Grégory et Kenza, les parents de Barnabé, qui s’apprête à entrer en petite section de maternelle, se sont posé beaucoup de questions sur l’acquisition de la propreté de leur petit garçon. « Notre fils est plutôt mature sur beaucoup de plans, assure la maman. Il a commencé à parler et à marcher tôt, par exemple. Et il se comporte très bien lorsqu’on l’emmène au restaurant, ce qui est difficile pour les enfants de son âge. Alors, on pensait qu’il demanderait à ne plus porter de couches assez tôt, comme le reste. Mais ce n’est pas du tout ce qui s’est passé, poursuit Grégory. Depuis ses dix-huit mois, on lui propose d’aller sur le pot ou sur les toilettes avec un réhausseur, mais il refuse catégoriquement. Et quand on insiste un peu, il dit qu’il est trop petit. On en a parlé à notre pédiatre qui nous a dit de laisser les choses se faire, donc on lui fiche la paix avec ça ! »
Dans la famille de Teresa, les enfants reçoivent un pot avec leurs cadeaux pour leur deuxième anniversaire, c’est une tradition depuis trois générations. « Quand j’étais enfant, je pensais que c’était comme ça dans toutes les familles, raconte-t-elle en riant. Mais, derrière ce rituel en apparence rigolo, il y a quelque chose de l’ordre de l’injonction, on dit à l’enfant : “Allez hop ! Tu as deux ans, tu te débrouilles comme tu veux, mais les couches, c’est terminé !” Quel stress, quand même ! » Le sujet est, effectivement, trop souvent une source d’angoisse pour toute la famille. À commencer par les enfants. Or, la rentrée à la maternelle est déjà, en elle-même, une étape qui peut les inquiéter. Raison de plus pour ne pas ajouter du stress à ce grand changement.
À chaque enfant son rythme
« Autrefois, relate le docteur Sellam, pédiatre à Limoges et vice-président du syndicat des pédiatres français, il pouvait arriver qu’on exige que l’enfant soit propre dès l’âge de 9 mois. Or, on sait aujourd’hui qu’il faut, au contraire, ne pas lui mettre de pression et attendre qu’il soit prêt. Il ne faut pas le forcer, au risque de le bloquer. » Il recommande d’attendre 18 ou 24 mois pour commencer à proposer le pot aux petits, car il est important que les enfants aient une motricité adéquate. Et de respecter le fait que chaque enfant avance à son rythme, sans le brusquer. « S’il refuse d’y aller, c’est que ce n’est pas le bon moment », souligne le pédiatre. Il indique que l’acte d’uriner ou de déféquer n’est pas anodin et que cela peut être très impressionnant pour les jeunes enfants : « Les petits peuvent être angoissés par le fait qu’une matière quitte leur corps. Il faut dédramatiser, bien leur expliquer qu’ils ne perdent pas une partie d’eux, mais qu’il s’agit de déchets. »
Le professionnel conseille aussi de faire preuve de nuance, de féliciter et d’encourager les enfants lorsqu’ils parviennent à aller à la selle, sans être excessif. « Quand j’étais petite, on me donnait un chocolat pour me féliciter après la grosse commission aux toilettes, raconte Teresa. Mais quand j’ai voulu faire ça pour ma fille, le médecin de famille me l’a déconseillé en me rappelant qu’il s’agit bien d’un acte naturel et banal. » Et si votre enfant a besoin d’encore un peu de temps pour bien gérer sa propreté, profitez de l’été et des promenades dans la nature pour le laisser sans couches : ce sera beaucoup moins stressant que dans un appartement !
Des personnels scolaires et périscolaires pour accompagner
Le docteur Eric Sellam,, tient à rassurer les parents : « L’école étant devenue obligatoire à partir de l’âge de 3 ans, elle ne peut plus refuser un enfant qui n’est pas propre. Cela permet de diminuer la pression chez les parents qui avaient peur que leur enfant soit récusé s’il ne l’était pas. » Les personnels scolaires et périscolaires sont, en effet, formés à soutenir et accompagner les enfants dans l’acquisition de la propreté, sans les gronder, en les changeant si cela est nécessaire, et en les rassurant. Chaque enfant de maternelle dispose de quelques tenues de change dans un casier ou dans un sac, justement prévus pour les petits accidents.
Pour les enfants, les grandes vacances tant attendues sont synonymes de bouffée d’oxygène. Un moment loin de l’école pour s’aérer l’esprit avant de reprendre le chemin des classes en septembre. Oui mais voilà, dans le programme de l’été vient parfois s’ajouter un cahier de vacances, après les balades ou la piscine. Pas toujours du goût des enfants – ni, d’ailleurs, des parents –, ce programme d’exercices plus ou moins ludiques est censé aider les écoliers à ne pas oublier ce qu’ils ont appris au cours de l’année. Pourtant, le sujet divise jusque dans le corps enseignant.
Objectif : se rafraîchir la mémoire
Sylvie, professeure de français dans un collège de l’académie Aix-Marseille n’est pas franchement convaincue de leur intérêt. « Les vacances sont un moment formateur et important pour le développement des enfants. Mais elles doivent rester un moment de pause. Plutôt que ces cahiers, je préconise des livres ou des sorties au musée en famille. C’est une très bonne façon d’ouvrir l’esprit sans ressasser des choses vues et revues toute l’année. » Mais l’enseignante concède néanmoins qu’il peut y avoir des bénéfices à ces exercices. « En général, ces cahiers sont écrits par des enseignants et suivent les programmes, ils sont assez bien faits. Ils peuvent être utiles à des élèves qui ont des lacunes ou voudraient se rafraîchir la mémoire à quelques jours de la rentrée. Même si pour cela, il suffit que les enfants relisent leurs cours de l’année », estime Sylvie.
Réassurance et remise à niveau
Lucas, 12 ans et collégien à Poitiers, a lui-même demandé à ses parents un cahier de vacances au moment de son passage du primaire au secondaire l’été dernier. « Il appréhendait de se retrouver au collège. Alors, il a voulu travailler deux heures par jour pendant une semaine au mois d’août », raconte son père, Lionel. Pourtant, le quadragénaire n’a jamais poussé son fils à se lancer dans des révisions durant ses vacances, au contraire : « Il est bon élève donc il n’en avait pas vraiment besoin. D’ailleurs, je pense que ça ne lui a pas trop plu, son cahier de l’été dernier est resté à moitié vide. Il a fait l’impasse sur plusieurs matières, dont l’histoire-géo, où il a de bons résultats. Mais ça a quand même eu le mérite de le rassurer et de lui faire revoir les matières avec lesquelles il est moins à l’aise. » Cet été, Lucas n’aura pas de cahier de vacances, son père lui prévoit un autre programme : quelques heures de cours particuliers de mathématiques avec un étudiant à la fin de l’été. « Il n’aime vraiment pas cette matière et il est en train de se bloquer. Je me dis que ça peut être bien qu’il revoie le programme à tête reposée. Je l’aurai bien aidé, mais j’ai toujours été un peu nul en maths », sourit Lionel.
Se remettre dans le bain en famille
Si certains épargnent à leurs enfants de noircir les pages d’un cahier de vacances sous le parasol, pour d’autres, l’objet est devenu un incontournable des congés. « J’en achète toujours un à chacune de mes petites. Au début, elles n’étaient pas trop partantes, mais maintenant elles s’y collent sans rechigner parce qu’elles ont compris que ça leur permet de rester à jour tout en s’amusant. Les exercices sont souvent sur le thème des vacances, il y a des illustrations marrantes, c’est plutôt sympa », assure Mylène, parisienne de 43 ans, qui a remarqué que grâce à ce travail estival, ses deux collégiennes avaient beaucoup moins de mal à se remettre dans le bain en septembre. Néanmoins, elle fait très attention au choix du cahier : « Je n’aime pas quand ils sont trop marketés avec des personnages de dessins animés ou de mangas. Je me dis que s’ils ont besoin d’attirer les clients avec ce genre d’arguments, c’est que le contenu ne doit pas être au niveau. » Mylène choisit donc toujours les versions les plus classiques, proposées « par des maisons d’édition sérieuses » et s’assure que des professeurs sont à l’origine des exercices proposés.
En plus des bénéfices purement scolaires de ces devoirs de vacances, la mère de famille y voit le moyen de créer des petits moments privilégiés en famille. Prise par son travail, l’été, elle laisse souvent ses filles chez ses parents. « C’est surtout eux qui font les profs et chapeautent les devoirs. C’est presque devenu une tradition », explique-t-elle. En complément, cette mère de famille a même fait découvrir à ses filles des épisodes dénichés sur YouTube de l’émission C’est pas sorcier, qu’elle regardait elle-même enfant : « Et maintenant pendant les vacances, quand elles veulent s’intéresser à quelque chose qu’elles revoient dans leur cahier de vacances, souvent en SVT, elles cherchent toutes les deux s’il existe un épisode qui traite du sujet. Je les regarde avec elles. Ça me rappelle des souvenirs ! »
Depuis quelques années, pour les enfants, exit les anniversaires classiques et place à l’extravagance. Sur les réseaux sociaux on voit se multiplier les photos de fêtes toujours plus folles organisées par des parents pour leurs progénitures. Les gâteaux ont triplé de volume, les ballons se comptent par centaines et des comédiens en déguisement s’occupent de l’animation. C’est à peu de choses près cette formule que David, papa originaire de Bordeaux et âgé de 36 ans, a choisi cet automne pour les onze ans de son fils. « On n’a pas pu le faire l’an dernier parce qu’on était en voyage, alors cette année, on a voulu marquer le coup et privilégier un beau moment à un gros cadeau », explique-t-il. En plus d’une décoration XXL faite de ballons multicolores et d’un gâteau d’anniversaire géant, David a loué un château gonflable et deux autres modules pour que les enfants enchaînent les pirouettes tout l’après-midi. « On a eu la chance de pouvoir les installer chez mes parents qui ont un grand jardin », précise le Bordelais. Un anniversaire hors-norme qui a eu l’effet escompté sur son fils et ses copains de classes : « Ils étaient aux anges ! Par contre les parents des autres enfants m’en veulent un peu. Ils m’ont dit que j’avais mis la barre très haut ! »
Des animations d’exception
Selon Kevin Rainfray, cofondateur de Kidsplanner, une plateforme en ligne qui propose notamment des prestations complètes pour les anniversaires des plus jeunes, cette tendance trouverait ses racines de l’autre côté de l’Atlantique. « Souvent, ce qui touche à la fête vient des États-Unis. On le voit avec les “baby showers” et ce genre d’événements. Mais en ce qui concerne les anniversaires d’enfants, ça vient peut-être davantage de la culture sud-américaine. Au Mexique par exemple, ils font des fêtes d’anniversaire démentielles. C’est très répandu. D’ailleurs, la piñata, un des éléments de ces fête à la mode en France, vient de là-bas. »
Avec ce type de prestations, les parents ont l’embarras du choix. Ils peuvent, par exemple, réserver une activité pour leurs enfants allant d’une fête classique autour d’un thème particulier à un après-midi dans un studio d’enregistrement accompagné d’un professionnel, comprenant la création d’une chanson et le tournage d’un clip. « Ce qui marche pas mal, c’est le bus discothèque. Pendant trois heures, votre enfant et une trentaine de copains font le tour de Paris en faisant la fête dans un bus », raconte Kevin Rainfray. Le prix de cette animation d’exception : 1500 euros. Mais certains parents seraient même prêts à dépenser le double : « Pour quelque chose de plus classique, il faut compter entre 200 et 300 euros, parfois un peu moins. Mais certains parents peuvent dépenser dix fois plus. Quand il y a beaucoup de décoration, le budget peut exploser. Ça arrive le plus souvent pour des anniversaires particuliers comme les 10 ans. »
Magie et princesses
Dans les Hauts-de-France, Natacha Van Daele a créé l’entreprise Invite ton rêve il y a sept ans. « Pour les 4 ans de ma sœur et à la demande de ma mère, je me suis déguisée en princesse d’un célèbre dessin animé. Je me suis prise au jeu et avec trois amis on a décidé de se lancer de manière professionnelle et d’apporter la magie des parcs à thèmes à domicile pour les anniversaires d’enfant », rapporte-t-elle. Aujourd’hui, elle compte dans son catalogue à peu près tout ce qui existe en princesse, de La Belle aux bois dormant à celles des films les plus récents. Ses prestations varient entre 100 et 400 euros selon les options choisies. Annabelle a fait appel à ses services au printemps 2023 pour les cinq ans de sa fille : « J’ai fait venir deux performeuses déguisées en princesses. J’avais découvert Invite ton rêve à l’anniversaire d’une copine d’une de mes petites et j’avais trouvé ça super. Les personnages étaient vraiment réalistes et l’équipe très professionnelle. »
Cette année, pour les 6 ans de sa petite dernière, Annabelle a vu les choses en encore plus grand. « Cette fois, il y avait trois princesses. La fête s’est passée dans une salle louée pour l’occasion que j’ai entièrement décorée. Il y avait de grandes toiles, des guirlandes, des ballons et des arches. Sur le buffet, j’avais aussi mis en décoration plein d’objets de ses films préférés », détaille la maman de 41 ans. Pourquoi tant d’efforts et de dépense pour un simple anniversaire ? Annabelle croit avoir la réponse. « C’est certainement pour leur offrir un peu de magie et des souvenirs plutôt que quelque chose de matériel, explique-t-elle. Mais c’est peut-être aussi que je n’ai jamais vraiment fêté mes anniversaires étant petite, parce qu’on était une famille de sept enfants et que c’était compliqué. Même si je n’ai pas été malheureuse, je veux faire vivre à mes filles ce que je n’ai pas eu. »
Chaque jour, les Françaises et Français passent en moyenne cinq heures et demie en ligne, soit presque un tiers de leur temps de veille. Les IA et les réseaux sociaux bouleversent les manières de rencontrer et de créer et, en miroir, d’agresser et de tromper. Et parce que la jugeote ne suffit parfois pas à identifier les chausse- trappes très sophistiqués que l’on trouve en ligne, la culture du doute est toujours bénéfique. C’est par elle que les citoyen·nes se forgeront une culture numérique et ne perdront pas confiance en ces formidables outils que sont le Web et Internet.
Le questionnement des genres et des identités en ligne est central dans chacune de vos deux œuvres. Comment expliquez-vous l’intérêt de ces sujets à l’ère numérique, et l’engagement de chacun.e de vous ?
Ketty Steward : C’est effectivement tout le sujet de mon essai [Le Futur au pluriel : réparer la science-fiction, paru en 2023 aux éditions L’Inframonde, ndlr] qui porte sur la science-fiction mais dont je sais très bien qu’il peut porter sur plein d’autres thèmes. La science-fiction n’échappe pas au monde blanc, patriarcal, hétéronormé et valide. L’écriture et la mise en récit nous aident à comprendre le monde. Je regrette que la compréhension du monde soit laissée à une poignée de personnes qui ont exactement le même profil, qui apportent des explications fort intéressantes mais qui ne concernent que ce qui les touche. Ce que j’ai voulu faire, c’est essayer de clarifier mon vécu de 20 ans de fréquentation d’un milieu très blanc, très masculin, avec des idées qui se renouvellent peu. Avec ce constat de manque de pluralité du milieu et des conséquences que ça peut avoir, il s’agit d’avoir la possibilité de regarder les choses sous un angle légèrement différent et théorique. Il ne suffit pas de dire que le milieu de la science-fiction est masculin et fermé, mais que c’est un boys club. Il faut savoir comment ce boys club fonctionne et comment le démanteler. Et c’est vraiment ça qui m’intéresse : raconter ce qui est pour essayer de trouver comment le défaire, comment faire mieux, comment penser autrement, comment se renouveler. Et si dans la science-fiction on ne peut pas avoir d’imagination, je ne sais pas où on peut en avoir. Les milieux de la science-fiction et du numérique sont quand même très liés historiquement par la construction de ce genre littéraire et ce sont les mêmes constats : comment fait-on pour voir autre chose ? Qu’est ce qu’on fait avec cette pluralité qui existe ? Les femmes existent, les noirs existent, les femmes noires existent, les personnes handicapées existent, les personnes queer existent. Ce n’est plus possible de faire comme si on n’était pas là. On est dans une période un peu tendue, mais on a toujours été là, seulement on en parle un peu plus fort.
Benjamin Fogel : Il est difficile de répondre à cette question sans dévoiler l’intrigue, mais disons que Camille et Irina dans La Transparence selon Irina incarnent quelque chose de féministe derrière leurs écrans, et leur identité est plus complexe que cela. De la même manière, les personnages principaux masculins du Silence selon Manon ne sont pas forcément tout le temps des alliés non plus. Je voulais moi-même me mettre en scène en tant qu’auteur homme et montrer toutes les ambiguïtés sous-jacentes à la fois aux profils anonymes et aux profils publics “transparents”, aux discours. Il s’est passé plein de trucs super grâce à Internet et les réseaux sociaux, du Printemps arabe à #MeToo, des voix y ont trouvé une caisse de résonance hyper forte. Les nouvelles vagues du féminisme se sont beaucoup structurées grâce aux réseaux sociaux et ont réussi à constituer une vraie force agissante sur la société. Et maintenant, il y a un retour de bâton que je trouve ultra violent. Les groupes masculinistes, misogynes, les incels [mot-valise pour « involuntary celibate » soit célibataire involontaire, communauté en ligne d’hommes qui se définissent comme étant injustement empêchés de trouver une partenaire amoureuse ou sexuelle, ndlr].se sont eux-mêmes constitués en force pour les faire taire. Cela illustre beaucoup la question des rapports de force sur Internet. Le combat féministe est loin d’être gagné. Je trouve que ça demande encore énormément d’abnégation et de patience de réexpliquer et prouver les fondements du raisonnement féministe. Je suis très admiratif de ces femmes et de leur combat.
Comment l’imaginaire permet-il de revisiter et de changer le réel ? Comment vos univers y participent-ils ?
KS : Je conçois des ateliers d’écriture, et je trouve que le type de réflexion qu’on a en science-fiction, quand on fait du world building, c’est-à-dire quand on construit un monde, quand on fait de l’imagination sur le futur, c’est quelque chose qui peut aider à penser différemment. Quand je dis qu’on oublie que le numérique a un réel impact écologique qui détruit physiquement la planète, c’est typiquement le genre de conclusions auxquelles on peut arriver quand on va au bout d’une réflexion de construction de monde en science-fiction, parce qu’on va s’obliger à comprendre quel monde permet telle ou telle chose. Par exemple, lors d’un atelier, quand quelqu’un me dit vouloir des voitures volantes, je vais demander combien ça coûte, qui va les fabriquer, quelles sont les ressources utilisées, quel impact sur la planète, est-ce qu’on peut se le permettre ? Est-ce qu’en prenant en compte le réchauffement climatique, c’est jouable? Est-ce que tout le monde y a accès ? C’est vraiment sur une vision très globale et systémique. Cela fonctionne aussi pour la réflexion autour de la décroissance. Il y a des personnes dont la vie dépend de ces technologies. Comment arbitrer ? Il me semble qu’une des clés est de réfléchir de manière globale. Il y a plein d’arbitrages possibles et en fonction des groupes, on n’arrive pas du tout sur les mêmes imaginaires du futur. Mais il y a cette idée forte à laquelle on ne peut pas échapper : on ne peut pas tout avoir, les choses ont un coût et nos belles utopies se font souvent au détriment d’autres personnes. Sincèrement, je trouve que les techniques de world building de la science fiction est quelque chose qui peut aider à améliorer le monde.
BF : Les sujets de la cybercriminalité et d’internet projettent tout de suite dans de la prospective assez fascinante pour l’anticipation et la SF. Il y a un enjeu politique et démocratique qui est très fort, qui amène rapidement sur le sociopolitique et enfin l’anonymat, la toxicité, les manipulations ont beaucoup d’enjeux psychologiques. Donc le sujet, en tant qu’écrivain, c’est jackpot ! Dans la trilogie, l’enjeu était de raconter ce système politique et moral de la transparence en trois étapes pour construire sa naissance, sa vitesse de croisière et sa radicalisation. Je n’ai pas fait l’effondrement, cela arrivera peut-être plus tard. J’ai commencé par la vitesse de croisière de ce système avec La Transparence selon Irina, en 2058 pour qu’on comprenne bien les enjeux. Ensuite, avec Le Silence selon Manon, qui se termine en 2025, je trouvais intéressant d’explorer comment le monde en était arrivé là. Ce sont les prémices de la transparence et la fin de l’anonymat. Dans L’Absence selon Camille, les événements reprennent directement après la fin de La Transparence. C’est une sorte de confrontation entre les deux mondes, dans une logique de radicalisation de la transparence, un parti politique radical qui veut aller encore plus loin dans le contrôle et qui, malheureusement, ne rencontre pas beaucoup d’opposition. C’est vraiment l’histoire d’une révolution ratée. Le propos du troisième tome est assez important au vu de la situation actuelle.
Ketty, comment considérez-vous ce concept d’esprit critique ?
K.S : L’esprit critique a deux définitions différentes. La première chose est l’esprit critique en tant que faculté à s’interroger sur ce qu’on perçoit, ce qu’on pense, etc. Pour moi, c’est la base, le fait de revenir sur soi, de douter. La deuxième chose est l’esprit critique comme étant une communauté de gens qui proposent des outils et qui oublient eux-mêmes de douter. J’ai une grande méfiance envers la zététique [méthode philosophique aussi appelée didactique de l’esprit critique qui consiste à rechercher la solution d’un problème en le supposant résolu et en remontant de cette solution jusqu’aux termes initiaux en vérifiant le bien-fondé de chaque étape, ndlr] et l’esprit critique, parce que ces personnes vont remplacer des certitudes par d’autres certitudes, et ne s’interrogent pas sur elles-mêmes. Cet idéal de rationalité ne correspond pas à la réalité du modèle cognitif de l’humain. Ça suppose qu’il y aurait une façon parfaite de penser, sans biais, et que l’objectif serait de ne pas avoir ces biais pour penser juste. L’être qui pense juste n’existe pas, notre cerveau n’est pas fait pour ça. Ce doit être hyper rassurant de se dire qu’il existe une liste de tous les biais et qu’on peut en sortir grâce à des outils. Est-ce que ça nous protège des dérives qu’il peut y avoir dans le monde numérique? Je n’en suis pas certaine. La construction sociale de tout un tas de comportements, n’est pas prise en compte dans ces milieux, et c’est pourtant ce qu’il faut interroger. La question est de savoir comment faire pour lutter contre les biais.
Benjamin, comment ce sujet de la cybersécurité s’articule-t-il avec l’idée d’identité et d’anonymat ?
BF : L’anonymat est une des valeurs fondamentales des débuts d’Internet, qui à l’origine allait permettre à des voix qui n’ont pas la possibilité de s’exprimer dans le monde réel de trouver une caisse de résonance tout en étant protégées. Ce pouvait être des activistes politiques, des lanceurs d’alerte… L’anonymat participe à cette idée de libération de l’information, et d’émancipation personnelle : étant anonyme, on va pouvoir vraiment dire tout ce qu’on pense, libérer des contingences de la société. J’ai été très fan du concept à l’arrivée d’Internet. Et puis avec le temps, il s’est passé plusieurs choses, au niveau personnel et au niveau global, qui ont changé mes perceptions. J’ai entretenu une relation d’amitié très forte avec quelqu’un qui, je ne m’en suis aperçu qu’au bout de cinq ans, n’existait pas. C’était un personnage complètement construit par quelqu’un d’autre, et l’anonymat avait rendu possible cet énorme mensonge et cette manipulation. Et puis en parallèle, on a commencé à voir apparaître la question des fake news, de manipulation de l’opinion et puis une toxicité généralisée en ligne où, sous couvert d’anonymat, les femmes et les minorités étaient confrontées au harcèlement, il y a eu des raids provenant de forces politiques organisées pour manipuler les gens. Et donc je me retrouvais un peu entre deux eaux : être à la fois un fan de la première heure de l’anonymat tout en me demandant s’il n’était pas en train de tuer la démocratie. De là m’est venue l’idée d’écrire une trilogie qui allait aborder cette question de la transparence à travers plein de personnages différents qui allaient chacun représenter des facettes du débat : est-ce qu’il faut être transparent et utiliser sa vraie identité ou non sur Internet ?
Quel est votre propre rapport aux réseaux sociaux et aux outils numériques au quotidien ?
KS : En général, les technologies m’intéressent à titre personnel, on pourrait dire que je suis un peu geek, même si je ne joue pas aux jeux vidéo. Mais je sais parler aux machines et parfois elles me répondent. J’ai doucement reculé sur mon utilisation des réseaux. J’étais assez active sur Twitter, notamment avec un défi d’écriture. Depuis un an, X [anciennement Twitter, ndlr] est devenu beaucoup plus compliqué, mon compte existe encore et sert d’archives de ce défi numérique d’écriture, mais je ne l’utilise plus. N’étant pas une personne très visuelle, j’ai beaucoup de mal avec Instagram, c’est l’endroit où je vais faire des annonces sur mon actualité, mais ça me prend un temps fou et j’ai renoncé à apprivoiser l’algorithme qui change trop souvent. J’ai un compte sur Mastodon, sur lequel je continue de poster les micro-nouvelles qui étaient auparavant sur Twitter. Je tiens à faire de la littérature sur des espaces interstitiels, comme ceux-là. Depuis décembre, je les reposte sur Blue Sky, même si je ne suis pas convaincue par le réseau. Et j’ai une page Facebook qui traîne depuis 2008. Je suis revenue à la newsletter mensuelle depuis un an et demi avec mes actualités mais aussi des petits bouts de réflexions. Les personnes inscrites ont envie de me lire. Ça me semble plus direct et plus sain, et je ne joue pas avec un algorithme qui n’aime pas les femmes noires qui parlent. Depuis que je me suis retirée un peu des réseaux, j’ai récupéré pas mal de temps pour faire d’autres choses.
BF : Je pense que j’ai perdu en optimisme. Quand j’ai commencé ce projet de trilogie, j’avais la conviction qu’Internet était une place de débat public et démocratique et que même si on manquait de maturité sur le sujet, c’était quand même le meilleur endroit pour débattre et faire avancer la société. Aujourd’hui, avec ce qui se passe politiquement, les manipulations à n’en plus finir, tout le monde se fait au moins avoir une fois par mois par une fake news, même en étant hyper vigilant. Et l’intelligence artificielle qui se développe ajoute un masque de complexité à tout ça. J’ai l’impression que mes idéaux, auxquels je crois encore théoriquement, prennent quand même un coup dans l’aile, car on est rattrapé par la réalité et par la violence de ce monde. Mais mon discours n’a pas changé. Les réseaux sociaux et Internet sont des outils. Soit tu peux croire que collectivement on va réussir à en faire un truc super qui va réussir à nous tirer vers le haut, soit tu es défaitiste et dire qu’on va tout gâcher, à l’image de Twitter par exemple. On préférerait qu’Internet devienne à l’image de Wikipédia avec de l’open source, des informations vérifiées, des règles claires, des bons contenus. C’est un peu caricatural de dire ça, mais on est un peu à un embranchement entre les deux, devenir X ou Wikipédia ? Et je pense qu’il faudrait qu’on pousse pour que l’avenir devienne plutôt Wikipédia.
Ketty Steward est écrivaine de romans, de poésie, d’une pièce radiophonique, d’un essai, et de nouvelles en recueil comme Saletés d’hormones et autres complications.
Benjamin Fogel est éditeur d’essais sur la pop culture et auteur de romans, comme la trilogie de la transparence et son dernier opus, L’Absence selon Camille.
La curiosité pour la sexualité est assez naturelle chez les ados. Pourquoi le porno les met-il en danger ?
Je voudrais préciser d’emblée que je n’ai rien contre la pornographie quand ce sont des images faites par des adultes pour des adultes. Car un adulte a l’appareil critique pour se mettre à distance, pour voir les trucages et ce qui est fait pour vendre. Il ne confond pas la pornographie avec une forme de réalité. Ce qui n’est pas le cas au moment où on forme sa fantasmagorie psychosexuelle. Il faut laisser nos enfants construire leurs fantasmes sexuels et ne pas leur offrir un prêt-à-penser qui soit toujours la même chose, c’est-à-dire la mise en exergue de la sexualité et de la puissance masculine associées à l’humiliation et à la dégradation de l’image des femmes. La curiosité sexuelle existe depuis la plus tendre enfance, pas sous la forme de pornographie, bien sûr. Mais, aujourd’hui, nos enfants tombent par hasard sur des images pornographiques sans aller les chercher. Et ils peuvent, à la fois, être terriblement choqués et excités en même temps. Or, la rencontre de ces deux sentiments peut provoquer une addiction qui se traduit par une consommation de pornographie gratuite pendant des heures, chaque jour, parfois dès 10 ans. Ces enfants ne savent plus ce qui est la réalité et ce qui ne l’est pas. Et comme il y a du son et de l’image, que ce sont des adultes, ils pensent que c’est ce qu’il faut faire. Mais ça les angoisse terriblement, garçons et filles, parce qu’ils savent qu’ils ne pourront jamais produire de telles performances ou avoir ces mêmes corps. Tout cela perturbe le développement psychosexuel de nos enfants.
Comme vous le dites, bien souvent, les contenus pornographiques sont en accès gratuit…
On estime que 25 % à 30 % des informations qui circulent sur Internet dans le monde relèvent de la pornographie. Ça représente pratiquement un million de sites, soit un marché de plusieurs milliards. Et les milliardaires du net ne sont pas prêts du tout à renoncer à des profits aussi importants. La pornographie et Internet sont intimement liés parce qu’il y a énormément de profits. Et, d’ailleurs, la stratégie économique est de mettre des annonces gratuites qui soient les plus transgressives possibles pour que des gens cliquent. Et s’il y a même 0,01 % de clics pour acheter les contenus, ça représente des profits considérables. Pour moi, les fournisseurs de ces contenus doivent s’astreindre à respecter la loi sur les mineurs(1). Ils déversent de l’image sur nos enfants et nos adolescents, ce qui est en contradiction avec la loi sur la protection des mineurs. Les sites qui se contentent de demander à l’internaute de ne cliquer que s’il est majeur se moquent du monde et de la loi française.
90 % des contenus pornographiques contiennent de la violence physique ou verbale.(2)
Que devons-nous faire pour protéger les ados ? Le mode « contrôle parental » est-il efficace ?
Les ados voient de la pornographie dans la cour de récréation, sur les smartphones des copains. On ne peut pas l’éviter. En plus, ceux qui ne veulent pas regarder sont moqués et exclus du groupe. Beaucoup de familles n’installent pas le contrôle parental. Et, de toute façon, il ne suffit pas. C’est à l’État de protéger nos enfants en faisant appliquer les lois de la France. Laisser nos enfants devant ces images sans commentaire des adultes et sans éducation, c’est de la barbarie. La pornographie n’apprend pas le consentement, elle apprend le contraire. Elle dit qu’une fille qui dit « non », en fait, ça veut dire « oui ».
Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), entre 1980 et 2016, les naissances dites extra-hospitalières ont représenté en France entre 0,5 % et 1,9 % du total des naissances. Malgré plusieurs études qui ont témoigné du besoin des mamans d’avoir un accouchement plus naturel et moins protocolaire, pour une partie du corps médical, ce choix fait régulièrement l’objet de vives critiques : « Dans la situation française actuelle, il est beaucoup plus dangereux d’accoucher à domicile que dans un milieu médicalisé, juge ainsi Joëlle Belaisch Allard, présidente du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). Nous ne pouvons pas cautionner cette pratique où le risque de mortalité maternelle et du bébé est nettement plus élevé. »
Mais quand on regarde à l’étranger ou que l’on s’intéresse à d’autres professions, les avis sont moins unanimes. Ainsi, les sages-femmes ne se prononcent pas en bloc contre l’accouchement à domicile. Et dans d’autres pays comme les Pays-Bas et le Royaume-Uni, les sociétés médicales sont bien plus ouvertes à cette pratique. Ces divergences témoignent en réalité d’une vision très différente de la sphère périnatale, entre des médecins qui ne comprennent pas que la grande sécurité apportée par les ressources d’un hôpital soit boudée, et d’autres soignants pour qui il est important de permettre aux patientes de choisir un environnement connu et moins anxiogène – à partir du moment où les patientes présentent peu de facteurs de risques – pour donner la vie. L’association L’Apaad (Association professionnelle de l’accouchement accompagné à domicile) créée en 2019 regroupe ainsi « une communauté de sages-femmes qui veulent faire changer le regard porté sur la naissance accompagnée à domicile ».
Choisir le mode de mise au monde
Pour celles qui continuent d’envisager un accouchement à domicile, cela reste donc possible, même si certaines conditions doivent être strictement respectées : il est ainsi impératif que la grossesse soit considérée comme à bas risque par un professionnel de santé qualifié, et que la future mère ne présente aucune complication médicale ou obstétricale qui pourrait mettre sa santé ou celle de son bébé en danger pendant l’accouchement. Il faut aussi prévoir que si les frais de l’accouchement sont remboursés comme à l’hôpital, il existe des frais d’astreinte pour la sage femme, qui lorsqu’elle accepte une famille, se rend disponible 24 heures sur 24 pendant 5 semaines. (Les prix varient d’une région à l’autre : en région parisienne , il faut compter environ 1600, 2000 euros. La moyenne dans les autres régions est de 700 euros). Cela implique aussi un suivi régulier de la grossesse par une sage-femme formée à cette pratique, ainsi qu’un plan détaillé pour le déroulement de l’accouchement, avec des mesures spécifiques pour assurer le confort de la mère, la disponibilité de matériel médical nécessaire, et la présence d’au moins une sage-femme lors de l’accouchement.
Enfin, il est crucial que le transfert vers une maternité soit simple et rapide en cas de besoin, puisque même si tout est bien anticipé, des complications peuvent survenir, nécessitant une intervention médicale d’urgence. « J’avais déjà eu deux enfants, nés à l’hôpital, et même si tout s’était très bien passé, je m’étais sentie dépossédée de mon corps, comme spectatrice de leur mise au monde. J’ai voulu choisir, décider, sentir que j’en étais capable, et aussi vivre cette expérience avec mon mari, qu’il soit partie prenante. La sage-femme que j’ai consultée m’a bien tout expliqué, et s’est avant tout assurée que je ne présentais aucun risque particulier. Le jour J, tout s’est déroulé comme prévu : ma sage-femme, qui m’avait suivie pendant ces 9 mois, me connaissait bien, j’étais chez moi, dans un environnement que j’aimais et qui me rassurait. Et j’ai senti la force incommensurable que chaque femme possède en elle-même si on lui en laisse l’opportunité. Ça a été un moment fondateur de ma vie », raconte, encore émue, Julie. Que ce soit à l’hôpital ou à la maison, pouvoir choisir la manière dont on accouche devrait rester possible pour les parents. À condition bien sûr de s’assurer que toutes les conditions sont mises en œuvre.
Maison de naissance
La maison de naissance est une structure placée sous la direction de sages-femmes qui permet une nouvelle forme de prise en charge de la grossesse et de l’accouchement proposant une moindre technicisation, une médicalisation raisonnée de la grossesse et une approche plus physiologique de l’accouchement. L’accompagnement de la maman y est global et est réalisé par une seule et même sage-femme.
Liste des maisons de naissance en France :
CALM – Maison de naissance à Paris (75)
Maison de naissance Doumaïa à Castres (81)
La Maison à Grenoble (38)
Le Temps de naître à Baie-Mahault (97 – Guadeloupe)
Joie de naître à Saint Paul (97 – La Réunion)
Premières heures au monde à Bourgoin-Jallieu (38)
MANALA, Maison de naissance Alsace à Sélestat (67)
« Au coucher, Violette se crée des peurs associées au méchant dans un dessin animé ou au loup dans un livre. Je la laisse se confier et je la rassure pour qu’elle se sente en sécurité », confie Aurore, sa maman. Comme la petite fille, nombreux sont les enfants qui craignent la nuit que des monstres surgissent de leur placard, que des loups viennent les dévorer ou encore que des sorcières viennent leur jeter des sorts. « L’inconscient et l’imagination vive des enfants leur jouent des tours. Derrière la peur de l’obscurité se cache la plupart du temps, la peur de la séparation avec les parents. En général, dormir avec ses parents dans le noir ne pose pas problème », explique Victoria Séroussi, psychologue clinicienne au Cabinet Carnot à Levallois-Perret.
Très courante chez l’enfant, la peur du noir, appelée nyctophobie, apparaît en moyenne entre trois et quatre ans et peut durer plusieurs années. En général, elle se manifeste par le refus de dormir seul, l’anxiété, les crises, des prétextes pour retarder le moment du coucher ou des symptômes physiques comme le mal de ventre ou les tremblements.
Alors, comment gérer et guérir cette peur ? Victoria Séroussi conseille de commencer à installer une ambiance de calme et de repos dans la maison vingt minutes avant le coucher, comme parler à voix basse, baisser les lumières ou stopper tous les stimuli (jeux de logique, musique, écrans, etc.) qui pourraient exciter l’enfant. « On peut aussi instaurer un rituel de coucher rassurant commençant par se brosser les dents, choisir les habits pour le lendemain, lire une histoire, faire un câlin, etc. Tout ça en s’adaptant à la personnalité et à l’âge de l’enfant », ajoute-t-elle. Selon la psychologue clinicienne, il est tout aussi important de rassurer son enfant sur la présence des parents dans la maison comme d’être à l’écoute de ses craintes. « Je ne préconiserais pas de faire le tour de la chambre pour vérifier qu’il n’y a pas de monstre, car ça rend réel leur existence. Et si un jour le parent ne le fait plus, l’enfant risque d’être inquiété », précise-t-elle. Par ailleurs, si la nyctaphobie apparaît chez la plupart des enfants, il est possible de la prévenir en habituant l’enfant à jouer seul dans sa chambre de temps en temps la journée. « L’idée est de favoriser cette solitude pour qu’elle soit appréciée et non associée à une punition ou à une séparation » étaye Victoria Séroussi.
Des livres pour apaiser la peur du noir
C’est bien le problème de la petite Violette, 5 ans, qui « depuis quelque temps redoute de plus en plus le coucher, car elle comprend que c’est le moment où elle se retrouve toute seule dans sa chambre », avoue Aurore, sa maman. Tous les soirs, la petite fille se relève plusieurs fois et trouve n’importe quel subterfuge pour repousser l’heure du sommeil. « Elle se plaint d’avoir mal partout alors qu’elle allait très bien la journée ou elle réclame d’aller aux toilettes toutes les dix minutes », énumère Aurore. Pendant que la lumière du couloir reste allumée, les parents ont trouvé des routines de coucher apaisantes pour leur petite. Avec eux, Violette fait tourner sa « roue des rêves » ou joue avec sa cocotte en papier, tombant sur un câlin, un bisou ou un moment de la journée à raconter. Après quoi, ses parents lui proposent d’essayer de s’endormir tranquillement en lui promettant de revenir 15 minutes plus tard. La plupart du temps, ça fonctionne, la petite tombe dans les bras de Morphée. Mais parfois, le coucher s’avère être un vrai combat pour lequel les parents redoublent d’imagination : ils lui proposent des exercices de respiration ou lui lisent un livre racontant l’histoire d’un petit garçon, effrayé par le noir, qui apprend à comprendre sa peur et à la contenir.
« J’essaie de faire en sorte qu’elle se sente bien dans sa chambre et dans son lit, d’en faire un cocon rassurant, avec tous ses doudous réconfortants », ajoute Aurore. Aller voir un psy ou un pédiatre pour régler cette nyctaphobie ne lui a même pas traversé l’esprit. « Je pense que c’est un cap à passer. La peur du noir chez mon aîné a disparu avec le temps. Alors, je me dis que ce sera pareil pour Violette », espère la maman.
Rituels de relaxation et de respiration
Chez Gabin, les premiers symptômes de la peur du noir sont apparus dès ses 16 mois. « C’était impossible de le laisser seul dans sa chambre le soir, il pleurait en permanence. Il n’arrivait à s’endormir que quand on restait à côté de lui », remet Anne, sa maman. Au coucher, c’est le « loup » caché dans la pénombre qui l’effrayait, en plus de la peur d’être séparé de ses parents. Anne est une oreille attentive, écoutant son enfant se confier : « Je n’ai jamais nié ses peurs, je les entends à chaque fois. Les exprimer, sentir qu’on ne les juge pas et qu’on cherche des solutions pour l’aider ne peut que lui faire du bien. » Le petit garçon réclamant de la lumière, ses parents ont exécuté : ils ont installé une veilleuse, fixé des étoiles phosphorescentes au plafond et adopté la stratégie de la porte ouverte éclairée par la lumière du couloir pour tenter de le rassurer. Preuve que cela ne suffisait pas au début, Gabin ne fermait toujours pas l’œil sans ses parents à son chevet.
Conseillés par une psychologue et une spécialiste en médecine traditionnelle chinoise, ils ont alors mis en place au coucher des rituels de relaxation et de respiration puis des techniques de massage au niveau du bas du dos et des bras. « Plus tard, Gabin a été traumatisé par la piqûre d’un poisson dans l’océan. La nuit, il avait peur qu’un poisson vienne l’attaquer sous sa couette. Pour apaiser sa peur, il a fait trois séances avec une hypnothérapeute. Ça a bien fonctionné », raconte Anne. La spécialiste a demandé au petit garçon de cinq ans d’inventer lui-même au coucher son propre monde imaginaire où il pourrait s’évader. Depuis, ses parents n’ont plus besoin de veiller à côté de lui le temps qu’il s’endorme. Reste que sa porte demeure ouverte, histoire d’être « rassuré qu’aucun voleur ne passe par là ».
Le mot doula, issu du grec ancien, signifie « celle qui sert la mère ». Pour l’association Doulas de France, référence dans le domaine, une doula apporte un accompagnement moral, psychique et pratique, du projet de grossesse à la période postnatale. Endossant le rôle à la fois de mère, de sœur ou d’ami.e, elle est là pour écouter les craintes des femmes enceintes et des conjoint.e.s. Elle soutient, entoure, conseille, et peut ainsi éviter aux futurs parents de perdre pied en leur permettant d’envisager la naissance plus sereinement.
Un accompagnement péri et postnatal
Même si le fil rouge de l’accompagnement reste le même – écoute et soutien émotionnel – les besoins avant et après la naissance diffèrent. Avant l’accouchement, les futurs parents ont besoin d’exprimer les émotions et les questionnements que cette période vient soulever. La doula peut aussi bien écouter les doutes et peurs des futurs parents qu’aider à écrire un projet de naissance ou encore répondre aux messages inquiets du couple arrivé à l’hôpital – puisque la majorité des maternités n’autorisent pas leur présence en salle de naissance. En postnatal, le soutien apporté prend également une dimension pratique : tâches ménagères, cuisine, coup de main concret comme changer les draps du lit, porter le bébé en écharpe, aiguiller vers des spécialistes en cas de difficulté pour l’allaitement ou encore proposer des cours de yoga. Tout ce qui permet de créer du lien sereinement avec leur bébé. La doula peut enfin apporter son soutien moral en cas de parcours PMA, de fausse couche, mais aussi de mort subite du nourrisson ou de conflits au sein du couple.
Précision importante : cet accompagnement est réalisé dans le cadre du service à la personne et uniquement en complément du suivi médical choisi par les parents et n’a donc pas pour vocation à remplacer les personnels soignants. Une doula n’est pas une professionnelle de santé et n’a par conséquent aucun statut juridique. Ses prestations ne donnent pas lieu à des remboursements de la Sécurité sociale, et il faut compter entre 50 et 100 euros par séance. Il n’existe pas encore de cursus obligatoire et encadré par l’Etat, mais trois formations sont déjà reconnues par l’association Doulas de France : en présentiel et d’une durée de neuf mois, elles ont déjà permis à plus de 1 300 doulas d’être formées en dix ans. Si ce métier, arrivé en France après les pays anglo-saxons et nordiques dans les années 2000, connaît un certain engouement, il reste victime de méfiance de la part des organismes officiels des gynécologues obstétriciens et des sages-femmes, qui ne veulent souvent pas travailler en complémentarité avec elles, alors que la doula ne cherche en aucun cas à interférer avec le corps médical.
En effet, pour Amélie Dupont, doula installée en Seine-Saint-Denis, « aujourd’hui, la période périnatale est bien accompagnée médicalement ; mais en dehors de ça, les parents se retrouvent souvent isolés. Pour moi, c’est essentiel d’apporter ce soutien complémentaire dans leur parcours. Je ne suis pas là pour donner des injonctions ! Je crée juste un espace où les futurs parents peuvent tout déposer. Je les aide à identifier leurs besoins, à suivre leur chemin en les soutenant dans leurs choix et en leur donnant confiance. »
Quels bénéfices pour les jeunes parents ?
C’est le cas d’Inès, maman de 38 ans, qui s’est retrouvée en plein désarroi à la naissance de son deuxième enfant. « Je pensais pourtant être bien préparée – ce n’était pas mon premier – et assez entourée, puisque j’ai des amis, ma famille est présente, et mon conjoint aussi. Mais je n’avais pas réalisé la déflagration que constituaient la naissance et l’arrivée d’un deuxième enfant dans nos vies ! » Après avoir fait appel à une doula, Inès a pu accepter d’avoir besoin d’aide et mieux communiquer avec son conjoint, mais aussi avec son aîné, qui avait assez mal réagi à la naissance de sa petite sœur. « À ce moment-là, la doula a vraiment été ma confidente, mon soutien, celle qui m’a sorti la tête de l’eau. Je ne sais pas si j’y serai arrivée sans elle », conclut Inès.
Tout au long de la journée, des impuretés, souvent invisibles, s’accumulent sur le corps du nourrisson. Pour éviter que sa peau, dont la barrière protectrice est immature, ne soit agressée ou irritée, il est primordial d’effectuer des soins quotidiens : une toilette douce et méticuleuse avec des produits adaptés à sa peau fragile. En faire un rituel au même moment de la journée rassure le bébé.
Toilette de la peau
De plus en plus, les jeunes mamans reviennent vers des méthodes simples et naturelles : laver la peau de son bébé simplement avec de l’eau claire et éventuellement un peu de savon. « Un bain tous les deux-trois jours suffit largement. Il faut privilégier un savon naturel, surgras, sans produits chimiques et le plus doux possible pour ne pas abîmer la peau très vulnérable du bébé », souligne Julie Nauges, auxiliaire de puériculture. Le savon d’Alep, composé de minimum 14 % d’huile de laurier, fait très bien l’affaire. Revenir au naturel veut aussi dire limiter le nombre de produits et crèmes cosmétiques appliqués sur la peau du bébé, dont certains composés sont suspectés d’être toxiques ou irritants, comme le sodium laureth, le lauryl sulfate ou le phénoxyéthanol. À éviter également : les produits sans rinçage et en spray ainsi que les produits parfumés – l’odeur du bébé et celle des parents lui suffisent amplement pour stimuler son éveil olfactif. « Après une toilette, il faut toujours penser à bien sécher délicatement entre les plis du bébé à l’aide d’un coton pour qu’aucune impureté ne vienne s’y incruster et macérer », ajoute Julie Nauges. Si la peau du bébé a besoin d’être hydratée ou que bébé aime un petit massage, les huiles végétales – comme l’huile de jojoba, d’olive ou de bourrache – sont idéales : elles neutralisent la dureté de l’eau et nourrissent la peau.
La toilette du siège est primordiale dans les soins quotidiens du bébé. « La meilleure solution pour cette toilette reste l’eau tiède seule ou avec du savon, notamment en cas de selles. On peut éventuellement utiliser du liniment oléo-calcaire, composé d’huile d’olive et d’eau de chaux. Dans le cas où les fesses du bébé sont irritées, le médecin peut prescrire des crèmes spécifiques », recommande Julie Nauges. Pour éviter les risques d’irritations, la couche du nourrisson doit être changée très régulièrement. Par ailleurs, de plus en plus de puéricultrices et sages-femmes déconseillent les lingettes jetables. La raison ? Bien que pratiques, elles sont très polluantes et peuvent contenir des substances allergisantes et irritantes pour le bébé. Mieux vaut privilégier des lingettes en coton bio lavables en machine. Si vous utilisez des jetables, optez pour des lingettes à l’eau. Le talc et la crème de change sont eux aussi de plus en plus délaissés.
L’auxiliaire de puériculture préconise de nettoyer délicatement les yeux et le nez du bébé à l’aide d’une compresse stérile imbibée de sérum physiologique, sans oublier de changer de coton pour laver l’autre œil. L’astuce pour le lavage de nez ? Imbiber un coton-tige de sérum physiologique, le passer à l’intérieur pour humidifier les sécrétions puis les décoller avec le côté sec. La toilette du visage est à faire autant de fois qu’il est nécessaire dans la journée, sans oublier de passer derrière les oreilles où des impuretés ont tendance à s’accumuler. Pour les cheveux de bébé, il est recommandé de les laver que si nécessaire et une fois par semaine pour éliminer les petites desquamations et salissures dues à la transpiration du cuir chevelu. « Il faut bien veiller à utiliser un shampooing très doux et qui ne contient pas de phénoxyéthanol, l’un des derniers éthers de glycol autorisés dans les cosmétiques », précise Julie Nauges.
Toilette du cordon et des ongles
Après la naissance, il est important de désinfecter le cordon ombilical à l’aide d’une compresse stérile imbibée d’un antiseptique. Et ce, tous les jours jusqu’à ce qu’il tombe de lui-même, au bout d’une semaine à dix jours. Du côté des ongles, l’auxiliaire de puériculture conseille d’attendre au moins un mois avant de les couper.« Le premier mois, ils sont très mous et fragiles et se cassent tout seuls naturellement. Dès qu’ils commencent à être longs et durs et que le bébé risque de se griffer avec, mieux vaut les couper régulièrement avec une paire de ciseaux à bouts ronds. Le coupe-ongle peut traumatiser l’ongle du nourrisson », souligne-t-elle. Une astuce pour effectuer la mission ? Choisir un moment où le bébé est calme et lui parler doucement durant l’opération.
Jeune parent ?
Alors que votre famille s’agrandit, la Macif vous accompagne au quotidien dans cet incroyable moment de vie.