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  • Arrêt de la tétine : mode d’emploi

    Arrêt de la tétine : mode d’emploi

    Les pédiatres et les dentistes préconisent l’arrêt de la tétine avant l’âge de 3 ans, au plus tard 4 ans. Pourquoi ? Comment aider son enfant à arrêter ? Conseils d’une pédiatre et témoignages de parents.

    On ne le sait pas toujours, mais la tétine est un danger pour le développement bucco-dentaire de l’enfant. Les spécialistes, dentistes et pédiatres, sont tous d’accord sur ce point. Ce que confirme Catherine Salinier, pédiatre retraitée à Gradignan, membre de l’Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA) : « La tétine nuit au palais des enfants, car elle pousse la mâchoire supérieure. De plus, certains enfants peuvent garder l’habitude de téter dans le vide et cela peut entraîner des troubles de la prononciation, comme des zozotements. Dans certains cas, il peut même y avoir des retards de langage, car la tétine empêche les enfants en bas âge de commencer à parler. » Si la tétine a une place importante dans la vie des jeunes enfants, c’est que l’objet a une fonction d’apaisement. La pédiatre poursuit : « La succion est un réflexe chez le bébé et, de manière instinctive, il va téter le sein de sa mère. Si la maman n’allaite pas ou après sa période d’allaitement, la tétine va souvent remplacer le sein. C’est à ce moment que les parents doivent être vigilants, et ne pas céder à la tentation de donner une tétine à l’enfant dès qu’il se met à pleurer pour le calmer. » Pour autant, Catherine Salinier précise que « la plupart des pédiatres ne sont pas opposés à la tétine, mais uniquement à son usage excessif et prolongé. Il ne faut pas que la tétine devienne un doudou. Elle ne doit pas être une solution à tout. Quand un enfant pleure, il faut le consoler, lui parler, lui expliquer ce qui ne va pas et, parfois, le laisser pleurer et même crier ». Elle rappelle aussi que 20 % des enfants n’ont jamais utilisé de tétine. Elle n’est donc absolument pas indispensable.
     

    Sevrage progressif

    « Pour limiter l’utilisation d’une tétine, explique encore Catherine Salinier, le mieux est d’établir des règles avec son enfant. Par exemple, utiliser la tétine uniquement à la maison et ne pas l’amener à l’extérieur. Mieux encore, que la tétine reste dans la chambre et soit liée au sommeil. Chaque matin, l’enfant devra placer sa tétine dans une boîte pour le reste de la journée. » Évidemment, la pédiatre précise que la tétine peut quand même être sortie de sa boîte dans la journée pour un chagrin ou un moment de fatigue de l’enfant : « Il faut que cela soit exceptionnel et uniquement dans les grands moments de détresse. »
    Idéalement, Catherine Salinier recommande l’arrêt définitif de la tétine à l’âge de 3 ans, lors de l’entrée en école maternelle. « Le sevrage doit être progressif, surtout si l’enfant est bien accroché à sa tétine », souligne la spécialiste. L’été avant cette rentrée scolaire peut donc être le bon moment pour le préparer tranquillement. La pédiatre a-t-elle une solution miracle pour l’arrêt de la tétine ? Pas vraiment, mais elle recommande que « cet arrêt soit un moment joyeux ». Comme un rite de passage, pour grandir.

    C’est ce qu’a fait Ornella Fedi, habitant dans la périphérie d’Uzès, maman d’Aaron, 4 ans. « Aaron était très en demande de sa tétine. Il en avait besoin tout le temps. Que ce soit à la maison ou chez sa nounou. L’alerte pour nous, cela a été un rendez-vous chez le dentiste alors qu’il avait trois ans. Sa mâchoire était déformée, il avait ses dents qui allaient vers l’avant. » Sa mère organise donc un jeu avec son fils : à chaque fois se sépare d’une de ses nombreuses tétines, elle lui en offre une en bonbons. Aaron se prête au jeu et échange toutes ses tétines sauf une. « La dernière, nous lui avons proposé de la donner au père Noël. Il l’a posée sous le sapin et le père Noël est, bien évidemment, passé la récupérer. Finalement, il est vite passé à autre chose. »

    Discuter et encourager

    De son côté, Katia Guin, résidant à Saint-Laurent-d’Aigouze, a trouvé une autre manière de faire avec son fils Gabriel, 3 ans. « Gabriel utilisait régulièrement sa tétine, pour les nuits et les siestes, pour les trajets en voiture et aussi à l’extérieur pour des moments de réconfort. J’ai saisi l’occasion de l’arrêt des couches pour lui expliquer qu’il était devenu grand et nous avons arrêté de la tétine, progressivement. » Fin juin 2025, alors qu’il a tout juste 3 ans, Gabriel commence à réduire ses moments avec sa tétine. « Il a déjà arrêté pour les trajets et ça se passe bien. La tétine est encore très liée au sommeil, aux nuits et aux siestes, précise sa maman. Je pense que l’arrêt complet va être facile. Nous discutons beaucoup et Gabriel comprend bien. Il y a sa grande sœur, Jade, qui a 8 ans, qui discute aussi avec lui et le dentiste lui a parlé également lors d’un rendez-vous. Nous y allons doucement et tout le monde l’encourage. Et puis Gabriel est très fier d’avoir commencé à arrêter. »

    Habitante de Nantes, Luce Rolland est la maman de Max, qui a fêté ses 1 an le 5 juillet dernier. Elle a été très rigoureuse avec l’usage de la tétine par son fils dès ses premières semaines. « J’ai énormément cadré au début. La tétine était liée à la nuit, sauf quelques fois où Max a dû aller à l’hôpital. La tétine lui a surtout permis à réguler sa succion, car il avait des soucis de déglutition et des troubles de la succion. Résultat, Max n’a jamais été vraiment obsédé par sa tétine. »La maman est néanmoins vigilante et elle ne crée pas de systématisme au moment du coucher. Max lui demande alors moins sa tétine et il commence à faire des nuits sans tétine. « L’arrivée chez la nounou a été aussi importante, car elle n’était pas pour la tétine et lui donnait peu », se souvient la maman de Max qui conseille aux autres parents de « bien cadrer l’usage de la tétine en amont pour éviter que votre enfant en devienne addict ».

  • Mort inattendue du nourrisson : démêler le vrai du faux

    Mort inattendue du nourrisson : démêler le vrai du faux

    La mort inattendue du nourrisson (MIN) désigne la même chose que la mort subite du nourrisson (MSN)

    FAUX

    La MIN est officiellement définie comme suit : « Le décès subit d’un enfant âgé de 1 mois à 1 an jusqu’alors bien portant, alors que rien dans ses antécédents connus ni dans l’histoire des faits ne pouvait le laisser prévoir » (source : Santé publique France). « Les MIN concernent des bébés qui étaient en bonne santé avant leur décès », résume Fabienne Kochert. Le corps médical parvient à expliquer environ la moitié de ces décès à l’issue de bilans étiologiques, lesquels peuvent comprendre une autopsie. Les causes identifiées sont en général d’origine infectieuse, génétique, cardiaque, métabolique, traumatique ou accidentelle. Et pour la moitié des MIN que les experts ne sont pas parvenus à expliquer, on parle de « mort subite du nourrisson » (MSN). D’où la distinction terminologique. 
     

    Les MIN sont encore fréquentes en France de nos jours

    FAUX

    « Il s’agit de 250 à 350 nourrissons chaque année », assure Fabienne Kochert. Certes, c’est un chiffre élevé, et la France est l’un des pays européens les plus touchés, selon Santé publique France, mais les campagnes de prévention menées depuis les années 1990 ont permis de réduire ces décès de 75 %. « D’où l’importance de marteler les messages de prévention, insiste la pédiatre. C’est pourquoi il y a des opérations menées dans les maternités, les structures d’accueil et chez les assistantes maternelles. » Elle ajoute que la Société française de pédiatrie a mis en place un protocole de recherche et des actions de sensibilisation visant à faire évoluer les emballages de couches et de matériel de puériculture, souvent illustrés par des bébés couchés sur le ventre, une position responsable d’une grande partie des MIN. 
     

    Coucher son nourrisson sur le ventre est très dangereux

    VRAI

    « Le principal conseil de prévention, affirme Fabienne Kochert, c’est le couchage des bébés sur le dos. Car le fait de les coucher sur le ventre représente un risque majeur d’obstruction des voies aériennes respiratoires supérieures et d’arrêt cardio-respiratoire. Alors, même si on trouve qu’ils sont inconfortables dans cette position au début, il faut insister et ils finissent par s’habituer. » Elle recommande aussi d’être très ferme avec les proches ou les assistantes maternelles ayant conservé des habitudes révolues et pensent que les enfants digèrent mieux en dormant sur le ventre. Selon Fabienne Kochert, il faut que les moments où le tout-petit est placé sur le ventre fassent l’objet d’une grande vigilance. « À partir d’un mois, on peut les stimuler un peu dans la journée en les mettant sur le ventre pour renforcer leur tonus musculaire au niveau de la nuque, pour l’éveil à la motricité, précise la spécialiste. Mais cela doit se passer dans la journée, sous surveillance. » La nuit, les nourrissons doivent dormir sur le dos et dans des conditions de sécurité particulières : « Sur un matelas, ferme, pour que le bébé ne puisse pas s’enfoncer, et sans tour de lit, ni oreiller, ni couette, ni doudou, c’est-à-dire en éliminant tout ce qui pourrait obstruer les voies respiratoires aériennes supérieures », détaille le docteur Kochert. 
     

    Surélever son nourrisson en cas de toux est un bon réflexe

    FAUX

    S’il est parfois judicieux de surélever les jeunes enfants dans leur lit quand ils toussent, notamment en cas de bronchiolite, à l’aide d’oreillers placés sous le matelas, c’est une pratique à proscrire avec les nourrissons. « C’est très dangereux, avertit la pédiatre. Le bébé peut glisser, se retrouver sous la couette et ne plus pouvoir respirer. »

    La mauvaise qualité de l’air est une des causes de MIN

    VRAI

    Couplée à d’autres facteurs tels que la prématurité, le faible poids de naissance, ou une période critique du développement neurologique, respiratoire et cardiaque (de 1 à 4 mois), l’exposition à des facteurs de stress environnementaux, tels que le tabagisme passif, constitue une situation à risque. Il est important que l’air de la chambre soit sain, qu’il circule, que la pièce soit aérée régulièrement et non surchauffée (entre 18°C et 20°C). Fabienne Kochert insiste sur l’importance de ne pas fumer dans le logement et d’être prudent avec les chauffages d’appoint. 

    Le « cododo » en famille est recommandé jusqu’à 6 mois

    VRAI ET FAUX

    Si faire dormir les bébés dans la chambre des parents durant leurs 6 à 12 premiers mois est fortement recommandé, les faire dormir dans leur lit s’avère, en revanche, éminemment risqué. La pédiatre rappelle que les oreillers, les couettes et les corps peuvent obstruer les voies respiratoires des petits, et conduire à l’asphyxie. Elle conseille d’opter pour un lit à part ou un lit de cododo, accroché au lit des parents. 

    Pour aller plus loin

    https://www.omin.fr/espace-prevention/, le site de L’Observatoire des morts inattendues du nourrisson
    https://www.mpedia.fr/, le site destiné au grand public de l’Association française de pédiatrie ambulatoire
    Santé publique France

  • Ados, IA et deepfakes : les dangers de l’ère du faux

    Ados, IA et deepfakes : les dangers de l’ère du faux

    L’utilisation de l’IA peut permettre de générer des contenus amusants, pourtant, elle ouvre aussi la porte à des dérives plus sinistres, tels que des « deepfakes », des images truquées et nocives. Comment les parents peuvent-ils accompagner leurs enfants face à cette menace nouvelle ? 

    « Je suis comme Saint-Thomas, je ne crois que ce que je vois. » Longtemps, ce dicton célèbre a fait consensus. Aujourd’hui pourtant, il est remis en question par l’intelligence artificielle générative, qui permet de créer de toutes pièces des images. « C’est un changement de paradigme. Auparavant, ce qu’on voyait de nos yeux avait caractère d’évidence, aujourd’hui, on ne peut plus croire tout ce qu’on voit. L’évidence n’a plus rien d’évidente », explique Jean-Gabriel Ganascia, président du comité d’éthique du CNRS et spécialiste de l’intelligence artificielle. Avec l’avènement des outils d’IA générative, la manipulation d’images s’est démocratisée. Faire mentir des photos est devenu un jeu d’enfants. D’autant qu’il est difficile de démêler le vrai du faux, les solutions techniques n’étant pas toujours capables de déceler un trucage. Désormais, tout le monde peut générer un hypertrucage (une notion que Jean-Gabriel Ganascia préfère à celle de deepfake) bluffant de réalisme. Il suffit d’une photo publiée en ligne, d’un logiciel et le tour est joué. Nolan, 13 ans, est en classe de quatrième en région parisienne. Avec d’autres collégiens, il s’amuse à générer des contenus amusants à partir de leurs photos. Mais cette utilisation ludique peut aussi évoluer en de plus graves dérives, à l’image de la fabrication de deepfakes à contenu pornographique ou diffamatoire. 
     

    Une sensibilisation essentielle

    Le 12 mars dernier, un fait divers a défrayé la chronique dans la Manche. Une douzaine de collégiennes scolarisées dans le département ont été victimes de deepfakes à caractère sexuel. Ces derniers mois, la manipulation d’image à des fins de malveillance, de vengeance et de cyberharcèlement a explosé. Les conséquences pour les victimes peuvent être désastreuses et aller jusqu’à provoquer un suicide. Axelle Desaint est la directrice d’Internet Sans Crainte, le programme national d’éducation des jeunes au numérique. En mars dernier, à l’occasion du Safer Internet Day, elle organisait à la Sorbonne à Paris une grande séance de sensibilisation auprès de 500 élèves de troisième et de seconde. L’occasion de constater que le sujet est une grande source d’angoisse pour les adolescents : « Quand on a abordé le sujet des deep nudes (des images truquées de corps dénudés), il y a eu un silence religieux dans la salle, on sent que cela parle déjà énormément aux jeunes. » Pour la coordinatrice de Safer Internet France, parler du sujet dans le cadre familial et sensibiliser les jeunes aux dangers du numérique reste essentielle pour contrer les dérives. Celle qui anime régulièrement des ateliers de sensibilisation au sujet dans les lycées se réjouit d’ailleurs du retour des séances d’éducation sexuelle et affective à l’école : « J’espère que, dans ces séances, les enjeux d’intimité, de sexualité, de rapport affectif dans l’espace numérique vont être abordés, car les adolescents sont très seuls face à ces sujets. »

    Ne jamais répondre

    Avec les progrès de la technologie, ce sont désormais parfois des « brouteurs », ces sinistres arnaqueurs en lignes, qui génèrent des deep nudes à partir d’images captées sur les réseaux sociaux avant de les envoyer aux victimes en les menaçant de les dévoiler à tout leur entourage. Dès lors, comment les victimes de sextorsion, le terme générique pour les extorsions basés sur la sexualité, doivent réagir ? : « C’est un peu contre-intuitif, mais il ne faut pas répondre, c’est le même principe que les spams. Répondre, c’est valider son numéro ou son e-mail. Si vous ne répondez pas, l’image ne sera jamais partagée. La bonne réponse est donc d’ignorer et de signaler aux autorités pour permettre éventuellement de repérer une adresse IP et de remonter vers un réseau d’arnaqueurs », détaille Axelle Desaint. Et dans le cas où le harceleur n’est pas un brouteur, mais bien un camarade de classe ou une connaissance ? Il convient alors d’effectuer un signalement à son établissement scolaire ou même de porter plainte auprès de la police : « Le cyberharcèlement est un délit passible de lourdes amendes, voire de peines de prison. On ne joue pas avec l’identité de l’autre », termine Axelle Desaint.
     

  • Make-up mania : quel maquillage pour les ados ?

    Make-up mania : quel maquillage pour les ados ?

    Si la pratique est vieille comme le monde, elle prend aujourd’hui une autre dimension, plus virale, avec les réseaux sociaux, alors que les points de vente physiques ou digitaux se sont démultipliés. Raison de plus pour garder un œil sur nos jeunes et leur rapport au make-up.

    Quand Elsa, 43 ans, a remarqué qu’Ada, sa fille de 13 ans, se maquillait, elle a un peu tiqué. « Pourtant, elle avait eu ses règles l’année précédente, qu’elle grandisse n’avait rien d’une surprise. Mais je n’ai pas trop aimé. C’est d’autant plus étrange que, pour être honnête, à l’adolescence, je me maquillais comme un camion volé. Avec tous les tutos qu’on trouve aujourd’hui, Ada a obtenu des résultats bien plus réussis. Mais, j’ai eu l’impression que ce n’était plus elle. » Pour Aude, 48 ans, le ressenti a été totalement différent avec Clélia, sa fille qui a aujourd’hui 15 ans : « Ça nous a donné quelque chose de nouveau à partager, ça nous a un peu rapprochées dans une période où, justement, elle s’éloignait. Elle me demande, parfois, mon avis, je lui prête mon maquillage et elle m’apprend de nouvelles techniques. »
    Dans les deux cas, en fait, il s’agit, d’un « rite de passage » comme l’explique le psychiatre et pédopsychiatre Stéphane Clerget*, mais c’est aussi pour les ados une façon « plutôt saine d’essayer d’avoir le contrôle sur son corps, à un âge où, justement ils se modifient. Et puis c’est une manière d’essayer de se donner une allure un peu adulte quand on est plus jeune. Paradoxalement, le maquillage est aussi un moyen de se cacher. Et c’est ce qui permet de s’exposer tout en étant à l’abri, comme avec un masque finalement ».
     

    Déconseillé avant la puberté

    Vouloir se maquiller à l’adolescence est donc normal. Mais parfois les préados aimeraient aussi se farder comme les plus grands. Et là, il convient d’être vigilants, car il y a des considérations dermatologiques à prendre en compte. Ainsi, avant la puberté, il est bon de cantonner le maquillage à des évènements exceptionnels, comme le gala de l’école, le carnaval, etc., et de toujours utiliser des produits adaptés. « Chez les enfants, la peau est beaucoup plus fine, explique le Dr Isabelle Gallay, dermatologue à Dijon et vice- présidente du SNDV (Syndicat National des Dermatologues-Vénéréologues). Et ça favorise la pénétration de tous les actifs, de toutes les substances, ce qui augmente les risques de dessèchements, d’irritations, voire de développer des allergies. Alors qu’à la puberté, la peau devient plus épaisse. »
     

    Aider son ado à préserver la bonne santé de sa peau

    Si l’acné est la plaie de l’adolescence, il faut savoir que le maquillage peut le favoriser. On parle dans ce cas-là d’acné cosmétique. « C’est très répandu, note le Dr Gallay. Beaucoup de maquillages sont comédogènes, c’est-à-dire qu’ils vont boucher les pores, ce qui va favoriser le développement de kystes d’acné sous la peau. » D’où l’importance de choisir des produits adaptés, comme « un maquillage qui masque les imperfections, mais qui ne soit pas trop couvrant, qui ne risque pas d’empêcher le sébum de s’évacuer », conseille la dermatologue. Même logique si l’acné est déjà en place et que l’ado a la tentation, bien compréhensible, de vouloir camoufler boutons, points noirs et peau grasse, sous des plâtrées de fond de teint. Ce qui s’avère en réalité contre-productif. « Parce que, quand on a de l’acné, on a des glandes sébacées qui fonctionnent plus. Si ces glandes ne peuvent évacuer leur contenu parce que le maquillage fait barrière, parce qu’il est occlusif, ces glandes vont grossir et être à l’origine de la formation de kystes plus importants qui vont s’enflammer, et même parfois s’infecter, prévient le Dr Gallay. Mais heureusement, on a des gammes spécifiques à conseiller aux ados pour camoufler justement ces problèmes de peau, ces comédons » tient à rassurer la dermatologue. 
    Enfin, pour la santé et la beauté de la peau, qui dit maquillage dit démaquillage. Une sacro-sainte étape. « Il faut un nettoyage soigneux tous les soirs, recommande-t-elle. On peut même faire un double nettoyage : d’abord avec un produit un peu plus émulsifiant si on utilise des produits gras. Et puis, un nettoyant plus léger pour continuer à nettoyer la peau. Et le matin, juste une pulvérisation d’eau minérale et un séchage soigneux avec un Kleenex bien propre. »
     

    Faire attention à sa santé mentale

    « Il y a plein de tutos de maquillage sur les réseaux sociaux et c’est chouette d’avoir ça à dispo quand on est ado, admet Aude, la maman de Clélia, mais ça leur met aussi une pression énorme. À un moment ma fille refusait de passer la porte de l’appart si elle n’était pas maquillée. Heureusement cette période n’a pas duré. » Une préoccupation parentale naturelle et surtout nécessaire, comme l’explique le pédopsychiatre : « Il faut faire attention et chercher à savoir si elle ou il se maquille parce qu’elle ou il se trouve moche et s’il y a derrière ça une mésestime, met en garde le Dr Clerget*. Et dans ce cas, il faut l’aider à s’aimer. Évidemment, ça ne se fait pas en une fois. On revient sur le sujet régulièrement pour discuter avec elle/ lui de ses qualités, de ses compétences, de ce qu’il y a d’appréciable chez elle/lui. On les valorise. On veille à ce que l’entourage les valorise également. On mène l’enquête pour savoir s’il n’y a pas des gens autour d’eux qui les dévalorisent. C’est un travail sur du moyen terme. L’important est de favoriser l’estime de soi au-delà de l’apparence. »

    * Dr Stéphane Clerget, Le Guide de l’ado à l’usage des parents (Le livre de poche)

    Établir et respecter un budget

    Aujourd’hui, l’offre est devenue tellement énorme dans le domaine de la cosmétique que la tentation peut être grande de vouloir tout avoir, tout tester. « Au début c’est moi qui lui achetais son maquillage, raconte Aude. C’était aussi une façon de choisir et contrôler les produits qu’elle mettait sur sa peau. Mais elle a un peu trop cru que c’était la liste du père Noël : elle pensait pouvoir acheter pour plus de 50 euros par mois en cosmétique, alors j’ai mis le holà. Maintenant elle l’achète avec son argent de poche. Et on a établi un budget pour l’aider à comprendre et à faire des choix : quelle part de ses finances elle peut dépenser pour ses sorties, pour son maquillage, etc. » Le maquillage, la porte d’entrée pour faire comprendre ce qu’est un budget ? Finalement, les fards ne seraient donc pas tant superficiels… 

  • Ados : faire ses devoirs à l’heure de l’IA

    Ados : faire ses devoirs à l’heure de l’IA

    46,9 % des 13-25 ans qui utilisent ChatGPT reconnaissent y avoir recours pour réaliser des travaux scolaires. Comment réagir en tant que parents ? État des lieux de la pratique et conseils de professeur.

    Dans la liste des choses que les parents de 2025 ne comprennent pas toujours très bien – juste après les mèmes abscons et les vidéos TikTok où on parle en morse avec les yeux –, on trouve ChatGPT. Pas le concept, non. Tout le monde a vaguement compris qu’il s’agissait d’un robot qui parle comme un humain un peu trop poli. Mais l’usage qu’en font les ados, surtout pour faire leurs devoirs, reste un mystère teinté de soupçons. Car selon une étude récente, 46,9 % des 13–25 ans utilisant ChatGPT l’activent pour que l’application réalise leur travail à leur place. Alors forcément, ça secoue un peu le tableau noir. Triche ou outil malin ? Fainéantise ou débrouillardise 3.0 ? Pour les parents, la tentation est grande de tomber dans la parano numérique : « Mon enfant est-il en train de se faire remplacer par un algorithme ? » Spoiler : non. Ou en tout cas, pas encore. Reste que l’IA s’invite désormais à la table des devoirs, entre le stylo quatre couleurs et la calculatrice en fin de batterie. Faut-il s’inquiéter ou s’adapter ? Est-ce qu’un devoir fait avec l’aide d’un robot reste un devoir ? Comment accompagner cette révolution sans sombrer dans l’excès de surveillance ou le laxisme techno-compatissant ? 

    La facilité de l’IA

    Avouons-le, cette introduction au sujet a été réalisée grâce à ChatGPT. Bluffant, non ? Bluffant c’est également ce que s’est dit Pierre, 55 ans, quand son fils Basile a résolu un problème mathématique en quelques secondes grâce à l’IA. Alors que père et fils sèchent devant un ardu devoir de mathématiques, le lycéen, en classe de seconde, prend en photo le problème avant de le soumettre à l’intelligence artificielle. « Quelques secondes plus tard, c’était résolu », s’étonne ce cadre dans l’industrie. De quoi faire naître un peu d’inquiétude chez ce parent qui pense que le recours à l’IA pour faire ses devoirs s’apparente à un « minimum d’effort, pour un maximum de fainéantise ». Charlotte, 43 ans, a fait le même constat avec ses enfants de 12 et 15 ans. Un jour, elle réprimande son aîné qui utilise ChatGPT pour préparer un exposé et s’entend répondre avec impertinence : « Ça sert à quoi d’apprendre, de réfléchir ? ChatGPT peut le faire pour moi. » Le pire dans tout cela, c’est que lorsque sa fille – plus sensible à son argumentaire – décide de faire sa rédaction de français sans aide de l’intelligence artificielle, elle obtient une moins bonne note que ses copines qui ont sollicité ChatGPT : « Elle était dégoûtée », se souvient cette mère qui travaille dans le graphisme. 
    Selon Pierre, le souci de l’utilisation de l’intelligence artificielle pour faire ses devoirs s’inscrit dans un problème plus général : celui de la place des écrans, notamment dans l’enseignement : « Ce qui m’énerve, c’est que je fais la guerre aux écrans, alors même que l’école est devenue un environnement extrêmement numérique. Les exercices, les livres, les bulletins de notes, l’agenda… Tout est désormais sur écran », regrette-t-il. Charlotte fait un constat similaire : « Mon fils est en classe de troisième, il a toujours une bonne raison d’ouvrir son ordinateur. » Dès lors, il est difficile de savoir exactement quand les adolescents travaillent sérieusement sur leur ordinateur et quand ils font appel à l’IA pour faire leur boulot. 

    Travailler en bonne intelligence

    Alors, comment réguler l’utilisation de l’intelligence artificielle à un âge où se forme une bonne partie du jugement et de l’esprit critique ? C’est l’enjeu auquel sont confrontés les parents d’ado. Pour cela Charlotte a ses petites techniques : « Je lutte pour qu’ils arrêtent de chercher tout et n’importe quoi sur ChatGPT en leur rappelant que c’est très énergivore et que cela à un réel coût écologique » (chaque requête ChatGPT consomme jusqu’à 500 ml d’eau et 2,9 Wh d’énergie). Dès que Charlotte tombe sur un article de presse mettant en cause le bien-fondé du recours systématique à l’IA, cette directrice artistique l’envoie à ses enfants : « La dernière fois, je leur ai parlé d’une étude du MIT expliquant que l’utilisation de ChatGPT aurait des conséquences sur le fonctionnement cérébral. » À force de les sensibiliser à ce sujet, Charlotte a bon espoir que ses enfants utilisent l’IA à bon escient. 
    Certains professeurs l’assurent d’ailleurs, l’IA n’est pas forcément cet épouvantail qui rendra les élèves plus bêtes. D’ailleurs, de nombreux enseignants l’utilisent eux-mêmes pour préparer leurs cours. Certains poussent même leurs élèves à faire appel à elle. Ainsi, les professeurs du lycée Paul Valéry à Paris (XIIe arrondissement) ont élaboré un projet pédagogique pour que leurs élèves apprennent à travailler intelligemment avec l’IA. La professeure de lettres Claire Doz est ainsi persuadée que son utilisation peut favoriser l’apprentissage : « L’IA peut, par exemple, être une aide dans le cadre d’un sujet de dissertation. Souvent les élèves posent telle quelle la question du sujet à l’IA en espérant qu’elle délivre clé en main une réponse ou même, un plan. Or, une IA de type Brainstory, va plutôt poser une nouvelle une question à chaque question posée comme pour inciter l’élève à se poser lui-même des questions sur le sujet. Ainsi l’élève dialogue avec l’IA et en même temps avec le sujet et cela fait émerger en lui une meilleure compréhension de ses enjeux », estime-t-elle. Ce qui est certain, c’est que pour le moment, à l’heure de passer des contrôles en classe ou des épreuves officielles, les élèves ne peuvent pas encore compter sur l’aide de l’intelligence artificielle. La meilleure solution pour avoir son bac est certainement encore de bien réviser ses fiches !
     

  • Perte des dents de lait, comment préparer son enfant ?

    Perte des dents de lait, comment préparer son enfant ?

    Certains parents l’ont sans doute remarqué : les petites filles perdent leurs premières dents plus tôt que les petits garçons. « J’ai été surprise avec ma deuxième, se souvient Maud. Comparé à ce qui s’était passé avec son grand frère, elle a perdu sa première dent de lait huit mois plus tôt. Rien de grave, mais je ne m’y attendais pas. » Cela rien d’étonnant, rassure le Dr Camille Ravinet. « Les filles et les garçons n’ont pas le même rythme de croissance, explique cette dentiste pédiatrique et chirurgienne-dentiste à Paris. En général, pour les petites filles, ça arrive vers 5 ans et demi et pour les petits garçons vers 6 ans, voire 6 ans et demi. »

    Gérer l’angoisse de la perte

    « En dehors des cheveux et des ongles, les dents sont les premiers éléments du corps a priori stable qui disparaissent et cela peut générer une inquiétude. C’est un morceau de soi qui tombe, note le Dr Stéphane Clerget, pédopsychiatre. Mais les jeunes parents peuvent se rassurer : il est rare qu’un enfant vive difficilement la perte de ses premières dents de lait. « Généralement, ils sont en grande section de maternelle, et, en réalité, ils ont plutôt hâte que ça leur arrive pour faire comme les grands qui sont déjà au CP », explique la dentiste pédiatrique. Mais dans le cas où une angoisse se manifeste, il est primordial de ne pas ignorer leurs craintes ou de les minimiser : « Je leur explique que leurs nouvelles dents viennent parce qu’elles sont prêtes et que les anciennes ont fini leur travail. Je leur dis que c’est comme ça qu’ils auront des dents de princesse ou de superhéros », raconte de Dr Ravinet. N’oublions pas la grande alliée des parents dans cette période : la petite souris ! Et pas question pour les parents de culpabiliser ou d’hésiter à glisser une pièce sous l’oreiller « Il faut compenser la perte, c’est indispensable », souligne le pédopsychiatre.

    Affronter la peur du sang et/ou de la douleur

    Estelle, maman de deux garçons d’aujourd’hui 7 et 9 ans, a trouvé une méthode des plus originales pour y faire face : « Mon petit dernier a été un peu traumatisé quand son grand frère a perdu une de ses dents. Je ne sais pas pourquoi, mais il avait pas mal saigné cette fois-là. Mon aîné s’en fichait, mais le petit a eu très peur et pensait que c’était extrêmement douloureux. Pour dédramatiser tout ça, on a instauré nos ”soirées Dracula” : les jours où il perdait une dent, on se déguisait, on mettait nos dentiers, et on regardait un film avec glace à volonté. Un peu un mini Halloween. Ça a tellement fonctionné qu’au bout de deux soirées le plus petit n’avait qu’une hâte : perdre les siennes ! Et au final, ces soirées nous font de super souvenirs. » Et pour ceux qui ont vraiment très peur, la dentiste préconise l’extraction en cabinet : « On applique une crème anesthésiante, ça endort la région. On les aide à passer cette étape. » Mais, même dans le cas où l’enfant n’a pas peur, l’extraction de la dent de lait par un dentiste peut s’avérer nécessaire. « C’est même un motif de consultation assez fréquent, reconnaît le Dr Ravinet, parce qu’il arrive souvent que les nouvelles dents du bas poussent derrière les autres, un peu à la manière des dents de requin. Si la dent de lait ne bouge pas, il faut l’enlever pour que la nouvelle dent puisse prendre sa place. Si elle bouge, je leur dis de la faire tomber. Sauf évidemment si l’enfant nous demande de l’enlever nous parce que ça le gêne ou parce qu’il a mal. »

    Leur faire solliciter une dent qui bouge

    Si on accompagne les enfants pour leur bien-être psychologique, il en va aussi de leur santé dentaire. Ainsi, un enfant qui craint de perdre sa dent ne va pas la solliciter, ce qu’il faut éviter. « Souvent les enfants qui ont peur hésitent à toucher les dents qui bougent, ils ne les brossent pas, ils les gardent trop longtemps et du coup c’est plus sensible, explique la dentiste. Ce que je dis aux parents, c’est que plus leur enfant va les solliciter, plus il va les perdre rapidement, moins la gencive va s’irriter et fera donc moins mal. » D’ailleurs la dentiste insiste : qu’ils aient peur ou non, il est primordial de continuer à brosser la dent qui bouge. « S’ils utilisent une brosse à dents électrique, on leur fait reprendre un brossage manuel tout doux avec une brosse à dents très souple. Plus c’est propre, moins la gencive est sensible. » Il ne faut pas craindre de les encourager à solliciter la dent qui bouge pour la faire tomber le plus rapidement possible et que la nouvelle puisse prendre sa place. « On peut leur conseiller de croquer des pommes, des carottes, du pain… Et quand ils sont à la maison et qu’ils ont les mains propres, de ”jouer” avec. » Mais, quid de la technique à l’ancienne où on attachait un fil à la dent et à l’autre extrémité à une poignée de porte ? « Chacun sa technique, rigole le Dr Ravinet. J’ai même des enfants qui attachent la dent à des munitions de leur pistolet à fléchettes. Et quand ils tirent, la dent part. » Mais avec ces techniques, c’est parfois plutôt les parents qui angoissent !

     

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  • Mon ado rentre au lycée

    Mon ado rentre au lycée

    Le lycée, dernière étape avant l’âge adulte

    Pour beaucoup, le lycée peut paraître intimidant. Alors qu’ils faisaient partie des « grands », les collégiens fraîchement brevetés vont cette fois tenir le rôle – pour la première année du moins – des « petits ». Pour ne rien arranger, ils entendent souvent dire que le lycée, c’est plus dur, c’est plus strict en termes d’organisation, voire que l’ambiance est radicalement différente. C’est en partie vrai. « On ne peut pas parler de transformation radicale, mais c’est tout de même un cap, un seuil à franchir, reconnaît la pédopsychiatre Marie-Rose Moro. C’est une période pendant laquelle l’élève est appelé à gagner en autonomie. »

    Qu’est-ce qui change exactement ?

    • Les temps de pause : à l’inverse du collège, les lycéens (selon leur statut) peuvent quitter l’établissement à l’heure du déjeuner.
    • Le mode d’apprentissage : le travail est bien moins cadré par le professeur qui ne dicte plus ces cours, obligeant les élèves à prendre des notes.
    • Les échéances : elles sont souvent plus longues et l’enseignant rappelle beaucoup plus rarement que la leçon doit être apprise pour le cours suivant.

    « Sans oublier le bac, le Grand Oral, l’orientation post-bac, le fait qu’ils deviennent adultes, énumère la médecin. Le lycée est certainement la période durant laquelle nos enfants grandissent le plus vite. En moins de trois ans, ces adolescents se transforment en préadultes, prêts à explorer le monde. » Que ce soit physiquement ou mentalement, ils mûrissent et développent leur vie sociale à vue d’œil. 

    Apprendre à choisir pour mieux s’épanouir

    Pour aider les ados à bien démarrer leurs années lycée, il est primordial que les parents les préparent à choisir. « Choisir en fonction de leurs intérêts, de leurs envies, et non de manière pragmatique, précise Marie-Rose Moro. Le pragmatisme n’a jamais aidé les jeunes à grandir. Pour cela, ils doivent être actifs, ils doivent avoir envie, ils doivent avoir le sentiment que c’est eux qui grandissent. Ils n’ont nullement besoin qu’on leur dise comment ils doivent grandir et quels doivent être leurs choix. » Or au lycée, les choix ne manquent pas. Avant l’étape « Parcoursup », il y a déjà les diverses spécialités qui définissent l’emploi du temps des élèves (pour ne pas dire leur vie). Des spécialités qu’ils doivent choisir très vite. Ce fonctionnement, Marie-Rose Moro le regrette profondément, remarquant la disparition progressive de la notion de classe. « L’ado se retrouve avec celles et ceux qui font le même parcours que lui, des personnes avec qui il n’est pas nécessairement ami, explique-t-elle. La classe est un support extrêmement important pour l’enfant. C’est en classe qu’on grandit ensemble et qu’on s’appuie les uns sur les autres. » La pédopsychiatre parle même d’une libéralisation du lycée où les filières sont choisies de façon très individualiste. « Et si, par malheur on se trompe, si l’on veut changer, c’est l’enfer, déplore-t-elle. Comme si on ne pouvait pas tomber de vélo et se relever… Je trouve que les lycéens ne sont pas suffisamment préparés à cela. Ils choisissent souvent leur parcours de manière passive et se sentent souvent seuls. »

    C’est pourquoi les parents doivent, selon elle, se positionner en tant qu’alliés. Ils doivent se présenter comme « des tuteurs » et non comme « des décideurs ». Sans surprise, c’est une fois de plus la communication et le cadre qui valent. Deux outils « primordiaux », car arrivés à cet âge, l’autorité parentale s’effrite et ne se décrète plus. « Il faut certes protéger nos ados mais de manière raisonnée, estime Marie-Rose Moro. Or, pour ça, il faut parler : “Oui, tu pourras aller à des soirées, mais à quel moment, et jusqu’à quelle heure, etc.” Il ne peut y avoir de liberté sans règles. »

    Être parents d’enfant, avant d’être parents d’élève

    Mais pour quelle raison les parents stressent-ils autant – voire plus – que les ados lorsqu’ils rentrent au lycée ? Pour Marie-Rose Moro, il en va de la représentation que les parents ont de l’école et de la place de l’école dans le devenir des enfants. « Bien sûr que l’école est importante pour les jeunes, poursuit-elle. Mais justement, il faut que les apprentissages se fassent de la manière la plus agréable et la plus souple possible, et non dans la contrainte. » Elle ne fait que le répéter : « Le stress n’a jamais aidé à quoi que ce soit. » À travers ses nombreuses consultations, elle remarque que les parents sont immédiatement dans l’après, au risque d’oublier l’importance de la scolarité. « Principalement parce qu’ils projettent sur leurs enfants. Mais surtout, ils oublient qu’au-delà des connaissances, l’école sert à la construction de la vie sociale, au bien-être de l’enfant et à son bonheur… Ce qui, à mon avis, conditionne l’apprentissage. L’expérience d’enfant et d’élève heureux est essentielle pour la suite. »

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  • Mon enfant rentre au collège

    Mon enfant rentre au collège

    Ça fait un moment qu’on leur en parle : en septembre, les choses sérieuses commencent. « Entre ma rentrée en sixième, mon frère qui passe au CP et ma sœur qui entre en petite section, ça faisait beaucoup de nouveautés, raconte Julie, ancienne élève du collège Le Racinay dans les Yvelines. Je n’arrêtais pas de refaire et défaire mon cartable. Je vérifiais tout, je craignais d’oublier quelque chose. J’avais une boule au ventre et en même temps, j’étais impatiente d’être au collège. Ce n’était plus la petite école familiale dans laquelle j’avais étudié cinq ans, non, j’arrivais chez les grands. » Pédopsychiatre et professeure à l’université Paris-Descartes, Marie-Rose Moro ne connaît que trop bien cette angoisse de la rentrée « chez les grands ». Une appréhension tout à fait normale tant les changements sont grands et importants.

    Qui dit nouveau lieu, dit nouvelles règles

    Le passage entre l’école et le collège est le plus intense. Une fois en sixième, rien n’est plus comme avant : les enseignants sont tous différents en fonction des matières, les cours ne se déroulent plus dans une seule salle de classe, le règlement intérieur est strict (on a tous connu la peur d’être sanctionné avec un mot dans le carnet de correspondance, ou d’arriver en retard en se perdant dans l’établissement), la cantine se transforme en « self », le latin est au programme, la quantité de devoirs s’intensifie, les résultats scolaires deviennent un enjeu important… Les changements sont aussi nombreux et éprouvants que ceux de la puberté.

    « Là où en primaire l’enfant est plus passif et peut se contenter d’écouter en classe pour intégrer les apprentissages, au collège, il doit être beaucoup plus actif, indique la pédopsychiatre. Il doit savoir ce qu’il doit faire, où il doit le faire et quand il doit le faire. Il doit aussi apprendre à gérer le fait que ses profs peuvent être contradictoires. Certains vont demander beaucoup de participation, d’autres non. Certains seront plus sévères que d’autres… Pour résumer, au collège, le point fixe, c’est l’enfant. Alors qu’à l’école primaire, c’était l’institutrice. »

    Le chemin de l’autonomie

    L’entrée au collège, c’est aussi le moment pour certains enfants de s’y rendre sans être accompagnés par leurs parents, à pied, à vélo ou en transport en commun. Marie-Rose Moro conseille de faire ce trajet maison-collège plusieurs fois avec eux avant la rentrée, en leur donnant des repères et des conseils d’organisation : « Voilà le chemin que tu vas faire l’année prochaine ; ah, regarde, on est arrivé au collège, tu vois, finalement, ce n’est pas si long ; tu peux prendre ce raccourci ; tu passes devant la maison de grand-mère ; voilà le temps qu’il te faut en tout pour t’y rendre… C’est bien de commenter chaque étape, explique-t-elle. En sixième, on doit pouvoir faire le chemin tout seul. On doit devenir actif, autrement dit, être capable de partir à l’heure, de mettre la clé de la maison dans son sac, de trouver un copain ou une connaissance pour faire le trajet ensemble… Toutes ces choses s’organisent et s’anticipent. »

    Petit « tip » : vous pouvez réaliser ce trajet en vous rendant aux journées portes ouvertes. Enfin, laissez-le faire seul une première fois en le suivant discrètement, afin de confirmer son autonomie.

    Se préparer, mais pas en vacances

    Une telle étape peut stresser l’enfant, mais force est de constater que les parents ne sont pas beaucoup plus détendus. « J’ai récemment eu une préadolescente en consultation et ses parents ont commencé à dire qu’elle n’était pas prête pour le collège, raconte Marie-Rose Moro. Quand je me suis retrouvée seule avec elle, elle m’a confié que c’était “l’enfer” et qu’elle avait l’impression d’aller dans la gueule du loup… » Pour éviter de communiquer ce stress, les parents souhaitent à tout prix s’organiser. Ça se comprend. Mais attention : pas question d’utiliser les vacances scolaires pour préparer la rentrée.

    « Les enfants doivent pouvoir partir tranquillement sans qu’on leur sorte les cahiers de vacances pour éplucher le programme de mathématiques niveau sixième… », avertit la pédopsychiatre qui estime que les vacances doivent être une réelle rupture. Au fond, le message que les parents doivent délivrer est le suivant : oui, c’est un changement important, mais on te fait confiance, on sait que tu es prêt·e.

    Au-delà des nombreux enjeux qu’implique la rentrée au collège, difficile de ne pas aborder un sujet plus grave qui, ces dernières années, a beaucoup fait l’actualité : le harcèlement scolaire. Comment faire ? « Créer une ambiance [avant septembre] où la règle serait le harcèlement, je ne suis pas sûre que ce soit la bonne attitude, avertit Marie-Rose Moro. Je suis vraiment sensible au fait que les enfants aient des préoccupations qui sont celles des adultes. Ça me paraît trop lourd pour eux, je serais donc prudente. Il vaut mieux leur dire : “S’il y a quoi que ce soit, on sera toujours là, c’est important pour nous que tu sois bien au collège et si tu n’es pas bien, il faut que tu nous en parles, on pourra alors répondre à toutes les questions que tu te poses.” »

     

    50 questions sur les bébés, les enfants, les adolescents : Comment devenir des parents ordinaires ici et dans le monde, de Marie-Rose Moro (2021)

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  • Mon ado veut partir en vacances avec ses amis sans parents

    Mon ado veut partir en vacances avec ses amis sans parents

    « À 14 ans, mes amis ont décidé d’organiser un séjour à la mer, ayant la permission d’y aller seuls. Je comptais partir avec eux, mais c’était sans compter la réaction de mes parents. Pour eux, pas question de me laisser partir sans l’encadrement d’une personne majeure. Ils ne comprenaient pas que j’envisage de les exclure de mes vacances. Pourtant, je proposais de trouver un petit job – du baby-sitting – pour me payer les frais du voyage. S’il y avait un souci, je pouvais facilement appeler mes parents. J’ai tout tenté, j’ai supplié, j’ai même versé quelques larmes. Rien à faire, j’ai dû une fois de plus partir avec eux. Je me suis senti incompris, il continuait de voir en moi un petit garçon. » Ce que raconte Sacha, des milliers d’adolescents le vivent chaque été. Semaine au camping, colonie de vacances, séjour à l’étranger… Les options sont multiples pour les adolescents qui souhaiteraient partir, seuls ou entre amis. Sans surprise, une telle demande génère de l’inquiétude chez bon nombre de parents qui peinent à lâcher prise.

    « Une question de préparation »

    Pour la Dr Laure Geisler, médecin généraliste et créatrice d’un podcast destinés aux adolescents, tout est une question de préparation : « C’est important de faire des tests dès la préadolescence, pour être certain que son enfant est prêt à partir seuls, estime-t-elle. Ça passe par des petits week-ends chez un copain ou des petites missions quotidiennes, comme aller chercher du pain ou passer à la pharmacie. » Autre élément primordial : la communication. Sans dialogue, il n’y a pas de confiance commune. Or, c’est en dialoguant qu’un cadre peut être instauré et des règles fixées.

    Mais lesquelles exactement ? « Il y a bien entendu la question de la destination, les moyens de transport, le logement, les activités, les lieux de restauration et le budget global qu’il faut décider en amont, mais des horaires doivent aussi être définis, le téléphone portable doit toujours être chargé – pour être rassuré, on peut lui acheter en plus une batterie externe, explique la médecin. Et en cas d’indisponibilité des parents, il est bon de choisir un adulte référent si jamais il y a un pépin. Ça peut être un oncle, une grande sœur, un ami de la famille, ou même un médecin. » Cette liste de consignes peut vite devenir aussi longue qu’une dissertation. Par peur que l’adolescent en oublie la moitié, le téléphone s’avère – pour cette fois – un outil précieux : « Ça peut être bien de lui créer une note “les trucs à ne jamais oublier”, ajoute Laure Geisler. Il est aussi important que les parents ne cachent pas leurs émotions ou leurs inquiétudes. Ils peuvent même faire part des quartiers à éviter ou des lieux refuges. »

    Des dispositifs encadrés existent

    Si l’idée de « lâcher votre enfant dans la nature » vous est insupportable, il est néanmoins possible de proposer une solution de transition avec une formule encadrée comme celles des UCPA (Union nationale des centres sportifs de pleine air), destinées aux 16-17 ans. Ces derniers reposent sur une participation à la vie de groupe et aux décisions quotidiennes comme le choix des activités ou l’organisation des soirées. Autre option : les séjours à thèmes, dédiés aux adolescents âgés de 13 à 18 ans. Scientifiques, artistiques, linguistiques, sportifs… Il y en a pour tous les goûts. Plus insolite, le chantier de jeunes (à partir de 15 ou 16 ans) qui invite à la réalisation collective d’une œuvre d’intérêt général. De quoi les armer avant le « grand saut ».

    Les démarches administratives à ne pas négliger

    Quel que soit votre choix, que les vacances de votre adolescent aient lieu en France ou à l’étranger, certaines formalités administratives doivent être accomplies. Il est impératif qu’il ou elle ait un document d’identité (passeport, carte nationale d’identité) en cours de validité et il est également fortement recommandé d’obtenir une attestation d’assurance. Pour les voyages à l’étranger, votre mineur ne pourra pas partir sans une autorisation de sortie du territoire (AST) – que l’on obtient au moyen du formulaire CERFA no15646*01, qui doit être signé par l’un des parents titulaires de l’autorité parentale et accompagné d’une copie de la pièce d’identité du parent signataire – ni sans avoir effectué les vaccins obligatoires du pays de destination. L’ensemble de ces documents devra être soigneusement rangé dans un dossier, que l’adolescent devra garder précieusement tout au long de ses congés.

    Qui dit plus d’autonomie, plus de confiance en soi

    « Aujourd’hui, les parents sont beaucoup plus angoissés à l’idée de lâcher prise, reconnaît la Dr Laure Geisler. Lorsque j’étais ado, on partait à vélo sans prévenir personne et on rentrait hyper tard ! » Comment expliquer cette évolution ? Selon la psychanalyste Claude Halmos, « l’état du monde pèse sur les parents. Ils voudraient préserver leur enfant de sa violence – faut-il lui dire qu’une bombe, en Ukraine, est tombée sur une école comme la sienne ? […] On sait aussi désormais […] à quel point un enfant peut être une proie sexuelle, et on a conscience de l’individualisme ambiant, écrit-elle en 2022 dans les colonnes du quotidien Le Monde. Tout cela augmente les craintes que suscite toujours chez les parents l’autonomie de leurs enfants : que peut-il lui arriver […] et qui lui viendra en aide ? »

    Néanmoins, refuser l’émancipation de son adolescent n’est pas la solution. Au contraire : « On sait qu’aujourd’hui, favoriser l’autonomie améliore les compétences psychosociales, notamment la confiance en soi, insiste la Dr Laure Geisler. Or, avoir confiance en soi, permet à l’adolescent de faire des choix en conscience, de savoir s’opposer et de savoir s’affirmer. » Mais s’il y a bien un sujet à ne surtout pas oublier, c’est celui de la sexualité. « Que ce soit en rappelant l’importance de la contraception ou du consentement, les parents doivent impérativement aborder ces questions avant que l’ado parte. »

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  • Colonies de vacances : toujours d’actualité ?

    Colonies de vacances : toujours d’actualité ?

    « Les jolies colonies de vacances / Merci papa, merci maman ! », chantait joyeusement Pierre Perret comme dans une lettre de gamin, en 1966. Les années 1960, c’était l’âge d’or des colos : elles emmenaient alors en vacances près de 4 millions de jeunes. Ils n’étaient plus que 1,2 million en 2022. La durée des séjours de ces colos généralistes longues de 15 jours à des mois complets jusqu’aux années 1980 s’est aussi globalement rétrécie avec des durées ne dépassant plus qu’une à deux semaines. Et puis, à l’ère du téléphone portable, les enfants n’écrivent plus de lettres ni de cartes postales ! La baisse des dotations d’État dans les années 1980 a marqué le désengagement progressif des collectivités locales, actrices majeures des vacances en colonies. Comme les autres opérateurs propriétaires de centres d’accueil d’origine privée (entreprises, églises) ou publique (associations laïques et communes, donc), rappelait le magazine Causette de juillet 2022, les collectivités ont beaucoup réduit la voilure, principalement en raison des dépenses d’entretien et de mise aux normes devenus beaucoup trop onéreuses.

    Un apprentissage de l’autonomie

    Outre certains changements sociétaux, tel celui des enfants de couples séparés partant l’été un mois avec maman, l’autre avec papa, les coûts élevés des séjours en colos ont aussi précipité leur désaffection progressive. « Depuis qu’ils ont 6 ans, mes quatre enfants partent régulièrement en colos avec la ville, grâce aux tarifs avantageux du système du quotient familial », se réjouit Hocine, fonctionnaire territorial de 58 ans à la ville de Colombes. Le Pass colo géré par les CAF prodigue aussi une aide financière complémentaire aux familles modestes. Ancien gamin des colonies chères à Pierre Perret puis animateur-colo lui-même, Hocine plébiscite aujourd’hui encore cette « école de vie » : « Les colonies sont un apprentissage de l’autonomie : les enfants veillent à leurs affaires (on fait l’inventaire de leur valise ensemble !), ils se soumettent à une hygiène régulière, à des horaires fixes, prennent leurs repas sans la télé ! (rirez) La séparation au plus jeune âge ne m’a jamais tourmenté. Je me disais : “Ça va leur faire du bien !” Pour mon épouse, c’était un peu plus dur de couper avec nos enfants. Les colonies offrent un magnifique changement de cadre de vie, par un dépaysement qui leur fait oublier l’univers urbain. La découverte de la mer et de la montagne est essentielle. »

    En plus du contentement de leurs enfants d’aller en vacances sans les parents, de se faire de nouveaux amis (de vivre aussi leurs premières amourettes !) et d’emmagasiner des souvenirs sympas qu’ils raconteront à la rentrée, les parents insistent sur l’exigence de bien-être de leurs enfants élargi à leur intégrité personnelle : « Je confie mes enfants à l’équipe d’animation, donc j’en attends sécurité morale et physique pour eux », résume Hocine. D’après le magazine Causette, selon un sondage Ifop réalisé en 2016, mais toujours présent à l’esprit des papas-mamans actuels, juste après le coût élevé, c’était le manque de confiance dans le personnel accompagnant qui représentaient leurs deux principales réticences au départ en colos.

    Appréhensions parentales

    Les habitudes familiales de Ludivine, sage-femme libérale rouennaise de 46 ans, épousent assez bien l’évolution récente des colonies. L’engouement pour les colos thématiques été-hiver à séjours courts (ski, anglais, danse) qui font aujourd’hui concurrence aux colos généralistes, c’est tout naturellement que les trois filles de Ludivine partent depuis leurs 11 ans en centres d’équitation ou de voile (Les Glénans) ou en séjours nature mixtes des Scouts et Guides de France. « Petites, on les faisait garder par papi et mamie : c’est moins cher, sourit-elle. Aujourd’hui, elles partent deux semaines maxi, jamais un mois. Les Glénans, c’est 1200 euros pour 12 jours ! Les scouts ne coûtent que 300 euros pour deux semaines. » Les appréhensions parentales sont particulières dès qu’elles concernent leurs ados : « Pour la sécurité, je fais confiance aux encadrants, assure Ludivine, concernant sa fille de bientôt 17 ans. À cet âge, il peut y avoir d’éventuels problèmes d’alcool, de sexualité, voire de dérapages comportementaux entre ados, ça me stresse un peu. »

    Et les craintes légitimes de maltraitance, voire de pédocriminalité ? « C’est vrai qu’on n’en parlait pas il y a cinq ans. C’est nouveau, confirme Ludivine. Mais avec mon conjoint, nous avons très tôt sensibilisé nos enfants à oser parler. En cas de comportements anormaux, elles viendront nous le dire. Mais il ne faut pas non plus tomber dans la psychose ! » Comme tant d’autres couples, celui de Ludivine organise ses vacances d’été selon un mix bien connu : séjour en famille + colos pour les enfants. « En juillet, on est très contents de ne pas avoir les enfants, confesse-t-elle. Le couple peut se retrouver : il a besoin de ce temps d’été, sortir, voir les amis. » Même déclinantes, les colos ont encore de beaux jours devant elles…

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