Catégorie : Prendre soin de mon enfant

  • L’audition de mon enfant baisse : que faire ?

    L’audition de mon enfant baisse : que faire ?

    Environ 1,3 million d’enfants de moins de 10 ans ont déjà consulté un médecin ORL pour des acouphènes, et pour près de 660 000 enfants, une perte auditive moyenne à sévère a été diagnostiquée. Les résultats de l’enquête Ifop-JNA 2023 sur la santé auditive des enfants sont pour le moins inquiétants, voire alarmants. Avec des conséquences à long terme, comme le précise Sébastien Leroy, porte-parole de la JNA (Journée nationale de l’audition), l’une des principales associations françaises dédiées à la santé auditive. « Le risque, c’est d’hypothéquer son capital auditif, de créer une fragilité qui déclenche des prédispositions à la perte auditive. Autrefois, on pensait que la presbyacousie (surdité liée à l’âge, ndr) était uniquement un phénomène de vieillissement. Or désormais, la moyenne d’âge de survenue des acouphènes est de 41 ans. » Selon l’Organisation mondiale de la santé, qui estime qu’une personne sur quatre devrait avoir des problèmes d’audition d’ici 2050, « plus d’un milliard de jeunes adultes risquent une déficience auditive permanente évitable à cause de leurs pratiques d’écoute non sûres ».

    Limiter les écouteurs

    Parmi les pratiques d’écoute non sûres, le casque ou les écouteurs, de plus en plus présents dans le quotidien des enfants et des adolescents, sont sans surprise pointés du doigt. Ainsi, selon l’enquête Ifop-JNA, 40 % des parents affirment que leur enfant écoute chaque jour de la musique via des écouteurs ou un casque d’une à quatre heures par jour. « On voit clairement un accroissement de la pratique », regrette Sébastien Leroy qui conseille d’éviter les écouteurs chez les enfants de moins de 10 ans, et qui rappelle qu’un enfant ne sait pas maîtriser le volume et ne va pas forcément dire s’il entend des sifflements ou des bourdonnements. Et tant bien même le casque disposerait d’un limiteur de volume, cela ne résout pas le problème de la durée de l’exposition au son.

    « Le problème du son, c’est à la fois son volume et son omniprésence, explique-t-il. La musique, même à faible volume, toute la journée, c’est une sollicitation permanente des cellules de l’oreille. On comprend mieux la parole en se levant qu’en se couchant, parce que l’oreille récupère durant la nuit, si on ne s’endort pas avec des écouteurs, bien sûr. Ce qui est gênant pour l’enfant, c’est qu’il y ait une réduction de son temps de récupération. Et ça va jouer sur le développement de l’apprentissage. L’oreille fait partie du cerveau, qui est mis en difficulté lorsqu’il y a une gêne auditive, un acouphène. »

    Éviter les concerts avant 6 ans

    Si la problématique des concerts concerne plus les adolescents et les jeunes adultes, elle n’est pas non plus à éluder pour les enfants, rappelle Angélique Duchemin, directrice d’Agi-Son, une association de prévention sonore regroupant des professionnels de la musique. « On peut faire découvrir l’univers des concerts à des enfants, mais il faut prendre des dispositions bien particulières, avec des casques antibruit. Cela dit, quand on voit des bébés dans des salles de concert ou festivals, je ne vois pas bien l’intérêt culturel. Et il faut quand même que l’enfant ait la possibilité de s’exprimer, qu’il puisse exprimer la gêne ou le mal-être potentiel qu’il ressent. Notre comité scientifique déconseille les concerts avant 6 ans, à moins qu’ils ne soient adaptés à leur âge. »

    La directrice d’Agi-Son se réjouit en revanche qu’il y ait aujourd’hui « une vraie demande du public pour les protections auditives comme les bouchons en mousse », notamment sur les évènements à longue durée d’écoute comme les festivals. « Dans les discothèques, c’est malheureusement moins le cas, alors que c’est pourtant indispensable, parce qu’on y reste longtemps et que le volume ne baisse jamais. On insiste sur le fait que c’est la durée d’écoute qui va impacter fortement l’oreille, qu’il faut être à l’écoute de son corps. Si on a la sensation d’être agressé, c’est qu’il y a un problème. Il faut s’éloigner du son et ne pas écouter ses copains qui disent que ce n’est pas trop fort. Nous ne sommes pas égaux par rapport à l’audition. »

    Dépister

    Aux adolescents qui iraient en discothèques ou en concerts, Sébastien Leroy suggère d’offrir des bouchons réutilisables avec filtres acoustiques, « qui permettent de garder de bonnes sensations d’écoute, à la différence des bouchons en mousse ». Et d’intégrer dans leur suivi de santé un dépistage auditif. « L’ado va voir que ce sont ses oreilles, ses courbes. Parfois, on constate qu’il y a des petites encoches sur certaines fréquences qui indiquent qu’il y a déjà eu des petits traumatismes. On est sur de la prévention personnalisée, qui fonctionne vraiment bien chez les jeunes. On peut faire ces dépistages chez les audioprothésistes, c’est gratuit sur rendez-vous. » De manière plus large, il encourage les parents à intégrer dans le suivi de l’enfant « un check-up régulier de l’audition, comme pour les dents et les yeux. » En espérant être entendu.

    Cinq signes qui doivent alerter 

    • Votre enfant vous dit qu’il a les oreilles bouchées, qu’il entend un bruit dans ses oreilles.
    • Son comportement se modifie : il devient agressif, s’isole.
    • Il a des difficultés d’apprentissage à l’école.
    • Il se met à avoir du mal à suivre une conversation.
    • Il régresse vocalement.

    En cas de doute, ne pas hésiter à se rendre dans un service d’urgences ORL.

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  • Être parent en 2024 : est-ce compliqué ?

    Être parent en 2024 : est-ce compliqué ?

    Pour Virginie Avezou, docteure en psychologie de l’enfant, de profonds changements dans l’éducation découlent de l’adoption de la Convention internationale des Droits de l’Enfant (CIDE), le 20 novembre 1989 par dix-huit pays des Nations unies. « À partir de cette date, les enfants ont été considérés comme des individus à part entière et des acteurs du monde dans lequel ils vivent », explique-t-elle. L’enfant devient une personne avec des droits, qui doit être accompagnée pour les exercer et accéder progressivement à son autonomie.

    Parentalité, éducation positive et pression

    La prise en compte des droits et besoins de l’enfant, Audrey la trentaine, mère de deux petites filles de 3 et 5 ans, l’a bien compris. Au moment de la naissance de sa première fille, elle a fait son maximum pour la combler et lui apporter le meilleur, quitte à parfois se négliger, voire s’oublier. « La maternité a été une vraie claque, ça ne s’est pas exactement passé comme je le pensais et je me suis mis beaucoup de pression, notamment au sujet de l’allaitement, qui a été plus compliqué que prévu », admet-elle. Avant de poursuivre : « J’étais tout le temps disponible pour mon enfant j’étais à fond dans l’éducation positive et en parallèle, j’essayais le zéro déchet. Je lavais même les couches de ma fille, ce que j’ai finalement vite abandonné. » Pour l’arrivée de sa deuxième fille, Audrey s’est autorisée à être une mère moins parfaite. « J’ai pris du recul sur tout ce que j’avais lu sur la parentalité positive. En fait, j’ai simplement suivi mon instinct et c’était beaucoup mieux. »

    Les injonctions à l’éducation positive peuvent en effet faire des dégâts. « On est passé de l’exercice d’une autorité à l’exercice d’une démocratie de l’éducation parentale avec plus de tendresse et de chaleur, mais il faut instaurer une relation symétrique équilibrée qui ne mette pas l’enfant en danger, commente Virginie Avezou. Si l’enfant n’est jamais frustré et décide tout, il y a le risque qu’il dépasse ses parents. Il y a une forte pression sur leurs épaules et ça nécessite un véritable accompagnement, mais beaucoup ne le sont pas assez aujourd’hui. »

    Enjeux du numérique et écologiques

    Un avis que partage Anne, la soixantaine. Mère de trois filles nées dans les années 1990, elle constate qu’aujourd’hui que certains parents sont envahis par leur progéniture. « Pour moi, ce n’est pas aux enfants de décider de l’endroit où ils vont en vacances, ou de celui où il faut acheter une maison. Ça, pour moi, c’est aberrant », lâche-t-elle. Anne a grandi dans les années 1970, avec des parents défaillants et quand ses filles sont arrivées, elle a choisi de ne pas trop les couver. « Je me suis investie quand même pour les accompagner, les guider, pour qu’elles aient ce qu’il fallait, mais j’avais besoin qu’elles aient une vie à elles et moi la mienne, se souvient-elle. J’adore mes enfants, mais j’ai détesté le rôle de mère dans tout ce que ça représentait de logistique. C’était trop ingrat et inintéressant. »

    D’autant que les parents d’aujourd’hui sont confrontés à d’autres problèmes très contemporains. « Il y a les enjeux liés au numérique, notamment autour de la protection du harcèlement, sans exclure son enfant de la culture jeune, mais aussi l’initiation aux enjeux de la transition écologique ou encore les soucis de l’avenir professionnel, voire immobilier, des enfants. Autant de questions que se posent désormais cruellement les parents », regrette Virginie Avezou.

    Clément, papa de 36 ans, fait partie de ceux-là. Même si lui et sa compagne font leur maximum pour rester positifs et inculquer le respect de l’autre, de la nature et quelques notions d’écologie à leurs deux filles de 4 et 6 ans, Clément est inquiet. « Ce qui m’angoisse vraiment, c’est de les voir grandir dans cette société de surconsommation et où les réseaux sociaux et les sollicitations de toutes sortes prennent trop de place, déplore-t-il. Ce sont des inquiétudes qui viennent, selon moi, s’ajouter à celles qu’avaient nos parents avant l’apparition d’Internet. À l’époque, ils se souciaient surtout de l’avenir professionnel de leurs enfants. »

     

    Interdiction des sévices physiques

    Enfin, autre décalage majeur entre l’éducation donnée à nos enfants en 2024, et celle reçue dans les années 1990 : la violence physique. Pour Clément comme pour Audrey, hors de question de lever la main sur leurs filles. Jamais. Ils y mettent un point d’honneur. Mais cette limite n’est pas toujours aussi évidente pour les grands-parents. « Un jour, j’ai entendu ma mère mettre une petite fessée ou une petite tape à ma fille pendant qu’elle la changeait et elle a d’abord nié puis avoué, mais on a dû en parler pour qu’elle comprenne que non, ce n’était pas “pas si grave”. »

    En effet, depuis le 11 juillet 2019, dans le cadre de la loi relative à l’interdiction des violences éducatives ordinaires, la fessée est officiellement interdite en France. « L’adoption de cette loi renforce l’idée que l’éducation à l’intérieur de la famille est basée sur le lien avec l’enfant et ce que ça implique sur son développement », conclut Virginie Avezou.

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  • Mon enfant ne lit pas : est-ce vraiment grave ?

    Mon enfant ne lit pas : est-ce vraiment grave ?

    Pauline a parfois l’impression d’avoir raté quelque chose dans l’éducation de Gaspard et Lucien, ses deux fils âgés de 11 et 14 ans. Elle-même grande lectrice, elle les a élevés dans « un appartement peuplé de romans et de BD », les a emmenés régulièrement dans les librairies et les bibliothèques et s’est astreinte à leur lire des histoires avant le coucher jusqu’à ce que l’un et l’autre passent en CM1. « Je me souviens du plaisir que j’ai eu à les voir se plonger dans la lecture de grands classiques comme la saga Harry Potter ou les romans de Roald Dahl, confie-t-elle. Au petit-déjeuner, ils me racontaient le chapitre qu’ils avaient lu la veille. C’était de très beaux moments d’échange. »

    Mais, peu de temps après la rentrée au collège, chacun à leur tour, ses garçons ont progressivement refermé leurs livres. « À part Naruto, ils n’ouvrent plus du tout de bouquins », regrette Pauline, qui met cela à la fois « sur le compte de la crise d’adolescence, des hormones, des écrans et d’une possible réaction à l’éducation que je leur ai donnée ». Si cela l’attriste de ne plus pouvoir partager sa passion avec ses enfants, elle s’inquiète surtout des conséquences de ce désintérêt pour la lecture d’un point de vue scolaire et en termes de culture générale.

    Les écrans, fautifs mais…

    L’évolution de la relation aux livres de Gaspard et Lucien illustre bien le phénomène qui touche les jeunes collégiens. Selon une étude réalisée par IPSOS et le Centre National du Livre en 2022, si 81 % des jeunes de 7 à 25 ans aiment lire en dehors de l’école, pour les loisirs et par goût personnel, les collégiens, surtout les garçons, lisent moins que les plus jeunes. Entre 13 et 15 ans, les jeunes hommes ne sont plus que 68 % à déclarer bouquiner pour le plaisir. Et les premiers coupables de cette tendance à la baisse seraient les écrans.

    En effet, selon la même étude, les jeunes passent en moyenne 3h50 par jour devant un écran. Tandis que celles et ceux d’entre eux qui lisent en dehors du temps scolaire ne consacrent que 3h14 par semaine à la lecture. « Honnêtement, les miens n’y accordent même pas une heure hebdomadaire, alors qu’ils lisaient tous les jours il y a encore quelques années », se désole Pauline. Cependant, certains genres littéraires ont encore la cote chez les ados, à commencer par les romans de fantasy, les dystopies, les ouvrages de science-fiction (les succès de Twilight et Hunger Games l’ont montré), ainsi que les romances et les histoires autour de maladies graves (Nos étoiles contraires, de John Green, par exemple). Autant de catégories auxquelles il faut ajouter les indétrônables mangas, comics et BD, qui continuent à faire fureur chez les jeunes et que l’on aperçoit régulièrement entre leurs mains dans les transports en commun. Les réseaux sociaux jouent parfois un rôle de prescription, à l’image de la communauté Booktok, sur Tik Tok et des chaînes YouTube spécialisées en la matière. D’ailleurs, une partie des jeunes lisent en ligne, via des plateformes. La preuve que les écrans, qui sont en partie responsables de la baisse du temps accordé à la lecture, peuvent aussi inciter à s’y adonner.

    Lire pour ne pas perdre le fil

    Estelle Brune, professeure de Lettres et Histoire en lycée, explique que les enfants lisent lorsqu’ils sont dans la phase d’apprentissage, celle qui consiste dans « lire pour décoder, pour construire sa grammaire, pour comprendre », et que les enseignants les encouragent à s’entraîner tous les soirs pour consolider ces acquisitions. À partir du CM1-CM2, celles et ceux qui prennent du plaisir à lire ont des chances de rester des lecteurs réguliers, quand les autres risquent de se détacher des livres.

    Or, pour la professeure, les élèves qui abandonnent la lecture peuvent être pénalisés dans leur scolarité au collège et au lycée. Elle met en garde : « Quand ils seront confrontés à un texte long en littérature ou en philosophie, s’ils ont perdu l’habitude de se concentrer pour lire, ça leur demandera beaucoup plus d’efforts. Certains de mes élèves n’arrivent tout simplement plus à se poser et à se concentrer sur des mots alignés les uns à côté des autres, à prendre le temps de décortiquer une phrase et son contexte pour comprendre un mot dont ils ne connaissent pas le sens. » Il est donc indispensable de s’exercer à lire des textes comprenant des phrases complexes, que ce soit dans des livres ou des magazines. « En revanche, il ne faut pas lire uniquement des mangas et des BD », prévient Estelle Brune. En effet, s’ils contribuent à un enrichissement de la culture générale et de l’imaginaire, « ils ne permettent pas de développer la maîtrise de la lecture des phrases complexes », précise l’enseignante, qui recommande la lecture de romans et de magazines.

    Enrichir son vocabulaire

    Une autre inquiétude existe chez les parents d’ados qui ne lisent plus. « J’ai peur que leur niveau en orthographe baisse », s’alarme Pauline. Pourtant, le lien entre une pratique assidue de la lecture et une bonne maîtrise orthographique n’est pas systématique. Certains grands lecteurs butent sur des règles d’orthographe quand des lecteurs occasionnels sont incollables sur celles-ci. Mais, comme le souligne la professeure de lycée, « lire permet d’étoffer son vocabulaire ». Et cela ne passe pas nécessairement par la littérature. « Lire un magazine est parfois aussi enrichissant sur le vocabulaire didactique, explique-t-elle. Par exemple, dans un article sur les otaries, on va trouver un vocabulaire sur lequel on aura moins de chance de tomber dans un roman. »

    Alors, qu’il s’agisse de magazines sur les tatouages ou les sports extrêmes, de romans d’heroic fantasy, de mangas ou de classiques de la littérature étudiés en cours, le bon équilibre entre les devoirs et les plaisirs est peut-être de lire un peu de tout, et le plus souvent possible.

  • Parents et jeux vidéo : un jeu de rôle ?

    Parents et jeux vidéo : un jeu de rôle ?

    En 2023, 70 % des Français de plus de 10 ans jouent au moins occasionnellement – au moins une fois par an – aux jeux vidéo, contre 20 % en 1999. 53 % y jouent au moins une fois par semaine. D’après le guide pour une pratique responsable du jeu vidéo, publié par le syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs, les plus jeunes sont les plus joueurs : 95 % des enfants de 10 à 17 ans ont une pratique du jeu vidéo et plus d’un sur deux y joue chaque jour. Et il n’y a pas que le nombre de joueurs qui évolue : l’univers du jeu vidéo s’est considérablement élargi au cours des années 2010 avec l’omniprésence du jeu en ligne. Désormais, le jeu est un alibi pour échanger avec ses amis ou regarder d’autres joueurs sur des plateformes comme Twitch ou Discord, surinvesties par les communautés de gamers.

    Mais cette modification des usages amène également son lot de risques. « Les jeux sont devenus des espaces de communication et de socialisation, notamment pour les ados et les préados », souligne Olivier Gérard, responsable du collectif PédaGoJeux, dont la mission est d’informer les parents sur les pratiques et les usages du jeu vidéo. Selon lui, la massification de ces interactions en ligne a, comme dans l’univers numérique en général, « naturellement produit une augmentation des comportements toxiques ».

    Comportements toxiques

    Une étude reprise dans un rapport de la direction interministérielle de la transformation publique pointe ainsi que 74 % des adultes qui jouent à des jeux en ligne auraient été victimes d’une forme de harcèlement. « Les comportements toxiques sont minoritaires mais ils sont malheureusement très visibles », regrette Vanessa Chicout, vice-présidente d’Afrogameuses, une association œuvrant pour plus de mixité et de diversité dans le jeu vidéo. « Ils peuvent prendre la forme d’insultes, de commentaires racistes, sexistes, sur l’orientation sexuelle. Ça a un vrai impact psychologique sur celles et ceux qui les subissent. »

    Ces comportements, observables notamment dans les chat vocaux, pourrissent l’expérience des autres joueurs mais peuvent aussi avoir des conséquences bien plus graves. Vanessa Chicout cite ainsi une collègue streameuse (personne retransmettant en direct ses parties de jeu vidéo, ndlr) qui s’est retrouvée exposée sur des forums nazis après s’être filmée. Bien loin, donc, du plaisir recherché en allumant sa console ou son PC. Comme ailleurs sur Internet – et en particulier sur les réseaux sociaux – le pseudonymat qui entoure l’identité des joueurs provoque chez certains un sentiment d’impunité. Voire attire des personnes mal intentionnées.

    L’avocate et conseillère de la Fédération française de jeux vidéo Maria Berrada parle même de « fléau » : « Dans le cadre des jeux vidéo, le pseudonymat peut permettre à des prédateurs sexuels ou des escrocs de se protéger derrière un avatar pour demander des informations personnelles à des mineurs qui n’ont pas forcément la notion du danger ». Selon l’association Caméléon, le grooming, un terme qui désigne la prise de contact via les réseaux avec un enfant dans le but de le soumettre à des actes sexuels, sévit sur les chat des plateformes de jeux comme Fortnite.

    Parents et jeux vidéo : un jeu de rôle ?

    Jeux compétitifs

    Gare, toutefois, à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. La toxicité de certains joueurs est le produit d’un cocktail de plusieurs ingrédients qu’on ne retrouve pas dans tous les jeux. Dans sa B.D Les jeux vidéo et nos enfants, Cookie Kalkair détaille par le menu les éléments qui augmentent le degré de frustration : la compétition, le hasard et le fait de devoir gérer une économie (comme dans Fortnite, où les déguisements – « skins » – les plus valorisants ne peuvent être débloqués qu’en payant).

    Lui-même grand amateur de jeux vidéo, il observe que « les jeux compétitifs » – c’est-à-dire dont l’objectif est de gagner contre ses adversaires – sont les plus à même de « décupler le stress et la pression » chez les joueurs. La toxicité est ainsi plus grande dans les jeux multi-joueurs et/ou ceux proposant une expérience en « monde ouvert », où le décor et le temps de jeu sont presque infinis. Les MMO RPG (Jeu de rôle en ligne massivement multijoueur) comme World Warcraft, les MOBA (Arène de bataille en ligne multijoueur) comme Fortnite ou les FPS (Jeu de tir à la première personne) comme Counter Strike, sont des types de jeu plus propices aux comportements toxiques. Ces jeux se jouent essentiellement sur ordinateur ou sur console, les jeux sur téléphone portable intègrent moins facilement le chat et sont donc moins directement sujets à ce genre de problème.

    Accompagner son enfant

    Pour les parents qui ne sont pas eux-mêmes joueurs, il n’est pas évident de savoir comment se positionner pour accompagner au mieux son enfant. C’est pourtant souvent par eux, via le portable ou la tablette, que l’enfant entre pour la première fois en contact avec les jeux vidéo. Comme le rappelle Olivier Gérard, les parents ont tendance à moins investir le lien autour du jeu vidéo à mesure que leur enfant grandit, notamment vers la fin du primaire, lorsqu’il acquiert son premier portable ou ordinateur personnel. « C’est pourtant à cet âge qu’on observe une bascule dans les usages avec la pratique des jeux en ligne, plus chronophages, l’attirance pour les jeux plus violents et les micro-transactions en ligne », analyse-t-il.

    Les outils pour accompagner son enfant sont nombreux. « Il n’y a pas de réponse universelle, mais le premier conseil est de s’efforcer de comprendre ce à quoi joue son enfant et, pourquoi pas, de jouer avec lui pour mieux adapter les règles à instaurer », assure Vanessa Chicout, qui rappelle par ailleurs qu’il est possible de jouer en local – c’est-à-dire sans se confronter à des personnes inconnues – et d’activer le contrôle parental. « Sur Xbox, PlayStation, Nintendo, et certaines plateformes, il est possible de créer un compte pour enfant via lequel on peut paramétrer des restrictions d’âge et contrôler le temps de jeu », abonde Cookie Kalkair qui conseille également de couper les communications avec l’extérieur, via le chat ou le clavier, pour les moins de 13 ans.

    Un autre moyen efficace de limiter les risques est de respecter le système de classification par âge PEGI. Les pictogrammes affichés sur les plateformes ou les jaquettes des jeux – correspondant à 5 tranches d’âge entre 3 et 18 ans – donnent une indication du contenu du jeu en fonction de plusieurs critères : degré de violence, utilisation de langage grossier, activité sexuelle, etc. Pourtant, 35 % des parents déclarent ne pas y être attentifs lors de l’achat d’un jeu.

    Des efforts de modération ?

    Du côté des éditeurs, développeurs et hébergeurs de jeu, des efforts sont également à noter. Même si, comme le relève Cookie Kalkair, cela résulte plus « d’une bonne entente » entre acteurs de l’industrie que d’une réglementation en bonne et due forme. La « Fair play alliance » réunit ainsi une coalition des professionnels de l’industrie des jeux vidéo soucieux de partager des bonnes pratiques afin de « débarrasser les jeux du harcèlement, de la discrimination et des abus ».

    « Les éditeurs et les plateformes ont modifié leurs conditions générales d’utilisation pour étoffer la partie sensibilisation sur l’interdiction des propos haineux, assure Maria Berrada. Il y a aujourd’hui une obligation de signalement : tout utilisateur doit pouvoir signaler aisément un contenu inapproprié. » Charge ensuite à l’éditeur de déterminer la sévérité de la sanction à appliquer au joueur problématique : bannissement temporaire, définitive du chat ou du jeu, etc.

    Un joueur confronté à une situation de cyberharcèlement peut également porter plainte. Entre la loi sur la diffamation et l’injure, la loi sur la cyberhaine, celle sur le harcèlement en ligne, et maintenant le Digital Services Act au niveau européen, « la France dispose d’un arsenal juridique qui fait que les éditeurs sont plutôt bons élèves », analyse Maria Berrada. Mais l’avocate nuance : « Entre le moment de la réclamation et celui de la réponse judiciaire, quelques années peuvent s’écouler alors que le mal est déjà fait. Quand un jeune reçoit des insultes tous les jours, il n’attend pas trois ans avant de craquer. »

    Quant à la modération des contenus du chat, Vanessa Chicout regrette qu’elle soit trop souvent à la charge des joueurs, faisant peser sur eux « une charge mentale énorme ». Les derniers progrès de l’intelligence artificielle pourraient-ils pallier au déficit de modération ? Cookie Kalkair voit en tout cas d’un bon œil l’automatisation de la détection des joueurs identifiés comme des tricheurs ou de certains mots clefs dans le chat.

    En novembre, Fortnite a par exemple introduit un outil de « voice reporting » permettant d’effectuer un enregistrement audio les cinq minutes précédant un signalement pour violation des règles de la communauté, facilitant ainsi l’évidence de la preuve.

    Enfant bleu

    Pendant le confinement du printemps 2020, Fortnite a accueilli un avatar nommé Enfant bleu, créé par une association éponyme de lutte contre les maltraitances faites aux enfants. Derrière ce personnage à l’allure d’ange se relayaient des bénévoles, en lien avec des policiers spécialisés dans la détection des violences, dans le but de recueillir la parole d’enfants qui, privés d’école, risquaient d’être enfermés toute la journée avec leur agresseur. En un mois, 1200 joueurs se sont confiés sur les violences intrafamiliales ou le harcèlement scolaire qu’ils subissaient. Ce système d’alerte interne à un jeu vidéo n’a pour l’heure pas été généralisé.

  • Cyberharcèlement : vers quelles structures se tourner ?

    Cyberharcèlement : vers quelles structures se tourner ?

    Depuis la rentrée scolaire 2023, le programme pHARe, qui lutte contre le harcèlement à l’école, a été étendu à tous les lycées. Le tabou du harcèlement et de son prolongement cyber vacille et c’est tant mieux : il est urgent que tous les acteurs impliqués dans l’éducation se saisissent du problème. Quelques chiffres permettent de comprendre l’ampleur du phénomène. 20 % des enfants et adolescents de 8 à 18 ans déclarent avoir été confrontés à une situation de cyberharcèlement(1). Un chiffre qui grimpe à 60 % pour les 18-25 ans.(2)

    Le cyberharcèlement, c’est quoi ?

    Défini par le Ministère de l’Éducation nationale comme « un acte agressif, intentionnel perpétré par un individu ou un groupe d’individus au moyen de formes de communication électroniques, de façon répétée à l’encontre d’une victime qui ne peut facilement se défendre seule », le cyberharcèlement n’est pas sans conséquence sur la santé mentale des victimes. 69 % d’entre elles déclarent ainsi avoir été sujettes à des insomnies, des troubles de l’appétit et du désespoir, et 49 % disent avoir déjà pensé au suicide.

    Messageries instantanées, jeux en ligne, réseaux sociaux… les canaux d’échanges de contenus harcelants sont aussi nombreux que la forme que ces derniers peuvent prendre. L’association e-Enfance en a recensé sept, parmi lesquels la diffusion de rumeurs, la publication de photos ou vidéos intimes, embarrassantes ou humiliantes pour la victime, ou encore la création d’un sujet de discussion sur un réseau social à l’encontre d’une personne. Ces pratiques constituent un délit dont l’auteur, s’il est majeur, s’expose à des peines de deux à trois ans d’emprisonnement en fonction de l’âge de la victime.

    Ne pas hésiter à bloquer ou signaler les comptes problématiques

    Face à ces pratiques, bloquer et signaler les comptes de harceleurs est possible, voire fortement recommandé. Cela peut s’effectuer via PHAROS, une plateforme dédiée mise en place par le ministère de l’Intérieur, pour supprimer les comptes et contenus problématiques. Le site cybermalveillance.gouv.fr incite également à conserver les preuves liées au cyberharcèlement – en réalisant une capture d’écran –, à porter plainte et à signaler les contenus ou comportements illicites auprès des plateformes sur lesquelles ils sont présents afin de les faire supprimer. « Il faut responsabiliser les enfants sur le fonctionnement de l’écosystème numérique : si nous ne signalons pas à Facebook, TikTok ou Snapchat les contenus choquants et violents, ces plateformes ne prendront pas l’initiative de s’améliorer », conclut Yasmine Buono, fondatrice de l’association de lutte contre le harcèlement scolaire Net Respect…

    Cyberharcèlement : vers quelles structures se tourner ?

     

    Ces associations qui luttent contre la cyberviolence…

    Des associations et plateformes existent et disposent aussi de cellules d’écoute et de conseils aidant les victimes à sortir de leur isolement. « Il faut que les parents soient capables de dire à leur enfant que s’il est témoin ou victime de quelque chose mais qu’il ne souhaite pas leur en parler parce qu’il trouve cela gênant, il peut installer une application comme le 3018, où il pourra discuter avec des personnes formées pour répondre à ses questions », insiste la porte-parole d’e-Enfance, qui indique que le nombre d’appels reçus par le 3018 a doublé entre 2022 et 2023.

    Mis en place l’association e-Enfance en 2022, le 3018 est un numéro national, gratuit et confidentiel, pour les jeunes victimes de violences numériques et leurs parents. Accessibles par téléphone 7 jours sur 7 jusqu’à 23 heures, via l’application ou via un tchat en direct, les 18 écoutants du 3018 ont reçu 21 269 entre janvier et août 2023, soit 38 % de plus que sur la même période en 2022. Déployé dans le cadre du programme européen Safer Internet, le 3018 a la particularité d’entretenir des partenariats avec 17 plateformes et réseaux sociaux, ce qui lui permet de signaler de façon prioritaire les contenus et comptes préjudiciables et d’obtenir leur suppression en quelques heures.

    … et contre le cybersexisme

    Liker, partager, commenter… Internet facilite l’amplification de la diffusion de contenus violents et participe ainsi à brouiller la frontière entre ce qui relève ou non du harcèlement. Comme le souligne Yasmine Buono, « la mécanique du cyberharcèlement est complexe » : « On sait qu’en moyenne il y a un harcelé pour trois harceleurs plus tous les témoins qui relaient l’information ; on ne doit pas ignorer que son enfant peut être harcelé et devenir lui-même un cyber harceleur par vengeance ou effet de groupe. »

    D’après une enquête menée en 2013 par le ministère de l’Education nationale, les filles sont plus touchées que les garçons par les cyberviolences (21 % contre 15 %). Le centre Hubertine Auclert a mis en évidence « les rouages sexistes » de ces cyberviolences. Selon une de ses études publiée en 2016, les filles sont ainsi plus exposées que les garçons aux moqueries et insultes en ligne sur leur apparence physique (20 % contre 13 %) ou à la réception de messages à caractère sexuel alors qu’elles n’en n’ont pas envie (16 % contre 10 %).

    Né en 2020 d’abord sous forme d’un hashtag lancé sur les réseaux sociaux, Stop Fisha est une association féministe de lutte contre le cybersexisme et les cyberviolences sexistes et sexuelles. Se déroulant sur des groupes dits « fisha » (verlan d’afficher), cette pratique consiste à diffuser des contenus à caractère sexuel de jeunes femmes, sans leur consentement, assortis d’informations personnelles sur les victimes (nom, lieu de résidence, établissement scolaire, etc.) ainsi que de menaces et de harcèlement lorsque ces dernières demandent leur suppression. Les bénévoles de l’association Stop Fisha offrent un accompagnement moral et juridique aux victimes de cyberviolences sexistes et sexuelles et à leurs proches et peuvent également signaler les contenus auprès de PHAROS ou des réseaux sociaux.

    Selon la spécialiste de l’éducation numérique, ouvrir le dialogue permet donc de responsabiliser les plus jeunes à leurs usages numériques en leur faisant prendre conscience des impacts qu’une photo, un message ou un commentaire postés en ligne peuvent avoir sur leur vie mais aussi celle des autres.

    La clef : ouvrir le dialogue avec son enfant

    En tant que parent, comment accompagner au mieux son enfant pour l’aider à se prémunir de ces violences ? « Le mieux est d’expliquer à son enfant les choses telles qu’elles sont, résume Yasmine Buono. Il faut pouvoir lui dire : je ne peux pas surveiller tout ce que tu fais en ligne, je sais que tu vas rencontrer des contenus inappropriés et des situations de violence et le seul moyen que j’ai de te protéger c’est de t’inciter à en parler, à moi, à d’autres référents adultes ou bien à tes amis. »

    (1) Audirep/ Association e-Enfance, 2021

    (2) e-Enfance, 2022

  • Parents, attention au sharenting !

    Parents, attention au sharenting !

    Connaissez-vous le sharenting ? Issue de la contraction des mots anglais share et parenting, cette pratique désigne la publication par des parents de photos ou de vidéos de leurs enfants sur les réseaux sociaux. Apparu pour la première fois en 2012 sous la plume du journaliste américain Steven Leckart, le phénomène est loin d’être une mode. L’étude « Parents influenceurs », publiée en 2023 et commandée par l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique (OPEN), révèle ainsi que 53 % des parents français, particulièrement les jeunes parents, ont déjà partagé du contenu sur leur(s) enfant(s) sur les réseaux sociaux, dont 43 % ont commencé dès la naissance de ce(s) dernier(s).

    1300 photos

    En 2018, une étude menée par une agence publique britannique estimait qu’un enfant apparaît en moyenne sur 1 300 photographies publiées en ligne avant l’âge de 13 ans.

    « Le sharenting est en nette hausse depuis la pandémie de Covid-19, en 2020, lorsque le besoin de rester en lien avec ses proches a poussé tout le monde, adultes comme enfants, à être très connectés », observe Socheata Sim, responsable de la mission sociale France de Caméléon, une association luttant contre les violences sexuelles faites aux enfants. Et la militante d’alerter : « Lorsqu’on publie les photos d’un enfant, il faut avoir en tête qu’elles pourront le suivre toute sa vie et tomber entre les mains de camarades harceleurs au collège ou de pédocriminels. »

    Parents, attention au sharenting !

     

    Un risque d’exposition aux cyberagressions

    L’année dernière, Caméléon a mené une campagne de sensibilisation alertant sur les dangers liés au sharenting, en particulier sur le risque que les images tombent entre les mains de cyberprédateurs. D’après une ONG américaine, 50 % des photos publiées sur les forums pédopornographiques proviennent en effet de clichés pris par les parents puis partagés sur les réseaux sociaux. Ce qui peut avoir des conséquences dramatiques. Grâce aux données glanées, les quelque 750 000 prédateurs sexuels qui sévissent en ligne disposent d’informations qu’ils peuvent ensuite utiliser pour entrer en contact physiquement avec leurs victimes ou pour se lier d’amitié avec leurs parents.

    Quelques gestes simples permettent de limiter les risques de cyberagressions: faire attention aux arrières plans des photos trop facilement identifiables, éviter les tags ou de divulguer des informations personnelles concernant son enfant. Les associations de protection de l’enfance incitent également à en parler à son entourage. « Les parents ont beau être sensibilisés et veiller à ne pas partager publiquement des photos ou des informations permettant d’identifier leurs enfants, ce n’est peut-être pas le cas de leurs proches, rappelle Socheata Sim. Et dans ce cas, les photos ou vidéos peuvent vite sortir du cercle de confiance familial. »

    Le consentement de l’enfant en question

    Le sharenting pose aussi la question du consentement de l’enfant. La psychologue Aline Nativel Id Hammou rappelle que « la notion de consentement intervient autour de six ans, lorsqu’un enfant est capable de verbaliser un refus à ses parents s’il n’a pas envie d’être pris en photo », puis « autour de ses dix ans », lorsqu’il acquiert la compréhension de ce qu’implique le fait d’avoir sa photo publiée sur un réseau social. Ainsi, même si les parents éprouvent le besoin de partager du contenu « par fierté pour leur progéniture », la non prise en compte du consentement de cette dernière peut provoquer un « impact psychologique ».

    Dans son cabinet de consultation, certains enfants lui déclarent ainsi subir une forme de pression, comme ce garçon de huit ans qui décrit devoir « prendre vingt fois la pose pour que papa et maman puissent faire la photo parfaite ». « Si cette non prise en compte du consentement devient récurrent, l’enfant peut avoir le ressenti de ne pas être considéré comme un être humain doté de volonté, d’être une sorte de poupée pour ses parents, poursuit la psychologue. À terme, cela peut ébranler la confiance de l’enfant en son parent. » Outre l’aspect psychologique, Socheata Sim estime que la publication de la photo d’un enfant sans son consentement « pose la question éthique de responsabilité des parents et du droit à l’image et à la vie privée des enfants ».

    Arthur Melon, délégué général du Conseil français des associations pour les droits de l’enfant (COFRADE), attire également l’attention sur l’absence de référence au consentement des enfants quant à la gestion de leur image dans le droit français: « Le droit actuel prévoit que le droit à l’image de l’enfant est géré par ses parents, mais on constate qu’ils n’utilisent pas toujours ce pouvoir à bon escient et considèrent qu’ils n’ont pas à demander l’avis de leur enfant avant de publier une photo de lui. »

    Un cadre juridique en évolution

    Depuis janvier 2023, une proposition de loi visant à garantir le respect du droit à l’image des enfants est en discussion [texte toujours en discussion à la parution de cet article]. Déposée par le député Bruno Studer, à l’origine d’une autre loi encadrant le travail des enfants influenceurs, elle prévoit notamment que les parents doivent veiller au respect de la vie privée de leur enfant ou qu’un tiers puisse saisir la justice si la diffusion de l’image d’un enfant par ses deux parents porte gravement atteinte à sa dignité ou à son intégrité morale.

    Le COFRADE, tout en saluant les avancées permises par ce texte, trouve néanmoins qu’il ne va pas assez loin. « La proposition d’aggravation de la sanction pénale en cas d’atteinte à la réputation de l’enfant n’a pas été retenue», regrette Arthur Melon. « La publication de certains contenus s’apparente à des violences éducatives, ce qui justifierait selon nous qu’une autorité, comme un juge aux affaires familiales ou la Cnil, soit saisie pour les retirer des plateformes », complète Socheata Sim.

  • Petite enfance : l’éducation par le jeu

    Petite enfance : l’éducation par le jeu

    « C’est vraiment la base du développement de l’enfant. » Pour Florence Dupont, directrice de crèche et éducatrice de jeune enfant (EJE) diplômée, le jeu est central pour tout enfant, des premiers mois jusqu’à ses 3 ans, et même pour la suite. C’est même inscrit dans la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, rédigée par les Nations Unies en 1989. L’article 31 met ainsi en avant le « droit au repos et aux loisirs, de se livrer au jeu et à des activités récréatives propres à son âge, et de participer librement à la vie culturelle et artistique » (1). Mais pas besoin de dizaines de jouets et encore moins d’écrans (rappelons cette règle tacite : pas d’écran avant 3 ans). Il faut surtout bien s’adapter à ses besoins – sans vouloir trop en faire.

    Diversité de jeux et d’apprentissages

    Jeux moteurs type toboggans, jeux de construction, livres d’images, jeux symboliques comme la poupée… Les façons de jouer sont nombreuses et favorisent chacune à leur façon le développement de l’enfant : de la compréhension de son corps et du monde à la découverte de l’autre et l’expression de ses émotions. C’est pour cela que miser sur leur diversité est essentiel. « Dans notre crèche, l’espace est aménagé pour que chaque enfant ait accès à tous types de jeu pendant la journée, en fonction de ses besoins », explique Florence Dupont. En alternance de ce temps en autonomie, des activités collectives sont proposées « avec des règles, ce qui est aussi important pour se construire, et bien sûr apprendre à être en société ». Durant sa formation, elle a pu apprendre et appliquer les théories pédagogiques de grands pionniers comme le Suisse Jean Piaget, premier à poser les grandes phases du développement de l’enfant, ou Maria Montessori, qui a largement réfléchi aux façons d’apprendre par le jeu.

    « On peut bien sûr très bien aussi ne pas fréquenter les crèches et grandir à la maison, souligne l’éducatrice. Dans ce cas, il est essentiel pour le parent d’être disponible, physiquement, mais aussi psychiquement, donc en mettant de côté son portable. Le jeu commun est important, mais également une simple présence par quelques encouragements est bénéfique. Il est par ailleurs très important pour l’enfant d’avoir du temps pour jouer seul, afin de développer son imagination et son autonomie. » Ce qui implique d’aménager la maison pour la rendre sécurisée et propice au jeu.

    C’est notamment ce que fait Jeanne, chercheuse en sciences sociales basée à Montpellier, avec son fils de deux ans et demi. « Il sait trouver ce qu’il veut dans nos placards, et on le laisse faire au maximum. C’est là qu’il va vraiment se concentrer sur ce qu’il fait. C’est le meilleur moyen de l’intéresser : on lui fait essayer des choses, même si souvent il change d’avis au bout de 10 minutes. Et quand il s’agit d’un atelier peinture pour lequel on a passé 30 minutes à bien préparer les choses, c’est assez décourageant. »

    Il faut donc beaucoup l’observer, ce qui n’est pas toujours simple quand on travaille : « On le confie à une assistante maternelle en journée, à qui on demande toujours ce qu’ils ont fait ensemble pour être bien au clair sur ce qui l’intéresse en ce moment. » Cette question de la disponibilité a également été difficile pour Frank, professeur de musique à Nantes. « À la naissance de mon premier fils, qui a bientôt 8 ans, je travaillais énormément et j’avais peu de temps pour lui. Je le regrette aujourd’hui, notamment parce que la disponibilité, ce n’est pas juste être auprès de lui, mais c’est aussi dégager du temps mentalement pour prendre un peu de recul sur les activités, ne pas être tout le temps dans l’improvisation. »

    Ce manque de temps l’a poussé à favoriser l’essentiel : le cadre affectif, avec des jeux tactiles comme chat. « J’ai un second fils de 3 ans, pour lequel j’essaye d’être plus présent, mais en réalité, il a moins besoin de moi pour jouer, car il est très sollicité par son grand frère. »

    Des jeux adaptés à tout âge

    Ce cadre émotionnel implique aussi de l’orienter vers des jeux adaptés. « Sinon, l’enfant risque de se retrouver trop souvent en difficulté et développer des frustrations, explique Florence Dupont. Dans les premiers mois, par exemple, l’enfant veut plutôt explorer les choses sensoriellement. Il va notamment tout découvrir par la bouche, il faut donc toujours lui proposer des objets qui ne présentent aucun danger. » Par la suite, il faut surtout bien coller à son rythme d’apprentissage.

    Un aspect que Frank a découvert sur le tas : « J’ai tenté très tôt des jeux pour lui apprendre sa gauche et sa droite, mais c’était prématuré. De toute façon, on ne peut pas faire autrement que suivre l’apprentissage de l’enfant : si ce n’est pas le bon moment, il est inutile de s’obstiner. » De son côté, Jeanne a appris à être dans l’accompagnement de ce rythme : « Quand on voit qu’il est très concentré et qu’il ne nous sollicite pas, on essaye de ne pas casser cette bulle. Ce qui fait que ça ne se passe pas toujours bien : parfois il va être frustré parce qu’il veut faire quelque chose de trop compliqué. À ce moment-là, notre rôle est de réajuster : changer de jeu ou bien l’aborder autrement, mais en tout cas de l’aider à retrouver le calme et la confiance. Parfois sans succès, mais c’est comme ça. » Par ailleurs, Florence Dupont rappelle que, du point de vue de l’enfant, tout est un jeu, même l’activité la plus sérieuse.

    La chercheuse Josette Serres, docteure en psychologie du développement, va même jusqu’à dire que le jeu est un concept d’adulte : « L’enfant ne joue pas, il explore, il fait des expérimentations, il veut comprendre, il veut chercher à comprendre le monde. » (2) Pour Florence Dupont, cela va de pair avec son rythme : « Observer les feuilles des arbres bouger, c’est déjà un jeu qui va aider sa créativité. Pour nous adultes, il s’ennuie, mais l’enfant qui est dans l’observation ne s’ennuie pas. Il ne faut pas avoir peur de le laisser être dans la pause. »

    Ne pas trop en faire

    Tout le monde a envie d’être un parent parfait. Mais il faut faire attention à ne pas trop en faire. Notamment dans l’organisation des jouets : « Plus il y a de jeux, plus l’enfant est perdu et ne sait plus choisir, appuie Florence Dupont. Mieux vaut laisser quelques jeux à disposition et les renouveler régulièrement que tout proposer d’un coup. » Et inutile de dépenser des fortunes : dans la nature ou dans les objets du quotidien, les sources de jeu enrichissantes sont infinies. Jeanne le constate chez elle : « En ce moment, il est dans une phase de mimétisme, donc il utilise beaucoup nos ustensiles de cuisine. »

    Autre tendance : l’envie de se renseigner sur tous les bons réflexes à avoir. Une intention louable, mais attention à l’abondance de ressources, en ligne ou ailleurs. « C’est peut-être par un réflexe de chercheuse, poursuit Jeanne, j’ai voulu collecter tous les bons conseils de jeune parent. Mais il y en a trop, et c’est difficile de bien se les approprier. » Florence Dupont abonde : « Il faut rester spontané, naturel, et garder son bon sens. Trop d’informations peuvent perdre les parents, d’autant qu’une information trouvée dans un livre peut finalement être mal comprise. Il vaut mieux se faire confiance, ou alors s’orienter vers des professionnels, par exemple la puéricultrice lors des visites mensuelles des premiers mois. » Et surtout ne pas avoir peur de faire des erreurs : « L’enfant expérimente par le jeu, et ses erreurs vont l’aider à comprendre les choses. Mais c’est pareil pour les parents. L’erreur est parfois bénéfique. » Peut-être faut-il au fond garder son âme d’enfant ?

    (1) https://www.unicef.fr/wp-content/uploads/2022/07/convention-des-droits-de-lenfant.pdf

    (2) https://lesprosdelapetiteenfance.fr/medias/videos/comprendre-les-competences-du-jeune-enfant-des-entretiens-videos-avec-josette-serres/que-represente-le-jeu-chez-lenfant

  • Les choses à ne pas faire ni dire à son ado

    Les choses à ne pas faire ni dire à son ado

    « Besoin de conseils pour gérer vos ados ? De partager des expériences entre parents ? Vous êtes au bon endroit », clame le message de bienvenue du groupe Facebook Parents d’ados, qui regroupe plus de 40 000 membres. Sur le fil de discussion, les posts fusent – plus de dix nouvelles publications par jour. Excédés par les nouveaux défis TikTok de leurs ados, agacés par leurs nouvelles habitudes (« Neuf mois à se casser la tête pour leur trouver un prénom pour que quinze ans plus tard ils s’appellent tous “frère” », se désole Émilie), ou profondément inquiets de leur santé mentale, les nombreuses publications rappellent à quel point l’adolescence est une période charnière dans la vie d’un parent.

    Tantôt face à la nonchalance de leur progéniture, tantôt face à l’intensité de leurs états d’âme, la majorité des parents sont traversés par cette question : comment instaurer une relation et un dialogue équilibré avec un(e) adolescent(e) excédé(e), souvent en contradiction et qui revendique plus de liberté ? « Comme c’est le cas dans la petite enfance, l’opposition de l’adolescent marque en réalité un besoin. Le plus souvent, il s’agit du besoin de gagner en autonomie, du besoin qu’on lui fasse confiance », analyse Michèle Prados, infirmière puéricultrice à Fréjus, mère de deux ados, âgés de 11 et 17 ans.

    L’écoute, toujours l’écoute

    Plus qu’une véritable révolution dans le foyer, l’adolescent serait surtout à la recherche d’un moyen d’expression, passage obligatoire dans la construction de son identité. Le bon réflexe à avoir : lui accorder de l’importance. « Consacrer chaque jour, 10-15 minutes à l’écouter parler de tout et de rien, à réagir à ce qu’il vous raconte, à lui montrer que ce qu’il vit ou ce qui le passionne a de l’intérêt pour vous, lui montrer que sa parole compte » conseille Michèle Prados.

    Mais alors : doit-on s’intéresser à tout ce que dit notre ado, même lorsqu’on a la sensation qu’ils parlent pour ne rien dire ? « Oui, c’est important de les laisser dire leurs bêtises, exprimer leurs points de vue, sans monter sur nos grands chevaux. Peu de temps après, on s’aperçoit qu’ils ont changé de vision, ou qu’ils sont animés par autre chose », relativise Léa Vigier, mère de deux ados.

    Savoir modérer ses exigences

    Pour Aude, mère de trois garçons de 16 ans, la responsabilité du conflit se niche parfois du côté des parents. « Beaucoup sont en attente de l’enfant tel qu’ils l’avaient idéalisé », confie-t-elle. De bons résultats scolaires, une facilité sociale et du sérieux… L’adolescence est en effet liée à une augmentation des exigences de la part de l’entourage, avec une forte attention portée sur son avenir professionnel. « En tant que parent, il peut être utile de garder en tête qu’avant d’être un élève, et un futur adulte, c’est un individu en construction, qui a besoin de se définir et s’épanouir pour lui-même, avant d’avoir à répondre d’exigences sociales », complète Michèle Prados. Les phobies scolaires et sociales, en augmentation ces dernières années auprès des collégiens et lycéens, préoccupent particulièrement les parents.

    Les ados, reflet de l’époque

    Autre motif possible de conflit : la soudaine contradiction des adolescents avec l’ordre établi et les règles du foyer, qui ont pourtant toujours existé. À nouveau, pas d’inquiétude à avoir. « À l’adolescence, on met en doute notre système de valeurs, initié par les personnes qui nous ont élevées, c’est plutôt sain », nuance Aude. Pour certains ados engagés, leurs convictions peuvent aussi marquer un écart avec les parents, qui se sentent alors dépassés par leurs discours. « On est aussi le reflet d’une nouvelle époque, nos parents doivent essayer de la comprendre », retoque Léa, 16 ans, lycéenne près d’Aix-en-Provence.

    Cependant, gare à ne pas trop se mettre la pression, les psychologues spécialisés en parentalité le rappelle : le parent parfait n’existe pas. Pour Michèle Prados, le secret réside en une chose simple : « Écouter sans jugement, leur donner des limites, car ça les rassure. Bref, rester leur phare dans la tempête. »

  • Cyberharcèlement et santé mentale : « le début de l’adolescence est un moment critique »

    Cyberharcèlement et santé mentale : « le début de l’adolescence est un moment critique »

    Les réseaux sociaux ou encore les jeux vidéo en ligne peuvent avoir un impact négatif sur la santé mentale des jeunes. En quoi ces plateformes sont-elles un terrain fertile pour le harcèlement ?

    Pascal Minotte, psychologue et chercheur au Centre de référence en santé mentale (CRéSaM) à Namur, en Belgique : C’est vrai que dans l’imaginaire collectif, l’impact pressenti de ces plateformes est plutôt négatif, mais il y a des nuances à apporter. À savoir, pour ce qui est de l’usage des médias sociaux par les adolescents, qu’on observe un léger impact négatif en moyenne et non pas de raz-de-marée de dépression ou de troubles anxieux. Ce qui veut dire aussi, puisqu’on parle de moyenne, que pour certaines personnes, c’est aussi une ressource et une aide. Pour ce qui est du cyberharcèlement, il s’articule généralement à des problématiques de présentiel et à du harcèlement scolaire classique, phénomène qui existe d’ailleurs depuis très longtemps. Pour avoir interviewé beaucoup d’ados confrontés à ces situations, ils ne font d’ailleurs pas spécialement la distinction entre harcèlement et cyberharcèlement. Ce dernier apporte néanmoins certaines nouveautés, comme la question des photos compromettantes.

    Romain Huët, maître de conférences en sciences de la communication à l’Université Rennes 2 : Le type d’interactions qu’engagent les réseaux sociaux sont des interactions assez lâches notamment du fait de la possibilité de l’anonymat, mais aussi des contraintes techniques de l’énonciation qui favorisent souvent des interactions extrêmement brèves et en rafale. La distance affective et la distance des corps font que la présence d’autrui ne produit pas la même tonalité affective quand on s’entretient avec lui et qu’on s’autorise peut-être plus de choses que dans la vie ordinaire. L’exercice de l’empathie est beaucoup plus facile dans une co-présence physique que derrière un écran.

    20% des jeunes

    auraient déjà été exposés à du cyberharcèlement et des cyberviolences.(1)

    Quelles sont les spécificités de cette forme renouvelée du harcèlement scolaire et de son impact sur la santé mentale ?

    Pascal Minotte : Il n’y a pas de symptôme spécifique au cyberharcèlement. On trouve chez les jeunes victimes potentiellement tous les symptômes classiques des ados qui ne vont pas bien, comme la détérioration de l’estime de soi. Cela va se manifester à travers des maux de ventre, des maux de tête, de l’absentéisme important à l’école… Bien sûr, l’impact est d’autant plus négatif que la situation est grave et dure longtemps. Ensuite, il y a effectivement des catégories de population, en particulier les 9-13 ans, pour lesquels la prévalence du harcèlement est plus importante. Si on prend le phénomène cyber, on observe que le début de l’adolescence est un moment critique. C’est le moment où les enfants entrent au collège, ils passent dans un autre système où ils ont plus de responsabilités. Et c’est surtout le début de la puberté, les adolescents se cherchent autant en termes d’identité que de sexualité et de rapport aux autres. L’autre chose que l’on observe est que le cyberharcèlement touche en fait autant les filles que les garçons en termes de fréquence, mais que la détresse psychologique que cela entraîne est en moyenne plus importante chez les jeunes filles. Le harcèlement en ligne s’attaque en effet directement aux marqueurs de l’identité féminine, à savoir l’apparence physique, la notion de « respectabilité » – toutes les choses pour lesquelles le regard du public sera plus indulgent concernant les adolescents et les hommes en général. Pourtant le fait de partager des photos intimes n’a rien à voir avec le respect. On a affaire à des phénomènes, en particulier le revenge porn, qui sont éminemment sexistes. Il y a beaucoup de choses à déconstruire en termes de stéréotypes de genre.

    Romain Huët : Parmi les thématiques développées par les jeunes faisant appel aux associations de prévention contre le suicide [Romain Huët a été bénévole écoutant dans une telle association, ndlr], celle du harcèlement en faisait partie. Mais de manière générale, il était surtout question de la difficulté à nouer des rapports avec autrui et à s’épanouir relationnellement. Ce qui m’avait marqué dans l’étude que j’ai faite sur la souffrance, y compris chez les jeunes, c’est le très grand sentiment de solitude quand bien même la personne est très bien entourée. Sur les réseaux sociaux, autrui est toujours atteignable et on peut être sur des sujets de conversation extrêmement différents avec 4 ou 5 personnes en même temps. Cela modifie très clairement les rapports sociaux, la capacité à accorder de l’attention à l’autre. Cette solitude peut ainsi s’exprimer de plein de manières différentes, notamment par la difficulté à nouer une certaine consistance relationnelle.

    Lire aussi : Comment savoir si votre enfant est un harceleur ?

    Comment préserver la santé mentale des jeunes face aux phénomènes de cyberharcèlement ?

    Romain Huët : Il faudrait peut-être déjà repenser dès l’école cette relation à autrui sur les réseaux sociaux mais pas seulement. Aujourd’hui, on va faire des cours d’éducation civique mais on réfléchit assez peu à ce qu’est un rapport à autrui alors que c’est la chose la plus nécessaire à nos existences. Pour moi, il faut une vraie politique de l’attention à l’autre et de la sensibilité. Il y a une tendance à une désensibilisation massive, à un assèchement affectif assez fort qui fait qu’on a un rapport beaucoup plus brutal au monde. Je pense que c’est lié au contexte social qui favorise des rapports de concurrence et de compétition.

    Pascal Minotte : Il faut aussi aider les jeunes à identifier ce qu’est le harcèlement parce qu’ils n’en n’ont pas toujours conscience, surtout les plus jeunes. Quelle est la différence entre le fait de faire une plaisanterie ou de taquiner quelqu’un et le fait de harceler ? Pour moi, il y a une coresponsabilité de l’école et des parents dans l’éducation des enfants sur ces sujets. La première chose à faire en tant que parent est d’avoir soi-même un comportement exemplaire. Quand on parle de gestion des émotions, certains adultes prêchent la bonne parole mais sont eux-mêmes en grande difficulté au moment de partager leurs émotions avec les enfants.

    Lire aussi : Le body shaming chez les ados et ses impacts sur leur santé mentale

    Quel rôle les plateformes ont-elles à jouer selon vous ?

    Romain Huët : Il est intéressant de regarder comment les interactions sont organisées techniquement et comment elles participent à configurer le dispositif d’interaction. Par exemple, le pouce « j’aime » ou le cœur sont des façons très peu élaborées pour montrer son sentiment à l’égard d’une information. Par exemple, vous mettez une photo sur Instagram qui obtient 45 cœurs. Comment pouvez-vous être rassuré sur la reconnaissance ou sur ce que cela signifie vraiment ? Ces interactions peuvent aussi entraîner des formes de violences beaucoup plus crues : quand on réagit en 280 caractères [sur Twitter, ndlr], il y a des risques que ce soit plus violent parce qu’on n’utilise pas toute la subtilité du langage. L’enjeu serait donc de densifier ces interactions, de donner plus de possibilités de nuance.

    Pascal Minotte : Certaines plateformes comme Instagram mettent en place des choses pour signaler les abus ou bloquer quelqu’un sans que la personne ne soit au courant. C’est très bien mais ça vient toujours en complément de l’éducation aux médias et de l’éducation tout court. Je trouve quand même intéressant d’insister aussi sur le fait qu’Internet, notamment pour les minorités qui sont souvent victimes de cyberharcèlement, peut aussi être une ressource. Les personnes LGBTQ+, par exemple, témoignent souvent du fait qu’au début de leur adolescence, c’est sur les médias sociaux qu’elles ont pu trouver des interlocuteurs avec lesquels partager leur vécu.

    L’Essentiel de l’article

    • Le cyberharcèlement est souvent en prolongement d’un harcèlement en « présentiel »
    • L’anonymat et la distance physique donnent une impression d’impunité aux harceleurs
    • Les réseaux sociaux peuvent aussi être des ressources pour trouver de l’aide et du soutien

    (1) Association E-enfance

  • HPI, HPE, TDAH, TSA : ces acronymes liés aux comportements des enfants

    HPI, HPE, TDAH, TSA : ces acronymes liés aux comportements des enfants

    À la maison, votre enfant est un peu turbulent, à l’école, il s’ennuie. Il a peut-être du mal à gérer ses émotions. En cherchant des explications à son comportement, vous avez probablement conclu que votre enfant était atteint par un des troubles de plus en plus démocratisés dans les bouches des nombreux parents. Qu’il s’agisse du trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), du trouble du spectre autistique (TSA), du haut potentiel intellectuel (HPI) ou émotionnel (HPE) : tous ces acronymes peuvent être regroupés au sein des troubles du comportement et plus largement du spectre de la « neuroatypie », c’est-à-dire ceux dont le fonctionnement cognitif diffère.

    Ne pas tout mélanger

    Pourtant, tous ne se valent pas. Selon Nadège Rocher-Labarbe docteure en neurosciences, biologiste du comportement, psychologue de l’enfant et maîtresse de conférence en psychologie à l’Université de Caen-Normandie, il faut veiller à ne pas tous les mettre au même niveau, car « la réalité clinique n’est pas la même ». D’un côté, le TDAH ou le TSA sont scientifiquement valides, évalués avec des traits cliniques. De l’autre, le HPE correspondrait davantage, avertit Nadège Roche-Labarbe « à un besoin de qualifier des problèmes, rassurant puisque cela porte un nom, mais n’est pas lié un trouble du développement. Aucun clinicien ne sera en mesure de poser un diagnostic ». Cependant, l’hypersensibilité émotionnelle sous-entendue chez les HPE figure « généralement dans le TSA ou le TDAH, même s’il ne fait pas encore partie des critères de diagnostic », ajoute Maeva Rolin, psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie et autrice de Diagnostic des troubles du neurodéveloppement chez l’adulte (2021, éditions Mardaga).

    L’HPI, lui, se repère via des tests de quotient intellectuel comme le WISC-5 et n’est pas à mettre au même rang non plus. « Être HPI, c’est un point fort. Ces personnes vont avoir une meilleure réflexion que les autres et n’iront en règle générale pas consulter, observe Nadège Roche-Labarbe. Cela devient embêtant si c’est associé à d’autres troubles, comme les troubles anxieux. » En termes de statistique, seulement 2,3 % des enfants seraient intellectuellement précoces.

    Un diagnostic pas forcément obligatoire

    Dès lors, faut-il forcément passer par la case du diagnostic ? Surtout pour les enfants HPI, le diagnostic est à « double tranchant », observe Nadège Roche-Labarbe. Car le quotient intellectuel « évolue avec l’âge. Une fois adultes, ces enfants pourront ne plus être HPI ». Un constat partagé par Maryse Corbet, psychologue clinicienne à la Maison des adolescents de la Manche qui ajoute qu’il n’est « pas forcément nécessaire de mener des tests de QI très cher, notamment si l’enfant ne rencontre pas de mal-être particulier, car cela peut être enfermant ».

    Vigilance sur l’autodiagnostic

    Chercher à tout prix à poser une étiquette, parfois sans consulter, peut s’avérer néfaste pour le développement de son enfant et « fermer la discussion sur ce qu’il y a derrière un enfant agité ou perturbé », considère Maryse Corbet. Et ce, même si cela peut rassurer les parents. « Ça ne nous viendrait pas à l’idée de faire un autodiagnostic de cancer, compare Maeva Rolin. Le TDAH n’est pas juste un enfant qui passe son temps à grimper aux arbres, ce n’est ni une mode ni un trouble facilement identifiable. »

    Il est également nécessaire de faire la part des choses, surtout dans les cas où l’enfant se pose des questions. « Je vois beaucoup d’adolescents venir consulter, car ils pensent être de troubles autistiques, partage Maryse Corbet. Il y a souvent derrière une recherche d’identité et une souffrance pour d’autres raisons qu’il faut creuser au cours d’une thérapie. »

    TDAH et TSA : diagnostic nécessaire

    Le diagnostic s’avère indispensable dans certains cas, particulièrement pour le TDAH ou le TSA. Il peut apaiser l’enfant et enlever chez lui « un sentiment de culpabilité, de honte, car il a remarqué qu’il n’était pas comme les autres », constate Maryse Corbet. Les parents pourront s’en saisir, être accompagnés, mettre en place un accompagnement médicamenteux, anticiper les défis auxquels ils seront confrontés, améliorer l’environnement de l’enfant, adapter son éducation… Chez l’enfant HPI, le passage des tests de QI est nécessaire dans les cas où « l’enfant est en souffrance », soutient Maryse Corbet.

    Dans tous les cas, Nadège Roche-Labarbe insiste sur le fait de ne pas « se contenter du diagnostic sans avoir fait un état des lieux complet et creuser les raisons du mal-être ». Comprendre : poursuivre l’accompagnement avec un psychothérapeute.

    L’Essentiel de l’article

    • Tous les acronymes et troubles ne se valent pas en termes de réalité clinique, ne sont pas tous soumis à des diagnostics cliniques, mais davantage à des traits du comportement.
    • Il faut rester vigilant sur l’intérêt d’un diagnostic pour son enfant : dans le cas du TDAH ou du TSA, le diagnostic est indispensable au bon développement de l’enfant.
    • Être HPI n’est pas forcément synonyme de souffrance chez un enfant, un approfondissement de son mal-être avec un professionnel de santé doit être fait en amont de potentiels tests.