Catégorie : Ma famille, ma tribu

  • Mon enfant ne lit pas : est-ce vraiment grave ?

    Mon enfant ne lit pas : est-ce vraiment grave ?

    Pauline a parfois l’impression d’avoir raté quelque chose dans l’éducation de Gaspard et Lucien, ses deux fils âgés de 11 et 14 ans. Elle-même grande lectrice, elle les a élevés dans « un appartement peuplé de romans et de BD », les a emmenés régulièrement dans les librairies et les bibliothèques et s’est astreinte à leur lire des histoires avant le coucher jusqu’à ce que l’un et l’autre passent en CM1. « Je me souviens du plaisir que j’ai eu à les voir se plonger dans la lecture de grands classiques comme la saga Harry Potter ou les romans de Roald Dahl, confie-t-elle. Au petit-déjeuner, ils me racontaient le chapitre qu’ils avaient lu la veille. C’était de très beaux moments d’échange. »

    Mais, peu de temps après la rentrée au collège, chacun à leur tour, ses garçons ont progressivement refermé leurs livres. « À part Naruto, ils n’ouvrent plus du tout de bouquins », regrette Pauline, qui met cela à la fois « sur le compte de la crise d’adolescence, des hormones, des écrans et d’une possible réaction à l’éducation que je leur ai donnée ». Si cela l’attriste de ne plus pouvoir partager sa passion avec ses enfants, elle s’inquiète surtout des conséquences de ce désintérêt pour la lecture d’un point de vue scolaire et en termes de culture générale.

    Les écrans, fautifs mais…

    L’évolution de la relation aux livres de Gaspard et Lucien illustre bien le phénomène qui touche les jeunes collégiens. Selon une étude réalisée par IPSOS et le Centre National du Livre en 2022, si 81 % des jeunes de 7 à 25 ans aiment lire en dehors de l’école, pour les loisirs et par goût personnel, les collégiens, surtout les garçons, lisent moins que les plus jeunes. Entre 13 et 15 ans, les jeunes hommes ne sont plus que 68 % à déclarer bouquiner pour le plaisir. Et les premiers coupables de cette tendance à la baisse seraient les écrans.

    En effet, selon la même étude, les jeunes passent en moyenne 3h50 par jour devant un écran. Tandis que celles et ceux d’entre eux qui lisent en dehors du temps scolaire ne consacrent que 3h14 par semaine à la lecture. « Honnêtement, les miens n’y accordent même pas une heure hebdomadaire, alors qu’ils lisaient tous les jours il y a encore quelques années », se désole Pauline. Cependant, certains genres littéraires ont encore la cote chez les ados, à commencer par les romans de fantasy, les dystopies, les ouvrages de science-fiction (les succès de Twilight et Hunger Games l’ont montré), ainsi que les romances et les histoires autour de maladies graves (Nos étoiles contraires, de John Green, par exemple). Autant de catégories auxquelles il faut ajouter les indétrônables mangas, comics et BD, qui continuent à faire fureur chez les jeunes et que l’on aperçoit régulièrement entre leurs mains dans les transports en commun. Les réseaux sociaux jouent parfois un rôle de prescription, à l’image de la communauté Booktok, sur Tik Tok et des chaînes YouTube spécialisées en la matière. D’ailleurs, une partie des jeunes lisent en ligne, via des plateformes. La preuve que les écrans, qui sont en partie responsables de la baisse du temps accordé à la lecture, peuvent aussi inciter à s’y adonner.

    Lire pour ne pas perdre le fil

    Estelle Brune, professeure de Lettres et Histoire en lycée, explique que les enfants lisent lorsqu’ils sont dans la phase d’apprentissage, celle qui consiste dans « lire pour décoder, pour construire sa grammaire, pour comprendre », et que les enseignants les encouragent à s’entraîner tous les soirs pour consolider ces acquisitions. À partir du CM1-CM2, celles et ceux qui prennent du plaisir à lire ont des chances de rester des lecteurs réguliers, quand les autres risquent de se détacher des livres.

    Or, pour la professeure, les élèves qui abandonnent la lecture peuvent être pénalisés dans leur scolarité au collège et au lycée. Elle met en garde : « Quand ils seront confrontés à un texte long en littérature ou en philosophie, s’ils ont perdu l’habitude de se concentrer pour lire, ça leur demandera beaucoup plus d’efforts. Certains de mes élèves n’arrivent tout simplement plus à se poser et à se concentrer sur des mots alignés les uns à côté des autres, à prendre le temps de décortiquer une phrase et son contexte pour comprendre un mot dont ils ne connaissent pas le sens. » Il est donc indispensable de s’exercer à lire des textes comprenant des phrases complexes, que ce soit dans des livres ou des magazines. « En revanche, il ne faut pas lire uniquement des mangas et des BD », prévient Estelle Brune. En effet, s’ils contribuent à un enrichissement de la culture générale et de l’imaginaire, « ils ne permettent pas de développer la maîtrise de la lecture des phrases complexes », précise l’enseignante, qui recommande la lecture de romans et de magazines.

    Enrichir son vocabulaire

    Une autre inquiétude existe chez les parents d’ados qui ne lisent plus. « J’ai peur que leur niveau en orthographe baisse », s’alarme Pauline. Pourtant, le lien entre une pratique assidue de la lecture et une bonne maîtrise orthographique n’est pas systématique. Certains grands lecteurs butent sur des règles d’orthographe quand des lecteurs occasionnels sont incollables sur celles-ci. Mais, comme le souligne la professeure de lycée, « lire permet d’étoffer son vocabulaire ». Et cela ne passe pas nécessairement par la littérature. « Lire un magazine est parfois aussi enrichissant sur le vocabulaire didactique, explique-t-elle. Par exemple, dans un article sur les otaries, on va trouver un vocabulaire sur lequel on aura moins de chance de tomber dans un roman. »

    Alors, qu’il s’agisse de magazines sur les tatouages ou les sports extrêmes, de romans d’heroic fantasy, de mangas ou de classiques de la littérature étudiés en cours, le bon équilibre entre les devoirs et les plaisirs est peut-être de lire un peu de tout, et le plus souvent possible.

  • Les parents solos, des cas pas si isolés

    Les parents solos, des cas pas si isolés

    Mères ou pères (même si ces derniers représentent moins de 20 %), ils sont de plus en plus nombreux à se retrouver seuls pour s’occuper d’un ou plusieurs enfants en France. Selon l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), la part de familles monoparentales est passée de 9,4 à 24,9 % de l’ensemble des familles en moins de 45 ans et 3,13 millions d’enfants étaient concernés en 2020 contre 1,49 million en 1990. Alors, comment ces parents solos gèrent-ils au quotidien, aussi bien les difficultés organisationnelles qu’émotionnelles ?

    S’adapter à la vie en solo

    Pour Alice, âgée de 33 ans lors du décès accidentel de son conjoint : « Ça a été difficile. J’ai eu la chance d’être entourée et soutenue par ma famille ainsi que par un cercle d’amis formidables. Ils m’ont été d’une grande aide pour continuer à m’occuper de mon fils de 8 mois. Mon employeur a également été compréhensif et j’ai pu bénéficier des services d’une assistante sociale qui m’a orientée sur certaines démarches administratives. Globalement, c’est très difficile de se dire qu’il va falloir tout assumer seule du jour au lendemain. Renoncer à cette vie à trois dont on avait rêvé, faire le deuil de la petite sœur que mon fils n’aura jamais… » Des propos qui font écho à ceux d’Aurélie, que deux séparations (l’une à 21 ans, l’autre à 28) ont laissée avec deux enfants en garde exclusive : « J’ai toujours eu ma mère à mes côtés. Si ma fille qui a 6 ans aujourd’hui était un “bébé magique”, ne pleurant jamais et dormant beaucoup, ça a été complètement différent avec mon fils de 13 mois. C’est un bébé qui pleure énormément, et c’est assez compliqué d’avoir un relais, car il ne veut que moi. »

    Pierre, s’est retrouvé seul suite à une séparation deux mois après la naissance de son fils. Il a fini par trouver une solution de garde alternée avec son ex-compagne, chacun s’occupant de l’enfant une semaine sur deux : « Entre les heures de boulot et les allers-retours, c’était fatigant. Je n’avais pas d’autre personne sur qui compter ni le budget pour solliciter une aide extérieure, comme une nounou. Et puis, on veut prouver aux autres et à soi-même qu’on est capable de gérer seul. » Et Pierre d’ajouter : « Le regard des autres est difficile à supporter, car beaucoup pensent que c’est la faute du père si les parents sont séparés. On me faisait plein de remarques désagréables du genre : “Pourquoi tu t’investis autant ?” ou “Laisse-le à sa mère, ça sera plus simple”. C’est douloureux à entendre, parce que les parents solos ont le même amour et le même attachement à leurs enfants que les parents en couple. »

    La charge mentale

    Aurore a de son côté eu le malheur de perdre à 33 ans son compagnon (victime d’une maladie rare). En plus de son garçon de 8 mois, elle avait déjà une fille de 6 ans d’une précédente union. « Au départ, j’étais assez organisée, mais je n’avais pas encore repris le travail. Pour m’aider et me soulager, j’ai ma famille : parents, beaux-parents, amis. Mais allier vie de travail et vie de maman, cela va à mille à l’heure, raconte-t-elle. Il faut s’occuper des enfants le matin, travailler la journée puis de nouveau s’occuper des enfants le soir. Faire les devoirs, donner la douche, préparer à manger en même temps, anticiper les affaires du lendemain, prévoir le linge, ne pas oublier le ménage… On doit assurer sur tous les fronts, et la charge mentale atteint un seuil maximum épuisant. De plus, j’ai moins de temps à leur consacrer pour jouer et profiter de leur enfance. » En outre, ces parents solos connaissent souvent des problématiques économiques.

    Comme le raconte Alice qui pourtant « bénéficie d’aides en qualité de mère isolée ». Aurélie, elle, parle de « complications au niveau de l’argent, malgré les aides de la Caf » (Caisse d’allocations familiales). Sous conditions, l’ASF (Allocation de Soutien Familial) versée par la Caf ou la MSA (Mutualité Sociale Agricole) peut en effet être perçue par toute personne qui élève seule son enfant et qui est privée de l’aide de l’autre parent.

    Relation fusionnelle et écoute de soi-même

    Dans ce contexte délicat, trouver des points positifs à ces vies en solo peut sembler difficile. « Comme je voyais mon fils tous les jours, raconte Pierre, j’ai pu le regarder grandir à des moments où ça va vite : l’apprentissage de la marche, la parole, les premières dents… J’ai pu créer un lien fort avec lui et profiter d’instants en tête-à-tête, ça a contribué à la construction d’une complicité. » En effet, tous évoquent la « relation fusionnelle » construite avec chacun de leurs enfants. « Mon fils ne connaîtra jamais son papa, déplore, quant à elle, Alice. Il est ma raison de vivre et ma force, c’est vrai. Et je suis convaincue qu’il y a des leçons à tirer de chaque épreuve de la vie, mais celle-ci est encore trop récente pour que je puisse en retirer quelque chose de bon. »

    Avant de délivrer quelques conseils : « À mon sens, il faut à tout prix éviter de se projeter dans l’avenir. Vivre jour après jour, c’est la clé afin de pouvoir avancer à son rythme. Pour le reste, il faut laisser le temps faire son œuvre et ne pas hésiter à se faire accompagner par un psychologue ou un professionnel de santé si on en ressent le besoin. Il faut aussi apprendre à reconnaître ses limites et savoir demander de l’aide, ne pas hésiter à déléguer la garde de son enfant à ses proches par exemple pour pouvoir souffler ou se recentrer. Les enfants sont des éponges, ils ont besoin d’un parent épanoui pour se sentir heureux donc essayer de prendre soin de soi est essentiel. » Et Aurélie de conclure : « Il faut s’écouter, se faire confiance. Ne pas avoir honte de demander de l’aide, de se sentir fatiguée ou dépassée… Nous sommes des humains avant tout. »

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    Les parents solos, des cas pas si isolés

     

  • Devoirs à la maison : Comment éviter les crises ?

    Devoirs à la maison : Comment éviter les crises ?

    Calme et sang-froid

    « Une fois sur deux, il s’énerve. » Enzo est en classe de CE1. Et s’il y a bien une chose qu’il déteste, ce sont les devoirs à la maison. Alors, quand vient l’heure de réviser ses leçons, il y va à reculons. « Il dit que ça le saoule, qu’il ne veut pas les faire, il gomme n’importe comment quand il rate… À chaque fois, on y passe des heures, il crie, et je fais tout pour rester calme », déplore Charlène, sa maman, qui rêverait d’une fin de journée plus apaisée, « surtout quand on a huit heures de boulot dans les jambes ». Si en théorie son fils ne devrait pas avoir de devoirs écrits puisqu’il est en primaire, il rentre quotidiennement de l’école avec une liste bien fournie d’exercices. « Rien que le week-end dernier, il avait cinq mots à apprendre, de la lecture, un exercice de grammaire, un autre d’orthographe, une dictée à préparer et un texte à trou à compléter… »

    Alors, pour rendre ce moment aussi fluide que possible, Charlène et son compagnon Sylvain ont mis en place quelques stratégies. À commencer par fragmenter le temps d’apprentissage : « On essaie dans la mesure du possible de fractionner les devoirs, pour que ça ne prenne pas plus de 10 ou 15 minutes d’un coup. Par exemple, on fait toujours la poésie à part. C’est plus facile pour la concentration. » Ils ont aussi pris l’habitude de dédramatiser l’échec, pour qu’Enzo ne se braque pas quand il se trompe. « On lui montre que ça arrive de rater un exercice, que ce n’est pas plus grave que ça, que le principal c’est de réussir à identifier ses erreurs pour mieux les corriger. On l’amène à réfléchir pour qu’il trouve les réponses par lui-même », abondent les parents du petit garçon, qui n’hésitent pas à se passer le relais pour éviter de perdre patience lorsque les échanges avec Enzo se crispent.

    Les parents face aux devoirs

    Quel est le rôle des parents dans ce moment tant redouté mais incontournable du parcours scolaire ? Cette question, Laura Morandeau, professeure des écoles, lui a consacré un chapitre de son mémoire de recherche. Elle soutient que l’attitude des parents face aux devoirs à la maison de leurs enfants contribue « au développement et à l’investissement de ces derniers dans leur “métier” d’élève. De plus, cela permet de valoriser l’école et de montrer aux enfants que ce qu’ils y font a de l’importance ». Une vision qui n’est pas si éloignée de celle des parents d’Enzo. « On s’assure que les devoirs sont faits en temps et en heure, poursuit Charlène. C’est une manière de l’accompagner dans ses apprentissages sans le forcer non plus, pour éviter de créer un blocage. On lui fait comprendre qu’apprendre et bien travailler c’est important, que les devoirs servent à consolider ce qu’il a vu avec la maîtresse. Et ça nous permet simultanément d’être au courant de ce qu’il fait en classe, car il ne nous dit rien sinon. »

    Lors de la réunion de prérentrée à l’école d’Enzo, les institutrices et la directrice ont demandé aux parents qui le peuvent d’être présents pour leurs enfants, assurant que les devoirs sont un moment de partage et de transmission. Accompagner veut-il pour autant dire corriger ? « On a du mal à laisser des erreurs intentionnellement, avoue Charlène. On ne veut pas que la maîtresse ait l’impression qu’on laisse des fautes parce que l’on s’en fiche. Je me dis qu’à cet âge-là, les devoirs reflètent l’investissement des parents. Quand Enzo sera un peu plus grand, et aura acquis une certaine maturité, on pourra superviser de loin ». Un réflexe qui n’est pas forcément le bon, selon la psychologue Audrey Akoun, qui, dans une interview accordée au Parisien, rappelle que le parent ne peut se substituer à l’enseignant. « Si le parent est bienvenu pour aider l’élève dans ses recherches, il ne doit pas passer derrière lui et corriger à la place du prof » qui a ses propres méthodes pédagogiques, au risque d’embrouiller l’enfant.

    Se délester du poids des devoirs

    Certains parents, quand ils en ont les moyens financiers, préfèrent alors laisser cette tâche à des tuteurs ou à des professeurs particuliers. Émilie, 22 ans, intervient par exemple auprès de jeunes collégiens pour du soutien scolaire en Anglais. Elle est étudiante en parallèle : « J’aide mes élèves à réviser et à préparer leurs contrôles quand ils en ont besoin, en leur faisant faire des exercices en condition d’examen. Le reste du temps, je les entraîne à la compréhension orale et écrite. » La jeune femme rappelle cependant qu’elle n’a pas vocation non plus à remplacer le corps enseignant. « Je ne suis là qu’en soutien, pour appuyer le cours de la prof. J’approfondis et complète un travail qui est normalement déjà fait en classe. Les parents vont me dire chaque semaine ce que l’élève a vu à l’école, et j’imagine des cours en fonction, dans des formats différents de ce qu’ils ont l’habitude de faire. Par exemple, un de mes élèves adore la mode. Donc je lui fais regarder des vidéos de relooking et je lui demande de les commenter en anglais, en mobilisant le vocabulaire qu’il a appris en classe. »

    Une manière ludique, qui permet, selon la jeune fille, de désamorcer les blocages potentiels et de réconcilier certains élèves avec l’apprentissage. Certaines écoles proposent aussi des dispositifs d’aide aux devoirs payants. Margaux 11 ans, en a bénéficié. Son père Stéphane l’a inscrite à l’étude quand elle était en primaire. « Initialement, c’était surtout parce que je rentrais tard du travail. Mais elle y a appris à faire ses devoirs seule. Aujourd’hui, elle est assez grande pour rentrer à la maison directement après les cours. Quand je la retrouve le soir, je lui demande simplement si les devoirs sont faits. Je ne passe jamais derrière elle pour vérifier ou corriger. » Une autonomie qui convient aux deux et permet de parler d’autre chose quand ils se retrouvent le soir.

  • Les coachs en parentalités, les nouveaux conseillers de la vie de famille ?

    Les coachs en parentalités, les nouveaux conseillers de la vie de famille ?

    « Réenchantez votre vie de famille : des solutions pratiques à vos difficultés parentales. » Voilà un message on ne peut plus clair qu’on peut lire sur le site internet d’Elena Goutard. Diplômée de deux Bac+5 en éducation, pédagogie et psychologie de l’enfant, cette mère de quatre enfants a lancé son entreprise de coaching parental il y a une dizaine d’années, quand encore peu de familles connaissaient l’existence de ce concept né dans les années 1980 aux États-Unis. Aujourd’hui, ce nouveau marché est un véritable succès pour nombre de parents perdus, isolés et assommés d’injonctions et de pressions médiatiques sur « comment être un bon parent ». « Cet accompagnement s’adresse aux parents épuisés par leur quotidien, le stress et les relations conflictuelles avec ou entre leurs enfants, aux parents séparés en recherche de clés pour mieux entourer leurs enfants mais aussi aux futurs parents souhaitant adopter de bons réflexes éducatifs dès la naissance », note Elena Goutard. La coach parentale voit d’ailleurs arriver dans son cabinet de plus en plus de parents qui élèvent des enfants aux profils atypiques (TDAH, hypersensibilité, syndrome d’Asperger, etc.).

    Accompagner les parents en détresse

    Basé sur la psychologie de l’enfant et sur les neurosciences, l’accompagnement en parentalité apporte aux parents qui se retrouvent au bout du tunnel des outils simples, concrets et ciblés pour faciliter leur quotidien et rétablir un équilibre familial. « Dans un premier temps, notre rôle est d’écouter sans jugements les parents confier leurs inquiétudes cumulées. À partir de là, on cerne des problématiques. Par exemple, le manque de règle, un traumatisme chez les parents, des colères ingérables et impulsives chez les enfants. Pour ce dernier cas, on apprend aux parents à réguler leurs émotions via des exercices de respiration, à identifier ce qui déclenche les crises de colère de l’enfant et à mettre en place des outils ludiques pour que l’enfant travaille sa colère avec le parent », explique Elena Goutard.

    La coach parentale avoue ne pas donner de « solution miracle ». « Toutes les dynamiques familiales en place depuis des années ne peuvent être changées en une séance. Le retour à un équilibre familial dépend beaucoup du travail des parents sur le long terme », souligne-t-elle. En dix ans, Elena Goutard a déjà aidé des centaines de parents, prêts à débourser 80 euros pour une séance voire des forfaits pour des familles qui cumulent plusieurs problématiques.

    Routine de règles et « coin de retour au calme »

    Louise* et son conjoint ont fait appel à une « guide parentale » quand le comportement de leur fille de 5 ans, Jeanne*, a pris des « proportions ingérables » dans leur foyer en Belgique. « Elle répondait systématiquement “non” à tout ce qu’on lui demandait. Parfois, elle faisait exprès de faire ce qu’on lui interdisait. Elle pouvait aussi être violente. Au début, on essayait de trouver des stratégies sans s’énerver, mais rien ne fonctionnait. On finissait par s’énerver, par crier et par la contraindre. C’est devenu épuisant et invivable au quotidien. On était complètement désemparés. Je n’avais même plus envie de me lever le matin pour m’occuper d’elle », lâche sa mère.

    Une fois, Jeanne lui a mis une claque. Louise est entrée dans une colère noire avant de culpabiliser et de s’effondrer. La goutte de trop. Deux semaines plus tard, le couple a entamé un programme PEHP (Programme d’entraînement aux habiletés parentales) en dix séances, auprès d’une guide parentale « compétente en neurosciences », précise Louise, confiante. Ensemble, ils ont mis les mots sur deux problématiques : « troubles d’opposition et de provocation ». Les parents ont ensuite réadapté leurs comportements aux colères de leur fille et mis en place des outils concrets comme une routine de cinq règles dans la maison que tout le monde doit respecter ou un « coin de retour au calme » équipé d’objets sensoriels, de doudous et de livres sur les émotions où Jeanne est libre d’aller lors d’une crise. « Avoir des consignes communes à suivre nous a soulagés. Avec mon conjoint, on est devenus cohérents sur notre modèle éducatif. On se sent plus en confiance dans nos actes, on ne crie plus et on a beaucoup moins de fatigue émotionnelle », confirme Louise qui ne regrette pas d’avoir payé 700 euros pour suivre le programme.

    Caractère scientifique des conseils

    Reste qu’un coach en parentalité n’est soumis à aucune réglementation, et en tant que tel, il n’est pas remboursé. Cela dépend du statut de la personne. Certaines consultations chez les psychologues qui offrent des services de coaching peuvent être en partie prises en charge. Si certains coaches suivent des études en psychologie de l’enfance, d’autres s’autoproclament « experts » en relations parents-enfants.

    Une possible arnaque ? Héloïse Junier, psychologue de l’enfance, docteure en psychologie et autrice de la BD de parentalité Ma vie d’enfant (Dunod Graphic, 2023), met en garde : « Pour un coach en parentalité, avoir un diplôme universitaire n’est pas toujours gage de légitimité et de sérieux. Cependant, c’est plus une question de sensibilité et de culture personnelle. Comment les parents peuvent-ils faire du tri parmi toutes ces personnes qui proposent une pluralité de conseils pour l’enfant ? Certains sont clairement perdus. Il faut avant tout s’intéresser au caractère scientifique des conseils en matière d’éducation. C’est une garantie de connaissances collégiales issues de l’intelligence collective rigoureuse et donc un garde-fou énorme. Certains spécialistes disent en effet s’appuyer sur des données scientifiques alors que ce n’est pas toujours le cas. Dans un premier temps, il faut voir si le/la spécialiste appuie son argumentaire sur des sources ou si ses propos ne se basent que sur son intuition. S’il se base sur des sources, il faut ensuite s’interroger sur la nature de ces sources (quelle étude ? quel auteur, ancien ou actuel, scientifique ou non ? quelle université ?). » Avant de poursuivre : « Il faut aussi que les parents suivent ce qui est en phase avec leurs valeurs humaines et avec ce qu’ils veulent donner à leurs enfants. »

    *Les prénoms ont été modifiés

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  • Parents et jeux vidéo : un jeu de rôle ?

    Parents et jeux vidéo : un jeu de rôle ?

    En 2023, 70 % des Français de plus de 10 ans jouent au moins occasionnellement – au moins une fois par an – aux jeux vidéo, contre 20 % en 1999. 53 % y jouent au moins une fois par semaine. D’après le guide pour une pratique responsable du jeu vidéo, publié par le syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs, les plus jeunes sont les plus joueurs : 95 % des enfants de 10 à 17 ans ont une pratique du jeu vidéo et plus d’un sur deux y joue chaque jour. Et il n’y a pas que le nombre de joueurs qui évolue : l’univers du jeu vidéo s’est considérablement élargi au cours des années 2010 avec l’omniprésence du jeu en ligne. Désormais, le jeu est un alibi pour échanger avec ses amis ou regarder d’autres joueurs sur des plateformes comme Twitch ou Discord, surinvesties par les communautés de gamers.

    Mais cette modification des usages amène également son lot de risques. « Les jeux sont devenus des espaces de communication et de socialisation, notamment pour les ados et les préados », souligne Olivier Gérard, responsable du collectif PédaGoJeux, dont la mission est d’informer les parents sur les pratiques et les usages du jeu vidéo. Selon lui, la massification de ces interactions en ligne a, comme dans l’univers numérique en général, « naturellement produit une augmentation des comportements toxiques ».

    Comportements toxiques

    Une étude reprise dans un rapport de la direction interministérielle de la transformation publique pointe ainsi que 74 % des adultes qui jouent à des jeux en ligne auraient été victimes d’une forme de harcèlement. « Les comportements toxiques sont minoritaires mais ils sont malheureusement très visibles », regrette Vanessa Chicout, vice-présidente d’Afrogameuses, une association œuvrant pour plus de mixité et de diversité dans le jeu vidéo. « Ils peuvent prendre la forme d’insultes, de commentaires racistes, sexistes, sur l’orientation sexuelle. Ça a un vrai impact psychologique sur celles et ceux qui les subissent. »

    Ces comportements, observables notamment dans les chat vocaux, pourrissent l’expérience des autres joueurs mais peuvent aussi avoir des conséquences bien plus graves. Vanessa Chicout cite ainsi une collègue streameuse (personne retransmettant en direct ses parties de jeu vidéo, ndlr) qui s’est retrouvée exposée sur des forums nazis après s’être filmée. Bien loin, donc, du plaisir recherché en allumant sa console ou son PC. Comme ailleurs sur Internet – et en particulier sur les réseaux sociaux – le pseudonymat qui entoure l’identité des joueurs provoque chez certains un sentiment d’impunité. Voire attire des personnes mal intentionnées.

    L’avocate et conseillère de la Fédération française de jeux vidéo Maria Berrada parle même de « fléau » : « Dans le cadre des jeux vidéo, le pseudonymat peut permettre à des prédateurs sexuels ou des escrocs de se protéger derrière un avatar pour demander des informations personnelles à des mineurs qui n’ont pas forcément la notion du danger ». Selon l’association Caméléon, le grooming, un terme qui désigne la prise de contact via les réseaux avec un enfant dans le but de le soumettre à des actes sexuels, sévit sur les chat des plateformes de jeux comme Fortnite.

    Parents et jeux vidéo : un jeu de rôle ?

    Jeux compétitifs

    Gare, toutefois, à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. La toxicité de certains joueurs est le produit d’un cocktail de plusieurs ingrédients qu’on ne retrouve pas dans tous les jeux. Dans sa B.D Les jeux vidéo et nos enfants, Cookie Kalkair détaille par le menu les éléments qui augmentent le degré de frustration : la compétition, le hasard et le fait de devoir gérer une économie (comme dans Fortnite, où les déguisements – « skins » – les plus valorisants ne peuvent être débloqués qu’en payant).

    Lui-même grand amateur de jeux vidéo, il observe que « les jeux compétitifs » – c’est-à-dire dont l’objectif est de gagner contre ses adversaires – sont les plus à même de « décupler le stress et la pression » chez les joueurs. La toxicité est ainsi plus grande dans les jeux multi-joueurs et/ou ceux proposant une expérience en « monde ouvert », où le décor et le temps de jeu sont presque infinis. Les MMO RPG (Jeu de rôle en ligne massivement multijoueur) comme World Warcraft, les MOBA (Arène de bataille en ligne multijoueur) comme Fortnite ou les FPS (Jeu de tir à la première personne) comme Counter Strike, sont des types de jeu plus propices aux comportements toxiques. Ces jeux se jouent essentiellement sur ordinateur ou sur console, les jeux sur téléphone portable intègrent moins facilement le chat et sont donc moins directement sujets à ce genre de problème.

    Accompagner son enfant

    Pour les parents qui ne sont pas eux-mêmes joueurs, il n’est pas évident de savoir comment se positionner pour accompagner au mieux son enfant. C’est pourtant souvent par eux, via le portable ou la tablette, que l’enfant entre pour la première fois en contact avec les jeux vidéo. Comme le rappelle Olivier Gérard, les parents ont tendance à moins investir le lien autour du jeu vidéo à mesure que leur enfant grandit, notamment vers la fin du primaire, lorsqu’il acquiert son premier portable ou ordinateur personnel. « C’est pourtant à cet âge qu’on observe une bascule dans les usages avec la pratique des jeux en ligne, plus chronophages, l’attirance pour les jeux plus violents et les micro-transactions en ligne », analyse-t-il.

    Les outils pour accompagner son enfant sont nombreux. « Il n’y a pas de réponse universelle, mais le premier conseil est de s’efforcer de comprendre ce à quoi joue son enfant et, pourquoi pas, de jouer avec lui pour mieux adapter les règles à instaurer », assure Vanessa Chicout, qui rappelle par ailleurs qu’il est possible de jouer en local – c’est-à-dire sans se confronter à des personnes inconnues – et d’activer le contrôle parental. « Sur Xbox, PlayStation, Nintendo, et certaines plateformes, il est possible de créer un compte pour enfant via lequel on peut paramétrer des restrictions d’âge et contrôler le temps de jeu », abonde Cookie Kalkair qui conseille également de couper les communications avec l’extérieur, via le chat ou le clavier, pour les moins de 13 ans.

    Un autre moyen efficace de limiter les risques est de respecter le système de classification par âge PEGI. Les pictogrammes affichés sur les plateformes ou les jaquettes des jeux – correspondant à 5 tranches d’âge entre 3 et 18 ans – donnent une indication du contenu du jeu en fonction de plusieurs critères : degré de violence, utilisation de langage grossier, activité sexuelle, etc. Pourtant, 35 % des parents déclarent ne pas y être attentifs lors de l’achat d’un jeu.

    Des efforts de modération ?

    Du côté des éditeurs, développeurs et hébergeurs de jeu, des efforts sont également à noter. Même si, comme le relève Cookie Kalkair, cela résulte plus « d’une bonne entente » entre acteurs de l’industrie que d’une réglementation en bonne et due forme. La « Fair play alliance » réunit ainsi une coalition des professionnels de l’industrie des jeux vidéo soucieux de partager des bonnes pratiques afin de « débarrasser les jeux du harcèlement, de la discrimination et des abus ».

    « Les éditeurs et les plateformes ont modifié leurs conditions générales d’utilisation pour étoffer la partie sensibilisation sur l’interdiction des propos haineux, assure Maria Berrada. Il y a aujourd’hui une obligation de signalement : tout utilisateur doit pouvoir signaler aisément un contenu inapproprié. » Charge ensuite à l’éditeur de déterminer la sévérité de la sanction à appliquer au joueur problématique : bannissement temporaire, définitive du chat ou du jeu, etc.

    Un joueur confronté à une situation de cyberharcèlement peut également porter plainte. Entre la loi sur la diffamation et l’injure, la loi sur la cyberhaine, celle sur le harcèlement en ligne, et maintenant le Digital Services Act au niveau européen, « la France dispose d’un arsenal juridique qui fait que les éditeurs sont plutôt bons élèves », analyse Maria Berrada. Mais l’avocate nuance : « Entre le moment de la réclamation et celui de la réponse judiciaire, quelques années peuvent s’écouler alors que le mal est déjà fait. Quand un jeune reçoit des insultes tous les jours, il n’attend pas trois ans avant de craquer. »

    Quant à la modération des contenus du chat, Vanessa Chicout regrette qu’elle soit trop souvent à la charge des joueurs, faisant peser sur eux « une charge mentale énorme ». Les derniers progrès de l’intelligence artificielle pourraient-ils pallier au déficit de modération ? Cookie Kalkair voit en tout cas d’un bon œil l’automatisation de la détection des joueurs identifiés comme des tricheurs ou de certains mots clefs dans le chat.

    En novembre, Fortnite a par exemple introduit un outil de « voice reporting » permettant d’effectuer un enregistrement audio les cinq minutes précédant un signalement pour violation des règles de la communauté, facilitant ainsi l’évidence de la preuve.

    Enfant bleu

    Pendant le confinement du printemps 2020, Fortnite a accueilli un avatar nommé Enfant bleu, créé par une association éponyme de lutte contre les maltraitances faites aux enfants. Derrière ce personnage à l’allure d’ange se relayaient des bénévoles, en lien avec des policiers spécialisés dans la détection des violences, dans le but de recueillir la parole d’enfants qui, privés d’école, risquaient d’être enfermés toute la journée avec leur agresseur. En un mois, 1200 joueurs se sont confiés sur les violences intrafamiliales ou le harcèlement scolaire qu’ils subissaient. Ce système d’alerte interne à un jeu vidéo n’a pour l’heure pas été généralisé.

  • Les « bébé-signes », nouveau langage des parents ?

    Les « bébé-signes », nouveau langage des parents ?

    En promenade dans sa poussette, le petit Hugo âgé de 14 mois a les yeux grands ouverts. À cet âge, tout est découverte, tout est émerveillement. Soudain, le jeune garçon pousse un petit cri, lève le bras les yeux rivés vers le ciel et tape son index contre son pouce à plusieurs reprises. « Il nous dit qu’il a vu un oiseau, explique son père. C’est sa passion en ce moment. » Comme de nombreux parents aujourd’hui, Thibaut et Suzanne ont décidé lorsque leur fils a atteint l’âge de 6 mois de se servir de la langue des signes française afin de mieux communiquer avec lui. Si à première vue cela peut sembler bizarre, cette méthode s’est révélée être un outil précieux permettant aux jeunes enfants de se faire comprendre des adultes, avant même de savoir parler.

    Des bébés plus calmes et moins frustrés

    Tout commence aux États-Unis, dans les années 1980. « En France, il faudra attendre le début des années 2000 pour que cette pratique arrive. Vers 2006, plus exactement », rappelle Isabelle Cottenceau, fondatrice de l’organisme Éveil et Signes et autrice de plusieurs livres sur le sujet. Tout serait parti d’une observation : « Joseph Garcia, interprète en langue des signes américaine, a remarqué que les bébés de ses amis sourds n’avaient pas du tout le même comportement et commençaient à communiquer plus tôt que les autres. Ils pleuraient moins, ils étaient également plus autonomes. Vers l’âge de 14-15 mois, ils les sentaient plus calmes, plus paisibles, moins frustrés. Il s’est rendu compte que c’était lié à leur accès facilité à la communication. Ils arrivaient à exprimer leurs besoins plus facilement grâce aux signes. »

    L’interprète décide d’approfondir ses recherches, en fait le sujet de sa thèse, avant de mettre au point la méthode « Sign with your baby » (communiquez en signes avec votre bébé) et de publier un livre, qui devient vite un best-seller. Depuis, la littérature pédiatrique ne manque pas de vanter les mérites de cette pratique, qui permettrait aux bébés de parler plus tôt, d’avoir un vocabulaire plus riche et qui augmenterait même leur quotient intellectuel. Il n’en faut pas plus pour convaincre les parents américains : en 2016, l’entreprise de formation Baby Sign Language indique qu’ils sont un tiers à l’utiliser.

    Expression des besoins

    Si Hugo ne parle pas encore, ses parents confirment les bénéfices des signes : très vite, le bambin est capable d’exprimer des besoins primaires, plutôt que de seulement pleurer. « Il va pouvoir nous dire quand il veut manger, quand il faut changer la couche, quand il a mal quelque part… Je pense qu’il aurait été plus anxieux ou frustré de ne pas pouvoir mieux communiquer avec nous, comme on le fait actuellement », confirme son père.

    Pour Isabelle Cottenceau, ces « bébé-signes » incitent aussi les parents à se concentrer sur leur enfant. « Il y a trop de situations où on parle à un enfant tout en faisant autre chose en même temps, lance-t-elle. Avec les signes, on ne peut pas tricher. On est obligé de se mettre face à l’enfant, de se mettre à sa hauteur, de parler doucement, lentement, sans se précipiter et en utilisant les mots justes. Ce comportement crée forcément un lien de confiance, une complicité. »

    Un signe pour une idée

    Attention, signer avec son bébé ne veut pas dire lui apprendre la langue des signes. C’est pourquoi Isabelle Cottenceau parle de « bébé-signes » ou de « signes associés à la parole ». Elle précise : « Je ne vais utiliser que du vocabulaire simple, autrement dit des signes isolés. Je ne vais pas utiliser la syntaxe ou la grammaire de la langue des signes française (LSF), parce qu’elle est complexe et elle a ses propres spécificités. Là, nous avons affaire à des enfants entendants. » L’autrice recommande donc de signer au moment où la phrase est prononcée. « Par exemple, si je dis “je vais te donner ton doudou”, je vais signer “doudou”. Je donne à l’enfant un repère visuel, une image et si un jour, il a besoin à son tour de son doudou, il sait que ce signe le désigne. Je saurai ainsi de quoi il parle. »

    Mais comment expliquer que les bébés parviennent à signer avant même de savoir parler ? C’est simple : l’appareil phonatoire n’est mature qu’à partir de 13 mois. Avant cela, l’enfant est en incapacité totale de parler. À partir de 13 mois, l’apprentissage du langage s’opère progressivement mais reste long et fastidieux. « Alors qu’il est très vite et très tôt dans une gestuelle, reprend Isabelle Cottenceau. Il va très vite savoir dire au revoir de la main, applaudir, faire un petit chut ou encore envoyer un baiser. »

    Pour ce qui est du nombre de signes, chaque enfant est différent. Certains vont très peu signer, voire pas du tout, là où d’autres vont réaliser vingt signes et en comprendre beaucoup plus. « Il n’y a pas de règles universelles », confirme l’auteure. « Les signes que Hugo exécute rapidement représentent ce dont il est fan : en ce moment, ce sont les oiseaux et les chiens, sourit son père. Dès qu’il y a un intérêt, l’apprentissage et la mémoire sont plus efficaces. » Et ça, ça vaut pour n’importe quel enfant.

    Conseil lecture :

    Tout savoir sur les signes avec bébé d’Isabelle Cottenceau (Hachette, 2021).

  • Cyberharcèlement : vers quelles structures se tourner ?

    Cyberharcèlement : vers quelles structures se tourner ?

    Depuis la rentrée scolaire 2023, le programme pHARe, qui lutte contre le harcèlement à l’école, a été étendu à tous les lycées. Le tabou du harcèlement et de son prolongement cyber vacille et c’est tant mieux : il est urgent que tous les acteurs impliqués dans l’éducation se saisissent du problème. Quelques chiffres permettent de comprendre l’ampleur du phénomène. 20 % des enfants et adolescents de 8 à 18 ans déclarent avoir été confrontés à une situation de cyberharcèlement(1). Un chiffre qui grimpe à 60 % pour les 18-25 ans.(2)

    Le cyberharcèlement, c’est quoi ?

    Défini par le Ministère de l’Éducation nationale comme « un acte agressif, intentionnel perpétré par un individu ou un groupe d’individus au moyen de formes de communication électroniques, de façon répétée à l’encontre d’une victime qui ne peut facilement se défendre seule », le cyberharcèlement n’est pas sans conséquence sur la santé mentale des victimes. 69 % d’entre elles déclarent ainsi avoir été sujettes à des insomnies, des troubles de l’appétit et du désespoir, et 49 % disent avoir déjà pensé au suicide.

    Messageries instantanées, jeux en ligne, réseaux sociaux… les canaux d’échanges de contenus harcelants sont aussi nombreux que la forme que ces derniers peuvent prendre. L’association e-Enfance en a recensé sept, parmi lesquels la diffusion de rumeurs, la publication de photos ou vidéos intimes, embarrassantes ou humiliantes pour la victime, ou encore la création d’un sujet de discussion sur un réseau social à l’encontre d’une personne. Ces pratiques constituent un délit dont l’auteur, s’il est majeur, s’expose à des peines de deux à trois ans d’emprisonnement en fonction de l’âge de la victime.

    Ne pas hésiter à bloquer ou signaler les comptes problématiques

    Face à ces pratiques, bloquer et signaler les comptes de harceleurs est possible, voire fortement recommandé. Cela peut s’effectuer via PHAROS, une plateforme dédiée mise en place par le ministère de l’Intérieur, pour supprimer les comptes et contenus problématiques. Le site cybermalveillance.gouv.fr incite également à conserver les preuves liées au cyberharcèlement – en réalisant une capture d’écran –, à porter plainte et à signaler les contenus ou comportements illicites auprès des plateformes sur lesquelles ils sont présents afin de les faire supprimer. « Il faut responsabiliser les enfants sur le fonctionnement de l’écosystème numérique : si nous ne signalons pas à Facebook, TikTok ou Snapchat les contenus choquants et violents, ces plateformes ne prendront pas l’initiative de s’améliorer », conclut Yasmine Buono, fondatrice de l’association de lutte contre le harcèlement scolaire Net Respect…

    Cyberharcèlement : vers quelles structures se tourner ?

     

    Ces associations qui luttent contre la cyberviolence…

    Des associations et plateformes existent et disposent aussi de cellules d’écoute et de conseils aidant les victimes à sortir de leur isolement. « Il faut que les parents soient capables de dire à leur enfant que s’il est témoin ou victime de quelque chose mais qu’il ne souhaite pas leur en parler parce qu’il trouve cela gênant, il peut installer une application comme le 3018, où il pourra discuter avec des personnes formées pour répondre à ses questions », insiste la porte-parole d’e-Enfance, qui indique que le nombre d’appels reçus par le 3018 a doublé entre 2022 et 2023.

    Mis en place l’association e-Enfance en 2022, le 3018 est un numéro national, gratuit et confidentiel, pour les jeunes victimes de violences numériques et leurs parents. Accessibles par téléphone 7 jours sur 7 jusqu’à 23 heures, via l’application ou via un tchat en direct, les 18 écoutants du 3018 ont reçu 21 269 entre janvier et août 2023, soit 38 % de plus que sur la même période en 2022. Déployé dans le cadre du programme européen Safer Internet, le 3018 a la particularité d’entretenir des partenariats avec 17 plateformes et réseaux sociaux, ce qui lui permet de signaler de façon prioritaire les contenus et comptes préjudiciables et d’obtenir leur suppression en quelques heures.

    … et contre le cybersexisme

    Liker, partager, commenter… Internet facilite l’amplification de la diffusion de contenus violents et participe ainsi à brouiller la frontière entre ce qui relève ou non du harcèlement. Comme le souligne Yasmine Buono, « la mécanique du cyberharcèlement est complexe » : « On sait qu’en moyenne il y a un harcelé pour trois harceleurs plus tous les témoins qui relaient l’information ; on ne doit pas ignorer que son enfant peut être harcelé et devenir lui-même un cyber harceleur par vengeance ou effet de groupe. »

    D’après une enquête menée en 2013 par le ministère de l’Education nationale, les filles sont plus touchées que les garçons par les cyberviolences (21 % contre 15 %). Le centre Hubertine Auclert a mis en évidence « les rouages sexistes » de ces cyberviolences. Selon une de ses études publiée en 2016, les filles sont ainsi plus exposées que les garçons aux moqueries et insultes en ligne sur leur apparence physique (20 % contre 13 %) ou à la réception de messages à caractère sexuel alors qu’elles n’en n’ont pas envie (16 % contre 10 %).

    Né en 2020 d’abord sous forme d’un hashtag lancé sur les réseaux sociaux, Stop Fisha est une association féministe de lutte contre le cybersexisme et les cyberviolences sexistes et sexuelles. Se déroulant sur des groupes dits « fisha » (verlan d’afficher), cette pratique consiste à diffuser des contenus à caractère sexuel de jeunes femmes, sans leur consentement, assortis d’informations personnelles sur les victimes (nom, lieu de résidence, établissement scolaire, etc.) ainsi que de menaces et de harcèlement lorsque ces dernières demandent leur suppression. Les bénévoles de l’association Stop Fisha offrent un accompagnement moral et juridique aux victimes de cyberviolences sexistes et sexuelles et à leurs proches et peuvent également signaler les contenus auprès de PHAROS ou des réseaux sociaux.

    Selon la spécialiste de l’éducation numérique, ouvrir le dialogue permet donc de responsabiliser les plus jeunes à leurs usages numériques en leur faisant prendre conscience des impacts qu’une photo, un message ou un commentaire postés en ligne peuvent avoir sur leur vie mais aussi celle des autres.

    La clef : ouvrir le dialogue avec son enfant

    En tant que parent, comment accompagner au mieux son enfant pour l’aider à se prémunir de ces violences ? « Le mieux est d’expliquer à son enfant les choses telles qu’elles sont, résume Yasmine Buono. Il faut pouvoir lui dire : je ne peux pas surveiller tout ce que tu fais en ligne, je sais que tu vas rencontrer des contenus inappropriés et des situations de violence et le seul moyen que j’ai de te protéger c’est de t’inciter à en parler, à moi, à d’autres référents adultes ou bien à tes amis. »

    (1) Audirep/ Association e-Enfance, 2021

    (2) e-Enfance, 2022

  • Le numérique pour les enfants : conseils aux parents

    Le numérique pour les enfants : conseils aux parents

    Marie Danet est psychologue clinicienne, docteure en psychologie et maîtresse de conférences à l’université de Lille.

    Quelles sont les inquiétudes qu’expriment les parents ?

    Marie Danet : Les parents dont les enfants sont préadolescents craignent avant tout que leur progéniture passe trop de temps devant les écrans. À l’adolescence, cette problématique se double de celle de la gestion du temps de sommeil. Les parents expriment également une inquiétude liée à de possibles mauvaises rencontres en ligne : images à caractère pornographique, cyberharceleurs, etc. Les préoccupations concernant l’impact du temps passé devant les écrans sur la scolarité sont présentes mais moins fréquentes. Toutes ces craintes ont émergé à mesure que les écrans se sont multipliés dans la maison et que leurs usages, notamment avec les jeux vidéo, sont devenus plus solitaires.

    Comment interpréter la diminution de l’âge moyen pour le premier smartphone (9 ans et 9 mois) ?

    M. D. : Cela permet aux parents de rester en contact avec leur enfant lorsqu’il commence à faire des trajets seul. Les nouvelles technologies permettent ces contacts instantanés et les parents utilisent ce potentiel d’immédiateté. Peut-être que leurs inquiétudes sont un peu plus grandes qu’il y a quelques décennies mais ce n’est pas lié aux smartphones. J’y vois plutôt une continuité avec le phénomène des parents hélicoptères, qui veulent contrôler tout ce que fait leur enfant lorsqu’il est petit, et du fait que nous avons accès en permanence à une information saturée de faits divers.

    Y a-t-il une forme de pression sociale qui s’exerce sur les parents ?

    M. D. : M. D. : D’un côté la tolérance aux enfants dans l’espace public diminue : il faut qu’ils soient sages et qu’ils n’utilisent pas d’écrans. Dans le train, par exemple, si je joue avec mon enfant et que nous faisons du bruit, les gens me regardent, agacés, mais si je lui donne un écran on me regarde aussi. D’un autre côté, la pression sociale est présente sur les réseaux sociaux où les parents se mettent en scène en faisant des choses supposément incroyables avec leurs enfants. Pour certains, l’enjeu devient alors d’apparaître comme un super parent, capable de donner le meilleur pour son enfant. Enfin, le discours de l’institution scolaire est paradoxal car l’école passe son temps à alerter sur les outils numériques et demande en même temps aux élèves de les utiliser pour leurs devoirs. En fait, ce sont les aspects récréatifs des écrans qui sont incriminés, les aspects jugés sérieux, eux, sont tolérés.

    Le numérique pour les enfants : conseils aux parents

     

    Quelle posture devraient adopter les parents face aux pratiques numériques de leur enfant ?

    M. D. : Le plus important est de communiquer avec lui. Comme on lui apprend à traverser la route, il faut lui apprendre à utiliser les outils numériques. Lorsque les parents mettent en place un cadre trop restrictif, l’enfant risque de ne pas leur parler s’il se trouve exposé à des contenus inappropriés ou violents. Même si un enfant n’a pas de smartphone, ce n’est pas forcément le cas de ses copains…Et puis l’âge des premières expériences en ligne est aussi celui où l’on ne se rend pas compte des conséquences de ce que l’on poste, diffuse ou commente. Charge aux parents d’avoir un regard sur ces contenus, en accord avec l’enfant, pour le responsabiliser, lui expliquer que certains comportements relèvent du harcèlement ou qu’une fois publiée, il est très difficile d’effacer toutes traces d’une photo.

    Quels conseils leur donneriez-vous ?

    M. D. : Une bonne stratégie peut être d’équiper l’enfant d’un téléphone non connecté autour de 12-13 ans, en laissant passer la première année du collège, même si une forme de pression entre collégiens peut s’exercer. L’idée n’est pas de les mettre en situation d’exclusion par rapport à leur groupe d’amis. Ensuite, lorsqu’ils acquièrent un smartphone, le mieux est de discuter avec eux sur les usages qu’ils comptent en faire pour définir un cadre de confiance, instaurer des moments avec téléphone et des moments sans. Pourquoi pas utiliser des outils de contrôles parentaux mais ils sont limités et il existe de nombreux moyens de les contourner. Il est surtout essentiel que les parents soient exemplaires et ne restent pas eux-mêmes collés à leurs écrans.

    Témoignages de parents

    François – 45 ans – professeur d’arts plastiques et d’audiovisuel – Douarnenez (29)

    2 enfants : Louis, 15 ans, et Gabin, 11 ans

    « Jusqu’à son entrée en seconde, Louis n’était pas très demandeur d’un smartphone. Il communiquait avec ses copains via l’application Discord installée sur le PC familial. Il en a fait la demande à la rentrée car tous ses copains en ont un. Comme il est vite tombé dans une boulimie de réseaux sociaux, on lui a dit de faire attention à ses données mais lui nous répondait : « Tant mieux si je suis traqué, les algorithmes vont me proposer du contenu adapté à mes goûts ». Je pense quand même qu’il a déjà un peu de recul sur son smartphone car il ne voit pas l’intérêt de l’emmener au lycée puisqu’il y retrouve ses copains. Pour définir des règles d’utilisation, nous avons décidé avec lui d’observer ses activités via une application de contrôle parental. Avec ma femme, nous avons culpabilisé d’utiliser cet outil… Je ne trouve pas très glorieux d’avoir accès à ces informations. Mais, en même temps, quand on a vu qu’un jour il avait passé six heures sur YouTube on s’est dit qu’il fallait agir. Depuis, nous avons défini un temps limite et supprimé Instagram de son smartphone car il passait beaucoup de temps à papillonner. »

    Nathalie – 40 ans – architecte d’intérieur – Tel Aviv

    3 enfants : Raph, 12 ans, Noam, 8 ans et Ellie, 7 ans

    « En Israël, les enfants ont des téléphones plus tôt qu’en France car ils sont souvent autonomes dans leurs trajets dès le début de l’école primaire. Mes deux aînés ont eu leur premier smartphone en CE2, pour assurer leur indépendance et ma tranquillité d’esprit. J’essaie de leur montrer que je leur fais confiance, que ce n’est pas parce que le monde est horrible que je vais faire comme mes copines qui fliquent leurs enfants en les géolocalisant sans qu’ils le sachent. En accord avec eux, nous avons donc installé un outil de contrôle parental. Mais mon rôle c’est aussi de rester méfiante. Ils sont encore innocents et n’ont pas la faculté de repérer le danger comme moi. Deux à trois fois par semaine, je m’assure donc qu’ils n’échangent pas de messages avec des numéros que je ne connais pas parce que ça me fait peur. Il y a un mois, mon cadet a envoyé un message WhatsApp à un youtubeur qu’il adore en l’invitant à se rendre dans notre ville. Comme cette personne fait partie de son quotidien, mon fils ne s’est pas dit que le numéro de téléphone pouvait être celui d’un inconnu… Il aurait été capable de lui donner notre adresse ! J’ai effacé le message et le numéro mais, comme je ne peux pas lui expliquer que j’ai fouillé dans son portable, je lui en ai parlé de façon détournée, en disant qu’on ne sait jamais qui se cache derrière une photo de profil ou un numéro trouvé en ligne. »

    Julie – 43 ans – restauratrice de mobilier d’art – Orgeval (78)

    2 enfants : Maud, 15 ans, et Élodie, 11 ans

    « La façon dont moi et mon mari utilisons nos écrans déteint sur nos enfants. Comme nous n’allons pas sur les réseaux sociaux, nos filles n’y vont pas non plus. Notre crédo ce n’est pas d’interdire mais de mettre des règles. Je me souviens d’amis à moi à qui on avait interdit des choses, la télévision par exemple, et qui sont entrés dans une logique de surcompensation par la suite. On a acheté un smartphone à nos enfants quand elles ont commencé à faire des trajets seules entre l’école et la maison : en sixième pour Maud et en CE2 pour Élodie. La plus grande a aussi un ordinateur et la plus petite une tablette. Elles s’en servent pour communiquer avec leurs amis, faire des recherches ou jouer à des jeux en ligne avec des gens qu’elles connaissent. Chez nous, le repas du soir est sacré : on discute et on ne touche pas à nos portables. À certaines occasions on a pu aborder la question du cyberharcèlement ou des bons comportements à adopter dans la société numérique. En revanche, c’est plus difficile de parler de pornographie, elles n’aiment pas aborder ce sujet avec nous. On sait pourtant qu’au collège tous les smartphones ne sont pas équipés d’un contrôle parental et donc que nos filles peuvent être confrontées à ce genre d’images. »

    Julien – 43 ans – patron d’un studio de jeu vidéo – Lyon (69)

    Un enfant : Jules, 18 ans

    « Le sujet avec Jules a vraiment été les jeux vidéo. Dès ses trois ans, je lui ai proposé des applications éducatives car je considère que cela peut être un super vecteur d’apprentissage : il a appris le solfège en trois jours grâce à une app ! Vers ses huit ans, il a eu une tablette et s’est mis à jouer à des jeux vidéo comme Minecraft. J’avais fixé une limite de temps à 25 minutes par jour mais ça a donné lieu à beaucoup de discussions et de filouteries de sa part. Ce n’était vraiment pas évident de poser un cadre qui tienne la route. D’autant plus que certains jeux sont programmés pour créer des mécanismes d’addiction qui génèrent de la FOMO (fear of missing out, qui désigne la peur de rater un événement) chez les joueurs. Mais le vrai problème est apparu quand Jules est entré en 5e et qu’il a eu son premier ordinateur personnel. Ce n’était pas indispensable mais c’était plus simple pour faire ses devoirs. Pour garder le contrôle, j’ai passé un deal avec lui et installé un tracker sur son PC pour connaître le temps qu’il y passait. Quand j’ai commencé à trouver louche l’écart entre ce que le tracker mesurait et ce que je percevais, j’ai installé un deuxième tracker en secret. Je me suis rendu compte qu’il se levait à 6 heures du matin pour jouer à Fortnite puis effaçait ses plages de données. Il s’est retrouvé sans PC pendant plusieurs mois ! Mais, malgré cet épisode, nous partageons toujours un lien fort autour du jeu vidéo. Il y a quelque temps, il m’a invité à regarder le stream Twitch de la partie de Counter Strike qu’il disputait avec son équipe. Ça m’a rappelé les terrains de foot de son enfance, quand j’allais voir ses matchs le week-end. Comme lui, j’ai passé pas mal de temps à pratiquer le E-sport (qui consiste à s’entraîner aux jeux vidéo en vue de participer à des compétitions) dans ma jeunesse, donc je sais que cela ne l’isole pas du reste du monde. »

    Laure – 46 ans – historienne de l’art – Liège (Belgique)

    2 enfants : Elise, 11 ans et demi, Lucie, 8 ans

    « Elle nous a fait du chantage en nous disant qu’elle était la seule de sa classe à ne pas avoir de smartphone, que cela l’empêchait d’être au courant des conversations qui se poursuivaient après l’école sur les différents groupes Whatsapp. On a tenu face à cette pression jusqu’à ses 11 ans, juste avant qu’elle entre au collège. Au début, on a limité son temps d’utilisation à une heure par jour mais elle réclamait plus. Comme elle a bien réussi son certificat d’études de base (examen permettant d’accéder au secondaire en Belgique), on a augmenté ce temps à 3 heures et on l’a autorisée à installer TikTok. Deux ou trois fois par mois, je m’assois avec elle et je m’intéresse à son fil TikTok. Elle regarde surtout des vidéos de cuisine ou de maquillage. J’essaie de ne pas dire que ces contenus me semblent débiles pour qu’elle se sente en confiance et me parle si un jour elle rencontre un problème ou se sent en danger. Le fait de parler avec elle des vidéos de beauté m’autorise à lui faire remarquer que certaines influenceuses utilisent des filtres qui déforment la réalité. Elle est réceptive à ces échanges, ça lui permet de prendre du recul sur ce qu’elle voit. »

  • Parents, attention au sharenting !

    Parents, attention au sharenting !

    Connaissez-vous le sharenting ? Issue de la contraction des mots anglais share et parenting, cette pratique désigne la publication par des parents de photos ou de vidéos de leurs enfants sur les réseaux sociaux. Apparu pour la première fois en 2012 sous la plume du journaliste américain Steven Leckart, le phénomène est loin d’être une mode. L’étude « Parents influenceurs », publiée en 2023 et commandée par l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique (OPEN), révèle ainsi que 53 % des parents français, particulièrement les jeunes parents, ont déjà partagé du contenu sur leur(s) enfant(s) sur les réseaux sociaux, dont 43 % ont commencé dès la naissance de ce(s) dernier(s).

    1300 photos

    En 2018, une étude menée par une agence publique britannique estimait qu’un enfant apparaît en moyenne sur 1 300 photographies publiées en ligne avant l’âge de 13 ans.

    « Le sharenting est en nette hausse depuis la pandémie de Covid-19, en 2020, lorsque le besoin de rester en lien avec ses proches a poussé tout le monde, adultes comme enfants, à être très connectés », observe Socheata Sim, responsable de la mission sociale France de Caméléon, une association luttant contre les violences sexuelles faites aux enfants. Et la militante d’alerter : « Lorsqu’on publie les photos d’un enfant, il faut avoir en tête qu’elles pourront le suivre toute sa vie et tomber entre les mains de camarades harceleurs au collège ou de pédocriminels. »

    Parents, attention au sharenting !

     

    Un risque d’exposition aux cyberagressions

    L’année dernière, Caméléon a mené une campagne de sensibilisation alertant sur les dangers liés au sharenting, en particulier sur le risque que les images tombent entre les mains de cyberprédateurs. D’après une ONG américaine, 50 % des photos publiées sur les forums pédopornographiques proviennent en effet de clichés pris par les parents puis partagés sur les réseaux sociaux. Ce qui peut avoir des conséquences dramatiques. Grâce aux données glanées, les quelque 750 000 prédateurs sexuels qui sévissent en ligne disposent d’informations qu’ils peuvent ensuite utiliser pour entrer en contact physiquement avec leurs victimes ou pour se lier d’amitié avec leurs parents.

    Quelques gestes simples permettent de limiter les risques de cyberagressions: faire attention aux arrières plans des photos trop facilement identifiables, éviter les tags ou de divulguer des informations personnelles concernant son enfant. Les associations de protection de l’enfance incitent également à en parler à son entourage. « Les parents ont beau être sensibilisés et veiller à ne pas partager publiquement des photos ou des informations permettant d’identifier leurs enfants, ce n’est peut-être pas le cas de leurs proches, rappelle Socheata Sim. Et dans ce cas, les photos ou vidéos peuvent vite sortir du cercle de confiance familial. »

    Le consentement de l’enfant en question

    Le sharenting pose aussi la question du consentement de l’enfant. La psychologue Aline Nativel Id Hammou rappelle que « la notion de consentement intervient autour de six ans, lorsqu’un enfant est capable de verbaliser un refus à ses parents s’il n’a pas envie d’être pris en photo », puis « autour de ses dix ans », lorsqu’il acquiert la compréhension de ce qu’implique le fait d’avoir sa photo publiée sur un réseau social. Ainsi, même si les parents éprouvent le besoin de partager du contenu « par fierté pour leur progéniture », la non prise en compte du consentement de cette dernière peut provoquer un « impact psychologique ».

    Dans son cabinet de consultation, certains enfants lui déclarent ainsi subir une forme de pression, comme ce garçon de huit ans qui décrit devoir « prendre vingt fois la pose pour que papa et maman puissent faire la photo parfaite ». « Si cette non prise en compte du consentement devient récurrent, l’enfant peut avoir le ressenti de ne pas être considéré comme un être humain doté de volonté, d’être une sorte de poupée pour ses parents, poursuit la psychologue. À terme, cela peut ébranler la confiance de l’enfant en son parent. » Outre l’aspect psychologique, Socheata Sim estime que la publication de la photo d’un enfant sans son consentement « pose la question éthique de responsabilité des parents et du droit à l’image et à la vie privée des enfants ».

    Arthur Melon, délégué général du Conseil français des associations pour les droits de l’enfant (COFRADE), attire également l’attention sur l’absence de référence au consentement des enfants quant à la gestion de leur image dans le droit français: « Le droit actuel prévoit que le droit à l’image de l’enfant est géré par ses parents, mais on constate qu’ils n’utilisent pas toujours ce pouvoir à bon escient et considèrent qu’ils n’ont pas à demander l’avis de leur enfant avant de publier une photo de lui. »

    Un cadre juridique en évolution

    Depuis janvier 2023, une proposition de loi visant à garantir le respect du droit à l’image des enfants est en discussion [texte toujours en discussion à la parution de cet article]. Déposée par le député Bruno Studer, à l’origine d’une autre loi encadrant le travail des enfants influenceurs, elle prévoit notamment que les parents doivent veiller au respect de la vie privée de leur enfant ou qu’un tiers puisse saisir la justice si la diffusion de l’image d’un enfant par ses deux parents porte gravement atteinte à sa dignité ou à son intégrité morale.

    Le COFRADE, tout en saluant les avancées permises par ce texte, trouve néanmoins qu’il ne va pas assez loin. « La proposition d’aggravation de la sanction pénale en cas d’atteinte à la réputation de l’enfant n’a pas été retenue», regrette Arthur Melon. « La publication de certains contenus s’apparente à des violences éducatives, ce qui justifierait selon nous qu’une autorité, comme un juge aux affaires familiales ou la Cnil, soit saisie pour les retirer des plateformes », complète Socheata Sim.

  • Contrôle parental sur les écrans : parents vs ados

    Contrôle parental sur les écrans : parents vs ados

    Au premier confinement, Noam, 13 ans à l’époque, reçoit son premier téléphone portable. « Comme je n’avais pas grand-chose à faire, je passais mes journées à installer de nouveaux jeux et à regarder des vidéos sur YouTube », se souvient l’ado de 17 ans. Cathy, sa mère, constate des chiffres qui font froid dans le dos : son fils passait plus de six heures par jour sur son mobile. Un cadeau empoisonné ? « En tant qu’orthophoniste, je suis très sensibilisée à la nocivité de la consommation des écrans à outrance. On a vu très concrètement à quel point c’est addictif. » De quoi alerter les parents qui n’ont eu d’autre choix que de mettre en place des stratégies pour limiter l’utilisation d’écrans. « Au début, on l’a obligé à laisser son téléphone en bas quand il montait dans sa chambre. Mais finalement on n’arrivait pas à surveiller en permanence », souligne Cathy.

    Resserrer la vis

    Cathy et son mari ont installé une application de contrôle parental qui permet de paramétrer les comptes des enfants. Depuis, les règles sont strictes : deux heures d’écran par jour en semaine, deux heures trente le week-end et le téléphone en off de 21h jusqu’à 7h30. « Si nos enfants veulent télécharger une application, on reçoit un message pour donner notre accord », complète Cathy. « Ces règles m’embêtent un peu. Mes amis ont le droit de jouer sur leur téléphone plus longtemps », confie Joshua, 13 ans, le fils cadet de Cathy. Le petit malin profite de ses séjours chez ses grands-parents pour rattraper le temps perdu. « Là-bas, je joue quatre heures par jour alors qu’à la maison, c’est une heure maximum. » Quant à la Switch, confinée dans le salon, Cathy est intransigeante : une heure de jeu par jour uniquement le mercredi et le week-end, et seulement si les devoirs sont faits. « Ce n’est pas en libre-service », insiste-t-elle. De son côté, Noam, l’aîné, avoue avoir piqué plusieurs fois en cachette un téléphone familial inutilisé pour jouer.

    Depuis ses 17 ans, ses parents ont lâché du lest. « On a considéré que j’étais assez grand pour m’autogérer, mais je me suis vite rendu compte que je dépassais largement la limite de temps imposée avant. J’ai demandé à remettre le contrôle parental sur Instagram et j’ai supprimé TikTok, BeReel et tous les jeux », explique-t-il. Depuis, Noam le concède, il passe beaucoup plus de temps à l’extérieur, il a repris le piano et dessine énormément. « J’ai beaucoup plus d’inspiration et de créativité qu’avant. »

    Pas de 5G

    Dans la famille de Sandra et Régis, les règles sont plus sévères. Si leurs deux enfants ont eu droit à un téléphone dès la quatrième, le smartphone n’est autorisé qu’à partir du lycée. Mais sans 5G, et ce jusqu’au Bac. De sorte qu’ils aient « accès aux réseaux sociaux qu’à la maison ». Eux aussi ont installé un contrôle parental. Limite du temps d’écran ? Une heure trente par jour pour les jeux et les réseaux sociaux. « En revanche, on leur a laissé l’accès illimité aux applis d’informations comme celles du Monde ou de Courrier International », précise la mère. Mais elle le concède : les écrans sont une « lutte permanente ». « Même si on met des limites, il suffit qu’on tourne le dos pour qu’ils piquent notre tablette. Il a fallu mettre des codes sur nos portables, sur l’ordinateur de la maison et sur l’iPad. Mais les enfants réussissaient toujours à les retrouver. Ils se faisaient attraper et on changeait nos codes une nouvelle fois. »

    Des subterfuges, le plus jeune fils, Kim, 15 ans, en a plusieurs. « Parfois j’utilise la tablette pour faire mes devoirs dans ma chambre. Mes parents ne captent pas que j’oublie de le ramener dans le salon. J’en profite pour aller sur YouTube le soir avant de me coucher. » Timo, l’aîné de 20 ans, se remémore un épisode : « Une fois, ado, j’ai été privé de téléphone pendant un mois parce que j’en abusais avant de m’endormir. Même si j’étais en colère au début, j’ai compris qu’après ça, je passais encore plus de temps qu’avant à faire d’autres activités. Je dessinais, je faisais beaucoup de skate, je voyais très souvent des potes. » Pour les jeux vidéo, c’est une autre histoire. Si Sandra et Régis ont veillé à ce qu’aucune console ne passe jamais la porte de la chambre des enfants – installée dans le salon, elle n’est autorisée que le week-end –, ils n’ont pas la même vision des choses. Sandra tolère difficilement les jeux vidéo. Régis, en grand amateur, les perçoit comme un loisir. « Je joue avec mes garçons, mais avec des restrictions. Ça me permet de partager quelque chose avec eux tout en contrôlant leur consommation de jeux vidéo. »

    « Une manière de l’autonomiser »

    Chez Thierry et Sandrine, la télévision est passée à la trappe il y a plus de treize ans. Reste que leur fils, Gabriel, a commencé dès sept ans à consacrer de longs après-midi aux jeux vidéo. « S’il avait terminé ses devoirs, on lui autorisait à jouer avant le dîner. Le week-end, il n’y avait pas vraiment de règles fixes », reconnaît Thierry, qui estime aujourd’hui avoir été probablement « trop permissif ». Au début, le couple s’était juré de ne jamais laisser le PC familial le soir dans la chambre de leur fils. « On a fait l’erreur de le mettre au bout du couloir qui mène à sa chambre. On lui faisait confiance, mais on s’est vite rendu compte qu’il le récupérait pour jouer le soir dans sa chambre », raconte le père.

    Résultat ? Il a fallu trouver des cachettes : entre le matelas et le sommier du lit de la chambre d’amis ou entre les disques vinyle. Pourtant, Gabriel avouera plus tard qu’il finissait toujours par réussir sa chasse au trésor. « On a essayé plusieurs techniques, mais sans jamais vraiment réussir à aller jusqu’au bout. Au quotidien, c’est très compliqué et contraignant de surveiller en permanence, cède Sandrine. Parfois, on se réunissait pour lui expliquer les dangers des écrans. Mais souvent, il recommençait. » Au fur et à mesure que Gabriel grandissait, ses parents lui ont laissé plus de libertés. « Aujourd’hui, à 17 ans, on estime qu’il est en âge de se gérer. C’est une manière de l’autonomiser », juge Thierry.

    Un pari réussi ? Quoi qu’il en soit, Gabriel l’avoue, il ne joue plus beaucoup aux jeux vidéo. « J’ai moins le temps, j’ai beaucoup de devoirs, je fais plus de sport qu’avant et je vois souvent mes potes. Et puis j’ai pris conscience que geeker, c’était du temps gaspillé et que ça ne m’instruisait pas. » Aujourd’hui, les parents voient des aspects positifs dans le laxisme de leur gestion des écrans. « Si on a été flexibles c’est aussi parce qu’il a toujours eu de bons résultats scolaires, que sa consommation d’écrans ne déteignait pas sur sa santé mentale et qu’il continuait à faire des activités extérieures, du sport ou écouter de la musique et voir ses amis. »

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