Catégorie : Bien dans ma tête

  • Pensées intrusives : c’est quoi et comment s’en débarrasser ?

    Pensées intrusives : c’est quoi et comment s’en débarrasser ?

    « Pendant toute mon adolescence et jusqu’à près de 30 ans, ma vie a été hantée par des pensées intrusives », se souvient Clara. Aujourd’hui quadragénaire et libérée de ce supplice, elle raconte les soirées passées à se retourner dans son lit sans pouvoir trouver le sommeil et les arrêts de métro ratés lorsqu’elle était perdue dans ses pensées négatives. « J’étais en boucle sur des épisodes de ma vie passée dont je tirais des conclusions sur le présent », précise-t-elle. Parmi les évènements qu’elle ressassait à l’infini, il y avait, notamment, une dispute avec sa grand-mère survenue dans l’enfance. Elle déroule les faits : « J’avais une dizaine d’années et nous étions en vacances chez Mamie avec mon frère. J’avais cassé une latte du lit en sautant dessus comme si c’était un trampoline et ma grand-mère m’avait fait copier des lignes en guise de punition. » Excédée, Clara lui avait alors lancé, selon son souvenir : « De toute façon tu es vieille et je ne t’aime pas ! »

    Bien des années plus tard, cette phrase est revenue régulièrement pourrir les nuits de la petite fille devenue adulte. « Je culpabilisais énormément, avoue-t-elle. J’avais beau me dire que je n’étais qu’une enfant et me rappeler que je lui avais, par la suite, témoigné mille fois mon amour avant sa mort, cette phrase revenait sans cesse. » Conséquences ? Pendant des années, Clara s’est trouvée minable à tous les niveaux de sa vie. « Et puis, au cours de ma psychanalyse, dit-elle, j’ai réalisé que si cette phrase planait dans ma vie comme un fantôme, c’était en raison d’une autre parole, prononcée par mon grand frère en réaction à ce que je venais de dire à notre grand-mère : “T’es méchante, t’es plus ma sœur.” »

    Des pensées automatiques non sollicitées

    Marine Colombel est psychiatre à l’EPS Barthélémy Durand, dans l’Essonne, enseignante en méditation à la faculté de Toulouse 3 et autrice de Sortir des ruminations mentales (éd. Marabout, mars 2024). Lors de ses consultations, elle reçoit de nombreux patients angoissés et victimes de ces pensées parasites. « Une pensée intrusive, décrit la médecin, est une pensée automatique qui s’impose à nous sans que nous la sollicitions. C’est assez proche des phénomènes de rumination. » En général, elles suscitent un sentiment de dénigrement chez les sujets chez lesquels elles s’invitent, et les font souffrir. « Elles peuvent arriver à n’importe quel moment, mais certains sont plus propices, notamment le soir, quand on va se coucher, car on n’est plus en action », poursuit la professionnelle.

    Chez Fatoumata, trentenaire parisienne, les pensées qui se glissent dans sa tête quand elle ferme les yeux, court-circuitant ses aspirations à faire de beaux rêves, sont presque toujours liées à l’argent. « C’est un truc de fou, s’emporte-t-elle. Je gagne bien ma vie et j’ai suffisamment d’épargne pour voir venir pendant des mois si jamais il se passe quoi que ce soit. Mais c’est plus fort que moi, il y a des phases où je suis persuadée que je dépense trop, que je gère mal mon budget, que je jette l’argent par les fenêtres. Et dans ces moments-là, je vérifie mes comptes sur l’appli de ma banque, je réfléchis à ce que je pourrais vendre dans mon armoire. Et, surtout, je suis très en colère contre moi, je me trouve irresponsable. » Elle explique ces angoisses par son enfance au sein d’une famille très précaire, obnubilée par la peur du lendemain.

    Méditer, se dépenser, consulter

    « Ces ruminations nous coupent du moment présent, analyse Marine Colombel. Elles nous enferment dans des pensées négatives et stressantes, et activent tous les symptômes du stress chronique. Et cela est délétère à différents niveaux. » Parmi les maux que ces pensées peuvent entraîner, on peut citer, pêle-mêle : des douleurs chroniques, par exemple articulaires, ou des céphalées, mais aussi, des difficultés au niveau cardio-vasculaire et un risque de dépression. Mais alors, à partir de quand faut-il s’inquiéter ? « S’il y a vraiment un sentiment de mal être, de souffrance, il faut consulter », assure la psychiatre. Et si on constate des problèmes dysfonctionnels liés à ces idées qui reviennent sans cesse, il est aussi nécessaire de se faire accompagner. Selon la professionnelle, on peut, d’abord, en parler à son médecin généraliste, qui pourra estimer qu’une orientation vers un psychologue ou un psychiatre est opportune. Elle conseille aussi de pratiquer la méditation, « un exercice de l’esprit à travers lequel on apprend à diriger notre attention vers le moment présent et ce qui se passe dans notre corps à l’instant T ». Cette technique aide à réguler ses pensées et à écarter les pensées intrusives.

    De façon plus générale, elle recommande les activités physiques en plein air, afin de libérer des endorphines tout en prenant de la vitamine D. Et d’adopter un régime alimentaire équilibré, car « avoir un microbiote anti-inflammatoire permet de diminuer la rumination ». Et ce n’est pas Clara qui dira le contraire : « Depuis que j’ai entamé une thérapie, je me suis aussi mise au running, confie-t-elle, et j’ai fait évoluer mon alimentation. Je ne me suis jamais sentie aussi bien dans ma tête et dans mon corps ! »

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  • Art sur ordonnance, en quoi ça consiste ?

    Art sur ordonnance, en quoi ça consiste ?

    « C’est ma bulle d’oxygène ! » Depuis le printemps 2023, Valérie Devesse participe au programme « L’Art sur ordonnance » lancé à Montpellier par le MO.CO, centre d’art contemporain, et le Centre hospitalier universitaire. « Je n’étais pas du tout intéressée par l’art et je n’allais jamais dans les musées. » Hospitalisée pour dépression, la patiente est invitée à participer à cette action artistique. « Je suis allée voir, pour découvrir », confie-t-elle. Elle est ressortie de cette expérience pleine d’enthousiasme : « Ce projet, c’est un moteur pour sortir de chez soi, être dans la découverte de l’art et dans l’apprentissage. Cela permet d’aller vers les autres, d’échanger. »

    Partenariat Hôpital – Musée

    À l’image de la liaison entre le centre d’art contemporain MO.CO et le CHU de Montpellier, d’autres partenariats existent en France, entre le palais des Beaux-Arts et l’hôpital universitaire de Lille, entre le service cardiologie de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière et le Musée Marmottan Monet à Paris ou avec le Château de Compiègne, et aussi en Belgique entre l’hôpital Brugmann et cinq institutions (musée de la Ville de Bruxelles, musée Mode & Dentelle, etc.). « Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé de 2019, l’art peut être bénéfique pour la santé, tant physique que mentale », explique le professeur Philippe Courtet, chef du service psychiatrie du CHU de Montpellier. « D’ailleurs, l’artiste Louise Bourgeois disait : “L’art est une garantie de santé mentale.” Il y a des initiatives de prescriptions artistiques en Grande-Bretagne depuis une trentaine d’années et cela fonctionne. » C’est ce qui a guidé le professeur Courtet pour initier un rapprochement avec le MO.CO en 2022.

    Visite d’une exposition et ateliers avec un artiste

    « Nous avons déjà organisé cinq sessions, pour une quinzaine de patients à chaque fois », raconte Stéphanie Delpeuch, responsable des publics et de la médiation au MO.CO. Le programme se déroule en trois étapes : la visite d’une exposition commentée par un artiste, la présentation de son travail par ce même artiste suivi de six ateliers de pratique artistique avec lui. « En 2022, nous avons réalisé trois sessions, avec les plasticiennes Bianca Bondi et Suzie Lelièvre et avec la chorégraphe Anne Lopez. L’année dernière, les plasticiennes Alba Sagols et Valérie du Chéné étaient les invitées du programme L’Art sur ordonnance. » La patiente Valérie Devesse a participé aux sessions avec Alba Sagols et avec Valérie du Chéné. « Avec Alba Sagols, nous avons travaillé sur du plexiglas. En le faisant chauffer, nous lui donnions des formes. C’était une complète découverte pour moi. Valérie du Chéné travaille elle sur l’art éphémère. Elle avait ramassé des cailloux que nous avons peints. C’était sympa à faire et déroutant. Puis, nous avons raconté l’histoire de chaque pierre. Valérie du Chéné a enregistré nos voix et elle en a fait un petit film. »

    Lire aussi : À la découverte de la musicothérapie

    Devant le succès de ces sessions, qui durent un mois et demi à raison d’un atelier par semaine, le MO.CO a lancé également des sessions « capsule ». « Ce sont des sessions sur une journée, ouvertes à tout le monde, précise Stéphanie Delpeuch. Comme ça, les patients qui viennent de l’hôpital se mélangent au public habituel du MO.CO pour une meilleure inclusivité. »

    Retrouver du sens à l’existence

    « Les personnes qui sont en dépression sont en phase de repli sur elles-mêmes, explique le professeur Courtet. Ces sessions aux MO.CO stimulent l’expression émotionnelle et l’imagination de chaque participant. Elles facilitent également le lien social et permettent de rompre l’isolement. Grâce à ces ateliers, les patients retrouvent de l’estime de soi et de la confiance en soi. Nous constatons qu’ils vont mieux. Ils retrouvent du sens à l’existence. » Ce que Valérie Devesse confirme : « Le programme au MO.CO, les visites d’expositions et les ateliers me redonnent le goût de découvrir et d’apprendre. Et je vais vers les autres. Nous échangeons sur beaucoup de choses de la vie, pas que sur l’art et jamais sur la maladie. Pendant deux heures, la maladie n’est plus au centre de ma vie et cela me fait du bien. Ce projet, c’est un moteur pour moi : il faut s’engager, se motiver à aller à toutes les séances et tenir. Cela peut être fatigant, mais ça nous aide dans notre pathologie. »

    Le journal américain The Christian Science Monitor a consacré fin mars 2024 un long article titré La muséothérapie, nouveau remède aux troubles de la santé mentale en France. Il décrypte plusieurs « prescriptions culturelles » nouées entre des hôpitaux et des musées et insiste sur la pertinence de telles initiatives. L’article précise d’ailleurs que « les diagnostics de dépression chez les Français de 18 ans à 24 ans ont quasiment doublé depuis 2017 (selon une étude d’octobre 2023 réalisée par Santé publique France), et que les consultations de psychiatrie chez les étudiants ont augmenté de 30 % en deux ans ». Partant de ce constat et des résultats encourageants déjà constatés, l’art sur ordonnance devrait probablement se développer plus encore dans les prochaines années en France.

  • Les bienfaits du rire

    Les bienfaits du rire

    Qu’est-ce que le rire ?

    Sylvie Chokron : Le cerveau est un organe qui fait tout le temps des prédictions, il possède un réseau d’aires cérébrales, situées en partie dans le lobe frontal, qui analysent ce qui se passe et peuvent détecter une incongruité par rapport à ce qui était anticipé. Et quand le cerveau reçoit une réponse qu’il n’avait pas prédite, il y a alors quatre possibilités : soit ça n’a absolument aucun intérêt et vous n’y donnerez sans doute pas suite, soit vous êtes surpris et vous cherchez à en savoir plus, soit c’est dangereux et il va falloir s’adapter, soit ce n’est pas dangereux et c’est même drôle. Le rire vient donc d’une réaction de surprise, c’est un point de départ très cognitif, c’est-à-dire mettant en jeu les connaissances et une analyse de la situation, lorsqu’il n’y a pas de danger de situation de danger vient l’activation des régions qui déclenchent les contractions musculaires, et donc, le rire. D’ailleurs, c’est pour cela que les bébés, dès leurs premiers mois d’existence, rient généralement beaucoup, lorsque, par exemple, leurs parents se cachent derrière un objet et réapparaissent.

    Est-ce que le rire a un impact sur nos rapports sociaux ?

    S. C. : Lorsque vous voyez quelqu’un rire, vous allez rire par un processus de contagion émotionnelle. Pour une même scène, on rit beaucoup moins seul qu’au milieu d’autres personnes. Le rire est une composante d’interaction sociale, c’est la communication de votre état, de votre surprise, l’expression de votre réaction que vous communiquez aux autres. Quand vous êtes seul, si vous prenez du plaisir et que quelque chose vous amuse, vous n’exprimez généralement pas le rire de manière sonore et physique. En revanche, quand vous riez en compagnie d’autres gens, cela libère de l’ocytocine, l’hormone des relations et de l’attachement. A chaque fois que nous nous permettons de rire, plus cela resserre nos liens sociaux.

    Le rire a-t-il une influence sur notre santé ?

    S. C. : Le rire procure du bien-être, parce qu’il fait suite à une émotion positive et non négative. Il libère des endorphines qui sont des anti-douleurs naturels, si vous avez mal quelque part, rire va détourner votre attention de la douleur et vous apporter un bien-être à la fois physique et moral. Comme il met en jeu la respiration, il est par ailleurs très bon pour le système cardiovasculaire. Il faut savoir que rire active plus de quatre cents muscles depuis les abdominaux jusqu’à ceux du visage, un bon fou rire, c’est comme une séance de sport. Rire va aussi libérer des hormones du plaisir et du bonheur : de la sérotonine et de la dopamine. Il permet d’évacuer les tensions. D’ailleurs, les enseignants le savent bien, en cours, si vous faîtes rire les élèves, cela va détendre l’atmosphère générale et leur permettre de mieux concentrer leur attention sur ce que vous êtes en train de dire. Lorsqu’un professeur réussit à placer une petite blague dans son cours, les étudiants se souviennent mieux de la leçon.

    Que peut-on faire pour exercer notre rire ?

    S. C. : Il faut se donner les moyens de rire, comme regarder des films drôles, aller à des spectacles d’humoristes, se faire des blagues entre amis. Pour l’écriture de mon livre, j’ai par exemple rencontré Julie Mamou Mani, “Mamouz” sur Instagram, que plus de 230 000 personnes suivent pour avoir leur dose de rire. Au départ, elle était journaliste, elle travaillait dans des rédactions très sérieuses et c’est pendant le confinement qu’elle a commencé à envoyer des mèmes [élément humoristique et viral sur internet. NDLR .] et des blagues, elle s’est rendu compte que les gens lui en demandaient de plus en plus. Il y a une multitude de manières pour déclencher le rire, mais l’autodérision est une des plus grandes sources de blagues, il faut en être conscient et se l’autoriser. Le rire, c’est vraiment précieux, il nous permet d’être de bonne humeur, d’apprendre, de mémoriser plus facilement. Dès le plus jeune âge, un enfant qui rit pendant qu’il apprend une nouvelle information aura plus de chances de la retenir, les émotions positives comme le rire vont mobiliser l’attention et ainsi, permettre une meilleure consolidation des souvenirs. Nous devons arrêter d’opposer le rire aux choses sérieuses et cesser d’imaginer que nous sommes plus efficaces dans notre capacité d’apprentissage lorsque l’on ne rit pas, parce que c’est complètement faux.

    Il existe aussi le yoga du rire, des ateliers de groupe où on simule un rire, à quoi sert ce genre d’activité ?

    S. C. : À la différence du rire sincère, c’est-à-dire le rire qui vient spontanément quand vous trouvez quelque chose de drôle et qui vous procure une sensation de plaisir intellectuel en plus des réactions physiques, le yoga du rire va surtout vous apporter un bienfait physique, mais sans forcément l’aspect spirituel.

    Rire du quotidien !

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  • La bipolarité, qu’est-ce que c’est ?

    La bipolarité, qu’est-ce que c’est ?

    « Lors d’une phase dépressive, j’ai une grosse perte de motivation, un sommeil non réparateur et une fatigue constante, un manque de concentration et une perte d’appétit. En revanche, lors d’une phase maniaque, je deviens insomniaque, j’ai tendance à parler plus que d’habitude, mes pensées se bousculent, je mange plus que d’habitude, j’ai tendance aussi à dépenser beaucoup, je deviens irritable, et je peux aussi avoir un comportement risqué et un mauvais jugement », décrit Cécylia, 32 ans, résidant à Bagneux. Autrefois appelé psychose maniaco-dépressive, le trouble bipolaire est une maladie chronique qui se manifeste par des dérèglements de l’humeur. Il concerne, dans un spectre large, environ 1 à 2.5 % de la population générale et débute généralement entre 15 et 30 ans.

    Quels signaux ?

    Souvent, la méconnaissance des troubles associés à la maladie entraîne un retard de diagnostic, qui participe au risque suicidaire, élevé dans le trouble bipolaire quand il n’est pas rapidement pris en main. « Diagnostiquée à 30 ans, mais bipolaire probablement depuis mes 15 ans. Résultat : quinze ans d’épisodes dépressifs jusqu’à l’épisode maniaque qui a conduit à une hospitalisation », confie Laetitia dans un commentaire sur le groupe Facebook Bipolaire : vivre & comprendre ensemble qui réunit près de 10 000 membres. À quoi reconnaît-on une bipolarité ?

    Dans sa forme la plus typique, le trouble bipolaire se caractérise par des alternances de périodes d’excitation de l’humeur (ce qu’on appelle la phase maniaque, pouvant s’associer à des prises de risque telles qu’une consommation excessive de drogues, des conduites à risques de tout genre), et des périodes de tristesse profonde (qu’on appelle phase dépressive, pouvant s’associer à une difficulté à réaliser ses activités quotidiennes, voire des pensées suicidaires) et enfin, de périodes de retour à la stabilité, qu’on appelle la phase d’euthymie. Il arrive de présenter un mélange des deux humeurs, maniaque et dépressif, tout au long de la journée. C’est ce qu’on appelle un état mixte. « Quand le traitement de fond par les régulateurs de l’humeur est efficace, l’intensité et la fréquence des cycles maniaco-dépressifs diminuent de manière significative, ce qui permet à la personne de retrouver une vie normale », clarifie le dictionnaire Vidal, ouvrage médical français.

    Une maladie stéréotypée

    Comment les spécialistes expliquent-ils l’avènement d’un trouble bipolaire ? Aujourd’hui, on parle d’un modèle « biopsychosocial », c’est-à-dire qu’il existe des interactions complexes entre la vulnérabilité génétique (liée aux gènes) et des facteurs environnementaux ou physiologiques divers (évènements de vie, consommation de drogues, grossesse traumatique…), ainsi que des stress répétés auxquels le sujet a du mal à faire face. Si on ne peut pas en guérir, la bipolarité se traite tout au long de la vie. Encore méconnue, la maladie reste entourée de fantasmes.

    Selon l’OMS, la stigmatisation serait d’ailleurs l’obstacle le plus important à surmonter pour la prise en charge des maladies mentales. Certains stéréotypes ont la peau dure : les bipolaires changeraient de personnalité de manière effrayante à l’image de Natalie Portman dans le film Black Swan ; elles seraient incapables de prendre rigoureusement leur traitement, ou encore, elles seraient dangereuses et imprévisibles.

    Depuis la crise sanitaire, les personnes concernées s’efforcent de déconstruire ces idées reçues, fortement influencées par la pop culture. Par exemple, le compte @payetapsychophobie (34k followers) fait, depuis 2019, un travail de déconstruction en diffusant des témoignages sans filtres. Ici, la parole est ouverte, chacun exprime ses doutes et ses craintes sur la maladie. Les bienfaits de la maladie sont même assumés. « Saviez-vous que les personnes bipolaires sont souvent très sensibles, et donc créatives ? », lit-on dans l’un des posts.

    L’acceptation de la maladie sort depuis peu du monde virtuel, puisqu’au 59 avenue de la République à Paris, a ouvert la Maison Perchée, un lieu d’accueil associatif créé par et pour les personnes en situation de trouble psy (bipolarité, schizophrénie, borderline…) et basé sur le principe de la pair-aidance, soit une entraide entre personnes souffrant ou ayant souffert d’une même maladie somatique ou psychique, ou atteintes d’un même handicap.

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  • La socio-esthétique pour reprendre confiance en soi

    La socio-esthétique pour reprendre confiance en soi

    Des esthéticiennes, un peu magiciennes. Depuis presque dix ans, Amandine Hiron sillonne les routes de Mayenne, en tant que socio-esthéticienne, intervenant auprès de structures médicales, sociales et médico-sociales. « J’ai été la première dans le département, se souvient-elle. J’ai été formée à Tours au Codes (Cours d’esthétique à option humanitaire et sociale, ndr), la seule école qui, actuellement, est reconnue en France et qui a été créée en 1978 – période durant laquelle la socio-esthétique est née. » Socio-esthétique ? Un métier à la charnière entre deux mondes : celui de la mise en beauté et celui de l’action sociale.

    Soin du visage, gommage du corps, pose de vernis, session maquillage, choix d’une tenue vestimentaire : la socio-esthétique, initialement créée pour apporter confort (et réconfort) aux personnes malades, connaît un essor ces dernières années, se tournant notamment vers l’insertion professionnelle et sociale des plus précaires. Si le résultat est tout aussi fructueux qu’une séance chez l’esthéticienne dans un institut de beauté, la socio-esthétique a une particularité : la gratuité. « Ce ne sont pas les bénéficiaires qui nous rémunèrent, mais les structures qui nous font intervenir, précise Amandine. Ce qui, parfois, peut être problématique, car nous dépendons d’un budget spécifique. Si la structure n’est pas en mesure de l’assumer, il faut aller chercher l’argent ailleurs. »

    De la maternité aux personnes âgées, en passant par la détention

    Depuis son apparition, la socio-esthétique est un outil particulièrement prisé des services oncologiques. La plupart des socio-esthéticiennes interviennent auprès de personnes atteintes d’un cancer. « L’idée est de pallier les effets secondaires externes des traitements », explique Amandine. Notamment l’un des plus importants : la sécheresse de la peau. « C’est quelque chose de tout bête, mais lorsqu’on a la peau sèche, ça démange, ça crée un inconfort, ça peut même entraîner des lésions, donc des risques infectieux », ajoute-t-elle. En apaisant cet effet, le patient observe une meilleure qualité de vie, améliorant ainsi l’efficacité de son traitement. Pour ce qui est des soins palliatifs, la socio-esthéticienne va davantage travailler sur la partie dite « confort » du patient. Mais aujourd’hui, la socio-esthétique ne s’arrête plus à la maladie et tend la main à l’ensemble des personnes précaires : des jeunes, des personnes âgées, des personnes en situation de handicap ou éloignées de l’emploi… Tout est possible.

    « On peut même intervenir dès la naissance, informe Amandine. Je suis par exemple intervenue sur des nouveau-nés dans le cadre du Sida. Il s’agissait de mères, souvent d’origine étrangère, qui méconnaissaient la maladie et qui n’osaient pas faire les soins de nursing à leur enfant, de peur de les contaminer. Par le biais de la socio-esthétique, elles ont pu retrouver le toucher bienveillant et rassurant de la maternité. »

    Non loin de la Mayenne, ce sont dans les prisons nantaises que Léa Pitaud – socio-esthéticienne depuis sept ans – intervient, en animant des ateliers collectifs. D’un côté, le centre de détention pour les personnes en longues peines : « Souvent, ces personnes ne prennent plus soin d’elles, n’en voyant pas l’intérêt après quinze ans d’emprisonnement, raconte-t-elle. On va leur réapprendre l’hygiène de base : comment se laver les pieds, comment faire un gommage pour les mains pour nettoyer ses ongles. » De l’autre, le centre pour les plus petites peines : « Dans ce cas, on sera sur de la réinsertion sociale, ajoute Léa. On va travailler l’estime de soi, la confiance en soi, la capacité à se présenter auprès d’un employeur, à s’habiller, etc. » Les premiers à témoigner des bienfaits de la socio-esthétique en milieu carcéral : les gardiens. « Après une séance d’une heure, les prisonniers sont plus calmes. La soirée des gardiens est beaucoup plus tranquille et ils sont plus en confiance. »

    Dans les Pays de la Loire, une cinquantaine de socio-esthéticiennes

    Si l’on en croit les résultats d’une étude pour la Fédération des entreprises de beauté (Febea) et l’Agence du Don en Nature (ADN), publiée en mai 2023, la socio-esthétique semble faire l’unanimité. Des moments de détente et de relaxation pour 79 % des répondantes, et de convivialité, pour 64 % d’entre elles. « Ces parenthèses donnent le sentiment d’être en dehors de la précarité et permettent d’enclencher un parcours de conquête de l’estime de soi et de reconstruction nécessaire pour renouer avec l’insertion sociale et professionnelle », relève l’enquête. Les dons du secteur de l’hygiène-beauté aux associations organisant des ateliers collectifs ou séances individuelles représentent d’ailleurs 40 % des dons non alimentaires en France, « ce qui en fait le premier secteur donateur », souligne la Febea dans un communiqué. « Grâce à la socio-esthétique, ils prennent soin d’eux, ils se reconnectent à leur corps, confirme Amandine. Et surtout, quand ils rentrent chez eux, ils savent reproduire les gestes à l’aide des produits qu’ils ont fabriqués eux-mêmes. C’est hyper valorisant de rentrer chez soi avec ce qu’on a fait soi-même, on en ressort fier. » Léa, quant à elle, ne cache pas son propre plaisir : « Quel bonheur lorsqu’un de vos patients se regarde dans le miroir et se dit que c’est agréable. »

    S’il est difficile de savoir exactement combien de socio-esthéticiennes exercent dans l’Hexagone, Léa en compte une cinquantaine dans les Pays de la Loire. Un chiffre qui devrait continuer d’augmenter selon elle : « Il y a de plus en plus d’écoles de qualité et une vraie envie d’accompagnement des personnes fragiles. » Prochaine étape : que la socio-esthétique soit reconnue comme profession indépendante et qu’il y ait un vrai remboursement – celui d’un « soin de support », au même titre que l’art-thérapie ou la sophrologie. « Cela permettrait de toucher encore plus de personnes et d’obtenir la subvention des agences régionales de santé et de l’État, souhaite la jeune femme. On va vers cela, lentement. » Mais sûrement ?

    Pour toutes infos supplémentaires, consultez le site de la Fédération Nationale de Socio-esthétique : https://fnsefrance.fr/

  • Ces aliments qui réduisent le stress

    Ces aliments qui réduisent le stress

    Supportable quand il reste occasionnel et passager, le stress peut devenir un véritable handicap chronique. On peut alors être accompagné par un suivi psychologique. Mais de plus en plus d’experts s’accordent à dire que l’alimentation joue également un rôle dans la régulation du stress. Le point avec la diététicienne-nutritionniste Amandine Perrot, spécialisée en psychonutrition. « Notre environnement induit sans cesse le besoin de se réadapter et génère beaucoup de stress, qui est une réaction d’alerte à un événement perturbateur. Les glandes surrénales sécrètent alors du cortisol, aussi connu sous le nom d’hormone du stress », note-t-elle. Mais le cerveau et l’intestin sont à l’origine de la sécrétion des hormones du bien-être que sont la sérotonine et la dopamine. Et certains aliments et nutriments favorisent leur production.

    Magnésium, oméga 3 et vitamines sont les meilleurs alliés

    Parmi ces alliés, le magnésium est probablement le plus connu. Permettant d’éviter l’excès de cortisol, il est présent dans la plupart des végétaux, « notamment les fruits à coque et légumineuses comme les lentilles et les pois chiches, qu’on a tendance à délaisser », note Amandine Perrot. Il peut également être trouvé dans les céréales complètes, les herbes aromatiques, l’avocat, la banane… Mais aussi dans le chocolat ! À noter qu’il vaut mieux préférer du chocolat noir, riche en anti-oxydants. Il ne faut pas non plus lésiner sur les oméga 3, qui stimulent la production de dopamine et de sérotonine, antidépresseurs réputés. « On les retrouve dans l’huile de noix et de colza, mais aussi dans les poissons gras : sardine, maquereau, harengs, thon et saumon », détaille Amandine Perrot. Il s’agit de graisses polyinsaturées essentielles, mais dont on peut facilement manquer. « Il faut aussi consommer de l’huile d’olive, riche en antioxydants, bons pour notre santé cardiovasculaire », ajoute la diététicienne.

    Si toutes les vitamines sont bénéfiques, certaines ont un effet antistress spécifique. « Les vitamines B sont particulièrement importantes, elles participent à l’élaboration des neurotransmetteurs comme la sérotonine et la dopamine », explique Amandine Perrot. On les retrouve dans les viandes, mais aussi dans les œufs et légumineuses. Les vitamines C, excellents antioxydants, contribuent à nous protéger face aux dégâts du stress. Selon Amandine Perrot, le secret est de consommer des fruits et légumes de saison en priorité : « C’est là qu’ils contiennent le plus d’éléments protecteurs, par exemple, en hiver, le chou et les pommes de terre. » La vitamine D n’est pas en reste. Il ne suffit pas de s’exposer au soleil, ce qui n’est en plus pas recommandé : « Beaucoup de Français présentent des déficits, il faut aller la chercher dans les oeufs et les poissons gras. » Elle est aussi disponible en complément alimentaire si besoin et sur avis médical.

    Prendre soin de son microbiote intestinal

    Enfin, quotidien sans stress rime avec microbiote en bonne santé. « Beaucoup d’études ont démontré le lien entre microbiote intestinal et santé mentale, pointe Amandine Perrot. Il peut être parasité par des bactéries “stressantes” et le protéger permet de limiter leur effet. » La diététicienne recommande les fibres contenues dans les légumes, céréales complètes et légumineuses. Et pour apporter à notre flore intestinale ce dont elle a besoin pour prospérer, les aliments fermentés, qui contiennent des probiotiques, sont essentiels : « On les retrouve dans les yaourts, les olives, les cornichons, ou encore la choucroute. »

    En résumé, pour diminuer le stress, il faut privilégier une alimentation variée et la moins transformée possible. « Plus l’on s’oriente vers une alimentation brute et naturelle, plus on retrouve les composantes qui nous protègent du stress. Inversement, une alimentation déstructurée et industrielle prédispose au stress », conclut Amandine Perrot. Aider les patients atteints d’anxiété, voire de dépression, via une alimentation saine est l’objet d’étude de la psychonutrition. « L’idée n’est pas de supprimer des médicaments, mais de renforcer leur effet », appuie la diététicienne. Ainsi, en cas de stress intense, une partie de la solution pourrait bien se trouver dans votre assiette.

  • L’animal, bon pour le moral

    L’animal, bon pour le moral

    « Lama thérapie » : tendance ou vrais bienfaits ?

    « Un lama en maison de retraite ? » Voilà ce qu’a pu entendre Benjamin Leroy-Blanc après avoir émis l’idée d’un élevage de camélidés, éduqués pour travailler en zoothérapie. C’était en 2014. Trader à la City de Londres puis à Paris, Benjamin se lasse. Son travail manque de sens. Cet amoureux des animaux décide alors de quitter la capitale britannique et de se former spécifiquement à l’élevage de lamas et – surtout – à la médiation animale. Seul hic : à Six-Fours-Les-Plages, commune située dans le département du Var, les lamas ne courent pas les rues. « Ceux que j’ai pu trouver appartenaient à des activités agricoles qui les utilisaient pour débroussailler, raconte Benjamin. J’en ai trouvé un dans un cirque, aussi. » Aujourd’hui, la ferme pédagogique compte cinquante lamas, dont Jules. La star. C’est avec lui que l’institut de zoothérapie baptisé Le Corral des lamas a démarré. « J’ai très vite constaté les qualités des lamas pour la zoothérapie, poursuit l’éleveur. Ils sont très calmes, domestiques, patients, intelligents et d’une gentillesse inouïe. Leur côté laineux est rassurant, aussi. Ils savent s’adapter aux besoins de la personne et adorent les câlins. » On est très loin du lama crachant sur les gens par agacement, que Hergé dessine dans Tintin au Tibet. Au minimum cinq fois par mois, Benjamin embarque ses compagnons laineux et part à la rencontre de résidents d’Ehpad. Certaines visites le marquent particulièrement : « Il y avait un monsieur complètement éteint, qui ne parlait à personne. Son insertion au sein de l’Ehpad était visiblement très compliquée, se souvient-il. Dès qu’il m’a vu arriver avec le lama, il a commencé à sourire, à me parler et à me poser des questions. En psychiatrie, j’ai pu grâce à l’animal être témoin de réconciliations familiales. Des moments très forts. »

    L’animal, bon pour le moral

     

    Le succès est tel qu’on parle même de « lama thérapie ». Une tendance qui se développe un peu partout dans le monde : des États-Unis, où l’alpaga Napoléon – comptant quatre mille trois cents abonnés sur Facebook – est devenu une coqueluche pour différentes maisons de retraite de l’Oregon, jusqu’au centre de l’Équateur, où la création d’un centre de lama thérapie est en projet. La médiation animale « encourage la prise d’initiative, favorise l’expression, les interactions, crée du lien, fait travailler l’autonomie, apaise les angoisses, améliore la mémoire », et plus encore, peut-on lire sur le site de l’association Le Lama et ses ressources, qui propose des séances de lama thérapie en Essonne.

    La zoothérapie, remède au stress post-traumatique

    Si les pouvoirs thérapeutiques du lama sont indéniables, il semblerait qu’ils s’appliquent à l’ensemble des animaux, formés à la médiation animale. Le nombre de fermes pédagogiques ne fait que confirmer la tendance : en 2003, on comptait en France près de mille quatre cents fermes spécialisées. Un chiffre qui, vingt ans plus tard, a augmenté. Surtout si l’on ajoute certains refuges, également mobilisés pour accueillir des séances de zoothérapie. C’est le cas d’Ava (Agir pour la Vie Animale), situé en région Normandie – à Cuy-Saint-Fiacre plus exactement. Tous les quinze jours, l’association reçoit des victimes d’attentat ou de viol, tous patients de l’Institut de victimologie, spécialisé dans le traitement du stress post-traumatique. À l’origine de ce programme : Delphine Morali-Courivaud, psychiatre et directrice médicale de l’institut. « La particularité de ce programme est que ces animaux ne sont pas formés à la zoothérapie. Les patients passent la journée avec des chiens, chats et chevaux abandonnés ou maltraités dont le refuge a la charge, explique-t-elle. Il y a comme un effet miroir. Les patients deviennent à leur tour soignants. »

    Après de longues balades parmi le troupeau de daims, après avoir nourri les chevaux ou câliné la centaine de chats, la psychiatre s’émerveille face aux progrès de ses patients. « Le stress post-traumatique développe une hypervigilance qui progressivement les isole aussi bien socialement qu’affectivement, détaille-t-elle. Grâce à l’animal, ils recréent du lien, sortent de leur bulle de solitude et retrouvent de l’estime de soi. » L’animal apaise, réconforte et, dans certains cas, sauve : « Des patients m’ont confié que la seule chose qui parfois les empêchait de se suicider, c’était leur lien avec leur chat ou leur chien. »

    Éclair, premier labrador d’assistance

    À ce jour, très peu d’études françaises existent sur l’impact de la pet-therapy (ou thérapie par les animaux) auprès de patients qui souffrent d’un trouble de stress post-traumatique (TSPT). Elles représentent moins de 2 % des études publiées sur le sujet. Mais Benjamin Borg n’a pas besoin de preuves scientifiques pour être sûr des bienfaits de l’animal dans le traitement du TSPT. Il y a presque trois ans, cet ancien militaire et sapeur-pompier professionnel a créé la CAPE, une association de chiens d’assistance aux personnes en état de stress post-traumatique. La toute première en France. « En voyageant en Europe, j’ai pu constater qu’il existait des chiens pour des personnes en état de stress post-traumatique. Un peu partout, sauf en France, déplore-t-il. Lorsqu’il y a eu la 131e victime des attentats de Paris – personne qui s’est suicidée deux ans après – sans oublier les militaires qui rentraient d’opérations extérieures et qui, quelques mois après, mettaient fin à leurs jours, j’ai décidé d’agir. » C’est ainsi que le 14 juillet 2022, Frédéric, un militaire des forces spéciales et blessé de guerre, accueillait Éclair, première chienne d’assistance.

    Si l’on en croit Benjamin Borg, elle sait tout faire : « En cas de cauchemar, elle va réveiller son maître, allumer la lumière. En journée, même chose. Elle peut constater une anomalie dans le comportement de son maître – des tocs par exemple – et l’interrompre. S’il est pris d’une agoraphobie, il peut s’accrocher à elle. Elle peut alerter les voisins en aboyant ou même appeler les secours en appuyant sur téléassistance… » Si Super-Éclair est la première, elle ne sera pas la dernière. D’ici 2025, Benjamin espère remettre une vingtaine de chiens d’assistance.

    L’empathie, le propre de l’animal

    Ces dernières années, la zoothérapie fait beaucoup parler d’elle. En réalité, cette pratique est loin d’être nouvelle puisqu’elle remonte, précisément, à 1792, lorsque des protestants Quakers anglais ont décidé de placer des patients en compagnie de lapins ou de poules. L’objectif : aider ces personnes à mieux contrôler leurs émotions. Après cette première expérimentation, les animaux font progressivement leur entrée dans les hôpitaux psychiatriques britanniques. Mais c’est de l’autre côté de l’Atlantique que les premières études scientifiques sont conduites. Dans les années 1960, le pédopsychiatre américain Boris M. Levinson obtient des résultats bénéfiques en utilisant le chien comme « cothérapeute » de l’enfant présentant des troubles psychiatriques. Il fait aujourd’hui figure de pionnier.

    Pour autant, comment explique-t-on les pouvoirs thérapeutiques que possèdent nos amis les bêtes ? « L’éthologie (l’étude du comportement des animaux en milieu naturel, ndr) a bien fait ressortir le fait que les animaux, et spécifiquement les chiens, ressentent des émotions, dont certaines peuvent être associées à une forme de compassion. La relation avec l’animal crée les conditions d’un soin sans les mots, écrit Elisa Chelle, professeure des universités en science politique à Paris Nanterre, dans un article publié sur The Conversation. L’animal permet à l’être humain de développer une communication non verbale. [Il est] une présence, un être vivant auquel on peut parler, même confusément, ou ne pas parler du tout. » La chercheuse pointe d’ailleurs la place singulière qu’occupe l’animal dans notre imaginaire collectif, en citant quelques exemples : le jeune Mowgli élevé par des loups dans Le Livre de la jungle, Tarzan grandissant parmi une tribu de gorilles, ou encore le Petit prince apprivoisant le renard qui deviendra pour lui « unique au monde ». « L’animal apparaît comme un semblable avec qui nous partageons des réactions et des émotions », conclut la chercheuse.

    Plusieurs études montrent l’impact positif de la présence animale. Selon celle publiée en 2019 dans le journal de l’American heart association, les propriétaires de chiens voient leur risque de mortalité baisser de 24 % et celui de subir une attaque cardiaque de 31 %. Une autre étude réalisée par des chercheurs du Centre Médical de l’Université du Michigan en février 2022, confirme la tendance. Communiqués par le site EurekAlert!, les résultats sont sans appel : vivre avec un animal de compagnie pendant cinq ans ou plus permettrait de réduire le stress et de ralentir le déclin cognitif. Est-ce pour cette raison que la France figure parmi les pays d’Europe où l’on compte le plus de chiens et de chats (le haut du podium revenant aux poissons) ? Sans doute.

    Au total, on recense en France – selon les statistiques de Facco-Kantar –, 80 millions d’animaux de compagnie. Et comme à peu près tout, le Covid n’a fait que renforcer l’expérience. Selon un sondage Ifop réalisé en 2020, plus de la moitié des Français déclare posséder un animal de compagnie et un quart de ceux qui n’en ont pas encore, pensent en acquérir un. Pourquoi pas un lama ?

    Le mook Vous! par Macif #1 est à retrouver ici dans son intégralité.

  • Les bienfaits de l’optimisme sur la santé

    Les bienfaits de l’optimisme sur la santé

    Attaques terroristes, réchauffement climatique, inflation, guerre en Ukraine… Cinq minutes de scrolling sur les réseaux sociaux suffisent à se poser la question : est-il encore possible – et surtout bien sage – d’être optimiste en 2024 ? Ou à l’inverse, est-il la preuve d’inconscience ou de déni ? Encore aujourd’hui, l’optimisme est moqué ou du moins débattu. Sujet de plus en plus récurrent dans les médias ou dans la littérature, l’optimisme suscite aussi depuis peu l’intérêt de la communauté scientifique. En 2022, une étude de la Société américaine de gériatrie, menée pendant 25 ans sur 160 000 femmes âgées de 50 à 80 ans, a mis en évidence que les personnes les plus optimistes vivaient en moyenne quatre ans de plus que les autres. La synthèse de quinze études médicales portant sur 230 000 personnes a d’ailleurs montré que l’optimisme est associé à une diminution significative du risque cardiovasculaire.

    Ses bienfaits semblent donc indiscutables. Seul hic : les Français ont la réputation d’être des « râleurs » invétérés ou les champions de l’insatisfaction. Pourquoi ? Selon Philippe Gabilliet, professeur à l’ESCP Europe et auteur d’Éloge de l’optimisme, la critique facile – très ancrée à la culture française – serait transmise dès l’école. « Que vous ayez été dans le privé ou dans le public, depuis un siècle et demi, le scepticisme et l’esprit critique restent des marqueurs d’intelligence. Le rapport des Français à l’admiration, à l’enthousiasme, est donc compliqué. À l’opposé des Américains dont on se moque, disant qu’ils trouvent tout “amazing” (formidable, ndr), les Français se contenteront d’un “c’est pas mal”. » Au même moment, le professeur se remémore une citation de l’écrivain voyageur Sylvain Tesson : « Quand on regarde bien, la France est un paradis mais dont tous les Français pensent qu’ils vivent en enfer. Et heureusement, parce que sans cela, ils seraient insupportables. »

    Qu’est-ce qu’un optimiste ?

    Si l’on en croit Winston Churchill, « un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté ». Ce que confirme Philippe Gabilliet : « C’est une attitude d’optimisation de la réalité. Autrement dit, c’est se poser la question : “Comment faire mieux avec ce que j’ai ?” Ce n’est pas dire que tout va bien, mais être conscient que dans n’importe quelle épreuve – même la plus difficile ou douloureuse –, des solutions existent et qu’il suffit de les trouver. C’est capitaliser sur ses forces, ses atouts, plutôt que sur ses faiblesses. Et enfin, l’optimiste est bien plus dans l’action, même si ses solutions ne sont pas toujours définitives ou parfaites. »  

    Peut-on aller jusqu’à dire qu’une personne optimiste est mieux protégée, moins vulnérable face aux aléas de la vie ? Une question à laquelle il est difficile de répondre, selon le professeur. Ce qui est certain, c’est que ce trait de personnalité est un outil de résilience efficace. « Si vous ne pensez pas que le choix de l’optimisme va vous servir, essayez le pessimisme et on en reparle, sourit-il. Encore que, le pessimisme est une bonne ressource, notamment de protection, de précaution et d’alerte. J’ai récemment entendu un patron dire : “Je suis en train de préparer mon entreprise au pire dans le futur.” C’est un pessimisme extrêmement constructif. Selon moi, on devrait dire du pessimisme ce que certains disent de l’argent : c’est un excellent serviteur mais un très mauvais maître. »

    Quels bienfaits sur notre santé ?

    Le professeur Antoine Pelissolo, chef du service de psychiatrie à l’hôpital de Créteil et auteur de Vous êtes votre meilleur psy!, en répertorie trois : l’optimisme est catalyseur d’émotions agréables comme la confiance, l’admiration ou encore la reconnaissance. Des émotions qui font sécréter des substances et neurotransmetteurs renforçant l’immunité de l’organisme. « Certains posent l’hypothèse d’un lien direct entre le bien-être que l’optimisme procure et la baisse de stress, ajoute-t-il. Si vous diminuez les risques d’anxiété et de dépression, vous gommez également tout ce que le stress peut impliquer comme impact physique ou mental. » Deuxième bénéfice, la proactivité : « L’optimisme s’accompagne de comportements adaptés, favorables à la santé, estime le médecin. Cela va passer notamment par l’activité physique et une alimentation saine. »

    Or, ce n’est une surprise pour personne : adopter un mode de vie sain réduit le risque de maladies cardiovasculaires, ou d’autres pathologies potentiellement mortelles, comme le diabète et le cancer. Et enfin : le lien social. Moins de retenue, plus d’ouverture aux autres, l’optimiste est poussé vers une vie sociale épanouissante. « Ce qui produit d’autres effets bénéfiques sur le plan psychologique », appuie le psychiatre.

    Des prédispositions ?

    La grande question étant : naît-on ou peut-on devenir optimiste ? « Sûrement un peu des deux, pense le médecin. Dans l’enfance et en début de vie adulte, on sent des tendances comme si elles étaient constitutionnelles. Si l’on en croit les études, il y aurait en effet une part – autour de 25-30 % – de ces traits qui ont une composante génétique. » Pour autant, rien n’est figé. Rappelons que le caractère se « forge », sans oublier les événements de vie qui auront obligatoirement une influence. Il est donc possible d’apprendre, de travailler ou de peaufiner son optimisme. Et ce, grâce à la « psychologie positive » : « Une thérapie que les psychologues utilisent souvent pour lutter contre le stress, l’anxiété, la dépression et un peu le pessimisme », précise Antoine Pelissolo. Ce qui, grosso modo, consiste à faire attention aux choses du quotidien qui fonctionnent bien ou qui vous renforcent, oser faire des choses pour apprendre à mieux se connaître, tester de nouvelles choses, ouvrir son horizon. « Et puis, tout bêtement, être content de sa journée. » Parfois plus facile à dire qu’à faire…

    (1) Société américaine de gériatrie

  • L’hypersensibilité, qu’est-ce que c’est ?

    L’hypersensibilité, qu’est-ce que c’est ?

    Depuis toujours, Éliane se sent en décalage avec le reste du monde. « C’est comme si j’avais passé toute ma vie à fleur de peau, confie la sexagénaire, originaire du sud de la France. Parfois, il suffit de quelques notes de musique pour que je me mette à sangloter, alors que tout semble aller très bien. » Une difficulté à gérer ses émotions qu’elle a retrouvée chez l’un de ses petits-enfants, Lucas, 9 ans. « Pas mal de choses m’ont mis la puce à l’oreille : il est très émotif, il peut être fortement affecté par un évènement douloureux qui concerne sa maîtresse ou un camarade de classe, développe Eliane. Et il est aussi très sensible aux sons, aux odeurs et au toucher. Il ne supporte pas les vêtements qui ne sont pas en coton, par exemple. Et il porte un casque antibruit le soir, à la maison, pour se reposer. » Autant d’éléments qui laissent penser à cette sympathique grand-mère que son petit-fils est hypersensible, comme elle. Pourtant, s’il est régulièrement question d’hypersensibilité dans les médias ces dernières années, le terme est loin de faire l’unanimité parmi les professionnels. En effet, si beaucoup de coachs et de thérapeutes proposent des parcours pour « apprendre à apprivoiser son hypersensibilité », une grande partie des professionnels de santé alerte sur le fait qu’elle est, bien souvent, le signe d’une pathologie.

    Des best-sellers et une association

    Christophe, un jeune ingénieur qui se dit hypersensible, a décidé de suivre une thérapie comportementale pour tenter d’améliorer une situation qui le fait souffrir depuis l’enfance. « Mes ressentis sont décuplés, bien plus intenses que la moyenne », décrit-il. De là, un sentiment d’inadéquation avec la société qui entrave ses relations, sa vie de couple et sa récente carrière professionnelle. « J’étais arrivé à un tel point d’épuisement émotionnel et de solitude qu’il fallait que je trouve un moyen de m’en sortir », concède-t-il, tout en précisant qu’au bout d’un trimestre de thérapie, il ne constate pas encore de réelle amélioration. Il s’est donc tourné, en parallèle, vers les rayons « développement personnel » des librairies, pour essayer de trouver des pistes pour aller mieux. Beaucoup d’ouvrages consacrés à l’hypersensibilité ont été publiés ces dernières années, essentiellement aux États-Unis et en Europe. En France, l’acteur Maurice Barthélemy, ancien de la troupe Les Robins des Bois, est l’auteur d’un best-seller en la matière : Fort comme un sensible (éd. Michel Lafon, 2021).

    Le phénomène a pris une telle ampleur que près d’un Français sur cinq se sentirait concerné. Une association a même vu le jour en 2016 : l’Association des hypersensibles. Et si la plupart des personnes qui pensent être hypersensibles décrivent un mal-être, certains coachs leur répondent qu’ils ont la chance d’être dotés d’une grande intelligence émotionnelle qui serait un facteur de créativité. Pour Florence Bernard, psychothérapeute, cette hypersensibilité, qui peut être ressentie comme une vulnérabilité, est, en fait, une force. Mais elle reconnaît que « souvent, cela cache quelque chose de plus profond ». Elle recommande de suivre une thérapie pour « aller à la racine » et trouver les causes de cette hypersensibilité.

    Et si l’hypersensibilité était l’arbre qui cache la forêt ?

    De plus en plus de professionnels de santé mettent en garde sur le fait que l’hypersensibilité, qui n’est pas reconnue comme un trouble mental psychiatrique, pourrait bien être le symptôme de l’un d’entre eux. En effet, présentée comme un simple trait de caractère à dompter, l’hypersensibilité pourrait indiquer un état dépressif ou des troubles attentionnels, entre autres. Le compte Instagram La Minute Psy dénonce même une forme de désinformation de la part de certains coachs et thérapeutes, qui assurent que l’hypersensibilité peut être appréhendée en quelques séances. Dans son cabinet, Aude Dupuy, orthophoniste en Charente, reçoit de plus en plus de parents convaincus que leur bambin est hypersensible. « Très souvent, il y a un trouble plus grave, déplore-t-elle. Mais les gens préfèrent entendre que leur enfant est hypersensible plutôt que dépressif ou atteint d’un TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, ndr) ou d’un TSA (trouble du spectre de l’autisme, ndr) ou de troubles anxieux. »

    Elle recommande aussi de se méfier de l’effet Barnum, ce biais cognitif utilisé à des fins de manipulation qui consiste à nous laisser penser qu’une description générale des traits de personnalité s’applique précisément à notre propre personne. Il en va ainsi des listes et des tests qui prétendent regrouper les « symptômes » de l’hypersensibilité pour vendre des programmes de coaching. Dans les faits, tout le monde est susceptible de se retrouver, au moins en partie, dans ces énumérations qui incluent des lieux communs tels que le besoin d’amour, une forme d’altruisme ou la difficulté à faire certains choix. Autant d’aspects présentés comme des « signes » d’hypersensibilité qui sont, finalement, largement répandus. Résultat ? « Tout cela risque d’entraîner des retards de diagnostic », regrette Aude Dupuy. Ce qui est dommageable, puisque lorsqu’une pathologie est identifiée, il est possible d’orienter les gens vers le traitement ad hoc, qui peut relever de la psychologie ou de la psychiatrie. « Et, ainsi, améliorer leur quotidien », assure l’orthophoniste. Autant de raisons de ne pas minimiser une trop grande émotivité.

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  • La fiction pour éclairer sur des réalités de société

    Pourquoi utiliser de la fiction, plutôt que du documentaire par exemple, sur des sujets de la « vie quotidienne » ? Comment faire pour que cette fiction ait une portée pédagogique et que le sujet ne soit pas perçu que comme de la fiction ? Quels sont les écueils à éviter (devenir caricatural, augmenter les préjugés) dans cet exercice créatif ? Autant de questions auxquelles répondent les deux interviewés.

    Les gens du public viennent nous voir et nous disent, ça me fait du bien parce que j’ai l’impression que ça parle de moi.

    Sarah Marx, réalisatrice

    En 2023, Sarah Marx a réalisé deux courts-métrages en collaboration avec la Macif pour faire la lumière sur les troubles de la santé mentale. Le premier, La vie de Mia, porte sur la dépression avec l’actrice Virginie Ledoyen, le second, La vie de Samy, sur les crises d’angoisse avec l‘acteur Rayane Bensetti. Dans le cadre de ces films, elle a travaillé avec le Dr Mouchabak pour s’assurer de la véracité des éléments abordés.

    Il y a pas mal de personnes issus de minorités, dont les personne sen situation de handicap, qui disent aux cinéastes […] “Moquez-vous de nous! A partir du moment où vous vous moquez de nous, vous nous incluez”.

    Lucas Bacle, réalisateur

    Lucas Bacle a lui aussi collaboré avec la Macif sur un projet autour de l’invisibilisation des jeunes aidants : L’invulnérable, film dont le scénario est inspiré d’une histoire travaillée en collaboration avec de jeunes aidants et l’association Jade pour retranscrire au mieux leur réalité.

    La Macif soutient l’association Jade pour lutter contre l’invisibilisation des aidants.