Étiquette : Bien-être

  • Phobies handicapantes socialement : comment les surmonter ?

    Phobies handicapantes socialement : comment les surmonter ?

    À 27 ans, Olivier n’a pas de voiture ni même de permis de conduire. Ce développeur web n’a jamais tenu un volant ni poussé la porte d’une auto-école. Il souffre d’amaxophobie, la peur de conduire. « Il y a dix ans, au moment où mes amis ont commencé à faire de la conduite accompagnée avec leurs parents, j’ai compris que ça ne m’intéressait pas du tout d’apprendre à conduire, se souvient le jeune homme. Il m’arrivait souvent de faire des cauchemars dans lesquels j’étais au volant d’un bolide, sans savoir comment le manœuvrer, ni l’arrêter. Après mon diplôme, j’ai été recruté par une boîte à New York, où on se déplace surtout en métro et en taxi. » Mais à son retour en France, l’année dernière, il comprend que les choses seront plus compliquées. « Je travaille maintenant dans des locaux situés dans une zone périurbaine qui n’est desservie que par quelques bus, explique-t-il. Je fais beaucoup de covoiturage avec des collègues, car je me sens incapable de prendre des cours de conduite. » Pour tenter de remédier à son amaxophobie et gagner en autonomie, Olivier a suivi une dizaine de séances d’hypnose. Mais les résultats ne sont pas très concluants. « J’ai appris quelques techniques de respiration pour moins paniquer en pensant à la route, mais je suis toujours incapable de m’imaginer à la place du conducteur », déplore-t-il.

    Des conséquences dramatiques

    De son côté, Louisa, cadre dans l’industrie pharmaceutique et âgée de 39 ans, se démène depuis des années pour se débarrasser de son arachnophobie (la phobie des araignées). « J’ai essayé la sophrologie, le yoga et la méditation, mais rien n’y fait, regrette-t-elle. Rien que l’idée qu’une de ces bestioles peut se trouver dans la même pièce que moi me terrifie. » Si on entend souvent parler d’acrophobie (la peur de la hauteur), d’astraphobie (la peur des orages) ou de zoophobie (la peur des animaux, notamment des chiens), beaucoup d’autres phobies sont également assez répandues. Selon Anne-Victoire Rousselet, psychologue et psychothérapeute spécialisée en thérapies comportementales et cognitives (TCC), la plus fréquente est la phobie sociale. « C’est la crainte du jugement négatif de l’autre, précise-t-elle. Ça peut être de l’anxiété de performance, qui se traduit parfois par la peur d’avoir de mauvaises notes. Cette anxiété sociale s’exprime dans tous les groupes sociaux et commence vers 10 ou 12 ans, au moment où on prend conscience que le jugement de l’autre est important. » Or les conséquences peuvent être dramatiques. « Cette anxiété peut pousser à consommer de la drogue pour ne pas déplaire aux camarades, ou à voler pour obéir au caïd de la classe, par peur de son jugement » déroule la psy. Elle donne quelques autres exemples de phobies relativement courantes, comme l’agoraphobie (la crainte de ne pas pouvoir s’échapper ou être secouru), l’hématophobie (la peur du sang), l’émétophobie (la peur de vomir), la nosophobie (la peur d’être contaminée par une bactérie, qui a explosé avec le Covid-19), ou encore, la phobie scolaire.

    Un traitement efficace en quelques séances

    Anne-Victoire Rousselet ajoute que si une phobie n’est pas traitée, il y a un risque de les cumuler : « S’ils ne se soignent pas, les gens finissent par généraliser, c’est-à-dire par avoir de plus en plus de phobies. » La spécialiste des thérapies comportementales et cognitives rappelle que trois types de facteurs peuvent expliquer les troubles anxieux : d’abord, les facteurs biologiques, génétiques, héréditaires, puis, l’éducation, et, enfin, les expériences de vie. Mais, surtout, elle assure qu’il existe une méthode en deux temps pour traiter les phobies. Bonne nouvelle ! La première phase consiste en l’apprentissage d’une stratégie pour se détendre, notamment par des exercices de respiration et de relaxation. Elle dure une quinzaine de jours. « Une fois que l’on maîtrise cette stratégie, explique Anne-Victoire Rousselet, on démarre l’exposition progressive. On hiérarchise ses anxiétés et on s’expose d’abord à la moins invalidante, puis à toutes les situations d’anxiété, en s’interdisant les stratégies d’évitement. Par exemple, pour les acrophobes, on commence en haut de deux marches, puis des escaliers, etc. » Selon l’experte, six à huit séances suffisent pour en finir avec une phobie. Pourquoi attendre ?

  • Les vans gynéco au service de la santé des femmes

    Les vans gynéco au service de la santé des femmes

    4 septembre 2023. Ce matin, sur le parking faisant face à l’église de Royville – petite commune de 300 habitants en Seine-Maritime –, un étrange camion rose de 13 mètres de long y est garé. Il s’agit du Mammobile : un centre de dépistage du cancer du sein itinérant. Sur la devanture, on peut lire : « On a toutes à y gagner. » N’oublions pas que détecté tôt, le cancer du sein guérit dans 9 cas sur 10, d’où l’importance du dépistage.

    Le van rose n’en est d’ailleurs pas à sa première tournée de prévention. Après avoir sillonné l’Eure, le Calvados et la Manche, c’est désormais dans les communes de Seine-Maritime les plus éloignées des centres de radiologie (au moins 15 minutes en voiture) qu’il s’est installé, proposant un dépistage gratuit aux femmes de 50 à 74 ans. Ce projet est mené depuis mars 2022 par l’unité Anticipe du centre de cancérologie François-Baclesse de Caen et le Centre régional de coordination des dépistages des cancers de Normandie. « Dès l’instant où les femmes s’éloignent des centres de radiologie, la participation est moins importante, c’est un frein connu. On essaie de démontrer la plus-value d’un Mammobile qui vient au plus près des femmes », expliquait à France Bleu en avril dernier, Marie-Christine Quertier, médecin directeur du CRCDC en Normandie.

    Et bien que passer une mammographie dans un camion est loin d’être orthodoxe, l’intérieur du cabinet est on ne peut plus traditionnel. « Quand les femmes arrivent, elles sont accueillies par la secrétaire, ajoute la médecin. Elles voient ensuite la manipulatrice qui va réaliser l’examen, puis le médecin qui fait la palpation, interprète la radio et fait une échographie si besoin. »

    Isolement et état de santé plus dégradé

    Direction la région Auvergne, où un autre camion baptisé Opti’soins vient en aide aux femmes isolées, mais pas n’importe lesquelles : les femmes enceintes. « Le projet de départ est né sur une cartographie de l’Auvergne, racontait Julie Duclos, sage-femme et échographiste, à la chaîne Brut. Il a été montré que sur ces quatre départements (l’Allier, le Cantal, la Haute-Loire et le Puy-de-Dôme, ndr), il y avait des zones qui étaient des déserts médicaux […], des communes et donc des patientes qui étaient potentiellement à plus de 30 minutes de tout professionnel médical susceptible de suivre leur grossesse. »

    Au-delà du fait d’être isolées géographiquement, la cheffe du projet Isabelle Raimbault déplore chez ses patientes un état de santé « un peu plus dégradé que dans la population générale ». « [Elles] ont un suivi gynécologique qui est beaucoup plus décousu que dans les populations urbaines, et ce n’est pas par choix, ce n’est pas par manque d’intérêt, c’est vraiment parce qu’elles n’en trouvent pas. »

    « On ne va pas faire consulter les femmes dans un camion ! »

    Si les deux premiers camions proposent des services de santé spécifiques (dépistage, suivi de grossesse), il y en a un qui, depuis 2022, regroupe l’ensemble des soins gynécologiques et sillonne les routes de la Provence verte et du Verdon. Son nom : le « Gynécobus ». Imaginé en 2018 par Laure Fabre, sage-femme exerçant à Rians, ce dispositif est adossé à l’hôpital de Brignoles, sa base technique et administrative. Mais impossible de concrétiser cette belle idée sans financements – via l’État, la Région, l’Europe, les agglomérations ou encore l’Agence régionale de santé – ou sans véhicule (estimé à 100 000 euros). Une fois les communes ciblées (42 lieux d’intervention) et l’équipe montée (24 gynécologues, 20 sages-femmes), il faut cette fois s’attaquer aux idées reçues.

    « Au départ, les gens étaient circonspects, se souvient Laure Fabre. On me disait souvent : “On ne va tout de même pas consulter les femmes dans un camion !” Ce qui était compliqué, c’est qu’on innovait sur le fond et la forme. Sur la forme, en proposant un dispositif mobile – encore que, la mobilité était quelque chose qui existait déjà dans les communes reculées – et sur le fond, parce qu’on proposait d’agir en binôme. »

    Selon elle, avoir systématiquement une sage-femme et un gynécologue permet d’emblée un avis spécialisé et donc une prise en charge accélérée. Autre avantage : « Ce binôme aux sensibilités différentes donne un surplus d’humanité et ouvre le dialogue. Pour les patientes, c’est rassurant. En fonction des antécédents d’une patiente, de son âge, de son mode de vie, on va être en mesure de proposer une prise en charge adaptée, qui a du sens pour elle. Cela rend les choses plus intimes, on a presque une conversation à cœur ouvert, ce qui est plus difficile lors d’une consultation standardisée. »

    Redonner du sens aux examens gynécologiques

    Cela semble assez clair : le Gynécobus replace la patiente au centre et tente d’abolir les freins à la consultation. Qu’ils soient financiers (les soins sont pris en charge de la même manière qu’à l’hôpital, sans dépassement d’honoraires) ou plus personnels : « Pour beaucoup de femmes, être obligées de se déshabiller et de donner accès à la fois à la partie haute et basse du corps pose problème. C’est pour cela que tout ce que l’on fait est relié à de l’éducation à la santé, rappelle Laure Fabre. Lorsqu’on fait un frottis, on explique pourquoi on le fait, quelle est la nature de cet examen, quand est-ce qu’il faudra le refaire, qu’est-ce qu’il faut attendre comme résultats… Bref, on redonne du sens à ces examens. »

    Visiblement, cela fonctionne : aujourd’hui, 240 patientes sont vues chaque mois et l’agenda des rendez-vous – pris soit par le secrétariat gynécologique de l’hôpital de Brignoles, soit par Doctolib – ne désemplit pas. Mettant les créneaux en ligne tous les mois, il faut donc compter au maximum 30 jours d’attente. Rien à voir avec les 4 à 6 mois d’attente de l’hôpital ou du secteur libéral…

    Mais alors, la gynécologie serait-elle amenée à devenir une médecine itinérante ? À cette question, Laure Fabre partage un avis bien tranché : « Le Gynécobus ne peut être qu’un outil dans un système de santé. Ces vans sont des outils intéressants pour dépasser certains freins, mais qui ont aussi leur limite. À mon sens, ça ne peut pas être une solution à part entière. » Pour autant, la sage-femme n’est pas contre l’idée d’étendre le dispositif.

    À condition de considérer le projet dans sa globalité : « Le Gynécobus, ce n’est pas juste “acheter un van et mettre des gens dedans”. Si on arrive à recruter autant de monde aujourd’hui, c’est parce que nous avons redonné du sens et de la valeur à notre secteur. On ne s’oppose pas aux uns et aux autres, on est là pour prouver qu’on peut tous travailler ensemble et que chacun a sa place. »

    Où trouver un van gynéco ?

    • Les différents points d’étape du Mammobile sont à retrouver dans ce lien.
    • Pour savoir si votre commune est concernée par Opti’soins et prendre rendez-vous, écrivez à l’adresse e-mail [email protected] ou téléphonez au 07 73 75 01 0704 73 75 01 07.
    • Pour prendre rendez-vous avec le Gynécobus, contactez le 07 85 94 42 04 ou rendez-vous sur Doctolib.
  • Les enfants font-ils vraiment des caprices ?

    Les enfants font-ils vraiment des caprices ?

    En cette fin de journée qui s’est révélée longue entre le travail ou les transports, Laura n’a pas de temps à perdre et pas franchement envie de s’attarder dans le magasin où elle fait les courses. Mais voilà qu’au beau milieu des rayons, son fils de 5 ans refuse soudainement d’avancer et pique une crise en s’allongeant par terre. « Entre la pression d’avoir un autre impératif à gérer dans dix minutes, celle des gens autour qui te jugent en se disant que je ne sais pas gérer mon enfant ou que je ne l’élève pas bien… Forcément, ce n’est pas facile, admet cette mère de 38 ans, qui a deux garçons. Je sais bien que c’est un tourbillon d’émotions plus qu’un caprice, mais j’ai du mal à mettre des mots sur ce genre de comportement, d’autant qu’ils ne sont pas si rares. Lorsque cela arrive, on s’énerve et on culpabilise en même temps, d’autant plus quand on ressent une petite envie de les “massacrer” ! »

    Une réflexion que tout parent, ou presque, s’est déjà faite : face aux attitudes excessives de son enfant, comment réagir ? Faut-il lâcher ou au contraire se fâcher ? Est-ce que les enfants manipulent leurs parents ?

    Hiérarchiser les besoins, impossible pour un enfant

    « Ils te poussent, ils te poussent, ils te poussent… et j’ai l’impression que c’est une manière de tester notre patience de parents, reprend Laura, qui travaille dans la communication. Personnellement, lorsque mes fistons se mettent en rogne, il m’arrive souvent de les ignorer et de faire comme s’ils n’existaient pas. Quand ils sont calmés, on en discute à tête reposée. Le vrai risque, je pense, c’est de s’énerver et de répliquer d’une manière disproportionnée que nous n’oserions jamais afficher avec un adulte. »

    Sa sœur Maryon, psychiatre qui vient d’accoucher d’un petit Anatole après avoir eu une fille il y a quatre ans, a une perception différente de l’éducation : « Je crois que nos enfants essayent de nous manipuler et font tout pour arriver à leurs fins. Ce qui semble d’ailleurs naturel, puisqu’entre adultes nous le faisons aussi parfois. Par exemple, ma fille me fait des scènes pour regarder un dessin animé. Elle dit que ça lui fera du bien, elle pleure, elle se victimise… Ou bien elle devient sage et parfaite, pour ensuite nous dire qu’elle a mérité de se poser devant La Reine des Neiges. Mais en ce qui concerne le terme “caprice”, j’estime qu’il y a un malentendu entre les adultes et les enfants : regarder Pat’Patrouille constitue un besoin imminent pour l’enfant, car c’est une source de plaisir alors que ce n’est pas nécessaire aux yeux de l’adulte, qui n’arrive pas forcément à comprendre que son enfant ne peut pas hiérarchiser ses besoins. » Quand elle ne cède pas à sa demande, elle voit souvent sa fille fondre en larmes… mais ne change pas d’avis, ou pas souvent. C’est ensuite, lorsque le calme est revenu, qu’elle s’explique elle aussi avec ses enfants.

    L’enfant n’a pas conscience que son besoin n’est pas forcément vital.

    Morgane Cadu, pédopsychiatre

    Peut-on réellement parler de caprice ?

    La pédopsychiatre Morgane Cadu, installée à Toulouse, donne sa position sur le sujet : « Pour un nourrisson, et jusqu’à l’âge de 4 ou 5 ans environ, le moyen d’expression réside globalement dans les pleurs. Dès lors, un bébé va pleurer pour tout et n’importe quoi : quand il a faim, quand il a soif, quand il a un peu chaud… Avant son sixième anniversaire, on considère que l’enfant n’est pas capable de faire la part des choses entre ses besoins et il va les exprimer d’une façon parfois si intense qu’elle peut paraître excessive pour un adulte. Il a très mal, il va hurler. Il veut un bonbon, il va hurler autant. Autrement dit, le cerveau d’un enfant ne peut pas différencier les degrés d’émotion comme sait le faire un adulte. Ainsi, le terme caprice – qui a une connotation péjorative, généralement – n’est pas forcément adapté, puisque l’enfant n’a pas conscience que son besoin n’est pas forcément vital. Au fur et à mesure de l’apprentissage, ses demandes vont s’adapter de plus en plus. »

    Mais est-ce à dire qu’un enfant n’est en réalité pas capable d’élaborer des stratégies qui lui permettent de faire craquer ses parents dans sa quête d’un chocolat ou d’un jeu vidéo ? « Quand l’enfant grandit, et atteint notamment l’âge charnière où il teste inévitablement les limites qu’il ne connaît pas encore, il peut effectivement tendre à devenir “capricieux” lorsqu’il comprend, par exemple, que des hurlements suffisent pour atteindre un objectif », répond la spécialiste.

    Le cadre, secret anti-caprice

    « C’est là que rentre en compte le cadre posé par les parents et les proches qui s’occupent quotidiennement des enfants, poursuit Morgane Cadu. Le cadre sert à transmettre ou acquérir les codes sociaux. » Ce cadre parental ou éducationnel, justement, rassure l’enfant qui a besoin de connaître les limites auxquels il sera confronté toute sa vie. Il en aura besoin pour réussir à s’intégrer dans la société, mais aussi pour fonctionner avec les autres et comprendre la hiérarchie dans le monde professionnel. « Face au caprice, tout repose sur ce cadre, ajoute la pédopsychiatre. C’est lui qui déterminera, en partie bien sûr, comment le futur adulte saura gérer ses émotions… » Et s’il est plus doué qu’un enfant à ce niveau-là !

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    Voir conditions

    L’Essentiel de l’article

    • Avant 4-5 ans, un enfant exprime ses émotions par les pleurs
    • L’enfant ne peut pas comprendre que son besoin n’est pas vital
    • Mettre un cadre apprend à l’enfant à gérer ses émotions
  • Première rentrée en maternelle : pas de panique, tout va bien se passer

    Première rentrée en maternelle : pas de panique, tout va bien se passer

    Cela fait des mois que l’évènement est dans toutes les discussions, avec les copains de la crèche, chez la nounou et en famille. Et le grand jour est enfin arrivé. Pour beaucoup, c’est une grande source d’émotions, voire d’angoisse. D’ailleurs, qui, des parents ou des enfants, sont les plus anxieux à la rentrée ? Pour Juliette Le Moing, professeure des écoles dans une maternelle bordelaise, cela ne fait aucun doute : « Les enfants qui arrivent stressés sont accompagnés par des adultes qui le sont eux-mêmes. »

    Leurs inquiétudes sont, en général, dues aux inconnues qui entourent cette nouvelle vie. « Dans certaines écoles, il y a jusqu’à trente enfants par classe, et des parents craignent qu’on ne s’occupe pas suffisamment des leurs », ajoute l’enseignante. D’autres sont déboussolés par la variété des équipes responsables de leur progéniture qui, en plus de l’enseignant, sera encadrée par des ATSEM (agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles), des animateurs, le personnel de la cantine et de la garderie.

    S’informer et se donner du temps

    Pour ne pas angoisser tout l’été, Farid, le papa d’une petite Nour, qui n’a pas d’autres enfants, ni de nièces ou de neveux, s’est renseigné auprès de son entourage. « J’ai interrogé mes voisins et des collègues qui ont des enfants scolarisés pour comprendre un peu comment ça marche », confie-t-il. Oriane, maman de Liam, qui soufflera sa troisième bougie en décembre, a, quant à elle, posé beaucoup de questions à la directrice de l’école le jour de l’inscription.

    Au-delà des appréhensions liées à la nouveauté, Juliette Le Moing pointe la difficulté, pour certaines familles, de faire confiance aux équipes pédagogiques. « Mais il s’agit de professionnels de la petite enfance qui savent trouver les mots pour les rassurer », rappelle-t-elle. Elle suggère de se donner un peu de temps et d’accepter que la séparation puisse être un peu compliquée les premiers matins. C’est d’ailleurs pour cela qu’Oriane a négocié avec son employeur de décaler ses horaires la semaine de la rentrée. « J’arriverai une heure plus tard au boulot et je serai moins pressée et stressée en déposant Liam le matin », se réjouit-elle.

    Bien s’organiser pour faire face à la charge mentale

    Dossiers à remplir, nouveaux horaires, calendriers des sorties, préparation du sac à goûter, inscriptions tous les jours à la cantine et à la garderie : pour certains parents, la gestion du planning et des tâches administratives est une source d’angoisse supplémentaire. « Respecter des horaires précis d’entrée et de sortie peut être compliqué, assure Juliette Le Moing. Or, quand les portes ouvrent à 8 h 20, nous organisons un temps d’accueil pour que l’enfant entre progressivement dans sa matinée de classe. »

    Les équipes mettent en place des stratégies et des outils pour sécuriser les jeunes élèves en les aidant à se repérer dans la journée. « Par exemple, poursuit l’enseignante, nous prenons des photos avec des éléments significatifs pour qu’ils identifient les différents moments de la journée comme les ateliers, la motricité, les récréations, la lecture d’histoires, l’heure du déjeuner, la sieste, la fin de journée et l’heure des parents ou de la garderie. Ensuite, nous déplaçons une flèche ou un petit personnage sur les photos pour qu’ils commencent à construire des repères dans le temps. Ça les rassure d’avoir une maîtrise de ce qu’ils sont en train de vivre et de savoir qu’ils vont retrouver leurs parents. Car parfois l’angoisse vient de là. »

    Les parents doivent aider leurs petits bouts à se projeter dans le temps en leur rappelant, le matin, s’ils iront, ou non, à la cantine et à la garderie, par exemple. Oriane a accroché une liste sur le frigo. Tous les jours, avant de partir, elle passe les différents points en revue avec Liam : « Goûter et gourde ? OK. Cantine ? Non, pas aujourd’hui ».

    « Tous les enfants, qu’ils soient propres ou pas, sont acceptés à l’école »

    Propreté, tétine, doudou, épinards : tous les enfants finissent par y arriver

    L’acquisition de la propreté donne aussi des sueurs froides à certains parents qui se demandent si leur enfant sera scolarisé alors qu’il y a encore des petits accidents. « Tous les enfants, qu’ils soient propres ou pas, sont acceptés à l’école », affirme Mme Le Moing. Mais elle insiste sur l’importance de travailler sur le passage des couches aux culottes en amont de la rentrée. Avec Nour, Farid a procédé par étapes : « On a enlevé les couches dans la journée dès le mois de mars, mais elle en remettait une pour la sieste. Depuis le mois de juin, elle n’en porte que la nuit », se félicite le papa. La maîtresse rappelle aussi que les journées en petites sections sont rythmées par des passages aux toilettes, et que les petits y ont accès sans restriction.

    Par ailleurs, Oriane redoutait que Liam, encore accro à son lapin, en soit brutalement privé dès la rentrée. Ça ne sera pas le cas, les objets transitionnels étant admis. « En général, les doudous et les tétines sont autorisés en petite section, rassure la professeure des écoles. Nous demandons simplement de les poser pour la motricité ou dans la salle d’hygiène. » Enfin, si la cantine n’a pas toujours bonne réputation, Oriane n’a aucune crainte : « Les menus se sont beaucoup améliorés par rapport à mon époque. Et il paraît qu’on ne force plus les enfants. D’ailleurs, ceux de mes amis répètent en boucle qu’ils y mangent mieux qu’à la maison. »

    Vivement la rentrée !

    Pour aller plus loin

    dans le podcast L’école maternelle, une journée dans la peau des enfants, une enseignante en école maternelle nous éclaire sur le déroulement de la journée scolaire que les petits ne sont pas encore en mesure de raconter.

    L’Essentiel de l’article

    • Des parents sereins = des enfants sereins !
    • Les doudous et les tétines sont autorisées en petite section
    • Tous les enfants, qu’ils soient propres ou pas, sont acceptés à l’école
  • « La course à pied s’est largement féminisée »

    « La course à pied s’est largement féminisée »

    Comment expliquer l’engouement actuel pour la course à pied ? Est-il récent ?

    Olivier Bessy : Le nombre de coureurs a considérablement augmenté depuis les années 1970, passant de 500 000 coureurs en 1975 à 16,5 millions en 2016, pour atteindre environ les 18 millions en 2020. À la fin des années 1970, on est passé de l’athlétisme, c’est-à-dire des épreuves organisées dans des stades, ou de cross-country, à la course à pied. Dans la mouvance de Mai 68, le sport s’est métamorphosé avec de nouvelles pratiques et s’est ouvert à de nouveaux publics. Les courses hors stade, ouvertes aux non-compétiteurs, se sont développées : il y eut la course pionnière de Marvejols-Mende créée en 1973, qui n’était, à l’époque, pas autorisée par la Fédération française d’athlétisme (FFA), Marseille-Cassis en 1979, le Marathon de Paris en 1976, celui du Médoc en 1985… Ces grandes épreuves populaires sortaient du carcan des Jeux olympiques. Entre les années 1970 et la fin des années 1980, on court pour le plaisir, pour s’épanouir, et on sort des contraintes classiques du sport de compétition. À partir des années 1990 et jusqu’à la crise financière de 2008, on bascule dans une société hypermoderne dont le récit est basé sur la performance, la surenchère.

    Dans ce contexte, les courses deviennent une occasion de se défier, de vivre des expériences de plus en plus extrêmes. Les ultra-marathons, les ultra-trails et les 100-kilomètres se développent : le Grand Raid de La Réunion est créé en 1989, l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) en 2003… Dans ce que j’appelle la « troisième révolution », à partir de 2009, on observe dans la course à pied un éclatement des pratiques, en tension, entre une recherche de l’extrême et de la performance d’une part, et une pratique plus solidaire d’autre part, avec des courses comme Odysséa (en soutien à la lutte contre le cancer du sein), et écologique avec le développement d’éco-marathons et d’éco-trails, comme l’Écotrail de Paris. Le nombre de courses hors-stade organisées en France est passé de 5 en 1971 à 4253 trails et 3629 courses sur route en 2022, soit 7882 courses, d’après la Fédération française d’athlétisme.

    Le profil des participants a-t-il évolué ? Assiste-t-on à une féminisation des compétitions ?

    O.B. : La course à pied s’est largement féminisée depuis les années 1970. Auparavant, les courses étaient réservées aux hommes. En 1976, Kathrine Switzer est la première femme à faire le marathon de Boston, sans y être inscrite, et il faut attendre 1984 et les Jeux olympiques de Los Angeles pour que des femmes soient concurrentes. Au début des années 1980, à peine 10 % de femmes participent aux marathons, elles représentent aujourd’hui en moyenne 25 % des coureurs. Mais plus les courses deviennent « extrêmes », comme des ultra-trails, moins les femmes sont présentes. Une sorte de plafond de verre persiste. De même, la course à pied était autrefois réservée aux jeunes, mais depuis les années 1990, les quadragénaires et quinquagénaires sont largement dominants. Et les seniors sont de plus en plus représentés. On peut voir des participants de 65 à 90 ans sur des marathons. L’endurance ne diminue pas, contrairement à la vitesse, avec l’âge ! Aujourd’hui, on se met au trail à 35 ans, et si l’on ne s’est pas blessé plus jeune, comme c’est le cas pour de nombreux athlètes de haut niveau, on peut courir jusqu’à 70 ans. Mais les courses se rajeunissent aussi, en particulier les courses extrêmes : la victoire, en 2008, de l’Espagnol Kílian Jornet, alors âgé de 20 ans, à l’UTMB a été un moment décisif.

    Une sorte de plafond de verre persiste pour les femmes.

    Olivier Bessy, sociologue du sport

    Les courses sont-elles le lieu d’un brassage social ?

    O. B. : Au fil des révolutions évoquées plus haut, on a assisté à un processus de diffusion sociale des pratiques. Les classes intermédiaires, les employés et aussi des ouvriers, à moindre degré, se mettent à faire du jogging, se mettent à faire des courses en stade, des marathons, puis du trail et enfin de l’ultra-trail. Mais les inégalités d’accès à la pratique sportive en général et à la course à pied en particulier persistent : lorsque l’on compare la diffusion dans les différentes professions et catégories sociales (PCS), on s’aperçoit que les groupes sociaux aisés sont systématiquement surreprésentés par rapport au poids qu’ils pèsent dans la population active ; à l’inverse, les PCS les plus modestes sont sous-représentées. C’est ce que l’on peut observer sur certaines courses, comme le Marathon des Sables au Maroc ou le Grand Raid de La Réunion qui sont très coûteuses : le billet d’avion et l’inscription nécessitent de hauts revenus ! Néanmoins les bénéfices symboliques tirés de la participation à ce type d’épreuves sont tellement importants que des groupes modestes économisent pour y participer.

    Les compétitions s’ouvrent-elles davantage aux athlètes en situation de handicap ?

    O.B. : Oui. Il y a le Marathon pour Tous, aux prochains Jeux olympiques, en 2024, et sur certains ultra-trails des coureurs non-voyants peuvent être accompagnés par des voyants. Il y a aussi le phénomène des Joëlettes, lorsque des coureurs valides portent, en se relayant, des coureurs en situation de handicap.

    Quels bénéfices en tirent les régions qui les organisent ?

    O.B. : Dès la fin des années 1980, des marathons changent d’appellations pour y inscrire des territoires, comme le Marathon de la baie du Mont-Saint-Michel par exemple. Ces événements sportifs deviennent alors de véritables ressources territoriales au service d’enjeux économiques, touristiques et socio-culturels. Les épreuves les plus emblématiques sont celles qui sont créées sur des territoires qui leur correspondaient, comme le Grand Raid de La Réunion : il y a du dénivelé, des escaliers, des changements de climat, cela recréé complètement les conditions de l’aventure. Aussi, des villes comme New York, Paris, Londres, Madrid ou Venise offrent un décor exceptionnel pour courir, et les marathoniens s’approprient le patrimoine traversé en s’y mettant en scène.

    Hormis la course à pied, les sports que l’on peut pratiquer sans être inscrit dans un club sont-ils largement plébiscités ?

    O.B. : Depuis la fin des années 1970, toutes les pratiques qui se font en dehors d’un club (la course à pied, le vélo, la natation, la culture physique…) sont celles qui se développent le plus en loisirs comme en compétition. Depuis plusieurs années, les événements sportifs s’hybrident pour répondre à de nouvelles demandes : on a vu apparaître les « swim & run », les « run & bike », les triathlons, etc. Les activités sont croisées pour multiplier les sensations et deviennent plus conviviales, car elles sont faites à deux. Cette diversification des pratiques répond à une demande plus éclatée et est largement encouragée par l’économie, notamment les équipementiers qui sponsorisent les courses.

     

    Propos recueillis par Emma Flacard

  • Musculation en salle : « La mise en scène constante du corps »

    Musculation en salle : « La mise en scène constante du corps »

    Pour quelles raisons la musculation en salle se développe-t-elle ? À quand remonte ce phénomène ?

    Guillaume Vallet : C’est un processus qui apparaît dès le milieu du XIXᵉ siècle en Europe continentale et en Suède, avec la création des premiers gymnases. Dans une société en pleine industrialisation et de plus en plus urbaine, on cherche à occuper les gens pour des raisons hygiénistes et sociales. Le corps devient un objet de fascination que l’on exerce dans des salles spécialisées. À partir des années 1940, le cinéma se démocratise et véhicule une image fantasmée du corps à travers des modèles. C’est en Californie, temple du cinéma, qu’apparaissent les premières grandes salles de musculation. La pratique s’élargit ensuite aux grandes villes du pays, avec des motivations liées au bien-être et à la santé, puis au reste du monde à partir des années 1960, avec des figures comme Arnold Schwarzenegger ou Sylvester Stallone, à la fin des années 1970. Les premières salles dédiées à la musculation arrivent en France au début des années 1980, et sont souvent tenues par d’anciens champions de bodybuilding. Il ne s’agit pas, au départ, d’une pratique de masse ! Et puis l’on assiste, dans les années 1980, à un basculement dans le « capitalisme des vulnérabilités » : l’État se désengage de plus en plus, en particulier dans le domaine de la santé, et le modèle de l’entreprenariat est de plus en plus valorisé. Ainsi, l’individu est incité à trouver lui-même les réponses aux difficultés de son quotidien, en se tournant, par exemple, vers le sport. C’est à partir des années 2000, avec l’arrivée des nouvelles technologies, que se diffusent à grande échelle des salles de musculation qui proposent un ensemble de nouvelles offres (crossfit, cardio, salles low-cost, salles premium, etc.). L’arrivée des réseaux sociaux dans les années 2010 et la mise en scène constante du corps a également encouragé la pratique de la musculation : les jeunes générations veulent produire un corps valorisé.

    Le processus du travail du corps dans la salle de musculation met en valeur l’individu : c’est lui qui s’organise, qui planifie les entraînements, et les résultats sont immédiats.

    Guillaume Vallet, sociologue

    La salle de musculation constitue-t-elle un lieu de brassage social ?

    G.V. : Nous sommes dans une pratique de masse. L’idée de se tourner vers son corps pour le développer et mettre en avant une certaine musculature est très partagée. La France compte plus de 13 millions de pratiquants réguliers d’activités liées au fitness et aux sports de combat (pas forcément exercées en salle). Statistiquement, on retrouve beaucoup plus de catégories populaires (65%) dans des activités comme le bodybuilding. Cela peut s’expliquer par la volonté de compenser, par le travail du corps, un travail professionnel dévalorisant. Celui-ci peut être aliénant, on se sent exploité, on est le rouage d’une chaîne, on ne maîtrise pas le produit final… En comparaison, le processus du travail du corps dans la salle de musculation met en valeur l’individu : c’est lui qui s’organise, qui planifie les entraînements, et les résultats sont immédiats. Il y a aussi une fascination de l’objet (ici le corps) qui est d’ordre artisanale : on peut augmenter ou réduire la masse musculaire ici ou là. En revanche, j’ai relevé, lors de mes observations, une dynamique différente pour les cadres qui font du bodybuilding. Pour ceux-ci, il s’agit davantage d’une complémentarité entre leur travail professionnel et leur travail à la salle de musculation. Et si le bodybuilding est plus pratiqué par des catégories populaires, le crossfit [
    Contraction de cross fitness (en français : entraînement croisé), qui mélange différentes activités physiques et sportives.], à l’inverse, est beaucoup plus attractif chez les CSP ou les CSP+. Cette activité est souvent exercée en ville, et les abonnements sont plus chers que dans les salles de musculation, où sont parfois pratiqués des prix avantageux. Le crossfit requiert également la présence d’un coach, ce qui augmente encore le prix des séances.

    Les femmes sont-elles nombreuses à pratiquer la musculation ? Y a-t-il des différences de pratiques entre les femmes et les hommes ?

    G.V. : Oui, les femmes représentent aujourd’hui 63 % du total des pratiquants de sports de forme ! Mais on retrouve encore des différences en termes de vision du muscle, donc des pratiques genrées, même si cela évolue. Les hommes travaillent par exemple davantage les biceps et les pectoraux, parties du corps considérées comme « masculines », quand les femmes travaillent plus les abdos-fessiers, par exemple. Mais ce n’est pas aussi binaire : la musculation est devenue une pratique de masse et chacun essaie d’y trouver son compte, dans une logique individualisée. Il y a des hommes et des femmes qui entrent dans cette logique de différenciation genrée des pratiques, et des femmes bodybuildeuses qui, elles, savent qu’elles cassent les codes classiques de la féminité dans le but de travailler leur corps, sans se préoccuper des normes de genre.

    Avec le développement des réseaux sociaux et des plateformes de vidéos en ligne, nombreuses sont les personnes faisant maintenant des exercices de musculation devant leur ordinateur en suivant des influenceurs. Comment analysez-vous ce phénomène ?

    G.V. : Les réseaux sociaux fonctionnent à travers la catégorisation et l’acquisition d’un statut social des individus par rapport à l’image et ont tendance à démultiplier les désirs. C’est cette démultiplication qui a créé la demande de coaching en ligne. Mais ce n’est pas une logique égalitaire : comme toutes formes d’entreprises, seules certaines survivent. Les réseaux sociaux diffusent des informations et, dans une perspective capitaliste, ils permettent de vendre de l’information à grande échelle, à des individus qui en ont besoin. De plus, le coût d’entrée pour devenir quelqu’un sur les réseaux sociaux semble très faible : n’importe qui peut considérer qu’il peut mettre en avant son image et ses techniques d’entraînement.

    S’agit-il d’une recherche narcissique ou d’un phénomène de construction d’une identité et de valorisation de soi par rapport aux autres ?

    G.V. : Le mythe de Narcisse, c’est le mythe de quelqu’un qui s’admire tellement qu’il s’y perd. Dans le cas des bodybuilders et autres adeptes de musculation, y a-t-il une réelle admiration d’eux-mêmes ? S’aiment-ils vraiment ? Ce sont des gens fondamentalement en recherche d’un « meilleur corps ». Cela rappelle davantage la mythologie d’Adonis, jeune homme remarquable par sa beauté : si le fabricant du corps peut se regarder s’entraîner ou admirer ses muscles par l’intermédiaire de son propre regard ou des miroirs omniprésents dans la salle, il le fait indirectement à travers le regard des autres, à la salle ou sur les réseaux sociaux désormais. Cet effet de mirroring social donne une validation à sa « beauté » : ce sont les autres qui construisent celle-ci.

     

    Propos recueillis par Emma Flacard

  • Comment soulager les douleurs sexuelles chez les femmes ?

    Comment soulager les douleurs sexuelles chez les femmes ?

    « Ça faisait dix ans que je me disais que les douleurs sexuelles que je ressentais étaient dans ma tête, puis on m’a diagnostiqué de l’endométriose à trente ans », regrette Céline*, 30 ans, chef de projet dans le secteur de la RSE. Depuis son premier rapport sexuel à l’adolescence, ses douleurs vaginales étaient aussi pénibles qu’inexpliquées. Des années d’errance médicale qui l’ont profondément affectée et surtout découragée à s’engager dans une relation. Depuis son changement de contraception à la suite du diagnostic, elle sent cependant du mieux, et espère un changement de paradigme dans la société.

    Léa Meunier, kinésithérapeute spécialisée dans la rééducation périnéale, les douleurs pelviennes et les troubles sexologique chez la femme, croule sous les rendez-vous. Son but : aider les femmes à identifier le point de départ de leur douleur et les soulager. « La majorité des douleurs sont mécaniques, ou liées à de l’endométriose », confirme-t-elle. Sur le pas de sa porte, des patientes aux profils très variés, tous âges et toutes catégories socioprofessionnelles confondus, mais surtout, des femmes empreintes de culpabilité.

    « Peu à peu, les douleurs sexuelles des femmes deviennent un sujet de société. Même s’il n’existe toujours pas d’études à grande échelle ! »

    Léa Meunier, kinésithérapeute

    Douleurs sexuelles : les femmes et leur culpabilité

    « C’est quasiment systématique : les femmes se disent que c’est forcément leur faute, qu’elles mettent leur couple en péril. On sent encore trop souvent le poids du devoir conjugal sur les femmes qui, même célibataires, essaient d’être au top pour le prochain », raconte Léa Meunier. Se forcer à faire l’amour sans envie ni plaisir pour ne pas décevoir son conjoint est une triste réalité vécue par beaucoup de femmes. « Je me suis déjà forcée bien sûr, heureusement mon partenaire actuel est très attentif et il entend que la pénétration n’est pas forcément centrale dans la relation sexuelle », confie Céline.

    D’après le dernier rapport du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, 33 % des Françaises ont déjà eu rapport devant l’insistance de leur partenaire et 37 % ont déjà vécu une situation de non-consentement. Si le sujet commence à être plus facilement évoqué, il l’est surtout par des trentenaires, les femmes appartenant à la génération précédente ne s’autorisant pas la confession. « Quand tu en parles autour de toi, énormément de femmes souffrent de douleurs sexuelles. C’est simplement que nos mères, nos grands-mères ne s’en inquiétaient pas », poursuit-elle.

    Ce n’est pas « que dans la tête »

    La cause du silence ? Une absence de clarté sur les causes de la douleur, mais surtout une sous-estimation constante de ces souffrances. « La société considère que les douleurs sexuelles sont uniquement psychologiques, liées aux émotions des femmes, à qui on va rabâcher qu’il faut se détendre », dénonce Léa Meunier, qui tente de déconstruire ces préjugés dans son cabinet. Les causes des douleurs sexuelles sont selon elle multiples et identifiables, encore faut-il aborder la question. Vaginisme, positions sexuelles inadaptées à certains utérus, bouleversement hormonal dû à un changement de pilules, endométriose, pathologies vulvaires, mycose, infections urinaires à répétition, chute sur le coccyx : tout cela peut engendrer des contractions musculaires à l’origine de douleurs sexuelles.

    La masturbation, pour associer à nouveau plaisir et sexualité

    Et ces dernières peuvent être soulagées : « La crème anesthésiante fonctionne, mais c’est une solution de surface. Les exercices de cohérence cardiaque, méthode de relaxation, et le sport vont aussi contribuer à relâcher le périnée », informe Léa Meunier. La masturbation peut elle aussi être une ressource pour combattre la douleur sexuelle. « Notre cerveau a besoin d’enregistrer que la vulve n’est pas que douleur. Ça envoie des endorphines, ça contracte le périnée, c’est un exercice de kiné en soi que je recommande systématiquement à mes patientes ! », termine Léa Meunier, avec un sourire sérieux.

    Espérons qu’un jour, les douleurs sexuelles des femmes seront systématiquement verbalisées et prises en charge.

    L’Essentiel de l’article

    • Les causes des douleurs sexuelles sont multiples : vaginisme, positions sexuelles inadaptées à certains utérus, bouleversement hormonal, endométriose, mycose, infections urinaires…
    • Consulter un.e kiné spécilaisé.e ou une sage-femme peut aider à identifier l’origine des douleurs
    • La relaxation, le sport et la masturbation sont autant de techniques pour soulager les douleurs

     

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  • La zoothérapie, pour qui et pourquoi ?

    La zoothérapie, pour qui et pourquoi ?

    Trois chiens, un chat, un paon, un bouc nain, trois chèvres, un cochon nain, un cochon vietnamien, une ânesse, des lapins, des poules, un lapin nain… Bienvenue dans la ferme thérapeutique de Cendrine Funel, où de nombreuses familles et personnes fragiles viennent passer du bon temps ! C’est à une trentaine de kilomètres de Lyon, à Mornant plus exactement, que cette zoothérapeute a installé son petit paradis animalier pour aider au mieux ceux qui en ont besoin. Car après avoir été infirmière une bonne partie de sa vie, cette quinquagénaire a décidé de faire de sa passion son métier, dans une perspective de soins ou d’accompagnement.

    Une chèvre en laisse, des poussins en liesse

    « Écoute, mémoire, concentration, développement et maintien des fonctions cognitives, estime de soi, socialisation, contacts, échanges, acceptation des différences, équilibre, mobilité… Les animaux offrent des bénéfices incommensurables à l’être humain, c’est indéniable », explique Cendrine qui a été formée à l’Institut de Zoothérapie International, qui dispose également d’une certification d’entraîneur canin et qui propose depuis cinq ans des séances de médiation animale régulières à diverses structures en tant qu’autoentrepreneuse. Déjà très utilisée dans certains pays comme le Canada et de plus en plus en France, la zoothérapie englobe toutes les interventions assistées par l’animal lors de sessions individuelles ou collectives encadrées par un spécialiste de la médiation animale.

    L’homme en souffrance à tant de choses à gagner, au contact des bêtes. 

    Cendrine Funel, zoothérapeuthe

    En Ehpad (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), à l’hôpital ou en clinique (surtout pour les soins palliatifs), dans les prisons, pour les associations de personnes handicapées (notamment les enfants), etc. Toutes ces structures hébergeant des personnes en difficulté peuvent bénéficier des apports des animaux, des plus petits au plus imposants, sans oublier les oiseaux. « En général, c’est plutôt la personne bénéficiant de la séance qui sélectionne les animaux qui vont l’accompagner en choisissant ceux avec qui elle se sent bien, explique Cendrine. J’ai beaucoup d’animaux et je peux proposer des races variées. Cohésion du groupe et respect des consignes avec les jeunes, temps de relaxation en se couchant dans le foin avec les lapins… En ce moment, j’ai des poussins à la ferme : c’est extraordinaire comme ils captent l’attention ! Pour les patients qui ont une mobilité réduite, c’est moi qui me déplace. Parfois, je me rends dans des structures avec ma chèvre à qui j’ai appris la marche en laisse ! Mes animaux jouent à leur manière le rôle de psychologues auprès des patients, qui parlent volontiers avec eux. Chacun y trouve son compte. »

    Des animaux pour retrouver son autonomie

    Cécile, éducatrice spécialisée depuis sept ans, raconte comment cela se passe : « Pour nos jeunes âgés de 17 à 25 ans qui ont des troubles du spectre autistique, nous travaillons depuis trois ans avec une zoothérapeute. Tous les mercredis après-midi, nous avons une séance d’une heure de 16h30 à 17h30 pour deux groupes (un de six et un de sept). Elle se passe en trois temps. Premier temps : le temps d’accueil des chiens, avec caresse et brossage à tour de rôle. Deuxième temps : une balade autour de l’établissement d’une vingtaine de minutes avec les bergers allemands, chacun prenant la laisse et participant à du lancer de balle. Puis, au retour, le troisième temps : on discute, on verbalise et on raccompagne les chiens au véhicule. Pendant la séance, on s’aperçoit que certaines personnes se calment et parviennent à se poser avec l’animal, même sans être en contact direct avec lui. Généralement, on voit que ça détend les personnes. Mais la régularité a une importance capitale, c’est primordial qu’il y ait une constance. L’évolution et la progression prennent du temps. »

    Des bénéfices visibles

    Cécile explique comment sont appréciés les bénéfices de ces séances : « On remplit une fiche d’évaluation par résident à la fin de chaque séance avec les objectifs atteints ou non et une échelle de cotation. Tenir la laisse, nourrir l’animal, prendre soin de lui, oser les caresses, est-ce qu’il le fait seul, est-ce qu’il a eu besoin d’une présence physique, est-ce qu’il y a au contraire eu des problèmes… Ça nous permet d’évaluer où en est le patient, et sur quoi on doit encore travailler. Dans un premier temps, on a des objectifs généraux : capter l’attention de la personne ou de l’animal, demander de l’aide, savoir s’adapter face aux différentes situations, accomplir une tâche demandée pendant un temps requis… Après, on affine au cas par cas : chercher l’acceptation de l’animal près de soi, proposer un cadre relationnel et sécurisant avec l’animal, favoriser la communication et la concentration sur une tâche… Certains ont, au niveau sensoriel, une hypo ou une hypersensibilité. Au toucher, par exemple. Donc on les accompagne, avec la dynamique de groupe, dans leur tolérance aux poils du chien. Au début, c’est compliqué. Puis, avec la confiance et le temps, ils parviennent à tenir la laisse seuls. Nous avons l’exemple d’un jeune qui a vraiment bien évolué. Lorsqu’on va à la ferme pédagogique en fin d’année avec chaque groupe, il apprécie énormément. La présence du moindre animal le met en joie. Il est devenu serein. Ces séances ont en remplacé le traitement préventif qu’il prenait pour les troubles du comportement. »

    Un discours qui n’étonne pas Pauline Mayel, ex-infirmière elle aussi, qui exerce également à son compte dans le Rhône à Irigny. « La médiation animale permet de créer du lien, de s’éveiller et de progresser, amorce l’experte trentenaire. Il s’agit d’un soin alternatif non médicamenteux que l’on pratique à l’aide d’animaux familiers consciencieusement sélectionnés et éduqués dans l’environnement immédiat des personnes. Les objectifs principaux ? Favoriser la relation et les échanges avec autrui, mais aussi éveiller des réactions visant à maintenir ou à améliorer le potentiel global (à savoir cognitif, physique et psychosocial ou encore affectif). »

    La zoothérapie, pas du pipi de chat !

    Pour Pauline, ses compagnons de route qui la suivent non-stop dans son quotidien sont une grosse trentaine : vingt cochons d’Inde, quatre poules naines, six lapins de race différente, une lapine naine et une chienne. « Avant même que je ne devienne zoothérapeute, j’avais déjà observé les bénéfices de l’animal au contact de l’être humain. Pour moi, mais aussi pour mes proches. Quand je rentrais de mon travail au bloc opératoire des urgences, où je voyais des choses très difficiles et où il y avait beaucoup de pression ainsi que de souffrance humaine, me connecter avec mes petits protégés me faisait énormément de bien. Passer des moments simples, comme les caresser ou leur donner à manger, me détendait énormément, précise celle qui est zoothérapeute depuis un an. En soins palliatifs, j’ai parfois vécu des moments de grâce lorsque mon chien montait sur le lit de personnes qui allaient bientôt partir et qui profitaient d’un instant de répit. Le moment est beau et les malades le ressentent, ça ne s’explique pas. Dans certains Ehpad, des patients victimes de pathologies neurodégénératives assez poussées et qui ne s’expriment plus sont tout à coup super présents pendant la séance avec les animaux. Ils se remettent à parler, ils sont contents… Ils sont réveillés, ils sont là ! On sent que quelque chose se passe, indiscutablement. »

    « Ça me fait un bien fou, je vais bien dormir ce soir. Vous savez, rien que le contact avec la fourrure me fait du bien. L’importance du toucher… Ça me manque, les animaux. »

    Mme C., 95 ans

    Qui plus est, la médiation animale est accessible aux populations isolées. En témoignent l’expérience de Mme C., 95 ans qui vit seule chez elle et sans famille, une aide à domicile ou des IDE pour seules visites, comme le rapportte Pauline Mayel : « La zoothérapie lui apporte beaucoup de joie chaque mois. Elle s’installe dans son fauteuil en position inclinée avec Pepito le cochon d’Inde sur sa poitrine, ils discutent et parfois piquent une sieste ensemble… Elle prépare toujours une carotte en prévision de sa visite. » La zoothérapie, une approche au poil !

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    L’Essentiel de l’article

    • La zoothérapie est un soin alternatif et complémentaire au parcours médical classique
    • Chien, chat, chèvre, lapin, cheval, poule, cochon : de nombreuses espèces peuvent aider à retrouver une autonomie ou une sérénité
    • Les zoothérapeuthes interviennent dans des structures telles que les Ephad, les hôpitaux, les associations de personnes handicapées, les prisons…

     

  • Il fait (trop) chaud ? 5 conseils pour bien manger et s’hydrater

    Il fait (trop) chaud ? 5 conseils pour bien manger et s’hydrater

    1 Risque de canicule ? Buvez de l’eau, beaucoup d’eau !

    C’est le b. a.-ba, et pourtant seul 45% des Français (1) boivent assez d’eau chaque jour. En temps normal, il est recommandé de boire au moins 1,5 litre d’eau par jour pour un adulte et au moins 1 litre pour un enfant. Et en cas de canicule, il faut compter le double.

    Veillez donc à toujours avoir de l’eau à portée de main : bouteille ou eau du robinet, peu importe ! Soyez attentifs : chez les bébés, les jeunes enfants et les personnes âgées, la sensation de soif est atténuée. Il faut donc veiller activement à maintenir une bonne hydratation en buvant de façon très régulière (toutes les heures).

    65 %

    du corps humain est constitué d’eau. C’est dire l’importance de bien s’hydrater !*

    2 Café, alcool, sodas : à éviter !

    Évidemment, toutes les boissons ne se valent pas pour étancher la soif. Certaines, comme le café et les boissons alcoolisées ont même l’effet inverse : parce qu’elles sont diurétiques, elles déshydratent plus qu’elles n’hydratent. Idem pour les sodas, trop sucrés, qui provoquent une perte d’eau. Elles sont donc à consommer avec encore plus de modération que d’habitude en cas de grosses chaleurs.

    Sportifs, oui à l’eau (pas trop) sucrée

    Le sucre favorise l’absorption de l’eau par l’organisme. Si vous faites du sport par forte chaleur (ce n’est pas conseillé mais c’est vous qui voyez), il est donc possible d’ajouter du sucre à l’eau (environ 30 g/L) pour augmenter son pouvoir réhydratant. Attention, si la boisson est trop sucrée (soda) l’effet inverse se produit : elle devient déshydratante.

    3 Les fruits et légumes, sources d’eau

    Sur les 2,5 litres d’eau dont notre corps a besoin au quotidien pour maintenir son niveau d’hydratation, 1 litre est apporté par l’alimentation. Stars de l’été, les fruits et légumes sont nos alliés privilégiés en temps de canicule ! Frais, légers, ils sont très riches en eau et constituent donc une excellente source d’hydratation. Privilégiez les fruits et légumes moins riches en sucres comme le concombre, le melon, la pastèque, la tomate, la courgette, l’aubergine ou la laitue. À vous les salades composées, goûteuses, pleines de vitamines, faciles à réaliser et que vous pouvez varier à l’infini au gré de vos envies.

    4 Des féculents pour l’énergie

    L’appétit a souvent tendance à diminuer avec la chaleur, et pourtant le corps a toujours besoin d’énergie ! Il est donc important de conserver une alimentation équilibrée pour lui apporter tout ce qu’il lui faut : des fruits et légumes certes, mais aussi des féculents (riz, pâtes, pommes de terre, légumineuses) pour carburer toute la journée !

    C’est extrêmement important pour les enfants, les seniors et les personnes ayant un métier physique ou une activité sportive soutenue. Les légumineuses (lentilles, pois, haricots rouges ou blancs, fèves, pois chiches, etc.) sont particulièrement intéressantes car elles sont également riches en fibres, en protéines, en vitamines (B, PP et C notamment) et en oligo-éléments.

    5 Moins de viandes, plus d’oeufs et de yaourts

    Parce que les protéines peuvent être difficiles à digérer quand il fait chaud, mieux vaut limiter la consommation de viandes grasses. Les œufs sont une bonne alternative, de même que les crustacés, coquillages et poissons blancs. Enfin, les yaourts, constitués de 75 à 90 % d’eau, peuvent être consommés sans problème même en pleine canicule.

    Lire aussi : Comment consommer la viande de façon responsable ?

    L’Essentiel de l’article

    • Buvez au moins 3 litres d’eau par jour.
    • Évitez le café, les boissons alcoolisée et les sodas.
    • Boostez votre consommation de légumes et de fruits.
    • Consommez des féculents et de légumineuses pour l’énergie.
    • Limitez la viande. Préférez les oeufs, poissons et crustacés.

    (1) Credoc pour l’EHI (Institut européen de l’hydratation), « 1,5 litre de boissons par jour, c’est pas la mer à boire »,

  • Pourquoi les moins de 14 ans se sentent-ils seuls ?

    Pourquoi les moins de 14 ans se sentent-ils seuls ?

    Quatorze ans n’est-il pas l’âge de l’insouciance ? Ce n’est plus une évidence pour la génération Alpha (enfants nés entre 2010 et 2025), jeunesse sacrifiée par la crise sanitaire et les confinements successifs qui ont démarré en 2020.

    « Avant l’arrivée du Covid-19, les moins de 14 ans représentaient une petite dizaine d’appels par an. En 2022, on a répondu aux appels de 2 000 préadolescents. Une augmentation de 40 % », alerte Ghislaine Desseigne, présidente de l’association SOS Amitié. Au bout du fil, des jeunes isolés dépassés par l’actualité, de la guerre en Ukraine aux sécheresses, qui confient avoir une peur grandissante de l’avenir. « Ils nous disent qu’ils sont paumés, qu’ils reçoivent trop d’informations. La question du climat revient aussi beaucoup », poursuit Ghislaine Desseigne, qui ne masque pas son inquiétude.

    Sans oublier le fléau du harcèlement scolaire, qui porte son lot de drames de plus en plus médiatisés. Quand ils n’osent pas décrocher le téléphone, les adolescents se reportent sur le chatbot de l’association. Des questions types reviennent assez souvent : « Est-ce que vous êtes un robot ? Est-ce que vous êtes un adulte ? Qu’est-ce qu’on va devenir s’il n’y a plus de saisons ? »

    Construction identitaire et esprit clanique

    En 2020, au plus fort de l’épidémie, les préados d’aujourd’hui avaient 12 ans. Un âge phare dans la construction identitaire, habituellement marqué par un esprit clanique important : « C’est à cet âge-là qu’on se construit par rapport au groupe, où l’on se détache des liens familiaux pour peu à peu investir la sphère amicale », souligne Laurence Corroy, professeure des universités à l’Université de Lorraine, spécialiste de la relation entre les jeunes et les médias. Elle dénonce une période empreinte de discours culpabilisants pour les adolescents, qui a foncièrement isolé les plus jeunes d’entre eux. « Non seulement l’école était fermée, mais ils devaient se tenir à distance de leurs proches les plus fragiles : on a coupé toute une génération de leurs repères sociaux et affectifs », dénonce-t-elle.

    Une hyperconnexion nocive

    Réinvestir des sphères sociales en présentiel, après des mois derrière son écran, est alors particulièrement éprouvant pour les adolescents, qui traînent l’impression de n’être plus adapté aux dynamiques collectives. « Le contexte les a enfermés sur eux-mêmes, ils ont du mal à investir leur sociabilité aujourd’hui », analyse Laurence Corroy.

    L’accession au smartphone avant quatorze ans, provoquant une hyperconnexion nocive qui enferme les jeunes ados dans des bulles d’information, n’aide en rien selon elle. « Les journaux télévisés sont déjà anxiogènes pour les jeunes ados, ça reste une succession de mauvaises nouvelles. Mais au moins, ils sont modérés par les journalistes. Alors, imaginez la réception d’informations sur un smartphone ? » interroge Laurence Corroy. Hyper connectés, les jeunes adolescents parlent souvent du phénomène du « fear of missing out », soit la crainte de rater quelque chose de nouveau.

    Des ados marqués par les réalités sociales du foyer

    Les réalités sociales des adolescents et les difficultés économiques rencontrées par leurs parents sont, elles aussi, des sources d’angoisses. Depuis toujours, Samir Abdelli, éducateur et responsable du service de prévention spécialisée à Dévoluy dans les Hautes Alpes, part à la rencontre de la jeunesse dans les quartiers populaires. Si grandir dans un quartier n’est jamais chose facile, il constate des signaux particulièrement alarmants depuis quelques années. « Beaucoup plus de préadolescents décompensent : ils développent une sorte de phobie scolaire, sans passif particulier. Dans les cas les plus graves, ils fuguent, se scarifient. Ils nous envoient des appels à l’aide », témoigne-t-il.

    Du terrain de sport au snack du quartier, Samir et son équipe essayent alors d’attirer leur attention, dans l’espoir de les sortir de leurs chambres et surtout de leur rumination mentale. « Les défis sont plus importants que jamais », termine Samir.

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    *Dans les conditions et limites du contrat souscrit.

    L’Essentiel de l’article

    • Les moins de 14 ans sont de plus en plus nombreux à exprimer des sentiments de mal-être et de solitude
    • Des signaux doivent alerter : perte d’appétit, repli sur soi, tristesse, phobie scolaire entre autres
    • N’hésitez pas à faire appel à un.e psychologue pour aider votre enfant