Catégorie : Bien dans ma tête

  • « Il ne faut pas avoir peur de poser des questions sur l’état mental de ses enfants »

    « Il ne faut pas avoir peur de poser des questions sur l’état mental de ses enfants »

    Selon l’UNICEF, 50 % des troubles de santé mentale apparaissent avant l’âge de 14 ans. Comment expliquez-vous cette donnée ?

    Olivier Bonnot : Ces dix dernières années, on constate une augmentation importante des troubles anxieux et dépressifs chez les enfants et les adolescents. On parle de 2 % pour les enfants, et entre 15 et 20 % chez les adolescents. La raison : ces troubles ont tendance à la chronicisation ou à la répétition. Quand vous avez été anxieux, vous avez plus de risque de l’être plus tard. Or, comme ça commence tôt et que ça se répète dans l’ensemble de la vie, nécessairement ça fait baisser la moyenne d’âge.

    Et pourquoi cet âge plus qu’un autre ?

    O. B. : C’est lié au phénomène qu’on appelle la « plasticité neuronale ». Pour simplifier les choses : lorsque vous discutez avec quelqu’un, dans votre cerveau, des connexions se font. Après cet échange, votre cerveau ne sera plus le même qu’avant. Il aura changé. Cette capacité de connexion neuronale, nous l’avons tout au long de notre vie, mais elle est particulièrement sollicitée chez l’enfant et l’adolescent. C’est normal, car c’est une période où tout ce que l’on fait est une nouveauté. Arrivé à la fin de l’adolescence, le cerveau fait le point de toutes ces connexions et élimine celles dont il n’a pas besoin. C’est aussi à cette période qu’il essaie de compenser les « anomalies », la plupart d’entre elles génétiques. Grosso modo, vous partez avec un bagage génétique qui peut vous envoyer vers une schizophrénie, mais grâce à cette plasticité, le cerveau opère des remaniements qui font que parfois, vous n’évoluez plus dans cette direction. Si chez certains ça peut fonctionner, pour d’autres, c’est là que les premiers symptômes apparaissent.

    Longtemps, on a considéré que la bipolarité ou la schizophrénie avaient tendance à s’exprimer tardivement…

    O. B. : C’est vrai ! Par exemple, on disait que les schizophrènes, c’était le trouble de la vingtaine. Et les bipolaires, le trouble de la trentaine. Tout ça ne veut rien dire… Il y a des patients schizophrènes avant l’âge de 18 ans. Ça représente même à peu près 20 % de l’ensemble des schizophrènes. Et nous découvrons chaque jour un peu plus des troubles bipolaires de l’adolescent. Longtemps, on a cru que ça n’existait pas chez les jeunes. C’est principalement dû à une méconnaissance des troubles et de la clinique de l’enfant. La psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent est une discipline qui date essentiellement de l’après-guerre. Assez récente, donc.

    Pourquoi est-ce si difficile de déceler des troubles psychiques chez les jeunes ?

    O. B. : Déjà, force est de constater qu’il y a un manque important de spécialistes… Le nombre de gens formés est vraiment trop faible. Il faut aussi rappeler que la psychiatrie est au stade où était l’ensemble de la médecine il y a encore cent cinquante ans, lorsqu’elle n’avait que très peu d’examens complémentaires. En psychiatrie, il n’y a pas d’examen biologique ou radiologique, qui permet de matérialiser objectivement un diagnostic. On observe et on établit des diagnostics uniquement cliniques. Certes, c’est intéressant, mais ça nécessite d’être bien formé et de prendre son temps. Autre élément qui rend les choses compliquées : les symptômes présentés par les enfants et les adolescents sont très souvent – en tout cas, au premier abord – assez similaires. Un enfant agité, en colère, peut aussi bien avoir un trouble du développement intellectuel, un trouble du spectre de l’autisme, un TDH, une dépression ou un trouble anxieux. Ce n’est donc pas toujours évident de faire la distinction. Et le dernier élément : il arrive que des gens répondent objectivement aux éléments d’un diagnostic à un moment donné de leur existence pour finalement, quelques années après, répondre aux éléments d’un autre diagnostic. La question s’est alors posée : est-ce qu’un diagnostic est évolutif ? Autrement dit : la personne est-elle d’abord autiste puis schizophrène ? Il faut être prudent. D’autant que les prises en charge ne seront pas forcément les mêmes selon le diagnostic. Bref, entre le manque de spécialistes, le fait que le diagnostic clinique puisse être un peu trompeur et évoluer, ça fait pas mal d’obstacles. Mais le vrai problème reste que si nous étions plus nombreux, on y arriverait mieux.

    Concernant la santé mentale des jeunes, la pandémie Covid-19 n’a rien arrangé… Quel rôle les parents doivent-ils jouer ?

    O. B. : Premièrement, il ne faut pas avoir peur de poser des questions sur l’état mental de ses enfants. N’hésitez pas à l’interroger : « Est-ce que tu te sens bien ? », « j’ai l’impression que tu es parfois un peu triste », etc. Et si vraiment, votre enfant vous semble ne pas aller bien, il faut savoir dire : « Tu n’as pas l’air en forme, est-ce que tu as eu envie de te suicider dernièrement ? » Non seulement cette question ne déclenchera pas des envies de suicide, mais elle peut le soulager. Et en posant ces questions, il ne faut surtout pas avoir peur des réponses. Sinon, l’enfant le sentira et se taira. Et enfin : ne jamais minimiser les choses ! Si un enfant vous dit qu’il n’a pas le moral, qu’il n’y arrive pas à l’école, pas de « oh, ça va aller, faut s’accrocher ». Nous ne sommes pas tous équipés de la même manière. Il faut donc être attentif, car si l’on arrive à prendre ces troubles précocement, on sera bien plus efficace. La psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent est avant tout une discipline de la prévention.

    Quels sont les types de troubles psychiques ?

    • Anxiété, phobies et TOC

    • Troubles dépressifs

    • Troubles bipolaires

    • Troubles schizophréniques

    • Troubles addictifs

    • Troubles du comportement alimentaire (TCA)

    • Trouble de stress post-traumatique

  • Écrans et perte de contrôle : un danger pour les jeunes  ?

    Écrans et perte de contrôle : un danger pour les jeunes  ?

    Une saturation d’écrans

    Omniprésents dans notre quotidien, tant sur le plan social que professionnel, les écrans prennent même une place de plus en plus importante dans la vie des jeunes. 42 % des 15-30 ans passent au moins six heures devant un écran quotidiennement, et 13 % en passent dix ou plus. Un chiffre constant par rapport à 2022, mais qui confirme une hausse post-confinement.

    Faut-il s’inquiéter – et à quel moment ? Quand peut-on parler de surconsommation, ou même d’addiction ? En réalité, comme l’explique la psychologue Karine de Leusse, il faut surtout se demander ce qui se cache derrière ce temps d’écran. « Le temps passé est un premier signe, explique-t-elle. Pourtant, l’indicateur majeur, c’est la difficulté à se détacher de l’écran. Si cela s’avère difficile, il faut commencer à se poser des questions. » En particulier en ce qui concerne les adolescents, en période charnière de leur développement. C’est ce que constate Florian, père d’une fille de 16 ans, plutôt désemparé : « C’est le principal sujet de fâcherie entre nous. Elle a toujours une bonne raison de garder son téléphone, pendant ses devoirs ou même dans son lit. La limitation pure et simple ne fonctionne pas : elle le vivrait comme une punition, qui ne ferait que renforcer son désir d’écrans. »

    36 % des jeunes ont ressenti une perte de contrôle

    face à leurs écrans au moins vingt fois durant l’année écoulée. (1)

    Des applis qui font perdre le contrôle

    Autre facteur alarmant : la perte de contrôle. 70 % des jeunes interrogés avouent l’avoir ressenti au moins une fois. C’est le cas de Robin, community manager de 26 ans. « Entre mon travail et mes loisirs, je peux vite monter à douze heures d’écrans par jour, raconte-t-il. J’ai un écran au moment de me coucher et je me réveille avec un écran. Forcément, je me dis que c’est excessif, mais en fait je ne le vis pas comme ça. » Car une fois rentré du travail, les écrans deviennent pour Robin un moyen de décompresser. « Quand je regarde une longue vidéo YouTube, ou que je joue à un jeu qui me plaît, c’est un temps choisi, dont je ressors enrichi. » La perte de contrôle arrive plutôt quand ce temps est subi : « Quand je passe deux heures sur TikTok alors que je voulais y passer cinq minutes, j’ai vraiment l’impression de perdre mon temps. »

    Faut-il parler d’addiction ?

    Certains psychologues refusent malgré tout d’utiliser le terme d’addiction aux écrans. Sans le réfuter totalement, Karine de Leusse relativise : « En effet, difficile de parler d’addiction au même titre que l’alcool et la cigarette, d’autant qu’on est quasiment obligés de les utiliser dans sa vie quotidienne et professionnelle. Pourtant certains comportements en relèvent. Qu’on parle d’addiction, de régression ou autre, peu importe : il faut comprendre à quoi ce comportement correspond pour chaque personne. »

    Et cela passe déjà par comprendre les risques. Seuls 28 % des 15-30 ans, considèrent que l’usage des écrans peut être risqué, voire très risqué. « Ils ont une certitude, c’est qu’ils maîtrisent tout parfaitement, poursuit Karine de Leusse. Et au fond, ils maîtrisent effectivement très bien l’écran, mais ils ne connaissent pas les dessous de l’écran. »

    En effet, les applications modernes savent jouer avec la chimie des cerveaux pour capter l’attention. Florian ne peut que constater : « Quand je la regarde enchaîner les vidéos TikTok ou YouTube pendant trois ou quatre heures, je me dis qu’elle n’a pas un réel contrôle de ces outils. Et même que ces applications sont conçues pour ça : un ado n’est pas équipé pour déjouer les techniques utilisées pour capter son attention. Et les adultes ne le sont pas tellement plus. »

    Souvent, les activités personnelles en pâtissent, comme le constate Robin : « Mon problème depuis quelques années, c’est que j’ai l’impression de ne pas avoir le temps pour quoi que ce soit, raconte Robin. J’ai souvent envie d’avancer sur des projets personnels, mais c’est toujours plus facile de se mettre devant les écrans. »

    La détox numérique : une fausse bonne idée ?

    Mais alors, comment reprendre le contrôle ? La détox numérique, soit le fait de se couper d’écrans durant une période donnée, est une possibilité. Attention toutefois de ne pas y voir un remède miracle, comme l’explique Karine de Leusse : « Ça ne peut pas faire de mal, surtout si toute la famille le fait en même temps. Mais une détox seule, ce n’est rien du tout, c’est comme faire le Dry January [janvier sobre] et se remettre à boire comme avant. Ce qu’il faut, c’est fixer les bonnes limites. »

    La psychologue conseille ainsi de « tout contractualiser. Il faut dresser avec l’ado un règlement intérieur avec un temps maximum par jour, par exemple, et quand l’enfant dépasse son temps attribué le décompter pour la journée du lendemain. Il faut redonner la vraie valeur du temps ».

    Et ce contrat peut être dressé avec soi-même, comme le détaille Robin : « Souvent, je fais des emplois du temps de mon temps libre. Cela me permet de vraiment reprendre le contrôle sur mon temps justement. Malheureusement, dès que je traverse une période chargée, impossible de m’y tenir. »

    Mais il ne s’agit dans tous les cas que d’une première étape. Pour Karine de Leusse, il faut « voir à quoi l’écran fait écran. C’est bien souvent un refuge, non pas le problème, mais la solution à un problème qu’il s’agit donc de résoudre avant toute chose ».

    En attendant d’aller au bout de ce long processus, mieux ne vaut pas totalement noircir le tableau et se montrer optimiste, à l’image de Florian. « Toute une génération va souffrir des mêmes problèmes, mais aussi trouver des solutions ensemble. C’est une vie différente de celle que j’imagine, mais ma fille sera au moins autant armée que ses amies. Donc j’essaye de ne pas me faire trop de souci. »

    Comment les jeunes gèrent les addictions ?

    En 221, la Macif a lancé avec Ipsos le 1er baromètre sur les addictions et leurs conséquences chez les jeunes. Cette étude annuelle permet d’étudier les consommations de substances addictives chez les 16-30 ans et les comportements à risques qu’elles engendrent afin de proposer des solutions de prévention adaptées.

    L’Essentiel de l’article

    • 42 % des 15-30 ans passent au moins six heures devant un écran quotidiennement
    • 70 % des jeunes interrogés avouent avoir ressenti une perte de contrôle au moins une fois
    • seuls 28 % des 15-30 ans considèrent que l’usage des écrans peut être risqué
    • S’il vous est difficile de vous détacher des écrans, cela peut être un indicateur d’un souci dans votre consommation

    (1) Baromètre des addictions 2023 réalisé par l’IPSOS pour la MACIF

  • Santé mentale des étudiants : des dispositifs pour se sentir mieux

    Santé mentale des étudiants : des dispositifs pour se sentir mieux

    « Problèmes familiaux, isolement, discrimination. Mais il y a aussi la précarité, les problèmes de logement ou financiers, voilà les difficultés que rencontrent les étudiants qui viennent à nous », explique Quentin Bourgeon, président de l’association Rêves Jeunes, présente dans plusieurs universités françaises et qui s’engage pour la santé mentale des étudiants. Une étude menée par l’Institut CSA vient confirmer ce constat de terrain. Publiée en juillet 2022, elle montre une situation alarmante : 70 % des étudiants sont en situation de mal-être.

    35% des étudiants

    en France auraient eu des pensées suicidaires.(1)

    Des parcours de soins souvent trop longs

    Pour venir en aide à ces jeunes, différents dispositifs ont été mis en place ces dernières années. L’Etat tente de s’emparer du problème avec son programme Santé Psy Étudiant. Il permet de prendre un rendez-vous en ligne avec un des mille cent psychologues volontaires. Les consultations sont gratuites, mais nécessitent un passage préalable chez un médecin généraliste pour obtenir une lettre d’orientation. Ils peuvent ensuite profiter de huit rendez-vous annuels, renouvelables l’année suivante. « L’idée c’est aussi d’habituer les étudiants à un parcours de consultation classique. On voit un généraliste, puis son spécialiste », justifie Vikie Ache, responsable communication et animation de Santé Psy Étudiant. Un processus contraignant et des délais parfois longs qui peuvent freiner les étudiants qui vivent un mal-être. « J’ai essayé Santé Psy Etudiant, mais les rendez-vous étaient trop éloignés. Je n’ai pas continué » constate Judith, 25 ans, en double licence histoire et philosophie à l’université de Créteil. En 2022, le dispositif du gouvernement aura tout de même permis à quarante-trois mille jeunes en détresse de rencontrer un psychologue.

    Lire aussi : “Ça va (pas) la tête ?” le podcast pour décrypter le mal-être étudiant

    38% des étudiants

    ont renoncé à consulter un médecin au cours de l’année 2022 par manque de moyens et/ou de créneaux disponibles. (1)

    Des assos à l’écoute des jeunes

    Dans les facultés et écoles, des associations et des Bureaux d’aide psychologique universitaires (Bapu) travaillent aussi au quotidien pour améliorer la santé mentale des étudiants.

    Après avoir abandonné Santé Psy Etudiant, Judith est tombée par hasard sur une affiche de Rêves jeunes en sortant d’un partiel. Après avoir discuté avec des membres de l’association, elle a décidé de rencontrer une de ses psychologues. « Mon problème c’était que j’étais un peu perdue après avoir été alitée un mois à cause du Covid, j’avais aussi du mal à jongler entre mon travail et mes études. Alors j’ai franchi le pas » raconte-t-elle. Outre la gratuité, c’est la disponibilité de la spécialiste consultée qu’a appréciée l’étudiante. « On s’est vues toutes les deux semaines et elle a pu s’adapter à mon emploi du temps. Je pouvais la contacter entre deux séances si ça n’allait pas », explique-t-elle.

    Comme Rêves jeunes, l’association Nightline et ses six antennes partout en France permettent aux étudiants en détresse d’être entendus. Depuis sept ans, les bénévoles de Nightline proposent un service d’écoute par et pour des étudiants. L’association a également lancé il y a quelques mois une nouvelle ressource en ligne pour prendre soin de sa santé mentale et soutenir ses proches à travers un parcours personnalisé comprenant des mini-jeux, des entraînements, des activités et des fiches synthétiques. Pour Nightline comme pour tous les acteurs de la santé mentale des étudiants, la prévention reste un des enjeux majeurs. Tous constatent un tabou autour de ces questions, mais aussi une méconnaissance des dispositifs existants.

    Alors forcément, certains jeunes abandonnent. L’enquête de l’Institut CSA montre notamment que 28% d’entre eux n’ont pas réussi à trouver un médecin et 13% ont eu des difficultés à s’y retrouver dans le système de santé. « Nous ne sommes pas sensibilisés. On ne sait pas forcément vers qui s’orienter quand on rencontre un problème. Je pense qu’en plus du travail des associations, les universités elles-mêmes pourraient informer les étudiants, au moment de la prérentrée par exemple », estime Judith, devenue elle-même bénévole à l’association Rêves Jeunes.

    L’info en + Services d’écoute gratuits pour les étudiants

    Fil Santé Jeunes au 0 800 235 236 : Service téléphonique anonyme et gratuit pour les 12-25 ans tous les jours de 9h à 23h

    Fil Santé Jeunes en Chat : sans inscription, anonyme, vous pouvez discuter avec un professionnel de l’écoute et votre conversation n’est stockée nulle part

    Nightline : Service téléphonique anonyme et gratuit tous les soirs de 21h à 2h30

    SOS Amitié au 09 72 39 40 50 : Service téléphonique anonyme et gratuit, tous les jours 24h/24

    VOUS ÊTES ÉTUDIANT ET SOCIÉTAIRE MACIF ?

    Macif Solidarité Coups Durs Spécial étudiant pourra vous orienter pour obtenir de l’aide psychologique et retrouver un équilibre.

    L’Essentiel de l’article

    • 70 % des étudiants sont en situation de mal-être
    • Les temps d’attente et les coûts sont souvent trop élevés
    • Des associations de jeunes pour les jeunes existent partout en France

    (1) Institut BVA juillet 2022

  • “Ça va (pas) la tête ?” le podcast pour décrypter le mal-être étudiant

    “Ça va (pas) la tête ?” le podcast pour décrypter le mal-être étudiant

    Originaire de Haute Savoie, Louise s’est installée à Lyon en 2019 pour poursuivre ses études à l’université. Comme nombre d’étudiants, elle a subi les conséquences du Covid et des confinements. Trois ans après le début de la crise sanitaire, le mal-être étudiant est-il toujours d’actualité ? Comment a-t-il évolué ?

    7 étudiants sur 10 en France se disent être en situation de mal-être

    Un chiffre en hausse de 9% par rapport à 2019. (1)

    “Ça va (pas) la tête ?” – Episode 1. Les études, source de stress et d’anxiété

    En pleine période de révisions, Louise ressent de l’angoisse face aux examens qui arrivent à grands pas. Comment parvient-elle à supporter le stress lié aux partiels en plus de celui dû à sa situation d’étudiante ? Celle qui avoue faire le tri entre les cours pour ne se concentrer que sur ceux qui influent le plus sur sa moyenne a dû apprendre à gérer son anxiété et son temps, non sans difficulté. Et elle n’est pas la seule. Ses professeurs racontent les changements observés chez les étudiants depuis le début de la crise sanitaire.

    Plus d’un étudiant sur 2 se dit régulièrement déconcentré dans ses études

    car sa situation le préoccupe. (2)

    “Ça va (pas) la tête ?” Épisode 2 : Le covid, accélérateur des maux étudiants

    En 2020, lorsque le premier confinement est prononcé, Louise s’installe chez sa sœur et suit ses cours à distance. Elle revient sur cette période particulièrement difficile à vivre pour elle et pour les milliers d’étudiants, souvent enfermés dans de petits logements, à suivre les cours en distanciel et pour nombre d’entre eux sans job leur permettant de tenir leur budget mensuel. Solitude, pensées sombres, dépréciation de soi, perte de repères… Les impacts sur la santé mentale des étudiants se font toujours ressentir 3 ans après le début de la crise sanitaire.

    68% des étudiants évoquent des symptômes dépressifs

    et 36% indiquent avoir déjà eu des pensées suicidaires. (1)

    “Ça va (pas) la tête ?” Épisode 3 : La solidarité entre étudiants, remède aux doutes et à l’isolement

    Comme 1 jeune sur 3, Louise a éprouvé un sentiment de solitude parfois pesant(1). Par chance, elle a pu compter sur le soutien moral de Nicolas, son meilleur ami et confident. Une aide mutuelle qui leur a permis de surmonter des périodes difficiles liées à la crise sanitaire mais aussi à leurs études et leurs préoccupations personnelles. D’ailleurs, depuis la fin du confinement, Louise a décidé d’être à l’écoute d’autres jeunes : elle raconte son engagement bénévole dans l’association Nightline, qui propose notamment un service d’écoute gratuit et anonyme par les étudiants pour les étudiants.

    “Ça va (pas) la tête ?” Episode 4 : Retour à la maison : choix assumés et peur de décevoir

    De retour chez ses parents à Viry (74) en Haute-Savoie, Louise et sa mère reviennent sur ses choix d’études et de réorientation parfois mal compris. Comment gérer la peur de décevoir quand on sait qu’un de ses parents est en désaccord et qu’on est soi-même proie aux doutes ? Pendant son séjour, l’étudiante retrouve également des amies d’enfance, qui racontent comment la crise sanitaire continue d’impacter leurs études, leur santé mentale et leurs choix de vie.

    Services d’écoute gratuits pour les étudiants

    • Fil Santé Jeunes au 0 800 235 236 : Service téléphonique anonyme et gratuit pour les 12-25 ans tous les jours de 9h à 23h – au bout du fil : des professionnels de professionnels de l’écoute (psychologues, éducateurs, conseillers conjugaux et familiaux, médecins, travailleurs sociaux)
    • Fil Santé Jeunes en Chat : sans inscription, anonyme, vous pouvez discuter avec un professionnel de l’écoute et votre conversation n’est stockée nulle part
    • Nightline : Service téléphonique anonyme et gratuit tous les soirs de 21h à 2h30 – au bout du fil : des étudiants bénévoles formés à l’écoute. Rendez-vous sur leur site pour le numéro de votre territoire. Un chat est également disponible.
    • SOS Amitié au 09 72 39 40 50 : Service téléphonique anonyme et gratuit, tous les jours 24h/24 – au bout du fil : des bénévoles formés à l’écoute. Un chat est également disponible ici.
    • SOS Suicide au 3114

    Vous êtes étudiant et sociétaire Macif ?

    Macif Solidarité Coups Durs Spécial étudiant pourra vous orienter pour obtenir de l’aide psychologique et retrouver un équilibre.

    (1) CSA 2022

    (2) Linkee 2022

  • Idées reçues sur l’hypnose : démêlez le vrai du faux !

    Idées reçues sur l’hypnose : démêlez le vrai du faux !

    L’hypnose est un état de veille modifiée qui a pour but de permettre au patient d’accéder à des ressources internes habituellement peu utilisées, en vue de sa guérison. L’état d’hypnose est atteint par l’écoute de la voix du thérapeute, parfois soutenue par la focalisation sur un objet (pendule ou autre). 

    L’hypnose, il faut y croire pour que ça marche : VRAI et FAUX

    Chantal Wood. 97 % des gens peuvent être hypnotisés. Pour que ça fonctionne, il faut établir une bonne relation thérapeutique, avoir confiance en l’autre et se concentrer. En revanche, pour pratiquer l’hypnose sur des personnes ayant des problèmes psychiatriques comme la schizophrénie par exemple, mieux vaut avoir une formation spécifique.
     

    L’hypnotiseur peut me faire faire des choses que je ne veux pas : FAUX

    C. W. En principe non. Dans les spectacles de magie, les hypnotiseurs choisissent les gens qui sont en attente de quelque chose. Ils ne sont pas neutres. L’hypnose médicale, ce n’est absolument pas ce qu’on voit à la télé : il y a une éthique et un respect de la personne. On ne cherche pas à se moquer d’elle mais à l’aider à progresser et à trouver ses propres ressources.

    L’hypnose peut aider à arrêter de fumer : VRAI

    C. W. Tout dépend de la motivation de celui qui consulte. Mais l’hypnose peut tout à fait aider à arrêter de fumer. Le thérapeute fait des suggestions (propositions d’idées et de pensées à visée thérapeutique) qui peuvent conduire à diminuer la consommation de tabac, notamment en incitant les patients à penser aux effets négatifs pour leur santé, aux dépenses que ça représente, etc.

    83% des professionnels de santé dont 85 % de médecins, croient aux bienfaits de l’hypnose.

    L’hypnose n’est pas utilisée par les médecins, elle n’est pas reconnue : FAUX

    C. W. Elle est utilisée très fréquemment dans les services hospitaliers, dans les centres antidouleur contre les douleurs chroniques, ou encore dans les soins en cancérologie. Elle est aussi utilisée par les anesthésistes, les infirmiers, les kinés, les sages-femmes, les dentistes, etc. L’hypnose est aussi un outil psychothérapeutique mis en œuvre par les psychologues afin de permettre au patient de trouver en lui-même les ressources pour régler ses propres problèmes. Elle est efficace par exemple en cas de stress post-traumatique

    L’hypnose n’est pas prise en charge par l’Assurance maladie : VRAI et FAUX

    C. W. L’hypnothérapie est prise en charge par l’Assurance maladie lorsque c’est un acte médical (c’est-à-dire prescrit et pratiqué par un médecin, par exemple votre médecin traitant). Le patient sera remboursé sur la base d’une consultation. En revanche, ce n’est pas remboursé lorsque l’hypnose est pratiquée par tout autre professionnel.

    Il est possible de s’auto-hypnotiser : VRAI

    C. W. Toute hypnose est de l’auto-hypnose. Le médecin hypnothérapeute va faire des suggestions, et, en fonction de la confiance qu’il lui accorde, le patient va suivre ses paroles. Si on lui dit d’imaginer qu’il part en week-end se détendre avec ses enfants, le patient part avec ses images à lui, pas celles du thérapeute. Un bon hypnothérapeute, c’est quelqu’un qui s’adapte à son patient et qui lui apprend à se servir de cet outil tout seul.

    L’hypnose fait se remémorer des souvenirs oubliés : VRAI et FAUX

    C. W. On peut se rappeler de choses, mais pas forcément avec exactitude. Notre mémoire peut être modifiée par ce qui a pu nous être dit. Il faut donc y faire très attention

    VOUS AVEZ BESOIN D’UNE COMPLÉMENTAIRE SANTÉ ?

    Le contrat Macif Mutuelle Santé prend en charge les séances de médecine alternative comme l’hypnose médicale.

    *Dans les conditions et limites du contrat souscrit.

    L’Essentiel de l’article

    • L’hypnose médicale fonctionne chez la majorité des personnes.
    • Elle intervient dans la prise en charge de nombreuses pathologies, notamment en milieu hospitalier.
    • L’hypnose est remboursée quand elle est réalisée par un médecin.

    * Odoxa pour Orange Healthcare, NEHS, ASIP Santé, la Chaire Santé de Sciences Po, le Figaro Santé et France Inter, « Baromètre santé 360. Les médecines alternatives et complémentaires », janvier 2019.

  • La chirurgie esthétique chez les jeunes : une fausse réponse à un vrai problème ?

    La chirurgie esthétique chez les jeunes : une fausse réponse à un vrai problème ?

    Qu’est-ce qui pousse les jeunes dans cette quête du physique parfait ?

    J.-Ch. Seznec. Nous sommes dans une société très individualiste. Le manque de lien social accroît l’angoisse et les troubles narcissiques. On passe beaucoup de temps à s’occuper de notre apparence, de notre vitrine, de peur d’être en contact avec notre « arrière-cuisine », c’est-à-dire nos pensées profondes. Or comme dans un livre, ce n’est pas la couverture qui importe mais ce qui est écrit dedans. Le côté consumériste de la société influe aussi. On consomme de la beauté : on veut un beau nez, de belles fesses… On a l’illusion que si l’on change telle chose, on sera plus épanoui mais ça ne répond pas aux questions existentielles.

    Les réseaux sociaux jouent-ils aussi un rôle ?

    J.-Ch. S. Probablement, car ils renforcent l’importance de cette vitrine. Ils alimentent les comparaisons mais en même temps ils les faussent car on compare notre arrière-boutique à la vitrine des autres. On est forcément perdants. Ça alimente une mauvaise image de soi parce qu’on a l’impression que tout le monde est meilleur et plus beau. 

    Bon à savoir

    Est-ce que la chirurgie esthétique est remboursée par l’Assurance maladie ?

    D’une manière générale, non. Mais il existe certaines exceptions. On parle alors plutôt de chirurgie réparatrice : par exemple, une chirurgie des paupières ou du nez peut être prise en charge s’il existe une gêne fonctionnelle réelle (attestée par  un médecin). D’autres actes peuvent être pris en charge : reconstruction mammaire après un cancer, réduction mammaire (à partir d’un certain volume), recollement des oreilles chez les enfants, repris de cicatrices d’accident, etc. Renseignez-vous auprès de votre CPAM ou de votre médecin traitant.

    Outre les risques pour la santé physique, quels sont les impacts possibles de ces interventions sur la santé mentale des jeunes ? 

    J.-Ch. S. Ça peut engendrer de la tristesse et de l’anxiété car ça ne répond pas aux problèmes existentiels comme le fait d’oser être soi. Ça peut donner des troubles délirants ou obsessionnels. Certaines personnes, après s’être fait opérer du nez, pensent qu’il n’est jamais assez droit et enchaînent les opérations. Ça devient une spirale.

    Comment gérer la situation si son ado veut recourir à la chirurgie esthétique ?

    J.-Ch. S. Il faut essayer de différer ce moment et discuter des sujets existentiels : à quel besoin ça va répondre ? C’est quoi le bonheur, l’amour ? Ce n’est pas forcément une opération esthétique qui rendra l’ado plus heureux. On peut s’appuyer sur la métaphore de la vitrine et l’arrière-cuisine pour l’aider à raisonner. La médecine esthétique peut être utile pour aider à mieux vieillir (par exemple dans le cas d’une réduction mammaire ou de paupières très tombantes), ou quand on a été blessé et qu’il y a des cicatrices, mais pour le reste, il faut faire attention.

     

    La chirurgie esthétique chez les jeunes : une fausse réponse à un vrai problème ?

     

    Quelle prise en charge pour une réduction mammaire ?

    Une réduction mammaire peut être prise en charge par l’Assurance maladie et par votre mutuelle santé sous certaines conditions. Il faut notamment que l’intervention soit motivée par des raisons médicales.

    L’Essentiel de l’article

    • Se concentrer sur son apparence est une manière de fuir les questions existentielles.
    • Un changement physique n’est pas gage d’épanouissement.
    • Mieux vaut différer la demande de son ado et le faire réfléchir avant de se lancer.
  • Suicide : les signaux qui doivent alerter

    Suicide : les signaux qui doivent alerter

    Un sommeil difficile ou trop prolongé, signe de santé mentale altérée

    Les troubles du sommeil figurent parmi les symptômes qui peuvent induire un mal-être. « Il faut rester vigilant à l’égard d’un proche qui fait part de cauchemars récurrents, d’insomnies, de fatigue excessive, ou a contrario qui dort beaucoup. Le sommeil peut alors constituer un refuge pour quelqu’un qui va mal », indique Pauline Baranger.

    Les troubles de l’humeur ou de la personnalité : à surveiller

    L’isolement social est un symptôme à ne pas négliger : « Le repli sur soi est le signe que quelque chose ne va pas. Cela peut par exemple se traduire par des conflits plus fréquents avec la famille ou les amis, des excès de colère ou, au contraire, un isolement volontaire, une rupture du dialogue », poursuit-elle. Autres signes de mal-être social : une perte d’intérêt pour les activités sportives ou les loisirs, l’absentéisme au travail ou scolaire. 

    Alerte en cas d’augmentation de la consommation de substances addictives

    « Il convient aussi de rester attentif à un proche qui augmente sa consommation d’alcool ou de produits stupéfiants », note-t-elle. « Là aussi, ces conduites à risque constituent pour la personne qui va mal un refuge ou une forme d’autosabotage par une mise en danger de soi. »

    Les changements dans les habitudes alimentaires et/ou d’hygiène ne sont pas anodins

    D’une manière générale, tout changement soudain dans un comportement habituel doit interpeller. Les troubles alimentaires (perte de l’appétit, boulimie, vomissements provoqués, obsession ou rejet pour une catégorie d’aliment, etc.) sont particulièrement révélateurs d’une crise intérieure. Autre symptôme qui peut parfois « passer sous le radar » : le manque d’hygiène corporelle. « La personne se laisse aller, ne prend plus soin d’elle. Ce n’est pas anodin et cela révèle souvent une perte d’estime de soi qui doit poser question », précise la cadre de santé.

    Tristesse, angoisse, idées noires : des signes qui ne trompent pas

    Dans les conversations, « Les difficultés à se projeter, les problématiques relationnelles, les manifestations d’angoisse peuvent surgir. Quand elles vont mal, certaines personnes pensent à la mort. Il faut alors les questionner sur leurs idées noires pour évaluer leur intentionnalité. Y a-t-il un projet suicidaire ? Ont-elles réfléchi à un scénario ? Le plus important est de préserver le lien pour éviter les risques de rupture et l’isolement », explique Pauline Baranger. Vous pouvez alors suggérer de consulter un professionnel pour se faire aider : ça peut être un médecin généraliste pour commencer, un psychiatre ou un psychologue. En cas de crise grave, certains hôpitaux ont un service d’urgences psychiatriques. Risque imminent ? Appeler le 15 (SAMU) ou le 18 (pompiers). Vous-même, ne restez pas seul face à quelqu’un qui ne va pas bien : parlez-en à votre médecin traitant ou à un professionnel de santé de votre entourage qui pourra vous conseiller sur la marche à suivre.

    Bon à savoir

    Le 3114, une ligne contre le suicide

    Que vous soyez vous-même en prise avec des idées suicidaires ou que vous ayez des inquiétudes pour un proche, vous pouvez appeler le 3114 (24 h/24, 7 j/7, appel gratuit). Ce numéro national de prévention du suicide permet d’entrer en contact avec un professionnel de soins spécifiquement formé à la prévention du suicide. Il pourra vous proposer les ressources adaptées à votre situation.

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    ** Dans les conditions et limites du contrat souscrit.

    L’Essentiel de l’article

    • Un sommeil perturbé ou prolongé peut être un signe de dépression.
    • Une rupture sociale est un signe de mal-être.
    • Une propension aux idées noires doit donner l’alerte.
  • Comment détecter et surmonter une dépression post-partum ?

    Comment détecter et surmonter une dépression post-partum ?

     

     

    Quels sont les principaux symptômes d’une dépression post-partum ?

    Nathalie Parent : Les symptômes courants sont psychologiques comme un manque d’intérêt et de plaisir au quotidien, de la tristesse, de l’irritabilité, de l’anxiété et la sensation de se sentir dépassée. Il y a aussi des signes physiques : des problèmes de sommeil, de la fatigue et un manque d’énergie, une modification de l’appétit, un ralentissement général. La mère peut aussi négliger sa propre hygiène.

    Quels sont les symptômes moins courants mais qu’il ne faut pas négliger ?

    N.P. : Un état de confusion de la mère, avec notamment des délires ou des hallucinations, doit alerter. Rester couchée en boule toute la journée ou ne pas réagir aux pleurs de son bébé sont aussi des signes de dépression.

    Lire aussi : Ex Utero-Saison 2 : le podcast pour briser les tabous de la parentalité

    Quelles sont les différences entre un baby blues et une dépression post-partum ?

    N.P. : Une grande majorité des femmes (environ 60 à 80%) connaissent un épisode de déprime qui survient dans les deux premières semaines après l’accouchement et qui dure en moyenne deux jours. On parle alors de pleurs, d’une émotivité importante accompagnée d’un sentiment d’incompétence. Le baby blues est la plupart du temps sans lendemain, ce qui est fort différent de la dépression dont le pic des symptômes se situe entre 10 jours et 2 mois suivant l’accouchement et peuvent survenir jusqu’à deux ans post-partum.

    Est-ce que cela peut arriver à toutes les femmes ?

    N.P. : Ça peut arriver à n’importe qui. Il y a des facteurs de protection, dont un bon réseau social et de soutien, une bonne hygiène de vie, une bonne santé physique et psychologique, l’absence de trauma, ainsi que des facteurs prédisposants, tels que la solitude, l’isolement, un événement traumatisant, une grossesse et/ ou un accouchement difficile, un bébé qui présente une ou des problématiques…

    Une femme ayant subi une dépression prénatale est-elle plus à risque ?

    N.P. : Quand on pose la question au niveau médical, la réponse est oui. Mais de mon point de vue clinique, une personne qui a fait une dépression et qui a travaillé les éléments qui l’ont conduit à sa dépression, peut être plus outillée pour voir venir et éviter de vivre un nouvel événement dépressif.

    Lire aussi : La dépression prénatale, une réalité encore trop méconnue

    Si une femme a subi une dépression après son premier bébé, y a-t-il plus de risques qu’elle en refasse une après le second ?

    N.P. : Il n’y a pas deux post-partum pareils. Chaque grossesse, chaque bébé, chaque accouchement est unique et différent donc ce n’est pas parce qu’une mère a fait une dépression au premier bébé qu’elle en fera une au prochain ni aux suivants.

    Est-ce qu’il y a encore une grande méconnaissance de la dépression post-partum chez les partenaires, et le grand public en général ?

    N.P. : Oui et un grand tabou. J’entends encore dire autour des mères « tu dois être contente, tu as un bébé en bonne santé » comme si cela suffisait. Ce type de remarques viennent en réalité nier l’état affectif très personnel à la mère. C’est une image idéalisée que la société a imposé et que les femmes ont intégré. Elles gardent cette image de « tout doit bien aller » en elles et s’obligent à la projeter vers l’extérieur.

    Lire aussi : Post-accouchement : les bons réflexes à avoir après la naissance de bébé

    Quels sont vos conseils pour la femme pour surmonter cette épreuve ?

    N.P. : Être entourée par la famille, les amis, ne pas rester seule est essentiel. Avoir du soutien pour répondre aux besoins du bébé et à la gestion du quotidien est nécessaire. Il faut également oser exprimer ses émotions même s’il y a de la culpabilité car cela libère vraiment. Une thérapie pour comprendre l’état dépressif et lui donner du sens peut s’avérer bénéfique. Dans certains cas, la médication peut être nécessaire et même si cela est difficile, il faut réussir à accepter cette aide.

    Quels sont vos conseils pour le.la partenaire pour aider une mère en dépression ?

    N.P. : Rester présent.e auprès de la mère et du bébé, partager les tâches du quotidien et imposer à la maman du repos ou du temps pour elle. Ne pas hésiter non plus à en parler autour de soi avec des amis ou de la famille.

    Vers qui se tourner ?

    N.P. : Le médecin de famille, un psychologue, les lignes d’écoute, les associations de parents : il existe de nombreuses ressources pour trouver de l’aide.

    Vous avez besoin d’aide ?

    Allo parents bébé au 0 800 00 34 56 – Du lundi au vendredi de 10h à 13H et de 14h à 18h. Des professionnels de la petite enfance sont à votre écoute. Numéro vert national anonyme et gratuit créé par l’association Enfance et Partage.

    (1) Collège National des Sages-femmes

  • Grossesse et regards sur le corps : une pression supplémentaire pour la femme enceinte

    Grossesse et regards sur le corps : une pression supplémentaire pour la femme enceinte

     

    Quelle femme enceinte n’a pas eu droit à des remarques sur son corps ? Des petits commentaires sur le physique souvent déplacés ou inappropriés parfois même violents. Céline Puill, sage-femme, appuie sur l’absurdité de cette liberté injustifiée que s’accorde la société à interférer dans la grossesse, événement pourtant particulièrement intime. « C’est vraiment quelque chose de marquant, d’un coup le corps de la femme enceinte appartient à tout le monde. Les gens se trouvent un droit à commenter, donner des conseils non souhaités, juger les choix ou encore toucher le ventre sans demander le consentement de la femme. Ce corps devient presque un bien commun dans l’espace public comme si les limites n’existaient plus. »

    Le corps de la femme enceinte, objet de projections et d’injonctions

    Diffusées sur les profils d’influenceuses ou dans les magazines, les images de corps de femmes enceintes n’échappent malheureusement pas aux diktats de la beauté. Une pression pour celles qui tentent de se projeter sereinement sans correspondre à ces injonctions.  « Vous avez déjà vu une pub à la télé où la femme enceinte a les chevilles enflées, des vergetures un peu partout et des plaques rouges sur le visage ? demande Pauline, qui a vécu deux grossesses. Eh non, elle a un ventre bien rond, une peau lisse et cette fameuse aura de grossesse qui fait briller ses cheveux tout en lui donnant le sourire. C’est sans doute vraiment le cas pour certaines, mais c’est presque irresponsable d’en faire une généralité car ça culpabilise beaucoup celles qui ne vivent pas du tout la grossesse de cette façon ! »

    Le poids du regard et des commentaires des autres

    Ventre trop gros par rapport au stade de la grossesse, baby bump pas assez rebondi, peau irritée ou encore cernes prononcées, autant de caractéristiques qui n’entrent pas dans les codes visuels attendus pour une grossesse épanouie et qui ajoute du mal-être aux femmes ayant déjà du mal à s’approprier ce nouveau corps. « Tout le monde, même les vendeuses en magasin, faisaient des remarques quand ils apprenaient que je n’étais qu’à 3 mois de grossesse avec mon ventre déjà bien rond, raconte Carole. Du coup je mentais, je disais que j’étais à un ou deux mois de plus pour éviter les remarques. »

    Solène de son côté, n’avait au contraire pas assez de ventre selon les personnes qui se sont permis des commentaires pendant sa grossesse. « Lorsqu’on a annoncé aux parents de mon conjoint que j’étais enceinte de 3 mois, ma belle-mère a tout de suite regardé mon ventre et dit “mais il est où le bébé ?”. J’ai préféré prendre ça à la rigolade au début, mais après plusieurs remarques concernant l’absence de “baby bump”, c’est devenu vraiment pesant, d’autant qu’elle n’était pas la seule à en faire. À un moment j’ai même commencé à m’inquiéter en me disant que mon bébé ne prenait peut-être pas assez de poids. »

    « Les changements corporels qui ont lieu pendant ces 9 mois sont tellement importants. Parfois Il faut du temps pour s’accorder avec son nouveau corps. »

    Céline Puill, sage-femme

    Une anxiété et une culpabilisation qui peuvent alors vraiment empiéter sur l’estime de soi et l’appropriation de son corps. « Malheureusement, beaucoup de gens ont du mal à sortir des diktats, ou ont des éléments de leur propre parcours à régler avec la maternité, explique Céline Puill. Ils et elles peuvent avoir des propos particulièrement violents pendant cette période de vulnérabilité surtout si ces personnes sont des proches des femmes enceintes. »

    Face aux commentaires répétitifs, Solène s’est sentie de plus en plus coupable. « Mon conjoint tentait de me rassurer et rembarrait aussi ceux qui se permettaient trop de remarques. C’est lorsque ma sage-femme m’a montré que tout allait bien et que c’était juste une question de morphologie me concernant, je me suis dit qu’il fallait vraiment pas que j’écoute les autres. »

    L’importance d’être bien entourée

    Selon Céline Puill, il est important que les personnes tierces se posent les bonnes questions avant de parler à une femme enceinte de sujet intime comme la grossesse, l’accouchement ou son futur enfant. « Il faut prendre conscience du poids que l’on fait porter à cette femme par d’éventuelles projections avant de dire « il faut faire ceci ou cela, car moi j’ai fais comme ça. », explique-t-elle. Ces projections sont tout aussi, voire encore plus, invasives que de toucher le ventre sans accord. » 

    Son conseil : se tourner vers une oreille bienveillante. « Il est possible d’imaginer une bulle de sécurité autour de soi et que les commentaires rebondissent dessus. Il peut être important de se rappeler que les personnes parlent avant tout d’elles-mêmes comme pour l’accouchement par exemple, développe-t-elle. Et si besoin, ne pas hésiter à en parler à ses proches, ou à des professionel.le.s (médecin, sage-femme, psychologue…) pour y voir plus clair. »

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    L’Essentiel de l’article

    • Chacune vit sa grossesse différemment et chaque corps se développe à sa façon
    • Enceinte, votre corps continue de vous appartenir, les commentaires des autres ne sont que des projections
    • Tournez-vous vers une personne bienveillante, professionnelle ou non, pour de l’écoute et du soutien
    • En tant que personne tierce, il est important de mesurer ses propos qui peuvent être violents pour la femme enceinte
  • “Je ne voulais pas d’enfant”

    “Je ne voulais pas d’enfant”

     

    Enceinte sans le vouloir : témoignage d’une aventure inattendue

    Fanny n’avait pas le désir d’enfant, elle aimait sa vie exactement telle qu’elle était et après 10 ans de relation avec son époux, son avis n’avait pas changé. La jeune femme pratiquait la contraception naturelle, à savoir qu’elle suivait son cycle d’ovulation pour éviter les rapports sexuels les jours dits “fertiles”. « Mais il y a une fois où j’ai dû me louper, parce que je suis tombée enceinte sans le savoir », se souvient-elle. C’est au bout de 3 mois de grossesse que Fanny apprend la nouvelle lors d’un rendez-vous de contrôle chez sa gynécologue. Prise entre sidération et déni, elle s’inquiète rapidement pour la suite. « Je me suis dit “est-ce que je vais vouloir de cet enfant quand il sera né ?” Je voulais garder ma vie de femme libre qui travaille, qui sort avec ses amis, seule en amoureuse avec son mari. Mon inquiétude c’était : “Est ce que je vais pouvoir être une vraie maman?”. »

    De son côté, son mari Simon rêvait d’une famille mais avait accepté le choix de son épouse. La nouvelle de la grossesse a été une très bonne surprise pour lui mais l’anxiété s’est elle aussi rapidement installée. « En voyant qu’elle ressentait toujours la même non-envie, je me suis dit que les choses allaient être très compliquées. On lit beaucoup de choses, et je me demandais “Est-ce que l’état psychologique de la mère influe sur l‘enfant ? ”, “Est-ce qu’il va y avoir un problème pour le bébé ?”. »

    À la naissance d’Alexandre, la situation s’est avérée mitigée. « C’est quand même le moment le plus fou de ma vie, cette petite personne qui devient vraie, se rappelle Fanny. Mais toutes les inquiétudes que j’avais pendant la grossesse ont ressurgies rapidement et il m’a fallu du temps pour m’adapter. Aujourd’hui, j’aime bien notre vie à 3, mais je m’arrêterais à un enfant. »

    Grossesse imprévue : comment faire face ?

    Comme Fanny, comment réagir lorsque l’on apprend une telle nouvelle, qu’on ne souhaite pas et face à laquelle le champ d’action est finalement limité ? Comment gérer la situation au sein du couple ? Éléments de réponse avec la psychologue Nathalie Parent.

    Heureuse nouvelle pour l’un, détresse pour l’autre, comment gérer ?

    Nathalie Parent : Il faut en parler en mettant de côté les jugements. Écouter l’autre, sans attaque et avec une ouverture d’esprit, en ayant en tête que l’autre ne contrôle pas son ressenti. Les pères se sentent souvent impuissants et cherchent une solution. On sous-estime le pouvoir de l’écoute mais cela soulage grandement.

    Se faire accompagner par un professionnel peut-il aider ?

    N. P. : Oui car la psychothérapie peut permettre d’y voir plus clair, de se questionner sur ses différentes émotions et pensées et de donner du sens à cet événement imprévu. Venir en couple peut d’ailleurs être une bonne idée pour que chacun puisse s’exprimer dans un lieu neutre sans crainte de heurter l’autre. Une fois l’enfant né, certains couples vont dire que c’est finalement ce qui leur est arrivé de mieux dans la vie. Et bien qu’on ne puisse pas en faire une généralité, il paraît constructif de garder en tête qu’un enfant peut être un “investissement” à long terme, qui rapporte à bien des niveaux.

    L’enfant à naître peut-il être impacté par l’état psychologique de la mère ?

    N. P. : Tout dépend de la suite des choses. Il n’y aura pas de conséquence tant que la mère ne reste pas coincée dans un sentiment de culpabilité par rapport à ses propres émotions passées et présentes. Si les parents acceptent la situation, voient le positif et gèrent les émotions négatives, et sont bienveillants envers leur enfant, tout se déroulera normalement, comme pour toute autre naissance.

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    L’Essentiel de l’article

    • Il est important de se défaire de tout sentiment de honte ou de culpabilité
    • La communication avec le partenaire est essentielle
    • Ne pas hésiter à se tourner vers un.e professionnel.le pour obtenir de l’écoute et de l’aide

    1 Ined 2014