants. Une doula n’est pas une professionnelle de santé et n’a par conséquent aucun statut juridique. Ses prestations ne donnent pas lieu à des remboursements de la Sécurité sociale, et il faut compter entre 50 et 100 euros par séance. Il n’existe pas encore de cursus obligatoire et encadré par l’Etat, mais trois formations sont déjà reconnues par l’association Doulas de France : en présentiel et d’une durée de neuf mois, elles ont déjà permis à plus de 1 300 doulas d’être formées en dix ans. Si ce métier, arrivé en France après les pays anglo-saxons et nordiques dans les années 2000, connaît un certain engouement, il reste victime de méfiance de la part des organismes officiels des gynécologues obstétriciens et des sages-femmes, qui ne veulent souvent pas travailler en complémentarité avec elles, alors que la doula ne cherche en aucun cas à interférer avec le corps médical.
En effet, pour Amélie Dupont, doula installée en Seine-Saint-Denis, « aujourd’hui, la période périnatale est bien accompagnée médicalement ; mais en dehors de ça, les parents se retrouvent souvent isolés. Pour moi, c’est essentiel d’apporter ce soutien complémentaire dans leur parcours. Je ne suis pas là pour donner des injonctions ! Je crée juste un espace où les futurs parents peuvent tout déposer. Je les aide à identifier leurs besoins, à suivre leur chemin en les soutenant dans leurs choix et en leur donnant confiance. »
Quels bénéfices pour les jeunes parents ?
C’est le cas d’Inès, maman de 38 ans, qui s’est retrouvée en plein désarroi à la naissance de son deuxième enfant. « Je pensais pourtant être bien préparée – ce n’était pas mon premier – et assez entourée, puisque j’ai des amis, ma famille est présente, et mon conjoint aussi. Mais je n’avais pas réalisé la déflagration que constituaient la naissance et l’arrivée d’un deuxième enfant dans nos vies ! » Après avoir fait appel à une doula, Inès a pu accepter d’avoir besoin d’aide et mieux communiquer avec son conjoint, mais aussi avec son aîné, qui avait assez mal réagi à la naissance de sa petite sœur. « À ce moment-là, la doula a vraiment été ma confidente, mon soutien, celle qui m’a sorti la tête de l’eau. Je ne sais pas si j’y serai arrivée sans elle », conclut Inès.
Si les précaires paraissent parfois moins engagés sur les questions environnementales et rechignent à se revendiquer écolos, ce sont pourtant les plus impactés par le dérèglement climatique. Que s’est-il passé pour que classes populaires et écologie militante se boudent ? Surtout, comment réparer ce que certains nomment la « fracture environnementale » ?
La lente réduction de la fracture numérique
À en croire l’Insee, plus de 15 % de la population française serait aujourd’hui « éloignée » du numérique. C’est mieux qu’en 2019, où l’illettrisme électronique touchait presque 19 % des Français, mais la fracture numérique reste réelle. Alors que 8 millions de personnes sont directement concernées, de nombreuses initiatives existent pour corriger la situation.
Vers un futur intergénérationnel
Les jeunes contre les vieux… L’époque serait-elle à la fracture générationnelle ? Pas forcément. Logements, crèches, ateliers, par pragmatisme ou solidarité, ces dernières années, dans les villes comme à la campagne, les initiatives visant à tisser des liens entre les générations se multiplient. Alors que le nombre de personnes âgées ne cesse de croître en France, la multiplication de ces solutions intergénérationnelles pourrait devenir incontournable.
La transition écologique pour vaincre le décrochage scolaire
Chaque année, 100 000 jeunes sortent du système scolaire sans diplôme. Dans les trente prochaines années, presque un million d’emplois seront créés dans le secteur de la transition écologique. Le réseau éducatif Être y voit une opportunité évidente. À Najac, dans l’Aveyron, des jeunes ruraux en décrochage scolaire remettent un pied à l’étrier, les mains dans la ferraille. Pour lire l’article, c’est ici.
Réenchanter les campagnes en déclin
La qualité de vie des habitants de certaines zones rurales se détériore à mesure que les services et les commerces de proximité disparaissent. Pour lutter contre ces inégalités, de nombreuses initiatives ont vu le jour, comme des foncières rurales soutenant la création de lieux de vie dans les centres bourgs ou des dispositifs itinérants offrant des consultations médicales ou du dépannage informatique dans les campagnes.
Vous! par Macif
Pour lire l’intégralité du magazine Vous! par Macif #2, c’est ICI.
Des tranches de vie
Rencontre avec l’actrice Noémie Merlant
Actrice engagée révélée dans Portrait de la jeune fille en feu, Noémie Merlant passe aussi derrière la caméra pour défendre les causes qui lui sont chères. Entre ses tournages de fictions, elle prépare un documentaire sur sa famille, sous le signe du courage des aidants. Pour découvrir l’interview, c’est ici.
Ursula, une femme résiliente
Une vie en BD par Marie Dubois Amputée des deux jambes après un accident à l’adolescence, Ursula n’a jamais laissé son handicap lui gâcher l’existence, bien au contraire. Sa vie, racontée en bande dessinée, est un modèle d’accomplissement et de dépassement de soi.
Charlotte Yven & Xavier Beauvois à l’assaut du Vendée Globe !
Prenez date, et plutôt deux fois qu’une : le prochain Vendée Globe s’élancera le 10 novembre 2024, soit trois jours avant la sortie du nouveau film de Xavier Beauvois, La Vallée des fous, qui est justement consacré à la plus emblématique des courses au large. Deux événements qui promettent ainsi de raviver cette grande question : qu’est-ce qui peut bien pousser des générations d’hommes et de femmes à entreprendre ce défi insensé d’un tour du monde en solitaire, et sans assistance ? Espoir de la voile française, Charlotte Yven a accepté d’en discuter avec le cinéaste.
Retraités et heureux
Qu’elle soit contrainte ou espérée de longue date, la retraite est un changement important dans la vie de chacun. Souvent redoutée, parfois mal vécue, elle peut être aussi une période enrichissante et joyeuse. Rencontre avec ces retraités heureux.
Transmission d’entreprise en France : pourquoi c’est complexe ?
Avec un nombre croissant d’entrepreneurs qui arrivent à l’âge de la retraite et les attentes parfois complexes des repreneurs, la transmission d’entreprise est devenue un réel enjeu de société. Comment relever ce défi et réussir une cession, notamment en termes de conservation d’emplois et de savoir-faire ?
Le Magazine est produit avec la rédaction du groupe So Press pour raconter le quotidien sans filtre.
« Lors d’une phase dépressive, j’ai une grosse perte de motivation, un sommeil non réparateur et une fatigue constante, un manque de concentration et une perte d’appétit. En revanche, lors d’une phase maniaque, je deviens insomniaque, j’ai tendance à parler plus que d’habitude, mes pensées se bousculent, je mange plus que d’habitude, j’ai tendance aussi à dépenser beaucoup, je deviens irritable, et je peux aussi avoir un comportement risqué et un mauvais jugement », décrit Cécylia, 32 ans, résidant à Bagneux. Autrefois appelé psychose maniaco-dépressive, le trouble bipolaire est une maladie chronique qui se manifeste par des dérèglements de l’humeur. Il concerne, dans un spectre large, environ 1 à 2.5 % de la population générale et débute généralement entre 15 et 30 ans.
Quels signaux ?
Souvent, la méconnaissance des troubles associés à la maladie entraîne un retard de diagnostic, qui participe au risque suicidaire, élevé dans le trouble bipolaire quand il n’est pas rapidement pris en main. « Diagnostiquée à 30 ans, mais bipolaire probablement depuis mes 15 ans. Résultat : quinze ans d’épisodes dépressifs jusqu’à l’épisode maniaque qui a conduit à une hospitalisation », confie Laetitia dans un commentaire sur le groupe Facebook Bipolaire : vivre & comprendre ensemble qui réunit près de 10 000 membres. À quoi reconnaît-on une bipolarité ?
Dans sa forme la plus typique, le trouble bipolaire se caractérise par des alternances de périodes d’excitation de l’humeur (ce qu’on appelle la phase maniaque, pouvant s’associer à des prises de risque telles qu’une consommation excessive de drogues, des conduites à risques de tout genre), et des périodes de tristesse profonde (qu’on appelle phase dépressive, pouvant s’associer à une difficulté à réaliser ses activités quotidiennes, voire des pensées suicidaires) et enfin, de périodes de retour à la stabilité, qu’on appelle la phase d’euthymie. Il arrive de présenter un mélange des deux humeurs, maniaque et dépressif, tout au long de la journée. C’est ce qu’on appelle un état mixte. « Quand le traitement de fond par les régulateurs de l’humeur est efficace, l’intensité et la fréquence des cycles maniaco-dépressifs diminuent de manière significative, ce qui permet à la personne de retrouver une vie normale », clarifie le dictionnaire Vidal, ouvrage médical français.
Comment les spécialistes expliquent-ils l’avènement d’un trouble bipolaire ? Aujourd’hui, on parle d’un modèle « biopsychosocial », c’est-à-dire qu’il existe des interactions complexes entre la vulnérabilité génétique (liée aux gènes) et des facteurs environnementaux ou physiologiques divers (évènements de vie, consommation de drogues, grossesse traumatique…), ainsi que des stress répétés auxquels le sujet a du mal à faire face. Si on ne peut pas en guérir, la bipolarité se traite tout au long de la vie. Encore méconnue, la maladie reste entourée de fantasmes.
Selon l’OMS, la stigmatisation serait d’ailleurs l’obstacle le plus important à surmonter pour la prise en charge des maladies mentales. Certains stéréotypes ont la peau dure : les bipolaires changeraient de personnalité de manière effrayante à l’image de Natalie Portman dans le film Black Swan ; elles seraient incapables de prendre rigoureusement leur traitement, ou encore, elles seraient dangereuses et imprévisibles.
Depuis la crise sanitaire, les personnes concernées s’efforcent de déconstruire ces idées reçues, fortement influencées par la pop culture. Par exemple, le compte @payetapsychophobie (34k followers) fait, depuis 2019, un travail de déconstruction en diffusant des témoignages sans filtres. Ici, la parole est ouverte, chacun exprime ses doutes et ses craintes sur la maladie. Les bienfaits de la maladie sont même assumés. « Saviez-vous que les personnes bipolaires sont souvent très sensibles, et donc créatives ? », lit-on dans l’un des posts.
L’acceptation de la maladie sort depuis peu du monde virtuel, puisqu’au 59 avenue de la République à Paris, a ouvert la Maison Perchée, un lieu d’accueil associatif créé par et pour les personnes en situation de trouble psy (bipolarité, schizophrénie, borderline…) et basé sur le principe de la pair-aidance, soit une entraide entre personnes souffrant ou ayant souffert d’une même maladie somatique ou psychique, ou atteintes d’un même handicap.
Des esthéticiennes, un peu magiciennes. Depuis presque dix ans, Amandine Hiron sillonne les routes de Mayenne, en tant que socio-esthéticienne, intervenant auprès de structures médicales, sociales et médico-sociales. « J’ai été la première dans le département, se souvient-elle. J’ai été formée à Tours au Codes (Cours d’esthétique à option humanitaire et sociale, ndr), la seule école qui, actuellement, est reconnue en France et qui a été créée en 1978 – période durant laquelle la socio-esthétique est née. » Socio-esthétique ? Un métier à la charnière entre deux mondes : celui de la mise en beauté et celui de l’action sociale.
Soin du visage, gommage du corps, pose de vernis, session maquillage, choix d’une tenue vestimentaire : la socio-esthétique, initialement créée pour apporter confort (et réconfort) aux personnes malades, connaît un essor ces dernières années, se tournant notamment vers l’insertion professionnelle et sociale des plus précaires. Si le résultat est tout aussi fructueux qu’une séance chez l’esthéticienne dans un institut de beauté, la socio-esthétique a une particularité : la gratuité. « Ce ne sont pas les bénéficiaires qui nous rémunèrent, mais les structures qui nous font intervenir, précise Amandine. Ce qui, parfois, peut être problématique, car nous dépendons d’un budget spécifique. Si la structure n’est pas en mesure de l’assumer, il faut aller chercher l’argent ailleurs. »
De la maternité aux personnes âgées, en passant par la détention
Depuis son apparition, la socio-esthétique est un outil particulièrement prisé des services oncologiques. La plupart des socio-esthéticiennes interviennent auprès de personnes atteintes d’un cancer. « L’idée est de pallier les effets secondaires externes des traitements », explique Amandine. Notamment l’un des plus importants : la sécheresse de la peau. « C’est quelque chose de tout bête, mais lorsqu’on a la peau sèche, ça démange, ça crée un inconfort, ça peut même entraîner des lésions, donc des risques infectieux », ajoute-t-elle. En apaisant cet effet, le patient observe une meilleure qualité de vie, améliorant ainsi l’efficacité de son traitement. Pour ce qui est des soins palliatifs, la socio-esthéticienne va davantage travailler sur la partie dite « confort » du patient. Mais aujourd’hui, la socio-esthétique ne s’arrête plus à la maladie et tend la main à l’ensemble des personnes précaires : des jeunes, des personnes âgées, des personnes en situation de handicap ou éloignées de l’emploi… Tout est possible.
« On peut même intervenir dès la naissance, informe Amandine. Je suis par exemple intervenue sur des nouveau-nés dans le cadre du Sida. Il s’agissait de mères, souvent d’origine étrangère, qui méconnaissaient la maladie et qui n’osaient pas faire les soins de nursing à leur enfant, de peur de les contaminer. Par le biais de la socio-esthétique, elles ont pu retrouver le toucher bienveillant et rassurant de la maternité. »
Non loin de la Mayenne, ce sont dans les prisons nantaises que Léa Pitaud – socio-esthéticienne depuis sept ans – intervient, en animant des ateliers collectifs. D’un côté, le centre de détention pour les personnes en longues peines : « Souvent, ces personnes ne prennent plus soin d’elles, n’en voyant pas l’intérêt après quinze ans d’emprisonnement, raconte-t-elle. On va leur réapprendre l’hygiène de base : comment se laver les pieds, comment faire un gommage pour les mains pour nettoyer ses ongles. » De l’autre, le centre pour les plus petites peines : « Dans ce cas, on sera sur de la réinsertion sociale, ajoute Léa. On va travailler l’estime de soi, la confiance en soi, la capacité à se présenter auprès d’un employeur, à s’habiller, etc. » Les premiers à témoigner des bienfaits de la socio-esthétique en milieu carcéral : les gardiens. « Après une séance d’une heure, les prisonniers sont plus calmes. La soirée des gardiens est beaucoup plus tranquille et ils sont plus en confiance. »
Dans les Pays de la Loire, une cinquantaine de socio-esthéticiennes
Si l’on en croit les résultats d’une étude pour la Fédération des entreprises de beauté (Febea) et l’Agence du Don en Nature (ADN), publiée en mai 2023, la socio-esthétique semble faire l’unanimité. Des moments de détente et de relaxation pour 79 % des répondantes, et de convivialité, pour 64 % d’entre elles. « Ces parenthèses donnent le sentiment d’être en dehors de la précarité et permettent d’enclencher un parcours de conquête de l’estime de soi et de reconstruction nécessaire pour renouer avec l’insertion sociale et professionnelle », relève l’enquête. Les dons du secteur de l’hygiène-beauté aux associations organisant des ateliers collectifs ou séances individuelles représentent d’ailleurs 40 % des dons non alimentaires en France, « ce qui en fait le premier secteur donateur », souligne la Febea dans un communiqué. « Grâce à la socio-esthétique, ils prennent soin d’eux, ils se reconnectent à leur corps, confirme Amandine. Et surtout, quand ils rentrent chez eux, ils savent reproduire les gestes à l’aide des produits qu’ils ont fabriqués eux-mêmes. C’est hyper valorisant de rentrer chez soi avec ce qu’on a fait soi-même, on en ressort fier. » Léa, quant à elle, ne cache pas son propre plaisir : « Quel bonheur lorsqu’un de vos patients se regarde dans le miroir et se dit que c’est agréable. »
S’il est difficile de savoir exactement combien de socio-esthéticiennes exercent dans l’Hexagone, Léa en compte une cinquantaine dans les Pays de la Loire. Un chiffre qui devrait continuer d’augmenter selon elle : « Il y a de plus en plus d’écoles de qualité et une vraie envie d’accompagnement des personnes fragiles. » Prochaine étape : que la socio-esthétique soit reconnue comme profession indépendante et qu’il y ait un vrai remboursement – celui d’un « soin de support », au même titre que l’art-thérapie ou la sophrologie. « Cela permettrait de toucher encore plus de personnes et d’obtenir la subvention des agences régionales de santé et de l’État, souhaite la jeune femme. On va vers cela, lentement. » Mais sûrement ?
Pour toutes infos supplémentaires, consultez le site de la Fédération Nationale de Socio-esthétique : https://fnsefrance.fr/
Supportable quand il reste occasionnel et passager, le stress peut devenir un véritable handicap chronique. On peut alors être accompagné par un suivi psychologique. Mais de plus en plus d’experts s’accordent à dire que l’alimentation joue également un rôle dans la régulation du stress. Le point avec la diététicienne-nutritionniste Amandine Perrot, spécialisée en psychonutrition. « Notre environnement induit sans cesse le besoin de se réadapter et génère beaucoup de stress, qui est une réaction d’alerte à un événement perturbateur. Les glandes surrénales sécrètent alors du cortisol, aussi connu sous le nom d’hormone du stress », note-t-elle. Mais le cerveau et l’intestin sont à l’origine de la sécrétion des hormones du bien-être que sont la sérotonine et la dopamine. Et certains aliments et nutriments favorisent leur production.
Magnésium, oméga 3 et vitamines sont les meilleurs alliés
Parmi ces alliés, le magnésium est probablement le plus connu. Permettant d’éviter l’excès de cortisol, il est présent dans la plupart des végétaux, « notamment les fruits à coque et légumineuses comme les lentilles et les pois chiches, qu’on a tendance à délaisser », note Amandine Perrot. Il peut également être trouvé dans les céréales complètes, les herbes aromatiques, l’avocat, la banane… Mais aussi dans le chocolat ! À noter qu’il vaut mieux préférer du chocolat noir, riche en anti-oxydants. Il ne faut pas non plus lésiner sur les oméga 3, qui stimulent la production de dopamine et de sérotonine, antidépresseurs réputés. « On les retrouve dans l’huile de noix et de colza, mais aussi dans les poissons gras : sardine, maquereau, harengs, thon et saumon », détaille Amandine Perrot. Il s’agit de graisses polyinsaturées essentielles, mais dont on peut facilement manquer. « Il faut aussi consommer de l’huile d’olive, riche en antioxydants, bons pour notre santé cardiovasculaire », ajoute la diététicienne.
Si toutes les vitamines sont bénéfiques, certaines ont un effet antistress spécifique. « Les vitamines B sont particulièrement importantes, elles participent à l’élaboration des neurotransmetteurs comme la sérotonine et la dopamine », explique Amandine Perrot. On les retrouve dans les viandes, mais aussi dans les œufs et légumineuses. Les vitamines C, excellents antioxydants, contribuent à nous protéger face aux dégâts du stress. Selon Amandine Perrot, le secret est de consommer des fruits et légumes de saison en priorité : « C’est là qu’ils contiennent le plus d’éléments protecteurs, par exemple, en hiver, le chou et les pommes de terre. » La vitamine D n’est pas en reste. Il ne suffit pas de s’exposer au soleil, ce qui n’est en plus pas recommandé : « Beaucoup de Français présentent des déficits, il faut aller la chercher dans les oeufs et les poissons gras. » Elle est aussi disponible en complément alimentaire si besoin et sur avis médical.
Prendre soin de son microbiote intestinal
Enfin, quotidien sans stress rime avec microbiote en bonne santé. « Beaucoup d’études ont démontré le lien entre microbiote intestinal et santé mentale, pointe Amandine Perrot. Il peut être parasité par des bactéries “stressantes” et le protéger permet de limiter leur effet. » La diététicienne recommande les fibres contenues dans les légumes, céréales complètes et légumineuses. Et pour apporter à notre flore intestinale ce dont elle a besoin pour prospérer, les aliments fermentés, qui contiennent des probiotiques, sont essentiels : « On les retrouve dans les yaourts, les olives, les cornichons, ou encore la choucroute. »
En résumé, pour diminuer le stress, il faut privilégier une alimentation variée et la moins transformée possible. « Plus l’on s’oriente vers une alimentation brute et naturelle, plus on retrouve les composantes qui nous protègent du stress. Inversement, une alimentation déstructurée et industrielle prédispose au stress », conclut Amandine Perrot. Aider les patients atteints d’anxiété, voire de dépression, via une alimentation saine est l’objet d’étude de la psychonutrition. « L’idée n’est pas de supprimer des médicaments, mais de renforcer leur effet », appuie la diététicienne. Ainsi, en cas de stress intense, une partie de la solution pourrait bien se trouver dans votre assiette.
Quand vous étiez jeune à Champigny, la cuisine était quelque chose qui vous attirait ?
La cuisine n’était pas un référent dans ma famille. On mangeait utile, il fallait faire un peu attention à l’économie de l’assiette donc était très pratico-pratiques en termes de cuisine. Malgré tout, vous faites un CAP de pâtisserie. Oui, ça commence un peu par hasard. Au départ, je voulais être boulanger mais on m’a conseillé de plutôt faire de la pâtisserie. J’ai suivi un cursus de pâtissier chez les Compagnons du Devoir. Après mes études, j’ai compris que la France n’avait alors pas grand-chose à m’offrir professionnellement et je suis parti vivre en Australie avec mon CAP de pâtisserie sous le bras. Rapidement, je me suis retrouvé à faire plusieurs jobs : un en pâtisserie boulangerie et l’autre en cuisine du Regency, un hôtel de Sydney. Tout le monde me prêtait des compétences parce que j’étais français alors que je n’en avais aucune ! C’est pour ça que j’ai coutume de dire que je suis entré en cuisine par effraction. Et j’ai fini par prendre conscience que la cuisine m’intéressait un petit peu. En rentrant en France, j’ai décidé de passer mon CAPES à l’école Belliard à Paris, et j’ai toqué à la porte des grands chefs.
C’est à ce moment que naît vraiment votre vocation de chef ?
Oui, notamment grâce à ma rencontre avec Bernard Loiseau. Un monsieur qui était vraiment inspirant, lumineux. Il n’avait pas de travail pour moi mais m’avait quand même invité à déjeuner dans son restaurant et nous avions pu échanger. Finalement, j’ai intégré les cuisines du restaurant gastronomique Taillevent. Et très vite, j’ai compris que la cuisine c’était passionnant ! Qu’en étant curieux, discipliné et en ayant la volonté d’apprendre, vous avez la possibilité de sortir un peu des codes, de faire une cuisine différente de celle de votre voisin.
À vous entendre, on a la sensation que la cuisine a des pouvoirs spéciaux ?
Mais oui, bien sûr, parce que la cuisine est un moteur d’intégration et d’acceptation de la diversité extrêmement fort. C’est ça aussi la magie de la cuisine. Si l’on prend l’histoire de la cuisine française, elle a accepté beaucoup de diversité, plus que le monde politique finalement. Beaucoup de communautés se sont imposées par la table. Il suffit de voir que le couscous est l’un des plats préférés des Français pour l’entendre. À Belleville où j’ai grandi, ce sont tour à tour les communautés juives, maghrébines et du sud-est asiatique qui ont ouvert des échoppes et se sont intégrées. Le moteur d’intégration par l’alimentation est fort. Vous avez été parachutiste pendant la guerre du Liban.
Là-bas aussi, vous avez pu voir ce que la nourriture était capable de faire ?
À Beyrouth, toutes les communautés en guerre observaient une trêve tacite pour manger. J’ai un souvenir d’arômes de rue, de tahini. Il y avait plein de choses qui cramaient à droite, à gauche, mais les gens arrivaient quand même à faire de modestes barbecues. La pouvoir de la cuisine, c’est de faire du lien social, c’est la commensalité : avec qui j’accepte de manger ? De partager un moment autour d’un repas ? C’est dans cet esprit que nous sommes en train de créer une école à Medellín, en Colombie, pour réintégrer les anciens FARC (mouvement armé d’opposition au gouvernement colombien né dans les années 1960, ndr).
Vous êtes devenu flexitarien, pourquoi ?
Je ne cherche pas à imposer ma façon de manger aux autres. Moi je suis très content quand les gens mangent de tout. Ça me va très bien. Mais je pense que si on parle d’impact environnemental, alors effectivement, il va falloir diminuer notre consommation de protéines animales. Parce que le circuit de production est très polluant. Donc je préfère que l’on consomme un peu moins de viande mais de meilleure qualité.
Comment ça se traduit dans vos restaurants ?
Schématiquement, je fais en sorte que l’on soit à 20 % de protéine animale dans nos menus. En fait, si on voulait simplifier, on dirait qu’au lieu de faire du bœuf-carottes, on va faire du carottes bœuf. C’est une formule, ça vaut ce que ça vaut. Mais ça parle à tout le monde. Vous aimez le goût du bœuf-carottes ? Très bien alors on va vous proposer un carottes-bœuf, vous allez voir que c’est pas mal non plus. Vous venez d’ouvrir ONOR, le premier restaurant gastronomique à portée « économie sociale et solidaire ».
Concrètement cela veut dire quoi ?
Je crois que l’économie sociale est une économie du futur : c’est une économie qui fait de la croissance en conscience, en ayant impact social et un impact environnemental. ONOR est plus qu’un restaurant, c’est un engagement. Nous avons dix écoles d’inclusion professionnelle et nous proposons aux personnes qui ont suivi nos parcours chez Cuisine Mode d’Emploi(s) ou Boulangerie Mode d’Emploi(s) d’intégrer le restaurant ONOR en tant que salariés. ONOR était un peu le chaînon manquant dans le sens où pour certaines personnes que nous formons, c’était parfois un peu plus dur d’obtenir un poste à responsabilité dans un restaurant gastronomique en raison de leur parcours atypique. ONOR leur permet de rencontrer l’exigence du haut niveau et d’acquérir cette expérience pour la mettre sur leur CV. Nous avons d’ailleurs 10 % de personnes en inclusion sociale dans cette entreprise. Concernant l’impact environnemental, 80 % des produits servis viennent de filières d’agriculture régénérative, c’est-à-dire qu’on sélectionne des fournisseurs au travers du label bleu blanc cœur. Donc l’entreprise ONOR a un impact social et un impact environnemental. Ce qui ne l’empêche pas d’ambitionner de faire de la croissance dans l’économie du luxe, parce que notre but est d’aller chercher la reconnaissance des guides récompensant une cuisine de haut niveau.
Comment est née l’idée du restaurant ?
Elle est l’aboutissement de vingt ans de travail et d’engagement sur l’inclusion. En 2004, j’ai été suis désigné chef de l’année et on a beaucoup parlé de ce que je faisais. Là, je me demande comment aider les gens qui viennent des mêmes quartiers populaires que moi, qui ai grandi entre Belleville et la Cité du Bois-l’Abbé à Champigny-sur-Marne. À l’époque, je rencontre Véronique Colucci. Elle m’invite aux Restos du cœur où je donne des cours de cuisine. Je rencontre une dame qui, elle, donne des cours de français et d’arithmétique. Je me dis alors : « Est-ce qu’on ne peut pas mettre quelque chose en place pour proposer à ces personnes en situation de précarité un projet métier ? » C’est ainsi qu’a démarré la première école Cuisine Mode d’Emploi(s), rue Ménilmontant. Cela a répondu à une demande de gens qui ne pouvaient pas se payer une formation ou de personnes qui souhaitaient retourner à l’emploi au travers d’un projet. En onze semaines, on formait les personnes à retourner dans un projet de cuisinier ou de boulanger et à intégrer une entreprise afin de monter en compétence. Et le mécanisme est parti comme ça. Aujourd’hui, Cuisine Mode d’Emplois, ce sont 10 écoles en France, près de 8 500 personnes formées et 92 % de retour à l’emploi.
À qui s’adressent vos formations ?
Essentiellement à des gens qui ont été à un moment donné à l’écart d’une intégration économique dans ce pays. Cela peut-être des gens en reconversion et qui n’ont pas les moyens de se payer une formation opérante. Des gens éloignés de l’emploi voir très éloignés de l’emploi, en situation de précarité ; par exemple des personnes qui ont connu des accidents de parcours, des vies un peu dures et qui cherchent un moyen de revenir dans une vie active.
Qu’avez-vous appris en vingt de travail sur l’inclusion ?
Je me suis aperçu qu’il y a trois grands modèles qui fonctionnent bien dans l’inclusion : l’art, l’artisanat et le sport. Pourquoi ? Parce que ce sont des cadres éducationnels où vous vous retrouvez face à vous-même Et donc ça vous impose de mettre une énergie et une rigueur particulière au service de votre projet personnel. C’est un engagement qui nécessite par moments un petit accompagnement pour lâcher la main du passé et vous donner la régularité de vous présenter tous les jours pour vous former. Quand vous avez compris cette nécessité, vous avez aussi compris que vous allez pouvoir réussir comme au même titre que tout le monde. Cela va vous permettre de retrouver une verticalité pour vous engager dans la vie. L’ambition au-delà du fait de trouver un emploi, c’est de retrouver un projet. Je crois qu’on n’est plus dans le siècle où l’on va prendre pour argent comptant un emploi par défaut. On veut un projet qui nous ramène à l’emploi.
Pour vous aussi, le sport et la cuisine ont été des écoles de vie ?
Le sport, c’est le premier cadre éducationnel que j’ai rencontré après l’école. Je n’étais pas très bon au collège, donc le judo est devenu un cadre éducationnel. Pourquoi ? Parce qu’on est dans le faire pour apprendre. Si on traduit en français le concept de uchi komi, on pourrait traduire par « observe et tais-toi, apprends et comprends ». Ensuite tu pourras innover. L’école du judo, c’est ça. Observer le geste de l’enseignant, essayer de le reproduire au travers d’un apprentissage régulier. Et ensuite, créer son propre judo. C’est sans nul doute un cadre de vie. Je pense d’ailleurs qu’on n’apprend pas suffisamment aux enfants à observer, à écouter.
La cuisine fonctionne de la même manière ?
Totalement. Mais au-delà de cela, le point commun entre la cuisine et le sport, c’est qu’à un moment donné, vous êtes face à vous-même. La clé pour réussir dans ces deux domaines c’est : rigueur, engagement, régularité. La rigueur est un mot un peu galvaudé, la langue française en a fait quelque chose de très dur. Mais quand vous avez un projet et que vous y mettez la discipline et la détermination nécessaire pour vous y tenir, ça fonctionne. Que ce soit dans le sport ou la cuisine. En revanche, c’est vous qui devez vous l’imposer, pas une autorité quelconque, c’est cela qui fait toute la différence.
C’est aussi ça que vous transmettez ?
J’ai une conviction : l’apprentissage d’un métier est non seulement une arme contre le chômage, mais également le moyen de faire des hommes libres. La première des choses que je dis à mes jeunes collaborateurs est : « Ce n’est pas votre employeur qui protège votre travail, c’est votre curiosité. » Plus vous allez être curieux, plus vous allez apprendre, plus vous allez vous émanciper et moins vous serez dépendant d’une autorité. C’est cette force-là que je souhaite transmettre. Et plus vous êtes instruit dans un métier ou dans une compétence, plus vous avez confiance en vous et en votre valeur. Si vous faites ce métier avec passion, c’est encore plus vrai.
Qu’est-ce que ça veut dire « bien manger » aujourd’hui ?
Je crois qu’il faut être humble. Il y a une forme d’élite qui donne des leçons en permanence sur ce qu’on doit manger, pas manger. Moi, j’essaie déjà de convaincre les gens de refaire la cuisine : même si c’est un œuf dur, une boîte de thon, une salade, ça fait déjà un plat sympa. Il ne faut pas oublier qu’on a un pays qui a construit une fracture sociale dont la conséquence est une alimentation à deux vitesses. Il y a une partie de la population qui a un reste à vivre suffisant pour manger correctement et qui comprend un peu mieux ce qu’elle mange. Et puis une population qui a un reste à vivre qui n’est pas suffisant et qui ne peut se caler que sur les produits ultra-transformés et très peu chers.
C’est impossible de bien manger quand on gagne le SMIC ? Le bien manger n’est pas accessible à tous ?
C’est possible de bien manger si on ne se laisse pas piéger par la consommation. Ma génération est une génération de surconsommateurs. Nous avons vu arriver la grande distribution qui était une sorte de caverne d’Ali Baba où l’on nous promettait de l’opulence et du pouvoir d’achat en échange d’un certain renoncement à la qualité des produits. Nos parents qui travaillaient beaucoup, ont trouvé ça très pratique. Maintenant, on est dans une queue de comète et on voit que ça n’était pas la solution et qu’il faut passer à autre chose. Mais il va falloir éduquer. Pour cela, il n’y a pas mieux que l’école et je pense qu’il faut mettre en place des cours de cuisine à l’école pour former les mangeurs de demain.
Quelles sont les solutions alors ?
Le flexitarisme, reprendre la cuisine, manger moins d’aliments transformés. Là où on se trompe, c’est quand on croit qu’on va gagner de l’argent parce qu’on ne fait pas la cuisine, et qu’on fait ses courses dans un supermarché. L’alimentation est quand même une question de santé publique, la médecine a prouvé que quelqu’un qui mangeait bien présentait moins de risques de pathologie qu’une personne sédentaire qui ne mange que des produits ultra-transformés.
Quel rôle peut jouer le restaurant dans tout ça ?
Un restaurant doit faire une bonne cuisine avec des produits de proximité. Le rôle d’un restaurateur c’est de faire plaisir à ses convives. Aujourd’hui il doit le faire en offrant un peu moins de choix et plus de qualité dans les produits. Je pense qu’on doit retrouver ce qui était l’essence même de nos cuisines : c’est-à-dire un menu avec deux ou trois entrées, un ou deux plats du jour et deux ou trois desserts. Le tout avec des circuits d’achats extrêmement courts et pas de stock.
Vous avez la sensation que les choses vont dans le bon sens ?
Il y a des signaux faibles qui sont enthousiasmants, avec de jeunes restaurateurs qui essaient de faire bouger les lignes et une agriculture française qui est en train de se réformer pour être plus qualitative. Et en même temps d’autres signaux sont inquiétants à mes yeux. Quand je vois que certaines entreprises lèvent cinquante millions de dollars pour faire de la viande in vitro, je me dis qu’on ne va pas dans la bonne direction.
Pour vous ça n’est pas le futur ?
Un futur un peu angoissant alors. Il est essentiel de ne pas couper le mangeur de sa culture, de ses racines, du lien du vivant. Le mangeur ne devient plus qu’un consommateur. Or manger, c’est un acte culturel, quand vous restaurez simplement les gens pour qu’ils tiennent debout, vous faites rapidement des gens qui sont nettement moins intéressants pour partager quelque chose. L’appauvrissement par l’assiette est aussi un appauvrissement culturel, il ne faut pas le négliger.
Un autre de vos combats, et c’est une chose dont on parle assez peu en cuisine, c’est la lutte contre le gaspillage de l’eau ?
Oui parce qu’on refuse de comprendre que l’eau est un ingrédient comme un autre, et que la première chose que nous annonce la recherche pour 2050 et que l’on commence déjà à vivre, c’est le stress hydrique. Quand on voit que pour produire un kilo de champignons, il faut cent litres d’eau, il faut s’interroger. Un légume, c’est en gros 80 % d’eau. Pourquoi met-on dix litres d’eau pour cuire un kilo de haricots verts ? Alors qu’il est possible de faire cuire les légumes quasiment à sec. C’est que l’on a découvert en travaillant avec le chercheur en physico-chimie Raphael Haumont, au Centre français d’innovation culinaire à l’Université Paris-Saclay.
C’est pour mener tous ces combats que vous êtes devenu président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie ?
Et aussi pour que l’État prenne conscience que les restaurateurs ont besoin d’aide pour impulser une meilleure alimentation. Aujourd’hui, vous avez de grandes plateformes qui font beaucoup d’argent sans toujours être fiscalisées en France, en jouant sur les faibles marges de petits restaurants et en faisant pédaler des gens qui sont très mal payés. À l’inverse, un artisan qui essaie de défendre un certain nombre de valeurs et de produits paye des charges, des impôts locaux, et tout un tas de choses pour faire vivre sa maison. Il faut savoir que pour réaliser 20 000 € de chiffre d’affaires par semaine, un restaurant a besoin de sept ou huit personnes. Les entreprises qui font de la cuisine numérisée au travers de Uber Eats ou de Deliveroo ont besoin de beaucoup moins de personnel pour le même résultat. Les taxations devraient être un peu revues en conséquence. En tant que président, j’essaie de faire qu’il y ait au moins un peu de parité et l’égalité à ce niveau-là.
« Un lama en maison de retraite ? » Voilà ce qu’a pu entendre Benjamin Leroy-Blanc après avoir émis l’idée d’un élevage de camélidés, éduqués pour travailler en zoothérapie. C’était en 2014. Trader à la City de Londres puis à Paris, Benjamin se lasse. Son travail manque de sens. Cet amoureux des animaux décide alors de quitter la capitale britannique et de se former spécifiquement à l’élevage de lamas et – surtout – à la médiation animale. Seul hic : à Six-Fours-Les-Plages, commune située dans le département du Var, les lamas ne courent pas les rues. « Ceux que j’ai pu trouver appartenaient à des activités agricoles qui les utilisaient pour débroussailler, raconte Benjamin. J’en ai trouvé un dans un cirque, aussi. » Aujourd’hui, la ferme pédagogique compte cinquante lamas, dont Jules. La star. C’est avec lui que l’institut de zoothérapie baptisé Le Corral des lamas a démarré. « J’ai très vite constaté les qualités des lamas pour la zoothérapie, poursuit l’éleveur. Ils sont très calmes, domestiques, patients, intelligents et d’une gentillesse inouïe. Leur côté laineux est rassurant, aussi. Ils savent s’adapter aux besoins de la personne et adorent les câlins. » On est très loin du lama crachant sur les gens par agacement, que Hergé dessine dans Tintin au Tibet. Au minimum cinq fois par mois, Benjamin embarque ses compagnons laineux et part à la rencontre de résidents d’Ehpad. Certaines visites le marquent particulièrement : « Il y avait un monsieur complètement éteint, qui ne parlait à personne. Son insertion au sein de l’Ehpad était visiblement très compliquée, se souvient-il. Dès qu’il m’a vu arriver avec le lama, il a commencé à sourire, à me parler et à me poser des questions. En psychiatrie, j’ai pu grâce à l’animal être témoin de réconciliations familiales. Des moments très forts. »
Le succès est tel qu’on parle même de « lama thérapie ». Une tendance qui se développe un peu partout dans le monde : des États-Unis, où l’alpaga Napoléon – comptant quatre mille trois cents abonnés sur Facebook – est devenu une coqueluche pour différentes maisons de retraite de l’Oregon, jusqu’au centre de l’Équateur, où la création d’un centre de lama thérapie est en projet. La médiation animale « encourage la prise d’initiative, favorise l’expression, les interactions, crée du lien, fait travailler l’autonomie, apaise les angoisses, améliore la mémoire », et plus encore, peut-on lire sur le site de l’association Le Lama et ses ressources, qui propose des séances de lama thérapie en Essonne.
La zoothérapie, remède au stress post-traumatique
Si les pouvoirs thérapeutiques du lama sont indéniables, il semblerait qu’ils s’appliquent à l’ensemble des animaux, formés à la médiation animale. Le nombre de fermes pédagogiques ne fait que confirmer la tendance : en 2003, on comptait en France près de mille quatre cents fermes spécialisées. Un chiffre qui, vingt ans plus tard, a augmenté. Surtout si l’on ajoute certains refuges, également mobilisés pour accueillir des séances de zoothérapie. C’est le cas d’Ava (Agir pour la Vie Animale), situé en région Normandie – à Cuy-Saint-Fiacre plus exactement. Tous les quinze jours, l’association reçoit des victimes d’attentat ou de viol, tous patients de l’Institut de victimologie, spécialisé dans le traitement du stress post-traumatique. À l’origine de ce programme : Delphine Morali-Courivaud, psychiatre et directrice médicale de l’institut. « La particularité de ce programme est que ces animaux ne sont pas formés à la zoothérapie. Les patients passent la journée avec des chiens, chats et chevaux abandonnés ou maltraités dont le refuge a la charge, explique-t-elle. Il y a comme un effet miroir. Les patients deviennent à leur tour soignants. »
Après de longues balades parmi le troupeau de daims, après avoir nourri les chevaux ou câliné la centaine de chats, la psychiatre s’émerveille face aux progrès de ses patients. « Le stress post-traumatique développe une hypervigilance qui progressivement les isole aussi bien socialement qu’affectivement, détaille-t-elle. Grâce à l’animal, ils recréent du lien, sortent de leur bulle de solitude et retrouvent de l’estime de soi. »L’animal apaise, réconforte et, dans certains cas, sauve : « Des patients m’ont confié que la seule chose qui parfois les empêchait de se suicider, c’était leur lien avec leur chat ou leur chien. »
Éclair, premier labrador d’assistance
À ce jour, très peu d’études françaises existent sur l’impact de la pet-therapy (ou thérapie par les animaux) auprès de patients qui souffrent d’un trouble de stress post-traumatique (TSPT). Elles représentent moins de 2 % des études publiées sur le sujet. Mais Benjamin Borg n’a pas besoin de preuves scientifiques pour être sûr des bienfaits de l’animal dans le traitement du TSPT. Il y a presque trois ans, cet ancien militaire et sapeur-pompier professionnel a créé la CAPE, une association de chiens d’assistance aux personnes en état de stress post-traumatique. La toute première en France. « En voyageant en Europe, j’ai pu constater qu’il existait des chiens pour des personnes en état de stress post-traumatique. Un peu partout, sauf en France, déplore-t-il. Lorsqu’il y a eu la 131e victime des attentats de Paris – personne qui s’est suicidée deux ans après – sans oublier les militaires qui rentraient d’opérations extérieures et qui, quelques mois après, mettaient fin à leurs jours, j’ai décidé d’agir. » C’est ainsi que le 14 juillet 2022, Frédéric, un militaire des forces spéciales et blessé de guerre, accueillait Éclair, première chienne d’assistance.
Si l’on en croit Benjamin Borg, elle sait tout faire : « En cas de cauchemar, elle va réveiller son maître, allumer la lumière. En journée, même chose. Elle peut constater une anomalie dans le comportement de son maître – des tocs par exemple – et l’interrompre. S’il est pris d’une agoraphobie, il peut s’accrocher à elle. Elle peut alerter les voisins en aboyant ou même appeler les secours en appuyant sur téléassistance… » Si Super-Éclair est la première, elle ne sera pas la dernière. D’ici 2025, Benjamin espère remettre une vingtaine de chiens d’assistance.
L’empathie, le propre de l’animal
Ces dernières années, la zoothérapie fait beaucoup parler d’elle. En réalité, cette pratique est loin d’être nouvelle puisqu’elle remonte, précisément, à 1792, lorsque des protestants Quakers anglais ont décidé de placer des patients en compagnie de lapins ou de poules. L’objectif : aider ces personnes à mieux contrôler leurs émotions. Après cette première expérimentation, les animaux font progressivement leur entrée dans les hôpitaux psychiatriques britanniques. Mais c’est de l’autre côté de l’Atlantique que les premières études scientifiques sont conduites. Dans les années 1960, le pédopsychiatre américain Boris M. Levinson obtient des résultats bénéfiques en utilisant le chien comme « cothérapeute » de l’enfant présentant des troubles psychiatriques. Il fait aujourd’hui figure de pionnier.
Pour autant, comment explique-t-on les pouvoirs thérapeutiques que possèdent nos amis les bêtes ? « L’éthologie (l’étude du comportement des animaux en milieu naturel, ndr) a bien fait ressortir le fait que les animaux, et spécifiquement les chiens, ressentent des émotions, dont certaines peuvent être associées à une forme de compassion. La relation avec l’animal crée les conditions d’un soin sans les mots, écrit Elisa Chelle, professeure des universités en science politique à Paris Nanterre, dans un article publié sur The Conversation. L’animal permet à l’être humain de développer une communication non verbale. [Il est] une présence, un être vivant auquel on peut parler, même confusément, ou ne pas parler du tout. » La chercheuse pointe d’ailleurs la place singulière qu’occupe l’animal dans notre imaginaire collectif, en citant quelques exemples : le jeune Mowgli élevé par des loups dans Le Livre de la jungle, Tarzan grandissant parmi une tribu de gorilles, ou encore le Petit prince apprivoisant le renard qui deviendra pour lui « unique au monde ». « L’animal apparaît comme un semblable avec qui nous partageons des réactions et des émotions », conclut la chercheuse.
Plusieurs études montrent l’impact positif de la présence animale. Selon celle publiée en 2019 dans le journal de l’American heart association, les propriétaires de chiens voient leur risque de mortalité baisser de 24 % et celui de subir une attaque cardiaque de 31 %. Une autre étude réalisée par des chercheurs du Centre Médical de l’Université du Michigan en février 2022, confirme la tendance. Communiqués par le site EurekAlert!, les résultats sont sans appel : vivre avec un animal de compagnie pendant cinq ans ou plus permettrait de réduire le stress et de ralentir le déclin cognitif. Est-ce pour cette raison que la France figure parmi les pays d’Europe où l’on compte le plus de chiens et de chats (le haut du podium revenant aux poissons) ? Sans doute.
Au total, on recense en France – selon les statistiques de Facco-Kantar –, 80 millions d’animaux de compagnie. Et comme à peu près tout, le Covid n’a fait que renforcer l’expérience. Selon un sondage Ifop réalisé en 2020, plus de la moitié des Français déclare posséder un animal de compagnie et un quart de ceux qui n’en ont pas encore, pensent en acquérir un. Pourquoi pas un lama ?
La France compte aujourd’hui environ 1,7 million de personnes non ou mal voyantes. Parmi elles, 1 500 sont assistées par un chien guide. Une aide précieuse pour améliorer leur autonomie et leur mobilité au quotidien. Mais avant de rejoindre leurs maîtres, les chiens doivent suivre une méticuleuse formation. « Elle est dispensée dans seize centres d’éducation en France », explique Sandie Besse, directrice technique de l’antenne de Salon-de-Provence de l’association Les Chiens guides d’aveugles de Provence Côte d’Azur Corse, qui forme une vingtaine de chiens chaque année. C’est justement dans les rues de cette ville moyenne des Bouches-du-Rhône que Marine Dupont, élève éducatrice de la structure, familiarise au terrain Ulia, un labrador femelle âgé d’un peu plus d’un an. « Avec elle, on en est au début, aux lignes droites, aux recherches de passage et aux directions. On appelle cette étape le quadrillage », indique la monitrice et future éducatrice.
Ulia a rejoint le centre d’éducation de Salon-de-Provence il y a plusieurs semaines. « La première année, les chiens sont en famille d’accueil. Ils sont toutefois amenés régulièrement auprès de l’association et commencent leur formation avec un éducateur. Ils apprennent l’obéissance et intègrent à partir de 8 ou 9 mois les premières notions de guidage », explique Sandie Besse. Puis le travail sérieux commence. Par sessions quotidiennes de presque 30 minutes, Marine Dupont apprend au jeune labrador à se déplacer dans la ville et à répondre à des ordres simples : assis, debout, droite, gauche, stop, en avant… L’enjeu de ces 6 à 8 mois de formation est que le chien puisse guider son maître en toute sécurité. « Il doit savoir s’arrêter à une intersection et éviter les obstacles qu’on trouve dans les villes que ce soit au sol ou à mi-hauteur jusqu’à 1,5 m. Mais aussi un dénivelé, un trou, une bosse, une flaque d’eau ou même des déjections canines », détaille la directrice technique de l’association. Ulia est encore au début de l’apprentissage de ces manœuvres. Sa formatrice l’aide encore à contourner ce qu’elle rencontre sur la chaussée et maintient sa motivation grâce à des récompenses : « Elle a une croquette à chaque fois qu’elle réussit un contournement ou un stop. »
La tache des chiens guides est un véritable exercice de concentration. Ils doivent savoir garder leur cap sans être distraits, comme lorsqu’ils croisent un de leurs congénères. « Ça leur prend beaucoup d’énergie. Notamment quand on travaille avec un labrador qui est à la base un chien de chasse », souligne Sandie Besse. Pourtant ce sont bien des canidés de cette race, avec les golden retrievers, qui sont majoritairement choisis pour devenir guides : « Ça s’explique parce qu’ils ont la bonne taille et une excellente capacité d’adaptation. Ce sont des chiens qui aiment bosser, mais qui peuvent aussi sans problème dormir 3 heures dans un bureau quand le maître travaille, contrairement à d’autres chiens qui ont trop d’énergie. » Plus rarement, les caniches royaux sont aussi utilisés comme guides. « Ils ne perdent pas leurs poils, ce qui est pratique pour les bénéficiaires qui sont allergiques. C’est rare, mais il y en a », précise Sandie Besse.
Au fur et à mesure de leur formation, les chiens appréhendent de mieux en mieux les situations auxquelles ils sont confrontés. Alors les éducateurs ajoutent des difficultés. Si les sorties des premières semaines se font dans des milieux relativement calmes, ils font vite face à des endroits plus bruyants et animés : « On commence dans les rues de Salon-de-Provence où il y a relativement peu de monde et de circulation. Plus tard, on va travailler à Marseille où il y a plus d’agitation. Mais c’est aussi parce qu’il y a un métro et qu’ils pourront en emprunter un avec leurs maîtres selon la ville qu’ils rejoindront. »
Le temps de bien s’entendre
Une fois toutes ces compétences acquises, Ulia rejoindra son maître. Mais le choix des bénéficiaires n’est jamais laissé au hasard. Son dossier est étudié de près par les équipes de l’association. Un inspecteur va à sa rencontre pour déterminer si la personne est autonome et déjà en mesure de s’orienter seule. « Nous regardons notamment son allure quand elle se déplace pour voir quel chien pourrait y aller. Un chien plutôt rapide ou plutôt lent », explique Sandie Besse. S’ensuit un entretien avec un psychologue. Ce n’est qu’après ces étapes qu’un essai est organisé : « Ça se passe sur deux jours. Et si c’est concluant, nous procédons à la remise. » Pendant deux semaines, la personne déficiente visuelle sera ensuite accompagnée par un éducateur pour apprendre à se déplacer avec son chien et à l’entretenir.
Parfois le duo a du mal à s’entendre et la personne doit se résoudre à rendre son compagnon qui est très vite remis à une autre personne avec un caractère et des besoins davantage compatibles : « Ça reste rare, mais ça peut arriver parce que ce n’est pas une science exacte. » Même une fois que l’adoption est définitive, après ces mois de formation et que le binôme commence à se découvrir, le travail n’est pas encore réellement terminé. Il faut du temps pour que chacun s’apprivoise au mieux et se connaisse. « En général, ce n’est qu’au bout d’une année que les choses commencent à marcher parfaitement », indique la directrice technique de l’association.
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