Catégorie : Du vert dans nos vies

  • Le retour de la consigne : utopie ou réalité ?

    Le retour de la consigne : utopie ou réalité ?

    « Ni retour ni consigne. »

    Les plus anciens se souviennent de ces quatre mots gravés autrefois au bas de certains contenants alimentaires en verre qui indiquait une exception au principe très usitée de la consigne. Cette consigne qui permettait aux consommateurs de récupérer auprès des commerçants quelques dizaines de centimes de francs en retour de bouteilles et bocaux consignés, avait quasiment disparu à partir des années 1980-1990 avec l’accroissement des emballages plastiques à usage unique et à l’essor des supermarchés. Or, la prolifération néfaste du tout plastique et les risques sanitaires en découlent, ainsi que la hausse des prix du verre depuis la crise énergétique de 2023, ont poussé le gouvernement français à chercher à réduire l’impact environnemental de nos emballages. Voilà pourquoi, le 3 juillet 2024, les autorités, associées à l’éco-organisme Citéo, ont annoncé l’expérimentation du retour de la consigne du verre dans quatre régions (Pays de la Loire, Bretagne, Normandie, Hauts-de-France), avant sa généralisation à l’échelle nationale. À compter de mai 2025, ce sont donc 16 millions de Français qui pourront acheter des produits de grande consommation dans ces emballages réemployables dans les grandes surfaces alimentaires.

    Objectif anti-gaspillage et souveraineté économique

    Ce projet à grande échelle vise à atteindre un objectif fixé par la loi Agec anti-gaspillage de février 2020, dans le cadre de l’économie circulaire : 10 % d’emballages réemployés d’ici à 2027. « Concrètement, les consommateurs achèteront en grande surface un produit dans un emballage en verre qu’il faudra rapporter après utilisation, pour qu’il soit lavé, puis réemployé », avait indiqué Jean Hornain, directeur général de Citéo, cet été, dans Ouest France. En retour, par effet incitatif, le consommateur récupérera un petit pécule sur chaque contenant en verre : « cette consigne sera comprise entre 20 et 30 centimes, selon le contenant, précise Célia Rennesson, cofondatrice et directrice générale de Réseau Vrac et Réemploi. Un emballage n’est pas produit gratuitement. Il a un coût, et à partir du moment où il a aussi une valeur “consignable”, les gens le rapportent, toutes les études le démontrent. Mettre une valeur à l’emballage, ce qui s’appelle une consigne monétaire, permet d’optimiser le système du traitement des déchets d’un point de vue environnemental et d’un point de vue économique, en jetant ces emballages. »

     

    De la consigne grand surface ?

    À partir de mai 2025, les premiers des 30 millions d’emballages standardisés et réemployables produits pour l’année 2025 seront disponibles dans les grandes surfaces. Six contenants (bouteilles et bocaux) seront mis en rayons puis seront nettoyés après collecte dans les laveries Bout’ à Bout’, à Carquefou, et Haut La Consigne dans le Nord. L’éco-Geste accompli par les citoyens est au cœur des principes très avantageux du ReUse. Une fois lavé, un contenant en verre peut être réutilisé jusqu’à vingt fois en moyenne et son réemploi, plutôt que son recyclage, permet d’économiser 75 % d’énergie, 50 % d’eau et 79 % de CO2 ! « Traiter les déchets n’est pas une fin en soi. Il faut parvenir à réutiliser emballages et contenants plusieurs fois plutôt qu’une, plaide énergiquement Célia Rennesson. La ReUse économie offre de nombreux bénéfices. Elle permet de toujours consommer, mais tout en préservant les ressources. Elle permet de réindustrialiser la France, car il s’agit là d’usines de lavage ou d’usines de réparation non délocalisées, favorisant ainsi la création d’emplois dans nos territoires. Ces activités de collecte et de lavage se réalisent au plus proche des actes d’achats, puisque le principe de la ReUse prospère à l’échelle des territoires. Et en bonus, cette économie circulaire permet à notre pays d’être plus souverain économiquement. »

    La consigne en livraison

    Des initiatives de type ReUse avaient heureusement fleuri bien avant le projet gouvernemental du 3 juillet 2024 visant les quatre régions pilotes du Nord et de l’Ouest. La Tournée, une start-up écocitoyenne lauréate du programme Circular Challenge imaginé par Citéo, a ainsi lancé en 2021 son supermarché en ligne centré sur le réemploi des emballages du verre tout en promouvant l’usage de la consigne. « Notre activité de livraisons de courses consignées suit un processus de commande en ligne puis de livraison à domicile, détaille Juliette Poiret, cofondatrice de La Tournée. Tous nos contenants en verre (bouteilles, bocaux, pots) sont récupérés et avant d’être lavés et réutilisés, occasionnant le remboursement de la consigne des produits qui nous sont achetés. Notre conviction, un peu pionnière, était que pour généraliser la consigne, la livraison à domicile était le bon format. Notre service a d’autant plus de potentiel que tout le monde n’a pas forcément envie d’aller ramener des contenants vides en supermarché. »

    Et La Tournée est une affaire qui tourne bien ! Même si pas encore tout à fait rentable, son activité exclusivement francilienne va s’étendre l’année prochaine en Province. Grâce à ses cinquante salariés et sa flotte actuelle d’une quinzaine de véhicules électriques qui livrent les produits et collectent les contenants en verre, sa communauté de 10 000 clients s’accroît d’année en année. En février 2018, le ministère de la Transition écologique avait évoqué le retour du système de la consigne pour les canettes de boissons, les piles et surtout les bouteilles en plastique. Mais la France – déjà moins performante que l’Allemagne pour le retraitement de ces bouteilles – a encore des progrès à faire. Au présent, les voyants du réemploi sont donc plutôt au verre.

    La Macif soutient la Consigne

     
     
     
     

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  • Vivre à la campagne : les idées reçues

    Vivre à la campagne : les idées reçues

    Des motivations diverses

    Une maison, un jardin, la tranquillité. Qui n’en rêverait pas ? Si la ville reste le lieu des opportunités professionnelles, la campagne attire. Selon une étude de Plateforme d’observation des projets et stratégies urbaines (POPSU), 18 % des déménagements réalisés chaque année se font vers des communes rurales (moins de 2 000 habitants), auxquels s’ajoutent 19 % pour les villes en dessous de 20 000 habitants, des chiffres en légère hausse chaque année. Mais cette enquête souligne aussi que tout le monde ne se met pas au vert pour les mêmes raisons. En recherche d’un mode de vie alternatif, ou simplement moins cher, d’un lien à la terre ou de plus de tranquillité grâce au télétravail, les profils néoruraux sont multiples. Selon la géographe ruraliste Claire Delfosse, il faut également noter que « les trajectoires de vie ne sont pas fixes : on peut partir vivre en ville et en revenir, ou inversement ».

    Une meilleure qualité de vie ?

    Un critère domine les autres lorsqu’il s’agit de s’installer en milieu rural : la qualité de vie. Encore faut-il savoir ce que l’on entend par là. Ainsi, Léonor, professeure de chant au Conservatoire de Nantes, a choisi de s’installer quelque vingt kilomètres plus loin au Loroux-Bottereau et ses 8000 habitants avant tout pour y trouver la maison de ses rêves. « Je suis toujours une amoureuse de Nantes, explique-t-elle. Mais après avoir pris goût au jardinage pendant le confinement, et pour avoir de la place pour moi, mes deux enfants, mon nouveau conjoint, et sans trop gêner le voisinage puisque nous sommes tous deux musiciens, et surtout à un prix abordable, nous avons vite réalisé que la maison parfaite ne pouvait se trouver qu’à la campagne. »

    À l’inverse, pour Marjolaine, boulangère installée depuis 2010 dans le petit village de Cieutat (environ 600 habitants) dans les Hautes-Pyrénées, c’est le lien à la nature qui était central. « J’ai grandi dans des petites villes de Picardie et d’Aveyron, avant d’aller étudier à Montpellier. Mais je ne me sentais pas à ma place en ville. Il me manquait de l’extérieur. » Après plusieurs voyages, elle a fini par trouver son bonheur dans ces coteaux verdoyants. « En voyant la carte, j’ai vu qu’il n’y avait quasiment rien, donc c’était parfait ! », s’amuse-t-elle. Là encore, la présence d’un jardin était fondamentale. « C’est un facteur qui revient très souvent, souligne Claire Delfosse. Les annonces immobilières ne manquent jamais de le préciser. »

    Des territoires inégaux

    Pour avoir un jardin et de la place, dans un prix raisonnable, les deux nouvelles propriétaires n’avaient pas le choix, il fallait acheter une maison nécessitant beaucoup de travaux. « On en a pour des années, admet Léonor, il fallait prévoir un gros budget en plus de l’achat. Mais cela reste tout de même bien moins cher qu’en ville. » Mais probablement bien plus cher que l’ancienne ferme de Marjolaine dans les Pyrénées. On voit en effet de grandes différences selon les territoires, avec un littoral atlantique qui attire fortement. « On voit aussi se développer la location ou la colocation, même si c’est encore rare », observe Claire Delfosse. Outre le logement, l’accès aux services est un gros enjeu. Là encore, tous les territoires ne sont pas égaux. « On a été très agréablement surpris de ce que propose la commune de Le Loroux-Bottereau, raconte Léonor. Il y a un cinéma, une piscine, une médiathèque, tous les commerces, deux boulangeries, trois coiffeurs, une école et un collège… Même pour l’accès aux soins, il y a plusieurs cabinets de généralistes et de dentistes. Il n’y a que certains spécialistes qui ne se trouvent qu’à Nantes. »

    Marjolaine, elle, se satisfait d’une vie plus isolée, et la petite ville de Bagnères-de-Bigorre (7000 habitants), située à moins de dix kilomètres de chez elle, fournit tous les services nécessaires. « On y trouve même des urgences, mais elles sont souvent saturées. Pour les spécialistes, c’est plus difficile. Je roule une heure en montage pour trouver une orthoptiste qui n’a pas trop d’attente. Mais les choses changent, j’ai vu arriver plusieurs jeunes médecins, des kinés ou des sages-femmes. »

    Une mobilité difficile

    La principale limite d’une vie à la campagne est évidente : impossible ou presque de se passer de voiture. « La réflexion sur ce sujet reste très récente, regrette Claire Delfosse. On a longtemps supposé que les ruraux étaient mobiles grâce à la voiture, et c’est dans cette population qu’on trouve le plus de voitures par ménage. Mais face au coût grandissant et à la transition écologique, il y a nécessité d’agir. La précarité énergétique, tant question logement que mobilité, en a poussé plus d’un à revenir vivre en ville. » Des solutions existent d’ailleurs pour aider les personnes précaires, comme les plateformes de mobilité ou le transport à la demande. « Le vélo électrique a également débloqué certaines situations. Mais il y a encore beaucoup à faire. »

    Le sujet était important pour Léonor : « On voulait vraiment une maison dans le bourg, pour éviter au maximum la voiture. On ne la prend que pour aller travailler, et on a même réussi à n’avoir qu’une seule voiture pour le foyer, même si cela rend parfois l’organisation complexe. » Et les bouchons peuvent rendre le trajet bien long. De son côté, Marjolaine utilise également fréquemment la voiture, même si elle regarde de près les horaires de bus. « Il y en a peu, mais ils sont précieux. J’ai par exemple souvent pu éviter d’emmener mes enfants en voiture à leur cours de danse à Tarbes, la préfecture à 30 minutes de route. » Le réseau de cars départemental est également bien structuré à Nantes, « mais au Conservatoire, les cours finissent souvent tard, après le dernier départ. À y réfléchir, peut-être qu’on aurait préféré vivre près d’une gare ».

    Une vie culturelle développée – si on sait la chercher

    Un cliché tenace sur les campagnes voudrait qu’il ne s’y passe rien. Pourtant, comme le constate Claire Delfosse, « les espaces ruraux ne sont pas des déserts culturels, loin de là, il y a beaucoup d’initiatives, avec de grandes différences selon les territoires ». Ainsi, Marjolaine trouve son bonheur dans le territoire pourtant peu dense des Pyrénées. « Quand je suis arrivée, il y avait déjà quelques associations qui organisaient régulièrement des spectacles. Et l’offre n’a fait que grandir depuis. Pas besoin d’aller très loin, par exemple le cinéma de Bagnères-de-Bigorre propose quelques séances Art et Essai. Bien sûr, ce n’est pas comme en ville, où tu peux sortir et décider ensuite ce que tu peux faire. Ici, il faut saisir les occasions. Mais ces occasions ne manquent pas. »

    La vie associative est également un facteur de dynamisation important, et permet par ailleurs de s’intégrer en tant que nouvel arrivant. Car l’accueil n’est pas forcément si facile, comme l’a constaté Marjolaine. « Quand je suis arrivée avec l’envie d’avoir un mode de vie écolo, ça n’était pas forcément bien vu, même si les mentalités évoluent. Ce qui a vraiment aidé à faire du lien, c’est lorsque mes enfants sont entrés à l’école, j’ai pu rencontrer d’autres parents d’élèves. » Une chance que n’a pas eue Léonor : « Mes deux fils sont encore scolarisés à Nantes, puisque leur père y vit. Et avec mes horaires décalés, je n’ai pas eu l’occasion de vraiment m’intégrer. » Pour Claire Delfosse, il est évident que « l’intégration va dépendre de nombreux facteurs, des deux côtés de la barrière. En milieu rural, on s’imagine également qu’il y a plus de proximité et de solidarité, ce qui est discutable ». Une manière de rappeler que faire attention aux clichés est l’affaire de tous.

  • « Nous avons une responsabilité dans l’aménagement du littoral » Éric Chaumillon

    « Nous avons une responsabilité dans l’aménagement du littoral » Éric Chaumillon

    En quoi consiste ce phénomène de submersion du littoral et quelles en sont les causes ?

    Éric Chaumillon : On parle de submersion marine lorsque de l’eau de mer pénètre dans les terres, en raison d’une élévation inhabituelle du niveau des mers. Il ne faut pas confondre cela avec l’érosion du littoral, qui désigne le recul du trait de côte, même si les deux phénomènes agissent parfois de concert – il peut arriver qu’une submersion entraîne de l’érosion, ou à l’inverse, que celle-ci favorise un épisode submersif. La submersion touche principalement des zones dominées par la marée, c’est-à-dire les estuaires, les lagunes ou encore des baies où les dunes littorales offrent peu de résistance. Il convient de distinguer deux types de submersion : il y a ce qu’on appelle la submersion « lente », qui est liée à l’élévation globale du niveau des mers, laquelle est elle-même liée au réchauffement climatique (à cause de deux raisons principales : la fonte des glaces et la dilatation des océans). On la dit « lente » parce que c’est de l’ordre de 4 mm par an – soit 40 cm par siècle – en moyenne sur la planète Terre. Et il y a la submersion rapide, qui désigne une élévation locale et très rapide du niveau des mers, principalement liée à deux facteurs principaux : soit les tempêtes, soit les tsunamis. Sur nos littoraux français, on est plutôt exposé aux tempêtes, même si les territoires hors métropole – dans le Pacifique ou l’océan indien, notamment – connaissent des risques de tsunamis non négligeables. Ce qui va s’avérer déterminant, ensuite, face à ce risque, c’est l’altitude de la zone littorale, et on constate de très fortes inégalités par rapport à ça : il y a des côtes qui sont hautes et rocheuses, et puis il y a des côtes qui sont tellement basses qu’elles sont déjà sous le niveau des plus hautes mers, aujourd’hui. Parmi les zones les plus vulnérables, on retrouve la Camargue en Méditerranée, et le marais poitevin, ainsi que les tous les marais charentais.

    Assiste-t-on à une accélération de ce phénomène ?

    E. C. : On mesure une élévation sensible du niveau des mers depuis la révolution industrielle : avant, on était sur une élévation extrêmement lente, d’une vingtaine de centimètres en 2 000 ans. Mais depuis le début du XIXe siècle environ, on a eu plus de 20 cm d’élévation, donc on peut parler de véritable accélération. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’avec le changement climatique, il y a comme un double effet : en plus de l’élévation du niveau des mers, l’augmentation de l’intensité des tempêtes accroît également le risque de submersion.

    Quel est le niveau de responsabilité humaine, derrière ça ?

    E. C. : Les responsabilités sont multiples : il y a bien entendu celle dans le réchauffement climatique, et de ce point de vue là, il est donc urgent de réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Comme le dit bien la climatologue Valérie Masson-Delmotte, chaque dixième de degré compte, et notre première ambition collective devrait être de ne pas induire d’élévation de température pour réduire l’élévation du niveau des mers. Mais nous avons également une responsabilité dans l’aménagement du littoral, que nous avons rendu vulnérable. Les côtes, lorsqu’elles sont laissées à leur libre évolution, reçoivent des sédiments de la mer leur permettant ainsi de s’élever à mesure du niveau de l’eau. Mais nous avons déréglé cela en créant des polders à des fins agricoles, avec une volonté de maîtriser la circulation de l’eau – résultat, les sédiments n’arrivent plus et ne protègent plus les sols près du niveau des mers.

    « Nous avons une responsabilité dans l’aménagement du littoral » Éric Chaumillon

     

    Quelles sont aujourd’hui les solutions envisagées pour réduire ce risque ?

    E. C. : D’abord, il convient de mieux anticiper et ne pas attendre qu’une nouvelle catastrophe advienne pour remettre le débat à l’agenda. La dernière grande submersion marine, ce fut lors de la tempête Xynthia en 2010. Cela avait été extrêmement brutal, on avait soudainement pris conscience que les submersions pouvaient être catastrophiques, provoquer des morts et coûter très cher. Mais qu’a-t-on pris comme décision, à la suite de ça ? Il n’y a pas eu de profonde remise en question, alors même qu’il faut opérer un véritable changement de paradigme. Nous restons dans l’héritage du technosolutionnisme, c’est-à-dire que nous continuons de vouloir résoudre tous nos problèmes avec de la technologie, de l’aménagement, etc., alors que nous en voyons toutes les limites. Ce que la communauté scientifique défend aujourd’hui, dans la lignée du dernier rapport du Giec, c’est la renaturation et la préservation de ces écosystèmes littoraux, qui font tampon devant ces variations climatiques et nous offrent tant de services. Au lieu de lutter contre la nature, travaillons avec elle !

    Concrètement, faut-il envisager la fin de toute construction en bord de mer ?

    E. C. : Aujourd’hui, on n’a déjà plus le droit de construire trop près de la côte, dans certaines zones basses. Mais il y a des solutions intermédiaires, qui ne sont pas si violentes, qui peuvent par exemple consister à penser des installations amovibles – qu’on installe en bord de mer, l’été, quand le risque de tempête est moindre, et qu’on retire ensuite l’hiver, quand les plages sont beaucoup plus soumises à l’érosion. En fait, il faut raisonner en termes de « mixité des usages » : pour des grandes villes côtières comme La Rochelle ou New York, il ne pourra pas s’agir de tout déménager, évidemment. Il faut donc maintenir une politique de « défense » de côte plus classique, avec des aménagements en dur. Mais prenez ce que New York a fait après l’ouragan Sandy, en 2012 : des zones entières de dunes côtières ont été renaturées. Aujourd’hui, on constate non seulement que ces lieux sont a priori mieux protégés, mais qu’en plus ils ont retrouvé une vraie attractivité !

    À quoi va ressembler la France en 2100 ?

    Réponse avec Explore Média et Macif

     
     
     
     

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  • « Il faut continuer de protéger nos territoires de la submersion » Pascal Duforestel

    « Il faut continuer de protéger nos territoires de la submersion » Pascal Duforestel

    Quels sont les principaux facteurs de vulnérabilité du marais poitevin, en matière de submersion ?

    Pascal Duforestel : Le marais poitevin est un ancien golfe qui a été comblé et travaillé de manière ingénieuse pour réguler le cycle de l’eau. Par nature, comme tous les polders de France ou des Pays-Bas, il est très exposé aux risques de submersion, a fortiori dans un contexte de réchauffement climatique. Le marais poitevin doit gérer une masse d’eau très importante du côté de son bassin versant. Le possible cumul d’une montée des eaux de la partie maritime avec un épisode de crue – comme celui vécu l’année dernière – en cas de fortes pluies rend notre territoire d’autant plus vulnérable. Aujourd’hui, 90 % des habitations de ce territoire se trouvent à environ 3m50 en dessous du niveau de la mer.

    Quels seraient les grands impacts, en cas de submersion ?

    P. D. : Le cas de la tempête Xynthia, qui avait directement touché le marais poitevin dans sa partie vendéenne en 2010, nous en a donné un premier aperçu dramatique et nous a rappelé qu’on ne peut pas prendre ces phénomènes à la légère. Dans les communes les plus touchées, telles que la Faute-sur-mer (85) ou Charron(17), il y a eu des morts et des dizaines de maisons et d’infrastructures détruites. Dans les projections les plus catastrophistes, on évoque la possibilité que la mer parvienne jusqu’à Niort (79). Je prends avec prudence les prévisions « alarmistes », mais elles indiquent le niveau de danger. Les conséquences sur l’ensemble des activités humaines seraient colossales, notamment en matière d’agriculture, en touchant la grande zone de culture qui constitue la partie aval de la Sèvre niortaise. Idem pour la mytiliculture (l’élevage des moules, ndr), la moule de Charron est une appellation importante, dans l’économie locale. Avec Xynthia, les cultures ont été particulièrement touchées par l’augmentation de la salinité. Sans oublier tous les impacts en matière de biodiversité, bien entendu.

    Existe-t-il un chiffrage du coût économique potentiel d’une nouvelle submersion ?

    P. D. : Pas véritablement. Il n’y a pas suffisamment d’études à ce sujet, je le regrette. En France, nous avons tendance à attendre qu’une catastrophe ait lieu pour prendre en charge le problème. On ne sait pas suffisamment prévenir, on s’applique surtout à guérir.

    « Il faut continuer de protéger nos territoires de la submersion » Pascal Duforestel

     

    Quel peut être le rôle d’un assureur comme la Macif face à ces défis ?

    P. D. : La Macif se trouve au cœur de ces enjeux. D’abord, parce que son métier est directement impacté, à l’heure où « l’assurabilité » même de certains territoires est mise en question. Sans même évoquer la question de la tarification, pouvoir encore assurer des territoires particulièrement vulnérables est aujourd’hui en débat. Face à un avenir aussi incertain, nous avons intérêt à mutualiser nos connaissances et à travailler à une meilleure prévention plutôt que de devoir faire d’énormes chèques après les catastrophes. Mieux se préparer est un enjeu collectif.

    Quelles solutions sont aujourd’hui envisagées pour réduire ces risques ?

    P. D. : Comme l’explique très bien Éric Chaumillon, professeur à l’université de La Rochelle, spécialiste de la géologie marine et littorale, on ne peut plus se contenter d’outils uniquement techniques. Bien sûr, il faut continuer de protéger nos territoires au moyen de digues, par exemple, mais on sait que ce genre de solutions ne suffit plus. Il faut qu’on ait l’intelligence de combiner ces remparts à des solutions fondées sur l’observation de la nature, qui consistent notamment à « dépoldériser ». On redonne des terres à la nature, qui participe d’elle-même au système de protection par l’apport d’alluvions qui recréent des montées de niveau. Nous avons aussi engagé une politique de replantation d’arbres, qui jouent un rôle de freinage et de maintien des berges. Je pense qu’il faut aussi travailler à la question de la gouvernance et à la manière d’associer les habitants à cette lutte. Si l’on organise les choses uniquement par des décisions verticales venant d’en haut, on sait bien qu’on aura un problème d’acceptation des citoyens. Il faut essayer d’associer un maximum de monde au processus d’adaptation de ce territoire à la nouvelle évolution du climat. D’autant qu’il ne faut pas sous-estimer que cela représente une vraie remise en cause d’un mouvement séculaire qui a amené les sociétés humaines à maîtriser ces terres, contre la nature et contre la mer.

    Le parc du marais poitevin s’engage depuis peu dans un tout nouveau projet européen, intitulé « Life Maraisilience » : en quoi cela consiste-t-il ?

    P. D. : L’objectif est de parvenir à élaborer un observatoire du climat qui soit un véritable outil de pilotage pour les politiques publiques. Au moment d’établir leur stratégie et d’engager de grands chantiers de génie écologique, les collectivités ont besoin d’éléments d’aide à la décision plus performants, mais aussi plus transversaux. On fonctionne encore trop en silo. Cet observatoire aura donc à cœur de croiser différents enjeux, en matière de submersion, de météorologie, d’hydrologie, etc. Pour cela, nous allons travailler avec un ensemble de partenaires afin d’aider chacun, dans son domaine, à tirer les enseignements adéquats pour ne plus reproduire les erreurs du passé. Ça doit par exemple permettre aux communes de mieux travailler leurs plans d’urbanisme. Pour le milieu agricole, il s’agira plutôt de réfléchir aux modèles agroécologiques permettant de mieux s’adapter, et ainsi de suite. C’est un projet très ambitieux et propre à notre territoire, que nous engageons pour les quatre prochaines années, avec un budget total de trois millions d’euros venant de la communauté européenne. L’ambition est d’aboutir à des solutions reproductibles dans d’autres territoires européens assujettis, comme nous, à ce risque de submersion.

  • « Il faut continuer de protéger nos territoires de la submersion » Pascal Duforestel

    « Il faut continuer de protéger nos territoires de la submersion » Pascal Duforestel

    Quels sont les principaux facteurs de vulnérabilité du marais poitevin, en matière de submersion ?

    Pascal Duforestel : Le marais poitevin est un ancien golfe qui a été comblé et travaillé de manière ingénieuse pour réguler le cycle de l’eau. Par nature, comme tous les polders de France ou des Pays-Bas, il est très exposé aux risques de submersion, a fortiori dans un contexte de réchauffement climatique. Le marais poitevin doit gérer une masse d’eau très importante du côté de son bassin versant. Le possible cumul d’une montée des eaux de la partie maritime avec un épisode de crue – comme celui vécu l’année dernière – en cas de fortes pluies rend notre territoire d’autant plus vulnérable. Aujourd’hui, 90 % des habitations de ce territoire se trouvent à environ 3m50 en dessous du niveau de la mer.

    Quels seraient les grands impacts, en cas de submersion ?

    P. D. : Le cas de la tempête Xynthia, qui avait directement touché le marais poitevin dans sa partie vendéenne en 2010, nous en a donné un premier aperçu dramatique et nous a rappelé qu’on ne peut pas prendre ces phénomènes à la légère. Dans les communes les plus touchées, telles que la Faute-sur-mer (85) ou Charron(17), il y a eu des morts et des dizaines de maisons et d’infrastructures détruites. Dans les projections les plus catastrophistes, on évoque la possibilité que la mer parvienne jusqu’à Niort (79). Je prends avec prudence les prévisions « alarmistes », mais elles indiquent le niveau de danger. Les conséquences sur l’ensemble des activités humaines seraient colossales, notamment en matière d’agriculture, en touchant la grande zone de culture qui constitue la partie aval de la Sèvre niortaise. Idem pour la mytiliculture (l’élevage des moules, ndr), la moule de Charron est une appellation importante, dans l’économie locale. Avec Xynthia, les cultures ont été particulièrement touchées par l’augmentation de la salinité. Sans oublier tous les impacts en matière de biodiversité, bien entendu.

    Existe-t-il un chiffrage du coût économique potentiel d’une nouvelle submersion ?

    P. D. : Pas véritablement. Il n’y a pas suffisamment d’études à ce sujet, je le regrette. En France, nous avons tendance à attendre qu’une catastrophe ait lieu pour prendre en charge le problème. On ne sait pas suffisamment prévenir, on s’applique surtout à guérir.

    « Il faut continuer de protéger nos territoires de la submersion » Pascal Duforestel

     

    Quel peut être le rôle d’un assureur comme la Macif face à ces défis ?

    P. D. : La Macif se trouve au cœur de ces enjeux. D’abord, parce que son métier est directement impacté, à l’heure où « l’assurabilité » même de certains territoires est mise en question. Sans même évoquer la question de la tarification, pouvoir encore assurer des territoires particulièrement vulnérables est aujourd’hui en débat. Face à un avenir aussi incertain, nous avons intérêt à mutualiser nos connaissances et à travailler à une meilleure prévention plutôt que de devoir faire d’énormes chèques après les catastrophes. Mieux se préparer est un enjeu collectif.

    Quelles solutions sont aujourd’hui envisagées pour réduire ces risques ?

    P. D. : Comme l’explique très bien Éric Chaumillon, professeur à l’université de La Rochelle, spécialiste de la géologie marine et littorale, on ne peut plus se contenter d’outils uniquement techniques. Bien sûr, il faut continuer de protéger nos territoires au moyen de digues, par exemple, mais on sait que ce genre de solutions ne suffit plus. Il faut qu’on ait l’intelligence de combiner ces remparts à des solutions fondées sur l’observation de la nature, qui consistent notamment à « dépoldériser ». On redonne des terres à la nature, qui participe d’elle-même au système de protection par l’apport d’alluvions qui recréent des montées de niveau. Nous avons aussi engagé une politique de replantation d’arbres, qui jouent un rôle de freinage et de maintien des berges. Je pense qu’il faut aussi travailler à la question de la gouvernance et à la manière d’associer les habitants à cette lutte. Si l’on organise les choses uniquement par des décisions verticales venant d’en haut, on sait bien qu’on aura un problème d’acceptation des citoyens. Il faut essayer d’associer un maximum de monde au processus d’adaptation de ce territoire à la nouvelle évolution du climat. D’autant qu’il ne faut pas sous-estimer que cela représente une vraie remise en cause d’un mouvement séculaire qui a amené les sociétés humaines à maîtriser ces terres, contre la nature et contre la mer.

    Le parc du marais poitevin s’engage depuis peu dans un tout nouveau projet européen, intitulé « Life Maraisilience » : en quoi cela consiste-t-il ?

    P. D. : L’objectif est de parvenir à élaborer un observatoire du climat qui soit un véritable outil de pilotage pour les politiques publiques. Au moment d’établir leur stratégie et d’engager de grands chantiers de génie écologique, les collectivités ont besoin d’éléments d’aide à la décision plus performants, mais aussi plus transversaux. On fonctionne encore trop en silo. Cet observatoire aura donc à cœur de croiser différents enjeux, en matière de submersion, de météorologie, d’hydrologie, etc. Pour cela, nous allons travailler avec un ensemble de partenaires afin d’aider chacun, dans son domaine, à tirer les enseignements adéquats pour ne plus reproduire les erreurs du passé. Ça doit par exemple permettre aux communes de mieux travailler leurs plans d’urbanisme. Pour le milieu agricole, il s’agira plutôt de réfléchir aux modèles agroécologiques permettant de mieux s’adapter, et ainsi de suite. C’est un projet très ambitieux et propre à notre territoire, que nous engageons pour les quatre prochaines années, avec un budget total de trois millions d’euros venant de la communauté européenne. L’ambition est d’aboutir à des solutions reproductibles dans d’autres territoires européens assujettis, comme nous, à ce risque de submersion.

  • Les multiples facettes des campagnes françaises

    Les multiples facettes des campagnes françaises

    Territoires ruraux, entre arrivées et départs

    Ils représentent 88 % des communes et 33 % de la population française. Les territoires ruraux sont importants en France, et si l’on a parfois l’impression que depuis quelques années plus de gens quittent la ville pour s’installer à la campagne, la réalité est plus complexe. D’ailleurs, les statistiques ne relèvent pas d’exode urbain, bien que la pandémie ait pu renforcer une durable tendance à la périurbanisation, mais les chiffres globaux masquent des réalités différentes selon les régions. Si certains départements comme la Haute-Marne ou la Nièvre continuent de se vider, la population de Vendée, comme celle des Landes, augmente, elle, rapidement. Comme l’explique la géographe ruraliste Claire Delfosse, il faut être encore plus précis : « Sur un même territoire, il existe parfois de grosses différences d’une commune à l’autre. »

    Différentes dynamiques, qui impliquent différents défis. Pour une ville moyenne du centre de la France comme Tulle, préfecture de la Corrèze, l’enjeu est de maintenir sa population stable, du moins à l’échelle de l’agglomération. Comme le constate Michel Breuilh, président de Tulle Agglo et ses 45 000 habitants, « la ville centre a tendance à se vider au profit de la périphérie. On déménage de plus en plus loin ». À l’inverse, en Loire-Atlantique, la commune de Vallet, au cœur du vignoble nantais, doit gérer la hausse de sa population, qui va bientôt dépasser les 10 000 habitants. Pour son maire Jérôme Marchais, « il est clair que nous ne sommes pas dans une zone fragilisée. Le fait d’être sur un axe entre Nantes et Cholet, sur le passage d’une quatre voies, est un atout. Mais la problématique est de ne pas devenir une ville dortoir de ces deux grandes villes et qu’on puisse vivre pleinement sur notre commune ».

    Lutter contre le vieillissement

    Quel que soit leur dynamisme, les villes rurales luttent pour attirer une population jeune. « À Tulle, nos centres de formation, notamment pour apprentis, permettent d’attirer de jeunes adultes, détaille Michel Breuilh. Mais dès leur formation terminée, la faible perspective d’emploi les pousse à migrer vers les grandes métropoles. » On observe ainsi un creux démographique sur les personnes entre 30 et 60 ans. L’emploi est une priorité, mais l’accès aux services, comme des crèches pour les jeunes parents, est aussi indispensable pour travailler sereinement. « Les services, en particulier de santé, sont un critère majeur pour la population, expose Claire Delfosse. Mais pour attirer les professionnels de santé, il faut non seulement qu’ils trouvent des locaux pour s’installer, mais également de bonnes conditions de vie, comme un emploi pour le conjoint ou la conjointe. »

    Le sujet est important à Tulle : « Sur ce plan, il y a une compétition entre territoires, qui rend difficile d’avoir des médecins. Pour résoudre ce problème, la ville de Tulle a choisi de recruter quatre médecins qu’elle salarie, ce qui permet d’éviter un manque quand un médecin part à la retraite, puisque le poste perdure et peut être offert à d’autres. » Grâce à son attractivité, Vallet propose à ses habitants tous les services nécessaires, mais la commune fait face à un autre problème. « Le prix de l’immobilier grimpe à grande vitesse, regrette Jérôme Marchais, ce qui empêche les jeunes adultes de s’installer et ceux de la région de trouver une maison. On perçoit une nette stagnation dans nos écoles primaires, alors que les élèves en collège augmentent, car les nouveaux venus ont souvent eu une première partie de vie dans un autre territoire. »

    Un coup de frein à la périurbanisation

    L’accès au logement est un enjeu qui devient d’autant plus important depuis la loi ZAN du 20 juillet 2023, pour « zéro artificialisation nette ». L’objectif : réduire l’artificialisation des sols, et donc la construction de nouveaux bâtiments. Une mauvaise nouvelle pour qui veut bâtir sa maison en campagne. Et une inquiétude pour les maires. « Il y a eu des excès, et il fallait mettre un frein à la construction, admet Jérôme Marchais, mais la brutalité avec laquelle cela se fait augmente le prix de l’immobilier. Je me retrouve à la tête d’une commune avec une large superficie et pourtant en raréfaction de terrains à bâtir. » La commune a d’ailleurs fait le choix d’acheter certaines parcelles pour les revendre en dessous du prix du marché aux jeunes Valletais, « à un prix que je trouve encore élevé », soupire le maire.

    Pour Michel Breuilh, la loi sur l’artificialisation s’applique mal aux territoires ruraux : « L’idée de la loi est de privilégier les constructions en hauteur, mais cela ne peut pas se faire ici. Malgré son bien-fondé, j’ai peur qu’elle accentue l’abandon progressif du secteur rural. » Claire Delfosse, quant à elle, voit dans cette loi « un enjeu majeur : celui de la rénovation. Cela implique aussi de revaloriser des savoir-faire artisanaux dans la construction, pour développer une économie circulaire ».

    Elle découvre également se développer d’autres manières d’habiter : « La location, la colocation ou l’habitat partagé. Mais il faut que les communes soient capables de répondre aux demandes, notamment l’accès à un jardin, ou des habitats adaptés aux personnes âgées. » Cela implique également de repenser la mobilité, qui ne peut plus reposer uniquement sur la voiture. La plupart des départements ont ainsi mis en place des plateformes de mobilité, qui visent à accompagner les publics les plus fragiles, en les aidant à trouver un véhicule, une solution de covoiturage ou de transport à la demande.

    Une question d’image

    Au-delà des conditions matérielles, l’image d’un territoire joue énormément sur l’envie de s’y installer. « J’ai récemment participé à un jury de thèse qui était très clair là-dessus, explique Claire Delfosse. Il portait sur l’installation de jeunes vétérinaires en milieu rural, et constatait que des départements comme l’Yonne étaient délaissés, car associés à ce qu’on se représente comme la diagonale du vide. » Une prophétie qui devient ainsi très vite autoréalisatrice. Pour autant, ce n’est pas une fatalité. « Le dynamisme des associations et la multiplication des projets culturels font beaucoup pour l’image d’un territoire, poursuit la géographe. Il suffit parfois d’une MJC active, mais aussi les projets non culturels comme des garderies, pour donner une image dynamique d’un territoire rural. »

    C’est dans cet esprit que la ville de Tulle a misé sur le projet artistique Lost In Traditions, qui mêle création musicale et théâtrale. La commune de Vallet s’est quant à elle lancé dans la création d’une salle de spectacle qui accueille également une école de musique, un tiers-lieu et bientôt une micro-folie, un musée virtuel développé par avec le ministère de la Culture et le Parc de la Villette à Paris. L’objectif : permettre l’accès à une large offre culturelle. Pourtant, renforcer l’attractivité a aussi son revers de médaille : « À force de grandir, on perd son état d’esprit rural, observe Jérôme Marchais. Et il est parfois difficile de faire comprendre aux personnes installées de longue date sur la commune du bienfait de ce changement. »

  • Les familles à l’épreuve des convictions écologiques

    Les familles à l’épreuve des convictions écologiques

    Des jeunes concernés par l’écologie

    S’invitent désormais à table les débats sur la consommation, l’alimentation, le choix des destinations pour les vacances d’août et les manières quotidiennes de se déplacer. Aucun répit donc lorsqu’il s’agit d’écologie. En 2019, 55 % des foyers français disaient en discuter au moins une fois par semaine. Souvent, ce sont les adolescents, fraîchement politisés – depuis 2018, des milliers d’adolescents suivent ainsi la grève scolaire pour le climat tous les jeudis ou vendredis –, qui envoient remontrances et sentiment de culpabilité à leurs parents.

    À raison ? Un enfant né en 2020 connaîtra sept fois plus de vagues de chaleur que ses grands-parents baby-boomeurs. Les réseaux sociaux, vecteurs d’un grand nombre d’informations relatives au réchauffement climatique, exposent davantage les jeunes à cette thématique. Alors sans surprise, en 2022, la protection de l’environnement est l’enjeu le plus préoccupant chez les 18-24 ans, alors qu’elle vient en deuxième position pour l’ensemble de la population, après le pouvoir d’achat.

    Jeunes vs leurs parents : un décalage parfois important

    Par ailleurs, 75 % des 15-25 ans considèrent leurs parents responsables de la situation actuelle. « Cette année c’est l’humanitaire au Maroc, et ensuite un voyage imprévu en Islande parce qu’un copain débarque. Ils vont sans doute aussi partir loin en automne, histoire de se changer les idées, et n’oublions pas le traditionnel match de rugby au Pays de Galles de la fin d’année, qui s’ajoutent aux allers-retours précédents », désespère Nicolas, dont les parents se sont installés en Corse pour la retraite, l’obligeant à exploser son empreinte carbone. Des reproches qui peuvent vite agacer les concernés. Sur le groupe Facebook Parents d’ados, suivi par 60 000 personnes, les parents exaspérés par les nouvelles convictions écologiques de leurs bambins se lâchent. Parmi les messages publiés à ce sujet, une image valant mieux que mille mots : « Un million d’adolescents veulent nettoyer la Terre. Un million de parents voudraient qu’ils commencent par leurs chambres. »

    L’écologie, un pont intergénérationnel ?

    Le sujet est en tout cas devenu brûlant, à tel point que l’Ademe, en sorte un rapport nommé Le dialogue intergénérationnel sur l’environnement, où l’on apprend que 71 % des jeunes ont déjà fait remarquer à un de leurs parents qu’une de leurs habitudes était mauvaise pour l’environnement. L’agence pour l’environnement insiste toutefois sur le fait que le dialogue n’est pas si conflictuel que l’on pourrait le penser, car 69 % des jeunes se sont aussi déjà fait remarquer par l’un de leurs parents que leurs habitudes, elles aussi, étaient mauvaises pour l’environnement. « On est choqués par leur consommation de viande et eux par nos achats de fringues en fast-fashion… » résume Lisa, 17 ans, lycéenne à Salon-de-Provence. Par ailleurs, que l’on ait 15 ans, 27 ans, ou 56 ans, une chose fait consensus : les conclusions scientifiques. Selon le même rapport, 79 % des jeunes jugent que les climatologues évaluent correctement les risques du changement climatique, soit la même proportion que chez les 55-75 ans (80 %).

    S’il est un sujet de tensions, l’écologie peut aussi devenir l’occasion rêvée d’un vrai échange… pour aboutir à des convictions partagées. « Nos trois enfants n’étaient clairement pas passionnés de jardinage avant que l’on organise des sessions collectives avec les enfants des voisins. Il n’y a pas de secret : il faut rendre ça ludique, et c’est un moyen de vivre des moments privilégiés en famille », témoigne Sarah, 33 ans, mère de trois enfants à Saint-Omer. Par ailleurs, les jeunes n’ont-ils pas aussi à apprendre des « boomers » ? « Pratiquez-vous le recyclage scolaire ? », interroge Claude, sur le groupe Parents d’ados. « Nos enfants sont tellement soumis aux regards des autres, et à la société de consommation. Petite, j’avais un beau cartable, une belle boîte de crayons de couleur, et ça me faisait au moins trois ans. Quand j’entends le mot écologie perpétuellement je me dis que si on commençait déjà par là ça pourrait être un début », termine-t-elle.

    Conserves, réparation, vélo, faible niveau de consommation… Les recettes de grand-mère vont très souvent dans le sens de la sobriété. Et puisque l’écologie est intimement liée à la question sociale, les parents ne sont-ils pas des écolos qui s’ignorent ? « Mes ados prennent de longues douches, utilisent un maximum d’électricité… De 50 €/mois, je suis passée à 150 €. Je suis maman solo et ça devient compliqué », explique Véronique, 46 ans. Le duo fin du monde/fin du mois pourra-t-il mettre tout le monde d’accord ?

  • La transition écologique pour vaincre le décrochage scolaire

    La transition écologique pour vaincre le décrochage scolaire

    Il faut sillonner des paysages vallonnés dans le brouillard du mois de décembre pour arriver jusqu’à Mergieux, hameau aveyronnais entouré de bois jouxtant la commune de Najac. Là-bas se niche l’une des dix-neuf écoles Être, qui forment les jeunes éloignés de l’emploi de 16 à 25 ans aux métiers de la transition écologique, de l’écoconstruction au maraîchage. Dans le garage d’un ancien centre de vacances où les bâtisses en pierre et les prairies environnantes plantent un décor bucolique, sept stagiaires tâtonnent les freins et les amortisseurs de vélos fatigués, dans l’espoir de leur offrir une seconde vie à la ressourcerie du Rouergue, non loin d’ici. Le concret de la formation séduit ces jeunes qui ont décroché du milieu scolaire ou stagnent dans le chômage de longue durée.

    Pendant deux semaines, ils apprendront à déchiffrer la mécanique des vélos, une occasion d’emmagasiner des compétences pratiques et manuelles où la finalité du travail s’observe à l’œil nu. Deuxième étape : la construction d’un four solaire, objet d’avenir qui n’émet aucun CO₂ et réduit les dépenses, sa source d’énergie étant gratuite et inépuisable : le soleil. Deux secteurs d’activité qui promettent un besoin de bras et de cerveaux dans les décennies à venir.

    Renverser le rapport sachant / apprenant

    Ici, personne ne se reconnaît dans le dénominatif élève, malgré un jeune âge et une volonté d’apprentissage. « On tient à décentrer le rapport sachant/apprenant propre au modèle éducatif traditionnel qui n’a pas laissé que des bons souvenirs », précise Florent, encadrant technique de l’école aveyronnaise. Le sentiment de passivité provoqué par les cours magistraux ou encore le harcèlement scolaire en a démotivé plus d’un. « Ici, la seule théorie se glisse dans la pratique et le maître mot est la bienveillance », plaide l’encadrant. « Un petit coup de brosse à dents sur la chaîne rouillée et c’est reparti ! », lance Sofiane, inhabituellement enthousiaste. Lycéen avec une énergie à revendre dans un établissement catholique « hyper strict » puis titulaire d’un BTS ébénisterie, ce garçon d’une vingtaine d’années a toujours subi douloureusement ses expériences scolaires, jusqu’à ce qu’il se découvre une passion où la rigueur ne représente plus un effort. « J’ai dessiné tous les plans de mon camion aménagé sur des logiciels. C’est du concret, j’adore. Prochaine étape : mon tour de France sur la route ! », s’exclame-t-il, redressant son béret en souriant. Comme les six autres stagiaires, Sofiane est à la recherche d’un avenir où la carrière est moins importante que l’épanouissement personnel ou l’utilité sociale.

    Tête pleine, rien dans les mains

    Avant d’arriver dans le froid de Najac, Geoffrey, urbaniste de formation originaire de la région Pas‑de‑Calais, arpentait les cols et les sommets de l’autre côté de la frontière, en Espagne. Réparer des vélos n’est pas son métier de rêve, mais ce stage représente pour lui des compétences pratiques en plus dans sa besace. « Certains jeunes que l’on accueille ont une tête pleine de savoirs mais rien dans les mains. Ils viennent ici pour remédier à ça », précise Florent, architecte de formation qui s’est lui aussi tourné vers les écoles Être comme encadrant pédagogique par quête de sens. Changer de voie des dizaines de fois au cours de sa carrière professionnelle n’effraie pas ces jeunes ruraux. Bien au contraire. « Souvent, la route est tracée avant de réellement savoir ce qu’on veut. On est engagés dans un boulevard sans grande conviction », soutient Max, bonnet en laine et corps longiligne, qui ne trahit en rien ses années passées chez un carrossier.

    La plupart ont grandi dans un environnement agricole, et n’ont connu que la ferme de leurs parents, où le travail était rude. Physiquement éloignés de l’emploi et de la sociabilité, ils rêvent désormais de rencontres et de partage. « J’ai fait de l’animation pendant des années, mais j’ai perdu le goût du métier et ma confiance en moi. Je veux aller vers quelque chose qui me ressemble plus », affirme Laura, 24 ans, seule femme de la formation.

     

    La transition écologique pour vaincre le décrochage scolaire

     

    Finalement, peu importe la mission, ce qui compte est le contexte dans lequel ils exercent leur métier. « Par exemple, le métier de comptable me déprime. Mais faire de la compta pour le festival Trans Musicales à Rennes, j’ai adoré », nuance Maxime, un Aveyronnais passionné de rock, en resserrant avec force les freins d’un vélo. À sa droite, Adam s’étonne lui-même de réussir à se plier aux horaires précis de la formation. « Il y a quelques années à peine, j’allais au lycée un jour sur trois, la boule au ventre. J’ai compris qu’il fallait arrêter de forcer, que ce n’était pas pour moi. Ici, en petit comité, avec un objectif précis, je me sens bien », assure-t-il, la moue rassurée. La phobie scolaire, qui l’a marqué au fer rouge, l’a longtemps isolé de toute forme d’engagement social. L’absence de jugement entre les stagiaires qui règne dans cette formation le réconcilie avec les autres.

    Décrocher en milieu rural, la double peine

    En général, le décrochage scolaire se fait au lycée, suivi par quelques années d’errances, et des approches timides avec la Mission locale, lieux où ils sont repérés par les écoles Être. « Beaucoup de jeunes sortent du lycée avec une vision hyper négative du futur et de la société dans laquelle on vit. En venant ici, ils sont encore plus conscients de la merde dans laquelle on est collectivement, mais ils y découvrent une lueur d’espoir », nuance Florent. Les territoires ruraux comptent près d’un cinquième des effectifs des décrocheurs scolaires, soit 17 % des jeunes sortant du système éducatif sans diplôme. Le milieu rural est marqué par l’éloignement des services et des écoles post-bac.

    L’absence d’écoles de la deuxième chance, comme des Établissements pour l’insertion dans l’Emploi (Epide), achève de creuser les inégalités territoriales des étudiants. Pour les jeunes de ces régions, le décrochage scolaire n’est pas nécessairement synonyme d’entrée précoce dans la vie professionnelle. Les petites villes de campagne, où le bassin d’emplois est plus restreint, réduisent également leurs possibilités d’avenir comme peau de chagrin. « Agriculteur, maçon, charpentier : soit on aime ça, soit on s’y plie », confirme l’un des stagiaires sur un ton désabusé. À l’échelle nationale, l’origine sociale est l’un des premiers facteurs du décrochage. Les enfants issus de familles monoparentales ou ceux dont les parents sont peu qualifiés ou peu impliqués dans la scolarité présentent un risque supérieur de désengagement. Pourtant, il se pourrait qu’ils représentent les acteurs du changement.

    Un renversement des savoirs vertueux

    En 2005, alors qu’il était éducateur spécialisé dans une Maison d’Enfants à Caractère Social (MECS) à Toulouse, Frédéric Mathis comprend que les jeunes défavorisés seront les premières victimes du réchauffement climatique en raison d’habitats mal isolés et du manque d’espaces verts, malgré une empreinte carbone inférieure au reste de la société. « Mais ils sont aussi l’espoir d’engager une transition concrète, avec des métiers pratiques dont on aura grandement besoin et que les jeunes favorisés ne veulent pas faire : c’est la raison d’être de notre réseau », assure cet ancien travailleur social. Convaincu de cette double réalité, il fonde les écoles Être, implantées dans dix-neuf régions françaises. Pas question de créer du bâti supplémentaire, les jeunes intègrent associations indépendantes et tiers-lieux locaux déjà implantés, qui sont labellisés par le réseau Être, et subventionnés par les Régions. Lainage, agriculture urbaine, maraîchage d’altitude, habitat durable, économie circulaire… Les formations, qui durent de deux semaines à un an, sont entièrement gratuites et sont accessibles à tous les intéressés partout en France. Un moyen de réinsérer les jeunes mais aussi de répondre aux défis qui se présenteront aux entreprises de demain. Ne serait-ce que dans le bâtiment, la rénovation annuelle de 500 000 logements permettrait la création de 75 000 emplois directs et indirects.

    Quant aux énergies renouvelables, le secteur devrait créer près de 125 000 emplois d’ici 2025 (principalement pour l’installation et la maintenance dans le solaire et l’éolien). Dans son étude Les effets de la transition écologique sur l’emploi, de juillet 2022, l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie, établissement public qui a pour missions premières de favoriser la protection de l’environnement et les économies d’énergie) indique que les emplois directs de ces secteurs progressent de 72 % depuis 2006 pour atteindre le nombre de 357 730 ETP (« équivalent temps plein ») en 2019. « Quand nos stagiaires qui viennent d’un milieu très modeste donnent un cours d’installation de panneaux photovoltaïques aux étudiants de Sciences Po Paris, c’est un renversement des savoirs hyper vertueux ! », se souvient Frédéric Mathis, qui a organisé des rencontres entre étudiants aux origines sociales opposées.

    Transition écologique et greenwashing

    Une offre de formation sérieuse, comme le propose le réseau éducatif Être, est d’autant plus nécessaire depuis l’arrivée de formations privées plus douteuses dans le secteur de la transition écologique. Intitulés de diplômes pompeux, frais de scolarité exorbitants, greenwashing : les écoles privées spécialisées fleurissent dans le paysage de l’enseignement supérieur. Près d’une trentaine de nouvelles formations privées ont surgi sur le territoire, en grande partie depuis la crise sanitaire, avec les mêmes éléments de langage entre écoles concurrentes… Le sérieux n’est pas toujours au rendez-vous et l’argumentaire probusiness va bon train : « Sauver la planète d’un désastre écologique est une opportunité de 12 000 milliards de dollars », lit-on sur le site de l’une d’entre elles. Des slogans qui provoquent des haussements de sourcils parmi les intéressés. « Encore des tentatives du capitalisme vert ! », scande l’un des élèves, les mains remplies de cambouis.

    Quand l’horloge affiche 17 h et annonce la fin de journée, il est temps de revenir sur le travail accompli. « Vous pouvez vous féliciter, on a réparé une dizaine d’épaves », sourit Rémi, intervenant sur la réparation vélo, laissant un silence planer. « Je parlais des deux-roues, pas de vous hein », clarifie-t-il, suivi d’un rire général.

    Cet article est issu du numéro 2 du magazine Vous! par Macif. Pour découvrir le sommaire : c’est ICI.

  • Comment les jeunes vivent la crise climatique ?

    Comment les jeunes vivent la crise climatique ?

    « Je suis inquiet pour la planète, parce que personne ne fait attention et tout le monde jette ses déchets par terre, dans la mer ou dans la rue. » Oscar, 7 ans, habite dans le Val-d’Oise. Depuis son entrée en CP, il s’intéresse de plus en plus à l’environnement. « On en parle un petit peu avec la maîtresse. Elle nous explique qu’il faut faire attention à la planète, qu’on en a qu’une et qu’il ne faut pas polluer. » L’autre jour, avec son amie Anna, il a même entrepris de ramasser les mouchoirs et les papiers qui traînaient dans la cour de récréation.

    Jeune génération préoccupée

    « L’école a un rôle fondamental à jouer pour sensibiliser les enfants aux sujets environnementaux », décrypte Anaïs Rocci, sociologue au sein de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. Chaque année, l’Ademe publie un baromètre sur les représentations sociales du changement climatique. La dernière édition est sortie en décembre 2023. « La question environnementale fait partie des préoccupations principales des jeunes, poursuit l’experte. Elle est dans le top 2 des 15-17 ans, juste après l’inflation. C’est la seule tranche d’âge pour qui l’environnement arrive aussi haut. Et parmi tous les sujets liés, c’est le réchauffement climatique qui inquiète le plus (64%), loin devant la dégradation de la faune et de la flore (31%) ou la pollution de l’eau (35%). »

    Ne pas céder à la panique

    Un constat que partage Sixtine, 16 ans. L’adolescente vit en Indre-et-Loire. Elle a été frappée par les températures « quasi-estivales » ressenties à Noël. « C’est tangible. Quand on sort avec un petit pull en décembre, forcément on se dit qu’il y a un problème. » Pour autant, la jeune femme refuse de céder à la panique. « Pendant le confinement, je me renseignais beaucoup sur ces sujets et ça me créait de l’anxiété. Je voyais bien qu’à mon échelle, je ne pourrais pas régler tous les problèmes décrits sur les réseaux sociaux et dans les médias. C’est effrayant, on parle de la fin de l’Humanité. Donc j’essaie de prendre du recul. J’opère quelques petits changements, mais je ne veux plus nourrir un stress par rapport à l’écologie. Ça ne changera pas grand-chose, si ce n’est me pourrir la vie. » Ainsi, si dans son quotidien l’adolescente privilégie les trajets à vélo, elle le fait davantage « parce que c’est pratique que pour sauver la planète ».

    À en croire les données de l’Ademe, de nombreux jeunes de l’âge de Sixtine partagent le même fatalisme. « Cela peut s’expliquer par le sentiment que les acteurs qui seraient les plus à même d’agir ne jouent pas leur rôle. Il y a une véritable lassitude vis-à-vis de ces injonctions aux petits gestes », explique la sociologue Anaïs Rocci. « Je trouve qu’il y a beaucoup de pression sur notre génération pour porter les changements nécessaires, renchérit de son côté Sixtine. C’est rude de devoir faire face, seuls, à ce problème existentiel pour l’être humain. Ce devrait être aux organisations internationales de faire bouger les lignes, ce sont elles qui ont le pouvoir. »

    De la prise de conscience à l’action

    Même s’ils sont globalement plus inquiets et avertis que les générations antérieures, les jeunes n’ont pas des pratiques plus vertueuses que le reste de la population, nuance Anaïs Rocci. Par exemple, seuls 72 % des 15-17 ans déclarent trier leurs déchets, contre 83 % des Français en moyenne. Pareil pour la consommation : 43 % des 15-17 ans et 40 % des 18-24 déclarent consommer moins, contre 56 % des Français en moyenne. Ce qui n’empêche pas certains de se mobiliser, comme Victor, 19 ans. Il fait partie des 19 % de 18-24 ans qui participent à des manifestations pour le climat. « Ça aide à se sentir moins seul, moins impuissant », ajoute-t-il. Sa génération est aussi celle qui s’engage le plus dans des associations de protection de l’environnement (15 % des 18-24 ans, contre 8 % des Français en moyenne). Mais elle compte simultanément le plus de climatosceptiques : 6 % des 18-24 ans restent persuadés que le changement climatique est un leurre, soit deux fois plus que la moyenne nationale.

    Pour lutter contre ce phénomène, les médias ont un rôle essentiel à jouer. Mais cela ne peut se faire sans une remise en question profonde sur la manière dont y sont traitées ces thématiques. « Aujourd’hui, 57 % des jeunes ont le sentiment de ne pas connaître les sources fiables sur les sujets environnementaux », poursuit Anaïs Rocci. Pourtant, ils préfèrent consulter les réseaux sociaux aux dépens des médias traditionnels. C’est le cas de Sixtine, qui, comme de nombreux jeunes de son âge, ne rate jamais une vidéo du Youtubeur Hugo Décrypte, dont les vidéos concises vulgarisent l’actualité quotidienne. « Ils estiment que la manière dont les médias traditionnels traitent les sujets environnementaux est trop négative et angoissante, martèle Anaïs Rocci. Les réseaux leur proposent des contenus plus clairs, plus concis, plus positifs, avec des solutions et des perspectives concrètes qui répondent mieux à leur besoin. Cela leur apporte plus de sérénité par rapport aux angoisses qu’ils peuvent ressentir. »

  • Les bonnes nouvelles pour l’environnement de 2023

    Les bonnes nouvelles pour l’environnement de 2023

    C’est un come-back qui est passé sous les radars. Au printemps dernier, les bousiers faisaient leur grand retour dans le sud-ouest de la France. Ces scarabées ont été réintroduits en avril dans les Landes où ils avaient disparu dans les années 1960. Si le retour d’insectes peut sembler anecdotique, c’est une vraie bonne nouvelle car ces scarabées jouent un rôle clé dans la dispersion de la matière. Ils devraient permettre de restaurer une fonction vitale de l’écosystème et de participer au foisonnement de la vie sauvage dans la réserve de l’étang de Cousseau. L’initiative participe d’une politique de réensauvagement qui a fait ses preuves pour le maintien et la restauration des écosystèmes, mais aussi pour la sauvegarde des espèces.

    Le retour de la vie sauvage

    Le réensauvagement ainsi que des politiques publiques de conservation et de sauvegarde efficaces ont permis un vrai retour de la vie sauvage en Europe. Le lynx ibérique pourrait bien être le symbole ultime de cette tendance. Il y a une vingtaine d’années, cet animal était le félin le plus menacé du monde. Il n’en subsistait d’ailleurs qu’une centaine dans le sud de l’Espagne. Aujourd’hui, grâce à un programme d’élevage en captivité, il y en aurait près de 1700 ! De quoi espérer que bientôt l’espèce ne soit plus menacée. En France aussi, les espèces sauvages sont de retour dans nos territoires. À titre d’exemple, la population de vautour fauve a augmenté de 51 % depuis 2012, les effectifs des populations de bouquetins des Alpes multipliés par 60 en plus de quarante ans.

    Autre continent, autre bonne nouvelle, en Afrique, l’emblématique rhinocéros reprend du poil de la bête. Le nombre de pachydermes comptabilisés sur le continent africain en 2022 est en hausse de 5,2% par rapport à 2021 selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Si l’on élargit le spectre plus loin dans le monde, les raisons d’espérer sont là encore nombreuses. Quelques années après les mégafeux de 2019, la biodiversité se refait la cerise en Australie. Cette année, 26 espèces animales ont ainsi été rayées de la liste des espèces en voie d’extinction. C’est notamment le cas de la baleine à bosse.

    Océans toujours, en octobre dernier, une coalition de 45 pays (dont la France) s’est engagée à donner 12 milliards de dollars pour protéger les coraux. Objectif du projet Coral Reef Breakthrough : protéger les coraux du changement climatique, de la pollution de l’eau et de la surpêche et doubler les zones de récifs coralliens placées sous protection d’ici 2030.

    Vers la fin de la déforestation de l’Amazonie ?

    Quelques autres décisions et événements marquants devraient avoir à court terme un impact sur la biodiversité. Une des bonnes nouvelles de l’année nous vient du Brésil et de l’Amazonie. Après des années de déforestation sauvage, le poumon vert de la planète reprend des forces. D’après des données officielles publiées par le gouvernement brésilien, la déforestation avait chuté en août de 66 % par rapport à juillet 2022. Le président du pays assurait d’ailleurs vouloir tout mettre en œuvre pour éradiquer totalement la déforestation illégale d’ici 2030.

    Moins de pollution

    Enfin plus proche de chez nous au Pays-Bas. L’aéroport de Schiphol-Amsterdam, va interdire à l’horizon 2025-2026 les vols de nuit et les jets privés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et les nuisances sonores. L’aéroport qui figure parmi les plus fréquentés d’Europe vise même une réduction de 10 % de ces vols à l’horizon novembre 2024. De quoi donner des idées à d’autres aéroports ? Et encourager les gens à privilégier le train ? Peut-être. L’équipe de France de football a décidé de tenter l’expérience. Killian Mbappé et ses partenaires devraient faire leur premier trajet en train sous le maillot bleu en mars 2024, à l’occasion d’un match amical prévu à Lyon.