Catégorie : Décoder un monde qui évolue

  • Les familles à l’épreuve des convictions écologiques

    Les familles à l’épreuve des convictions écologiques

    Des jeunes concernés par l’écologie

    S’invitent désormais à table les débats sur la consommation, l’alimentation, le choix des destinations pour les vacances d’août et les manières quotidiennes de se déplacer. Aucun répit donc lorsqu’il s’agit d’écologie. En 2019, 55 % des foyers français disaient en discuter au moins une fois par semaine. Souvent, ce sont les adolescents, fraîchement politisés – depuis 2018, des milliers d’adolescents suivent ainsi la grève scolaire pour le climat tous les jeudis ou vendredis –, qui envoient remontrances et sentiment de culpabilité à leurs parents.

    À raison ? Un enfant né en 2020 connaîtra sept fois plus de vagues de chaleur que ses grands-parents baby-boomeurs. Les réseaux sociaux, vecteurs d’un grand nombre d’informations relatives au réchauffement climatique, exposent davantage les jeunes à cette thématique. Alors sans surprise, en 2022, la protection de l’environnement est l’enjeu le plus préoccupant chez les 18-24 ans, alors qu’elle vient en deuxième position pour l’ensemble de la population, après le pouvoir d’achat.

    Jeunes vs leurs parents : un décalage parfois important

    Par ailleurs, 75 % des 15-25 ans considèrent leurs parents responsables de la situation actuelle. « Cette année c’est l’humanitaire au Maroc, et ensuite un voyage imprévu en Islande parce qu’un copain débarque. Ils vont sans doute aussi partir loin en automne, histoire de se changer les idées, et n’oublions pas le traditionnel match de rugby au Pays de Galles de la fin d’année, qui s’ajoutent aux allers-retours précédents », désespère Nicolas, dont les parents se sont installés en Corse pour la retraite, l’obligeant à exploser son empreinte carbone. Des reproches qui peuvent vite agacer les concernés. Sur le groupe Facebook Parents d’ados, suivi par 60 000 personnes, les parents exaspérés par les nouvelles convictions écologiques de leurs bambins se lâchent. Parmi les messages publiés à ce sujet, une image valant mieux que mille mots : « Un million d’adolescents veulent nettoyer la Terre. Un million de parents voudraient qu’ils commencent par leurs chambres. »

    L’écologie, un pont intergénérationnel ?

    Le sujet est en tout cas devenu brûlant, à tel point que l’Ademe, en sorte un rapport nommé Le dialogue intergénérationnel sur l’environnement, où l’on apprend que 71 % des jeunes ont déjà fait remarquer à un de leurs parents qu’une de leurs habitudes était mauvaise pour l’environnement. L’agence pour l’environnement insiste toutefois sur le fait que le dialogue n’est pas si conflictuel que l’on pourrait le penser, car 69 % des jeunes se sont aussi déjà fait remarquer par l’un de leurs parents que leurs habitudes, elles aussi, étaient mauvaises pour l’environnement. « On est choqués par leur consommation de viande et eux par nos achats de fringues en fast-fashion… » résume Lisa, 17 ans, lycéenne à Salon-de-Provence. Par ailleurs, que l’on ait 15 ans, 27 ans, ou 56 ans, une chose fait consensus : les conclusions scientifiques. Selon le même rapport, 79 % des jeunes jugent que les climatologues évaluent correctement les risques du changement climatique, soit la même proportion que chez les 55-75 ans (80 %).

    S’il est un sujet de tensions, l’écologie peut aussi devenir l’occasion rêvée d’un vrai échange… pour aboutir à des convictions partagées. « Nos trois enfants n’étaient clairement pas passionnés de jardinage avant que l’on organise des sessions collectives avec les enfants des voisins. Il n’y a pas de secret : il faut rendre ça ludique, et c’est un moyen de vivre des moments privilégiés en famille », témoigne Sarah, 33 ans, mère de trois enfants à Saint-Omer. Par ailleurs, les jeunes n’ont-ils pas aussi à apprendre des « boomers » ? « Pratiquez-vous le recyclage scolaire ? », interroge Claude, sur le groupe Parents d’ados. « Nos enfants sont tellement soumis aux regards des autres, et à la société de consommation. Petite, j’avais un beau cartable, une belle boîte de crayons de couleur, et ça me faisait au moins trois ans. Quand j’entends le mot écologie perpétuellement je me dis que si on commençait déjà par là ça pourrait être un début », termine-t-elle.

    Conserves, réparation, vélo, faible niveau de consommation… Les recettes de grand-mère vont très souvent dans le sens de la sobriété. Et puisque l’écologie est intimement liée à la question sociale, les parents ne sont-ils pas des écolos qui s’ignorent ? « Mes ados prennent de longues douches, utilisent un maximum d’électricité… De 50 €/mois, je suis passée à 150 €. Je suis maman solo et ça devient compliqué », explique Véronique, 46 ans. Le duo fin du monde/fin du mois pourra-t-il mettre tout le monde d’accord ?

  • La transition écologique pour vaincre le décrochage scolaire

    La transition écologique pour vaincre le décrochage scolaire

    Il faut sillonner des paysages vallonnés dans le brouillard du mois de décembre pour arriver jusqu’à Mergieux, hameau aveyronnais entouré de bois jouxtant la commune de Najac. Là-bas se niche l’une des dix-neuf écoles Être, qui forment les jeunes éloignés de l’emploi de 16 à 25 ans aux métiers de la transition écologique, de l’écoconstruction au maraîchage. Dans le garage d’un ancien centre de vacances où les bâtisses en pierre et les prairies environnantes plantent un décor bucolique, sept stagiaires tâtonnent les freins et les amortisseurs de vélos fatigués, dans l’espoir de leur offrir une seconde vie à la ressourcerie du Rouergue, non loin d’ici. Le concret de la formation séduit ces jeunes qui ont décroché du milieu scolaire ou stagnent dans le chômage de longue durée.

    Pendant deux semaines, ils apprendront à déchiffrer la mécanique des vélos, une occasion d’emmagasiner des compétences pratiques et manuelles où la finalité du travail s’observe à l’œil nu. Deuxième étape : la construction d’un four solaire, objet d’avenir qui n’émet aucun CO₂ et réduit les dépenses, sa source d’énergie étant gratuite et inépuisable : le soleil. Deux secteurs d’activité qui promettent un besoin de bras et de cerveaux dans les décennies à venir.

    Renverser le rapport sachant / apprenant

    Ici, personne ne se reconnaît dans le dénominatif élève, malgré un jeune âge et une volonté d’apprentissage. « On tient à décentrer le rapport sachant/apprenant propre au modèle éducatif traditionnel qui n’a pas laissé que des bons souvenirs », précise Florent, encadrant technique de l’école aveyronnaise. Le sentiment de passivité provoqué par les cours magistraux ou encore le harcèlement scolaire en a démotivé plus d’un. « Ici, la seule théorie se glisse dans la pratique et le maître mot est la bienveillance », plaide l’encadrant. « Un petit coup de brosse à dents sur la chaîne rouillée et c’est reparti ! », lance Sofiane, inhabituellement enthousiaste. Lycéen avec une énergie à revendre dans un établissement catholique « hyper strict » puis titulaire d’un BTS ébénisterie, ce garçon d’une vingtaine d’années a toujours subi douloureusement ses expériences scolaires, jusqu’à ce qu’il se découvre une passion où la rigueur ne représente plus un effort. « J’ai dessiné tous les plans de mon camion aménagé sur des logiciels. C’est du concret, j’adore. Prochaine étape : mon tour de France sur la route ! », s’exclame-t-il, redressant son béret en souriant. Comme les six autres stagiaires, Sofiane est à la recherche d’un avenir où la carrière est moins importante que l’épanouissement personnel ou l’utilité sociale.

    Tête pleine, rien dans les mains

    Avant d’arriver dans le froid de Najac, Geoffrey, urbaniste de formation originaire de la région Pas‑de‑Calais, arpentait les cols et les sommets de l’autre côté de la frontière, en Espagne. Réparer des vélos n’est pas son métier de rêve, mais ce stage représente pour lui des compétences pratiques en plus dans sa besace. « Certains jeunes que l’on accueille ont une tête pleine de savoirs mais rien dans les mains. Ils viennent ici pour remédier à ça », précise Florent, architecte de formation qui s’est lui aussi tourné vers les écoles Être comme encadrant pédagogique par quête de sens. Changer de voie des dizaines de fois au cours de sa carrière professionnelle n’effraie pas ces jeunes ruraux. Bien au contraire. « Souvent, la route est tracée avant de réellement savoir ce qu’on veut. On est engagés dans un boulevard sans grande conviction », soutient Max, bonnet en laine et corps longiligne, qui ne trahit en rien ses années passées chez un carrossier.

    La plupart ont grandi dans un environnement agricole, et n’ont connu que la ferme de leurs parents, où le travail était rude. Physiquement éloignés de l’emploi et de la sociabilité, ils rêvent désormais de rencontres et de partage. « J’ai fait de l’animation pendant des années, mais j’ai perdu le goût du métier et ma confiance en moi. Je veux aller vers quelque chose qui me ressemble plus », affirme Laura, 24 ans, seule femme de la formation.

     

    La transition écologique pour vaincre le décrochage scolaire

     

    Finalement, peu importe la mission, ce qui compte est le contexte dans lequel ils exercent leur métier. « Par exemple, le métier de comptable me déprime. Mais faire de la compta pour le festival Trans Musicales à Rennes, j’ai adoré », nuance Maxime, un Aveyronnais passionné de rock, en resserrant avec force les freins d’un vélo. À sa droite, Adam s’étonne lui-même de réussir à se plier aux horaires précis de la formation. « Il y a quelques années à peine, j’allais au lycée un jour sur trois, la boule au ventre. J’ai compris qu’il fallait arrêter de forcer, que ce n’était pas pour moi. Ici, en petit comité, avec un objectif précis, je me sens bien », assure-t-il, la moue rassurée. La phobie scolaire, qui l’a marqué au fer rouge, l’a longtemps isolé de toute forme d’engagement social. L’absence de jugement entre les stagiaires qui règne dans cette formation le réconcilie avec les autres.

    Décrocher en milieu rural, la double peine

    En général, le décrochage scolaire se fait au lycée, suivi par quelques années d’errances, et des approches timides avec la Mission locale, lieux où ils sont repérés par les écoles Être. « Beaucoup de jeunes sortent du lycée avec une vision hyper négative du futur et de la société dans laquelle on vit. En venant ici, ils sont encore plus conscients de la merde dans laquelle on est collectivement, mais ils y découvrent une lueur d’espoir », nuance Florent. Les territoires ruraux comptent près d’un cinquième des effectifs des décrocheurs scolaires, soit 17 % des jeunes sortant du système éducatif sans diplôme. Le milieu rural est marqué par l’éloignement des services et des écoles post-bac.

    L’absence d’écoles de la deuxième chance, comme des Établissements pour l’insertion dans l’Emploi (Epide), achève de creuser les inégalités territoriales des étudiants. Pour les jeunes de ces régions, le décrochage scolaire n’est pas nécessairement synonyme d’entrée précoce dans la vie professionnelle. Les petites villes de campagne, où le bassin d’emplois est plus restreint, réduisent également leurs possibilités d’avenir comme peau de chagrin. « Agriculteur, maçon, charpentier : soit on aime ça, soit on s’y plie », confirme l’un des stagiaires sur un ton désabusé. À l’échelle nationale, l’origine sociale est l’un des premiers facteurs du décrochage. Les enfants issus de familles monoparentales ou ceux dont les parents sont peu qualifiés ou peu impliqués dans la scolarité présentent un risque supérieur de désengagement. Pourtant, il se pourrait qu’ils représentent les acteurs du changement.

    Un renversement des savoirs vertueux

    En 2005, alors qu’il était éducateur spécialisé dans une Maison d’Enfants à Caractère Social (MECS) à Toulouse, Frédéric Mathis comprend que les jeunes défavorisés seront les premières victimes du réchauffement climatique en raison d’habitats mal isolés et du manque d’espaces verts, malgré une empreinte carbone inférieure au reste de la société. « Mais ils sont aussi l’espoir d’engager une transition concrète, avec des métiers pratiques dont on aura grandement besoin et que les jeunes favorisés ne veulent pas faire : c’est la raison d’être de notre réseau », assure cet ancien travailleur social. Convaincu de cette double réalité, il fonde les écoles Être, implantées dans dix-neuf régions françaises. Pas question de créer du bâti supplémentaire, les jeunes intègrent associations indépendantes et tiers-lieux locaux déjà implantés, qui sont labellisés par le réseau Être, et subventionnés par les Régions. Lainage, agriculture urbaine, maraîchage d’altitude, habitat durable, économie circulaire… Les formations, qui durent de deux semaines à un an, sont entièrement gratuites et sont accessibles à tous les intéressés partout en France. Un moyen de réinsérer les jeunes mais aussi de répondre aux défis qui se présenteront aux entreprises de demain. Ne serait-ce que dans le bâtiment, la rénovation annuelle de 500 000 logements permettrait la création de 75 000 emplois directs et indirects.

    Quant aux énergies renouvelables, le secteur devrait créer près de 125 000 emplois d’ici 2025 (principalement pour l’installation et la maintenance dans le solaire et l’éolien). Dans son étude Les effets de la transition écologique sur l’emploi, de juillet 2022, l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie, établissement public qui a pour missions premières de favoriser la protection de l’environnement et les économies d’énergie) indique que les emplois directs de ces secteurs progressent de 72 % depuis 2006 pour atteindre le nombre de 357 730 ETP (« équivalent temps plein ») en 2019. « Quand nos stagiaires qui viennent d’un milieu très modeste donnent un cours d’installation de panneaux photovoltaïques aux étudiants de Sciences Po Paris, c’est un renversement des savoirs hyper vertueux ! », se souvient Frédéric Mathis, qui a organisé des rencontres entre étudiants aux origines sociales opposées.

    Transition écologique et greenwashing

    Une offre de formation sérieuse, comme le propose le réseau éducatif Être, est d’autant plus nécessaire depuis l’arrivée de formations privées plus douteuses dans le secteur de la transition écologique. Intitulés de diplômes pompeux, frais de scolarité exorbitants, greenwashing : les écoles privées spécialisées fleurissent dans le paysage de l’enseignement supérieur. Près d’une trentaine de nouvelles formations privées ont surgi sur le territoire, en grande partie depuis la crise sanitaire, avec les mêmes éléments de langage entre écoles concurrentes… Le sérieux n’est pas toujours au rendez-vous et l’argumentaire probusiness va bon train : « Sauver la planète d’un désastre écologique est une opportunité de 12 000 milliards de dollars », lit-on sur le site de l’une d’entre elles. Des slogans qui provoquent des haussements de sourcils parmi les intéressés. « Encore des tentatives du capitalisme vert ! », scande l’un des élèves, les mains remplies de cambouis.

    Quand l’horloge affiche 17 h et annonce la fin de journée, il est temps de revenir sur le travail accompli. « Vous pouvez vous féliciter, on a réparé une dizaine d’épaves », sourit Rémi, intervenant sur la réparation vélo, laissant un silence planer. « Je parlais des deux-roues, pas de vous hein », clarifie-t-il, suivi d’un rire général.

    Cet article est issu du numéro 2 du magazine Vous! par Macif. Pour découvrir le sommaire : c’est ICI.

  • Comment les jeunes vivent la crise climatique ?

    Comment les jeunes vivent la crise climatique ?

    « Je suis inquiet pour la planète, parce que personne ne fait attention et tout le monde jette ses déchets par terre, dans la mer ou dans la rue. » Oscar, 7 ans, habite dans le Val-d’Oise. Depuis son entrée en CP, il s’intéresse de plus en plus à l’environnement. « On en parle un petit peu avec la maîtresse. Elle nous explique qu’il faut faire attention à la planète, qu’on en a qu’une et qu’il ne faut pas polluer. » L’autre jour, avec son amie Anna, il a même entrepris de ramasser les mouchoirs et les papiers qui traînaient dans la cour de récréation.

    Jeune génération préoccupée

    « L’école a un rôle fondamental à jouer pour sensibiliser les enfants aux sujets environnementaux », décrypte Anaïs Rocci, sociologue au sein de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. Chaque année, l’Ademe publie un baromètre sur les représentations sociales du changement climatique. La dernière édition est sortie en décembre 2023. « La question environnementale fait partie des préoccupations principales des jeunes, poursuit l’experte. Elle est dans le top 2 des 15-17 ans, juste après l’inflation. C’est la seule tranche d’âge pour qui l’environnement arrive aussi haut. Et parmi tous les sujets liés, c’est le réchauffement climatique qui inquiète le plus (64%), loin devant la dégradation de la faune et de la flore (31%) ou la pollution de l’eau (35%). »

    Ne pas céder à la panique

    Un constat que partage Sixtine, 16 ans. L’adolescente vit en Indre-et-Loire. Elle a été frappée par les températures « quasi-estivales » ressenties à Noël. « C’est tangible. Quand on sort avec un petit pull en décembre, forcément on se dit qu’il y a un problème. » Pour autant, la jeune femme refuse de céder à la panique. « Pendant le confinement, je me renseignais beaucoup sur ces sujets et ça me créait de l’anxiété. Je voyais bien qu’à mon échelle, je ne pourrais pas régler tous les problèmes décrits sur les réseaux sociaux et dans les médias. C’est effrayant, on parle de la fin de l’Humanité. Donc j’essaie de prendre du recul. J’opère quelques petits changements, mais je ne veux plus nourrir un stress par rapport à l’écologie. Ça ne changera pas grand-chose, si ce n’est me pourrir la vie. » Ainsi, si dans son quotidien l’adolescente privilégie les trajets à vélo, elle le fait davantage « parce que c’est pratique que pour sauver la planète ».

    À en croire les données de l’Ademe, de nombreux jeunes de l’âge de Sixtine partagent le même fatalisme. « Cela peut s’expliquer par le sentiment que les acteurs qui seraient les plus à même d’agir ne jouent pas leur rôle. Il y a une véritable lassitude vis-à-vis de ces injonctions aux petits gestes », explique la sociologue Anaïs Rocci. « Je trouve qu’il y a beaucoup de pression sur notre génération pour porter les changements nécessaires, renchérit de son côté Sixtine. C’est rude de devoir faire face, seuls, à ce problème existentiel pour l’être humain. Ce devrait être aux organisations internationales de faire bouger les lignes, ce sont elles qui ont le pouvoir. »

    De la prise de conscience à l’action

    Même s’ils sont globalement plus inquiets et avertis que les générations antérieures, les jeunes n’ont pas des pratiques plus vertueuses que le reste de la population, nuance Anaïs Rocci. Par exemple, seuls 72 % des 15-17 ans déclarent trier leurs déchets, contre 83 % des Français en moyenne. Pareil pour la consommation : 43 % des 15-17 ans et 40 % des 18-24 déclarent consommer moins, contre 56 % des Français en moyenne. Ce qui n’empêche pas certains de se mobiliser, comme Victor, 19 ans. Il fait partie des 19 % de 18-24 ans qui participent à des manifestations pour le climat. « Ça aide à se sentir moins seul, moins impuissant », ajoute-t-il. Sa génération est aussi celle qui s’engage le plus dans des associations de protection de l’environnement (15 % des 18-24 ans, contre 8 % des Français en moyenne). Mais elle compte simultanément le plus de climatosceptiques : 6 % des 18-24 ans restent persuadés que le changement climatique est un leurre, soit deux fois plus que la moyenne nationale.

    Pour lutter contre ce phénomène, les médias ont un rôle essentiel à jouer. Mais cela ne peut se faire sans une remise en question profonde sur la manière dont y sont traitées ces thématiques. « Aujourd’hui, 57 % des jeunes ont le sentiment de ne pas connaître les sources fiables sur les sujets environnementaux », poursuit Anaïs Rocci. Pourtant, ils préfèrent consulter les réseaux sociaux aux dépens des médias traditionnels. C’est le cas de Sixtine, qui, comme de nombreux jeunes de son âge, ne rate jamais une vidéo du Youtubeur Hugo Décrypte, dont les vidéos concises vulgarisent l’actualité quotidienne. « Ils estiment que la manière dont les médias traditionnels traitent les sujets environnementaux est trop négative et angoissante, martèle Anaïs Rocci. Les réseaux leur proposent des contenus plus clairs, plus concis, plus positifs, avec des solutions et des perspectives concrètes qui répondent mieux à leur besoin. Cela leur apporte plus de sérénité par rapport aux angoisses qu’ils peuvent ressentir. »

  • Comment lutter contre les aléas naturels ?

    Comment lutter contre les aléas naturels ?

    Qu’est-ce qu’un aléa naturel ?

    Virginie Hilssone-Lévy : C’est un phénomène d’origine naturelle qui se développe dans un milieu tel que l’eau, le sol ou l’air. Il est plus ou moins prévisible et peut être brutal, potentiellement dangereux pour les humains et avec des impacts environnementaux parfois importants.

    Quels sont les principaux risques naturels qui touchent la France ? Y en a-t-il des plus dangereux que les autres ?

    V. H-L. : On compte 8 principaux types d’aléas naturels : les inondations, les séismes, les mouvements de terrain, les avalanches, les feux de forêt, les tempêtes, les cyclones et les éruptions volcaniques. Le risque d’inondation est le plus important en termes de personnes concernées et d’ampleur des dommages matériels causés. Mais les 8 aléas sont tous potentiellement dangereux, selon la force qu’ils vont avoir, selon leur étendue, on ne peut pas réellement les classer. Les orages par exemple sont un phénomène météo compliqué à prévoir car leur formation dépend de nombreux paramètres, les avalanches sont elles aussi difficiles à prédire et certains aléas en entraînent d’autres qu’on ne peut pas toujours pronostiquer.

    Près de 17 millions de personnes

    soit ¼ de la population française, sont exposées au risque d’inondation.

    Quelles sont les régions les plus concernées ?

    V. H-L. : Les régions du Sud-Est près de la Méditerranée sont davantage exposées aux inondations en automne, les tempêtes concernent plutôt les régions du Nord-Ouest comme la Bretagne ou la Normandie. Les incendies touchaient jusqu’alors principalement la région PACA et la Corse mais on a pu voir cette année que désormais, avec le réchauffement climatique et les sécheresses qui en découlent, les feux touchent également la moitié nord. Pour certains aléas naturels, on observe que l’urbanisation joue sur les conséquences de ceux-ci. Par exemple, en automne, un épisode de pluie continue peut faire déborder un cours d’eau qui pourrait être partiellement réabsorbé par les sols avoisinants, mais en ville, si les sols sont bétonnés, il n’y a pas d’évacuation possible de ces eaux, et les niveaux augmentent considérablement plus vite dans les rues, les sous-sols des habitations, etc.

    Le réchauffement climatique est-il le seul responsable de l’augmentation de ces événements naturels ?

    V. H-L. : Il y a plutôt un consensus scientifique sur le fait que les activités humaines entraînent le réchauffement climatique qui conduit à une augmentation du nombre et de l’intensité des aléas naturels. Ils ne seront pas tous plus nombreux mais ils seront plus graves. Par exemple, les scientifiques démontrent que pour chaque degré en plus dans l’atmosphère, cela provoquera 7% de pluie en plus. Donc tous les phénomènes associés, comme les ouragans ou les tempêtes, seront plus intenses. Il est important que tout le monde connaisse son niveau d’exposition à ces risques et les bons gestes pour en atténuer les conséquences.

    Comment expliquer de manière simple et non anxiogène le réchauffement climatique et ses conséquences à ses enfants ?

    V. H-L. : On peut faire un dessin avec une planète et plusieurs autres éléments comme des voitures, des usines, le soleil. On explique alors que les principaux éléments pollueurs rejettent du CO2, un gaz qui retient l’énergie du soleil et qui le transforme en chaleur. Que plus il y a de ce gaz dans l’atmosphère, plus ça réchauffe les sols et les océans et que cela a des conséquences directes sur l’environnement, par exemple des plantes qui ne peuvent plus pousser aux mêmes endroits, des animaux qui doivent se déplacer pour retrouver leur nourriture habituelle etc. Le traitement anxiogène type fin du monde n’est pas nécessaire, il vaut mieux dire qu’il y a effectivement un problème mais que nous faisons partie de la solution. Il est essentiel de leur expliquer qu’il faut revoir notre manière de vivre pour éviter ces conséquences.

    Justement, comment chacun peut lutter le réchauffement climatique ? Quel type d’écogestes bas carbone peut-on faire ?

    V. H-L. : C’est en comptant à l’échelle collective qu’il y a un impact global. On est de plus en plus nombreux à prendre conscience des enjeux, et cette conscience écologique peut créer un effet de pression aux changements, notamment envers les politiques. À titre individuel, il ne faut surtout pas se dire “Si les autres n’agissent pas, ça sert à rien que moi je le fasse” car sinon c’est un cercle contreproductif qui se met en place plutôt qu’un principe d’influence positive. C’est essentiel de se dire que des petits gestes peuvent avoir un grand impact, ça ne stoppera pas le réchauffement mais ça peut aider à ce que les conséquences soient moins catastrophiques. Il y a 5 actions clés à mettre en place : le choix de son mode de transport (opter pour les moins polluants lorsque c’est possible), manger moins de viande (pour limiter les activités à émissions de gaz à effet de serre), réduire ses déchets alimentaires (le traitement des ordures polluent énormément), limiter sa pollution numérique (regarder ses séries en wifi plutôt qu’en 4G) et réduire sa consommation d’électricité (éteindre plutôt que de mettre en veille). L’idée principale, c’est de ne pas toujours être dans la contrainte et que ces gestes deviennent des réflexes.

    1 Ecologie.gouv

  • Les jeunes consomment-ils différemment que leurs aînés ?

    Les jeunes consomment-ils différemment que leurs aînés ?

    Dis-moi quel âge tu as, je te dirai comment tu consommes

    On les imagine smartphones de seconde main en poche, sapes solidaires sur le dos, sneakers à impact positif aux pieds, encas vegan dans le ventre : à en croire les imaginaires, les jeunes formeraient un groupe homogène de consommateurs éveillés et responsables. C’est du moins ce que l’on pourrait déduire de la médiatisation de cette “génération Greta Thunberg”, marcheuse pour le climat, politiquement verte, adepte de Vinted et Biocoop, vent debout contre l’ancien monde des entreprises et celui des “boomers”.

    De fait, la prise de conscience existe bien chez certains : Romain, 24 ans, responsable de communication interne dans un fond d’investissement parisien, explique ainsi que ses habitudes de consommation ont évolué ces dernières années : « J’ai réellement plus conscience de mon impact écologique. J’achète beaucoup moins de produits transformés pour l’alimentation. Je n’achète plus ou alors très peu de vêtements issues du fast fashion par rapport à avant ». Maxime Delavallée, se félicite lui de rassembler 50 000 visiteurs actifs chaque mois sur le site de sa boutique en ligne de vêtements vintage de seconde main CrushOn. « Dans les nombreux retours de nos clients, la satisfaction provient à la fois de l’acte militant d’acheter de la mode de seconde-main sourcée par des commerçants indépendants à taille humaine, et de l’unicité stylistique et au glamour de porter du vintage » témoigne-t-il.

    Lire aussi : Comment consommer la mode de façon responsable ?

    Pourtant, il suffit de se pencher plus sérieusement sur les chiffres pour constater que ce seul constat est loin d’être pleinement représentatif des comportements d’achat des représentants de la jeunesse. Fin 2019, le Crédoc concluait son étude « Consommation et modes de vie » pour l’ADEME en notant que « les jeunes ont de fortes inquiétudes mais leurs comportements restent consuméristes ». Bien que l’environnement soit en tête de leurs préoccupations, ils sont toujours plus enclins à prendre l’avion et à faire les soldes que le reste de la population, et moins prêts qu’eux à calmer leur cadence d’achats. Laurène, 21 ans, étudiante à l’Ecole de Sage-Femme de Dijon, concède par exemple qu’elle « achète beaucoup plus de choses dites non essentielles (vêtements, produits multimédias…) » que ses parents, « alors qu’eux, qui avaient souvent moins de moyens, se concentraient sur des choses indispensables (voiture, loyer…) ».

    Les jeunes sont-ils touchés par une forme d’hypocrisie ? Non : c’est plutôt que les termes du débat sont mal posés.

    À la recherche du consommateur parfait

    « Jeune ou pas, personne ou presque ne fréquente exclusivement McDonald’s, ou exclusivement des Salad Bars vegan et il nous arrive tous de nous retrouver dans la situation de récupérer un panier d’Amap sur le chemin d’Ikea ou une commande Amazon en même temps qu’un colis Vinted » rappelle l’essayiste Jean-Laurent Cassely, spécialiste des tendances urbaines et nouveaux modes de consommation. « Dans une étude que j’ai pu mener avec l’ObSoCo (ndlr : Les jeunes urbains créatifs, contre-culture ou futur de la consommation, ObSoCo, 2018), on s’est demandé si les jeunes diplômés qui incarnent souvent l’avant-garde dans les médias étaient plutôt alter-consommateurs ou hyper-consommateurs : en fait la plupart des gens sont tiraillés entre ces deux modèles, et rares sont ceux qui ont un profil “pur ». »

    « Ce qui est clair c’est que l’alter-consommateur modèle ne correspond pas forcément aux comportements des “vrais gens”, y compris parmi les fameux Millennials »

    Jean-Laurent Cassely, spécialiste des nouveaux modes de consommation

    Quand on pose la question aux principaux intéressés, il est effectivement difficile d’obtenir des réponses tranchées : à choisir s’ils sont plus portés sur la fête commerciale du Black Friday ou son boycott, le Green Friday, Romain répond « ni l’un ni l’autre », Laurène « entre les deux extrêmes » et Léa, 27 ans, consultante en communication dans une agence parisienne, « les deux ».

    Pour beaucoup, cette ambivalence traduit en fait la mise en place d’un mécanisme de balancier, qui consiste à contrebalancer sa consommation non-raisonnable par des achats vertueux. « C’est un jeu des compensations qui s’observe beaucoup dans le discours de l’alter-consommation, précise Jean-Laurent Cassely. Plus on prend l’avion, plus on va chez McDo, et plus il faudra acheter des produits verts ou en vrac pour compenser ». Un constat qui abonde dans le sens du raisonnement de Romain, qui avoue « compenser avec des actions quotidiennes comme le tri des déchets ou le recours à l’économie circulaire » son « addiction à tout ce que peut apporter l’uberisation (commandes de nourriture, VTC) ».

    Lire aussi : Économie circulaire et collaborative : quels sont les enjeux ?

    D’ailleurs, un même comportement d’achat peut dissimuler des aspirations bien distinctes. Le fait de moins consommer, par exemple, peut cacher à la fois un sens des responsabilités aigu comme un simple manque de moyens. « On observe notamment du côté de la jeunesse ce qu’on appelle des comportements de transition, analyse Jean-Laurent Cassely. Si les jeunes n’ont pas de voiture ou qu’ils ne sont pas propriétaires de leur logement, c’est parfois tout simplement parce qu’ils ne sont pas stabilisés dans vie d’adulte, et qu’ils n’en ont pas encore besoin ». Un constat confirmé par une étude menée par le chercheur Richard Grimal sur une cohorte de jeunes français, dans laquelle il atteste que « les opinions et les attitudes de la génération Y ne jouent aucun rôle » dans le fait que les jeunes utilisent moins la voiture que leurs aînés, et que l’explication est plutôt à chercher du côté de leur non-entrée dans la vie d’adulte et dans l’obtention des moyens financiers qui l’accompagne. « Pour résumer, on peut dire que les jeunes prennent dès qu’ils le peuvent le même pli que les fameux boomers que l’on accuse aujourd’hui de tous les maux sur la consommation » ironise Jean-Laurent Cassely.

    « Un jeune, c’est un être humain pas très différent des autres »

    Jean-Laurent Cassely

    De la conso au discours : où est le fake ?

    C’est donc surtout dans les discours que la confusion règne. D’abord parce que saisir “les jeunes” comme un groupe uniforme est vain. Dans son livre Millennial Burn-Out (Arkhé, 2019), Vincent Cocquebert confirme que « derrière cet énième mythe générationnel » se cache « une armée de marketeurs et autres consultants avides d’alimenter la machine à poncifs pour faire tourner un juteux business ».

    Et pose, in fine, la question : « Et si les millennials n’existaient pas ? ».

    Mais la confusion vient aussi et surtout du fait que les projecteurs n’ont tendance à ne se braquer que sur une seule facette des modes de consommation. « Dans les faits, c’est souvent la recherche du meilleur prix qui l’emporte, mais dans le discours, c’est l’écologie, l’éthique ou la consommation responsable qui prend le pas, observe Jean-Laurent Cassely. La raison à cela, c’est que les catégories culturelles monopolisent le discours sur la consommation, alors que celles et ceux cherchent simplement le meilleur objet au meilleur prix ne prennent pas la parole ; non pas parce que ce modèle est honteux mais il ne fait pas l’objet d’un discours et d’une philosophie ».

    Dans son livre co-écrit avec la sociologue et directrice de recherche au CNRS Monique Dagnaud, Génération surdiplômée, les 20 qui transforme la France (Odile Jacob, 2021), Jean-Laurent Cassely rappelle ainsi que seul un Français sur cinq a un master ou le diplôme d’une grande école en poche, mais que ce petit groupe des 20% se retrouve aux manettes des prescription de tendances. Les modes de consommation semblent donc moins une question d’âge qu’une question de catégorie socio-professionnelle.

    Et si hypocrisie il y a, elle ne vient pas des jeunes, mais de son élite culturelle. « Depuis que la société de consommation existe, les intellectuels français s’y opposent, confirme Jean-Laurent Cassely. Il y a un décalage immense entre le discours critique sur la consommation et la place qu’elle occupe dans la société : la France est le second marché de McDonald après les US, la grande distribution traditionnelle, le discount et Amazon s’y sont très bien implantés, mais la condamnation de la “société de consommation” continue d’être la position dominante dans les médias et parmi les intellectuels, ce qui a tendance à creuser l’écart avec les consommateurs lambda qui sont pourtant conscients pour beaucoup des limites du consumérisme, mais en tirent également des satisfactions réelles ».

  • Génération climat : bullshit ou révolution ?

    Génération climat : bullshit ou révolution ?

    Jeter de la soupe sur un chef d’œuvre de Van Gogh, bloquer des axes routiers ou faire un die-in (s’allonger par terre et feindre la mort) pour dénoncer l’inaction climatique… Ces actions non violentes sont souvent utilisées par la jeunesse militante du monde entier, de plus concernée par les enjeux climatiques.

    79% des jeunes

    se disent intéressés par la thématique du réchauffement climatique.(1)

    Pour autant, peut-on considérer que les jeunes méritent leur surnom de « génération climat » ? Peuvent-ils supporter seuls l’action écologique, si les autres générations ne l’ont pas fait avant eux ? La génération climat est-elle une véritable révolution ou un concept « bullshit » ? C’est la question qui a été débattue lors du TGF. Un débat animé qui a vu défiler à la barre de la Bellevilloise Agnès Sinaï, directrice de l’Institut Momentum et enseignante à SciencesPo, Bertrand Caltagirone, porte-parole du mouvement écologiste Dernière rénovation et Anne-Fleur Goll, consultante climat, qui s’est fait connaître lors d’un discours à l’occasion de sa diplomation à HEC.

    La première génération touchée par l’urgence climatique ?

    Le concept de génération climat s’est popularisé ces dernières avec la montée en popularité des marches pour le climat et de leur figure de proue Greta Thunberg. Pourtant, le phénomène n’est pas nouveau. Qu’il s’agisse des avancées sociales de mai 1968, les manifestations de 2005 dans les banlieues françaises ou les grèves de 1995 contre le plan Juppé sur les retraites, les jeunes ont toujours été sur le devant de la scène militante. La jeunesse est intrinsèquement plus révoltée.

     

    Génération climat : bullshit ou révolution ?

     

    Pour autant, Bertrand Caltagirone considère qu’il existe bien une génération climat. « À d’autres époques, les militants pouvaient potentiellement se tourner vers un avenir assez sombre mais lointain alors qu’aujourd’hui, nous vivons déjà les conséquences de la catastrophe climatique. Face à l’urgence, on n’a pas le temps de faire des réunionites, ça nous engage à davantage de sacrifices », lance-t-il. Pour ce représentant du mouvement Dernière rénovation, le militantisme écologiste a aussi changé de dimension. « Les précédentes générations de militants avaient une vision plus philosophique, avec une critique de la société de la consommation que nous pouvons certes reprendre, mais ce qui nous anime, c’est la peur de mourir », ajoute-t-il.

    Génération climat : bullshit ou révolution ?

     

    Sur ce point, le premier orateur de la soirée est vite rejoint par Agnès Sinaï. « Ces jeunes sont touchés charnellement par la crise écologique contrairement aux lanceurs d’alerte des années 1970. Les enjeux se répètent mais la situation actuelle est sans comparaison », acquiesce-t-elle. Toutefois, elle préfère relativiser le concept de « génération climat ». « Il y a quelque chose de novateur dans cette idée de génération climat, on a envie de croire qu’elle est massivement mobilisée mais je suis nuancée sur ce terme. Toutes les générations sont des générations climat car nous sommes tous embarqués dans la machine infernale du dérèglement, peu importe notre âge », continue-t-elle.

    Lire aussi : L’engagement des jeunes pour sauver le climat

     

    Une génération précurseuse ?

    Génération climat : bullshit ou révolution ?

     

    En effet, parler de génération climat fait reposer une responsabilité assez forte sur la jeunesse. Comment changer les législations nationales et internationales sans embarquer la génération X, qui occupe une bonne partie des postes à responsabilité ? La militante Anne-Fleur Goll a fait le choix de travailler avec des grandes entreprises pour les aider à passer le cap de la transition écologique.

    « Je pense que mon rôle est de monter le niveau de radicalité dans des pièces où auparavant, il n’y avait personne pour parler de ces sujets. En revanche, j’entends souvent dire qu’il faut que les jeunes apportent leurs compétences aux entreprises et je ne suis pas d’accord. Les jeunes peuvent impulser, mais il faut que les personnes au pouvoir se forment à leur tour et agissent », argumente-elle devant l’auditoire de la Bellevilloise.

    Génération climat : bullshit ou révolution ?

     

    D’ailleurs, les jeunes ne sont pas les seuls à crier leur mécontentement dans la rue, rappelle Agnès Sinaï. « Je ne vois pas de cloisonnement générationnel. Dans les actions ou les manifestations, il y aussi des retraités ou des boomers qui ont l’habitude des manifestations par exemple ».

    Une génération de bourgeois ?

    Génération climat : bullshit ou révolution ?

     

    Pour autant, les jeunes écologistes représentent-ils vraiment leur génération ? Pas vraiment, si l’on en croit l’Observatoire international climat et opinions publiques(2), qui a interrogé des citoyens de 30 pays différents. « 62 % des jeunes jugent très importante la question de l’écologie mais ce n’est pas leur première préoccupation. Il y a aussi les violences faites aux femmes (pour 77 % des jeunes), le racisme (67 %), le terrorisme (66 %) ou encore la faim dans le monde (66 %) », rappelle le sociologue Olivier Galland, interviewé par le procureur de ce TGF dans le cadre d’une « pièce à conviction ».

    Autre conclusion de cette étude : « partout dans le monde, l’environnement est davantage une préoccupation des catégories favorisées ». Chez les foyers possédant de faibles revenus, l’environnement n’est qu’à la sixième place, derrière le coût de la vie, la pauvreté, le chômage, le système de santé et la corruption. Une réalité qui renforce l’idée selon laquelle les causes environnementales ne sont portées que par un certain profil sociologique. « En outre, on peine à distinguer une génération climat au niveau mondial. En dehors de l’occident, il n’y a pas de différences générationnelles », conclut Olivier Galland.

    Génération climat : bullshit ou révolution ?

     

    Anne-Fleur Goll a été interpellée à ce sujet lors du TGF par le procureur. « A-t-on raison de voir en vous une révolution en marche alors que vous étiez prédestinée statistiquement à vouloir la faire ? », a-t-il lancé. Après quelques instants de réflexion, la militante a finalement répondu simplement. « Je n’ai jamais réfléchi à ma vie comme ayant un destin. Si je ne suis pas une anomalie statistique, alors c’est tant mieux, cela veut dire que les personnes qui doivent agir le font ».

    Un retour à la radicalité

    Plutôt que de parler de « génération climat », Agnès Sinaï préfère parler de « retour à la radicalité ». Pour elle, il y a eu 4 phases dans l’évolution des militantismes, à commencer par les lanceurs d’alerte dans les années 1960 et 1970. « Ces années ont été portées par le rapport Meadows et une écologie politique assez radicale. Ensuite, on a connu une phase d’institutionnalisation à partir des années 1990 avec de nouveaux traités (Sommet de Rio, COP) pour concilier environnement et économie sous le sigle du développement durable. Au début des années 2000, les mouvements décroissants et altermondialistes se sont emparés de la question de la mondialisation, qui s’est un peu éclipsée aujourd’hui. Et enfin, plus récemment, on a une écologie des villes en transition, de la permaculture, avec un retour à une écologie plus radicale et territorialisée (Les ZAD et Soulèvement de la Terre) », détaille-t-elle durant la conférence.

    Lire aussi : Qu’est-ce que la mobilisation citoyenne ?

    Cette radicalité, constitutive de l’écologie moderne, est aussi une réponse à l’urgence de la situation climatique. « Il y a un risque d’extinction de notre espèce donc il faut être radical car aujourd’hui, le consensus autour du climat est plutôt mou. Tout le monde est plus ou moins d’accord avec le constat mais peu assument cette radicalité dans l’action », constate Bertrand Caltagirone, le porte-parole de Dernière Rénovation.

    Verdict Final

    Alors la Génération Climat : Bullshit ou Révolution ? Cet argument de la radicalité a peut-être été décisif dans le verdict de ce Tribunal des Générations Futures. Sur les 5 voix du jury, 3 ont estimé que la génération climat était une révolution.

    Génération climat : bullshit ou révolution ?

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    (1) Ipsos 2021

    (2) Obs’COP 2022

  • Des « forêts urbaines » pour sauver les villes ?

    Des « forêts urbaines » pour sauver les villes ?

    Les milieux urbains, peu propices à la balade ? S’il est rare de ralentir le pas dans les métropoles, où le bruit se mélange à la pollution atmosphérique, c’est peut-être en partie par le manque de végétation.

    Pour l’organisation mondiale de la santé (OMS), il faudrait au moins 9 m² d’espaces verts par habitant, avec un idéal de 50 m² à moins de 300 mètres de chaque habitation (1). Paris arrive tout juste à ce seuil, avec 9 m² de végétation par habitant, et la ville de Grenoble atteint quant à elle les 17 m².

    « Malgré des périodes plus favorables à la nature urbaine que d’autres, les XIXe et XXe siècles ont été peu propices au développement d’une importante naturalité en ville car ils sont marqués par l’hygiénisme et le fonctionnalisme : les arbres devaient être bien taillés et agencés dans des espaces verts ou le long des grands boulevards au nom de la santé publique. Et jusqu’à la loi Labbé de 2017 qui interdit les produits chimiques dans l’espace public, et les premières actions municipales, la ville était, dans la réglementation, encore considérée comme un espace stérile pour la biodiversité », retrace Hugo Rochard, doctorant en géographie à l’Université Paris Cité.

    C’est donc à partir de ce constat qu’Enrico Fusto et Damien Saraceni ont fondé en 2016 l’association Boomforest. L’idée : recréer des écosystèmes forestiers en ville via la méthode du botaniste japonais Akira Miyawaki : « Nous voulions recréer des espaces autonomes et plus sauvages, souligne Damien, l’un des fondateurs. Car les plantations ornementales, les villes savent déjà bien le faire. » Après un voyage au Japon, Enrico se lance, avec l’aide de Damien et plusieurs groupes de citoyens, à la création de différentes mini-forêts en Ile-de-France. « En 2017, nous avons débuté notre premier projet de plantation Porte-de-Montreuil, sur un talus du boulevard périphérique dans le 20e arrondissement à Paris. Aujourd’hui, nous pouvons suivre cinq projets par saison entre 500 à 900 mètres de surface, dont un à Lyon porté par la municipalité », abonde Damien.

    Lire aussi : Maison individuelle et étalement urbain : faut-il densifier la ville ?

     

    La ville comme territoire d’expérimentation

    Au sein de l’équipe de Boomforest, des gens passionnés qui tentent collectivement d’agrader – améliorer la qualité d’un sol ou d’un milieu, par opposition à ce qui le dégrade – leur environnement, mais pas n’importe comment : « Les endroits que nous avons choisis à Porte-de-Montreuil et aux Lilas avaient des sols dégradés et pauvres en biodiversité», se rappelle Damien.

    Le botaniste Akira Miyawaki a montré qu’une restauration rapide du couvert forestier et du sol était possible, même sur des sols très dégradés, ce qui en fait une technique idéale pour les milieux urbains. Cette méthode, qui a permis de reboiser de nombreux sites – notamment en Inde et autour de la Méditerranée (2) – consiste à planter plusieurs espèces locales de manière très rapprochée en s’inspirant d’un écosystème forestier à son stade final.

    Avant de pouvoir planter, Damien et Enrico ont réalisé un minutieux travail de recherche pour retrouver les espèces d’arbres et d’arbustes naturellement présentes dans la région. « Nous nous sommes d’abord renseignés sur les essences d’arbres qui poussent dans les bois de la région, y compris ceux de Boulognes et de Vincennes, puis nous avons croisé ces informations à des sources historiques. » C’est donc des hêtres, des chênes, des érables, des ormes mais aussi des sureaux, des aubépines et des groseilliers, ainsi que plusieurs arbres fruitiers comme le pommier sauvage et le noisetier qui ont été plantés sur les différents sites parisiens. Ensuite, viennent l’attente, et un long travail de vigilance d’environ trois ans – pour s’assurer de la survie des jeunes plants. « Nous avons vraiment limité les passages pour qu’il y ait le moins de piétinements possibles », précise Damien. Les bénévoles interviennent donc seulement quelques fois dans l’année, pour l’arrosage et la coupe de certaines herbes.

    Une forêt dense aux multiples vertues

    Une fois arrivés à maturité, ces espaces ont de nombreuses vertus pour les riverains : diminution des températures, augmentation de la biodiversité, amélioration de la qualité de l’air et du bien-être. Pour se rendre compte de l’augmentation de la biodiversité, le géographe Hugo Rochard a réalisé des relevés de la flore avec l’écologue Marion Brun sur les sites de l’association. Sur un mètre carré de terrain, les deux scientifiques ont comparé la diversité des micro-forêts à celles des sites adjacents : « Un an après la plantation, on observe une densité de trois à quatre arbres par mètre carré. Une flore spontanée s’est également développée tout autour des arbres : elle vient enrichir la diversité des espèces présentes – qui est environ deux fois plus importante sur ces sites par rapport à ce que l’on trouve sur les talus à proximité, où le gazon est fauché au moins deux fois par an en moyenne », explique le chercheur.

    Malheureusement, pour l’association Boomforest, le manque de suivi scientifique des différents projets ne permet pas de dire si la qualité des sols s’en voit améliorée. Damien constate toutefois de façon empirique la présence d’insectes : « Lorsque nous avons planté près du périphérique au Lilas, il y avait des déchets plastiques dans le sol et aucun insecte. Un an plus tard, il a suffi de creuser un peu le sol pour y trouver des vers de terre et plein d’autres organismes vivants. »

    Lire aussi : Quiz : Quelles menaces sur la biodiversité et comment la protéger ?

    Pour Michaël Belluau, chercheur spécialisé dans les questions de plantations urbaines au laboratoire de recherche canadien PaqLab, les bénéfices d’une mini-forêt urbaine pourraient même aider à lutter contre l’érosion : « Le principal problème en ville, c’est le tassement du sol : le milieu urbain le rend sec et dur et cela complique l’infiltration de l’eau par le sol. En revanche, avec la présence des racines, le sol est aéré. Et même en bord d’autoroute, ces forêts les maintiennent. »

    En effet, les bois, les haies ou même de simples talus permettent déjà d’intercepter l’eau de surface. Ces micro-forêts ont aussi pour avantage de demander peu d’entretien : « L’objectif est de rendre ces espaces autonomes, c’est le cas pour le moment de notre projet à Porte-de-Montreuil quatre ans après la plantation », partage fièrement Damien Saraceni.

    Le défi n’était pourtant pas simple à relever, car aucune initiative similaire n’avait eu lieu en France jusqu’alors… ou presque : « Le mouvement de “renaturation” des villes n’est pas totalement nouveau, précise Hugo Rochard. Les premières politiques cohérentes en ce sens datent, en France, d’une quinzaine d’années, avec, dans le cas de l’afforestation, le projet de “forêt linéaire nord” et “sud” à Paris. Ici, ce qui est nouveau, c’est qu’il s’agit d’une initiative citoyenne qui vise à la création d’un écosystème et non plus la protection d’un seul arbre remarquable. C’est un projet collectif à tous les niveaux. »

    Ce désir de créer des écosystèmes – qui remplaceraient les arbres isolés dans du béton en ville – vient aussi des récentes découvertes scientifiques : « Depuis une dizaine d’années, nous avons pris conscience du niveau de communication des arbres dans les forêts : certaines espèces s’entraident. Les arbres sont plus résistants lorsqu’ils peuvent communiquer avec d’autres végétaux. Et les micro-forêts ont le même potentiel », conclut Michaël Belluau.

    (1) WIT Transactions on Ecology and The Environment

    (2) Ranjan, V., Sen, P., Kumar, D. et al. A review on dump slope stabilization by revegetation with reference to indigenous plant.

  • Tourisme durable, l’équation impossible ?

    Tourisme durable, l’équation impossible ?

    Clap de fin pour les paquebots de tourisme de plus de mille tonnes à Venise : depuis 2019, ils sont interdits d’accès au centre historique de la Sérénissime. En cause, les dégâts environnementaux générés par les quelques 600 bateaux de croisières accostant chaque année, avec leurs lots de touristes et d’émissions d’oxyde de soufre et d’azote.

    « Cette décision illustre un point de bascule intéressant. Venise est un cas extrême et très emblématique de saturation touristique. La ville a atteint un point de non-retour, qui l’oblige à considérer le tourisme comme une activité exigeant un contrôle, et non plus seulement comme une ressource potentielle », analyse Julien Rochette, de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).

    Signe des temps ? De l’Adriatique à la baie de Maya, en Thaïlande, fermée au public depuis 2018 pour permettre au système écologique de se régénérer (les allers et venues quasi incessants de bateaux de vacanciers menaçaient les récifs coralliens), des initiatives de régulation s’observent ici ou là. Le chantier est vaste : le tourisme, première industrie mondiale, connaît un essor alarmant.

    Lire aussi : Tourisme de masse : quelles solutions pour un voyage plus responsable ?

    En 2018, 1,4 milliard de touristes internationaux (c’est-à-dire passant au moins une nuit hors de leur pays) ont arpenté la planète (1). Ils étaient 25 millions en 1950. D’ailleurs, « la croissance du tourisme international reste supérieure à celle de l’économie mondiale », claironne l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) dans son dernier rapport. Mais si ce dynamisme a généré 1 700 milliards de dollars de recettes, son coût écologique est colossal.

    Avec la pandémie mondiale, le tourisme international a drastiquement chuté. En 2021, il a progressé de 4% par rapport à 2020, mais est resté 72% inférieur à 2019, l’année d’avant la pandémie.(2)  En 2022, la reprise est lente mais bel et bien en cours.

    Il faut dire qu’au-delà d’une empreinte carbone considérable (8% émissions mondiales de gaz à effet de serre) (3), l’industrie touristique accentue l’artificialisation massive des sols et notamment des littoraux, provoque une diminution drastique de la biodiversité dans de nombreuses régions du globe et participe de la pollution des océans… Ainsi, l’environnement marin et côtier de la Méditerranée, qui concentre près d’un tiers du tourisme mondial, avec 350 millions de visiteurs annuels, paie un lourd tribut.

    « Le développement rapide et la construction d’infrastructures (…) ont engendré de graves problèmes d’érosion et de pollution en de nombreux points du pourtour méditerranéen », observe Greenpeace. « Les projections tablent sur une fréquentation touristique annuelle de 600 millions, dès 2025 : en l’absence de régulation, on se dirige dans certains sites déjà très fréquentés vers une destruction de la biodiversité et un chaos le plus total », abonde Julien Rochette.

    Tourisme durable : ne plus être « touriste »

    En réaction à ce constat accablant, un tourisme plus responsable se développe depuis une vingtaine d’années, pour tenter de promouvoir d’autres manières de voyager. Tourisme vert, responsable, équitable…

    Derrière la pluralité sémantique, un objectif commun, défini par l’OMT : « tenir pleinement compte de ses impacts économiques, sociaux et environnementaux actuels et futurs, en répondant aux besoins des visiteurs, des professionnels, de l’environnement et des communautés d’accueil ».

    Vaste programme, qui trouve localement des applications concrètes, comme à la basse Kinabatangan à Bornéo, en Malaisie, que la géographe Clotilde Luquiau a étudié de près. Dans cette zone forestière, une dizaine d’opérateurs touristiques locaux se sont engagés en faveur de l’écotourisme en établissant une charte avec WWF Malaisie, se traduisant par la création d’un budget commun finançant la protection de l’environnement, et luttant entre autres contre le braconnage.

    D’autres actions sont également mises en place, comme le programme Home Stay, qui propose à des locaux d’accueillir des touristes chez eux, une formule moins impactante pour l’environnement que l’hôtellerie classique et permettant un bénéfice social local, ou encore comme la plantation d’arbres par les touristes : une proposition qui resterait anecdotique si elle n’était relayée par le financement d’équipes locales pour mener à grande échelle la reforestation. Cet écotourisme n’est pas forcément réservé aux plus aisés, défend Clotilde Luquiau : nuits chez l’habitant, jumelages associatifs, échanges de maison… de nombreuses possibilités plus respectueuses de l’environnement sont aussi moins onéreuses que des vacances « classiques ».

    Mais si la géographe se félicite de ces initiatives locales, elle reste réservée quant au développement d’un tourisme durable à l’échelle mondiale.

    « Aujourd’hui, c’est une illusion. Pour que cela advienne, il faudrait que l’environnement global, législatif, économique, s’engage, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. »

    Clotilde Luquiau

    Face à des pratiques prédominantes inchangées, qui continuent de croître, et à l’heure où une classe moyenne désireuse de voyager émerge en Asie, le tourisme durable reste une niche. Et il a aussi ses limites.

    « La présence humaine, même respectueuse, perturbe le milieu naturel. Et si le développement économique local permis par l’écotourisme a des aspects positifs, il contribue à augmenter les moyens d’une population qui va consommer davantage, et donc avoir un impact environnemental plus élevé… » précise la géographe Clotilde Luquiau.

    Surtout, par le seul fait de prendre l’avion, le vacancier alourdit considérablement son empreinte carbone : un unique aller-retour Paris-Chicago suffit à atteindre le quota individuel d’émission de Co2 annuel qui permettrait de limiter le réchauffement planétaire à 2° d’ici la fin du siècle, explique l’ingénieur et auteur Jean-Marc Jancovici (4).

    Taxer davantage les vols peut être une solution, mais elle soulève une question de justice sociale. Pour résoudre l’équation, des pistes sont avancées ici et là, telles que celle proposée par le Committee on Climate Change, Haut Conseil pour le Climat du Royaume-Uni : alors que 15% de la population britannique est responsable de 70% des vols, la mise en place d’une taxe proportionnelle à la distance parcourue dans les airs sur les dernières années permettrait de pénaliser les plus gros consommateurs, sans exclure du ciel les vacanciers occasionnels, statistiquement moins aisés.

    « L’ensemble des acteurs et opérateurs touristiques doivent introduire des notions de durabilité dans les services qu’ils proposent. S’il faut encourager le marché du tourisme durable à se développer, c’est surtout sur le tourisme dit de masse qu’il faut agir, car c’est là qu’est la plus grande incidence sur l’environnement, »

    appelle pour sa part Julien Rochette

    Nous en sommes encore loin : malgré les déclarations d’intention, la plupart des pays posent encore aujourd’hui la question touristique en termes financiers. « C’est la logique de chiffres qui domine », regrette l’expert.

    « Le modèle qui a prévalu depuis cinquante ans n’est plus acceptable d’un point de vue social et environnemental. Tout est à réinventer, » conclut-il. Y a plus qu’à.

    (1) OMT, rapport annuel, édition 2019

    (2) OMT, rapport annuel, édition 2022

    (3) Lenzen, M., Sun, Y., Faturay, F. et al. The carbon footprint of global tourism. Nature Clim Change

    (4) Extrait de cours de Jean-Marc Jancovici à l’École des Mines de Paris, Mai 2019

  • 5 idées reçues sur le changement climatique !

    5 idées reçues sur le changement climatique !

    Les études scientifiques sont claires : le réchauffement climatique ne cesse de s’aggraver au fil des années. Il est important de comprendre les enjeux climatiques pour agir en conséquence. Voici des réponses à 5 idées reçues sur le changement climatique.

    1 Les actions individuelles n’ont pas d’impact face aux bouleversements écologiques !

    FAUX. Pour lutter contre le réchauffement climatique et les émissions de gaz à effet de serre, l’action de chaque individu est importante. Selon une étude du cabinet de conseil Carbone 4, « si un Français actionne l’ensemble des leviers à l’échelle individuelle en adoptant un comportement responsable, il réduirait son empreinte carbone de 25 % ». Une part non négligeable. Voici quelques éco-gestes à faire à la maison, pour une mise en application immédiate !

    2 La Terre est recouverte à 72 %* d’eau, on ne pourra jamais en manquer !

    FAUX. Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)(1), le réchauffement climatique a des répercussions sur l’humidité, la sécheresse, les zones côtières et les océans. Il provoque des sécheresses plus dures dans les régions déjà sèches. Ainsi, selon l’Accord de Paris de 2015, si le réchauffement dépasse les +1,5 °C d’ici 2050, la pénurie d’eau sera plus importante à l’avenir. Or, déjà 25 %(2) de la population mondiale y est soumise. Il est donc important d’apprendre à économiser l’eau, en faveur de la planète.

    3 Le réchauffement climatique diminue les ressources en eau et donc les risques d’inondations !

    FAUX. Selon le GIEC, le changement climatique intensifie le cycle de l’eau apportant des pluies plus intenses, avec les inondations qui les accompagnent. D’autant que, toujours selon les experts du climat du GIEC, le réchauffement climatique modifie la répartition des pluies. Il est probable que les précipitations augmenteront en hautes latitudes, alors qu’une baisse est projetée dans une grande partie des régions subtropicales. Les zones côtières seront, elles, confrontées à l’élévation du niveau de la mer, qui contribuera à accroître la fréquence et la gravité des inondations dans les zones de faible altitude et à accentuer l’érosion du littoral.

    4 Pour absorber le CO2, il suffit de planter des arbres partout !

    FAUX. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)(3), « un arbre peut absorber jusqu’à 150 kg de CO2 par an, séquestrer du carbone et par conséquent, atténuer le changement climatique ». Mais si les arbres sont de formidables absorbeurs de carbone, ils ne pourront jamais capter tout le CO2 présent dans l’atmosphère à eux seuls. D’autant qu’un arbre planté aujourd’hui ne pourra absorber efficacement du CO2 qu’après 23 ans(4).

    Chiffre-clé

    L’enjeu d’ici 2050 est de limiter à 2 °C(6), en moyenne planétaire, le réchauffement climatique.

    5 Une augmentation de 2 degrés, ce n’est pas grand-chose !

    FAUX. Selon le GIEC, si l’on ne parvient pas à limiter l’augmentation des températures à 1,5 °C d’ici 2050, 8  %(5) de l’habitat des animaux vertébrés (mammifères, oiseaux, reptiles…), 16 % de celui des plantes et 18 % de celui des insectes auront disparu. Pourtant, chaque espèce vivante est essentielle à l’équilibre des écosystèmes et au maintien de la vie sur Terre. Par exemple, sans les insectes pollinisateurs, l’Homme devra renoncer à de nombreux fruits et légumes. Une augmentation de 2°C entraînera également une hausse du niveau de la mer d’ici 2 100(5), exposant ainsi 10 millions(5) de personnes de plus au risque de submersion côtière.

    Enjeux climatiques, il y a urgence à agir !

    Causes, impacts et leviers d’actions, la Macif vous aide à y voir plus clair sur les enjeux climatiques.

    L’Essentiel de l’article

    • Réduire les émissions de CO2 est primordial pour protéger la planète.
    • La ressource en eau sera plus critique à l’avenir.
    • Chacun à son échelle peut adopter des gestes pour le bien-être de la planète.

    * Le centre d’information sur l’eau, De l’Univers au monde de l’eau

    (1) GIEC, https://www.ipcc.ch/languages-2/francais/

    (2) World Resources Institute

    (3) Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, On International Day, UNECE/FAO Forestry and Timber Section releases 10 facts to fall in love with forests, 2019

    (4) science-presse, La captation du CO2 par les arbres: 4 choses à savoir, 2021

    (5) GIEC, Global Warming of 1.5 ºC, 2018

    (6) gouvernement.fr, La Conférence de Paris sur le climat, 2021

  • Timothée Chalamet, Angèle, Fary… Quelles sont les références culturelles de la génération Z* ?

    Timothée Chalamet, Angèle, Fary… Quelles sont les références culturelles de la génération Z* ?

    À chaque génération ses références culturelles. Les baby-boomers ont été marqués par Sean Connery et les Beatles, la génération X par David Bowie et The Breakfast Club (1985), les millennials par Harry Potter et Eminem. La génération Z, elle, semble puiser dans un répertoire plus large que jamais. Certes elle a ses icônes « à elle », de Billie Eilish et BTS à Mcfly et Carlito. Mais elle ne se montre pas non plus avare de références plus datées. « Dans ma génération, décrit Lou, 18 ans, tout le monde a vu Friends (1994-2004) alors que ce n’est pas notre génération, on adore les réalisateurs des années 90 comme Tarantino… » « Sur TikTok, beaucoup de tendances des années 70 sont revenues à la mode, que ce soit les pattes d’eph’ ou en musique [la chanson Dreams de Fleetwood Mac, sortie en 1977, a notamment fait le buzz sur le réseau social en 2020, ndlr], mais aussi des années 80 », abonde Rosalie, 18 ans. 

    Un phénomène assez inédit par son ampleur que Vincent Cocquebert, auteur de Millennial burn-out (Arkhê, 2019), qualifie de « rétromania culturelle », face à « futur qui ne fait plus rêver » et dans lequel il est « très difficile de se projeter. » La génération Z sera-t-elle celle qui réécrira les codes de la consommation culturelle ? Focus sur quelques références de cette tranche d’âge née entre 1995 et 2010, du cinéma à l’humour en passant par la musique. 

    *soit la catégorie générationnelle regroupant les jeunes nés entre 1995 et 2010

    De John Travolta à Timothée Chalamet, la révolution de la masculinité

    Fin des années 70, la vague disco a envahi la planète. Deux films cultes de cette période vont rester gravés dans les esprits, La Fièvre du samedi soir (1977) puis Grease l’année suivante, et avec lui son acteur américain phare : John Travolta. Une référence absolue pour nombre de parents d’enfants de la génération Z, quant à elle plutôt fan d’Emma Watson, de Jennifer Lawrence ou encore de Timothée Chalamet, énumère Lou, en prépa littéraire à Issy-les-Moulineaux. La jeune femme se dit admirative de sa « sensibilité assumée » du comédien de 26 ans révélé notamment dans Call me by your name (2017), qui va de pair avec son « côté féminin, qui destructure les codes de la masculinité » et son physique « gringalet » – « cheveux qui pendent » et « épaules avachies »… 

    Sa mère, Catherine, 58 ans, mesure le décalage avec la star de Grease. Un sex-symbol au « corps un peu bodybuildé, assez macho », bien que son allure efféminée, voire androgyne, ait également pu être pointée du doigt. Évoquant la « légèreté et l’insouciance » de cette période qui contraste avec le climat actuel, elle poursuit : « Je pense que la jeune génération est une génération qui casse tous les codes et remet en cause nos représentations. La nôtre se posait moins de questions. À l’époque de Travolta, c’est la beauté du corps que l’on met en valeur – pas forcément le fond. » 

    Des seventies à nos jours, retrace Vincent Cocquebert, c’est toute une ère qui s’achève : celle du « bad boy ». Celui qui, comme Travolta « n’était pas trop aimé des parents des jeunes de l’époque parce qu’il était très sexualisé, très charmant ; c’était le tombeur du lycée qui allait détourner les jeunes filles ». Tout l’inverse de la « masculinité rassurante » d’un Timothée Chalamet qui renvoie l’image d’une garçon « gentil et poli ». Plus largement, le côté « rock’n’roll » et les frasques des stars qui faisaient les choux gras de la presse people plaisent beaucoup moins aux jeunes d’aujourd’hui, ajoute cet observateur des nouvelles générations. « Il y a une sorte d’apaisement dans les formes culturelles, qui fait que l’on n’a plus besoin d’aimer quelque chose que nos parents détestent pour s’affirmer ! »

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    De Francis Cabrel à Stromae et Angèle, une autre idée de la musique (et de l’amour)

    « Oui, j’ai parfois eu des pensées suicidaires / Et j’en suis peu fier… » Sa performance très commentée sur le plateau de TF1, en janvier 2022, a remis l’enjeu de la santé mentale sur le devant de la scène. Stromae fait partie de cette nouvelle vague d’artistes qui n’hésite pas à « parler de problèmes psychologiques, de leurs traumas et de leurs questionnements ; c’est une parole beaucoup plus mainstream et globale », note Vincent Cocquebert. Résultat, « on connaît bien plus leurs vies », qu’ils livrent dans leurs textes, que les artistes d’antan, pour leur part davantage portés sur les métaphores…

    Pour Rosalie, 18 ans, cette parole intime et directe rend l’artiste belge particulièrement « émouvant ». Les thèmes abordés, à l’instar de la critique lancinante qu’il fait des réseaux sociaux dans Carmen — « L’amour est comme l’oiseau de Twitter / On est bleu de lui, seulement pour 48h… » —, en font une référence incontournable pour sa génération, juge cette élève de terminale dans l’Essonne. Une vision de l’amour désabusée qui tranche avec celle qui prévalait durant l’âge d’or de la chanson française, à l’image d’un Francis Cabrel qu’admire son père Arnaud, 57 ans. Rosalie associe en effet le chanteur sexagénaire, interprète de Je l’aime à mourir, à une certaine « douceur » qui serait devenue assez rare dans les chansons d’amour signées par des artistes contemporains. « Dans les chansons de Stromae, l’amour est souvent un peu défaitiste, remarque-t-elle. Ça parle de rupture, de couples qui ne s’entendent pas… »

    Assurément on ne chante plus l’amour de la même façon qu’hier. Couronnée artiste préférée des 18-24 ans par le classement RIFFX du Crédit mutuel en 2020, Angèle évoque la tentation du célibat dans Solo, son attirance pour une femme dans Ma Reine… Quant à Stromae, il n’hésite pas à brouiller les frontières du genre dans le clip de Tous les mêmes en apparaissant mi-homme, mi-femme, dans une chorégraphie millimétrée. Justement, ce qui frappe Arnaud avec les jeunes artistes actuels, c’est la sophistication des clips dans lesquels ils se mettent en scène.  « C’est assez évident de cette génération qui est née avec le téléphone comme une extension de la main. Avant, c’était moins important. Je me souviens d’un clip de Cabrel où il jouait simplement de la guitare sur un fond bleu et ça suffisait. » Une autre idée de la musique.

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    De Coluche à Fary et Shirley Souagnon, l’archipellisation de l’humour

    Son nez rouge et sa salopette à rayures iconique lui seront à jamais associés. Disparu en 1986, Coluche reste l’humoriste préféré des Français et de loin (selon un sondage BVA en 2016), celui qui a marqué toute une génération adepte de ses vannes « hyper bien construites », même s’il « prenait un malin plaisir à balancer du gras par moment », raconte Robert, 62 ans. Conscient que certains traits d’humour « passeraient » beaucoup moins bien aujourd’hui, à l’image de cette blague qu’il nous cite : « Qu’est-ce que fait un Éthiopien quand il trouve une patate ? Il ouvre un supermarché. » 

    Quelques décennies plus tard, la nouvelle génération a su inventer ses propres codes. « Les humoristes d’aujourd’hui parlent beaucoup plus d’eux-mêmes et d’expériences qu’ils ont vécues. Ils sont davantage dans l’empathie que dans la caricature de personnages types », analyse son fils Ilian, 19 ans, en citant notamment Fary et Shirley Souagnon. « Elle est très engagée pour la cause des femmes, elle est lesbienne et en parle beaucoup, elle fait des sketchs sur ses origines [ivoiriennes, ndlr]… » L’étudiant en théâtre à Aix-en-Provence trouve aussi leur humour plus « fin ». « Fary s’aventure presque vers la philosophie, c’est assez profond », abonde Robert qui est allé voir son one-man-show Hexagone avec son fils. 

    Vincent Cocquebert, lui, voit dans cette génération d’humoristes qui plaisent aux jeunes le reflet d’une « archipellisation du corps social ». « Avant, on vivait dans une sorte d’illusion d’universalisme, les humoristes essayaient de faire rire tout le monde. Coluche était d’ailleurs tellement persuadé de représenter le peuple qu’il est allé jusqu’à vouloir se présenter aux présidentielles ! Aujourd’hui, chacun a ses propres référents d’humour. Les thèmes abordés par un humoriste comme Fary, tels que le racisme, est aussi une manière de créer de la complicité avec les gens sensibles à ce genre de discours. » Bref, l’humour de la génération Z serait plus « politique » que jamais.