Catégorie : Ma famille, ma tribu

  • Mon enfant rentre au collège

    Mon enfant rentre au collège

    Ça fait un moment qu’on leur en parle : en septembre, les choses sérieuses commencent. « Entre ma rentrée en sixième, mon frère qui passe au CP et ma sœur qui entre en petite section, ça faisait beaucoup de nouveautés, raconte Julie, ancienne élève du collège Le Racinay dans les Yvelines. Je n’arrêtais pas de refaire et défaire mon cartable. Je vérifiais tout, je craignais d’oublier quelque chose. J’avais une boule au ventre et en même temps, j’étais impatiente d’être au collège. Ce n’était plus la petite école familiale dans laquelle j’avais étudié cinq ans, non, j’arrivais chez les grands. » Pédopsychiatre et professeure à l’université Paris-Descartes, Marie-Rose Moro ne connaît que trop bien cette angoisse de la rentrée « chez les grands ». Une appréhension tout à fait normale tant les changements sont grands et importants.

    Qui dit nouveau lieu, dit nouvelles règles

    Le passage entre l’école et le collège est le plus intense. Une fois en sixième, rien n’est plus comme avant : les enseignants sont tous différents en fonction des matières, les cours ne se déroulent plus dans une seule salle de classe, le règlement intérieur est strict (on a tous connu la peur d’être sanctionné avec un mot dans le carnet de correspondance, ou d’arriver en retard en se perdant dans l’établissement), la cantine se transforme en « self », le latin est au programme, la quantité de devoirs s’intensifie, les résultats scolaires deviennent un enjeu important… Les changements sont aussi nombreux et éprouvants que ceux de la puberté.

    « Là où en primaire l’enfant est plus passif et peut se contenter d’écouter en classe pour intégrer les apprentissages, au collège, il doit être beaucoup plus actif, indique la pédopsychiatre. Il doit savoir ce qu’il doit faire, où il doit le faire et quand il doit le faire. Il doit aussi apprendre à gérer le fait que ses profs peuvent être contradictoires. Certains vont demander beaucoup de participation, d’autres non. Certains seront plus sévères que d’autres… Pour résumer, au collège, le point fixe, c’est l’enfant. Alors qu’à l’école primaire, c’était l’institutrice. »

    Le chemin de l’autonomie

    L’entrée au collège, c’est aussi le moment pour certains enfants de s’y rendre sans être accompagnés par leurs parents, à pied, à vélo ou en transport en commun. Marie-Rose Moro conseille de faire ce trajet maison-collège plusieurs fois avec eux avant la rentrée, en leur donnant des repères et des conseils d’organisation : « Voilà le chemin que tu vas faire l’année prochaine ; ah, regarde, on est arrivé au collège, tu vois, finalement, ce n’est pas si long ; tu peux prendre ce raccourci ; tu passes devant la maison de grand-mère ; voilà le temps qu’il te faut en tout pour t’y rendre… C’est bien de commenter chaque étape, explique-t-elle. En sixième, on doit pouvoir faire le chemin tout seul. On doit devenir actif, autrement dit, être capable de partir à l’heure, de mettre la clé de la maison dans son sac, de trouver un copain ou une connaissance pour faire le trajet ensemble… Toutes ces choses s’organisent et s’anticipent. »

    Petit « tip » : vous pouvez réaliser ce trajet en vous rendant aux journées portes ouvertes. Enfin, laissez-le faire seul une première fois en le suivant discrètement, afin de confirmer son autonomie.

    Se préparer, mais pas en vacances

    Une telle étape peut stresser l’enfant, mais force est de constater que les parents ne sont pas beaucoup plus détendus. « J’ai récemment eu une préadolescente en consultation et ses parents ont commencé à dire qu’elle n’était pas prête pour le collège, raconte Marie-Rose Moro. Quand je me suis retrouvée seule avec elle, elle m’a confié que c’était “l’enfer” et qu’elle avait l’impression d’aller dans la gueule du loup… » Pour éviter de communiquer ce stress, les parents souhaitent à tout prix s’organiser. Ça se comprend. Mais attention : pas question d’utiliser les vacances scolaires pour préparer la rentrée.

    « Les enfants doivent pouvoir partir tranquillement sans qu’on leur sorte les cahiers de vacances pour éplucher le programme de mathématiques niveau sixième… », avertit la pédopsychiatre qui estime que les vacances doivent être une réelle rupture. Au fond, le message que les parents doivent délivrer est le suivant : oui, c’est un changement important, mais on te fait confiance, on sait que tu es prêt·e.

    Au-delà des nombreux enjeux qu’implique la rentrée au collège, difficile de ne pas aborder un sujet plus grave qui, ces dernières années, a beaucoup fait l’actualité : le harcèlement scolaire. Comment faire ? « Créer une ambiance [avant septembre] où la règle serait le harcèlement, je ne suis pas sûre que ce soit la bonne attitude, avertit Marie-Rose Moro. Je suis vraiment sensible au fait que les enfants aient des préoccupations qui sont celles des adultes. Ça me paraît trop lourd pour eux, je serais donc prudente. Il vaut mieux leur dire : “S’il y a quoi que ce soit, on sera toujours là, c’est important pour nous que tu sois bien au collège et si tu n’es pas bien, il faut que tu nous en parles, on pourra alors répondre à toutes les questions que tu te poses.” »

     

    50 questions sur les bébés, les enfants, les adolescents : Comment devenir des parents ordinaires ici et dans le monde, de Marie-Rose Moro (2021)

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  • Mon ado veut partir en vacances avec ses amis sans parents

    Mon ado veut partir en vacances avec ses amis sans parents

    « À 14 ans, mes amis ont décidé d’organiser un séjour à la mer, ayant la permission d’y aller seuls. Je comptais partir avec eux, mais c’était sans compter la réaction de mes parents. Pour eux, pas question de me laisser partir sans l’encadrement d’une personne majeure. Ils ne comprenaient pas que j’envisage de les exclure de mes vacances. Pourtant, je proposais de trouver un petit job – du baby-sitting – pour me payer les frais du voyage. S’il y avait un souci, je pouvais facilement appeler mes parents. J’ai tout tenté, j’ai supplié, j’ai même versé quelques larmes. Rien à faire, j’ai dû une fois de plus partir avec eux. Je me suis senti incompris, il continuait de voir en moi un petit garçon. » Ce que raconte Sacha, des milliers d’adolescents le vivent chaque été. Semaine au camping, colonie de vacances, séjour à l’étranger… Les options sont multiples pour les adolescents qui souhaiteraient partir, seuls ou entre amis. Sans surprise, une telle demande génère de l’inquiétude chez bon nombre de parents qui peinent à lâcher prise.

    « Une question de préparation »

    Pour la Dr Laure Geisler, médecin généraliste et créatrice d’un podcast destinés aux adolescents, tout est une question de préparation : « C’est important de faire des tests dès la préadolescence, pour être certain que son enfant est prêt à partir seuls, estime-t-elle. Ça passe par des petits week-ends chez un copain ou des petites missions quotidiennes, comme aller chercher du pain ou passer à la pharmacie. » Autre élément primordial : la communication. Sans dialogue, il n’y a pas de confiance commune. Or, c’est en dialoguant qu’un cadre peut être instauré et des règles fixées.

    Mais lesquelles exactement ? « Il y a bien entendu la question de la destination, les moyens de transport, le logement, les activités, les lieux de restauration et le budget global qu’il faut décider en amont, mais des horaires doivent aussi être définis, le téléphone portable doit toujours être chargé – pour être rassuré, on peut lui acheter en plus une batterie externe, explique la médecin. Et en cas d’indisponibilité des parents, il est bon de choisir un adulte référent si jamais il y a un pépin. Ça peut être un oncle, une grande sœur, un ami de la famille, ou même un médecin. » Cette liste de consignes peut vite devenir aussi longue qu’une dissertation. Par peur que l’adolescent en oublie la moitié, le téléphone s’avère – pour cette fois – un outil précieux : « Ça peut être bien de lui créer une note “les trucs à ne jamais oublier”, ajoute Laure Geisler. Il est aussi important que les parents ne cachent pas leurs émotions ou leurs inquiétudes. Ils peuvent même faire part des quartiers à éviter ou des lieux refuges. »

    Des dispositifs encadrés existent

    Si l’idée de « lâcher votre enfant dans la nature » vous est insupportable, il est néanmoins possible de proposer une solution de transition avec une formule encadrée comme celles des UCPA (Union nationale des centres sportifs de pleine air), destinées aux 16-17 ans. Ces derniers reposent sur une participation à la vie de groupe et aux décisions quotidiennes comme le choix des activités ou l’organisation des soirées. Autre option : les séjours à thèmes, dédiés aux adolescents âgés de 13 à 18 ans. Scientifiques, artistiques, linguistiques, sportifs… Il y en a pour tous les goûts. Plus insolite, le chantier de jeunes (à partir de 15 ou 16 ans) qui invite à la réalisation collective d’une œuvre d’intérêt général. De quoi les armer avant le « grand saut ».

    Les démarches administratives à ne pas négliger

    Quel que soit votre choix, que les vacances de votre adolescent aient lieu en France ou à l’étranger, certaines formalités administratives doivent être accomplies. Il est impératif qu’il ou elle ait un document d’identité (passeport, carte nationale d’identité) en cours de validité et il est également fortement recommandé d’obtenir une attestation d’assurance. Pour les voyages à l’étranger, votre mineur ne pourra pas partir sans une autorisation de sortie du territoire (AST) – que l’on obtient au moyen du formulaire CERFA no15646*01, qui doit être signé par l’un des parents titulaires de l’autorité parentale et accompagné d’une copie de la pièce d’identité du parent signataire – ni sans avoir effectué les vaccins obligatoires du pays de destination. L’ensemble de ces documents devra être soigneusement rangé dans un dossier, que l’adolescent devra garder précieusement tout au long de ses congés.

    Qui dit plus d’autonomie, plus de confiance en soi

    « Aujourd’hui, les parents sont beaucoup plus angoissés à l’idée de lâcher prise, reconnaît la Dr Laure Geisler. Lorsque j’étais ado, on partait à vélo sans prévenir personne et on rentrait hyper tard ! » Comment expliquer cette évolution ? Selon la psychanalyste Claude Halmos, « l’état du monde pèse sur les parents. Ils voudraient préserver leur enfant de sa violence – faut-il lui dire qu’une bombe, en Ukraine, est tombée sur une école comme la sienne ? […] On sait aussi désormais […] à quel point un enfant peut être une proie sexuelle, et on a conscience de l’individualisme ambiant, écrit-elle en 2022 dans les colonnes du quotidien Le Monde. Tout cela augmente les craintes que suscite toujours chez les parents l’autonomie de leurs enfants : que peut-il lui arriver […] et qui lui viendra en aide ? »

    Néanmoins, refuser l’émancipation de son adolescent n’est pas la solution. Au contraire : « On sait qu’aujourd’hui, favoriser l’autonomie améliore les compétences psychosociales, notamment la confiance en soi, insiste la Dr Laure Geisler. Or, avoir confiance en soi, permet à l’adolescent de faire des choix en conscience, de savoir s’opposer et de savoir s’affirmer. » Mais s’il y a bien un sujet à ne surtout pas oublier, c’est celui de la sexualité. « Que ce soit en rappelant l’importance de la contraception ou du consentement, les parents doivent impérativement aborder ces questions avant que l’ado parte. »

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  • Récits de vacances ratées

    Récits de vacances ratées

    Attention à la marée

    Été 2005. Julie a 9 ans. Elle est en vacances avec ses parents en Bretagne et, aujourd’hui, ils ont décidé de visiter une petite île sur la côte de Port-blanc (Côtes-d’Armor). Ils partent de bonne heure, garent la voiture sur le parking prévu à cet effet, et traversent le banc de sable et de caillou qui permet d’accéder à l’îlot à marée basse. « On a fait un pique-nique sur place, puis on a passé l’après-midi à se promener », se souvient Julie. Alors que l’après-midi s’étire, la mère de Julie, Nathalie, propose de rentrer : « La marée commence à remonter, on devrait partir maintenant. » Son père, trop occupé à prendre des photos, approuve machinalement d’un signe de tête. Nathalie attrape Julie par la main et se dirige vers le passage vers le continent, déjà humide. La mère et sa fille sont obligées d’enlever leurs chaussures pour traverser. Ce n’est qu’en arrivant de l’autre côté, au sec, que Julie réalise que son père n’a pas suivi le mouvement. « Une vingtaine de minutes plus tard, on l’a vu débarquer au loin et tenter de traverser, mais l’eau avait déjà beaucoup monté. Il aurait dû nager, mais ce n’était pas possible avec son appareil photo et son téléphone. » Résultat : Nathalie se retrouve à appeler les secours qui viendront chercher le père de Julie quelque temps après, non sans se moquer ouvertement de lui. « Il était vert de rage, il a mis deux-trois jours à arrêter de bouder, mais en même temps, c’était de sa faute », en rigole encore la jeune femme aujourd’hui.

    Séjour en famille imprévu

    Parfois, comme dans le cas de Julie, il suffit d’un détail pour faire dérayer un plan idyllique. Dans d’autres, la douche peut être bien plus froide. Il y a deux ans, Mathéo et Philippine décident de passer une semaine de vacances en Italie, à côté de Sienne. Ils ont réservé une petite maison isolée à la campagne. Mais surprise, quand ils arrivent sur les lieux et que les propriétaires leur montrent leur chambre… au sein de la maison familiale. « L’annonce n’était pas claire du tout, en fait, ils étaient dans la maison. Notre semaine en amoureux s’est transformée en échange linguistique. Ils étaient gentils, mais ce n’est pas du tout ce que nous avions en tête », se désole encore Mathéo, qui en rit volontiers aujourd’hui : « Depuis, nous vérifions attentivement toutes les informations et envoyons toujours un message pour échanger avec les loueurs avant le départ. »

    Cabane au fond des bois

    Auberge, hôtel, camping, location… Quand on rencontre un problème avec le logement réservé pendant ses vacances, la situation peut même parfois virer au drame. Manon s’en souvient. Alors qu’elles arpentent l’Arizona, aux États-Unis, à Noël 2019, elle et son amie Flora réservent en ligne un endroit où passer la nuit. « On était dans une réserve hopi (un peuple amérindien, ndr), c’était le seul logement à 200 km à la ronde. Le propriétaire n’avait pas de description, on a trouvé ça un peu étrange, mais on n’avait pas d’autres choix possibles », se remémore-t-elle. Après plusieurs kilomètres sur une route en terre, les deux amies arrivent à une clairière, dans laquelle se découpent une petite cabane et, quelques mètres plus loin, une tente. À peine garées, les deux jeunes femmes sont accueillies par les aboiements assourdissants de plusieurs chiens, qui encerclent la voiture.

    La peur grandit lorsque, dans l’encadrement de la porte, se découpe une énorme silhouette. D’un cri, l’homme fait fuir les chiens. « On lui a expliqué qu’on avait réservé sur Airbnb, on s’est présentées en essayant d’être souriantes. Il s’est contenté de lâcher un grognement et de nous faire signe d’entrer. » L’intérieur de la cabane était sommaire : un four, une table, des chaises et un lit. Flora est terrifiée. Manon, elle, tente de garder une contenance et propose à son hôte de faire réchauffer des pizzas achetées sur la route. Leur hôte, quant à lui, engloutit l’entièreté de son repas sans un mot. « Nous étions au milieu de nulle part et nous n’avons pas réussi à fermer l’œil de la nuit. » Le matin, les deux jeunes femmes font leurs affaires le plus discrètement possible, referment la tente qui leur a servi d’abri en silence, sautent dans la voiture et déguerpissent le plus rapidement possible. Avec la sensation de l’avoir échappé belle.

    Coup de jus

    Frôler la mort en vacances n’est pas le meilleur moyen de garder de bons souvenirs. Laura l’a appris à ses dépens. Il y a dix ans, la jeune femme décide d’inviter trois amis à elle dans la maison de vacances de sa famille, dans la campagne lotoise. La maison est ancienne, et l’installation électrique aussi. La jeune femme prévient ses hôtes de laisser le pommeau de douche accroché et de ne pas le toucher pour éviter de se prendre des coups de jus. « Je m’en souviens comme si c’était hier, raconte-t-elle. Un matin, Louis a débarqué en courant dans ma chambre, en hurlant que Martin s’était électrocuté. » À peine majeure à l’époque, Laura se précipite dans la salle de bain pour venir en aide à son ami qui convulse, étendu sur le sol. « J’avais peur de m’électrocuter aussi en le touchant et je ne savais pas quoi faire. » Après ces « dix minutes d’angoisse extrême » qui lui paraissent une éternité, la jeune femme appelle les pompiers. Alors qu’elle s’apprête à enfoncer la touche verte du clavier, son ami se relève, comme si de rien n’était, un large sourire aux lèvres. « C’était une blague, et ils étaient tous dans le coup. Ils avaient même caché une caméra pour filmer la scène », se désole Laura, qui se rappelle leur avoir « crié dessus ». Les jours qui ont suivi se sont déroulés dans une ambiance pesante : « Ce n’était pas drôle du tout, j’ai eu une peur terrible. Je ne suis jamais arrivé à digérer cette histoire. » Résultat : « Des vacances ruinées, pour une blague de mauvais goût. »

  • Colonies de vacances : toujours d’actualité ?

    Colonies de vacances : toujours d’actualité ?

    « Les jolies colonies de vacances / Merci papa, merci maman ! », chantait joyeusement Pierre Perret comme dans une lettre de gamin, en 1966. Les années 1960, c’était l’âge d’or des colos : elles emmenaient alors en vacances près de 4 millions de jeunes. Ils n’étaient plus que 1,2 million en 2022. La durée des séjours de ces colos généralistes longues de 15 jours à des mois complets jusqu’aux années 1980 s’est aussi globalement rétrécie avec des durées ne dépassant plus qu’une à deux semaines. Et puis, à l’ère du téléphone portable, les enfants n’écrivent plus de lettres ni de cartes postales ! La baisse des dotations d’État dans les années 1980 a marqué le désengagement progressif des collectivités locales, actrices majeures des vacances en colonies. Comme les autres opérateurs propriétaires de centres d’accueil d’origine privée (entreprises, églises) ou publique (associations laïques et communes, donc), rappelait le magazine Causette de juillet 2022, les collectivités ont beaucoup réduit la voilure, principalement en raison des dépenses d’entretien et de mise aux normes devenus beaucoup trop onéreuses.

    Un apprentissage de l’autonomie

    Outre certains changements sociétaux, tel celui des enfants de couples séparés partant l’été un mois avec maman, l’autre avec papa, les coûts élevés des séjours en colos ont aussi précipité leur désaffection progressive. « Depuis qu’ils ont 6 ans, mes quatre enfants partent régulièrement en colos avec la ville, grâce aux tarifs avantageux du système du quotient familial », se réjouit Hocine, fonctionnaire territorial de 58 ans à la ville de Colombes. Le Pass colo géré par les CAF prodigue aussi une aide financière complémentaire aux familles modestes. Ancien gamin des colonies chères à Pierre Perret puis animateur-colo lui-même, Hocine plébiscite aujourd’hui encore cette « école de vie » : « Les colonies sont un apprentissage de l’autonomie : les enfants veillent à leurs affaires (on fait l’inventaire de leur valise ensemble !), ils se soumettent à une hygiène régulière, à des horaires fixes, prennent leurs repas sans la télé ! (rirez) La séparation au plus jeune âge ne m’a jamais tourmenté. Je me disais : “Ça va leur faire du bien !” Pour mon épouse, c’était un peu plus dur de couper avec nos enfants. Les colonies offrent un magnifique changement de cadre de vie, par un dépaysement qui leur fait oublier l’univers urbain. La découverte de la mer et de la montagne est essentielle. »

    En plus du contentement de leurs enfants d’aller en vacances sans les parents, de se faire de nouveaux amis (de vivre aussi leurs premières amourettes !) et d’emmagasiner des souvenirs sympas qu’ils raconteront à la rentrée, les parents insistent sur l’exigence de bien-être de leurs enfants élargi à leur intégrité personnelle : « Je confie mes enfants à l’équipe d’animation, donc j’en attends sécurité morale et physique pour eux », résume Hocine. D’après le magazine Causette, selon un sondage Ifop réalisé en 2016, mais toujours présent à l’esprit des papas-mamans actuels, juste après le coût élevé, c’était le manque de confiance dans le personnel accompagnant qui représentaient leurs deux principales réticences au départ en colos.

    Appréhensions parentales

    Les habitudes familiales de Ludivine, sage-femme libérale rouennaise de 46 ans, épousent assez bien l’évolution récente des colonies. L’engouement pour les colos thématiques été-hiver à séjours courts (ski, anglais, danse) qui font aujourd’hui concurrence aux colos généralistes, c’est tout naturellement que les trois filles de Ludivine partent depuis leurs 11 ans en centres d’équitation ou de voile (Les Glénans) ou en séjours nature mixtes des Scouts et Guides de France. « Petites, on les faisait garder par papi et mamie : c’est moins cher, sourit-elle. Aujourd’hui, elles partent deux semaines maxi, jamais un mois. Les Glénans, c’est 1200 euros pour 12 jours ! Les scouts ne coûtent que 300 euros pour deux semaines. » Les appréhensions parentales sont particulières dès qu’elles concernent leurs ados : « Pour la sécurité, je fais confiance aux encadrants, assure Ludivine, concernant sa fille de bientôt 17 ans. À cet âge, il peut y avoir d’éventuels problèmes d’alcool, de sexualité, voire de dérapages comportementaux entre ados, ça me stresse un peu. »

    Et les craintes légitimes de maltraitance, voire de pédocriminalité ? « C’est vrai qu’on n’en parlait pas il y a cinq ans. C’est nouveau, confirme Ludivine. Mais avec mon conjoint, nous avons très tôt sensibilisé nos enfants à oser parler. En cas de comportements anormaux, elles viendront nous le dire. Mais il ne faut pas non plus tomber dans la psychose ! » Comme tant d’autres couples, celui de Ludivine organise ses vacances d’été selon un mix bien connu : séjour en famille + colos pour les enfants. « En juillet, on est très contents de ne pas avoir les enfants, confesse-t-elle. Le couple peut se retrouver : il a besoin de ce temps d’été, sortir, voir les amis. » Même déclinantes, les colos ont encore de beaux jours devant elles…

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  • Comment éduquer ses enfants à l’argent ?

    Comment éduquer ses enfants à l’argent ?

    « L’argent est tellement tabou en France que, souvent, les parents n’en parlent pas », déplore Véronique Forzini, experte finance-épargne de la Macif. Selon elle, il faut au contraire aborder le sujet avec les enfants tôt pour que ceux-ci apprennent progressivement « comment le dépenser et l’économiser pour remplir leurs projets futurs ». Le début de l’apprentissage du calcul, à 5 ans, est un bon point de départ pour l’éducation financière.

    De 5 à 11 ans : comprendre l’utilité de l’argent

    « En primaire, on comprend que l’argent peut être utile pour s’acheter des choses qui nous font plaisir », observe Véronique Forzini. C’est le début de l’argent de poche, qui avoisine quelques euros hebdomadaires en liquide. « À cet âge-là, l’argent est souvent considéré comme un cadeau, reçu grâce à une bonne note par exemple, puisque les parents subviennent à tous les besoins. » Donner à son enfant ces petites sommes permet alors de lui faire comprendre qu’il peut choisir comment le dépenser. On peut aussi commencer à aborder l’idée d’« économies », « mais surtout sur du court-terme » car les enfants ne se projettent pas encore et que « les sommes sont tellement petites que l’utilisation est quasi-immédiate ».

    De 12 à 15 ans : apprendre à économiser

    L’entrée au collège sonne le début du chemin vers l’indépendance et, avec elle, « un besoin d’argent plus important qui est naturel », relève Véronique Forzini : « Dans les villes, les enfants vont au collège eux-mêmes et ont plus de frais. » Cette étape est un bon moment pour basculer de l’argent de poche hebdomadaire à une somme mensuelle. « Cela permet à l’enfant d’apprendre à maîtriser ses dépenses et recettes sur le mois, même si les parents subviennent toujours aux besoins. » C’est également la première étape vers la notion de salaire et cela permet à l’enfant d’économiser sur un temps plus long. « Il faut d’ailleurs commencer à passer du terme ‘économiser’ à celui d’ ‘épargner’ », poursuit Véronique Forzini. Dès 12 ans, les parents peuvent lui ouvrir un livret d’épargne jeune.

    De 16 à 18 ans : la transition vers l’autonomie

    Le lycée est souvent la dernière – ou l’avant-dernière – étape avant que les enfants ne quittent le cocon familial. Il s’agit donc d’un moment primordial dans leur éducation à l’argent. Ils sont aussi nombreux à posséder une carte bleue sans autorisation de découvert, qui leur permet de s’initier à la gestion de l’argent lorsqu’il est dématérialisé et au suivi de leurs dépenses via des applications bancaires. « À ce moment-là, il est primordial d’insister sur le budget mensuel et de faire comprendre à son enfant l’importance d’épargner pour des projets de long terme plus ambitieux, comme le passage du permis ou des vacances entre amis », souligne Véronique Forzini. Ce moment de transition est celui où les jeunes apprennent à être véritablement autonome et à gérer leur épargne.

    De 19 à 24 ans : gérer son budget et consolider son épargne

    Une fois que les enfants ont quitté le cadre familial pour partir étudier, la notion d’argent de poche disparaît et devient « une allocation mensuelle qui doit permettre de subvenir seul à ses besoins », c’est-à-dire payer son loyer, se nourrir, gérer ses loisirs, etc. L’étudiant doit « identifier ses frais fixes et variables tout en épargnant régulièrement », préconise Véronique Forzini. Un modèle peut être intéressant à transmettre : la règle des 20-30-50. « 50 % du revenu mensuel doit être dédié aux charges fixes, 30 % au budget complémentaire et 20 % épargnés sur un livret en début de mois. » L’idéal est d’avoir « au moins trois fois de côté son budget principal, pour les coups durs ». Il en va de même pour les alternants et les jeunes actifs, qui partiront plus confiants dans la vie avec un matelas de sécurité.

    Les bases de l’autonomie

    « Mais pour pouvoir gérer son argent, il faut en avoir », observe Véronique Forzini. D’où l’intérêt, pour les parents, d’apprendre à leurs enfants la valeur de l’épargne le plus tôt possible. Et de leur ouvrir un livret jeune, voire une assurance-vie. « Il ne faut pas hésiter à parler argent dès l’enfance, pour que l’évolution soit la plus fluide possible », insiste la spécialiste. Les parents peuvent être accompagnés, notamment grâce au programme Educfi (Éducation économique, budgétaire et financière), accessible en 4ème sur la base du volontariat des professeurs. Discussion, pédagogie et continuité sont donc les maîtres mots pour faire de son enfant un épargnant et consommateur autonome.

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  • Conflits dans la fratrie, comment gérer les disputes ?

    Conflits dans la fratrie, comment gérer les disputes ?

    Comme chien et chat

    Entre eux, c’est tous les jours c’est la même histoire, quand Kimiko, 16 ans, retrouve son petit frère Zéphyr, 11 ans, en rentrant des cours, elle le couvre d’abord de câlins et de bisous, puis, en un instant, ils peuvent passer de l’amour à la haine. « Souvent la crise arrive lorsqu’elle commence à vouloir contrôler son frère et qu’il refuse ses accès d’autorité ou qu’elle le congédie sans ménagement parce qu’elle l’a assez vu », raconte Julien, leur père. Les protestations, les cris et parfois même les coups peuvent alors pleuvoir au grand dam des parents qui doivent les séparer, les gronder parfois et consoler l’un, voire les deux. « C’est toujours compliqué de savoir comment réagir, on leur demande simplement d’arrêter sans prendre parti pour éviter que l’un des deux se sente défavorisé », confient-ils. Dans la fratrie d’Emma, la trentaine, où elle a grandi entourée de ses quatre frères, c’était aussi assez sportif. Les garçons aimaient bien se bagarrer. « Il arrivait même que mon frère qui faisait de l’Aïkido me mette des coups de kendo quand je l’embêtais trop ou quand je me cachais sous son lit pour l’espionner, se souvient-elle. Un jour, mes frères se sont courus après autour de la table pendant qu’on mangeait une fondue. Mes parents criaient parce qu’ils craignaient que le caquelon se renverse. » Les parents d’Emma avaient une position claire, refusant d’intervenir dans leur brouille : « Il fallait qu’on se débrouille entre nous, sauf si c’était vraiment grave », se souvient la jeune femme.

    Environnement calme, moins de dispute

    Pour la psychologue clinicienne, Agnès Verroust, entre enfants, il peut y avoir une rivalité pour des choses aussi bénignes que les heures de coucher, mais aussi parfois au sujet des parents. « Il y a une concurrence naturelle entre les enfants, même quand les parents sont aimants de la même façon pour les uns comme les autres », précise-t-elle. Pas de culpabilité à avoir donc, mais il semble néanmoins important de rester vigilant. « On peut avoir plus de facilité avec l’un des enfants, mais ça ne veut pas dire qu’on aime moins les autres », ajoute-t-elle. Concernant la gestion du conflit entre enfants, la psychologue admet volontiers que plus les parents sont calmes et l’environnement sécurisant, moins la dispute sera le mode de fonctionnement. En revanche, « les enfants font tout en miroir, c’est le principe de l’éducation. Alors, si les parents sont stressés et en conflit, les enfants vont exprimer leurs émotions par la colère, la bouderie ou la violence », indique la psychologue.

    Par ailleurs, si la crise entre frères et sœurs découle d’un problème d’autorité avec l’un des enfants, Agnès Verroust est claire, « il faut faire une séance de thérapie familiale pour que tout le monde reprenne sa place et que ça puisse être verbalisé et soutenu par un tiers ». Selon la psychologue, cette perte de repère peut parfois résulter de l’éducation positive et du fait que la parole de l’enfant a désormais plus de poids à la maison qu’à l’époque des familles traditionnelles. « La famille moderne n’a pas encore trouvé sa forme finale et il arrive que les places d’adultes et d’enfants se mélangent, ce qui est inconfortable pour tout le monde et peut faire naître des conflits », conclut-elle.

    Désamorcer les situations explosives

    La psychologue insiste également sur l’importance d’accompagner l’enfant dans l’apprentissage de son autonomie, qu’il ait plusieurs personnes sur lesquelles s’appuyer en cas de besoin. « Il est essentiel aussi de leur donner des clés et stratégies de résolutions de conflits en leur apprenant à prendre du recul et à désamorcer des situations explosives. » Enfin, il faut poser des règles assez claires. « Si c’est non, il faut éviter, dans la mesure du possible, que ça se transforme en oui », conclut-elle. Quelques petits conseils qui devraient vous permettre d’éviter ou en tout cas de limiter les disputes de votre progéniture.

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  • Développer le langage de son bébé

    Développer le langage de son bébé

    Même si un nouveau-né ne parle pas, le Dr Pfersdorff, pédiatre et auteur de nombreux ouvrages* insiste : le dialogue entre bébé et ses parents s’installe dès la naissance. « Un nouveau-né dit plein de choses avec le mouvement de ses yeux, de ses doigts, de ses jambes… Il est très important que les parents y soient attentifs. » Il est également essentiel de comprendre qu’à la naissance et durant ses tout premiers mois, un bébé ne voit pas vraiment, sa vision n’étant pas encore installée. Au contraire de ses autres sens (le toucher, l’odorat, le goût et l’ouïe) qui sont eux très développés.

    Favoriser l’échange et l’écoute

    Mais quel est le lien entre l’apprentissage du langage et ses sens ? « L’audition du bébé est très sensible, elle est bien plus développée que chez un adulte », explique le docteur Arnault Pfersdorff. C’est pour ça, par exemple, qu’un objet qui tombe au bout de la pièce va le faire sursauter. « Dès la maternité quittée et le retour à la maison, il faut prendre l’habitude que l’enfant soit dans un environnement calme pour favoriser le langage et l’écoute. C’est très important, car il a une telle hyperacousie que s’il y a trop de bruit, il ne va pas faire la différence entre les sons, ça va le stresser et ça peut le fatiguer. Il faut lui parler quand il est calme, après un repas, par exemple, on rapproche son visage du sien et on ne parle pas trop vite ni trop fort, on chuchote même. » D’ailleurs, une fois la vue de bébé vraiment opérationnelle vers 5-6 mois, le pédiatre recommande de conserver cette habitude de lui parler sans être trop loin, en veillant à lui faire face et en articulant bien les mots.

    Jouer sur la répétition des mots

    Si l’environnement et les moments de communication sont très importants, ce qu’on dit l’est tout autant pour développer le langage de son bébé. D’une part, il faut utiliser des « mots simples, des mots qu’il faut reprendre souvent, comme “papa”, “maman”, ça va de soi, mais aussi “je suis là” ». Car ce qu’on dit doit avoir du sens pour bébé : ainsi, avec un nouveau-né, il faut veiller à expliquer le contexte et l’action qui va venir. Enfin « on ne fait pas de phrases longues », préconise le Dr Pfersdorff. « L’enfant va comprendre que ces phrases courtes correspondent à un événement qui va se passer peu après. Par exemple “Je vais te donner ton bain” ou “Je vais te donner à manger”. Il va retenir le mot “bain”, le mot “manger”… Plus on prend le temps de lui parler, plus il va comprendre. Mais ça ne veut pas dire qu’il va reproduire. » En effet, si bébé babille, le médecin rappelle qu’un nourrisson n’aura qu’entre 50 et 100 mots à son vocabulaire à 2 ans et ne parlera véritablement qu’à 3 ans. Au fur et à mesure que bébé grandit, on fait évoluer les mots, on les diversifie. Mais attention, en utilisant ce que le médecin appelle « les mots justes », particulièrement, explique-t-il en ce qui concerne son anatomie. C’est d’ailleurs dans cette même idée de « mots justes » qu’il déconseille d’utiliser avec son enfant un langage trop bébé (par exemple, dire le « lolo » pour l’eau, etc.).

    Ce qu’on dit, mais aussi la manière dont on le dit

    S’appuyer sur des chansons pour transmettre le langage aux plus petits est utilisé depuis très longtemps. À juste titre. Avec leur vocabulaire simple et leurs refrains, les comptines sont particulièrement intéressantes. « Il faut que le texte soit répétitif, note Arnault Pfersdorff. Mais il faut aussi que la mélodie soit apaisante. » D’ailleurs le professionnel de la petite enfance « incite les parents à dire les choses par le chant ». Car, la forme a aussi son importance dans l’apprentissage du langage. C’est pourquoi on évite de parler à son bébé quand on est sous le coup du stress ou accaparé par autre chose. Ce qui peut, il est vrai, ressembler à la description de tout jeune parent, privé de sommeil et débordé. C’est pourtant un idéal vers lequel il faut tendre. « À la manière dont on lui parle, un nourrisson voit très vite si ses parents sont énervés ou calmes. Si on n’est pas disponible, si on est pressé, il y a des courses à ranger, s’il y a ceci ou cela, on n’a pas du tout la même tonalité, le même débit et le nourrisson va s’en rendre compte. Et ça peut le stresser. Alors qu’il faut justement prendre le temps de lui parler, en lui faisant face et en interrompant son activité », explique le pédiatre avant de déculpabiliser les parents : « Évidemment, on ne peut pas le faire tout le temps… » Et dans le cas où on est énervé, que faire ? « Si on peut, il vaut mieux que ce soit l’autre parent qui s’en occupe. Sinon, attendre que ça passe pour lui parler, lui faire un sourire ou des gestes avec la main pour être dans l’échange. »

     

    * Bébé, premier mode d’emploi (Hachette)

    Votre enfant de 0 à 16 ans (Hatier)

    Les points à retenir

    • On choisit un moment calme, lorsque bébé est réceptif
    • On se rapproche de lui et on se met bien face à lui
    • On ne parle pas fort et on articule
    • On fait des phrases courtes
    • On répète les mots
    • On n’utilise pas un langage trop bébé et au fur et à mesure qu’il grandit, on diversifie le vocabulaire
    • On prend son temps (on ne fait pas autre chose en même temps)
    • On s’aide avec les comptines
    • On évite de s’adresser à lui dans nos moments d’énervements

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  • Pleurs d’enfants : comment garder son calme ?

    Pleurs d’enfants : comment garder son calme ?

    Des pleurs parfois difficiles à supporter

    Qui n’a pas eu d’enfants ne peut pas imaginer la force vocale d’un tout petit qui pleure et crie, ni la détresse ou même parfois l’irritation des jeunes parents lorsqu’ils sont confrontés à ce genre de crise. Comme l’explique Julie, jeune maman de 41 ans de deux garçons de 5 et 3 ans, Léo et Noah. « C’est simple, avec la maternité j’ai découvert que je ne supportais pas les pleurs de mon bébé. Physiquement. Ça me brisait littéralement le cœur. Et je devenais une boule d’angoisse qui se demandait ce qui pouvait bien lui arriver et évidemment si c’était grave si je n’arrivais pas immédiatement à le calmer. » Un aveu qui fait sourire Karine, car, comme le elle dit : « Moi non plus, je ne supporte pas les pleurs de ma fille, Jade. Pas parce que ça me brise le cœur, soyons honnête, mais parce que ça me casse les oreilles et me tape sur les nerfs. »

    Première étape, on déculpabilise

    Pourtant, toutes les deux font cette même confession : lorsque leur bébé pleurait, que ça les irrite ou les attriste, elles avaient surtout le sentiment d’être une mauvaise mère. « Je n’ai pas allaité mes enfants, raconte Julie, alors j’avais déjà l’impression d’être égoïste et en plus incompétente. » Alors que, selon le pédopsychiatre Stéphane Clerget*, il faut au contraire arrêter de culpabiliser. Car si les pleurs de notre bébé nous atteignent autant, « c’est qu’on est génétiquement programmés pour. Le pleur est un mécanisme de survie indispensable aux êtres humains, puisqu’ils ne naissent pas autonomes. Génétiquement, il y a une sélection naturelle qui fait que ce sont ceux qui ont des pleurs qui agacent, qui inquiètent, qui énervent, qui font réagir, bref qui touchent les parents, qui ont survécu. Il est indispensable que les pleurs nous fassent réagir : car si on n’intervient pas, il risque d’être en danger. La nature est bien faite. »

    Trouver la cause des pleurs

    On peut donc se féliciter que notre bébé pleure. Dans ces conditions, le meilleur moyen de garder son calme (et de faire cesser ses cris et ses larmes) c’est d’en trouver la cause. « C’est une règle, on ne le laisse pas pleurer un nouveau-né. Un pleur de bébé n’est jamais simulé, rappelle le Dr Clerget, mais toujours lié à un inconfort. Cependant certains enfants vont pleurer avec plus ou moins d’intensité selon leur personnalité, leur nature, leur anatomie. Mais en général, les pleurs sont proportionnels au degré d’inconfort. La première étape est de se demander pourquoi il pleure, même si on n’a pas forcément la réponse tout de suite. »

    C’est justement de ne pas toujours réussir à comprendre ce qui provoquait les crises de son fils, qui stressait profondément Julie, jusqu’à ce qu’elle « fasse ce truc tout bête qui a réussi à canaliser mon angoisse et à l’apaiser : j’ai fait une liste de ce qui peut faire pleurer un bébé, du genre il veut un câlin, il faut changer sa couche, il a faim, il a froid-chaud, il a de la température, il fait ses dents… Et quand il pleurait, je passais la liste en revue. En fait, je n’en ai rapidement plus eu besoin, c’est devenu automatique, mais ça m’a bien aidée. Et pour son petit frère, j’ai même pu m’en passer ».

    Trouver une méthode adaptée à son ressenti de parents

    Karine qui s’irrite vite et qui a le sentiment de ne pas avoir suffisamment de patience pour trouver la solution aux pleurs, en a parlé avec son conjoint pour trouver une méthode à deux. « Rien que de formuler le problème, ça m’a beaucoup déculpabilisée. Et, en parlant entre nous, on a découvert que lui “résistait” mieux que moi face aux pleurs. Du coup, lorsque je n’en peux plus, il prend immédiatement le relais avec notre fille, tandis que je m’isole dix-quinze, voire parfois même trente minutes, dans une autre pièce avec des écouteurs dans les oreilles et de la musique hyper forte. Ça me permet de décharger la tension. » Mais tout le monde n’a pas la chance de pouvoir compter sur l’aide d’une autre personne. Et certaines, comme Julie, n’envisagent absolument pas de déléguer. « Ce qui a vraiment tout changé pour moi, et je n’exagère pas, c’est d’acheter une écharpe de portage pour la maison. J’ai quasiment tout fait avec Léo dedans quand il était tout petit : cuisine, ménage, même me maquiller. Ça l’apaisait beaucoup d’être contre moi quand il pleurait et moi, ça me donnait le sentiment de le consoler, tout en pouvant continuer à faire ce que je devais faire. J’ai fait la même chose avec son petit frère. » Quant au Dr Stéphane Clerget, s’il rappelle que « s’énerver est totalement inutile », car ça ne fera pas cesser les pleurs, mais concède que « le seul intérêt de s’énerver c’est que ça nous soulage parce qu’on est contrarié », il donne cette règle d’or : « Il ne faut jamais le faire devant l’enfant. »

     

    * Auteur, entre autres, de L’Intelligence spirituelle de votre enfant (le livre de poche)

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  • Bébé arrive : comment préparer l’aîné  ?

    Bébé arrive : comment préparer l’aîné  ?

    Fin de l’enfant unique

    L’arrivée d’un nouveau-né dans une famille perturbe inévitablement la relation entretenue par les parents avec leur premier enfant, perdant son statut d’enfant unique pour celui de grand frère ou grande sœur. Alors, comment faire pour accompagner avec douceur ce changement ? Tout commence avec l’annonce de la grossesse. Pour Héloïse Junier, psychologue petite enfance et autrice de Frères et sœurs – une histoire de complicité et de rivalité – (février 2025, éditions Les Arènes), les parents devraient se poser la question de l’inclusion de l’aîné dès le début même de la grossesse. « Déjà, lorsque la mère tombe enceinte, la communication avec l’aîné change. La mère peut être plus fatigable et moins disponible, spontanée et enjouée. L’enfant capte tous ces signaux non verbaux très facilement, quelle que soit sa tranche d’âge, parfois avant même que la mère sache qu’elle est enceinte », explique-t-elle.

    S’adapter à l’âge de l’aîné

    La capacité d’un enfant à comprendre une grossesse est très variable suivant son âge. Pour un enfant de moins de 5 ans, une grossesse est très abstraite. Nombre de parents s’appuient sur des lectures. Dans le rituel du coucher de leur petit de 2 ans, Sarah et Baptiste ont introduit des livres qui parlent de naissance de petit frère et sœur et du processus de la grossesse jusqu’à la maternité. « On lui a aussi montré des photos de sa naissance. Ça l’a rassuré. Mais on a veillé à ne pas lui en parler tout le temps pour ne pas le perturber », précise Sarah. En revanche, un enfant de plus de 10 ans, lui, prend conscience de la grossesse et peut se projeter. « Les parents vont pouvoir le missionner et le responsabiliser. Il aura un rôle très important à jouer. Il est essentiel de l’intégrer », rappelle Héloïse Junier. Stéphane et Marie, père et belle-mère de Raphaël, ont impliqué l’ado de 12 ans pendant toute la durée de la grossesse. « On lui montrait les échographies, il connaissait les dates clés. Il posait beaucoup de questions », racontent-ils. Les parents lui ont proposé de participer aux préparatifs pour accueillir Billie. Avec enthousiasme, l’ado a aidé à préparer la chambre, donné son avis sur le choix des vêtements et du mobilier et participé à la rédaction de la liste de naissance. « On lui a aussi expliqué qu’il serait souvent réveillé par les pleurs et qu’on aurait parfois un peu moins de temps pour lui. On lui a demandé s’il pouvait parfois jouer un rôle de soutien pour nous soulager », se souvient Marie. À la naissance de Billie, Raphaël a naturellement proposé son aide pour lui donner les biberons, il préparait ses purées et venait observer le rituel du bain. « Il était très affectueux et la prenait souvent dans ses bras », ajoute Marie.

    Système d’attachement réactivé

    Dans la famille de Sarah, le premier mois après la naissance a été très difficile. Le petit Hugo a adopté une attitude de rejet envers son petit frère. « Il disait qu’il ne l’aimait pas, avait des gestes brusques et faisait parfois des crises. Mais, après un mois, il a commencé à accepter et prendre plus soin de son frère », confie Sarah. La psychologue petite enfance explique que « pour un enfant en bas âge, la naissance d’un petit frère ou petite sœur peut être très insécurisant. Son système d’attachement peut être réactivé. Il ne s’agit pas de jalousie, mais d’un besoin pour se rassurer de retrouver une proximité avec sa mère désormais moins disponible ». Ainsi, les parents d’Hugo n’ont pas hésité à lui dire qu’ils restaient ses parents et que sa place dans la famille ne serait pas menacée par le bébé. Pour qu’Hugo ne se sente pas délaissé, chacun a veillé à avoir des temps et activités individuels avec leur aîné, comme aller au parc à jeux ou faire de la lecture sans le bébé. De leur côté, Marie et Stéphane ont fait attention à ne pas mettre la pression à Raphaël sur son rôle de grand frère. « Au contraire, on insistait plus sur le fait qu’on serait toujours présent pour lui. Son père lui rappelait son amour. De temps en temps, il l’emmène voir un match ou déjeuner au restaurant entre père et fils », souligne Marie. Soirée film, sushis ou burgers… ils ont toutes leurs soirées privilégiées avec Raphaël après le coucher du bébé.

    Bébé et famille recomposée

    Une famille recomposée comme celle de Marie doit être encore plus attentive au bien-être de l’aîné. « Le lien entre demi-frères et demi-sœurs peut-être moins fort. Avoir des relations stables peut être compliqué. Ainsi, les parents peuvent redoubler d’effort pour consolider ces liens, comme faire preuve d’une grande équité entre les enfants et pourquoi pas encourager à ce qu’ils s’appellent “frère” et “sœur” », recommande Héloïse Junier. Naturellement, Raphaël a nommé sa demi-sœur comme « sœur », les parents ayant bien veillé à lui laisser le choix. « On ne voulait rien lui imposer », insiste Marie.

  • Batch cooking : les avantages et les inconvénients

    Batch cooking : les avantages et les inconvénients

    Batch cooking : de la motivation

    C’est à une période difficile de sa vie que Sarah Gernet, 29 ans, a commencé à « batch cooker ». Alors qu’elle combinait sa dernière année de Master avec une alternance au rythme intensif, l’annonce du divorce de ses parents a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. « À cette période, je devais assurer la vie domestique, dont la préparation des trois repas par jour pour ma petite sœur et moi. J’ai commencé par perdre beaucoup de temps en cuisine pour finir par me dire : “Tant qu’à avoir quelque chose sur le feu, qu’est-ce qui m’empêche de lancer un autre repas qu’on mangera plus tard ?” », se souvient-elle, ravie de constater après quelques semaines qu’elle avait considérablement réduit son temps passé aux fourneaux.

    C’est quelques années après, pendant le confinement, qu’elle découvre que la méthode qu’elle emploie au quotidien a non seulement un nom, le batch cooking, pratique anglo-saxonne de planification des menus de la semaine, dont le terme signifie cuisson par lots ou par fournées, mais a aussi un succès fou sur Instagram, particulièrement outre-Atlantique. « J’ai passé une nuit blanche à me dire qu’il n’y avait pas encore de contenu sur le sujet en français. Le lendemain matin, j’ai lancé mon compte (@batchcooking_officiel). En moins d’un an, je cumulais 10 000 abonnés », se réjouit-elle.

    Gain de temps et d’argent

    Souvent considéré comme une technique de grand-mère pour optimiser le temps de cuisine, le batch cooking a pour principal avantage le gain financier pour les ménages, dans un contexte où le pouvoir d’achat des Français est mis à mal. C’est en partie ce qui a motivé Clémence, 27 ans. « Je me suis retrouvée à avoir une vie très décousue, avec de gros horaires, mais surtout des imprévus. Résultat : je mangeais beaucoup à l’extérieur et je dépensais bien trop d’argent par rapport à mon petit budget », confie-t-elle. Depuis un an, chaque dimanche, elle prépare avec son compagnon pendant plusieurs heures, l’équivalent d’une semaine de repas. « D’un côté, on cuit nos légumes, de l’autre, un féculent en quantité, et enfin, les protéines. L’idée c’est d’avoir un peu de chaque élément pour un repas complet et sain. C’est très efficace, mais parfois, il faut résister à la flemme », détaille Clémence Facchinetti, qui observe un net changement sur la qualité de son alimentation.

    En effet, comme l’ont démontré les scientifiques de l’Université de Cambridge dans une recherche publiée dans le Public Health Nutrition, « l’organisation et la planification des repas sont associées à un apport plus sain en fruits et légumes ». Des chercheurs de l’université de Lincoln ont également mis en évidence une baisse de près de 7 000 calories par personne et par semaine pour les foyers utilisant une liste de courses et planifiant tous leurs repas. Par ailleurs, le batch cooking est également une promesse à cesser de s’éparpiller au supermarché : avec une liste préétablie, les probabilités de respecter son budget sont plus grandes.

    Batch cooking : injonction supplémentaire en cuisine ?

    Cumulant des milliers de contenus sur les réseaux sociaux, incarné le plus souvent par des femmes au foyer qui affichent une cuisine irréprochable, le batch cooking est-il une injonction supplémentaire qui s’invite dans nos cuisines ? « Je reçois énormément de messages chaque semaine, surtout de la part de mères seules et d’étudiants, qui voient dans le batch cooking la promesse de gagner du temps et de l’argent. Mais ils ne savent pas comment se lancer : ils se posent beaucoup de questions sur la conservation, sur la méthode, il y a beaucoup de stress de bien faire au début », rapporte Sarah Gernet, qui consacre plusieurs heures par semaine à répondre à leurs sollicitations. Beaucoup de personnes se découragent, car planifier ce qu’on mange en détail reste un apprentissage. « Bien faire les choses, c’est parfois s’attarder sur ce qu’on va faire d’un paquet de gruyère entier : comment bien l’intégrer à plusieurs recettes pour ne plus gaspiller ? », exemplifie-t-elle. Faut-il être psychorigide pour apprécier le batch cooking ? « En tout cas, il ne faut pas être effrayé par l’organisation », avertit Sarah Gernet.

    Malgré son succès en ligne, il semblerait que la méthode ne soit pas saluée aussi massivement dans la vie quotidienne. Elle en agace même certains. « J’ai testé pour vous le batch cooking. C’est super, il est 20h51 et j’ai déjà mangé la moitié de ce que je m’étais préparé pour la semaine. À demain pour d’autres conseils food ! », ironise Nivin Potros, journaliste chez LCI, sur X, anciennement Twitter. « Manger toute la semaine la même chose ? Mais quelle angoisse ! Nos quotidiens sont déjà réglés comme du papier à musique », peste Sophie, 31 ans. « Je déteste le batch cooking, car, pour moi c’est une erreur de vouloir tout optimiser en créant des processus de productivité : les choses cool sont faites pour être faites au feeling, sur l’instant ! », défend Ania, 35 ans. À chacun sa cuisine…

    (1) https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7232892/ 

    (2) https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/3198311/