Catégorie : Ma famille, ma tribu

  • Le mois d’or après l’accouchement : ralentir et prendre soin de soi

    Le mois d’or après l’accouchement : ralentir et prendre soin de soi

    « Un tsunami. » C’est ainsi que Salomé, 34 ans, décrit l’arrivée de sa fille dans sa vie. C’était l’année dernière, une nuit d’avril. L’accouchement a duré huit heures et s’est « bien passé ». Après la joie de la rencontre, la Bordelaise a néanmoins ressenti d’autres émotions : l’inquiétude, l’angoisse, puis la culpabilité.

    Retrouver ses repères après l’accouchement

    « J’avais du mal à me déplacer, mon corps était comme endolori. J’ai eu l’impression que je ne pouvais pas m’occuper de mon bébé comme il le fallait, se souvient la jeune maman. Mon époux a pris le relais, mais je me sentais à l’écart de cette famille que nous venions de créer. En rentrant chez nous, ça allait déjà mieux, et c’est à ce moment-là que j’ai pu commencer à créer une connexion avec ma fille. » Dans l’appartement familial, Salomé retrouve ses repères, ce qui la rassure. La première semaine, sa mère, qui a pris quelques jours de congé, vient un jour sur deux pour donner un coup de main – lancer une lessive, passer un coup de balai – et en profite pour faire connaissance avec sa petite-fille. Elle apporte toujours de quoi préparer le repas de midi, de préférence un plat réconfortant comme des lasagnes ou de la soupe. Exactement ce dont Salomé a envie et besoin pour se concentrer sur son nouveau rôle de mère et, surtout, pour récupérer de ce marathon de neuf mois, clôturé par un effort physique extrêmement intense. « Mon corps était en ruine, dit-elle. Des sensations bizarres en marchant ou en m’asseyant, des saignements, un ventre tout flasque, la vulve en feu. Je ne me suis jamais sentie aussi fatiguée de ma vie. »

    Quarante jours pour récupérer

    D’après l’enquête nationale périnatale menée en 2021, 17 % des femmes ont trouvé la période suivant l’accouchement « difficile » ou « très difficile ». Pire encore : près d’une mère sur cinq souffrirait de dépression post-partum dans le mois qui suit la naissance, selon le site de la commission Les 1000 premiers jours. « L’isolement est la principale cause de ces difficultés », peut-on lire dans l’ouvrage Le Mois d’or — Bien vivre le premier mois après l’accouchement, dont la première édition s’est vendue à plus de 25 000 exemplaires. Popularisé en France par ses autrices, Céline Chadelat et Marie Mahé-Poulin, le concept du « mois d’or » peut se résumer ainsi : « Sortir de la focalisation sur le bébé et proposer des soins au corps de la mère, la soutenir émotionnellement, l’aider dans les tâches quotidiennes pour lui éviter les efforts et lui permettre de se rétablir. Une maman qui va bien, c’est un bébé qui peut aller bien », explique Marie Mahé-Poulin, également psychologue clinicienne. Cette pratique se retrouve dans plusieurs traditions culturelles, comme en Chine, où le « Zuo Yue Zi » se traduit par « rester assise un mois », ou en Amérique du Sud, où les femmes bénéficient d’une « cuarentena » (quarantaine). Si cette période est censée durer quarante jours – « le nombre quarante représente la transition, l’ouverture sur un nouveau chapitre […] dans le cadre postnatal, c’est le temps nécessaire pour retrouver des fonctions physiologiques en bonne santé », explique Le Mois d’or –, le temps de récupération peut s’étendre sur plusieurs mois. On parle alors de « quatrième trimestre ».

    Anticiper et bien s’entourer

    Salomé était enceinte de huit mois lorsqu’elle a lu Le Mois d’or. Elle en a surtout retenu une idée : « S’entourer de ses proches et déléguer un maximum de tâches ménagères. » Voilà l’ingrédient secret pour un post-partum apaisé. Les autrices du livre préconisent même de se préparer, en cuisinant des repas chauds, nutritifs et réconfortants à congeler — soupes, bouillons ou « lait d’or », une boisson à base de curcuma et de gingembre. En un mot : anticiper. Lorsque la jeune Bordelaise a parlé du mois d’or à son entourage, ses proches l’ont d’abord regardée d’un drôle d’air. « Cela faisait sens pour ma mère, mais elle ne comprenait pas l’intérêt de théoriser la chose. Du côté de ma belle-mère, en revanche, c’était l’incompréhension totale. Pour elle, je devais bouger le plus possible pour récupérer », confie-t-elle. Si, d’après Marie Mahé-Poulin, « il n’y a pas de façon parfaite de vivre un mois d’or », celle-ci insiste sur l’importance du « cercle de soutien ». « Nous avons tous un rôle à jouer, que l’on soit voisins, amis ou professionnels. C’est un vrai projet de société : il faut tout un village pour soutenir une famille », avance la psychologue, qui observe « une réelle prise de conscience depuis cinq ans, même s’il reste encore beaucoup à faire ».

    De son côté, Salomé pense à une possible seconde grossesse : « J’aimerais mieux me préparer la prochaine fois, assure la jeune maman. Maintenant je le sais, c’est trop important pour mon bien-être, celui du papa et celui du bébé. »

    Conseil lecture

    Le Mois d’or — Bien vivre le premier mois après l’accouchement, Marie Mahé-Poulin et Céline Chadelat – éd. Presses du Châtelet

  • Consentement : comment en parler aux enfants ?

    Consentement : comment en parler aux enfants ?

    Le consentement des enfants a longtemps été un impensé de notre société. Mais la levée progressive des tabous sur les violences sexuelles, ainsi que le mouvement #metoo, a permis d’inviter la sensibilisation au consentement dans les conversations dès le plus jeune âge. « Dans ma famille, se souvient Géraldine, maman d’un petit Gaston, certains adultes avaient une telle autorité que nous devions nous soumettre à chacun de leurs désirs. C’était le cas de mon grand-père, un homme taiseux et tyrannique. Quand nous lui rendions visite pour lui souhaiter la bonne année, il exigeait que chacun de ses petits-enfants l’embrasse dans le cou tandis qu’il nous caressait les fesses, avant de nous donner nos étrennes. C’était un rituel qui nous répugnait tous, mais contre lequel personne, pas même les adultes présents, ne trouvait rien à redire. Alors, depuis que mon fils est tout petit, je lui apprends qu’il a le droit de dire NON. »

    Le consentement dès le plus jeune âge

    Léa de Macédo, pédopsychiatre au CHU de Nantes, rappelle la nécessité de parler du consentement dès le plus jeune âge, « notamment en ce qui concerne les questions de franchissement sexuel ». Elle recommande d’aborder le sujet spontanément et naturellement. « Car si on est gêné, précise-t-elle, l’enfant risque de penser que c’est un sujet tabou, dont on ne peut pas parler. » Les conversations sur le consentement lié au corps doivent permettre aux enfants d’assimiler le fait qu’un acte interdit doit être dénoncé auprès d’un adulte référent, y compris si l’auteur des agissements est un proche ou un membre de la famille.

    L’importance de créer un cadre sécurisant

    Pour aider les parents, Léa de Macédo propose d’utiliser des supports graphiques à partir de 2 ou 3 ans, comme les vignettes sur le consentement de l’autrice et illustratrice québécoise Elise Gravel. Certains livres jeunesse à vocation pédagogique sont également de bons outils pour parler du consentement et des violences. On peut citer Petit doux n’a pas peur de Marie Wabbes (La Martinière Jeunesse), destiné aux petits de 0 à 6 ans. « Se baser sur l’utilisation d’un média permet à l’adulte de trianguler, ajoute la pédopsychiatre, ce qui peut être plus confortable pour les parents. » Elle souligne aussi l’importance de sensibiliser les enfants au consentement de l’autre. « On peut, par exemple, les prendre eux-mêmes comme exemple, leur dire : “Tu n’aimerais pas qu’on te fasse telle chose, donc ne la fais pas à tes camarades.” », propose-t-elle. Elle pointe, par ailleurs, une autre difficulté pour les familles : si le consentement de l’enfant est essentiel pour l’aider à se protéger contre un certain nombre d’atteintes, il est cependant indispensable de ne pas le lui demander dans bien des cas de figure. Or, il y a parfois une confusion chez certains parents perdus au milieu des injonctions contradictoires. « Demander son consentement à un enfant petit pour qu’il aille au lit ou qu’il mette son manteau risque de le démunir, explique le médecin. Son cerveau n’est pas encore capable de prendre une décision éclairée. » C’est pourquoi la pédopsychiatre du CHU de Nantes insiste sur l’importance de poser un cadre : « C’est rassurant pour l’enfant et ça lui permet de comprendre qu’il y a aussi des limites à poser à l’autre, ce qui est une base pour aborder la question du consentement. »

    Parler du consentement avec les ados

    Comme pour la plupart des sujets fondamentaux, il ne suffit pas d’aborder le consentement une seule fois. Le sujet doit revenir ponctuellement dans les discussions, y compris avec les adolescents et les jeunes adultes. Pour échanger avec ces derniers, rarement à l’aise avec ces thématiques, le docteur de Macédo suggère de s’appuyer sur une vidéo populaire sur YouTube, intitulée Tea consent, qui décortique les mécanismes du consentement via une métaphore autour d’une tasse de thé. « Ça donne plein de situations ridicules et ça permet de parler du consentement avec un support hors cadre », explique la professionnelle. Si elle met en garde contre la désinformation qui circule sur les réseaux sociaux, elle conseille, cependant, certains comptes Instagram, notamment Le droit de comprendre le droit, qui accorde plusieurs posts au consentement, et les podcasts féministes qui informent sur le rapport au corps. Elle propose également de recourir à des outils tels que le violentomètre et le « respectomètre », facilement accessibles en ligne, et qui aident à trouver des repères en matière de consentement lorsque le contexte n’est pas évident.

  • Bébés prématurés : quelles conséquences au quotidien ?

    Bébés prématurés : quelles conséquences au quotidien ?

    Qu’est-ce que la prématurité ?

    L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit comme prématurée toute naissance survenant avant 37 semaines d’aménorrhée (absence de règles). Aujourd’hui, la limite de viabilité d’un prématuré (limite en dessous de laquelle le bébé ne sera pas réanimé) est fixée à 22/23 semaines d’aménorrhée (SA) et à un poids d’au moins 500 grammes. La prématurité suscite donc souvent de l’inquiétude, d’autant qu’avec un million de décès par an, elle reste la première cause de mortalité infantile chez les enfants de moins de 5 ans. Pourtant, avec un suivi médical adapté et des soins intensifs, ces bébés peuvent se développer parfaitement normalement. Les défis restent cependant multiples selon le degré de prématurité et la santé générale du bébé à la naissance, ainsi que la qualité des soins reçus en néonatologie.

    Selon Amélie, pédiatre dans le XXe arrondissement de Paris, « la prise en charge d’un bébé prématuré est un travail d’équipe. Nous avons fait d’énormes progrès ces dernières années grâce aux technologies de pointe. Cependant, chaque cas reste unique, et la famille doit être soutenue tout au long du processus. Les parents jouent un rôle essentiel, même durant les premières semaines où le bébé est encore en soins intensifs. Un accompagnement psychologique et un suivi médical sont cruciaux pour le développement du bébé à long terme ».

    La prématurité se mesure en quatre stades 

    La petite prématurité concerne les naissances entre la 33e et la 36e semaine d’aménorrhée. La grande prématurité, entre la 28e et la 32e semaine. La très grande prématurité, entre la 26e et la 27e semaine. Enfin, l’extrême prématurité concerne les naissances survenant avant la 26e semaine. La prématurité survient spontanément dans 70% des cas, et résulte souvent d’une rupture des membranes ou d’un travail prématuré naturel. Mais la prématurité peut être aussi induite, quand l’équipe obstétricale décide de provoquer l’accouchement en raison de risques pour la mère et/ou pour l’enfant. Ces naissances ont le plus souvent lieu par césarienne.

    « À la 26e semaine de ma grossesse, j’ai dû être hospitalisée, car ma poche des eaux était rompue. Mes jumeaux sont nés peu après, sans être considérés, à quelques jours près, comme très grands prématurés. Ils ont tout de même été directement placés en soin intensif et en couveuse. Ça a été un choc : retourner seule à la maison a été très difficile, même si j’allais les voir tous les jours. Les médecins nous ont rassurés et ont été incroyablement présents pour nous. Aujourd’hui, ils vont très bien, mais ces premières semaines m’ont durablement marquée », raconte Sophie, maman de Romane et Louis, qui ont aujourd’hui 5 ans et se portent parfaitement bien.

    Quelles sont les grossesses les plus à risque de prématurité ?

    Les principales pathologies qui causent la prématurité peuvent être l’hypertension artérielle sévère, le retard de croissance grave (RCIU) ou l’hémorragie maternelle. Les grossesses multiples, les infections et les maladies chroniques, comme le diabète, sont aussi des facteurs. Enfin, il y aurait aussi une influence génétique. Ainsi, Jeanne, qui ne présente pourtant aucun facteur de risque, a eu trois enfants nés chacun vers 34 semaines : « Dans ma famille, les enfants sont tous nés en avance, ceux de ma mère, de ma grand-mère, mais aussi de mon arrière-grand-mère ! Chez nous, on doit avoir hâte de vivre ! », raconte en riant la quadragénaire. Le plus fréquemment pourtant, la cause de la prématurité n’est pas identifiée et des recherches complémentaires sont nécessaires. « Tout ce qui concerne la périnatalité – la fertilité, la grossesse, l’accouchement ainsi que les premiers mois de vie de l’enfant – reste encore très mystérieux pour la médecine, explique Amélie, la pédiatre. Et encore plus particulièrement les causes exactes du déclenchement des contractions entraînant l’accouchement : à ce jour, nous ne sommes pas encore à 100% certains des raisons précises, et c’est donc difficile de prédire la date de l’accouchement ainsi qu’une éventuelle prématurité. »

    rapport OMS mai 2023, Rapport Euro-Peristat 2015-2019

  • Esprit, es-tu là ? Le podcast qui invoque votre esprit critique en ligne

    Esprit, es-tu là ? Le podcast qui invoque votre esprit critique en ligne

    Découvrez tout le dossier « Numérique et Esprit critique »

    Épisode 1 : Conjurer la sorcellerie des deepfakes

    Pour ce premier épisode, le journaliste Nicolas Gastineau suit les fils des deepfakes, ces vidéos et audio truquées, qui trompent nos esprits et sèment le trouble dans nos smartphones.

    Épisode 2 : Exorciser les biais algorithmiques de nos machines

    Pour ce deuxième épisode, la journaliste Sylvie Fagnart revient sur la conception des stéréotypes en ligne et sur les actions à mener pour ne pas toujours être exposé·es à ces contenus qui nous enferment dans une bulle.

    Épisode 3 : Chasser les violences sexistes en ligne

    Pour ce troisième épisode, la journaliste Sylvie Fagnart nous invite à découvrir l’ampleur des violences en ligne faites aux femmes et dessine les contours possibles d’un Internet plus sûr.

    Épisode 4 : Invoquer l’Internet libre

    Pour ce quatrième épisode, le journaliste Nicolas Gastineau appelle nos esprits à découvrir (ou redécouvrir) les ambitions initiales d’Internet, socle d’un monde en ligne à construire pour le bien commun. Une utopie aujourd’hui abîmée par les jeux d’influence et les nouveaux modèles économiques.

  • Jeunes aidants : vers qui se tourner pour du soutien ?

    Jeunes aidants : vers qui se tourner pour du soutien ?

    À partir de quand peut-on se considérer comme étant un jeune aidant ?

    Est considéré comme jeune aidant toute personne de moins de 25 ans apportant une aide significative et régulière à un proche souffrant d’une maladie, d’un handicap ou d’une addiction. « C’est la définition officielle, celle qui revient dans les études, résume Rébecca Billy, coordinatrice de La Pause Brindille, l’une des principales associations dédiées à la cause des jeunes aidants en France. Pour préciser, ce sont des jeunes qui, de façon quotidienne, vont soutenir leurs proches en faisant le ménage, les courses, le repas, en apportant une aide dans les soins, un soutien moral, matériel, logistique ou financier. » Elle ajoute, toutefois, qu’au sein de cette structure basée à Lyon, on ne s’en tient pas à cette définition. « On accompagne tous les jeunes confrontés à la maladie, au handicap ou à l’addiction d’un proche, quel que soit le niveau d’aide qu’ils apportent. » Et de citer en exemple des enfants dont le frère ou la sœur aurait un handicap, et qui seraient confrontés à cette situation sans avoir les moyens d’aider. « Il est difficile pour eux d’avoir conscience des impacts que ça a sur eux et de se sentir légitime pour aller chercher de l’aide. Une définition trop restrictive, c’est les empêcher de le faire. »

    Afin de répondre à cette question, JADE (Jeunes AiDants Ensemble), l’autre grande association consacrée aux jeunes aidants en France, propose de son côté un quiz. « Chaque aidant a un rôle différent et ne ressent pas forcément les choses de la même manière, explique Camille Vassort, responsable du développement et de la coordination de l’association. On a mis en place ce quiz au regard des difficultés que rencontrent les jeunes à s’identifier comme aidant. Cet outil est également utile aux professionnels confrontés à des situations de jeune aidance. »

    Jeunes aidants : vers qui se tourner ?

    En premier lieu vers ses proches, membres de sa famille ou amis, mais également des professionnels de santé et du social qui interviennent auprès de la personne aidée. Cela peut constituer une première étape, estime Camille Vassort de l’association JADE. « Les jeunes aidants parlent peu de leur situation familiale à leurs amis, à leurs professeurs et autour d’eux. Ils sont souvent en proie à des sentiments de honte, de culpabilité et d’ambivalence. Ils ont parfois du mal à se reconnaître comme tels et ont besoin d’être accompagnés dans cette prise de conscience. »

    Les jeunes ou leurs parents peuvent également entrer en contact avec les associations JADE et La Pause Brindille. La première propose des ateliers et des séjours de répit un peu partout en France, afin de permettre aux jeunes de souffler et de couper avec leur quotidien, tandis que la seconde dispose d’un service d’écoute et organise un festival à Lyon, le Tribu Brindille. Les deux associations peuvent aussi rediriger les jeunes vers d’autres structures qui travaillent sur cette thématique de façon plus sectorisée, sur une pathologie, une tranche d’âge ou une situation particulière. Ainsi, le comité du Nord de la Ligue contre le cancer met en place un accompagnement psychologique à destination des jeunes confrontés au cancer d’un proche, tandis qu’à Reims, le Club Famille de l’association l’amitié offre des activités aux jeunes confrontés aux troubles psychiques d’un parent, d’un frère ou d’une sœur.

    Quelles aides existent ?

    D’un point de vue financier, pas grand-chose pour le moment. « Aujourd’hui, il n’existe pas d’aides ou de droits pour les aidants mineurs en France, rappelle Camille Vassort. S’agissant des jeunes adultes aidants, la législation est différente puisqu’étant majeurs, ils peuvent bénéficier des mêmes aides et droits que les aidants adultes. » D’autre part, les étudiants ayant un parent reconnu porteur de handicap à plus de 80 %, ont la possibilité de bénéficier de quatre points de bourse supplémentaires.

    Au niveau scolaire, s’il n’existe pour l’heure officiellement aucun dispositif, « certains établissements peuvent parfois aménager les horaires d’un élève, précise Rébecca Billy. Ça peut se faire si le proviseur ou le CPE est sensible à sa situation ». Si cela reste encore maigre, les choses vont en s’améliorant, constate la coordinatrice de La Pause Brindille. « Depuis un an, on sent que le sujet des jeunes aidants émerge en France, il y a de plus en plus de financements, de plus en plus d’acteurs qui s’en emparent, qu’ils soient institutionnels ou privés. Le sujet est porteur. »

    Aidant : Besoin de reconnaissance

    Pour les concernés, se sentir reconnu constitue déjà un soutien non négligeable. « La première fois que j’ai entendu le mot “aidant”, que j’ai compris ce qu’il représentait, c’était en cours et j’avais 23 ans, raconte Romane, qui s’est ensuite rapprochée de JADE. C’est marrant comme un mot peut tout changer. Savoir que je ne suis pas seule, que de nombreuses personnes vivent la même chose que moi et sont donc probablement confrontées aux mêmes obstacles, problèmes ou doutes, ça fait du bien ! C’est libérateur, c’est rassurant et ça m’a motivée. Motivée à en parler plus et à mettre en valeur ce rôle, car il est magnifique. Je pense qu’il y a autant d’aidants qu’il y a de personnes malades. Nous sommes tous différents et pourtant si similaires. »

    Besoin de soutien ?

    Depuis plus de 15 ans, la Macif s’engage en faveur des aidants qui accompagnent un proche fragilisé par le handicap, la maladie ou la dépendance.

  • Aidant et salarié : comment concilier vie pro et vie d’aidant ?

    Aidant et salarié : comment concilier vie pro et vie d’aidant ?

    Endosser le rôle d’aidant, c’est à la fois assumer les tâches du quotidien, mais aussi être le principal soutien moral et affectif du proche aidé. Une mission aussi importante que difficile, comme en témoigne Julie, qui a mené de front sa vie familiale et professionnelle avec son rôle d’aidant auprès de Laurent, son mari décédé en décembre dernier des suites d’une maladie. Elle partage son expérience.

    1 Quand survient l’impensable

    La maladie de Laurent se manifeste d’abord par des pertes cognitives et une intense fatigue, mises sur le compte d’un burn-out professionnel. Puis le diagnostic tombe : c’est un cancer. Pour Julie et sa famille, le monde s’écroule. Julie occupe un poste à responsabilité au sein d’une agence de publicité parisienne. Alors en période d’essai, elle n’ose dire à son employeur qu’elle a décidé de s’occuper seule de son mari devenu invalide : « Quand survient ce rôle d’aidant, on fait face sans se poser de questions : on soutient et on donne sans compter », raconte Julie.

    Vous aidez un proche au quotidien ?

    La Macif s’engage auprès des aidants.

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    Il faut éviter de se mettre en danger parce que si on craque, on entraîne tout le reste avec soi.

    Julie, aidante

    2 Une spirale sacrificielle

    Pour prendre soin de son mari, subvenir aux besoins financiers de la famille et gérer le quotidien, Julie adopte une organisation quasi-militaire. « Il n’y avait plus de place pour l’improvisation. Je devais mettre en place la coordination du parcours de soins (kinésithérapeute, infirmière, chimiothérapie, IRM, etc.) et le suivi médical très lourd, tout en continuant à travailler et m’occuper de la maison et des enfants », explique-t-elle.

    Jusqu’à s’en s’oublier… « Le piège, c’est de considérer que le rôle d’aidant est naturel. Alors qu’il faut être conscient de la responsabilité, de la charge mentale et de l’incidence physique que cela implique. On repousse nos limites tout en ayant conscience que l’on se met en danger et que si on craque, on entraîne tout le monde avec soi : son aidé, ses enfants, son entourage… »

    Un décalage s’est vite installé entre mes priorités du quotidien et mon travail, et j’ai su que je n’allais pas être en capacité de fournir ce qu’on me demandait.

    Julie, aidante

    3 Une carrière qui en pâtit

    Une situation difficilement tenable qui a inévitablement des répercussions sur l’activité professionnelle de Julie. « J’étais dans un environnement qui exigeait une grande productivité. Faute de soutien, un décalage s’est installé entre mes priorités du quotidien et mon travail. Et plus la dépendance de mon mari augmentait, plus je comprenais que je ne pouvais plus fournir ce qu’on attendait de moi au travail », avoue-t-elle.

    Julie quitte alors son entreprise pour se mettre à son compte, espérant gagner en souplesse. Mais très vite, la réalité la rattrape. « Laurent était à plus de 90 % d’invalidité. La charge mentale devenait trop lourde à porter et je n’arrivais plus du tout à travailler seule ».

    4 Le travail, véritable colonne vertébrale

    « Le travail est indispensable à l’équilibre personnel. J’avais besoin, mentalement et économiquement, de stabilité », souligne-t-elle. Julie accepte un nouveau CDD mais, cette fois, aborde la situation avec son employeur et demande un contrat aux 4/5e qui lui est refusé. « Néanmoins conciliante, l’entreprise a accepté que je télétravaille, m’absente pour aller à l’hôpital, et me donnant des congés malgré mon récent CDD… ». Se sentant soutenue par son employeur et voyant son mari au plus mal, Julie prend un second congé de répit. Laurent décède quelques semaines plus tard à l’hôpital.

    Besoin d’aide ?

    Le site aveclesaidants.fr de la Macif vous éclaire pour vos démarches au quotidien.

    5 Des salariés aidants et des employeurs co-responsables

    L’entreprise a sa part de responsabilité dans l’équilibre professionnel et personnel de l’aidant salarié. « Nous pouvons tous devenir un aidant ou un aidé jour et que nous sommes, assure Julie. Charge à l’entreprise d’instaurer un climat de confiance pour libérer la parole des aidants, adopter une politique RH pour les identifier au plus tôt ou créer un parcours professionnel spécifique… pour que ni la vie d’aidant ni l’activité salariale ne soient plus sacrifiées ».

    L’Essentiel de l’article

    • Les salariés aidants n’ont pas toujours conscience de se mettre en danger.
    • Le travail est essentiel à l’équilibre personnel des aidants.
    • Accepter de souffler est vital, pour soi et pour les proches.
    • Réinventer le parcours du salarié-aidant au sein des entreprises peut être une solution.

    (1) Ipsos-Macif, 2020

    (2) Association Française des aidants, Fiche pratique « Concilier vie d’aidant et vie professionnelle »

  • Comment se préparer à un entretien d’embauche ?

    Comment se préparer à un entretien d’embauche ?

    Patrice Ras est spécialiste en gestion de carrière. Il a animé des ateliers de préparation d’entretien d’embauche dans le supérieur et enseigne depuis plus de vingt ans les techniques de recrutement aux cadres, managers et gestionnaires de ressources humaines. Il est l’auteur de l’ouvrage Le Grand Livre de l’entretien d’embauche, publié aux Éditions Studyrama.

    Quelle est la préparation idéale avant un entretien d’embauche ?

    Patrice Ras : La clé d’un entretien réussi, c’est d’en préparer assidûment toutes les étapes préalables. Comme personne ne peut anticiper, et donc pleinement maîtriser l’interaction une fois le moment venu, le candidat doit d’abord s’assurer de parfaitement connaître son sujet : s’informer sur l’entreprise, sa manière de communiquer sur les réseaux sociaux, sa culture, ses produits ou services, et ses valeurs. Cela lui évitera de se rater à une première question basique, qui est, d’expérience, l’une des choses les plus déstabilisantes en entretien. Je recommande souvent aux étudiants de simuler des entretiens seuls, dans un espace qui les rassure, en imaginant les questions et les réponses qui peuvent être apportées. Un enregistrement vidéo, pour observer ses expressions faciales et corporelles, peut aussi être utile. Le recrutement, c’est comme un sport. Si on veut mettre le ballon dans le filet, il faut parfois tirer cent fois avant de marquer un but. Je recommande aussi de postuler à des annonces qui nous intéressent que moyennement, histoire de s’entraîner à l’interaction. Il n’y a pas de secret : il faut manger de l’entretien d’embauche, parce qu’on est toujours mauvais au premier.

    Vous dites qu’il y a un point essentiel auquel on pense rarement : connaître ses propres attentes et savoir en parler. Pouvez-vous développer ?

    Patrice Ras : Pour avoir recruté des jeunes diplômés comme des cadres confirmés, je me suis souvent aperçu que beaucoup de candidats ne verbalisent pas suffisamment leurs envies, leurs attentes, leurs doutes. C’est pourtant ce qui rend un entretien humain et un candidat attractif, singulier et sûr de lui. Plus qu’être dans une forme de passivité, il est recommandé de préparer des questions pertinentes à poser à la fin ou au cours de l’entretien. Cela démontre que vous êtes volontaire, affirmé, en mesure de cerner les attentes de la hiérarchie, mais aussi les vôtres. L’étape d’après, bien entendu, consiste à tenter de répondre à la question centrale et inévitable que le recruteur a en tête : pourquoi vous sélectionner et pas un(e) autre candidat(e) ? Recruter, c’est choisir, donc forcément comparer.

    Quid de l’attitude corporelle du candidat, qui doit elle aussi être maîtrisée au cours d’un entretien d’embauche ?

    Patrice Ras : Votre posture, vos gestes, la manière dont vous êtes assis et vos expressions faciales jouent un rôle crucial. La communication non verbale est le reflet de l’état d’esprit dans lequel vous êtes : quand on est droit sur sa chaise, sans être rigide, on paraît clair, confiant. Mais gare à ne pas trop y penser, il faut quand même être naturel ! L’essentiel est que le recruteur ne perçoive pas d’incohérence entre votre discours et les documents de votre candidature. Autre conseil de route au passage : si on veut anticiper au mieux l’échange et éviter les questions pièges, il faut que votre CV soit très clair.

    Si vous deviez avertir les potentiels candidats sur les deux erreurs à éviter, quelles seraient-elles ?

    Patrice Ras : On dit que la culture, c’est comme la confiture. Moins on en a, plus on l’étale. C’est un peu la même chose pour l’expérience que l’on vend à nos recruteurs en entretien d’embauche. Les candidat(e)s ont tendance à ajouter des éléments inutiles, voire dévalorisants ! Par exemple, un avocat me racontait qu’un candidat en entretien pour en stage avait passé cinq minutes à disserter sur sa cueillette de cerises à l’été dernier. Parfois, la piste extrascolaire est une fausse bonne idée. Cela ne veut pas dire que seuls les diplômes comptent. Mais il faut se poser la question : parmi tout ce que j’ai fait, qu’est-ce qui me valorise, qu’est-ce que cette expérience ou cet engagement raconte de moi ? Si je fais de la vidéo, même à un petit niveau, ça démontre une envie de raconter, une autonomie, une appétence pour l’image. Sans oublier le domaine le plus oublié des candidat(e)s, pourtant essentiel : l’aspect relationnel. Cela fait une vingtaine d’années qu’ils communiquent avec les autres, il faut donc savoir en tirer quelque chose : êtes-vous plutôt quelqu’un qui est à l’écoute ou qui motive les troupes ? Pour maximiser la sincérité, posez la question aux membres de votre famille, à vos amis.

    Quelques conseils supplémentaires pour réussir son entretien d’embauche

    • Envoyez un email de remerciement après l’entretien. C’est l’occasion de réitérer votre intérêt pour le poste et rappelez brièvement pourquoi vous pensez être un bon candidat.
    • Préparez des exemples concrets tirés de votre expérience, vos formations, vos voyages, vos intérêts : oubliez les phrases trop génériques !
    • Écoutez attentivement les questions et n’hésitez pas à prendre quelques secondes pour réfléchir avant de répondre. Cela montre que vous prenez la question au sérieux et que vous êtes réfléchi.

    Vous êtes jeune actif ?

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  • Enfant : quel goûter pour quel âge ?

    Enfant : quel goûter pour quel âge ?

    Un goûter équilibré

    Emma essaie de limiter les produits transformés lorsqu’elle prépare le goûter de sa petite fille de cinq ans, Pacifique. Elle surveille notamment l’apport en sucre, mais « ce n’est pas toujours évident. Quand elle va chez des copains, elle découvre souvent des gâteaux industriels qu’elle réclame ensuite à la maison,» reconnaît Emma. Pour son goûter « Elle a toujours un fruit ou une compote, et je lui donne parfois un petit gâteau, puis, si elle a encore faim, une tartine de sarrasin ou de farine de châtaigne ».

    Même son de cloche chez Amélie, maman de Pauline 5 ans également : « Son goûter ce sont parfois des choses que j’ai faites maison comme des madeleines, du quatre quart et une compote, un fruit et des oléagineux ». Mais parfois, Pauline comme Pacifique demandent des produits industriels pour faire comme leurs copains. « On essaie alors de garder un équilibre entre les produits transformés et les goûters maisons », explique Amélie.

    « Un paquet entier de gâteaux industriels »

    Nicolas, qui cuisine beaucoup pour ses enfants, est en revanche un peu moins regardant sur la question du goûter. Quand ils rentrent des cours, Michka, 10 ans et Esther 14 ans prennent ce qui leur fait envie et surtout ce qui est disponible dans les placards de la cuisine. « Ça peut être de la brioche avec du beurre et de la confiture mais aussi des céréales avec du lait ou des viennoiseries achetées en boulangerie en allant à l’école », explique Nicolas.

    De son côté, Javier, papa du petit Ander, âgé de 8 ans et demi, est totalement détendu avec le goûter. Pour lui, l’essentiel est que son fils prenne du plaisir. « Malgré son petit gabarit, c’est un gros mangeur. S’il a envie d’avaler un paquet entier de gâteaux industriels au goûter il n’y a pas de problème, on le laisse faire. Cela signifie simplement qu’il n’a pas suffisamment mangé à midi et ça ne l’empêche jamais de finir ce qu’on lui sert à dîner », indique Javier.

    « Toujours proposer un produit laitier »

    Pour Marie Bougenault-Bayonne, diététicienne nutritionniste spécialisée en nutrition pédiatrique, exerçant à Paris, il n’y a pas lieu de culpabiliser sur l’utilisation de produits industriels à l’heure du goûter. « Ce n’est pas grave si un enfant mange un gâteau industriel quelques fois par semaine tant qu’il a une alimentation variée et équilibrée, explique-t-elle. Il ne faut pas perdre la notion de plaisir dans le goûter ». Cette spécialiste est en revanche formelle, « un goûter quel que soit l’âge doit toujours contenir au moins un produit laitier et en fonction de la faim de l’enfant, un produit céréalier et un fruit. Il faut deux ou trois composants ». Concernant les oléagineux (amandes, noisettes, noix de cajou, noix de pécan, graine de courge, de tournesol…), Marie Bougenault-Bayonne est plus précautionneuse : « Il faut faire attention avec ces produits parce qu’ils ont un haut potentiel allergisant. Si on les a introduits depuis le plus jeune âge, progressivement, on peut en donner mais sinon il vaut mieux éviter d’en donner du jour au lendemain ».

    Pas de secret, selon cette professionnelle, au goûter il faut varier les plaisirs et être le plus généreux possible. « Ça dépend aussi de la faim de l’enfant, s’il n’a aucun trouble alimentaire, il va normalement se réguler tout seul », précise -t-elle. En fonction de son âge, l’enfant à des besoins différents. Un adolescent consomme par exemple généralement plus qu’un adulte parce que son corps, en pleine croissance, a des besoins énergétiques supérieurs aux adultes. En conclusion, au goûter quel que soit l’âge, on se fait plaisir avec quelques sucreries et gourmandises tant qu’il y a aussi un laitage au menu et que le reste de l’alimentation de l’enfant est variée et équilibrée.

  • Mon enfant dit des gros mots : que faire ?

    Mon enfant dit des gros mots : que faire ?

    Gros mots chez les tout-petits

    L’emploi de mots grossiers est inévitable et fait partie du développement normal psychique des enfants, véritables petites éponges qui s’approprient les gros mots lâchés autour d’eux, tout comme les vocables plus savants. Du coup, les petits incidents langagiers surgissent naturellement. Hugo et Marilou, 35 ans tous les deux et parents d’un petit Paul de 5 ans, se souviennent de leur choc lorsque leur fiston a soudainement lâché le mot « merde » dans la rue. « Il avait 2 ou 3 ans et c’est sorti tout naturellement, raconte Hugo. Ça m’a surpris. J’ai réagi aussitôt, en théâtralisant un peu : ‘Il ne faut pas dire ce mot’. Il était impressionné. On en a parlé calmement ensuite avec la nounou et il a compris le sens de l’interdit. » Plus récemment, Paul s’est laissé aller à des « j’vais pisser » et « dégueulasse »

    Un développement du langage chez l’enfant

    Dans son ouvrage L’éducation positive, c’est malin (2014), le pédopsychiatre renommé Rafi Kojayan évoque les trois phases de l’usage des grossièretés : « Les premiers gros mots, dès 2 ans, sont très centrés sur le pipi-caca. On est dans le registre scatologique. Entre 3 et 4 ans, ils ne parlent plus que de zizis, de nénés, de fesses, etc. C’est le registre sexuel. Enfin, vers 5 ans, ils se délectent de toutes les grossièretés possibles : dégueulasse, chiant, crétin, con, etc. On est dans le registre blasphématoire. » Ces trois répertoires se superposent au fur et à mesure que l’enfant grandit, précise toutefois Rafi Kojayan.

    Les saillies scatologiques peuvent ainsi persister vers cinq ans. La petite Olympe qui va sur ses six ans balance encore des « Toi, t’es un gros caca ! », après avoir éructé, plus petite, des mots plus choquants entendus au hasard. « Vers quatre ans, en nous baladant dans la rue avec sa mère Sylvie, Olympe s’est exclamée : ‘C’est une grosse pute !’, en parlant d’une personne », s’étonne encore son papa, Jean-Baptiste (45 ans). Sidération totale ! Sylvie est intervenue avec fermeté : ‘Non, Olympe ! Un : on n’emploie pas ces mots-là ! Deux : on va t’expliquer. Et trois : plus jamais ça ! » Vers six ans, en passant le cap de l’entrée en CP, l’enfant a normalement appris à policer son langage. À condition, bien sûr, d’avoir mis en place un projet éducatif familial qui va lui permettre d’intégrer un ordre social apaisé où priment politesse, respect d’autrui.

    Face aux gros mots : ne pas s’énerver

    Si le laxisme parental n’est évidemment pas recommandé, l’interdit absolu n’est pas la meilleure solution. D’abord parce que l’usage des gros mots est souvent « innocent », c’est à dire dénué de compréhension précise des termes. Il est aussi souvent accidentel, conséquence de l’appropriation mimétique du langage des adultes qui se doivent, eux, de donner le bon exemple en ne jurant pas. Comme l’explique Jean-Yves Hayez, psychiatre infanto-juvénile et professeur émérite à l’Université Catholique de Louvain, « l’enfant peut laisser échapper un ‘chiant’ quand il joue avec des copains, pour s’affirmer, mais jamais devant la maîtresse ou devant Tante Edna. » Les réactions parentales appropriées consistent généralement à rester serein (même si ce n’est pas toujours facile), à s’excuser auprès de l’enfant quand ils profèrent eux-mêmes des vulgarités et à lui expliquer le sens de l’interdit.

    Sanctions et explications : astuces de parents

    On peut aussi avoir recours à d’autres petites astuces. Celle du remplacement classique des gros mots en recourant à « zut », « flûte » ou « saperlipopette ». Comme Jim Carrey dans The Mask qui s’exclamait « Mer… credi ! », au lieu de « Merde ! », le bon vieux « Punaise ! » fait très bien l’affaire en évitant le très grossier « Putain ! ». Dans certaines familles, la boîte à gros mots recueille les pièces de monnaie de tous, coupables de jurons, etc. La sanction peut intervenir, mais elle doit être proportionnée et accompagnée d’une explication. Avec la petite Olympe, Jean-Baptiste et Sylvie procèdent parfois à un court time-out, ou isolement temporaire : « Je lui dis ‘Va réfléchir dans ta chambre’, expose le papa. Cinq minutes pas plus. Ensuite je vais la voir dans sa chambre et je lui parle sur un ton plus posé. Par un processus d’explication-réparation, Olympe doit formuler des excuses par un dessin. J’essaie d’objectiver la situation avec elle en visant l’insulte prononcée et non pas sa personne, afin de ne pas la fragiliser. » Les cas de récidives virant à l’insolence ou à l’affrontement avec les parents couvent sans doute un mal-être qui doit les inciter à consulter un pédopsychologue.

    Les gros mots : un chemin vers l’autonomie pour l’enfant

    L’usage des gros mots constitue la découverte d’un nouveau pouvoir du langage. C’est une façon pour l’enfant, en parlant comme les grands, de poursuivre l’affirmation de son autonomie, de se faire respecter, et de provoquer les adultes en testant les limites qu’ils ont fixées. « L’enfant a des mots qui lui sont propres, rassure le psychiatre infanto-juvénile Jean-Yves Hayez. Des mots puissants qui produisent un certain effet sur les autres : les rires des copains ou l’agacement des parents. Ces gros mots le mettent en valeur, de manière un peu négative, aux yeux des adultes, certes. Et si les parents sont un peu agacés, ça veut dire qu’il a osé braver leur autorité. Tout ça me semble assez positif pour la confiance de l’enfant, la construction de son identité, de sa cognition et de son droit à acquérir du vocabulaire. Il y a un développement de son imaginaire par ce vocabulaire et ça commence en parti avec les gros-mots. »

  • Premières sorties nocturnes des ados : comment gérer ?

    Premières sorties nocturnes des ados : comment gérer ?

    Sorties des ados : à quel âge, jusqu’à quelle heure ?

    Chez Sandra et Régis, les premières demandes d’autorisation de soirée de leurs garçons ont commencé en seconde. Au début, seules les soirées d’anniversaires chez les amis étaient autorisées, à condition que les parents hôtes soient présents. « Je téléphonais toujours aux parents pour connaître l’organisation de la soirée. Lorsqu’il y avait de l’alcool sur place, je venais systématiquement les chercher pour qu’ils rentrent dormir à la maison. J’estime qu’à 15 ans mes enfants étaient trop jeunes pour consommer de l’alcool, qui plus est dans une maison sans surveillance », insiste leur mère. Pour les sorties dans les fêtes de village, les horaires sont non-négociables. Sandra vient récupérer Kim, 16 ans, à 1 heure du matin. Hors de question de laisser son ado errer dehors tard dans la nuit. Si le cadre s’assouplit progressivement avec l’âge de leurs garçons, reste que ce sont des parents s’estimant chanceux d’avoir des ados sportifs, attentifs à conserver une bonne hygiène de vie et qui ne voient pas les sorties en soirée comme une priorité. « On a toujours fonctionné dans la confiance et le dialogue. Ils sont assez à l’écoute de nos inquiétudes et des dangers. Ils ont toujours été raisonnables. À ma connaissance, ils n’ont jamais trahi ma confiance. D’ailleurs, ils savent que si je les avais récupérés ivres à 14 ans, ils auraient été privés de sorties », ajoute Sandra. Il faut dire que les deux ados ont rapidement été sensibilisés par leurs parents aux dangers de la consommation d’alcool et de drogues. En famille, il leur est arrivé de visionner des documentaires sur les effets néfastes sur la santé des jeunes. Résultat : le cannabis ne les intéresse absolument pas.

    L’abus d’alcool nuit à la santé.

    Le saviez-vous ?

    Il est interdit de recevoir dans les débits de boissons alcooliques des mineurs de moins de seize ans qui ne sont pas accompagnés de l’un de leurs parents ou d’un majeur responsable.

    Crises et disputes

    Dans la famille de Stéphanie, les règles sont plus souples. Avec son aîné, Raphaël, 19 ans aujourd’hui, demandes de sortie ont longtemps rimé avec conflits. L’autorité de sa mère a rapidement été sapée et aucun cadre n’a pu être mis en place. « Quand j’ai réalisé que dès 15 ans il était incapable d’accepter les restrictions et que ça donnait lieu à beaucoup de crises et de disputes, je lui ai laissé beaucoup de libertés. Lui imposer des règles était contre-nature et contre-productif. Je sentais même que ça pouvait rompre notre lien », souffle Stéphanie, qui ne fermait pas l’œil de la nuit jusqu’au retour à la maison de son ado. Heureusement, il revenait toujours à pied ou à vélo et accompagné de ses copains résidant dans le quartier, ce qui la rassurait un peu.

    Avec sa fille Hivana, 15 ans et demi, le terrain d’entente fut bien plus simple à trouver. Pour les soirées chez des amis, Stéphanie laisse son ado dormir sur place, sans jamais appeler les parents, « une honte pour [ses] enfants ». En ce qui concerne les soirées en ville, le risque d’éventuelles agressions est pris au sérieux. Résultat : couvre-feu à minuit-1 heure maximum. « Pour la fête de la musique, j’avais même demandé à Hivana de m’envoyer un message toutes les heures pour me rassurer. Elle l’a fait sans discuter », raconte Stéphanie. Pour cette maman, il est aussi important de remettre en question ses propres règles. « Je réalise parfois que le cadre que je veux leur imposer est en décalage avec leur désir d’autonomie. C’est difficile de savoir où placer le curseur entre un cadre strict et la nécessité de leur laisser la liberté de se responsabiliser. » Plutôt que les brider, elle préfère leur faire confiance et les accompagner progressivement « quand ils ne sont pas en phase avec l’autorité pour qu’ils puissent s’approprier les règles ». Ses ados savent qu’ils peuvent à tout moment lui demander de venir les récupérer, qu’ils soient alcoolisés ou pas. Et qu’elle ne se fâchera pas. « C’est aussi pour leur montrer que je suis à leur disposition et que je ne les abandonne pas s’il y a un problème quelconque», confie Stéphanie.

    Comportements à risques

    Un tiers des 16-30 ans est déjà rentré en voiture en tant que conducteur alors qu’il avait consommé une substance (alcool, cannabis, cocaïne, MDMA ou LSD).

    Source : Baromètre Addictions Ipsos – Macif 2024

    Pas de retour en voiture

    De son côté, Théo avait 15 ans quand il a commencé à éprouver le besoin de sortir le soir avec ses amis. « C’est un enfant qui a été adopté tardivement, il a très vite été indépendant et autonome. J’essaie d’être assez compréhensif et de lui laisser assez de libertés », précise Bruno, son père. Raison pour laquelle Théo a rapidement eu le droit d’aller en soirée chez des amis en dormant sur place, sans aucune restriction. Il en va de même avec les fêtes de village où il peut rester jusqu’à 2 heures du matin, heure à laquelle son père vient le récupérer. Une relation de grande confiance règne entre Théo et Bruno et il n’y a jamais eu ni sanctions ni conflits liés aux sorties. « C’est quelqu’un de responsable qui a tendance à s’occuper des autres depuis son enfance. La dernière fois que je suis allé le chercher à une fête, il secourait une amie alcoolisée. Cela m’a rassuré de le voir jouer ce rôle », explique ce père. Seule règle sur laquelle Bruno ne transige pas : interdiction de monter dans la voiture ou sur le scooter d’un copain en état d’ébriété. « Jeune, je vivais aussi à la campagne et avec mes copains on prenait la voiture alcoolisés. Je refuse que Théo se mette en danger en faisant la même chose. Il sait qu’il peut m’appeler à n’importe quelle heure, je viendrai le chercher », explique-t-il. Côté prévention sur la consommation d’alcool et de drogue, Bruno préfère faire passer les messages à son ado de manière implicite, « parce que frontalement ça ne fonctionne pas », précise-t-il. « Je ne suis pas très inquiet, mais je reste vigilant sur les drogues qui circulent en soirée. »

    « LES ADDICTIONS ET LEURS CONSÉQUENCES CHEZ LES JEUNES »

    La Macif a lancé avec Ipsos le 1er baromètre sur les consommations de substances addictives chez les 16-30 ans afin de proposer des solutions de prévention adaptées.