Étiquette : Bien-être

  • « La santé mentale est une question qui nous touche tous »

    « La santé mentale est une question qui nous touche tous »

    Qu’entend-on exactement par santé mentale ?

    Stéphane Mouchabac : C’est un déterminant majeur de la santé. Selon la définition de l’OMS, la bonne santé mentale est un « état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive, et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté ». Il faut cependant avoir à l’esprit que la bonne santé mentale va au-delà de la simple absence de troubles mentaux. Elle représente aussi un état optimal de fonctionnement émotionnel, psychologique et social, caractérisé par la capacité à gérer efficacement le stress, à maintenir des relations positives, à prendre des décisions éclairées, à développer des compétences pour résoudre les problèmes et à s’adapter aux changements de la vie. De nombreux facteurs déterminent la santé mentale : ils incluent des aspects socio-économiques, biologiques, environnementaux et notamment les conditions de travail. Cependant, il est possible d’adopter des stratégies et des interventions très variées, économiquement efficaces, pour promouvoir, protéger et rétablir la santé mentale. L’exemple de la dépression est frappant : le handicap qu’elle génère est le plus important parmi toutes les pathologies dans nos sociétés modernes. C’est-à-dire que le coût en années de vie perdues à cause du handicap est supérieur à celui des maladies cardiovasculaires, du diabète ou des cancers !

    Est-ce que les Français sont préoccupés par leur santé mentale ?

    Jean-Victor Blanc : La santé mentale est une question qui nous touche tous. Près de 3 Français sur 10 (29 %) nous confient avoir au moins une fois été atteints de troubles psychiques comme la dépression, les addictions, le burn-out l’anxiété ou les troubles bipolaires, ou encore par des idées suicidaires(1). Plus largement, 47 % de nos concitoyens déclarent avoir dans leur entourage proche (37 %) ou élargi (32 %) une personne ayant déjà été atteinte de troubles psychiques. Au total, plus d’un Français sur deux (53 %) est donc concerné par les troubles psychiques, directement ou par le biais d’un proche.

    Stéphane Mouchabac : Nous pensons que nous sommes préoccupés par nos états mentaux depuis toujours. Mais dans de nombreux cas, les maladies psychiques touchant la santé mentale sont perçues de manière négative, et les individus concernés se longtemps retenus d’en parler. Aujourd’hui, on encourage les personnes à en parler, à consulter, surtout les jeunes.

    Y a-t-il eu une évolution ces dernières années ?

    JVB : Les prises de parole de personnalités publiques et les œuvres culturelles sont indispensables pour sortir des tabous qui entourent encore la santé mentale. C’est quelque chose qui n’existait pas il y a 20 ans, une révolution qui vient de commencer. Lorsqu’une personnalité atteinte de troubles psychiques s’exprime à ce sujet et explique son parcours de rétablissement, c’est une puissante source d’espoir pour toutes les personnes concernées. En prime time sur TF1 en janvier 2022, Stromae n’avait pas hésité à chanter face caméra son titre « L’Enfer », révélant ses idées suicidaires à des millions de téléspectateurs. Cet évènement et le succès du titre ont marqué les Français. Le chanteur est en effet cité en tête des personnalités qui ont le plus contribué à comprendre les problèmes de santé mentale. Malgré cela, la santé mentale est encore un sujet tabou pour 70 % des Français et seulement 36 % d’entre eux osent partager leurs préoccupations concernant leur santé mentale avec leurs proches.

    La santé mentale est devenue un enjeu de société ?

    SM : Cela l’a toujours été ! Sauf que cet aspect prioritaire n’est peut-être pas accepté par tous. C’est une composante essentielle de la santé globale et l’OMS dit bien « qu’il n’y a pas de santé sans santé mentale ». C’est aussi un indicateur de l’état de nos sociétés !

    JVB : Aujourd’hui, ce qui est encourageant c’est qu’on n’a jamais autant parlé de la santé mentale que dans notre société et c’est vrai qu’il y a un vrai facteur générationnel autour des moins de 30, 35 ou 40 ans, qui parlent beaucoup plus librement du sujet. Finalement, la santé mentale devient un enjeu de société comme peuvent l’être l’écologie ou les questions de genre, de féminisme. On voit que ça concerne beaucoup de monde et que beaucoup de monde a quelque chose à dire sur le sujet. La conséquence de tout cela est qu’aujourd’hui, 88 % des Français estiment ainsi que la santé mentale n’est pas moins importante que la santé physique, 86 % jugent que la dépression est une maladie et 73 % que les problèmes de santé mentale ne sont pas une manière d’attirer l’attention, mais de véritables troubles.

    Comment les outils numériques peuvent être utilisés au service de la santé mentale ?

    SM : Les nouvelles technologies s’insèrent dans ce que nous appelons la e-santé. La e-santé englobe toutes les activités liées à la santé qui reposent sur les technologies de l’information et de la communication. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la e-santé est définie comme l’ensemble des « services numériques dédiés au bien-être individuel ». Nous voyons qu’il existe plusieurs niveaux d’utilisation. Pour augmenter l’accessibilité aux soins, en cas de déficit de praticiens ou d’accès difficile, les modèles de téléconsultation sont très pertinents. Mais ce qui est porteur d’espoir repose surtout sur l’intégration de l’IA dans nos pratiques.

    Les possibilités d’application de l’intelligence artificielle en psychiatrie incluent :

    • L’exploration de vastes bases de données pour dégager de nouvelles orientations de recherche clinique ou thérapeutique. L’analyse prédictive à partir de données diversifiées : passage à un état pathologique, tentatives de suicide, réponses au traitement, rechutes précoces.
    • L’aide au diagnostic : utilisation de l’IA pour analyser des biomarqueurs avec une spécificité accrue, permettant un affinement de la sémiologie différentielle, et l’identification des sujets à risque pour des interventions précoces.
    • Les agents conversationnels : analyse des symptômes et des émotions, ainsi que la fourniture d’une assistance thérapeutique.
    • Les traitements personnalisés : intégration des données individuelles pour proposer des options thérapeutiques plus adaptées. Un grand nombre de ces technologies sont innovantes et induisent des changements significatifs.

    (1) enquête Culture Pop & Psy réalisée en partenariat avec Doctolib et Odoxa

  • Les bonnes nouvelles pour l’environnement de 2023

    Les bonnes nouvelles pour l’environnement de 2023

    C’est un come-back qui est passé sous les radars. Au printemps dernier, les bousiers faisaient leur grand retour dans le sud-ouest de la France. Ces scarabées ont été réintroduits en avril dans les Landes où ils avaient disparu dans les années 1960. Si le retour d’insectes peut sembler anecdotique, c’est une vraie bonne nouvelle car ces scarabées jouent un rôle clé dans la dispersion de la matière. Ils devraient permettre de restaurer une fonction vitale de l’écosystème et de participer au foisonnement de la vie sauvage dans la réserve de l’étang de Cousseau. L’initiative participe d’une politique de réensauvagement qui a fait ses preuves pour le maintien et la restauration des écosystèmes, mais aussi pour la sauvegarde des espèces.

    Le retour de la vie sauvage

    Le réensauvagement ainsi que des politiques publiques de conservation et de sauvegarde efficaces ont permis un vrai retour de la vie sauvage en Europe. Le lynx ibérique pourrait bien être le symbole ultime de cette tendance. Il y a une vingtaine d’années, cet animal était le félin le plus menacé du monde. Il n’en subsistait d’ailleurs qu’une centaine dans le sud de l’Espagne. Aujourd’hui, grâce à un programme d’élevage en captivité, il y en aurait près de 1700 ! De quoi espérer que bientôt l’espèce ne soit plus menacée. En France aussi, les espèces sauvages sont de retour dans nos territoires. À titre d’exemple, la population de vautour fauve a augmenté de 51 % depuis 2012, les effectifs des populations de bouquetins des Alpes multipliés par 60 en plus de quarante ans.

    Autre continent, autre bonne nouvelle, en Afrique, l’emblématique rhinocéros reprend du poil de la bête. Le nombre de pachydermes comptabilisés sur le continent africain en 2022 est en hausse de 5,2% par rapport à 2021 selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Si l’on élargit le spectre plus loin dans le monde, les raisons d’espérer sont là encore nombreuses. Quelques années après les mégafeux de 2019, la biodiversité se refait la cerise en Australie. Cette année, 26 espèces animales ont ainsi été rayées de la liste des espèces en voie d’extinction. C’est notamment le cas de la baleine à bosse.

    Océans toujours, en octobre dernier, une coalition de 45 pays (dont la France) s’est engagée à donner 12 milliards de dollars pour protéger les coraux. Objectif du projet Coral Reef Breakthrough : protéger les coraux du changement climatique, de la pollution de l’eau et de la surpêche et doubler les zones de récifs coralliens placées sous protection d’ici 2030.

    Vers la fin de la déforestation de l’Amazonie ?

    Quelques autres décisions et événements marquants devraient avoir à court terme un impact sur la biodiversité. Une des bonnes nouvelles de l’année nous vient du Brésil et de l’Amazonie. Après des années de déforestation sauvage, le poumon vert de la planète reprend des forces. D’après des données officielles publiées par le gouvernement brésilien, la déforestation avait chuté en août de 66 % par rapport à juillet 2022. Le président du pays assurait d’ailleurs vouloir tout mettre en œuvre pour éradiquer totalement la déforestation illégale d’ici 2030.

    Moins de pollution

    Enfin plus proche de chez nous au Pays-Bas. L’aéroport de Schiphol-Amsterdam, va interdire à l’horizon 2025-2026 les vols de nuit et les jets privés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et les nuisances sonores. L’aéroport qui figure parmi les plus fréquentés d’Europe vise même une réduction de 10 % de ces vols à l’horizon novembre 2024. De quoi donner des idées à d’autres aéroports ? Et encourager les gens à privilégier le train ? Peut-être. L’équipe de France de football a décidé de tenter l’expérience. Killian Mbappé et ses partenaires devraient faire leur premier trajet en train sous le maillot bleu en mars 2024, à l’occasion d’un match amical prévu à Lyon.

  • Petite enfance : l’éducation par le jeu

    Petite enfance : l’éducation par le jeu

    « C’est vraiment la base du développement de l’enfant. » Pour Florence Dupont, directrice de crèche et éducatrice de jeune enfant (EJE) diplômée, le jeu est central pour tout enfant, des premiers mois jusqu’à ses 3 ans, et même pour la suite. C’est même inscrit dans la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, rédigée par les Nations Unies en 1989. L’article 31 met ainsi en avant le « droit au repos et aux loisirs, de se livrer au jeu et à des activités récréatives propres à son âge, et de participer librement à la vie culturelle et artistique » (1). Mais pas besoin de dizaines de jouets et encore moins d’écrans (rappelons cette règle tacite : pas d’écran avant 3 ans). Il faut surtout bien s’adapter à ses besoins – sans vouloir trop en faire.

    Diversité de jeux et d’apprentissages

    Jeux moteurs type toboggans, jeux de construction, livres d’images, jeux symboliques comme la poupée… Les façons de jouer sont nombreuses et favorisent chacune à leur façon le développement de l’enfant : de la compréhension de son corps et du monde à la découverte de l’autre et l’expression de ses émotions. C’est pour cela que miser sur leur diversité est essentiel. « Dans notre crèche, l’espace est aménagé pour que chaque enfant ait accès à tous types de jeu pendant la journée, en fonction de ses besoins », explique Florence Dupont. En alternance de ce temps en autonomie, des activités collectives sont proposées « avec des règles, ce qui est aussi important pour se construire, et bien sûr apprendre à être en société ». Durant sa formation, elle a pu apprendre et appliquer les théories pédagogiques de grands pionniers comme le Suisse Jean Piaget, premier à poser les grandes phases du développement de l’enfant, ou Maria Montessori, qui a largement réfléchi aux façons d’apprendre par le jeu.

    « On peut bien sûr très bien aussi ne pas fréquenter les crèches et grandir à la maison, souligne l’éducatrice. Dans ce cas, il est essentiel pour le parent d’être disponible, physiquement, mais aussi psychiquement, donc en mettant de côté son portable. Le jeu commun est important, mais également une simple présence par quelques encouragements est bénéfique. Il est par ailleurs très important pour l’enfant d’avoir du temps pour jouer seul, afin de développer son imagination et son autonomie. » Ce qui implique d’aménager la maison pour la rendre sécurisée et propice au jeu.

    C’est notamment ce que fait Jeanne, chercheuse en sciences sociales basée à Montpellier, avec son fils de deux ans et demi. « Il sait trouver ce qu’il veut dans nos placards, et on le laisse faire au maximum. C’est là qu’il va vraiment se concentrer sur ce qu’il fait. C’est le meilleur moyen de l’intéresser : on lui fait essayer des choses, même si souvent il change d’avis au bout de 10 minutes. Et quand il s’agit d’un atelier peinture pour lequel on a passé 30 minutes à bien préparer les choses, c’est assez décourageant. »

    Il faut donc beaucoup l’observer, ce qui n’est pas toujours simple quand on travaille : « On le confie à une assistante maternelle en journée, à qui on demande toujours ce qu’ils ont fait ensemble pour être bien au clair sur ce qui l’intéresse en ce moment. » Cette question de la disponibilité a également été difficile pour Frank, professeur de musique à Nantes. « À la naissance de mon premier fils, qui a bientôt 8 ans, je travaillais énormément et j’avais peu de temps pour lui. Je le regrette aujourd’hui, notamment parce que la disponibilité, ce n’est pas juste être auprès de lui, mais c’est aussi dégager du temps mentalement pour prendre un peu de recul sur les activités, ne pas être tout le temps dans l’improvisation. »

    Ce manque de temps l’a poussé à favoriser l’essentiel : le cadre affectif, avec des jeux tactiles comme chat. « J’ai un second fils de 3 ans, pour lequel j’essaye d’être plus présent, mais en réalité, il a moins besoin de moi pour jouer, car il est très sollicité par son grand frère. »

    Des jeux adaptés à tout âge

    Ce cadre émotionnel implique aussi de l’orienter vers des jeux adaptés. « Sinon, l’enfant risque de se retrouver trop souvent en difficulté et développer des frustrations, explique Florence Dupont. Dans les premiers mois, par exemple, l’enfant veut plutôt explorer les choses sensoriellement. Il va notamment tout découvrir par la bouche, il faut donc toujours lui proposer des objets qui ne présentent aucun danger. » Par la suite, il faut surtout bien coller à son rythme d’apprentissage.

    Un aspect que Frank a découvert sur le tas : « J’ai tenté très tôt des jeux pour lui apprendre sa gauche et sa droite, mais c’était prématuré. De toute façon, on ne peut pas faire autrement que suivre l’apprentissage de l’enfant : si ce n’est pas le bon moment, il est inutile de s’obstiner. » De son côté, Jeanne a appris à être dans l’accompagnement de ce rythme : « Quand on voit qu’il est très concentré et qu’il ne nous sollicite pas, on essaye de ne pas casser cette bulle. Ce qui fait que ça ne se passe pas toujours bien : parfois il va être frustré parce qu’il veut faire quelque chose de trop compliqué. À ce moment-là, notre rôle est de réajuster : changer de jeu ou bien l’aborder autrement, mais en tout cas de l’aider à retrouver le calme et la confiance. Parfois sans succès, mais c’est comme ça. » Par ailleurs, Florence Dupont rappelle que, du point de vue de l’enfant, tout est un jeu, même l’activité la plus sérieuse.

    La chercheuse Josette Serres, docteure en psychologie du développement, va même jusqu’à dire que le jeu est un concept d’adulte : « L’enfant ne joue pas, il explore, il fait des expérimentations, il veut comprendre, il veut chercher à comprendre le monde. » (2) Pour Florence Dupont, cela va de pair avec son rythme : « Observer les feuilles des arbres bouger, c’est déjà un jeu qui va aider sa créativité. Pour nous adultes, il s’ennuie, mais l’enfant qui est dans l’observation ne s’ennuie pas. Il ne faut pas avoir peur de le laisser être dans la pause. »

    Ne pas trop en faire

    Tout le monde a envie d’être un parent parfait. Mais il faut faire attention à ne pas trop en faire. Notamment dans l’organisation des jouets : « Plus il y a de jeux, plus l’enfant est perdu et ne sait plus choisir, appuie Florence Dupont. Mieux vaut laisser quelques jeux à disposition et les renouveler régulièrement que tout proposer d’un coup. » Et inutile de dépenser des fortunes : dans la nature ou dans les objets du quotidien, les sources de jeu enrichissantes sont infinies. Jeanne le constate chez elle : « En ce moment, il est dans une phase de mimétisme, donc il utilise beaucoup nos ustensiles de cuisine. »

    Autre tendance : l’envie de se renseigner sur tous les bons réflexes à avoir. Une intention louable, mais attention à l’abondance de ressources, en ligne ou ailleurs. « C’est peut-être par un réflexe de chercheuse, poursuit Jeanne, j’ai voulu collecter tous les bons conseils de jeune parent. Mais il y en a trop, et c’est difficile de bien se les approprier. » Florence Dupont abonde : « Il faut rester spontané, naturel, et garder son bon sens. Trop d’informations peuvent perdre les parents, d’autant qu’une information trouvée dans un livre peut finalement être mal comprise. Il vaut mieux se faire confiance, ou alors s’orienter vers des professionnels, par exemple la puéricultrice lors des visites mensuelles des premiers mois. » Et surtout ne pas avoir peur de faire des erreurs : « L’enfant expérimente par le jeu, et ses erreurs vont l’aider à comprendre les choses. Mais c’est pareil pour les parents. L’erreur est parfois bénéfique. » Peut-être faut-il au fond garder son âme d’enfant ?

    (1) https://www.unicef.fr/wp-content/uploads/2022/07/convention-des-droits-de-lenfant.pdf

    (2) https://lesprosdelapetiteenfance.fr/medias/videos/comprendre-les-competences-du-jeune-enfant-des-entretiens-videos-avec-josette-serres/que-represente-le-jeu-chez-lenfant

  • Loin des clichés, les bienfaits des jeux vidéo

    Loin des clichés, les bienfaits des jeux vidéo

    Le jeu vidéo, bouc émissaire

    « On a le sentiment, parfois, que certains d’entre eux vivent dans la rue les jeux vidéo qui les ont intoxiqués. » À l’été 2023, en marge des émeutes suite à la mort de Nahel, Emmanuel Macron signait ce constat un brin cliché, et déjà exprimé en France, ou ailleurs. Aux États-Unis, la thèse des jeux vidéo qui rendent violent ressort à chaque fusillade de masse. « Il n’y a aucune preuve légitime qui le prouve », balaye pourtant Milan Hung, psychologue clinicienne, spécialisée dans les usages du numérique et du jeu vidéo.

    Membre de l’observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique, elle reprend : « Le contraire a été prouvé par de nombreuses études. Avec un jeu vidéo, on exprime une agressivité courte et temporaire, comme l’on peut exprimer de la tristesse devant un film. Politiquement, le jeu vidéo a été utilisé comme bouc émissaire. C’est plus facile de critiquer les jeux vidéo que la politique vis-à-vis des armes à feu… » En vérité, les études prouvent que les jeux vidéo regorgent de bienfaits.

    Une heure de Call of Duty® par jour

    « Les jeux vidéo abrutissants » rendent en vérité plus intelligent, amorce Milan Hung : « On a eu beaucoup de preuves conséquentes sur les bienfaits cognitifs des jeux d’actions et de stratégie en temps réel. Les études se sont notamment penchées sur Call Of Duty® ou Starcraft II®. Cela a démontré que ce genre de jeu, sur une heure, améliore les compétences d’analyses, de réflexes, et d’attention focalisée. »

    Dans la pratique, les accros à la manette confirment, à l’image de Magalie, mère de famille accro à World Of Warcraft® (WoW, pour les initiés) : « Cet aspect cérébral est central à mes yeux, puisqu’il faut faire des quêtes, lire, chercher, réfléchir. » À tel point qu’avec son conjoint, cette infirmière a décidé de faire des jeux vidéo un pilier de l’éducation de ses trois enfants : « On est ouvert aux jeux vidéo, qui ont un vrai côté éducatif, d’apprentissage, notamment dans des jeux de réflexions où il faut chercher des solutions, à des jeux stratégiques, éducatifs, des mondes ouverts comme ceux de Mario, ou des jeux de construction comme Lego ou Minecraft. »

    Cette part de réflexion, c’est aussi ce qui a séduit Quentin, 32 ans, féru des jeux de stratégie et de gestion : « Dans ces jeux, tu n’es rien et tu crées tout. Il faut aller vite, mais pas trop, pour développer sa civilisation, son personnage. Quand tu gagnes, il n’y a aucune part de chance, c’est du mérite. » Cet ancien sportif de haut niveau y retrouve même l’adrénaline qu’il ressentait auparavant dans les piscines. Pour Loris, journaliste, jouer est aussi un outil pour… mieux travailler : « Les jeux de stratégie demandent une certaine réactivité entre la prise de décision et le timing, ça aide à analyser des situations en gardant son sang-froid, sans s’emballer. J’ai beaucoup progressé là-dessus, c’est utile quand je suis sous pression au travail. »

    Bijoux de culture

    Autre bénéfice des jeux vidéo : leur richesse culturelle. « Le jeu vidéo est vu à tort par certains comme un appauvrissement de la culture. L’exemple le plus frappant, c’est Assassin’s Creed Origins® », rappelle la psychologue Milan Hung. Les jeux historiques fourmillent en effet de détails, au point que Quentin, diplômé en histoire à l’université, assure « avoir plus appris sur Age of Empire® que dans certains amphis ». Loris, lui, a « du mal à accrocher à un jeu si c’est uniquement divertissant », et confie même n’avoir « aucun mal à pleurer devant un jeu vidéo, de la même manière que devant un film ».

    Outils de socialisation

    Enfin, les jeux vidéo sont vecteurs d’une sociabilité nouvelle, loin du cliché du joueur enfermé dans sa chambre. « Il peut aussi être un refuge face à des réalités parfois violentes, traumatisantes. Quand on n’arrive pas à créer des liens sociaux dans la réalité, les jeux vidéo peuvent pallier cette socialisation manquée », explique Milan Hung. Nos trois témoins affirment d’ailleurs tous avoir noué des amitiés fortes grâce aux jeux vidéo, d’abord en ligne, puis IRL (In real life, dans la vraie vie, ndr). « Le confinement a renforcé l’aspect social, je n’ai jamais autant joué en ligne avec des gens, parce qu’on était privé du contact physique », abonde Loris.

    « C’est d’ailleurs une excellente manière de dialoguer avec les patients, mais aussi entre parents et enfants », conseille Milan Hung. Elle ajoute : « Il faut s’y intéresser. Inscrire son enfant au théâtre ou au foot, et ne jamais aller le voir serait tout aussi grave que de ne pas parler de jeux vidéo avec lui. » Si le sujet reste teinté de nombreux clichés, les jeux vidéo n’ont en réalité jamais été aussi bénéfiques qu’aujourd’hui.

    Le 16 septembre dernier, le président Emmanuel Macron a d’ailleurs fait machine arrière sur X, en publiant un long plaidoyer pour les jeux vidéo, « une chance pour la France, pour notre jeunesse et son avenir, pour nos emplois et notre économie ».

  • L’importance du sourire dans les interactions sociales

    L’importance du sourire dans les interactions sociales

    Un outil de communication

    Le sourire aiderait à engager la conversation avec quelqu’un, à désamorcer des conflits ou à donner une meilleure image de soi en société. « On sourit rarement tout seul, souligne David Le Breton, chercheur spécialisé dans l’anthropologie du corps. Si on le fait, c’est généralement qu’on pense à quelqu’un ou à quelque chose d’autre. » Une invitation à l’échange, un moyen de communiquer, même quand on n’a pas les mots. Marie I., psychologue en PMI et en Établissement d’accueil de la petite enfance (EAPE), se définit comme quelqu’un de très souriant. Il faut dire que pour elle, le sourire est quasiment un outil de travail : il l’aide à entrer en relation avec les tout-petits, mais aussi à détecter d’éventuels problèmes. « Je suis toujours rassurée quand je vois un bébé me donner un sourire en réponse, raconte-t-elle. Je surveille ce sourire : c’est un signe de bon développement psychologique. »

    Un remède bon pour le corps et pour la tête

    L’acte de sourire, qui nécessite d’activer dix-sept muscles en même temps, aurait de nombreux bienfaits sur la santé : réduction du cortisol (« l’hormone du stress »), régulation de la tension artérielle ou encore, réoxygénation des cellules. Surtout, il libère de l’endorphine, également surnommée « l’hormone du bonheur ». Au point que certains professionnels de santé vantent les mérites de la « thérapie par le sourire », dont le principe est très simple : se sourire à soi-même quotidiennement devant le miroir.

    Toutefois, David Le Breton, auteur de l’ouvrage « Sourire : anthropologie de l’énigmatique », préfère nuancer le caractère absolument positif de ce geste : « Il peut avoir des tonalités très différentes : il y a des sourires de mépris, de supériorité, d’accueil ou de bienvenue. Il ne faut pas le prendre comme un singulier, mais comme un terme à toujours voir au pluriel. Ce qui détermine sa signification, c’est le contexte dans lequel il apparaît », resitue l’anthropologue.

    Une question d’imitation

    Le sourire s’apprend par mimétisme dès la naissance. « Les bébés sont programmés pour décrypter les visages humains et y répondre », résume Marie I. C’est notamment grâce aux neurones miroirs, essentiels dans la compréhension des intentions et des émotions d’autrui que le sourire devient contagieux. À l’inverse, difficile d’établir des relations sociales lorsque ces zones du cerveau fonctionnent mal. Pour exemple, un enfant atteint d’un trouble du spectre autistique aura peut-être du mal à reconnaître les expressions faciales, et donc, à entrer en relation avec les autres. « Un cercle vicieux, poursuit Marie I. On constate aussi un désintérêt de certains parents face à un enfant qui n’est pas dans l’interaction. »

    Une expérience datant des années 1970, intitulée « The still face experiment » (« l’expérience du visage impassible » en français), montre que lorsqu’une mère, face à son enfant, se fige et présente un visage inexpressif pendant deux minutes, le bébé montre des signes d’inquiétude et cesse également d’interagir. Avant de pleurer à chaudes larmes. « Heureusement, on ne mène plus ce genre d’expériences, rassure Marie I. Mais on voit bien la détresse affective provoquée. Cela marche dans les deux sens : le sourire est aussi la récompense du parent qui s’occupe de l’enfant. »

    On ne sourit pas qu’avec la bouche

    Pendant la crise sanitaire, la psychologue a eu la bonne surprise de constater que les tout-petits parvenaient encore à distinguer son sourire, même masqué. « Je pense qu’ils ont su repérer d’autres signes qui montrent que l’adulte est en relation positive avec eux », analyse-t-elle. La bouche, les yeux, la voix ou la posture, le sourire mettent en jeu le corps tout entier. « De manière moins forte que le rire », précise David Le Breton, qui a également publié une Anthropologie du rieur. Pour lui comme pour la psychologue, le rire serait une sorte de prolongement du sourire, avec un pouvoir supérieur. En y repensant, Marie I. ne peut s’empêcher de rigoler : « Le rire d’un bébé a quelque chose de délicieux. Il est tellement communicatif qu’il peut contaminer tous les adultes, même les plus ronchons. C’est l’arme ultime. »

  • Bébés multilingues : entre bienfaits et préjugés

    Bébés multilingues : entre bienfaits et préjugés

    Que ce soit les familles expatriées ou les familles dont le couple ne parle pas la même langue, beaucoup se posent des questions sur l’apprentissage linguistique. Thibaut et Suzanne en font partie : il y a un an, ces jeunes parents ont accueilli leur premier enfant, prénommé Hugo. Lui est français, elle est américaine et tous deux ont opté pour Copenhague, capitale du Danemark, comme lieu de résidence. Pourquoi faire simple ? « Avant la naissance, on a naturellement lu beaucoup d’articles en ligne, raconte-t-il. On s’est rendu compte qu’il y avait plusieurs écoles : certaines disent qu’il faut garder une langue à la maison et une langue pour l’extérieur. Mais ce qui revenait le plus souvent – c’est ce qu’on fait depuis – c’est que chacun parle sa langue maternelle. Autrement dit, moi le français, l’anglais pour ma compagne. »

    Une stratégie que valide Ranka Bijeljac-Babić, psycholinguiste et membre du Laboratoire Psychologie de la perception à l’université Paris-Descartes. « Le plus simple est que les parents parlent la langue dans laquelle ils se sentent le plus à l’aise », affirme-t-elle. Si pour certains parents, il s’agira de leur langue maternelle, cela peut aussi être une langue acquise plus tardivement, voire la langue du pays d’accueil. Le plus important : que l’enfant soit exposé à chaque langue, de manière équilibrée. « Par exemple, sur les livres qu’on achète, on s’assure qu’il ait autant de livres français qu’anglais, poursuit Thibaut. Même chose pour ses jouets qui parlent. »

    « Ni handicap ni retard »

    S’il n’y a pas de chiffre exact, on estime que plus de la moitié de la population mondiale est bilingue et que deux tiers des enfants dans le monde grandissent dans un environnement où se croisent plusieurs langues. Si les combinaisons linguistiques sont multiples, un élément rassemble les parents bilingues : ils doutent. Cela va-t-il défavoriser mon enfant ? Va-t-il se mettre à parler plus tard que les autres ? La psycholinguiste répond : « Maintenant, on le sait, les études qui existent dans le domaine scientifique sur l’acquisition du langage des enfants bilingues le disent : il n’y a pas de difficultés, il n’y a pas de handicap ni de retard. » Au contraire, le bilinguisme ou plurilinguisme comprend de nombreux bénéfices. Sur le plan cognitif, les enfants sont plus attentifs et repèrent plus facilement les changements. « Ils vont être capables d’utiliser certains processus cérébraux et mentaux, leur permettant de ne pas mélanger les langues, précise Ranka Bijeljac-Babić. Et s’ils la mélangent, contrairement aux idées reçues, ce n’est pas né d’une confusion. C’est juste la possibilité qu’ils ont, d’utiliser plusieurs registres, surtout lorsqu’au début, des mots leur manquent. »

    La psycholinguiste a également observé des avantages dits métalinguistiques. Elle s’explique : « Très tôt, les enfants bilingues ont une conscience linguistique, ils réfléchissent à leurs langues. Ils vont faire des comparaisons entre elles de façon totalement spontanée, inconsciente. Des connaissances que les enfants monolingues acquièrent ou utilisent seulement lorsqu’ils commencent à écrire. » Pour finir, on dit des petits plurilingues qu’ils sont plus tolérants. Ils acceptent plus facilement les difficultés de leurs interlocuteurs ou la non-maîtrise complète d’une langue.

    Une mémoire protégée

    Parler deux langues, c’est deux possibilités d’écrire le monde. « C’est une vraie richesse culturelle », ajoute Ranka Bijeljac-Babić. Un avis que partage le jeune couple franco-américain. Un an s’est passé, Thibaut et Suzanne constatent déjà l’éveil linguistique de Hugo. « Pour le moment, ça concerne des actions répétitives, celles qui composent sa routine du quotidien comme manger, faire dodo, les besoins primaires, observe-t-il. Même s’il ne comprend pas encore qu’il y a une langue d’un côté et une deuxième de l’autre, il comprend déjà des mots dans les deux langues. » Exemple : lorsque son père lui demande un bisou, le petit garçon va immédiatement faire le geste – sans doute le plus mignon – d’envoyer un baiser avec sa main en partant de la bouche. Si sa mère mentionne un « kiss » (l’équivalent en anglais, ndr), l’action sera la même. « Preuve qu’il fait déjà le pont entre nos deux langues maternelles. Il a compris que “bisou” et “kiss” veulent dire la même chose, sans pour autant saisir que d’un côté, c’est en français et en anglais de l’autre. »

    Au-delà d’une flexibilité mentale, parler deux ou plusieurs langues pourrait même avoir des bienfaits sur la santé, plus particulièrement sur la mémoire, rapportait le New York Times en avril dernier. Si l’hypothèse n’est pas nouvelle, une récente étude publiée dans la revue Neurobiology of Aging vient la consolider. Après avoir rassemblé près de 750 patients âgés de 59 à 76 ans, des chercheurs allemands ont constaté que « ceux qui déclaraient utiliser deux langues quotidiennement depuis leur plus jeune âge obtenaient de meilleurs résultats aux tests d’apprentissage et de mémoire », que les patients monolingues.

    Inutile de se forcer

    Attention, cela ne veut pas dire qu’il faut impérativement parler à son enfant dans deux langues différentes. Surtout si l’on en maîtrise qu’une seule. « Si vous souhaitez parler en anglais à votre enfant, pourquoi pas, mais si votre niveau est académique et non “naturel”, ne vous attendez pas à ce qu’il soit bilingue. Ce n’est jamais néfaste, mais la simplicité et le naturel prévalent à tous les projets linguistiques que les parents peuvent avoir parfois à la naissance. » Et qu’en est-il de l’accent ? Certains enfants en garderont un, d’autres non.

    « Les gens pensent à tort que l’accent serait la mesure de la maîtrise de la langue. Lorsqu’on apprend deux langues étant petit, on va certainement acquérir de “bons accents” dans les deux langues. Mais une langue va tout de même dominer, influant donc sur l’accent. Ce qui est sûr, c’est que l’accent ne change en rien la maîtrise de la langue. » En août dernier, Hugo a rejoint l’équipe des pingouins au sein d’une crèche danoise. Seul hic : aucun de ses parents ne maîtrise la langue scandinave. « Ce sera l’occasion pour nous d’apprendre enfin trois mots, s’amuse le jeune père. Plus sérieusement, il n’y a aucun souci à ce que notre fils maîtrise le danois, on s’assurera juste de toujours prioriser le français et l’anglais », confie-t-il avant de rappeler l’un des points les plus importants du bilinguisme : une langue non pratiquée, c’est une langue perdue.

  • Vers qui se tournent les ados pour parler de leurs problèmes ?

    Vers qui se tournent les ados pour parler de leurs problèmes ?

    L’ado qui va mal, dans l’imaginaire collectif, relève presque de la banalité. Cheveux gras, humeur lunatique, insolence… Cette crise qu’hommes et femmes traversent à la puberté est un topo parfaitement intégré. Au-delà d’une série de changements corporels, l’adolescence marque par son lot d’angoisses. Les adultes ont beau répéter que « ça va passer », que « c’est qu’une période » et que « ça ira mieux après », personne n’y croit. Les peurs sont diverses et parfois se rallient entre elles : peur d’être rejeté, peur d’abandon, peur de l’échec, peur d’être différent, peur de l’avenir… Comme le disait si bien François Truffaut : « L’adolescence ne laisse un bon souvenir qu’aux adultes ayant mauvaise mémoire. »

    Plus de quatre ados sur dix touchés par des troubles anxieux

    Sauf que voilà : depuis les confinements, pédiatres et pédopsychiatres ne cessent d’alerter sur la dégradation mentale des jeunes. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : ils sont plus de quatre sur dix à être touchés par des troubles anxieux(1). Comment l’expliquer ? D’abord, il y a l’actualité. « Depuis trente ans, le champ sémantique de la “crise” irrigue les discours politiques et alimente les flashs infos. Qu’il s’agisse d’économie, de terrorisme ou de pandémie, les crises se succèdent indéniablement. Les adolescent·e·s d’aujourd’hui sont les enfants de ces secousses », écrit la Fondation Jean-Jaurès. Sans surprise, l’état de la planète et de la nature préoccupe les jeunes : 54 % d’entre eux se déclarent stressés lorsqu’ils en entendent parler. Même pourcentage pour ce qui est des violences faites aux enfants. « Perso, mon stress concerne plus les études, confie Jeanne, lycéenne âgée de 17 ans. Surtout lorsque tu es en dernière année de cursus. Tous les ans, on a droit à une nouvelle réforme qui change tout notre planning. Les profs nous mettent la pression, on ne se sent pas soutenu. Ça nous stresse et surtout, on ne sait pas vers qui se tourner – à part nos ami·e·s qui sont dans la même situation… Bref, c’est la galère. »

    « C’est la honte d’aller voir la psychologue scolaire »

    L’adolescente reconnaît quelques avancées, notamment pour la sexualité : « Récemment, un grand van s’est installé dans la cour du lycée. On pouvait se renseigner, poser des questions. Et si on avait des problèmes, on pouvait aussi en parler. » Malheureusement, ce progrès se voit terni par un autre sujet : le harcèlement scolaire. Selon les dernières statistiques publiées en 2023, entre 800 000 et 1 000 000 d’élèves seraient victimes de harcèlement chaque année, soit 6 à 10 % des effectifs. Alarmant. « Dans mon ancienne classe, une fille se faisait harceler par des camarades, regrette Jeanne. Mais elle n’a jamais rien dit, on ne l’a su qu’en fin d’année qu’elle avait quitté le lycée en raison de ce harcèlement. » Si le mal-être appelle à la parole, à la verbalisation, encore faut-il avoir conscience du problème. « Un trait saillant de notre enquête est l’absence de prise de conscience de la nécessité d’un suivi psychologique chez les adolescent·e·s, écrit la fondation Jean-Jaurès. Pire peut-être, ils ou elles déclarent même aller relativement bien. » Dans les rares exceptions où l’adolescent·e reconnaît son anxiété, il ou elle choisira d’abord de se confier à ses proches : 56 % affirment ainsi parler à leurs parents, 58 % déclarent se tourner vers leurs amis.

    Pour Jeanne, ce sont les ami·e·s avant tout. « Ça dépend des personnes, mais j’ai l’impression que beaucoup de jeunes préfèrent cacher des choses à leur famille. Pour parler de nos problèmes, on privilégie les ami·e·s, et on évite les adultes. » Pas étonnant donc, d’apprendre que plus de huit adolescent·e·s sur dix en situation de mal-être ne sont pas allés se confier à un·e psychologue, psychiatre, médecin, infirmier·ère de l’établissement scolaire ou encore professeur·e. « De ce que j’entends, c’est la honte d’aller voir la psychologue scolaire, observe la lycéenne. Se confier à un adulte, c’est bizarre. Pour nous, aller voir un psychologue, c’est avoir un problème vraiment très grave. »

    58 % des ados se tournent vers leurs ami.e.s

    56 % vers leurs parents

    En cas de mal-être, 38 % se rabattent sur les réseaux sociaux

    Autre problématique : « parler » ne veut pas toujours dire échanger de façon orale et de visu. Lorsqu’ils se sentent mal, les adolescents semblent avoir tendance à se tourner vers les écrans – téléphone, télévision, tablette ou jeux vidéo) de manière massive : « Presque deux tiers d’entre eux (62 %) regardent plus souvent l’écran que d’habitude en cas de mal-être, rapporte la Fondation Jean-Jaurès. De même, plus d’un tiers des adolescent·e·s (38 %) se rabat sur les réseaux sociaux en situation de mal-être. » Pour donner une idée, les ados passent en moyenne presque trois heures quotidiennes sur le smartphone et jusqu’à six heures par jour sur les écrans.

    (1) Enquête Fondation Jean-Jaurès sur 1 000 jeunes Français âgés de 11 à 15 ans

  • Cyberharcèlement et santé mentale : « le début de l’adolescence est un moment critique »

    Cyberharcèlement et santé mentale : « le début de l’adolescence est un moment critique »

    Les réseaux sociaux ou encore les jeux vidéo en ligne peuvent avoir un impact négatif sur la santé mentale des jeunes. En quoi ces plateformes sont-elles un terrain fertile pour le harcèlement ?

    Pascal Minotte, psychologue et chercheur au Centre de référence en santé mentale (CRéSaM) à Namur, en Belgique : C’est vrai que dans l’imaginaire collectif, l’impact pressenti de ces plateformes est plutôt négatif, mais il y a des nuances à apporter. À savoir, pour ce qui est de l’usage des médias sociaux par les adolescents, qu’on observe un léger impact négatif en moyenne et non pas de raz-de-marée de dépression ou de troubles anxieux. Ce qui veut dire aussi, puisqu’on parle de moyenne, que pour certaines personnes, c’est aussi une ressource et une aide. Pour ce qui est du cyberharcèlement, il s’articule généralement à des problématiques de présentiel et à du harcèlement scolaire classique, phénomène qui existe d’ailleurs depuis très longtemps. Pour avoir interviewé beaucoup d’ados confrontés à ces situations, ils ne font d’ailleurs pas spécialement la distinction entre harcèlement et cyberharcèlement. Ce dernier apporte néanmoins certaines nouveautés, comme la question des photos compromettantes.

    Romain Huët, maître de conférences en sciences de la communication à l’Université Rennes 2 : Le type d’interactions qu’engagent les réseaux sociaux sont des interactions assez lâches notamment du fait de la possibilité de l’anonymat, mais aussi des contraintes techniques de l’énonciation qui favorisent souvent des interactions extrêmement brèves et en rafale. La distance affective et la distance des corps font que la présence d’autrui ne produit pas la même tonalité affective quand on s’entretient avec lui et qu’on s’autorise peut-être plus de choses que dans la vie ordinaire. L’exercice de l’empathie est beaucoup plus facile dans une co-présence physique que derrière un écran.

    20% des jeunes

    auraient déjà été exposés à du cyberharcèlement et des cyberviolences.(1)

    Quelles sont les spécificités de cette forme renouvelée du harcèlement scolaire et de son impact sur la santé mentale ?

    Pascal Minotte : Il n’y a pas de symptôme spécifique au cyberharcèlement. On trouve chez les jeunes victimes potentiellement tous les symptômes classiques des ados qui ne vont pas bien, comme la détérioration de l’estime de soi. Cela va se manifester à travers des maux de ventre, des maux de tête, de l’absentéisme important à l’école… Bien sûr, l’impact est d’autant plus négatif que la situation est grave et dure longtemps. Ensuite, il y a effectivement des catégories de population, en particulier les 9-13 ans, pour lesquels la prévalence du harcèlement est plus importante. Si on prend le phénomène cyber, on observe que le début de l’adolescence est un moment critique. C’est le moment où les enfants entrent au collège, ils passent dans un autre système où ils ont plus de responsabilités. Et c’est surtout le début de la puberté, les adolescents se cherchent autant en termes d’identité que de sexualité et de rapport aux autres. L’autre chose que l’on observe est que le cyberharcèlement touche en fait autant les filles que les garçons en termes de fréquence, mais que la détresse psychologique que cela entraîne est en moyenne plus importante chez les jeunes filles. Le harcèlement en ligne s’attaque en effet directement aux marqueurs de l’identité féminine, à savoir l’apparence physique, la notion de « respectabilité » – toutes les choses pour lesquelles le regard du public sera plus indulgent concernant les adolescents et les hommes en général. Pourtant le fait de partager des photos intimes n’a rien à voir avec le respect. On a affaire à des phénomènes, en particulier le revenge porn, qui sont éminemment sexistes. Il y a beaucoup de choses à déconstruire en termes de stéréotypes de genre.

    Romain Huët : Parmi les thématiques développées par les jeunes faisant appel aux associations de prévention contre le suicide [Romain Huët a été bénévole écoutant dans une telle association, ndlr], celle du harcèlement en faisait partie. Mais de manière générale, il était surtout question de la difficulté à nouer des rapports avec autrui et à s’épanouir relationnellement. Ce qui m’avait marqué dans l’étude que j’ai faite sur la souffrance, y compris chez les jeunes, c’est le très grand sentiment de solitude quand bien même la personne est très bien entourée. Sur les réseaux sociaux, autrui est toujours atteignable et on peut être sur des sujets de conversation extrêmement différents avec 4 ou 5 personnes en même temps. Cela modifie très clairement les rapports sociaux, la capacité à accorder de l’attention à l’autre. Cette solitude peut ainsi s’exprimer de plein de manières différentes, notamment par la difficulté à nouer une certaine consistance relationnelle.

    Lire aussi : Comment savoir si votre enfant est un harceleur ?

    Comment préserver la santé mentale des jeunes face aux phénomènes de cyberharcèlement ?

    Romain Huët : Il faudrait peut-être déjà repenser dès l’école cette relation à autrui sur les réseaux sociaux mais pas seulement. Aujourd’hui, on va faire des cours d’éducation civique mais on réfléchit assez peu à ce qu’est un rapport à autrui alors que c’est la chose la plus nécessaire à nos existences. Pour moi, il faut une vraie politique de l’attention à l’autre et de la sensibilité. Il y a une tendance à une désensibilisation massive, à un assèchement affectif assez fort qui fait qu’on a un rapport beaucoup plus brutal au monde. Je pense que c’est lié au contexte social qui favorise des rapports de concurrence et de compétition.

    Pascal Minotte : Il faut aussi aider les jeunes à identifier ce qu’est le harcèlement parce qu’ils n’en n’ont pas toujours conscience, surtout les plus jeunes. Quelle est la différence entre le fait de faire une plaisanterie ou de taquiner quelqu’un et le fait de harceler ? Pour moi, il y a une coresponsabilité de l’école et des parents dans l’éducation des enfants sur ces sujets. La première chose à faire en tant que parent est d’avoir soi-même un comportement exemplaire. Quand on parle de gestion des émotions, certains adultes prêchent la bonne parole mais sont eux-mêmes en grande difficulté au moment de partager leurs émotions avec les enfants.

    Lire aussi : Le body shaming chez les ados et ses impacts sur leur santé mentale

    Quel rôle les plateformes ont-elles à jouer selon vous ?

    Romain Huët : Il est intéressant de regarder comment les interactions sont organisées techniquement et comment elles participent à configurer le dispositif d’interaction. Par exemple, le pouce « j’aime » ou le cœur sont des façons très peu élaborées pour montrer son sentiment à l’égard d’une information. Par exemple, vous mettez une photo sur Instagram qui obtient 45 cœurs. Comment pouvez-vous être rassuré sur la reconnaissance ou sur ce que cela signifie vraiment ? Ces interactions peuvent aussi entraîner des formes de violences beaucoup plus crues : quand on réagit en 280 caractères [sur Twitter, ndlr], il y a des risques que ce soit plus violent parce qu’on n’utilise pas toute la subtilité du langage. L’enjeu serait donc de densifier ces interactions, de donner plus de possibilités de nuance.

    Pascal Minotte : Certaines plateformes comme Instagram mettent en place des choses pour signaler les abus ou bloquer quelqu’un sans que la personne ne soit au courant. C’est très bien mais ça vient toujours en complément de l’éducation aux médias et de l’éducation tout court. Je trouve quand même intéressant d’insister aussi sur le fait qu’Internet, notamment pour les minorités qui sont souvent victimes de cyberharcèlement, peut aussi être une ressource. Les personnes LGBTQ+, par exemple, témoignent souvent du fait qu’au début de leur adolescence, c’est sur les médias sociaux qu’elles ont pu trouver des interlocuteurs avec lesquels partager leur vécu.

    L’Essentiel de l’article

    • Le cyberharcèlement est souvent en prolongement d’un harcèlement en « présentiel »
    • L’anonymat et la distance physique donnent une impression d’impunité aux harceleurs
    • Les réseaux sociaux peuvent aussi être des ressources pour trouver de l’aide et du soutien

    (1) Association E-enfance

  • Les couleurs de son logement ont-elles un impact sur le bien-être ?

    Les couleurs de son logement ont-elles un impact sur le bien-être ?

    Couleurs et résonnance

    En 1810, Goethe découvrait que la couleur provoquait chez le spectateur une résonance émotionnelle. Son Traité des couleurs servit d’inspiration à nombre de théoriciens de l’art, scientifiques et artistes. Preuve en est qu’un siècle plus tard, en 1911, Kandinsky publie sa propre théorie des couleurs, selon laquelle la couleur peut être choisie soit pour sa résonance psychologique, soit pour l’effet qu’elle produit sur l’œil. La psychologie des couleurs a toujours fasciné. Dans un monde où l’on est en recherche de bien-être, elle est un élément clé de la décoration de son logement. « Les couleurs ont un impact émotionnel, psychologique et sensitif considérable sur le bien-être de chacun. Selon l’état émotionnel et psychique du moment et de chaque individu, on ne reçoit pas la couleur de la même façon. On parle d’effet thérapeutique des couleurs », explique Mariane Sauzet. Après vingt-deux ans de recherches, cette architecte d’intérieur a créé la méthode « Color Deco Therapy », ou l’art du bien-être décoratif thérapeutique.

    L’objectif ? Proposer un test de 20 questions permettant de trouver sa « couleur totem » pour « réactiver ses énergies ». « Choisir les couleurs de son espace de vie ne s’improvise pas. On a souvent tendance à suivre les couleurs habituelles par confort ou à la mode parce qu’il “faut que socialement ce soit beau”. Mais si l’on utilise une couleur dont on n’a pas du tout besoin à ce moment-là, elle peut avoir l’effet inverse sur nous », nuance la spécialiste.

    Identifier ses besoins émotionnels

    Si l’on décide de changer la couleur de nos murs, il faut avant tout identifier ses propres besoins émotionnels du moment et ce qu’on souhaite apporter à la pièce. De la bonne humeur ? Du réconfort ? De l’apaisement ? De l’espace ? Du sommeil ? De la concentration ? De la communication ? Les palettes de couleurs sont immenses et chacune correspond à des besoins et des émotions particulières. Pour réactiver son corps et son énergie, stimuler les relations sociales, mieux vaut opter pour des couleurs chaudes. Le jaune, par exemple, couleur du soleil et de l’énergie, favorise la joie, l’optimisme et la confiance en soi et facilite les échanges.

    « Il est idéal quand on traverse une période de grand questionnement ou de transition professionnelle ou personnelle », souligne Mariane Sauzet. Quand la couleur orange dynamise et vitamine, le rouge évoque la chaleur, la puissance, la passion, mais aussi l’enracinement. Mais, en abuser peut créer un environnement trop agressif, épuisant ou oppressant. Romane, 25 ans, regrette d’avoir dormi, enfant, dans une chambre rouge vif. « Pendant la nuit, je faisais beaucoup de cauchemars, de terreurs nocturnes et j’étais somnambule. Cette couleur a certainement joué sur mon état émotionnel. »

    Le bleu pour la sérénité et la tranquillité

    Lorsqu’ils ont rénové leur logement, Romane et son conjoint se sont creusés les méninges sur les besoins correspondants à chaque pièce. « Dans le salon, une pièce dynamique et chaleureuse, on a peint les murs en terracotta pour favoriser le lien social. En revanche, pour la chambre, un lieu de tranquillité et de repos, c’était évident de mettre du bleu », précise la jeune femme. Même son de cloche pour Tom, 28 ans, qui a opté pour les couleurs lin et bleu nuit dans les chambres. « Je vois ces pièces comme des cocons, propices à des couleurs douces et pas trop agressives. Je m’imagine mal dormir dans une chambre jaune fluo », confie-t-il.

    Incontestablement, le bleu symbolise la sérénité, la relaxation ou la méditation. « Il apaise, restimule et peut aussi répondre au besoin de se concentrer. Cette couleur est idéale dans les bureaux de chefs d’entreprise très angoissés, illustre Mariane Sauzet. Tandis que le turquoise répond au besoin de se nettoyer, de se purifier et de se ressourcer. » Pas si loin dans le spectre des couleurs apaisantes, on retrouve le vert, symbole de la nature et du renouveau, qui inspire la croissance, l’équilibre et la vitalité. La couleur par excellence de la santé et du bien-être. Tom l’a choisie pour son salon, Romane pour sa cuisine. « Le vert est pour moi synonyme de bonne santé, d’harmonie et de concentration », confie-t-elle.

    Un style blanc ?

    Les personnes en plein questionnement spirituel peuvent miser sur le violet, connu pour sa capacité à stimuler l’intuition et à créer une atmosphère méditative. Celles qui ont besoin de calmer les émotions et de réchauffer le cœur choisiront plutôt des couleurs proches du magenta. Si les couleurs de son habitat ont un véritable impact sur notre état émotionnel, qu’en est-il du style blanc, épuré ? « Une chambre toute blanche est ce qu’il y a de pire. Si esthétiquement c’est un style, énergétiquement ça n’amène rien », juge l’architecte. Pour Romane, il était évident « de laisser des murs blancs dans chaque pièce, au risque de me sentir enfermée et oppressée. » L’inverse, un excès de couleurs, est aussi une prise de risque. Nul doute pour Mariane Sauzet : « Trop de couleurs est synonyme d’overdose. C’est comme tout, il est essentiel de les utiliser avec modération. »

    Locataire ou propriétaire, l’important est de se sentir bien chez soi

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  • Cancer dès 30 ans : comment se faire diagnostiquer ?

    Cancer dès 30 ans : comment se faire diagnostiquer ?

    Sein et col de l’utérus : dépistages nécessaires dès 25 ans

    Si l’âge moyen lors de la détection d’un cancer du col de l’utérus est de 51 ans, les infections à VPH (virus du papillome humain) sont fréquentes chez les femmes de moins de 30 ans. Il est recommandé de faire un premier dépistage du cancer du col de l’utérus dès 25 ans, puis tous les 3-5 ans entre 30 et 65 ans.

    Autre cancer à surveiller : celui du sein. Environ 10% des cas concernent des femmes âgées de moins de 35 ans. Il est ainsi recommandé de faire tous les ans dès 25 ans, un examen clinique des seins (palpations), par un.e gynécologue ou une sage-femme.

    Mélanomes : se protéger du soleil

    Le mélanome est la plus grave forme de cancer cutané. Mais dépisté précocement, il est tout à fait guérissable. Avec 15 000 nouveaux cas par an et 1 700 décès en France, le nombre de mélanomes double tous les 10 ans, particulièrement chez les personnes de 30 à 40 ans. Comme le rappelle le centre Gustave Roussy, expert mondial de la recherche sur le mélanome, les rayonnements ultraviolets naturels ont des effets nocifs sur la peau et l’exposition solaire est le principal facteur de risque.

    Se protéger des coups de soleil est primordial, c’est pourquoi juste avant l’été, une grande campagne de prévention relayée par le site web du centre a été organisée, avec les meilleures techniques de prévention de ce cancer de la peau particulièrement agressif. Rechercher l’ombre, éviter de s’exposer entre 12 h et 16 h l’été, appliquer toutes les deux heures une crème solaire avec un indice maximal… Les enfants doivent être encore plus protégés, puisque leur peau est plus fine et que leur système pigmentaire est encore en construction : vêtements longs, casquette et lunettes doivent absolument faire partie de leur panoplie estivale ! Il faut se rappeler que les coups de soleil, surtout ceux reçus dans l’enfance sont le signe d’une trop longue exposition solaire et donc d’un risque accru de développer plus tard un cancer de la peau.

    « On n’imagine pas que ce cancer puisse réellement arriver. J’ai une ancienne camarade de mon école qui est décédée à 36 ans des suites d’un mélanome. C’est arrivé très vite. Elle a laissé un mari et des enfants. Depuis ce jour, je fais très attention, et me protège réellement du soleil ! », raconte Mattéo, 39 ans.

    Une surveillance régulière de ses grains de beauté doit être effectuée pour détecter le plus précocement possible tout signe suspect. Tout d’abord grâce à un autoexamen de la tête aux pieds, sans oublier les zones peu visibles, et en utilisant la technique ABCDE (voir encadré). Tout grain de beauté ou tâche pigmentaire qui change de taille ou de couleur, qui démange, saigne ou présente un aspect rugueux ou perlé doit faire l’objet d’un avis médical rapide. La surveillance doit aussi se faire lors de rendez-vous réguliers avec un dermatologue, jusqu’à une fois par an pour les personnes présentant des facteurs de risque. Si le mélanome est un cancer qui peut être très agressif, certaines techniques permettent donc de s’en protéger, et de le détecter précocement, afin d’obtenir de bien meilleures chances de guérison.

    Règle ABCDE pour l’étude des grains de beauté :

    • A pour Asymétrie
    • B pour Bords irréguliers
    • C pour Couleur inhomogène
    • D pour Diamètre
    • E pour Évolution

    Le cancer du testicule : le plus fréquent chez l’homme jeune

    Même si les cancers du testicule sont assez rares globalement puisqu’ils représentent 1 à 2 % des cancers masculins, les jeunes sont les plus touchés puisqu’il s’agit du cancer le plus fréquent de l’homme entre 15 et 35 ans. De plus, ces trente dernières années, une augmentation de leur fréquence a été constatée, heureusement couplée avec d’importants progrès thérapeutiques qui ont permis de diminuer la mortalité associée. Les facteurs de risques du cancer du testicule sont principalement la cryptorchidie (testicule non descendu) ainsi que l’exposition à certaines substances chimiques comme le benzène, les hydrocarbures, les pesticides et le bisphénol A, même si ce n’est pas encore scientifiquement totalement établi.

    Apprendre à palper ses testicules à la recherche d’une grosseur anormale est une mesure de dépistage qui doit être effectuée régulièrement. D’autres signes peuvent se manifester comme une sensation de lourdeur, une gêne ou une douleur qui persistent dans le temps. Le testicule dans son ensemble peut gonfler et augmenter de volume, parfois de façon soudaine. En cas de doute, une consultation médicale rapide s’impose.

    En conclusion, s’il existe de nombreux facteurs de risques d’apparition des cancers, qu’ils soient internes ou externes, la moitié des cancers détectés chaque année pourraient être évités en changeant nos comportements quotidiens.

    Chiffres sur le cancer : https://www.frm.org/recherches-cancers/cancers-en-chiffres

    Site de Gustave Roussy : https://www.gustaveroussy.fr/fr/un-ete-sans-melanome-cap-sur-la-prevention-gustave-roussy

    Le cancer du testicule : https://www.e-cancer.fr/Patients-et-proches/Les-cancers/Cancer-du-testicule/Les-points-cles

    La moitié des cancers pourraient être évités : https://www.e-cancer.fr/Acces-thematique/Prevention-des-cancers