Catégorie : Bien dans ma tête

  • Séparation : les dix phrases à ne pas dire à quelqu’un qui vient de rompre

    Séparation : les dix phrases à ne pas dire à quelqu’un qui vient de rompre

    Attention : les 10 phrases à ne pas dire

    « Un de perdu, dix de retrouvés »

    La formule vient de l’évangile selon Saint-Luc et de la parabole de la pièce perdue. Impossible de l’appliquer aux affres de l’amour donc.

    « Ça va aller, tu vas t’éclater sur les applis ! »

    Se distraire sur une application de rencontre n’est pas forcément la solution idoine pour surmonter la douleur d’une rupture. Il y a souvent un temps de deuil nécessaire à la fin d’une relation.

    « Tu es sûr que c’est vraiment fini ? Il n’y a aucune chance que vous vous remettiez ensemble ? »

    Le cadeau empoisonné qui entretient un espoir souvent illusoire et ne constitue pas un véritable soutien.

    « Je te l’avais dit que ça ne marcherait pas. »

    Une rupture amoureuse n’est pas le moment pour asséner ses vérités à une personne en souffrance.

    « Je ne l’ai jamais vraiment aimé de toute façon. »

    Dans un moment de tristesse, inutile d’avoir un avis ou une phrase de dénigrement inutile qui peut conduire à un sentiment de honte

    « Pour une fois que tu avais trouvé quelqu’un de bien. »

    Une phrase qui peut faire mal à un ego déjà endolori.

    « T’es encore jeune, tu as le temps. »

    Une phrase que vous avez suffisamment entendue quand vous étiez adolescent.

    « Arrête de pleurer, il y a pire dans la vie. »

    Il est vrai que la perspective d’une troisième guerre mondiale, c’est pire, mais bon.

    « Il n’était pas fait pour toi. Tu méritais mieux de toute façon. »

    Vous n’avez pas besoin d’un jugement même bienveillant à votre égard, juste d’un peu de soutien.

    « Si tu veux, je peux te présenter un copain (une copine) célibataire. »

    Est-ce vraiment bien le moment pour ce genre de suggestion ?

    L’avis de Julien Faugeras, psychologue clinicien et psychothérapeute

    Une rupture est toujours douloureuse. Dès lors, le rôle des amis est d’être présents sans juger. Un ami n’est pas là pour réparer la blessure causée par la rupture. Il ne doit pas non être dans l’excès et adopter une position paternelle ou maternelle. Il doit mettre des limites. Il doit aussi être capable de dire : « Tu me parles trop de ton ex. Je ne suis pas compétent pour écouter cela. » Si la douleur est trop intense et que les relations amoureuses malheureuses se répètent sans cesse, les phrases de consolation seront une pommade inutile. Dans ce cas-là, le meilleur conseil que vous pouvez donner à quelqu’un qui vient de rompre est de consulter un psychanalyste. Parfois, la douleur d’une rupture peut réveiller la plaie causée par une fracture ouverte depuis l’enfance comme la séparation à la mère. Dès lors, une cure psychanalytique peut permettre de soigner les blessures du passé en travaillant selon la méthode de libre association.

     

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    Séparation : les dix phrases à ne pas dire à quelqu’un qui vient de rompre

     

  • Comment lutter contre la dépression post-rupture ?

    Comment lutter contre la dépression post-rupture ?

    Une histoire de deuil et de sevrage

    « Je te quitte. » Trois mots qui suffisent à plonger leur auteur ou leur destinataire dans un long tunnel. D’après une étude de l’Insee datant de 2015, le nombre de séparations chez les couples âgés de 25 à 45 ans a augmenté entre 1993-1996 et 2009-2012, passant de 155 000 à 253 000 par an en France. En 2013, une personne sur trois avait déjà subi une rupture, et peut-être, l’ouragan émotionnel qui s’ensuit : « C’est un effondrement du système, tous les repères s’effondrent d’un coup », résume Véronique Kohn, psychologue « spécialiste de la relation amoureuse ». D’un point de vue psychique, la rupture s’apparente à un processus de deuil, avec des étapes similaires – déni, tristesse, colère, puis acceptation.

    Mais le chagrin d’amour est aussi une histoire de chimie. L’organisme est forcé d’opérer un véritable sevrage en se passant subitement de l’ocytocine, l’hormone de l’amour et de l’attachement, et de la dopamine, la molécule du plaisir ou « du bonheur ». Le corps est parfois mis à rude épreuve pendant ce que Véronique Kohn compare à une désintoxication : sueurs froides, crises d’angoisse, insomnies, manque d’appétit, voire insuffisance cardiaque aiguë si l’on souffre du syndrome de Takotsubo, également surnommé « syndrome des cœurs brisés ».

    Trouver des ressources

    Simon, 30 ans, a subi certains de ces symptômes il y a dix ans, pendant un échange universitaire en Argentine. Un week-end de retrouvailles, sa copine fait tomber le couperet, s’étant entichée d’un autre garçon. L’étudiant est en état de choc, il ne s’y attendait pas. Puis il se retrouve seul dans un pays dont il maîtrise encore à peine la langue. « Je me sentais vraiment au bout du monde, rejoue Simon, qui a passé plusieurs mois enfermé dans sa chambre, à ruminer. Je pleurais tous les soirs, je n’avais d’intérêt pour rien… j’avais l’impression que ma vie était foutue. »

    Un discours que Valérie Kohn entend régulièrement lors des consultations individuelles ou des groupes de parole qu’elle organise. « Il faut veiller à ne pas s’isoler, car on reste avec des pensées envahissantes et on les alimente. Ce qui aggrave notre cas et nous enfonce », prévient la psychologue. Au bout de trois mois, aidé par un ami, Simon se met finalement « un coup de pied au cul », déterminé à ne pas gâcher son séjour universitaire tant attendu. « Une sorte de révolte contre moi-même alors que je n’avais aucune énergie », confie-t-il. Le jeune garçon se plonge dans diverses occupations – sorties, cours, club de foot, excursions à travers le pays. « J’ai commencé à mieux m’intégrer, à découvrir la ville et à rencontrer d’autres gens. Finalement, la rupture a été décisive pour que je me débrouille seul. Je me sentais plus libre. Et j’ai fini par rencontrer quelqu’un d’autre », raconte Simon.

    Les moyens trouvés pour aller de l’avant sont nombreux. Julien, quitté quelques mois avant son mariage, s’est débarrassé de toutes les affaires de son ex, puis a déménagé dans une autre ville. Emilie a taillé la route et a ouvert un blog de voyage. Vincent s’est lancé dans la fabrication de meubles. Lucie a démarré la salsa. Amélie, l’écriture. Certains se réconfortent avec les podcasts S’aimer comme on se quitte de Lorraine de Foucher ou Chagrins d’amour de Marie Gouillier.

    Renverser la vapeur

    « Si on fait un vrai travail d’introspection et qu’on questionne sa part de responsabilité, la rupture est une expérience intéressante à traverser. On peut en tirer profit », assure Véronique Kohn, qui voit la rupture comme une « crise évolutive ». En 2014, l’artiste Allison L. Wade a transformé en œuvres d’art des textos de rupture dans son exposition It’s not you (Ce n’est pas toi) présentée à New York. Des chanteuses comme Shakira ou Miley Cyrus ont également tiré parti de leurs déceptions amoureuses. Le titre « Music sessions, Vol. 53 » de la Colombienne, destiné à son ex-mari, est devenu la chanson la plus écoutée de Spotify au moment de sa sortie en janvier 2023. Le morceau « Flowers », lui, a rapporté un Grammy à son interprète américaine. Si Simon n’a pas remporté de prix, il est tout de même sorti gagnant de sa rupture. « Ça a ouvert la porte vers un nouveau chapitre très différent de ma vie. Je ne regrette rien », conclut celui qui est désormais père de famille et heureux en couple. Preuve que la fin d’une ère marque toujours le début d’une autre.

     

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    Comment lutter contre la dépression post-rupture ?

     

  • Dépression post-partum : comment se faire aider et pourquoi ?


    Dépression post-partum : comment se faire aider et pourquoi ?


    « J’avais accouché quelques semaines auparavant, mais entre la découverte de la maternité, le tourbillon des visites et le manque de sommeil, je n’avais pas eu le temps de me poser. Quand je me suis retrouvée seule et un peu plus au calme, j’ai réalisé que ce que je pensais être un simple baby blues passager dû à une chute d’hormones était plus profond : la tristesse me collait littéralement à la peau et je n’arrivais pas à en sortir. » Rosie, 33 ans, a accouché de son premier bébé, une petite fille. Après avoir essayé de faire face seule à ce qu’elle n’arrivait pas encore à nommer, elle s’est décidée à parler à une doula qu’une amie lui avait conseillée. Après plusieurs semaines de suivi avec Christelle Saguon, elle commence à s’en sortir et arrive enfin à mettre des mots sur ce qui lui est arrivé.

    Savoir repérer et anticiper les symptômes

    Manque d’énergie, difficultés à s’occuper de son bébé, perte de plaisir, profonde tristesse sans raison apparente, pensées négatives et difficultés à dormir sont autant de signes avant-coureurs du post-partum. Si cette dépression peut s’expliquer en partie par des causes physiologiques, elle peut aussi être déclenchée par les énormes changements de vie provoqués par l’arrivée du bébé. Il faut absolument la traiter sous peine de voir les symptômes s’aggraver, puisque le suicide serait la deuxième cause de mortalité post-partum : tous les mois, une femme se suicide au cours de la première année de vie de son bébé. D’où la nécessité que l’entourage soit vigilant et attentif : il ne faut jamais minimiser la souffrance d’une jeune mère.
Une fois le diagnostic posé, il faut ensuite trouver un espace de parole bienveillant pour pouvoir verbaliser et apaiser les angoisses. La prise en charge est nécessaire, car si les symptômes peuvent s’apaiser, ils ne disparaissent pas.

    Vers qui se tourner et quand ?

    Généralement, il faut une petite année pour que tout aille bien. « Les femmes qui souffrent de dépression post-partum peuvent se tourner vers plusieurs professionnels de santé, comme les doulas, les sages-femmes, leur médecin traitant, le centre de PMI le plus proche ou encore un ou une psychologue. Mais on peut aussi avoir envie d’en parler avec d’autres jeunes parents, par exemple dans un lieux d’accueil parent-enfant», témoigne Christelle Saguon, doula qui a suivi Rosie et qui accompagne des femmes du projet de naissance au post-partum. « Ce qu’il faut aussi savoir, c’est que beaucoup de choses se jouent bien avant l’accouchement. S’informer en amont pour mieux se préparer à la parentalité aide à vivre ce moment de bouleversements profonds et intimes qu’est l’arrivée d’un enfant, et cela suffit parfois pour éviter une dépression post-partum », continue-t-elle. Accepter que l’accouchement ne se passe pas toujours comme prévu dans le projet de naissance, que les suites de couche nécessitent un temps d’adaptation, que le lien avec le bébé ne se fait pas forcément immédiatement, qu’il faut réorganiser sa vie entièrement, sont autant de choses auxquelles il faut réfléchir.

    Des dispositifs d’accompagnement divers

    Plusieurs dispositifs d’accompagnement existent : les femmes désireuses d’en parler peuvent faire le point sur ce qu’elles ressentent pendant les deux entretiens prévus par l’Assurance Maladie (entretien prénatal précoce du quatrième mois et entretien post-natal précoce entre la quatrième et la huitième semaine après l’accouchement). 
Il est fortement recommandé de participer aux séances de préparation à la naissance et à la parentalité, même si on a déjà eu un enfant. La communication au sein du couple aussi est primordiale, notamment sur la nouvelle organisation du quotidien. Se dire ce qu’on peut accepter et ce qu’on ne peut pas, quand sa propre limite est atteinte, ne pas hésiter à demander de l’aide sont des clés pour éviter l’installation de la dépression. Enfin, s’informer sur les besoins d’un nouveau-né, son sommeil et ses pleurs, afin de mieux savoir comment y répondre. « Je n’arrivais pas à accepter que ma fille pleure et que je ne puisse pas immédiatement trouver ce qui la dérangeait. J’ai appris grâce à ma doula que les pleurs étaient aussi le seul moyen de communication des nouveau-nés, et que tout ne pouvait pas entièrement dépendre de moi, que mon conjoint aussi pouvait prendre le relais et s’en occuper, parfois même aussi bien ! », ajoute Rosie.
L’arrivée d’un bébé, ce sont des moments magiques, mais pas uniquement, et pour mieux les vivre, y penser avant et en parler à son conjoint sont importants. « Il faut savoir que la dépression post-partum a un impact sur la qualité de vie de la personne qui en souffre, et souvent aussi sur sa relation de couple. Il ne faut pas laisser traîner, d’autant plus que soignés, les symptômes peuvent s’éloigner très vite : en quelques jours à quelques semaines ! », conclut Christelle.

    Vous avez besoin d’aide ?

    Allo parents bébé au 0 800 00 34 56 – Du lundi au vendredi de 10h à 13H et de 14h à 18h. Des professionnels de la petite enfance sont à votre écoute. Numéro vert national anonyme et gratuit créé par l’association Enfance et Partage.

    Vous êtes futurs ou jeunes parents ?

    Alors que votre famille s’agrandit, la Macif vous accompagne au quotidien dans cet incroyable moment de vie.

  • Notre capacité d’attention est-elle en déclin ?

    Notre capacité d’attention est-elle en déclin ?

    Dès 2015, une étude de Microsoft s’inquiétait de la chute de notre capacité d’attention, passée de 12 à 8 secondes depuis l’an 2000. Dit comme ça, rien de bien concret. Ce qu’il faut plutôt retenir c’est que ce temps de concentration serait inférieur d’une seconde à celle du poisson rouge, comme le souligne en 2019, Bruno Patino dans La Civilisation du poisson rouge. Notre ami à branchies a beau être l’un des animaux préférés des Français, la comparaison est peu flatteuse.

    « Ce qui compte, ce n’est plus de ne manquer de rien, mais de ne rien manquer »

    À quoi est due cette dégringolade ? L’abus général de technologie, le flux constant de suggestions, de notifications, de messages et autres images est souvent mis en cause. Si l’augmentation du nombre de chaînes de télévision a commencé le travail, la multiplication des usages numériques dans nos vies – à savoir Internet, smartphones et réseaux sociaux dont nous sommes tous consommateurs – s’est chargée du reste. Plus simplement : l’attention s’est dégradée à mesure que l’offre digitale et culturelle a augmenté. Dans son livre La Magie de la concentration, publié en 2020, le chercheur au Centre de recherche en neurosciences de Lyon, Jean-Philippe Lachaux aboutit à la même conclusion : « Face à une diversité hallucinante de sources d’information et de distraction, et de choses “à faire”, notre cerveau s’organise pour couvrir le maximum de terrain possible et maximiser “le gain”, comme un glouton découvrant les vingt buffets gratuits d’un navire de croisière, écrit-il. Il s’en met plein la bouche pour ne rien rater, et tant pis si les sushis viennent se mélanger au bœuf bourguignon. Ce qui compte, ce n’est plus de ne manquer de rien, mais de ne rien manquer. » Le chercheur compare alors l’attention à une fourchette, servant à avaler tout ce contenu. Mais, sursollicité, le couvert pourrait finir par se casser.

    Dans une interview pour 20 minutes, en 2021, le même chercheur indiquait que pour traiter des contenus numériques, le système cérébral réquisitionné fonctionne comme celui des drogues dures : le circuit de la récompense. « Quand les choses se prolongent et sont monotones, elles ne le stimulent pas assez », précise-t-il au média. Dans son ouvrage, le chercheur est formel : « Oui, nous vivons bien une crise de l’attention. » Pour ce qui est des symptômes, on observe souvent les mêmes : le zapping, la surcharge mentale, la sensation de pression permanente ou encore l’impression de rester à la surface des choses, de ne pas être là. Les adolescents possèdent même un acronyme utilisé principalement sur les réseaux sociaux ou sur les forums et illustrant un faible niveau d’attention : TLTP, répondent-ils lorsqu’un message dépasse trois lignes. Ce qui signifie : « Trop long, pas lu ».

    L’attention comme une disponibilité, une écoute

    Pour Jean-Philippe Lachaux, le risque d’un tel déclin est de voir apparaître dans cinquante ans, une société « complètement dépressive », car « coupée de satisfactions profondes ». Une projection que la journaliste italienne Lisa Iotti, auteure du livre 8 secondes. Voyage dans l’ère de la distraction, partage : « On se retrouverait à accumuler des millions de données sans savoir les trier correctement et les assimiler. La connaissance, ce n’est pas accumuler des données, mais être capable de les filtrer. Savoir distinguer ce qui est juste, ce qui est important, de ce qui ne l’est pas. » Comme la philosophe française Simone Weil, Lisa Iotti considère l’attention comme une disponibilité, une écoute. Sans elle, comprendre foncièrement l’autre – sa souffrance, son bonheur – relèvera du défi. « On ne pourra plus vibrer les uns avec les autres », déplore-t-elle.

    Heureusement, Bruce Morton, chercheur au Brain & Mind Institute de l’Université de Western Ontario, est plus optimiste. Selon lui, notre cerveau ne serait pas en régression, mais simplement en train de s’adapter au nouveau contexte dans lequel il vit. Qui vivra, verra. D’ici là, « il est devenu urgent d’éduquer l’attention, renchérit Jean-Philippe Lachaux dans son ouvrage. C’est un enjeu majeur de santé publique, tout simplement. » Pour le chercheur, éduquer l’attention signifie « faire comprendre aux plus jeunes, mais aussi à leurs aînés, ce qu’est l’attention, comment elle fonctionne, quels en sont les mécanismes et comment l’apprivoiser, comment jouer avec elle, et surtout, comment la maîtriser ». Pour cela, il a créé le projet ATOLE (Attentif à l’école) afin de former des professeurs qui à leur tour, amélioreront l’attention de leurs élèves.

    Prévenir, c’est bien. Mais peut-on guérir ? Selon la neuroscientifique Amishi Jha, professeure à l’université de Miami qui, depuis une vingtaine d’années, étudie les mécanismes de l’attention, tout est question d’entraînement. Elle suggère d’effectuer quatre exercices – d’au moins 12 minutes – par jour, cinq jours par semaine, pendant quatre semaines. Au menu : la « respiration concentrée », le « scan du corps », l’observation dite « ouverte » et enfin, un exercice d’empathie. « Nous avons découvert qu’en pratiquant ces exercices quotidiennement, même lors d’une période de stress élevée, les capacités attentionnelles ne se dégradaient pas et pouvaient chez certains s’améliorer », a-t-elle déclaré en 2022, à Santé Magazine. Tout n’est donc pas perdu.

  • La solitude est-elle un danger pour la santé ?

    La solitude est-elle un danger pour la santé ?

    L’isolement social et la solitude, deux notions différentes aux conséquences similaires et “graves pour la santé et le bien-être” selon l’OMS qui a lancé une alerte fin 2023. « L’isolement social, à savoir une insuffisance de relations sociales, et la solitude, c’est-à-dire la douleur sociale liée au fait de ne pas se sentir en lien avec autrui, sont très répandus. » D’après les chiffres, le sentiment de solitude, qui peut survenir même lorsqu’on est entouré, concerne près d’un quart de la population adulte mondiale et 5 à 15 % des adolescents.

    Des conséquences sous-estimées

    Pourtant, ni l’un ni l’autre ne sont considérés comme une maladie, et leurs conséquences communes sur la santé sont souvent sous-estimées. Notamment leur lien avec l’apparition de nombreux troubles, tels que l’anxiété, la dépression et la démence, qui peuvent mener jusqu’au suicide et « augmenter de 30 % le risque de maladie cardiovasculaire ». Selon plusieurs études citées par l’OMS, « le manque de liens sociaux entraîne un risque de décès précoce équivalent, voire supérieur, à d’autres facteurs de risque mieux connus, tels que le tabagisme, l’abus d’alcool, l’inactivité physique, l’obésité et la pollution de l’air ».

    Nicolas Neveux est psychiatre et psychothérapeute, concepteur du site e-psychiatrie.fr et auteur de Pratiquer la thérapie interpersonnelle (Dunod, 2021). Il rappelle que la cause de ces pathologies physiques n’est pas l’isolement en tant que tel, mais la réaction de l’individu : « Généralement, les gens isolés sont moins actifs, ont une moins bonne hygiène de vie, prennent du poids et compensent par exemple en fumant. »

    La solitude en hausse en France

    La France est loin d’être épargnée. Une étude de la Fondation de France parue en 2022 estime que 20 % des adultes, soit 11 millions, souffrent de solitude. Un chiffre en hausse puisqu’ils étaient 18 % en 2020 et 13 % en 2018, selon une étude de l’IFOP pour l’association Astrée, spécialisée dans l’accompagnement des personnes souffrant de solitude. Celle-ci relève que certaines catégories sont plus touchées, dont les adolescents, les célibataires, les actifs en télétravail et les personnes en situation de précarité économique. Dans son Baromètre de la Solitude 2022, l’association SOS Amitié, qui propose un service d’appel et de messagerie d’urgence pour les personnes en souffrance psychologique, souligne que les femmes représentent 60 % des appels reçus.

    Si l’OMS s’attelle aujourd’hui à ce problème, c’est en partie, car la pandémie de Covid-19 et ses longues périodes d’isolement ont été le théâtre de l’explosion du mal-être psychologique. Ghislaine Desseigne, présidente de SOS Amitié, note que « dès le début de la pandémie, les appels à nos services ont connu une hausse de 30 %, qui ne s’est toujours pas résorbée ». Sur 3 300 000 appels en 2022, les 1 800 écoutants ont pu en décrocher 580 000. La solitude est le deuxième motif le plus évoqué, derrière la souffrance psychique. « Avant le Covid, la solitude arrivait en premier. Mais son recul n’est pas une bonne nouvelle, car ce sont désormais ses conséquences, l’anxiété et la dépression, entre autres, qui prédominent », déplore la présidente.

    Recréer du lien social

    Heureusement, ni l’isolement social ni le sentiment de solitude ne sont des fatalités. L’association Astrée accompagne et aide les personnes à faire face, quel que soit leur âge. « Nous les écoutons sans jugement, et essayons de leur redonner confiance en elles pour qu’elles reprennent leurs vies en main en toute autonomie », explique Valérie Darbois, responsable de la coordination. « Souvent, une thérapie est indispensable », commente le Dr Nicolas Neveux, qui utilise les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) et la thérapie interpersonnelle (TIP) pour aider ses patients à sortir de l’isolement : « Ces deux techniques sont les plus indiquées, la première aide à supprimer les croyances limitantes, et la seconde permet d’identifier les mécanismes dysfonctionnels dans les relations et d’aider le patient à les corriger. »

    Associations comme médecins le répètent : il faut recréer du lien social. En traitant les conséquences, mais aussi via la prévention. C’est le parti pris d’Astrée, qui propose des campagnes de sensibilisation dans les collèges pour apprendre aux élèves à repérer leurs camarades en difficulté.

    Cette année, 4 420 élèves d’une vingtaine de collèges ont été sensibilisés : « Souvent, ils se portent volontaires pour aider leurs camarades à l’issue de nos séances. C’est par l’éducation que nous allons créer un monde plus bienveillant. » De son côté, l’OMS a annoncé la création d’une commission de trois ans sur le sujet. Sa mission : promouvoir des solutions en faveur du lien social.

  • « La santé mentale est une question qui nous touche tous »

    « La santé mentale est une question qui nous touche tous »

    Qu’entend-on exactement par santé mentale ?

    Stéphane Mouchabac : C’est un déterminant majeur de la santé. Selon la définition de l’OMS, la bonne santé mentale est un « état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive, et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté ». Il faut cependant avoir à l’esprit que la bonne santé mentale va au-delà de la simple absence de troubles mentaux. Elle représente aussi un état optimal de fonctionnement émotionnel, psychologique et social, caractérisé par la capacité à gérer efficacement le stress, à maintenir des relations positives, à prendre des décisions éclairées, à développer des compétences pour résoudre les problèmes et à s’adapter aux changements de la vie. De nombreux facteurs déterminent la santé mentale : ils incluent des aspects socio-économiques, biologiques, environnementaux et notamment les conditions de travail. Cependant, il est possible d’adopter des stratégies et des interventions très variées, économiquement efficaces, pour promouvoir, protéger et rétablir la santé mentale. L’exemple de la dépression est frappant : le handicap qu’elle génère est le plus important parmi toutes les pathologies dans nos sociétés modernes. C’est-à-dire que le coût en années de vie perdues à cause du handicap est supérieur à celui des maladies cardiovasculaires, du diabète ou des cancers !

    Est-ce que les Français sont préoccupés par leur santé mentale ?

    Jean-Victor Blanc : La santé mentale est une question qui nous touche tous. Près de 3 Français sur 10 (29 %) nous confient avoir au moins une fois été atteints de troubles psychiques comme la dépression, les addictions, le burn-out l’anxiété ou les troubles bipolaires, ou encore par des idées suicidaires(1). Plus largement, 47 % de nos concitoyens déclarent avoir dans leur entourage proche (37 %) ou élargi (32 %) une personne ayant déjà été atteinte de troubles psychiques. Au total, plus d’un Français sur deux (53 %) est donc concerné par les troubles psychiques, directement ou par le biais d’un proche.

    Stéphane Mouchabac : Nous pensons que nous sommes préoccupés par nos états mentaux depuis toujours. Mais dans de nombreux cas, les maladies psychiques touchant la santé mentale sont perçues de manière négative, et les individus concernés se longtemps retenus d’en parler. Aujourd’hui, on encourage les personnes à en parler, à consulter, surtout les jeunes.

    Y a-t-il eu une évolution ces dernières années ?

    JVB : Les prises de parole de personnalités publiques et les œuvres culturelles sont indispensables pour sortir des tabous qui entourent encore la santé mentale. C’est quelque chose qui n’existait pas il y a 20 ans, une révolution qui vient de commencer. Lorsqu’une personnalité atteinte de troubles psychiques s’exprime à ce sujet et explique son parcours de rétablissement, c’est une puissante source d’espoir pour toutes les personnes concernées. En prime time sur TF1 en janvier 2022, Stromae n’avait pas hésité à chanter face caméra son titre « L’Enfer », révélant ses idées suicidaires à des millions de téléspectateurs. Cet évènement et le succès du titre ont marqué les Français. Le chanteur est en effet cité en tête des personnalités qui ont le plus contribué à comprendre les problèmes de santé mentale. Malgré cela, la santé mentale est encore un sujet tabou pour 70 % des Français et seulement 36 % d’entre eux osent partager leurs préoccupations concernant leur santé mentale avec leurs proches.

    La santé mentale est devenue un enjeu de société ?

    SM : Cela l’a toujours été ! Sauf que cet aspect prioritaire n’est peut-être pas accepté par tous. C’est une composante essentielle de la santé globale et l’OMS dit bien « qu’il n’y a pas de santé sans santé mentale ». C’est aussi un indicateur de l’état de nos sociétés !

    JVB : Aujourd’hui, ce qui est encourageant c’est qu’on n’a jamais autant parlé de la santé mentale que dans notre société et c’est vrai qu’il y a un vrai facteur générationnel autour des moins de 30, 35 ou 40 ans, qui parlent beaucoup plus librement du sujet. Finalement, la santé mentale devient un enjeu de société comme peuvent l’être l’écologie ou les questions de genre, de féminisme. On voit que ça concerne beaucoup de monde et que beaucoup de monde a quelque chose à dire sur le sujet. La conséquence de tout cela est qu’aujourd’hui, 88 % des Français estiment ainsi que la santé mentale n’est pas moins importante que la santé physique, 86 % jugent que la dépression est une maladie et 73 % que les problèmes de santé mentale ne sont pas une manière d’attirer l’attention, mais de véritables troubles.

    Comment les outils numériques peuvent être utilisés au service de la santé mentale ?

    SM : Les nouvelles technologies s’insèrent dans ce que nous appelons la e-santé. La e-santé englobe toutes les activités liées à la santé qui reposent sur les technologies de l’information et de la communication. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la e-santé est définie comme l’ensemble des « services numériques dédiés au bien-être individuel ». Nous voyons qu’il existe plusieurs niveaux d’utilisation. Pour augmenter l’accessibilité aux soins, en cas de déficit de praticiens ou d’accès difficile, les modèles de téléconsultation sont très pertinents. Mais ce qui est porteur d’espoir repose surtout sur l’intégration de l’IA dans nos pratiques.

    Les possibilités d’application de l’intelligence artificielle en psychiatrie incluent :

    • L’exploration de vastes bases de données pour dégager de nouvelles orientations de recherche clinique ou thérapeutique. L’analyse prédictive à partir de données diversifiées : passage à un état pathologique, tentatives de suicide, réponses au traitement, rechutes précoces.
    • L’aide au diagnostic : utilisation de l’IA pour analyser des biomarqueurs avec une spécificité accrue, permettant un affinement de la sémiologie différentielle, et l’identification des sujets à risque pour des interventions précoces.
    • Les agents conversationnels : analyse des symptômes et des émotions, ainsi que la fourniture d’une assistance thérapeutique.
    • Les traitements personnalisés : intégration des données individuelles pour proposer des options thérapeutiques plus adaptées. Un grand nombre de ces technologies sont innovantes et induisent des changements significatifs.

    (1) enquête Culture Pop & Psy réalisée en partenariat avec Doctolib et Odoxa

  • Loin des clichés, les bienfaits des jeux vidéo

    Loin des clichés, les bienfaits des jeux vidéo

    Le jeu vidéo, bouc émissaire

    « On a le sentiment, parfois, que certains d’entre eux vivent dans la rue les jeux vidéo qui les ont intoxiqués. » À l’été 2023, en marge des émeutes suite à la mort de Nahel, Emmanuel Macron signait ce constat un brin cliché, et déjà exprimé en France, ou ailleurs. Aux États-Unis, la thèse des jeux vidéo qui rendent violent ressort à chaque fusillade de masse. « Il n’y a aucune preuve légitime qui le prouve », balaye pourtant Milan Hung, psychologue clinicienne, spécialisée dans les usages du numérique et du jeu vidéo.

    Membre de l’observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique, elle reprend : « Le contraire a été prouvé par de nombreuses études. Avec un jeu vidéo, on exprime une agressivité courte et temporaire, comme l’on peut exprimer de la tristesse devant un film. Politiquement, le jeu vidéo a été utilisé comme bouc émissaire. C’est plus facile de critiquer les jeux vidéo que la politique vis-à-vis des armes à feu… » En vérité, les études prouvent que les jeux vidéo regorgent de bienfaits.

    Une heure de Call of Duty® par jour

    « Les jeux vidéo abrutissants » rendent en vérité plus intelligent, amorce Milan Hung : « On a eu beaucoup de preuves conséquentes sur les bienfaits cognitifs des jeux d’actions et de stratégie en temps réel. Les études se sont notamment penchées sur Call Of Duty® ou Starcraft II®. Cela a démontré que ce genre de jeu, sur une heure, améliore les compétences d’analyses, de réflexes, et d’attention focalisée. »

    Dans la pratique, les accros à la manette confirment, à l’image de Magalie, mère de famille accro à World Of Warcraft® (WoW, pour les initiés) : « Cet aspect cérébral est central à mes yeux, puisqu’il faut faire des quêtes, lire, chercher, réfléchir. » À tel point qu’avec son conjoint, cette infirmière a décidé de faire des jeux vidéo un pilier de l’éducation de ses trois enfants : « On est ouvert aux jeux vidéo, qui ont un vrai côté éducatif, d’apprentissage, notamment dans des jeux de réflexions où il faut chercher des solutions, à des jeux stratégiques, éducatifs, des mondes ouverts comme ceux de Mario, ou des jeux de construction comme Lego ou Minecraft. »

    Cette part de réflexion, c’est aussi ce qui a séduit Quentin, 32 ans, féru des jeux de stratégie et de gestion : « Dans ces jeux, tu n’es rien et tu crées tout. Il faut aller vite, mais pas trop, pour développer sa civilisation, son personnage. Quand tu gagnes, il n’y a aucune part de chance, c’est du mérite. » Cet ancien sportif de haut niveau y retrouve même l’adrénaline qu’il ressentait auparavant dans les piscines. Pour Loris, journaliste, jouer est aussi un outil pour… mieux travailler : « Les jeux de stratégie demandent une certaine réactivité entre la prise de décision et le timing, ça aide à analyser des situations en gardant son sang-froid, sans s’emballer. J’ai beaucoup progressé là-dessus, c’est utile quand je suis sous pression au travail. »

    Bijoux de culture

    Autre bénéfice des jeux vidéo : leur richesse culturelle. « Le jeu vidéo est vu à tort par certains comme un appauvrissement de la culture. L’exemple le plus frappant, c’est Assassin’s Creed Origins® », rappelle la psychologue Milan Hung. Les jeux historiques fourmillent en effet de détails, au point que Quentin, diplômé en histoire à l’université, assure « avoir plus appris sur Age of Empire® que dans certains amphis ». Loris, lui, a « du mal à accrocher à un jeu si c’est uniquement divertissant », et confie même n’avoir « aucun mal à pleurer devant un jeu vidéo, de la même manière que devant un film ».

    Outils de socialisation

    Enfin, les jeux vidéo sont vecteurs d’une sociabilité nouvelle, loin du cliché du joueur enfermé dans sa chambre. « Il peut aussi être un refuge face à des réalités parfois violentes, traumatisantes. Quand on n’arrive pas à créer des liens sociaux dans la réalité, les jeux vidéo peuvent pallier cette socialisation manquée », explique Milan Hung. Nos trois témoins affirment d’ailleurs tous avoir noué des amitiés fortes grâce aux jeux vidéo, d’abord en ligne, puis IRL (In real life, dans la vraie vie, ndr). « Le confinement a renforcé l’aspect social, je n’ai jamais autant joué en ligne avec des gens, parce qu’on était privé du contact physique », abonde Loris.

    « C’est d’ailleurs une excellente manière de dialoguer avec les patients, mais aussi entre parents et enfants », conseille Milan Hung. Elle ajoute : « Il faut s’y intéresser. Inscrire son enfant au théâtre ou au foot, et ne jamais aller le voir serait tout aussi grave que de ne pas parler de jeux vidéo avec lui. » Si le sujet reste teinté de nombreux clichés, les jeux vidéo n’ont en réalité jamais été aussi bénéfiques qu’aujourd’hui.

    Le 16 septembre dernier, le président Emmanuel Macron a d’ailleurs fait machine arrière sur X, en publiant un long plaidoyer pour les jeux vidéo, « une chance pour la France, pour notre jeunesse et son avenir, pour nos emplois et notre économie ».

  • L’importance du sourire dans les interactions sociales

    L’importance du sourire dans les interactions sociales

    Un outil de communication

    Le sourire aiderait à engager la conversation avec quelqu’un, à désamorcer des conflits ou à donner une meilleure image de soi en société. « On sourit rarement tout seul, souligne David Le Breton, chercheur spécialisé dans l’anthropologie du corps. Si on le fait, c’est généralement qu’on pense à quelqu’un ou à quelque chose d’autre. » Une invitation à l’échange, un moyen de communiquer, même quand on n’a pas les mots. Marie I., psychologue en PMI et en Établissement d’accueil de la petite enfance (EAPE), se définit comme quelqu’un de très souriant. Il faut dire que pour elle, le sourire est quasiment un outil de travail : il l’aide à entrer en relation avec les tout-petits, mais aussi à détecter d’éventuels problèmes. « Je suis toujours rassurée quand je vois un bébé me donner un sourire en réponse, raconte-t-elle. Je surveille ce sourire : c’est un signe de bon développement psychologique. »

    Un remède bon pour le corps et pour la tête

    L’acte de sourire, qui nécessite d’activer dix-sept muscles en même temps, aurait de nombreux bienfaits sur la santé : réduction du cortisol (« l’hormone du stress »), régulation de la tension artérielle ou encore, réoxygénation des cellules. Surtout, il libère de l’endorphine, également surnommée « l’hormone du bonheur ». Au point que certains professionnels de santé vantent les mérites de la « thérapie par le sourire », dont le principe est très simple : se sourire à soi-même quotidiennement devant le miroir.

    Toutefois, David Le Breton, auteur de l’ouvrage « Sourire : anthropologie de l’énigmatique », préfère nuancer le caractère absolument positif de ce geste : « Il peut avoir des tonalités très différentes : il y a des sourires de mépris, de supériorité, d’accueil ou de bienvenue. Il ne faut pas le prendre comme un singulier, mais comme un terme à toujours voir au pluriel. Ce qui détermine sa signification, c’est le contexte dans lequel il apparaît », resitue l’anthropologue.

    Une question d’imitation

    Le sourire s’apprend par mimétisme dès la naissance. « Les bébés sont programmés pour décrypter les visages humains et y répondre », résume Marie I. C’est notamment grâce aux neurones miroirs, essentiels dans la compréhension des intentions et des émotions d’autrui que le sourire devient contagieux. À l’inverse, difficile d’établir des relations sociales lorsque ces zones du cerveau fonctionnent mal. Pour exemple, un enfant atteint d’un trouble du spectre autistique aura peut-être du mal à reconnaître les expressions faciales, et donc, à entrer en relation avec les autres. « Un cercle vicieux, poursuit Marie I. On constate aussi un désintérêt de certains parents face à un enfant qui n’est pas dans l’interaction. »

    Une expérience datant des années 1970, intitulée « The still face experiment » (« l’expérience du visage impassible » en français), montre que lorsqu’une mère, face à son enfant, se fige et présente un visage inexpressif pendant deux minutes, le bébé montre des signes d’inquiétude et cesse également d’interagir. Avant de pleurer à chaudes larmes. « Heureusement, on ne mène plus ce genre d’expériences, rassure Marie I. Mais on voit bien la détresse affective provoquée. Cela marche dans les deux sens : le sourire est aussi la récompense du parent qui s’occupe de l’enfant. »

    On ne sourit pas qu’avec la bouche

    Pendant la crise sanitaire, la psychologue a eu la bonne surprise de constater que les tout-petits parvenaient encore à distinguer son sourire, même masqué. « Je pense qu’ils ont su repérer d’autres signes qui montrent que l’adulte est en relation positive avec eux », analyse-t-elle. La bouche, les yeux, la voix ou la posture, le sourire mettent en jeu le corps tout entier. « De manière moins forte que le rire », précise David Le Breton, qui a également publié une Anthropologie du rieur. Pour lui comme pour la psychologue, le rire serait une sorte de prolongement du sourire, avec un pouvoir supérieur. En y repensant, Marie I. ne peut s’empêcher de rigoler : « Le rire d’un bébé a quelque chose de délicieux. Il est tellement communicatif qu’il peut contaminer tous les adultes, même les plus ronchons. C’est l’arme ultime. »

  • Vers qui se tournent les ados pour parler de leurs problèmes ?

    Vers qui se tournent les ados pour parler de leurs problèmes ?

    L’ado qui va mal, dans l’imaginaire collectif, relève presque de la banalité. Cheveux gras, humeur lunatique, insolence… Cette crise qu’hommes et femmes traversent à la puberté est un topo parfaitement intégré. Au-delà d’une série de changements corporels, l’adolescence marque par son lot d’angoisses. Les adultes ont beau répéter que « ça va passer », que « c’est qu’une période » et que « ça ira mieux après », personne n’y croit. Les peurs sont diverses et parfois se rallient entre elles : peur d’être rejeté, peur d’abandon, peur de l’échec, peur d’être différent, peur de l’avenir… Comme le disait si bien François Truffaut : « L’adolescence ne laisse un bon souvenir qu’aux adultes ayant mauvaise mémoire. »

    Plus de quatre ados sur dix touchés par des troubles anxieux

    Sauf que voilà : depuis les confinements, pédiatres et pédopsychiatres ne cessent d’alerter sur la dégradation mentale des jeunes. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : ils sont plus de quatre sur dix à être touchés par des troubles anxieux(1). Comment l’expliquer ? D’abord, il y a l’actualité. « Depuis trente ans, le champ sémantique de la “crise” irrigue les discours politiques et alimente les flashs infos. Qu’il s’agisse d’économie, de terrorisme ou de pandémie, les crises se succèdent indéniablement. Les adolescent·e·s d’aujourd’hui sont les enfants de ces secousses », écrit la Fondation Jean-Jaurès. Sans surprise, l’état de la planète et de la nature préoccupe les jeunes : 54 % d’entre eux se déclarent stressés lorsqu’ils en entendent parler. Même pourcentage pour ce qui est des violences faites aux enfants. « Perso, mon stress concerne plus les études, confie Jeanne, lycéenne âgée de 17 ans. Surtout lorsque tu es en dernière année de cursus. Tous les ans, on a droit à une nouvelle réforme qui change tout notre planning. Les profs nous mettent la pression, on ne se sent pas soutenu. Ça nous stresse et surtout, on ne sait pas vers qui se tourner – à part nos ami·e·s qui sont dans la même situation… Bref, c’est la galère. »

    « C’est la honte d’aller voir la psychologue scolaire »

    L’adolescente reconnaît quelques avancées, notamment pour la sexualité : « Récemment, un grand van s’est installé dans la cour du lycée. On pouvait se renseigner, poser des questions. Et si on avait des problèmes, on pouvait aussi en parler. » Malheureusement, ce progrès se voit terni par un autre sujet : le harcèlement scolaire. Selon les dernières statistiques publiées en 2023, entre 800 000 et 1 000 000 d’élèves seraient victimes de harcèlement chaque année, soit 6 à 10 % des effectifs. Alarmant. « Dans mon ancienne classe, une fille se faisait harceler par des camarades, regrette Jeanne. Mais elle n’a jamais rien dit, on ne l’a su qu’en fin d’année qu’elle avait quitté le lycée en raison de ce harcèlement. » Si le mal-être appelle à la parole, à la verbalisation, encore faut-il avoir conscience du problème. « Un trait saillant de notre enquête est l’absence de prise de conscience de la nécessité d’un suivi psychologique chez les adolescent·e·s, écrit la fondation Jean-Jaurès. Pire peut-être, ils ou elles déclarent même aller relativement bien. » Dans les rares exceptions où l’adolescent·e reconnaît son anxiété, il ou elle choisira d’abord de se confier à ses proches : 56 % affirment ainsi parler à leurs parents, 58 % déclarent se tourner vers leurs amis.

    Pour Jeanne, ce sont les ami·e·s avant tout. « Ça dépend des personnes, mais j’ai l’impression que beaucoup de jeunes préfèrent cacher des choses à leur famille. Pour parler de nos problèmes, on privilégie les ami·e·s, et on évite les adultes. » Pas étonnant donc, d’apprendre que plus de huit adolescent·e·s sur dix en situation de mal-être ne sont pas allés se confier à un·e psychologue, psychiatre, médecin, infirmier·ère de l’établissement scolaire ou encore professeur·e. « De ce que j’entends, c’est la honte d’aller voir la psychologue scolaire, observe la lycéenne. Se confier à un adulte, c’est bizarre. Pour nous, aller voir un psychologue, c’est avoir un problème vraiment très grave. »

    58 % des ados se tournent vers leurs ami.e.s

    56 % vers leurs parents

    En cas de mal-être, 38 % se rabattent sur les réseaux sociaux

    Autre problématique : « parler » ne veut pas toujours dire échanger de façon orale et de visu. Lorsqu’ils se sentent mal, les adolescents semblent avoir tendance à se tourner vers les écrans – téléphone, télévision, tablette ou jeux vidéo) de manière massive : « Presque deux tiers d’entre eux (62 %) regardent plus souvent l’écran que d’habitude en cas de mal-être, rapporte la Fondation Jean-Jaurès. De même, plus d’un tiers des adolescent·e·s (38 %) se rabat sur les réseaux sociaux en situation de mal-être. » Pour donner une idée, les ados passent en moyenne presque trois heures quotidiennes sur le smartphone et jusqu’à six heures par jour sur les écrans.

    (1) Enquête Fondation Jean-Jaurès sur 1 000 jeunes Français âgés de 11 à 15 ans

  • Phobies handicapantes socialement : comment les surmonter ?

    Phobies handicapantes socialement : comment les surmonter ?

    À 27 ans, Olivier n’a pas de voiture ni même de permis de conduire. Ce développeur web n’a jamais tenu un volant ni poussé la porte d’une auto-école. Il souffre d’amaxophobie, la peur de conduire. « Il y a dix ans, au moment où mes amis ont commencé à faire de la conduite accompagnée avec leurs parents, j’ai compris que ça ne m’intéressait pas du tout d’apprendre à conduire, se souvient le jeune homme. Il m’arrivait souvent de faire des cauchemars dans lesquels j’étais au volant d’un bolide, sans savoir comment le manœuvrer, ni l’arrêter. Après mon diplôme, j’ai été recruté par une boîte à New York, où on se déplace surtout en métro et en taxi. » Mais à son retour en France, l’année dernière, il comprend que les choses seront plus compliquées. « Je travaille maintenant dans des locaux situés dans une zone périurbaine qui n’est desservie que par quelques bus, explique-t-il. Je fais beaucoup de covoiturage avec des collègues, car je me sens incapable de prendre des cours de conduite. » Pour tenter de remédier à son amaxophobie et gagner en autonomie, Olivier a suivi une dizaine de séances d’hypnose. Mais les résultats ne sont pas très concluants. « J’ai appris quelques techniques de respiration pour moins paniquer en pensant à la route, mais je suis toujours incapable de m’imaginer à la place du conducteur », déplore-t-il.

    Des conséquences dramatiques

    De son côté, Louisa, cadre dans l’industrie pharmaceutique et âgée de 39 ans, se démène depuis des années pour se débarrasser de son arachnophobie (la phobie des araignées). « J’ai essayé la sophrologie, le yoga et la méditation, mais rien n’y fait, regrette-t-elle. Rien que l’idée qu’une de ces bestioles peut se trouver dans la même pièce que moi me terrifie. » Si on entend souvent parler d’acrophobie (la peur de la hauteur), d’astraphobie (la peur des orages) ou de zoophobie (la peur des animaux, notamment des chiens), beaucoup d’autres phobies sont également assez répandues. Selon Anne-Victoire Rousselet, psychologue et psychothérapeute spécialisée en thérapies comportementales et cognitives (TCC), la plus fréquente est la phobie sociale. « C’est la crainte du jugement négatif de l’autre, précise-t-elle. Ça peut être de l’anxiété de performance, qui se traduit parfois par la peur d’avoir de mauvaises notes. Cette anxiété sociale s’exprime dans tous les groupes sociaux et commence vers 10 ou 12 ans, au moment où on prend conscience que le jugement de l’autre est important. » Or les conséquences peuvent être dramatiques. « Cette anxiété peut pousser à consommer de la drogue pour ne pas déplaire aux camarades, ou à voler pour obéir au caïd de la classe, par peur de son jugement » déroule la psy. Elle donne quelques autres exemples de phobies relativement courantes, comme l’agoraphobie (la crainte de ne pas pouvoir s’échapper ou être secouru), l’hématophobie (la peur du sang), l’émétophobie (la peur de vomir), la nosophobie (la peur d’être contaminée par une bactérie, qui a explosé avec le Covid-19), ou encore, la phobie scolaire.

    Un traitement efficace en quelques séances

    Anne-Victoire Rousselet ajoute que si une phobie n’est pas traitée, il y a un risque de les cumuler : « S’ils ne se soignent pas, les gens finissent par généraliser, c’est-à-dire par avoir de plus en plus de phobies. » La spécialiste des thérapies comportementales et cognitives rappelle que trois types de facteurs peuvent expliquer les troubles anxieux : d’abord, les facteurs biologiques, génétiques, héréditaires, puis, l’éducation, et, enfin, les expériences de vie. Mais, surtout, elle assure qu’il existe une méthode en deux temps pour traiter les phobies. Bonne nouvelle ! La première phase consiste en l’apprentissage d’une stratégie pour se détendre, notamment par des exercices de respiration et de relaxation. Elle dure une quinzaine de jours. « Une fois que l’on maîtrise cette stratégie, explique Anne-Victoire Rousselet, on démarre l’exposition progressive. On hiérarchise ses anxiétés et on s’expose d’abord à la moins invalidante, puis à toutes les situations d’anxiété, en s’interdisant les stratégies d’évitement. Par exemple, pour les acrophobes, on commence en haut de deux marches, puis des escaliers, etc. » Selon l’experte, six à huit séances suffisent pour en finir avec une phobie. Pourquoi attendre ?