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  • Grossesse et regards sur le corps : une pression supplémentaire pour la femme enceinte

    Grossesse et regards sur le corps : une pression supplémentaire pour la femme enceinte

     

    Quelle femme enceinte n’a pas eu droit à des remarques sur son corps ? Des petits commentaires sur le physique souvent déplacés ou inappropriés parfois même violents. Céline Puill, sage-femme, appuie sur l’absurdité de cette liberté injustifiée que s’accorde la société à interférer dans la grossesse, événement pourtant particulièrement intime. « C’est vraiment quelque chose de marquant, d’un coup le corps de la femme enceinte appartient à tout le monde. Les gens se trouvent un droit à commenter, donner des conseils non souhaités, juger les choix ou encore toucher le ventre sans demander le consentement de la femme. Ce corps devient presque un bien commun dans l’espace public comme si les limites n’existaient plus. »

    Le corps de la femme enceinte, objet de projections et d’injonctions

    Diffusées sur les profils d’influenceuses ou dans les magazines, les images de corps de femmes enceintes n’échappent malheureusement pas aux diktats de la beauté. Une pression pour celles qui tentent de se projeter sereinement sans correspondre à ces injonctions.  « Vous avez déjà vu une pub à la télé où la femme enceinte a les chevilles enflées, des vergetures un peu partout et des plaques rouges sur le visage ? demande Pauline, qui a vécu deux grossesses. Eh non, elle a un ventre bien rond, une peau lisse et cette fameuse aura de grossesse qui fait briller ses cheveux tout en lui donnant le sourire. C’est sans doute vraiment le cas pour certaines, mais c’est presque irresponsable d’en faire une généralité car ça culpabilise beaucoup celles qui ne vivent pas du tout la grossesse de cette façon ! »

    Le poids du regard et des commentaires des autres

    Ventre trop gros par rapport au stade de la grossesse, baby bump pas assez rebondi, peau irritée ou encore cernes prononcées, autant de caractéristiques qui n’entrent pas dans les codes visuels attendus pour une grossesse épanouie et qui ajoute du mal-être aux femmes ayant déjà du mal à s’approprier ce nouveau corps. « Tout le monde, même les vendeuses en magasin, faisaient des remarques quand ils apprenaient que je n’étais qu’à 3 mois de grossesse avec mon ventre déjà bien rond, raconte Carole. Du coup je mentais, je disais que j’étais à un ou deux mois de plus pour éviter les remarques. »

    Solène de son côté, n’avait au contraire pas assez de ventre selon les personnes qui se sont permis des commentaires pendant sa grossesse. « Lorsqu’on a annoncé aux parents de mon conjoint que j’étais enceinte de 3 mois, ma belle-mère a tout de suite regardé mon ventre et dit “mais il est où le bébé ?”. J’ai préféré prendre ça à la rigolade au début, mais après plusieurs remarques concernant l’absence de “baby bump”, c’est devenu vraiment pesant, d’autant qu’elle n’était pas la seule à en faire. À un moment j’ai même commencé à m’inquiéter en me disant que mon bébé ne prenait peut-être pas assez de poids. »

    « Les changements corporels qui ont lieu pendant ces 9 mois sont tellement importants. Parfois Il faut du temps pour s’accorder avec son nouveau corps. »

    Céline Puill, sage-femme

    Une anxiété et une culpabilisation qui peuvent alors vraiment empiéter sur l’estime de soi et l’appropriation de son corps. « Malheureusement, beaucoup de gens ont du mal à sortir des diktats, ou ont des éléments de leur propre parcours à régler avec la maternité, explique Céline Puill. Ils et elles peuvent avoir des propos particulièrement violents pendant cette période de vulnérabilité surtout si ces personnes sont des proches des femmes enceintes. »

    Face aux commentaires répétitifs, Solène s’est sentie de plus en plus coupable. « Mon conjoint tentait de me rassurer et rembarrait aussi ceux qui se permettaient trop de remarques. C’est lorsque ma sage-femme m’a montré que tout allait bien et que c’était juste une question de morphologie me concernant, je me suis dit qu’il fallait vraiment pas que j’écoute les autres. »

    L’importance d’être bien entourée

    Selon Céline Puill, il est important que les personnes tierces se posent les bonnes questions avant de parler à une femme enceinte de sujet intime comme la grossesse, l’accouchement ou son futur enfant. « Il faut prendre conscience du poids que l’on fait porter à cette femme par d’éventuelles projections avant de dire « il faut faire ceci ou cela, car moi j’ai fais comme ça. », explique-t-elle. Ces projections sont tout aussi, voire encore plus, invasives que de toucher le ventre sans accord. » 

    Son conseil : se tourner vers une oreille bienveillante. « Il est possible d’imaginer une bulle de sécurité autour de soi et que les commentaires rebondissent dessus. Il peut être important de se rappeler que les personnes parlent avant tout d’elles-mêmes comme pour l’accouchement par exemple, développe-t-elle. Et si besoin, ne pas hésiter à en parler à ses proches, ou à des professionel.le.s (médecin, sage-femme, psychologue…) pour y voir plus clair. »

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    L’Essentiel de l’article

    • Chacune vit sa grossesse différemment et chaque corps se développe à sa façon
    • Enceinte, votre corps continue de vous appartenir, les commentaires des autres ne sont que des projections
    • Tournez-vous vers une personne bienveillante, professionnelle ou non, pour de l’écoute et du soutien
    • En tant que personne tierce, il est important de mesurer ses propos qui peuvent être violents pour la femme enceinte
  • “Je ne voulais pas d’enfant”

    “Je ne voulais pas d’enfant”

     

    Enceinte sans le vouloir : témoignage d’une aventure inattendue

    Fanny n’avait pas le désir d’enfant, elle aimait sa vie exactement telle qu’elle était et après 10 ans de relation avec son époux, son avis n’avait pas changé. La jeune femme pratiquait la contraception naturelle, à savoir qu’elle suivait son cycle d’ovulation pour éviter les rapports sexuels les jours dits “fertiles”. « Mais il y a une fois où j’ai dû me louper, parce que je suis tombée enceinte sans le savoir », se souvient-elle. C’est au bout de 3 mois de grossesse que Fanny apprend la nouvelle lors d’un rendez-vous de contrôle chez sa gynécologue. Prise entre sidération et déni, elle s’inquiète rapidement pour la suite. « Je me suis dit “est-ce que je vais vouloir de cet enfant quand il sera né ?” Je voulais garder ma vie de femme libre qui travaille, qui sort avec ses amis, seule en amoureuse avec son mari. Mon inquiétude c’était : “Est ce que je vais pouvoir être une vraie maman?”. »

    De son côté, son mari Simon rêvait d’une famille mais avait accepté le choix de son épouse. La nouvelle de la grossesse a été une très bonne surprise pour lui mais l’anxiété s’est elle aussi rapidement installée. « En voyant qu’elle ressentait toujours la même non-envie, je me suis dit que les choses allaient être très compliquées. On lit beaucoup de choses, et je me demandais “Est-ce que l’état psychologique de la mère influe sur l‘enfant ? ”, “Est-ce qu’il va y avoir un problème pour le bébé ?”. »

    À la naissance d’Alexandre, la situation s’est avérée mitigée. « C’est quand même le moment le plus fou de ma vie, cette petite personne qui devient vraie, se rappelle Fanny. Mais toutes les inquiétudes que j’avais pendant la grossesse ont ressurgies rapidement et il m’a fallu du temps pour m’adapter. Aujourd’hui, j’aime bien notre vie à 3, mais je m’arrêterais à un enfant. »

    Grossesse imprévue : comment faire face ?

    Comme Fanny, comment réagir lorsque l’on apprend une telle nouvelle, qu’on ne souhaite pas et face à laquelle le champ d’action est finalement limité ? Comment gérer la situation au sein du couple ? Éléments de réponse avec la psychologue Nathalie Parent.

    Heureuse nouvelle pour l’un, détresse pour l’autre, comment gérer ?

    Nathalie Parent : Il faut en parler en mettant de côté les jugements. Écouter l’autre, sans attaque et avec une ouverture d’esprit, en ayant en tête que l’autre ne contrôle pas son ressenti. Les pères se sentent souvent impuissants et cherchent une solution. On sous-estime le pouvoir de l’écoute mais cela soulage grandement.

    Se faire accompagner par un professionnel peut-il aider ?

    N. P. : Oui car la psychothérapie peut permettre d’y voir plus clair, de se questionner sur ses différentes émotions et pensées et de donner du sens à cet événement imprévu. Venir en couple peut d’ailleurs être une bonne idée pour que chacun puisse s’exprimer dans un lieu neutre sans crainte de heurter l’autre. Une fois l’enfant né, certains couples vont dire que c’est finalement ce qui leur est arrivé de mieux dans la vie. Et bien qu’on ne puisse pas en faire une généralité, il paraît constructif de garder en tête qu’un enfant peut être un “investissement” à long terme, qui rapporte à bien des niveaux.

    L’enfant à naître peut-il être impacté par l’état psychologique de la mère ?

    N. P. : Tout dépend de la suite des choses. Il n’y aura pas de conséquence tant que la mère ne reste pas coincée dans un sentiment de culpabilité par rapport à ses propres émotions passées et présentes. Si les parents acceptent la situation, voient le positif et gèrent les émotions négatives, et sont bienveillants envers leur enfant, tout se déroulera normalement, comme pour toute autre naissance.

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    L’Essentiel de l’article

    • Il est important de se défaire de tout sentiment de honte ou de culpabilité
    • La communication avec le partenaire est essentielle
    • Ne pas hésiter à se tourner vers un.e professionnel.le pour obtenir de l’écoute et de l’aide

    1 Ined 2014

  • Subir une fausse couche : une épreuve encore trop sous-estimée

    Subir une fausse couche : une épreuve encore trop sous-estimée

    Qu’est-ce qu’une fausse couche et à quoi est-elle due ?

    La fausse couche est une interruption spontanée de la grossesse. « Elle est majoritairement due à une ou des anomalies chromosomiques du fœtus qui ne permettent pas la vie, explique Céline Puill, sage-femme. La grossesse ne peut alors pas être menée à terme et s’arrête donc naturellement. Contrairement aux croyances populaires, elle n’est pas liée au stress ou au fait d‘avoir porté quelque chose de lourd. Dans des cas plus rares, elle peut être liée à une infection comme la grippe ou la listériose par exemple, à l’ingestion de toxiques à haute dose (drogues ou alcool), mais cela crée plus souvent des malformations et/ou des retards de croissance du fœtus . »

    La fausse couche, une épreuve à la fois banalisée et sous-estimée

    « Beaucoup de femmes savent qu’une fausse couche est possible, mais c’est une information qui reste très intellectuelle, sans que l’on imagine vraiment que ça peut arriver à soi, » rapporte Laure Chauvet, écoutante bénévole au sein de l’association Agapa, qui accompagne les personnes touchées par une grossesse qui n’a pas pu être menée à son terme.

    Et pourtant, la fausse couche touche environ 15 % des femmes de 25 ans et ce chiffre peut monter jusqu’à 50 % pour les femmes de 40 ans et plus1. Cette perte survient généralement dans les 14 premières semaines d’aménorrhée (dans les 3 premiers mois). 1 % des fausses couches ont lieu entre la 14e et la 22e semaine (plus de 4 mois de grossesse), elles sont dites “tardives”. Mais ces chiffres restent effectivement souvent abstraits jusqu’au jour où cela se produit, comme le confirme Élodie. « Je voulais rester prudente car on dit toujours que dans les 12 premières semaines, il peut se passer n’importe quoi. Mais c’est quand ça nous arrive qu’on prend la mesure de ce que ça veut dire, des conséquences. »

    C’est notamment parce que cette notion de délai de 3 mois est mise en avant à chaque fois que la situation s’en trouve minimisée. « Aujourd’hui, lorsqu’une femme subit une fausse couche, les médecins n’en cherchent pas la raison, explique Céline Puill, sage-femme. C’est à la troisième fausse couche que les examens commencent pour savoir s’il y a une cause médicale sous-jacente. Donc cette perte reste banalisée et la femme concernée se retrouve sans explication, sans réponse tout en s’entendant dire que “c’est normal, ça arrive”. » Et le fait qu’aucun arrêt maladie n’est spécifiquement prévu en cas de fausse couche « ne fait qu’accentuer la banalisation alors même que cette épreuve n’a rien de banal pour celles qui le vivent », relève l’écoutante bénévole Laure Chauvet.

    Sans oublier les remarques de l’entourage qui peuvent accentuer la douleur. « Les femmes que j’accompagne le disent toutes, c’est horrible de s’entendre dire par ses proches “Tu es jeune, tu en auras d’autres” ou “La nature est bien faite, ça aurait été un bébé malformé” ou encore “C’est arrivé très tôt, au moins tu n’as pas eu le temps de trop te projeter”, rapporte l’écoutante. Les gens ne pensent pas à mal en disant ça, mais ils ne se rendent pas compte des dégâts que ça provoque. »

    1 femme enceinte sur 4

    subit une fausse couche.

    Des impacts physiques et psychologiques importants

    « Entendre le médecin dire “Le cœur s’est arrêté de battre”, alors qu’on avait entendu le cœur battre la fois précédente, c’est très fort comme phrase, » rapporte Élodie. D’ailleurs, rien que le terme “fausse” couche est à interroger. Il peut sembler inadapté pour Céline Puill. « C’est une grossesse qui a existé, même si elle n’est plus ou qu’elle s’est arrêtée plus tôt que prévu, c’est normal d’être triste si c’est cela qui est ressenti, d’être atteinte. Peut-être les termes de “grossesse arrêtée” ou “grossesse interrompue” sont plus pertinents par rapport à ce qui s’est passé. » Une notion très importante pour Anna, qui a perdu son bébé à 7 semaines d’aménorrhée. « Fausse voudrait dire que ça n’a pas eu lieu, que c’est fake. Non, c’est une perte bien réelle. »

    Et lorsque cela se produit à un stade plus avancé de la grossesse, où le corps a commencé à changer, où les futurs parents ont commencé à se projeter, le terme fausse est d’autant plus inapproprié. Surtout lorsqu’arrive le moment de la perte physique du bébé. Une étape qui se fait soit naturellement, généralement lorsque cela survient en tout début de grossesse, le fœtus est alors expulsé spontanément par l’utérus avec notamment des douleurs de contractions, soit par intervention médicale (médicaments ou aspiration par exemple).

    « Dans ce second cas, la femme peut se retrouver dans une salle d’attente entourée de femmes enceintes pour qui tout va bien, c’est très compliqué à vivre, rapporte la sage-femme. Et à l’hôpital, par manque de temps et de moyens, c’est souvent assez expéditif, donc d’autant plus difficile à vivre. »

    Une souffrance qu’a malheureusement connue Élodie. « À 10 semaines de grossesse, en observant que le cœur s’était arrêté de battre, le médecin nous dit qu’il faut enlever le fœtus au plus vite. Pas le temps de digérer l’information que dès le lendemain je me retrouve nue, les jambes écartées, pour qu’on m’insère quelque chose pour retirer mon bébé. C’est violent à vivre, dans sa nudité, sa pudeur et son humanité. Et ça les gens ne s’en rendent pas compte. »

    Pourquoi la fausse couche reste-elle tabou ?

    « À l’école les enfants apprennent ce qu’est la reproduction et le cycle de développement d’un bébé, rapporte Laure Chauvet, mais pas que celui-ci peut s’interrompre brutalement et naturellement. » Et le manque d’éducation continue à l’âge adulte, souvent par peur du sujet. « De façon générale, on ne parle pas de la mort, c’est un sujet tabou, continue l’écoutante bénévole. Et la médecine a fait tellement de progrès qu’on tend à oublier que la mort infantile, c’est encore possible au 21ème siècle. »

    Une réalité observée également par Céline Puill, sage-femme. « Les gens sont généralement mal à l’aise quand il faut aborder des sujets aussi intimes et souvent, c’est en annonçant leur fausse couche à leurs proches que les femmes apprennent que plein d’autres femmes dans leur famille, proche ou éloignée, ont aussi vécu ça. »

    Il y a également une différence de prise de conscience entre hommes et femmes sur ce sujet. « C’est plus par l’expérience des autres qu’ils s’en rendent compte, lorsqu’ils côtoient des personnes qui ont traversé cette épreuve, par exemple un ami dont la partenaire a subi une fausse couche », note Laure Chauvet. « Les hommes ne vivent pas cette épreuve dans leur corps, donc ils n’arrivent pas à se représenter ce que cela implique, et cela peut causer de gros décalages dans le vécu de cette perte, ce qui n’empêche évidemment pas certains d’être terrassés », appuie Céline Puill. Elle met aussi en lumière des représentations sociales tenaces qui continuent de rendre le sujet de la fausse couche tabou : « Encore en 2021, réussir socialement pour une femme passe par le fait d’avoir des enfants. Et cette pression sociale renvoie une image d’échec à celles qui ont subi une fausse couche, car elles n’ont pas réussi à remplir ce rôle de procréation qui leur est attribuée. » Une pression supplémentaire qui poussent de nombreuses femmes à garder sous silence leur fausse couche, en particulier lorsqu’elles n’ont pas encore communiqué sur leur grossesse autour d’elle.

     » La médecine a fait tellement de progrès qu’on tend à oublier que la mort infantile, c’est encore possible au 21ème siècle. « 

    Laure Chauvet, écoutant bénévole auprès de femmes dont la grossesse n’est pas arrivée à terme

    Comment surmonter une fausse couche ?

    Un mot d’ordre : l’accompagnement. « La priorité, c’est de pouvoir en parler pour pas que la douleur reste bloquée et que le traumatisme s’il y a s’aggrave, explique Céline Puill. Que ce soit à sa sage-femme, son ou sa partenaire, un proche, un groupe de parole, c’est important de pas tout garder pour soi. Et il ne faut pas hésiter à consulter un psychologue si on en ressent le besoin. Pourquoi pas en couple d’ailleurs, pour ouvrir le dialogue. Les hommes aussi peuvent être anéantis par la fausse couche de leur partenaire et c’est important pour eux de pouvoir en parler. »

    Laure Chauvet, qui soutient bénévolement depuis plus de 10 ans des femmes ayant subi une interruption de grossesse, appuie sur ce besoin d’accompagnement. « De nombreuses femmes souffrent car elles se sont projetées dès le début de grossesse. C’était un enfant en devenir, qu’elle s’imaginait déjà grandir, raconte-elle. Mais cette souffrance n’est pas toujours entendue par l’entourage, et dans ce cas, il vaut souvent mieux se tourner vers des tierces personnes, comme des associations, ou des professionnels de la santé mentale. »

    Une prise en charge qui se révèle particulièrement importante pour retrouver l’estime de soi, cesser de se sentir coupable, faire le deuil et recommencer à se projeter.

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    L’Essentiel de l’article

    • Une fausse couche est majoritairement liée à une ou des anomalies chromosomiques du fœtus
    • Le tabou de la fausse couche accentue le sentiment de culpabilisation
    • Il est important de parler de son vécu pour surmonter cette épreuve
    • N’hésitez pas à vous tourner vers une sage-femme ou un.e psychologue

    1 Ameli.fr

  • Vivre une grossesse en solo

    Vivre une grossesse en solo

     

    « Vivre la grossesse en solo, c’est vraiment particulier parce que ça ne correspond pas du tout à l’image que l’on se fait de la femme enceinte, raconte Cécilia. Depuis petite, on imagine que le jour où on aura un enfant, ce sera avec la personne qu’on aime mais la vie ne se déroule pas toujours comme on nous a dit qu’elle se passerait. »

    Grossesse en solo : mélange compliqué entre solitude et liberté

    Séparée du père de son enfant depuis l’annonce de la grossesse, Cécilia a vécu une aventure en dents de scie. « Évidemment, subir la rupture était très douloureux, mais c’est rapidement passé au second plan par rapport à ce qui m’attendait en étant enceinte seule. Les priorités ont été redistribuées et les plans changés. Je devais d’abord veiller sur ma santé et celle du bébé, et me projeter dans la suite, je devais par exemple réfléchir à la personne à qui je demanderai d’être présente avec moi pour l’accouchement. La solitude pouvait être pesante, surtout dans les moments de stress, mais parfois aussi, ne devoir rendre de compte à personne avait du bon. Je pouvais faire des choix, comme celui du prénom, que je n’avais pas à justifier. »

    Des sentiments mitigés qu’a aussi ressenti Margot. « Ce qui manque vraiment, c’est le partage. Quand on le sent bouger pour la première fois par exemple, on a envie de le dire, de le partager, et là j’ai pu ressentir de la solitude. Après, j’ai aussi essayé de tirer le positif. Par exemple, on peut se laisser aller, on a pas d’efforts à faire pour l’autre et ça, ça peut faire du bien.»

    Femmes enceintes seules, plus vulnérables que les autres ?

    Céline Puill, sage-femme, a pu constater que certaines femmes enceintes seules pouvaient voir leurs anxiétés exacerbées par rapport à celles en couple. « La grossesse est parsemée de craintes, plus ou moins lourdes, que toutes les femmes peuvent ressentir mais chez les futures mères seules ça peut prendre d’autres proportions. Il faut gérer seule le stress face aux inquiétudes médicales, aux démarches administratives, à l’organisation du quotidien, aux impératifs financiers. »

    Dans ces situations, le fait que la grossesse en solo ait été choisie ou subie peut avoir son importance. « Lorsque ces femmes ont fait le choix d’être enceinte seule, elles sont souvent très informées, elles ont prévenu leur entourage et ont construit en amont, dans la mesure du possible, un cercle de personnes de confiance et de soutien, explique Céline Puill. Lorsque la situation est subie, après une séparation par exemple, c’est beaucoup plus compliqué parce qu’il faut gérer en plus l’état émotionnel et le fait de ne pas être préparée à tout gérer seule. Cela peut être un facteur supplémentaire de vulnérabilité. »

    Où trouver du soutien ?

    PMI (Centre de protection maternelle et infantile), sage-femmes, aides à domicile, associations… Autant d’interlocuteurs vers lesquels peuvent se tourner les futures mères célibataires pour trouver de l’aide et du soutien tout au long de la grossesse.

    Futures mères solos, l’importance de l’accompagnement

    Être bien entourée devient encore plus essentiel lors d’une grossesse en solo. « On dit qu’il vaut mieux être seule que mal accompagnée, et ça c’est sûr, un mauvais partenaire peut empirer les choses, analyse Céline Puill. Mais c’est super important d’être entourée quand on est enceinte seule. Un entourage présent – familial, amical ou autre – permet de construire des repères, de faire face aux inquiétudes, de récupérer des informations. L’entourage est fondamental pour obtenir une aide concrète. Plus la femme a des ressources à disposition, mieux se passera cette grossesse en solo. »

    Pour la sage-femme, il est important de garder en tête que grossesse en solo ne rime pas nécessairement avec galère permanente. « Même s’il y a des problématiques non négligeables, le lien avec le bébé peut être aussi une ressource comme pour toutes les grossesses. C’est une période avec des ambivalences et des surprises. Sentir la vie en soi peut en être une belle voire même une particulièrement enrichissante. »

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    L’Essentiel de l’article

    • Être bien entourée par ses proches est la clé lors d’une grossesse sans partenaire
    • Différents interlocuteurs sont à votre disposition pour vous aider
    • Grossesse en solo ne rime pas forcément avec galère

    * Insee 2020

  • Ne pas aimer être enceinte : lever le tabou pour mieux accompagner

    Ne pas aimer être enceinte : lever le tabou pour mieux accompagner

     

    Même lorsqu’elle ne rencontre pas de problèmes particuliers de santé, une femme enceinte ne vit pas nécessairement sa grossesse sur un petit nuage. Les impacts physiques et psychologiques de ce grand chamboulement peuvent devenir une vraie épreuve. « La société renvoie qu’il faut être épanouie pendant la grossesse et aussi après une fois l’enfant né, explique Claudine Schalck, sage-femme et psychologue. Pourtant, il y a tellement à gérer, physiquement et mentalement. On a le droit de ne pas aimer être enceinte, autant qu’on a le droit d’aimer être enceinte. »

    Être enceinte : un bouleversement physique et mentale difficile à gérer

    Ce corps qui change, parfois brutalement et drastiquement, et qu’on ne peut pas vraiment contrôler, peut devenir une source de mal-être. « Je détestais mon nouveau corps dans lequel je ne me reconnaissais pas et dans lequel je me sentais étrangère, explique Louane. Je ne voulais pas qu’on me regarde, qu’on me touche, même mon époux. Je n’arrivais pas à accepter non plus le fait d’être tout le temps fatiguée et que cela m’empêche de travailler ou de vivre ma vie comme à mon habitude. » Une expérience qui résonne particulièrement chez Carole, qui a elle aussi vécu ce chamboulement physique comme une réelle contrainte. « Je me suis rendue compte que je n’étais plus maître de mon corps et que par exemple si à un moment d’urgence j’avais besoin de m’enfuir en courant, j’en serais tout bonnement incapable ».

    Céline Puill, sage-femme, constate ces pensées chez de nombreuses futures mères qu’elle suit. « Je connais très peu de femmes qui ne se sont pas plaintes à un moment d’un désagrément physique. Alors oui il y en a qui vivent tout ça très bien et adorent leur grossesse, mais pour d’autres, c’est insupportable d’avoir son corps investi par un autre être, c’est perçu presque comme une effraction. On entend alors cette notion d’intrus ou même d’alien. Cela ne veut pas dire qu’elle n’aime pas leur bébé, mais il faut comprendre que porter un corps tiers dans son propre corps, ce n’est pas négligeable comme situation. »

    En plus de ces changements physiques, les femmes enceintes font face à des états psychologiques parfois difficiles à vivre. « Je ne contrôlais pas mes émotions. Je disais à mon mari que potentiellement j’allais me mettre à pleurer d’un moment à l’autre sans savoir pourquoi », se souvient Carole. Même discours chez Louane. « Je me réveillais, j’étais plutôt de bonne humeur, et une demie-heure plus tard, plus rien n’allait car je me retrouvais de nouveau confrontée à tous ces sentiments qui m’envahissaient sans que je puisse y faire quelque chose. Mon mari ne savait pas comment m’aider et pour être franche, dans ces moments-là, je préférais même qu’il n’essaie pas d’intervenir. »

    Faire face aux jugements des autres

    Le problème, c’est qu’oser dire « Je n’aime pas être enceinte », c’est prendre le risque de subir l’incompréhension, le jugement et parfois même les reproches des autres. « Il y a ce côté, tu l’as bien voulu ce bébé non ? Donc maintenant que t’es enceinte, de quoi tu te plains ? » raconte Louane.

    La jeune femme est tombée enceinte le jour où elle a fait retirer son stérilet. Une fécondation expresse qui ne lui a pas laissé le temps de s’habituer à l’idée même de porter un bébé. « Je pensais que comme pour les femmes autour de moi, ça prendrait au moins quelques mois et que ça me laisserait le temps de me projeter, d’être impatiente. Et je ne pouvais évidemment pas me plaindre que ça arrive aussi vite alors que d’autres femmes attendent si longtemps pour cette chance. Du coup, on n’en parle pas, on fait semblant d’être heureuse et ça ne fait qu’empirer la situation. »

    Mais pourquoi la société a-t-elle encore du mal à concevoir qu’une femme puisse ne pas aimer être enceinte ? « Le souci, c’est qu’aujourd’hui, la maternité est encore socialement perçue comme un aboutissement pour les femmes, explique Céline Puill, sage-femme. C’est notamment pour cela qu’il y a beaucoup de préjugés sur celles ne souhaitant pas devenir mère. Mais surtout, les présupposés veulent que la grossesse soit un moment de grand épanouissement. Donc dire que l’on aime pas être enceinte, c’est comme remettre en question ces normes sociales entre féminité et maternité, et ça fait peur. »

    La nécessité d’être bien accompagnée

    Lorsqu’elle fait face à ce cas de figure, Céline s’attelle à faire en sorte que la femme enceinte accepte ses propres sentiments. « C’est important que ces femmes comprennent qu’elles ne sont pas seules à vivre ça, qu’elles ont le droit de ressentir ces émotions et qu’elles doivent se défaire du jugement des autres pour avancer le plus sereinement possible. Ce n’est déjà pas facile d’être enceinte, inutile de porter en plus ce fardeau. »

    Si un professionnel omme la sage-femme ou un psychologue peut aider, les partenaires et l’entourage ont eux aussi un rôle important à jouer. « Pour en parler, il faut que le climat soit sécurisant, insiste Celine Puill. Il est nécessaire que le conjoint ou la conjointe soit accueillant-e, même sans forcément comprendre ce qui se passe. Si la femme enceinte voit que son ou sa partenaire est à l’écoute, a envie d’être présent.e pour elle et cherche à la rassurer, elle sera beaucoup plus à même de s’exprimer librement. »

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    L’Essentiel de l’article

    • Vos sentiments sont légitimes, même si vous avez l’impression qu’ils sont hors des codes
    • N’hésitez pas à en parler autour de vous et/ou à consulter un.e psychologue
    • Votre sage-femme peut être une interlocutrice privilégiée dans cette situation
  • La dépression prénatale, une réalité encore trop méconnue

    La dépression prénatale, une réalité encore trop méconnue

     

    « Comme pour la dépression clinique, on estime à peu près à 10% la proportion de femmes enceintes qui subissent une dépression prénatale, indique Claudine Schalck. Mais c’est très compliqué d’avoir des chiffres précis et fiables parce que le diagnostic est difficile avec des symptômes souvent masqués, et même si le sujet vient à être plus connu, repérer les femmes concernées restera difficile. » Effectivement, en fonction des études, ces chiffres peuvent varier entre 5 à 17%. Preuve qu’il reste une importante marge de travail pour comprendre et identifier cette problématique.

    Quels sont les symptômes d’une dépression prénatale ?

    Claudine Schalck : Ils se rapprochent de ceux d’une dépression “classique”, à savoir des idées négatives tout le temps, l’incapacité à mobiliser d’autres formes de pensées, la tristesse permanente, le manque d’appétit, la difficulté d’attention, la perte de libido… Une femme enceinte en dépression prénatale se sent tout le temps au fond du trou sans qu’elle n’arrive jamais à remonter la pente, elle ne trouve plus de plaisir à rien. Elle perd confiance en elle et peut aussi se sentir impuissante, coupable, voire honteuse. La personne reste généralement figée dans cet état, mais on peut aussi constater une hyperactivité mise au premier plan, c’est une défense psychique pour résister instinctivement au poids des émotions négatives. Ça peut se voir par exemple chez quelqu’un qui va se noyer dans son travail pour ne penser à rien d’autre, garder le contrôle sur une partie de son quotidien et ne pas s’attarder sur le mal-être qui l’anime.

    En quoi se différencie-t-elle d’un simple coup de blues

    C. S. : Un coup de blues, c’est éphémère et fluctuant. On a une humeur stable la plupart du temps et d’un coup on se sent triste, fatigué, perdu ou en colère sans forcément comprendre pourquoi. Mais ça finit par passer, on arrive à retrouver le moral. Une dépression ne s’évapore pas seule et si elle n’est pas prise en charge, il y a un risque plus important de dépression post-partum.

    À quoi peut être due une dépression prénatale ?

    C. S. : Il y a bien sûr les inquiétudes liées à sa propre santé et à celle du bébé, l’anxiété due à l’accouchement, les changements corporels qui peuvent être très particulièrement impressionnants, l’hypersensibilité et les mouvements émotionnels liés au climat hormonal… Tout cela provoque un chamboulement immense qui peut mener à des épisodes de “déprime”. Mais lors de la grossesse, une femme est aussi prise dans des ambivalences permanentes. Elle est en perte de repères par rapport à la nouvelle place qu’elle doit se créer par rapport à ses proches et dans la société. Elle n’est plus seulement l’enfant de ses parents, elle devient elle-même parent. Elle n’est plus seulement une partenaire, le couple devient parents. Il faut s’accorder avec son nouveau corps qui n’est pas celui auquel on a été habitué jusqu’ici. Sans oublier évidemment la sensibilité émotionnelle et l’histoire personnelle de chacune. Pendant la grossesse, les enjeux de représentation de soi-même sont donc nombreux et parfois alourdis par des pressions extérieures. Une fois qu’on est dans la position de devenir mère, il y a comme un deuil à faire de la personne que l’on était avant. Tout est à reconfigurer dans son identité et c’est une étape qui peut être très lourde et peut paraître quasi insurmontable pour certaines.

    Pendant la grossesse, les enjeux de représentation de soi-même sont donc nombreux et parfois alourdis par des pressions extérieures.

    Claudine Schalck, sage-femme et psychologue clinicienne

    Pourquoi est-ce si difficile à diagnostiquer ?

    C. S. : Parler de détection, de repérage, de diagnostic, c’est envisager la grossesse comme une pathologie, alors que c’est un processus tellement plus large. Il est important pour une femme enceinte d’être entourée, aussi par des professionnels qui sont à l’écoute et pas seulement qui prennent sa tension ou surveille sa courbe de poids. Malheureusement aujourd’hui ce n’est pas automatique puisque la grossesse est davantage vue comme une problématique de santé physique et non globale, physique et mentale. De plus, la société renvoie qu’il faut être épanouie lorsque l’on attend un enfant. Donc les femmes concernées minimisent souvent ce qu’elles ressentent car ça ne rentre pas dans les codes, elles se disent que c’est les hormones et que ça passera tout seul. Et elles n’en parlent pas. Et si les professionnels qu’elles consultent ne vont pas plus loin pour connaître la réalité de leur état mental, alors rien ne bouge et ces femmes restent dans leur état de dépression.

    Comment prévenir et/ ou surmonter une dépression prénatale ?

    C. S. : C’est important dans ce parcours de grossesse d’avoir une personne référente avec laquelle on se sent à l’aise dès le début au cas où on aurait envie à un moment de parler ouvertement. Une femme enceinte qui se sent déprimée et qui voit qu’elle ne s’en sort pas seule peut se tourner vers sa sage-femme, un psychologue, pourquoi pas un groupe de parole. L’idée est de pouvoir se confier, faire le tri dans ses idées et ses émotions, ne pas se laisser emporter par ce qu’on vit sinon il y a un vrai risque d’isolement et d’aggravation de sa situation.

    Que faire en tant que partenaire ?

    C. S. : Il faut se dire que les moments de passage à vide c’est normal et il ne faut pas la laisser seule dans ces instants. Il ne faut pas non plus tout pathologiser mais veiller à rester attentif et montrer que l’on est ouvert au dialogue. Il s’agit aussi de respecter la femme enceinte dans son envie ou non de parler de ses sentiments, accepter de ne pas toujours être en phase avec ce qu’elle peut ressentir et s’atteler à ne pas être dans le jugement même si on ne comprend pas ce qui se passe. C’est important de garder en tête que même lorsque la grossesse est voulue et qu’en plus elle se passe bien “physiquement”, la dépression peut survenir pour toutes les raisons mentionnées précédemment. Par ailleurs, si on sait que les partenaires peuvent être directement touché.e.s par la dépression post-partum, il semble intéressant de dire qu’ils peuvent eux et elles aussi vivre une dépression prénatale. C’est encore moins évident à repérer, mais finalement, le co-parent est renvoyé au même questionnements fondamentaux de place, d’identité et de responsabilité.

    Dépression prénatale : le témoignage de Marie

    « J’ai l’impression qu’une femme enceinte déprimée c’est bizarre pour les gens. Je me sentais un peu coupable parce que je me demandais si je le voulais vraiment vu que je me sentais comme ça. Personne ne m’a expliqué que je pouvais ressentir ça, je ne comprenais pas pourquoi j’étais dans cet état-là alors que cette grossesse était voulue. J’aurais aimé en savoir plus sur la dépression prénatale, au moins savoir que ça existait. Que ce soit présent dans la littérature, j’aurais bien aimé que le corps médical nous en parle. J’aimerais que les choses bougent et qu’on soit au courant. »

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    L’Essentiel de l’article

    • La dépression prénatale est surmontable si vous êtes bien accompagnée
    • Parlez-en autour de vous, vous n’êtes pas la seule concernée
    • N’hésitez pas à consulter, même avec votre partenaire, pour vous libérer de ce poids

     

  • Hyper-connexion : le cerveau des ados en danger ?

    Hyper-connexion : le cerveau des ados en danger ?

    Un chiffre inquiétant ressort d’une récente étude : 61% des 16-30 ans affirment avoir connu au moins une « perte de contrôle » suite à une exposition aux écrans lors des 12 derniers mois1. Jusqu’à quel point la santé mentale des jeunes peut-elle être impactés ? Quelles formes peuvent prendre ces pertes de contrôle ? Quelles en sont leurs origines ? Eléments d’explications avec Thibaud Dumas, docteur en neurosciences cognitives et président de l’association « Attention Hyper-connexion ».

    Des pathologies difficiles à cerner

    Hyper-connexion, addiction aux écrans, dépendance aux réseaux sociaux, « nomophobie »2 (peur du téléphone inutilisable ou perdu)… le côté obscur de la révolution numérique est une réalité qui porte bien des noms et présente bien des aspects. C’est d’ailleurs son côté protéiforme qui rend ce fléau si difficile à cerner et à étudier. Car employer le mot « écrans » de manière générique n’a que très peu de valeur scientifique. De la même façon que se baser simplement sur le nombre d’heures qu’on y consacre quotidiennement ne suffit pas à détecter ou non une utilisation à risque. Néanmoins, l’impact « physique » des interfaces numériques sur la santé est aujourd’hui quantifiable : troubles du sommeil, prise de poids, problèmes oculaires, entre autres. L’inconnu concerne davantage les possibles séquelles psychologiques, notamment chez les jeunes…

    Les jeunes sous-estiment les risques liés à la surexposition aux écrans

    Sur un panel de 3500 jeunes interrogés3, seulement la moitié d’entre eux estiment que passer du temps devant des écrans interactifs peut avoir une répercussion sur leur santé.

    « Plus de batterie ? C’est la crise d’angoisse, direct ! »

    En 2021, l’addiction aux écrans n’est toujours pas considérée comme une maladie par l’Organisation Mondiale de la Santé, qui reconnaît seulement, depuis 2018, l’existence d’un « trouble du jeu-vidéo »4. Mais un rapide sondage auprès de n’importe quel adolescent suffit pour comprendre la place qu’ont pris les écrans – et plus particulièrement le smartphone – dans leur vie. « Une journée sans mon portable ? Déjà une heure, je suis au fond du trou ! » rigole Aïssa, 16 ans, lycéenne dans le Val-de-Marne. A côté d’elle, sa copine, Manon, ne sort jamais de chez elle sans un chargeur de secours dans son sac. « Plus de batterie, c’est la crise d’angoisse, direct ! Quand ton téléphone est éteint, c’est fini, t’es seule au monde ! ». De là à « perdre le contrôle » face à une batterie dans le rouge ? « Carrément », répond Manon du tac au tac. « Tu penses plus qu’à ça, ça devient l’obsession… Moi franchement, ça me fait péter un câble. C’est pour ça que j’ai toujours un chargeur… ».

    Thibaud Dumas, docteur en neurosciences cognitives, n’est pas étonné par les propos de ces jeunes filles : « La peur de rater une info, d’être injoignable, coupé des autres, tout cela peut générer de l’angoisse et du stress… et pas seulement chez les ados ! Je conseille à chacun de faire l’expérience : laissez votre portable à la maison et sortez-vous balader. C’est une excellente manière de mesurer son niveau de « dépendance » ».

    Perdre le contrôle pour se déconnecter du réel ?

    Plus loin, quatre garçons de 17 et 18 ans sont assis à la terrasse d’un fast-food : tous ont les yeux rivés sur leur portable. Pour eux, la notion de « perte de contrôle » n’est pas forcément négative. « Parfois, quand tu joues à un jeu ou que tu regardes un truc, t’oublies tout, tu te déconnectes de la réalité et ça fait du bien » explique Saïd, approuvé d’un hochement de tête par ses amis. Un avis que partagent également 12% des jeunes interrogés5, pour qui se connecter à une interface numérique signifie avant tout… « se déconnecter du reste ».

    « Sollicité comme il l’est tout au long de la journée, notre cerveau a bien besoin de moments de « déconnection », c’est normal », abonde Thibaud Dumas. « Mais est-ce que pour ces moments de détente, les écrans sont les plus efficaces ? Je ne suis pas sûr que « binge-watcher » des séries sur une plateforme de streaming ou passer des heures à faire défiler des photos sur Instagram soit la meilleure manière de s’aérer la tête. Ça ne vaudra jamais mieux qu’une séance de sport ou une balade en forêt ».

    « Notre cerveau est de moins en moins habitué à gérer la frustration. »

    Thibaud Dumas, neuroscientifique

    Ecrans : le danger de la « satisfaction instantanée »

    Perdre le contrôle, cela signifie aussi parfois perdre son calme. On ne compte plus ceux – jeunes et moins jeunes – qui ont déjà cassé leur smartphone dans un accès de colère… Interrogés sur le sujet, nos quatre ados échangent des sourires entendus. « Quand tu t’embrouilles sur les réseaux ou autre, parfois c’est la machine qui prend ! » s’esclaffe Luca en montrant l’écran fissuré de son smartphone. « C’est comme un joueur de tennis qui casse sa raquette ! » surenchérit Anouar, déclenchant les rires de ses copains.

    Sur ce sujet-là, Thibaud Dumas apporte son expertise de neuroscientifique : « Le but des réseaux sociaux et de certaines applications, c’est apporter à l’usager de la satisfaction instantanée. Un clic, un like, un « match »… tout va très vite dans le monde du numérique. Ce qui fait que notre cerveau est de moins en moins habitué à gérer la frustration… Et cela, ce n’est pas inné, cela s’apprend. Déjà, à la base, quand on est jeune, c’est parfois compliqué de réfréner ses émotions. Mais avec l’essor de ces pratiques, je crains que ça ne fasse qu’empirer… »

    La perte de contrôle : l’un des objectifs recherchés par les concepteurs

    On le sait, les géants du web ne sont pas simplement des concepteurs de machines high-tech ou d’interfaces « communautaires ». Chez Google ou Facebook, on étudie également avec attention les comportements humains et surtout, leurs failles. Thibaud Dumas livre une analyse aussi éclairée qu’inquiétante sur les stratagèmes employés par les géants de la Silicon Valley pour séduire leurs utilisateurs.

    « Avec les addictions aux réseaux sociaux, on note les mêmes symptômes que dans d’autres addictions comportementales et cela ne doit rien au hasard. En fait, les techniques employées par les géants du web sont les mêmes que celles des casinos : il faut capter l’attention de l’utilisateur avec un maximum d’efficacité et surtout, ne pas la relâcher. Plus il perd le contrôle, plus ses gestes deviennent automatisés, plus il va consommer. C’est un système très perfectionné qui a clairement pour but d’encourager les comportements addictifs. »

    4h30

    C’est le temps moyen consacré par les Français aux écrans chaque jour, soit 8 minutes de plus qu’en 2018.

    Addiction aux écrans : les ados en première ligne

    En sa qualité de président de l’association « Attention Hyper-connexion », Thibaud Dumas est bien placé pour savoir que les adolescents sont les premières victimes de ces techniques de séduction plus que pernicieuses. Et d’après lui, le problème est encore trop minimisé par les pouvoirs publics. « Les ados sont livrés à eux-mêmes avec leur smartphone, leurs réseaux, leurs tablettes… Contrairement au tabac ou à l’alcool, il n’y a quasiment pas de prévention, pas de message, alors que les conséquences néfastes liées à l’utilisation des écrans chez les jeunes ne manquent pas : cyberharcèlement, dépressions, comportements addictifs… », explique-t-il.

    Son conseil aux parents qui sentiraient leur ado glisser sur la mauvaise pente : « C’est le même principe qu’avec d’autres addictions, il faut avoir une conversation avec lui. Il faut lui poser des questions, demander, par exemple : « Qu’est-ce que tu vas ressentir, si tu passes une journée sans portable ? » Il faut encourager la conversation. C’est la clé pour guérir toutes les addictions, quelle qu’elle soit ».

    Mais pour pouvoir en parler sereinement avec leurs enfants, encore faudrait-il que les parents ne soient pas eux-mêmes concernés par le problème. Car si les jeunes sont les premiers touchés par l’hyper-connexion, les adultes ne sont pas en reste. La « consommation » d’activités numériques connait une véritable explosion depuis la crise du Covid et l’essor du télétravail. Vigilance, donc. Et pourquoi pas même, abstinence ?

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    L’Essentiel de l’article

    Les jeunes n’ont pas conscience des risques d’une addiction aux écrans

    La perte de contrôle face à l’hyperconnexion est minimisée

    Le dialogue est nécessaire pour comprendre les usages de son ados

    1 – 3 – 5 Baromètre des addictons Macif 2021.

    Contraction de « No Mobile Phone Phobie », expression employée aux Etats-Unis pour décrire la peur du téléphone inutilisable ou perdu

    4 drogues.gouv

  • Activités extra-scolaires : quelles aides disponibles pour alléger votre budget ?

    Activités extra-scolaires : quelles aides disponibles pour alléger votre budget ?

    1 Droit au but avec votre entreprise !

    Votre enfant arrive la bouche en cœur : « s’il te plaît, inscris-moi au judo, cette année ! ». Pour lui faire plaisir sans que votre portefeuille ne fasse grise mine, pensez aux coupons sport de l’Agence nationale pour les chèques vacances (ANCV). Ces coupures nominatives de 10 à 20 € aident à financer les adhésions, licences, stages sportifs… Leurs conditions d’attribution sont propres à chaque entreprise et parfois, une participation financière peut vous être demandée. Pour savoir si vous êtes éligible au coupon sport, renseignez-vous directement auprès du Comité social et économique (CSE) de votre entreprise ou l’amicale du personnel. Un bon plan pour optimiser votre budget familial !

    À savoir

    Désormais, inutile de fournir un certificat médical pour inscrire votre enfant à un club de sport, il suffit de remplir un simple questionnaire de santé (1).

    Le saviez-vous ?

    La Fondation d’entreprise du Groupe Macif soutient de nombreuses initiatives solidaires favorisant la pratique sportive comme les associations Mobil’Sport et la Recyclerie Sportive.

    2 Les collectivités locales, un soutien pour les familles modestes

    Votre enfant vous a parlé d’un atelier cirque organisé par le Centre socioculturel (CSC) de votre commune ? Sachez que ces centres proposent des activités à des prix intéressants et adaptés à votre quotient familial. Pour garder votre famille en forme et l’aider à se cultiver, vous pouvez aussi profiter de réductions et de coupons sport et culture distribués par votre collectivité locale. Certaines associations sportives et culturelles locales prennent également en charge les frais d’inscription et les coûts de matériel pour votre enfant.

    3 Soulager le budget des familles grâce aux aides de la CAF

    Vos revenus sont trop modestes pour inscrire votre enfant à ce cours d’art plastique ? La CAF propose des tickets loisirs jeunes et des Pass’ Loisirs. Des aides financières (attribuées sous conditions et variables selon les départements) pour chacun de vos enfants pour payer une activité extra-scolaire. Si vous pouvez y prétendre, vous recevrez automatiquement une notification de droits. Ouvrez l’œil pour gagner quelques précieux euros !

     

    Activités extra-scolaires : quelles aides disponibles pour alléger votre budget ?

     

    Vous êtes sociétaire Macif ?

    Bénéficiez de réductions sur de nombreuses activités à faire en famille grâce à Macif Avantages !

    L’Essentiel de l’article

    • La CAF, l’ANCV et certains CSE proposent des aides pour les activités extra-scolaires.
    • Votre collectivité locale et certaines associations peuvent vous proposer des activités à des prix intéressants.

    (1) Légifrance.gouv, Décret n°2021-564 du 7 mai 2021

  • Prendre conscience des impacts de la drogue avec Ludovik

    Comme 10% des 16-30 ans1, Sophie-Pénélope consomme régulièrement – au moins une fois par mois – du cannabis, au grand dam de sa sœur aînée. Dans une vidéo interactive, le youtubeur Ludovik se voit confier la mission de trouver les responsables du trafic de drogue qui permet à la jeune fille de se procurer du “kanateushi”. Sauriez-vous faire les bons choix pour réussir le défi à ses côtés ?

    Votre mission est d’autant plus importante que Sophie-Pénélope fait partie des 53 % des fumeurs réguliers de cannabis qui estiment que leur consommation n’a aucun impact sur leur santé1. Pas question en revanche de lui faire la morale, mais plutôt de la pédagogie bienveillante. Sinon elle risque, comme 64 % des consommateurs1, de ne pas se sentir concernée par les messages de prévention que vous lui soumettrez !

    Que dit la loi ?

    Le cannabis est illégal en France, fumer un joint c’est donc se mettre hors la loi. Depuis 2020, l’usage des stupéfiants est sanctionné par une amende forfaitaire de 200 euros2.

    1 Baromètre des Addictions Macif 2021
    2 Service Public 2020
  • Des conseils pour aider votre enfant à s’endormir

    Des conseils pour aider votre enfant à s’endormir

    1 Privilégiez une atmosphère calme

    Les petits, comme les grands, ont besoin de calme pour dormir. Avant de coucher votre enfant, réduisez les bruits dans la maison, évitez l’agitation et les tensions. Il est nécessaire de limiter le temps passé devant les écrans (tablette, télévision, ordinateur, smartphone, jeux vidéo…) pour le calmer et d’éteindre tout appareil électronique au moins une heure avant le coucher. La chambre doit être aussi silencieuse que possible et la température agréable (idéalement entre 18 et 20 °C) (1). Vérifiez que votre enfant porte un pyjama confortable et adapté à la saison. Réduisez les sources de lumière (vous pouvez laisser une veilleuse si cela le rassure). Enfin, instaurez un rituel pour aider votre enfant à trouver ses marques et à mieux appréhender le moment du coucher. Au cours de cette routine, instaurez une activité calme avant d’aller au lit : prendre un bain ou une douche, lire une histoire, écouter de la musique, écrire son journal…

    4 signes d’un sommeil de bonne qualité

    • Vote enfant dort seul.
    • Votre enfant dort à des heures régulières.
    • Le temps de sommeil est compris entre 10 et 13 heures pour les enfants de 3 à 5 ans et entre 9 et 12 heures pour les enfants de 6 à 12 ans.
    • Votre enfant se réveille de bonne humeur et en forme.

    2 Un enfant a besoin d’être rassuré

    Pour de nombreuses familles, le rituel du soir comprend un moment de partage et de tendresse avec l’enfant. Pour le rassurer, vous pouvez lui raconter une histoire, parler de la journée, lui chanter une berceuse, lui faire un câlin. Vous pouvez également lui trouver un doudou, le compagnon qui sera là pour le rassurer chaque soir. Cependant, évitez de rester jusqu’à ce qu’il s’endorme. Un enfant doit apprendre à dormir seul. Soyez ferme mais calme. En cas de pleurs, adoptez la méthode dite d’attente progressive. Attendez quelques minutes avant de revenir le rassurer et ne restez pas trop longtemps. S’il continue de vous réclamer un long moment, revenez. Il comprendra que vous êtes toujours présent et attentif même si vous êtes dans une pièce à côté. Enfin, s’il ne parvient pas à se calmer, restez dans sa chambre, interrogez-le sur ce qui l’empêche de dormir, les pensées qui le tourmentent… Montrez votre intérêt concernant ses inquiétudes, prenez-les au sérieux. Rassurez-le, puis quittez à nouveau la chambre.

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    Le saviez-vous ?

    La peur du noir peut apparaître chez l’enfant vers l’âge de 3 ans. Cela s’explique par les nombreux changements qui ont lieu à cette période (entrée à l’école, développement du langage…). Ainsi, c’est un âge où leur imagination se développe, ce qui peut créer de nouvelles angoisses. S’il vous parle de monstres cachés derrière les rideaux, montrez-lui qu’il n’en est rien et si sa crainte persiste, installez une petite veilleuse dans sa chambre.

    3 Trouvez l’heure idéale de coucher

    Chaque enfant a un besoin de sommeil qui lui est propre. Il peut y avoir un écart de 3 heures entre un petit et un grand dormeur du même âge. Pour déterminer le temps de sommeil dont votre enfant a besoin, observez son état. Si, après une nuit que vous estimez courte, il reste calme et attentif toute la journée, c’est que ce temps de sommeil est suffisant. Au contraire s’il devient irritable et agité, et ne supporte pas la frustration c’est probablement qu’il n’a pas assez dormi. Enfin, s’il montre des signes de fatigue (il bâille, se frotte les yeux…), il est temps de le coucher ! Une fois que vous aurez évalué ses besoins en sommeil, essayez d’être le plus régulier possible sur son heure de coucher et de lever.

    Des conseils pour aider votre enfant à s’endormir

     

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    L’Essentiel de l’article

    • Votre enfant a besoin d’une atmosphère calme pour s’endormir.
    • Votre enfant a besoin d’être rassuré avant de se coucher.
    • Il est important de trouver l’heure idéale de coucher de votre enfant.

    National Sleep Foundation
    (1) Centre du sommeil Cenas, « Sommeil et environnement »