Depuis son enfance, Mona, 22 ans aujourd’hui, reçoit de l’argent de poche de ses parents. Quand elle avait 10 ans, la jeune Lyonnaise glissait tous les mois une pièce de deux euros dans une tirelire en forme de coffre à trésor. « Ma mère me conseillait de garder cet argent pour acheter quelque chose qui me plairait vraiment. J’ai économisé pour m’offrir un petit sac pailleté, qui devait coûter dix ou quinze euros. » Désormais, ses parents lui transfèrent 300 euros par mois sur son compte bancaire, « pour les courses, le téléphone et la carte de transport ». Mona, plus fourmi que cigale, met 20 euros de côté, parfois 30, dès qu’elle le peut, sur son livret A. L’étudiante en psychologie a déjà épargné près de 1 000 euros. « Je sais que s’il m’arrive une galère, je peux piocher dedans, explique-t-elle. Mais un jour, j’aimerais surtout acheter un appartement. »
Des comportements éthiques et prévoyants
Contrairement aux idées reçues, l’argent ne brûle pas les doigts des jeunes issus de la génération Z. 37 % des 18-24 ans épargneraient même déjà pour leur retraite(1). Si les jeunes adoptent désormais des comportements financiers précoces, c’est entre autres parce que la crise du Covid-19 a bouleversé leur vision de l’avenir. Selon l’enquête Gen Z : décoder les comportements financiers réalisée par le cabinet de conseil Oliver Wyman en 2023, 35 % des 18-26 ans affirment que « l’argent est une source de stress » contre 20 % chez les générations précédentes. La génération Z serait aussi « deux fois plus susceptible d’investir que les Millenials au même âge ». Quand certains, comme Mona, restent dans le circuit des produits d’épargne classiques, d’autres préfèrent se tourner vers des plateformes d’investissement éthiques : 75 % des 18-35 ans considéreraient que « tous les investissements devraient être socialement responsables aujourd’hui », d’après une étude OpinionWay pour Moka, l’une des nombreuses solutions d’investissement en ligne qui ont poussé comme des champignons ces dernières années.
Le secteur bancaire l’a bien compris : les jeunes veulent qu’on leur parle de finance, et de préférence via le digital – 72 % d’entre eux utilisent des canaux numériques pour interagir avec leur banque, d’après le cabinet Oliver Wyman. À tel point que TikTok est devenue l’une de leurs premières sources pour s’éduquer financièrement, réunissant depuis quelques années des « finfluenceurs », soient des créateurs de contenu spécialisés dans les conseils en investissement, dont certains promettent les clés pour « devenir riche » en peu de temps. Les stars de l’investissement sur Tik Tok s’appellent Rachel Finance (près de 125 000 followers) ou Nicolas Finance (environ 485 000 abonnés), et des hashtags comme #FinTok, #moneytips ou #investing figurent parmi les plus populaires. Reste à s’assurer de la fiabilité de leurs recommandations : l’Autorité de Régulation professionnelle de la Publicité et l’Autorité des marchés financiers (AMF) ont donc créé en 2022 un « certificat d’influence responsable, option publicité financière » pour encadrer ce type d’activité. « La protection des épargnants est notre priorité », affirme Marie-Anne Barbat-Layani, présidente de l’AMF, sur le site de l’organisation.
Pas une jeunesse, mais des jeunesses
De son côté, Boris, 20 ans, pourtant « accro à TikTok et Instagram », « team “j’économise” » et « intéressé par une formation sur l’argent », s’est tenu à distance de la mode du FinTok. « Le peu de vidéos que je vois passer sont trop racoleuses », soutient l’étudiant, prudent. Il faut dire qu’à première vue, le jeune Parisien fait mentir les sondages sur la relation entre Gen Z et finance : « L’argent n’est pas spécialement une source de stress pour moi, je ne pense pas beaucoup à l’avenir, c’est trop flou, explique celui qui reçoit 750 euros par mois de ses parents pour toutes ses dépenses, et n’a jamais touché aux “grosses sommes” reçues à Noël et aux anniversaires, qu’il a placées sur son livret A. Le jour où je commencerai vraiment à travailler, je m’y intéresserai plus. Je me vois bien choisir un placement à long terme, stable, qui favorise l’innovation ou la transition écologique. » Mona, elle, ne se voit pas changer de banque pour le moment, contrairement à 30 % de ses pairs sondés par le cabinet Oliver Wyman. « Les banques en ligne, ça me fait un peu peur. C’est rassurant de pouvoir rencontrer un conseiller », se justifie la jeune femme, qui a gardé, dans un coin de sa chambre, la tirelire de son enfance en forme de coffre à trésor.
Comment l’alcool rentre-t-il dans la vie des adolescents et des jeunes adultes ?
L’entrée dans l’alcoolisation se fait souvent vers 13/14 ans avec un premier verre dans le cadre familial ou avec des amis. Puis, dans les années lycée, la consommation des adolescents se régularise lors de moments festifs. Enfin, pendant la vie étudiante, la majorité des jeunes consomme de l’alcool. Il y a une pression sociale forte, un phénomène de groupe. L’alcool est très lié à la fête durant les années étudiantes : c’est difficile de les dissocier. On peut entendre d’ailleurs souvent des phrases comme « si tu ne bois pas (d’alcool), tu ne fais pas la fête » ou « si tu ne bois pas (d’alcool), tu n’es pas drôle ».
Quels sont les risques ?
L’alcoolisation des étudiants est considérée comme problématique. Elle focalise les inquiétudes, car la recherche d’ivresse a des conséquences néfastes. Que ce soit des comas éthyliques, des traumatologies avec des accidents de la route ou des accidents domestiques. L’alcoolisation est aussi souvent présente dans les violences physiques, les violences sexuelles, etc. De plus, l’alcoolisation chez les étudiants crée la population dépendante de demain.
La consommation d’alcool peut-elle amener à d’autres consommations ?
On observe un lien étroit entre le niveau de consommation d’alcool et la probabilité de dériver vers d’autres produits psychoactifs comme le cannabis. Comme cela est mentionné dans l’étude Modération et sobriété chez les étudiants : entre éthos de vie et résistance aux normes que j’ai coécrite avec Ludovic Gaussot et Loïc Le Minor.
Peut-on dire que la France est un pays où la consommation d’alcool a longtemps été banalisée ?
Absolument. Il y avait une tradition française de l’alcool. C’était un phénomène culturel et générationnel. Longtemps, boire du vin à tous les repas a été quelque chose de normal. C’est en déclin, en particulier chez les jeunes. Aujourd’hui, dans la population française, il ne reste qu’une minorité de personnes qui ont une consommation quotidienne d’alcool. À l’inverse pourtant, le rapport à l’ivresse est plus fort, notamment chez les jeunes adultes, avec une consommation d’alcool ponctuelle qui est importante, avec 5 ou 6 verres dans une soirée ou une nuit(1). Les étudiants ont cette pratique occasionnelle centrée sur les week-ends et les vacances, pendant des moments festifs. Cette culture, à l’anglo-saxonne, s’est développée en France dans les années 1990 et 2000. Pourtant plus récemment, il y a eu un mouvement chez les étudiants et les jeunes adultes vers une moindre consommation d’alcool, voire une non-consommation.
Est-ce à dire que la situation de l’alcoolisation va en s’améliorant ?
Globalement, il y a un déclin très fort de l’alcoolisation dans la société française. La vente d’alcool a été divisée par deux et demi des années 1960 à aujourd’hui, selon les chiffres de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT). Pour les Français de plus de 15 ans, la consommation est ainsi passée en cinquante ans de 26 litres d’alcool par an à 11 litres par an.
Revenons sur l’abstinence alcoolique de certains étudiants. Comment expliquez-vous ce phénomène récent ?
Depuis la médiatisation du Dry January(2), il y a environ cinq ans, les jeunes se questionnent davantage sur leur consommation d’alcool et on constate que le nombre d’étudiants qui ne consomment plus d’alcool s’accélère. Cette progression est clairement marquée et ce phénomène d’abstinence alcoolique a gagné en visibilité. D’autant qu’il y a des vidéos sur YouTube ou des blogs avec d’anciens consommateurs d’alcool qui incitent les autres jeunes à ne plus boire et à parler des bénéfices d’une vie sans alcool.
1 jeune sur 2
déclare consommer régulièrement de l’alcool et 27% en consomment de façon quotidienne ou hebdomadaire. (3)
Quels sont les effets bénéfiques d’une non-consommation d’alcool ?
Évidemment, il y a ce choix de préserver sa santé, d’être en meilleure forme physique et aussi de ne pas ressentir des lendemains difficiles, avec l’effet « gueule de bois ». Il y a également, pour les jeunes générations, cette envie de contrôle, de choix de vie. Avec une réflexion sur l’image qu’on renvoie ainsi que les photos compromettantes qui pourraient surgir sur les réseaux sociaux et ternir sa réputation.
Quelles sont les raisons qui poussent certains étudiants à ne pas boire d’alcool ?
Cela peut être des raisons médicales, religieuses, sportives. Cela peut être aussi par peur de la perte de contrôle, en particulier pour les jeunes femmes au regard des agressions ou des violences sexuelles qu’elles pourraient subir si elles étaient alcoolisées. Il y a aussi des raisons liées au dégoût de l’alcool ou à l’interdit moral de sa consommation. Certains jeunes peuvent également avoir des raisons familiales s’ils ont eu un parent dépendant à l’alcool. Enfin, la non-consommation d’alcool devient également un choix conscientisé et militant, voire politique, comme celui par exemple de la non-consommation de viande. Il y a d’ailleurs un discours plus militant des abstinents alcooliques. Un discours plus audible et plus impactant. C’est assez récent.
Cette catégorie des étudiants abstinents alcooliques semble être en progression.
Aujourd’hui, les jeunes, et les étudiants en particulier, s’affirment davantage et n’ont pas peur d’aller contre cette norme sociale de la consommation d’alcool. C’est un choix fort de contrôle qu’ils font sur leur vie. Les chiffres sont encourageants. En 2002, seulement 5 % des jeunes de 17 ans n’avaient jamais consommé d’alcool. En 2017, ce chiffre est monté à 15 %. Sous l’angle de la santé publique, c’est quelque chose de très positif !
« Les addictions et leurs conséquences chez les jeunes »
(1) Une consommation différente du binge drinking (alcoolisation ponctuelle importante), qui est la recherche d’une ivresse immédiate avec la consommation de 5 à 6 verres d’alcool dans un temps très court (deux heures).
(2) Dry January (janvier sec) ou janvier sobre, mois sans alcool, est une campagne de santé publique incitant à l’abstinence de consommation d’alcool après la soirée du Jour de l’An et durant tout le mois de janvier.
(3) Baromètre « Les addictions et leurs conséquences chez les jeunes » 5ème édition – Mai 2025
Julien* n’est pas près d’oublier cette soirée de juillet dernier. « On avait loué une grande maison avec plusieurs familles d’amis pour les vacances, relate-t-il. Les enfants disposaient de tout le dernier étage. Un soir, alors que nous prolongions la soirée dans le jardin avec les autres adultes, je suis monté pour voir si les plus petits dormaient. En sortant de leur chambre, j’ai entendu mon fils aîné de 12 ans, qui était dans la chambre d’à côté avec deux copains de 13 et 15 ans, et que je croyais en train de jouer à la console, prononcer cette phrase qui n’a pas cessé de me hanter depuis : “Vas-y, remets l’éjac’ faciale.” » Le père de famille feint alors de tousser très fort et entend les adolescents ricaner. « Je suis redescendu avec les jambes en mousse et j’ai mis deux jours avant de réussir à parler de cet épisode à ma femme », se souvient-il. Sonia a également vécu un choc du même genre. Mère d’une jeune fille de 14 ans, elle confie avoir « eu le vertige » en découvrant, via le contrôle parental installé sur l’iPhone de l’ado, des expressions obscènes entrées dans le moteur de recherche. « J’ai halluciné, rejoue-t-elle. J’étais à des années-lumière d’imaginer qu’elle connaissait l’existence de certaines terminologies abominables. Et, pire, qu’elle avait pu visionner de telles images ! »
Plus d’un ado sur deux accède à du contenu porno avant 15 ans
Les cas de Julien* et de Sonia sont, hélas, d’une banalité déconcertante. En effet, selon une enquête Ifop publiée en 2023 sur Les effets du porn sur la sexualité et les rapports de genre à l’heure du vote de la loi numérique, 57 % des jeunes de 18 à 24 ans avaient moins de 15 ans lors de leur première visite d’un site pornographique. Une proportion en nette progression, puisqu’ils n’étaient que 30 % en 2013. Il faut dire que les sollicitations sont nombreuses. Il arrive qu’en effectuant de simples recherches pour télécharger illégalement des séries ou de la musique, les jeunes voient des pop-ups avec des images pornographiques envahir leur écran, et cela malgré l’installation du contrôle parental. Le clic est parfois accidentel, parfois guidé par une curiosité parfaitement naturelle à leur âge. Dans l’enceinte même des collèges et des lycées – et, plus rarement, des écoles primaires –, des images pornographiques circulent sur des smartphones et des tablettes avec autant de facilité que les cartes Pokémon.
Résultat ? Les enfants se retrouvent nez à nez avec des contenus sexuels inadaptés à leur niveau de maturité, souvent violents, marqués par l’absence d’affects et véhiculant majoritairement des images dégradantes pour les femmes et des scénarios dans lesquels le consentement fait défaut. En somme, des représentations qui, en plus de ne pas représenter la réalité, peuvent s’avérer dramatiques sur la construction mentale et sexuelle des jeunes.
Accompagner sans culpabiliser
Après une longue discussion avec sa compagne, quelques nuits d’insomnie et un coup de fil à un ami psychologue, Julien* a finalement proposé à son fils d’aller surfer un week-end tous les deux sur la côte basque. Assis sur la plage après avoir bien profité des vagues, il a lancé la discussion sur le porno. Mal à l’aise, l’ado a d’abord tenté de changer de sujet, d’esquiver, avant qu’un dialogue ne s’amorce. « On a parlé du plaisir sexuel, de ce qui est naturel et de ce qui est fictionnel, et, surtout, de l’importance du respect et du consentement », résume le père de famille. En tout cas, il n’a ni culpabilisé, ni puni, ni humilié son fils. Bien au contraire, il a pris le temps de le mettre en confiance pour aborder ces sujets délicats mais incontournables. Et c’est justement ce que préconisent les professionnels. Sonia, elle, a réalisé qu’elle avait trop attendu pour aborder des questions aussi essentielles que le consentement. « J’aurais dû commencer à lui dire quand elle avait 2 ans qu’elle avait le droit de refuser d’embrasser ses grands-parents pour les remercier d’un cadeau, qu’on n’est jamais obligé d’accepter un contact physique, regrette-t-elle. J’ai souvent abordé des sujets comme les MST ou la contraception, mais j’avoue que le porno est quand même un truc hyper gênant ! »
Pour aider ados et adultes à s’informer sur ce thème épineux, l’association Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique propose des fiches en accès libre dans un dossier consacré à la Protection des enfants face au porno en ligne. Dont une intitulée : Parlons porno. L’État a également mis en place plusieurs sites utiles, regorgeant de références en la matière. Ainsi, sur Onsexprime, lancé par Santé publique France, on trouve des infos sur les premières fois, le plaisir sexuel, le consentement, le genre, etc. La plateforme Jeprotegemonenfant est, quant à elle, dédiée à l’information et à l’accompagnement à la parentalité numérique. Depuis 1995, le Fil Santé Jeune permet aux enfants et aux adolescents de se confier anonymement à des personnes de confiance. Laisser les coordonnées en évidence, par exemple sur le frigo ou à côté du placard à pharmacie, peut donc s’avérer utile. Enfin, les parents qui découvrent que leurs enfants ont consulté des contenus illicites peuvent signaler les sites en question via l’association Point de contact.
« J’habitais encore chez mes parents et je sentais que j’avais besoin de me faire mes propres expériences. J’ai voulu partir pour me prouver à moi-même que je pouvais le faire. » C’est cela qui a poussé Romane Fossé, 23 ans, à partir un semestre en Islande en 2020 durant sa licence. Une expérience qu’elle a renouvelée plus tard durant son master, puisqu’elle est aussi partie un semestre aux États-Unis en 2022. Pour se préparer à survivre loin du cocon familial pour la première fois, elle a demandé à son père de la laisser « gérer un peu plus mon argent toute seule, puisque jusque-là, je n’y faisais pas forcément attention. Si lui voyait que le montant sur mon compte descendait, il me faisait un virement, explique-t-elle. Mais il m’a laissé apprendre à gérer de mon côté avant mon départ, puisque je savais que j’allais devoir apprendre à faire des courses toute seule. »
Thibaut, 27 ans, est parti un semestre en Roumanie quand il avait 20 ans, a lui aussi demandé à ses parents des conseils essentiels pour survivre loin d’eux. « Je leur ai demandé comment faire marcher une machine à laver, ou comment je devais cuisiner tel ou tel aliment. » S’il a réussi à s’en sortir sans ses parents, il admet néanmoins avoir ressenti un manque qu’il n’avait pas forcément anticipé durant les premières semaines de son voyage. Il a rapidement trouvé la meilleure solution : « Les appels en visio. Bien sûr ça ne remplace pas le contact mais je me sentais tout de suite mieux après avoir appelé mes parents. »
De l’importance du logement
Parmi les sujets importants, le logement peut impacter grandement l’expérience à l’étranger. Gabriel, 22 ans, étudiant en école de commerce, est parti à Dublin pour un semestre en 2022, et il se souvient que l’endroit où il allait loger était « sûrement la partie pour laquelle j’ai fait le plus de recherches. Dublin est assez cher, les loyers sont généralement élevés. Il était important de voir ce que je pouvais avoir et dans quel quartier avec mon budget ». Il a fini par prendre une chambre en colocation avec d’autres étudiants et jeunes actifs, ce qui lui a permis de « faire des rencontres intéressantes. Par énorme hasard, un de mes colocataires allait commencer à travailler chez Google en Irlande, qui est le QG de Google Europe. Je suis passionné par la technologie et il a pu me faire visiter le siège qui est normalement fermé aux non-employés. C’était sans doute une des meilleures expériences de ma vie ». Gabriel n’est pas le seul à souligner l’importance du logement.
Romane, qui a elle aussi vécu avec des étudiants durant ses deux expériences à l’étranger se rappelle que « c’était un super moyen de se faire des amis. Je connais des personnes qui ont logé en dehors de résidence étudiante et qui le regrettent parce qu’ils ont eu beaucoup de mal à lier des amitiés ». Elle conseille aussi de se renseigner sur la ville et sur les coins dans lesquels on part, puisque « quand j’étais aux États-Unis j’ai vécu non loin de Minneapolis et Saint-Paul, deux villes réputées dangereuses, ce que je ne savais pas avant d’arriver. Quand j’étais sur le campus ça allait, mais quand je devais sortir en ville, je ne me sentais pas en sécurité. J’aurais aimé savoir cela avant pour l’anticiper ».
Sortir de sa zone de confort
Une fois que ces préparatifs sont faits, reste encore à savoir ce que l’on veut voir une fois sur place. Comment prévoir cela ? Cela dépend surtout de votre tempérament. Romane se souvient ainsi que « quand je suis arrivée aux États-Unis, comme je ne restais que quelques mois, je savais que ça allait passer très vite. Donc j’ai tout prévu et réservé les billets les premières semaines ». Certains sont un peu plus détendus dans leur approche. Thibaut par exemple a fait « des recherches avant de partir sur ce qu’il y avait à faire. Mais je n’ai pas non plus fait un planning très précis et j’ai quand même passé un super séjour ».
Pour ces trois jeunes, l’essentiel reste de profiter de l’occasion d’être dans un nouveau pays pour tenter de nouvelles choses, rencontrer de nouvelles personnes et repousser ses limites. Gabriel, qui avoue être « tombé amoureux de Dublin », pense que le voyage a été « la meilleure expérience de sa vie ». Romane ne peut qu’approuver : « Cette expérience m’a formée. Tu te retrouves face à toi-même et tu dois te débrouiller. Mes plus beaux souvenirs sont ceux que je me suis faits lorsque je suis sortie de ma zone de confort et c’est le meilleur conseil que je peux donner ».
Il faut sillonner des paysages vallonnés dans le brouillard du mois de décembre pour arriver jusqu’à Mergieux, hameau aveyronnais entouré de bois jouxtant la commune de Najac. Là-bas se niche l’une des dix-neuf écoles Être, qui forment les jeunes éloignés de l’emploi de 16 à 25 ans aux métiers de la transition écologique, de l’écoconstruction au maraîchage. Dans le garage d’un ancien centre de vacances où les bâtisses en pierre et les prairies environnantes plantent un décor bucolique, sept stagiaires tâtonnent les freins et les amortisseurs de vélos fatigués, dans l’espoir de leur offrir une seconde vie à la ressourcerie du Rouergue, non loin d’ici. Le concret de la formation séduit ces jeunes qui ont décroché du milieu scolaire ou stagnent dans le chômage de longue durée.
Pendant deux semaines, ils apprendront à déchiffrer la mécanique des vélos, une occasion d’emmagasiner des compétences pratiques et manuelles où la finalité du travail s’observe à l’œil nu. Deuxième étape : la construction d’un four solaire, objet d’avenir qui n’émet aucun CO₂ et réduit les dépenses, sa source d’énergie étant gratuite et inépuisable : le soleil. Deux secteurs d’activité qui promettent un besoin de bras et de cerveaux dans les décennies à venir.
Ici, personne ne se reconnaît dans le dénominatif élève, malgré un jeune âge et une volonté d’apprentissage. « On tient à décentrer le rapport sachant/apprenant propre au modèle éducatif traditionnel qui n’a pas laissé que des bons souvenirs », précise Florent, encadrant technique de l’école aveyronnaise. Le sentiment de passivité provoqué par les cours magistraux ou encore le harcèlement scolaire en a démotivé plus d’un. « Ici, la seule théorie se glisse dans la pratique et le maître mot est la bienveillance », plaide l’encadrant. « Un petit coup de brosse à dents sur la chaîne rouillée et c’est reparti ! », lance Sofiane, inhabituellement enthousiaste. Lycéen avec une énergie à revendre dans un établissement catholique « hyper strict » puis titulaire d’un BTS ébénisterie, ce garçon d’une vingtaine d’années a toujours subi douloureusement ses expériences scolaires, jusqu’à ce qu’il se découvre une passion où la rigueur ne représente plus un effort. « J’ai dessiné tous les plans de mon camion aménagé sur des logiciels. C’est du concret, j’adore. Prochaine étape : mon tour de France sur la route ! », s’exclame-t-il, redressant son béret en souriant. Comme les six autres stagiaires, Sofiane est à la recherche d’un avenir où la carrière est moins importante que l’épanouissement personnel ou l’utilité sociale.
Tête pleine, rien dans les mains
Avant d’arriver dans le froid de Najac, Geoffrey, urbaniste de formation originaire de la région Pas‑de‑Calais, arpentait les cols et les sommets de l’autre côté de la frontière, en Espagne. Réparer des vélos n’est pas son métier de rêve, mais ce stage représente pour lui des compétences pratiques en plus dans sa besace. « Certains jeunes que l’on accueille ont une tête pleine de savoirs mais rien dans les mains. Ils viennent ici pour remédier à ça », précise Florent, architecte de formation qui s’est lui aussi tourné vers les écoles Être comme encadrant pédagogique par quête de sens. Changer de voie des dizaines de fois au cours de sa carrière professionnelle n’effraie pas ces jeunes ruraux. Bien au contraire. « Souvent, la route est tracée avant de réellement savoir ce qu’on veut. On est engagés dans un boulevard sans grande conviction », soutient Max, bonnet en laine et corps longiligne, qui ne trahit en rien ses années passées chez un carrossier.
La plupart ont grandi dans un environnement agricole, et n’ont connu que la ferme de leurs parents, où le travail était rude. Physiquement éloignés de l’emploi et de la sociabilité, ils rêvent désormais de rencontres et de partage. « J’ai fait de l’animation pendant des années, mais j’ai perdu le goût du métier et ma confiance en moi. Je veux aller vers quelque chose qui me ressemble plus », affirme Laura, 24 ans, seule femme de la formation.
Finalement, peu importe la mission, ce qui compte est le contexte dans lequel ils exercent leur métier. « Par exemple, le métier de comptable me déprime. Mais faire de la compta pour le festival Trans Musicales à Rennes, j’ai adoré », nuance Maxime, un Aveyronnais passionné de rock, en resserrant avec force les freins d’un vélo. À sa droite, Adam s’étonne lui-même de réussir à se plier aux horaires précis de la formation. « Il y a quelques années à peine, j’allais au lycée un jour sur trois, la boule au ventre. J’ai compris qu’il fallait arrêter de forcer, que ce n’était pas pour moi. Ici, en petit comité, avec un objectif précis, je me sens bien », assure-t-il, la moue rassurée. La phobie scolaire, qui l’a marqué au fer rouge, l’a longtemps isolé de toute forme d’engagement social. L’absence de jugement entre les stagiaires qui règne dans cette formation le réconcilie avec les autres.
Décrocher en milieu rural, la double peine
En général, le décrochage scolaire se fait au lycée, suivi par quelques années d’errances, et des approches timides avec la Mission locale, lieux où ils sont repérés par les écoles Être. « Beaucoup de jeunes sortent du lycée avec une vision hyper négative du futur et de la société dans laquelle on vit. En venant ici, ils sont encore plus conscients de la merde dans laquelle on est collectivement, mais ils y découvrent une lueur d’espoir », nuance Florent. Les territoires ruraux comptent près d’un cinquième des effectifs des décrocheurs scolaires, soit 17 % des jeunes sortant du système éducatif sans diplôme. Le milieu rural est marqué par l’éloignement des services et des écoles post-bac.
L’absence d’écoles de la deuxième chance, comme des Établissements pour l’insertion dans l’Emploi (Epide), achève de creuser les inégalités territoriales des étudiants. Pour les jeunes de ces régions, le décrochage scolaire n’est pas nécessairement synonyme d’entrée précoce dans la vie professionnelle. Les petites villes de campagne, où le bassin d’emplois est plus restreint, réduisent également leurs possibilités d’avenir comme peau de chagrin. « Agriculteur, maçon, charpentier : soit on aime ça, soit on s’y plie », confirme l’un des stagiaires sur un ton désabusé. À l’échelle nationale, l’origine sociale est l’un des premiers facteurs du décrochage. Les enfants issus de familles monoparentales ou ceux dont les parents sont peu qualifiés ou peu impliqués dans la scolarité présentent un risque supérieur de désengagement. Pourtant, il se pourrait qu’ils représentent les acteurs du changement.
Un renversement des savoirs vertueux
En 2005, alors qu’il était éducateur spécialisé dans une Maison d’Enfants à Caractère Social (MECS) à Toulouse, Frédéric Mathis comprend que les jeunes défavorisés seront les premières victimes du réchauffement climatique en raison d’habitats mal isolés et du manque d’espaces verts, malgré une empreinte carbone inférieure au reste de la société. « Mais ils sont aussi l’espoir d’engager une transition concrète, avec des métiers pratiques dont on aura grandement besoin et que les jeunes favorisés ne veulent pas faire : c’est la raison d’être de notre réseau », assure cet ancien travailleur social. Convaincu de cette double réalité, il fonde les écoles Être, implantées dans dix-neuf régions françaises. Pas question de créer du bâti supplémentaire, les jeunes intègrent associations indépendantes et tiers-lieux locaux déjà implantés, qui sont labellisés par le réseau Être, et subventionnés par les Régions. Lainage, agriculture urbaine, maraîchage d’altitude, habitat durable, économie circulaire… Les formations, qui durent de deux semaines à un an, sont entièrement gratuites et sont accessibles à tous les intéressés partout en France. Un moyen de réinsérer les jeunes mais aussi de répondre aux défis qui se présenteront aux entreprises de demain. Ne serait-ce que dans le bâtiment, la rénovation annuelle de 500 000 logements permettrait la création de 75 000 emplois directs et indirects.
Quant aux énergies renouvelables, le secteur devrait créer près de 125 000 emplois d’ici 2025 (principalement pour l’installation et la maintenance dans le solaire et l’éolien). Dans son étude Les effets de la transition écologique sur l’emploi, de juillet 2022, l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie, établissement public qui a pour missions premières de favoriser la protection de l’environnement et les économies d’énergie) indique que les emplois directs de ces secteurs progressent de 72 % depuis 2006 pour atteindre le nombre de 357 730 ETP (« équivalent temps plein ») en 2019. « Quand nos stagiaires qui viennent d’un milieu très modeste donnent un cours d’installation de panneaux photovoltaïques aux étudiants de Sciences Po Paris, c’est un renversement des savoirs hyper vertueux ! », se souvient Frédéric Mathis, qui a organisé des rencontres entre étudiants aux origines sociales opposées.
Transition écologique et greenwashing
Une offre de formation sérieuse, comme le propose le réseau éducatif Être, est d’autant plus nécessaire depuis l’arrivée de formations privées plus douteuses dans le secteur de la transition écologique. Intitulés de diplômes pompeux, frais de scolarité exorbitants, greenwashing : les écoles privées spécialisées fleurissent dans le paysage de l’enseignement supérieur. Près d’une trentaine de nouvelles formations privées ont surgi sur le territoire, en grande partie depuis la crise sanitaire, avec les mêmes éléments de langage entre écoles concurrentes… Le sérieux n’est pas toujours au rendez-vous et l’argumentaire probusiness va bon train : « Sauver la planète d’un désastre écologique est une opportunité de 12 000 milliards de dollars », lit-on sur le site de l’une d’entre elles. Des slogans qui provoquent des haussements de sourcils parmi les intéressés. « Encore des tentatives du capitalisme vert ! », scande l’un des élèves, les mains remplies de cambouis.
Quand l’horloge affiche 17 h et annonce la fin de journée, il est temps de revenir sur le travail accompli. « Vous pouvez vous féliciter, on a réparé une dizaine d’épaves », sourit Rémi, intervenant sur la réparation vélo, laissant un silence planer. « Je parlais des deux-roues, pas de vous hein », clarifie-t-il, suivi d’un rire général.
Cet article est issu du numéro 2 du magazine Vous! par Macif. Pour découvrir le sommaire : c’est ICI.
Qu’est-ce qu’un métier qui fait sens, selon vous ?
Anne de Rugy : Le sens du travail est devenu une espèce de leitmotiv depuis une dizaine d’années et c’est parfois une notion un peu passe-partout. Mais derrière l’aspiration à trouver du sens, il y a une interrogation sur l’utilité sociale du travail. Ce que je fais est-il utile à la société ? Est-ce un travail utile aux autres, qui ne nuit pas à l’environnement ni aux humains ? Désormais, chaque individu souhaite que son travail ait une utilité sociale au-delà de l’utilité économique. En d’autres termes, l’intérêt du travail ne se limite pas à la fonction gagne-pain, son sens doit être visible, incarné.
Julien Vidal : Aujourd’hui tout ne tourne qu’autour de l’économie. Nous gardons l’œil rivé à des indicateurs tel que le PIB (Produit Intérieur Brut) comme s’ils étaient la seule manière de juger de la réussite d’un pays et d’un président. Je pense que pour faire sens, nos métiers doivent retrouver une place appropriée. Idem pour l’économie. Il s’agit d’une fin et non d’un moyen, il serait bien de s’en souvenir. Je pense qu’un métier de sens doit nous permettre de hiérarchiser les choses en fonction de leur importance. Il y a presque une notion philosophique derrière la notion du métier de sens, avec notamment l’idée qu’on ferait bien d’apprendre parfois à moins travailler. Et qu’au lieu de rajouter des couches au mille-feuille, on ferait bien d’en enlever.
Mais alors concrètement quels vont être les métiers de demain qui auront du sens ?
AR : C’est compliqué de relier cette notion à des métiers en particulier, mais on réalise que ceux qui bifurquent se tournent vers les professions qui ont une forte lisibilité, dont on comprend immédiatement le sens et l’utilité. Ils sont par exemple en lien avec la nature, autour de la production, de l’agriculture, du travail en plein air, pour les professions néorurales. Ils peuvent réhabiliter des techniques d’élevage traditionnel ou au contraire expérimenter des techniques plus nouvelles comme la permaculture. Mais on pense aussi aux métiers récemment apparus autour du commerce et de l’artisanat, par exemple le commerce en vrac ou les commerces alimentaires autour de productions locales ou encore les brasseurs, torréfacteurs, ébénistes, menuisiers, etc. Ceux-là rejoignent aussi la distinction introduite pendant la crise sanitaire entre les emplois essentiels ou non essentiels.
En résumé, les « métiers qui ont du sens » sont souvent des professions qui touchent aux besoins jugés essentiels comme l’alimentation, le bio, les circuits courts, le commerce, la restauration ou des métiers où l’utilité passe par le lien, le soin ou encore la relation aux autres comme des professions qui touchent la psychologie, le bien-être, le soin du corps, avec l’émergence de coaches en tout genre. Sans oublier la transformation écologique où le sens évoque d’atténuer la crise écologique ou de s’adapter au changement climatique. On pense à ceux qui touchent à la préservation de la nature, la transformation des transports, les nouvelles sources d’énergie. Enfin, la nouveauté peut aussi venir d’une nouvelle manière d’exercer un métier avec plus d’autonomie par exemple en quittant le salariat.
JV : En préambule de mon livre, j’annonce que 75 % des métiers « dits de demain » n’existent pas. Je n’en pouvais plus de cette fascination technologique et du fantasme que l’avenir se dessinerait dans des casques de réalité virtuelle. Avec mon podcast et nos ateliers 2030 Glorieuses, je rappelle que la société de demain est déjà là et que tous les outils sont autour de nous. Il ne s’agit pas d’inventer ni de partir de zéro, mais de changer d’échelle et de reterritorialiser des choses qui ont été expérimentées et validées en France ou dans le reste du monde. On a parfois l’impression de voir apparaître de nouveaux métiers, mais ce sont en réalité des remises à jour ou des combinaisons de certaines professions existantes. Le boulanger solaire par exemple est un boulanger utilisant des fours solaires. Il est donc énergiquement autonome et avec la crise énergétique que l’on traverse, on peut dire qu’il a une bonne intuition. Il y a aussi le métier de chargé de coopérative qui peut être un second exemple. L’idée est de dédier une personne à l’organisation de la concertation, du travail ensemble.
Jusqu’ici, ça n’existe pas vraiment alors que c’est, selon moi, très important. Ça n’est pas une nouveauté, mais au lieu de faire porter cette mission par un dirigeant ou un RH, il faudrait que ça soit porté par une seule et même personne. Elle serait évidemment formée sur ce sujet et aurait plus de légitimité pour porter ces questions. Certaines compétences doivent être redirigées pour aboutir à la création de ces postes. Enfin, il me semble essentiel de remettre certaines professions en avant et de valoriser. Toutes les professions liées à l’artisanat notamment parce qu’au-delà de permettre une rentrée d’argent en effectuant un travail manuel, cela offre l’opportunité de mettre en avant sa créativité.
Les doigts sur le frein à main, comme si elle allait devoir le soulever soudainement, Monique scrute le moindre danger et ne se montre pas franchement rassurée à côté de sa fille qui tient le volant. Comme ses deux grandes sœurs avant elle et comme environ 47 % des 18-26 ans qui ont passé le permis en France, Mélanie a opté pour la conduite accompagnée afin de décrocher le précieux sésame.
Lancé en 1990 et officiellement appelé Apprentissage anticipé de la conduite (AAC), il offre la possibilité de rouler au quotidien avec un accompagnateur (les parents la plupart du temps, qui doivent eux-mêmes être détenteurs du permis B depuis au moins cinq années) à partir de son quinzième anniversaire après avoir suivi une formation initiale en école (évaluation d’une heure, formation théorique sur la sécurité routière et pratique d’au moins vingt heures).
L’objectif ? Parcourir 3000 kilomètres ou plus en 365 jours minimum (et 1095 maximum) afin d’acquérir une solide expérience, devenir un bon conducteur et gagner en confiance pour le jour de l’examen, tout simplement. Des missions généralement remplies, puisque le taux de réussite à l’épreuve atteint 75 % pour ceux qui l’ont préparée avec la conduite accompagnée contre 57 % avec la méthode classique(1) et les accidents seraient quatre fois moins présents.
Pourquoi choisir la conduite accompagnée ?
Mais cette aventure n’est pas forcément une partie de plaisir, que ce soit pour l’enfant ou le parent. « Je savais que ce serait compliqué, car ça me fait très peur de me déplacer dans une voiture conduite par quelqu’un qui n’a pas le permis, témoigne Monique, qui garde en mémoire nombre d’anecdotes angoissantes. Ma fille aînée a par exemple percuté un labrador, ça nous a traumatisées ! » De là à perdre les pédales ? Parfois, oui. « Avec mon père, ça va, raconte sa fille Mélanie. Mais avec ma mère, c’est l’enfer. Elle n’est jamais motivée à l’idée de me laisser le volant et quand on le fait, elle panique tout le temps. Du coup, je n’ai pas énormément conduit… »
Mais alors, pourquoi avoir choisi la conduite accompagnée ?« Beaucoup de monde en parlait quand nous l’avons proposé à notre fille aînée, explique Monique. C’était un peu la tendance, les proches et les autres parents le conseillaient donc ça nous a influencés. L’avantage financier a également eu son importance. » On le comprend puisqu’un élève en AAC a globalement besoin de moins de cours de conduite facturés par une école, et les assurances établissent généralement un tarif préférentiel aux jeunes conducteurs ayant suivi ce mode de formation.
De son côté, Philippe, a pleinement apprécié cette aventure avec ses deux enfants. « Au-delà du fait que ça permet aux gosses de progresser et de s’accoutumer à la voiture, la conduite accompagnée apporte aussi beaucoup aux parents ! J’ai appris ou réappris plein de choses, on se remet forcément en question parce que notre regard n’est pas le même que les nouvelles générations, estime ce père autrefois routier, qui a connu l’AAC avec son fils Jean et sa fille Morgane. Bon, c’est vrai qu’il faut savoir être patient et pédagogue… Mais ça s’est plutôt bien passé, même si Jean, mon garçon, a fait preuve d’une débordante confiance en lui dès le début. Il m’a cassé un rétroviseur, on s’est disputé quelques fois… Mais rien de bien grave, surtout par rapport aux bénéfices observés. »
Réponse du fiston : « Oui, j’ai fait un peu le caïd au démarrage. Au bout de 50 bornes, je prenais le volant à une seule main juste pour énerver le daron. En même temps, on m’avait roulé dans la farine : mes parents m’avaient vendu la conduite accompagnée comme une promesse d’autonomie et de liberté, en disant que je n’avais pas besoin d’un scooter puisque je pourrais aller où je veux quand je veux avec la voiture. En réalité, pas du tout, cela n’a rien à voir ! Mais ce qui m’a le plus surpris, c’est que ma sœur et moi étions bien davantage au courant des règles du Code de la route que notre père. » Sa sœur Morgane confirme : « À chaque rond-point, il y avait débat sur la manière de l’emprunter. Notre père ne voulait jamais entendre qu’il faut emprunter à l’extérieur pour aller à droite. Il était vraiment hyper stressé, résume-t-elle, il s’accrochait tout le temps à la poignée de maintien au-dessus de la portière. Mais sincèrement, cette expérience sous son contrôle m’a globalement beaucoup aidée. Il m’a fait conduire avec une remorque, il me demandait de refaire des manœuvres jusqu’à ce que je réussisse… »
Autre point positif pour la conduite accompagnée, depuis le 1er janvier 2024, elle permet de passer le permis de conduire dès l’âge de 17 ans.
Au premier confinement, Noam, 13 ans à l’époque, reçoit son premier téléphone portable. « Comme je n’avais pas grand-chose à faire, je passais mes journées à installer de nouveaux jeux et à regarder des vidéos sur YouTube », se souvient l’ado de 17 ans. Cathy, sa mère, constate des chiffres qui font froid dans le dos : son fils passait plus de six heures par jour sur son mobile. Un cadeau empoisonné ? « En tant qu’orthophoniste, je suis très sensibilisée à la nocivité de la consommation des écrans à outrance. On a vu très concrètement à quel point c’est addictif. » De quoi alerter les parents qui n’ont eu d’autre choix que de mettre en place des stratégies pour limiter l’utilisation d’écrans. « Au début, on l’a obligé à laisser son téléphone en bas quand il montait dans sa chambre. Mais finalement on n’arrivait pas à surveiller en permanence », souligne Cathy.
Resserrer la vis
Cathy et son mari ont installé une application de contrôle parental qui permet de paramétrer les comptes des enfants. Depuis, les règles sont strictes : deux heures d’écran par jour en semaine, deux heures trente le week-end et le téléphone en off de 21h jusqu’à 7h30. « Si nos enfants veulent télécharger une application, on reçoit un message pour donner notre accord », complète Cathy. « Ces règles m’embêtent un peu. Mes amis ont le droit de jouer sur leur téléphone plus longtemps », confie Joshua, 13 ans, le fils cadet de Cathy. Le petit malin profite de ses séjours chez ses grands-parents pour rattraper le temps perdu. « Là-bas, je joue quatre heures par jour alors qu’à la maison, c’est une heure maximum. » Quant à la Switch, confinée dans le salon, Cathy est intransigeante : une heure de jeu par jour uniquement le mercredi et le week-end, et seulement si les devoirs sont faits. « Ce n’est pas en libre-service », insiste-t-elle. De son côté, Noam, l’aîné, avoue avoir piqué plusieurs fois en cachette un téléphone familial inutilisé pour jouer.
Depuis ses 17 ans, ses parents ont lâché du lest. « On a considéré que j’étais assez grand pour m’autogérer, mais je me suis vite rendu compte que je dépassais largement la limite de temps imposée avant. J’ai demandé à remettre le contrôle parental sur Instagram et j’ai supprimé TikTok, BeReel et tous les jeux », explique-t-il. Depuis, Noam le concède, il passe beaucoup plus de temps à l’extérieur, il a repris le piano et dessine énormément. « J’ai beaucoup plus d’inspiration et de créativité qu’avant. »
Pas de 5G
Dans la famille de Sandra et Régis, les règles sont plus sévères. Si leurs deux enfants ont eu droit à un téléphone dès la quatrième, le smartphone n’est autorisé qu’à partir du lycée. Mais sans 5G, et ce jusqu’au Bac. De sorte qu’ils aient « accès aux réseaux sociaux qu’à la maison ». Eux aussi ont installé un contrôle parental. Limite du temps d’écran ? Une heure trente par jour pour les jeux et les réseaux sociaux. « En revanche, on leur a laissé l’accès illimité aux applis d’informations comme celles du Monde ou de Courrier International », précise la mère. Mais elle le concède : les écrans sont une « lutte permanente ». « Même si on met des limites, il suffit qu’on tourne le dos pour qu’ils piquent notre tablette. Il a fallu mettre des codes sur nos portables, sur l’ordinateur de la maison et sur l’iPad. Mais les enfants réussissaient toujours à les retrouver. Ils se faisaient attraper et on changeait nos codes une nouvelle fois. »
Des subterfuges, le plus jeune fils, Kim, 15 ans, en a plusieurs. « Parfois j’utilise la tablette pour faire mes devoirs dans ma chambre. Mes parents ne captent pas que j’oublie de le ramener dans le salon. J’en profite pour aller sur YouTube le soir avant de me coucher. » Timo, l’aîné de 20 ans, se remémore un épisode : « Une fois, ado, j’ai été privé de téléphone pendant un mois parce que j’en abusais avant de m’endormir. Même si j’étais en colère au début, j’ai compris qu’après ça, je passais encore plus de temps qu’avant à faire d’autres activités. Je dessinais, je faisais beaucoup de skate, je voyais très souvent des potes. » Pour les jeux vidéo, c’est une autre histoire. Si Sandra et Régis ont veillé à ce qu’aucune console ne passe jamais la porte de la chambre des enfants – installée dans le salon, elle n’est autorisée que le week-end –, ils n’ont pas la même vision des choses. Sandra tolère difficilement les jeux vidéo. Régis, en grand amateur, les perçoit comme un loisir. « Je joue avec mes garçons, mais avec des restrictions. Ça me permet de partager quelque chose avec eux tout en contrôlant leur consommation de jeux vidéo. »
« Une manière de l’autonomiser »
Chez Thierry et Sandrine, la télévision est passée à la trappe il y a plus de treize ans. Reste que leur fils, Gabriel, a commencé dès sept ans à consacrer de longs après-midi aux jeux vidéo. « S’il avait terminé ses devoirs, on lui autorisait à jouer avant le dîner. Le week-end, il n’y avait pas vraiment de règles fixes », reconnaît Thierry, qui estime aujourd’hui avoir été probablement « trop permissif ». Au début, le couple s’était juré de ne jamais laisser le PC familial le soir dans la chambre de leur fils. « On a fait l’erreur de le mettre au bout du couloir qui mène à sa chambre. On lui faisait confiance, mais on s’est vite rendu compte qu’il le récupérait pour jouer le soir dans sa chambre », raconte le père.
Résultat ? Il a fallu trouver des cachettes : entre le matelas et le sommier du lit de la chambre d’amis ou entre les disques vinyle. Pourtant, Gabriel avouera plus tard qu’il finissait toujours par réussir sa chasse au trésor. « On a essayé plusieurs techniques, mais sans jamais vraiment réussir à aller jusqu’au bout. Au quotidien, c’est très compliqué et contraignant de surveiller en permanence, cède Sandrine. Parfois, on se réunissait pour lui expliquer les dangers des écrans. Mais souvent, il recommençait. » Au fur et à mesure que Gabriel grandissait, ses parents lui ont laissé plus de libertés. « Aujourd’hui, à 17 ans, on estime qu’il est en âge de se gérer. C’est une manière de l’autonomiser », juge Thierry.
Un pari réussi ? Quoi qu’il en soit, Gabriel l’avoue, il ne joue plus beaucoup aux jeux vidéo. « J’ai moins le temps, j’ai beaucoup de devoirs, je fais plus de sport qu’avant et je vois souvent mes potes. Et puis j’ai pris conscience que geeker, c’était du temps gaspillé et que ça ne m’instruisait pas. » Aujourd’hui, les parents voient des aspects positifs dans le laxisme de leur gestion des écrans. « Si on a été flexibles c’est aussi parce qu’il a toujours eu de bons résultats scolaires, que sa consommation d’écrans ne déteignait pas sur sa santé mentale et qu’il continuait à faire des activités extérieures, du sport ou écouter de la musique et voir ses amis. »
« On a le sentiment, parfois, que certains d’entre eux vivent dans la rue les jeux vidéo qui les ont intoxiqués. » À l’été 2023, en marge des émeutes suite à la mort de Nahel, Emmanuel Macron signait ce constat un brin cliché, et déjà exprimé en France, ou ailleurs. Aux États-Unis, la thèse des jeux vidéo qui rendent violent ressort à chaque fusillade de masse. « Il n’y a aucune preuve légitime qui le prouve », balaye pourtant Milan Hung, psychologue clinicienne, spécialisée dans les usages du numérique et du jeu vidéo.
Membre de l’observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique, elle reprend : « Le contraire a été prouvé par de nombreuses études. Avec un jeu vidéo, on exprime une agressivité courte et temporaire, comme l’on peut exprimer de la tristesse devant un film. Politiquement, le jeu vidéo a été utilisé comme bouc émissaire. C’est plus facile de critiquer les jeux vidéo que la politique vis-à-vis des armes à feu… » En vérité, les études prouvent que les jeux vidéo regorgent de bienfaits.
Une heure de Call of Duty® par jour
« Les jeux vidéo abrutissants » rendent en vérité plus intelligent, amorce Milan Hung : « On a eu beaucoup de preuves conséquentes sur les bienfaits cognitifs des jeux d’actions et de stratégie en temps réel. Les études se sont notamment penchées sur Call Of Duty® ou Starcraft II®. Cela a démontré que ce genre de jeu, sur une heure, améliore les compétences d’analyses, de réflexes, et d’attention focalisée. »
Dans la pratique, les accros à la manette confirment, à l’image de Magalie, mère de famille accro à World Of Warcraft® (WoW, pour les initiés) : « Cet aspect cérébral est central à mes yeux, puisqu’il faut faire des quêtes, lire, chercher, réfléchir. » À tel point qu’avec son conjoint, cette infirmière a décidé de faire des jeux vidéo un pilier de l’éducation de ses trois enfants : « On est ouvert aux jeux vidéo, qui ont un vrai côté éducatif, d’apprentissage, notamment dans des jeux de réflexions où il faut chercher des solutions, à des jeux stratégiques, éducatifs, des mondes ouverts comme ceux de Mario, ou des jeux de construction comme Lego ou Minecraft. »
Cette part de réflexion, c’est aussi ce qui a séduit Quentin, 32 ans, féru des jeux de stratégie et de gestion : « Dans ces jeux, tu n’es rien et tu crées tout. Il faut aller vite, mais pas trop, pour développer sa civilisation, son personnage. Quand tu gagnes, il n’y a aucune part de chance, c’est du mérite. » Cet ancien sportif de haut niveau y retrouve même l’adrénaline qu’il ressentait auparavant dans les piscines. Pour Loris, journaliste, jouer est aussi un outil pour… mieux travailler : « Les jeux de stratégie demandent une certaine réactivité entre la prise de décision et le timing, ça aide à analyser des situations en gardant son sang-froid, sans s’emballer. J’ai beaucoup progressé là-dessus, c’est utile quand je suis sous pression au travail. »
Bijoux de culture
Autre bénéfice des jeux vidéo : leur richesse culturelle. « Le jeu vidéo est vu à tort par certains comme un appauvrissement de la culture. L’exemple le plus frappant, c’est Assassin’s Creed Origins® », rappelle la psychologue Milan Hung. Les jeux historiques fourmillent en effet de détails, au point que Quentin, diplômé en histoire à l’université, assure « avoir plus appris sur Age of Empire® que dans certains amphis ». Loris, lui, a « du mal à accrocher à un jeu si c’est uniquement divertissant », et confie même n’avoir « aucun mal à pleurer devant un jeu vidéo, de la même manière que devant un film ».
Outils de socialisation
Enfin, les jeux vidéo sont vecteurs d’une sociabilité nouvelle, loin du cliché du joueur enfermé dans sa chambre. « Il peut aussi être un refuge face à des réalités parfois violentes, traumatisantes. Quand on n’arrive pas à créer des liens sociaux dans la réalité, les jeux vidéo peuvent pallier cette socialisation manquée », explique Milan Hung. Nos trois témoins affirment d’ailleurs tous avoir noué des amitiés fortes grâce aux jeux vidéo, d’abord en ligne, puis IRL (In real life, dans la vraie vie, ndr). « Le confinement a renforcé l’aspect social, je n’ai jamais autant joué en ligne avec des gens, parce qu’on était privé du contact physique », abonde Loris.
« C’est d’ailleurs une excellente manière de dialoguer avec les patients, mais aussi entre parents et enfants », conseille Milan Hung. Elle ajoute : « Il faut s’y intéresser. Inscrire son enfant au théâtre ou au foot, et ne jamais aller le voir serait tout aussi grave que de ne pas parler de jeux vidéo avec lui. » Si le sujet reste teinté de nombreux clichés, les jeux vidéo n’ont en réalité jamais été aussi bénéfiques qu’aujourd’hui.
Le 16 septembre dernier, le président Emmanuel Macron a d’ailleurs fait machine arrière sur X, en publiant un long plaidoyer pour les jeux vidéo, « une chance pour la France, pour notre jeunesse et son avenir, pour nos emplois et notre économie ».
« Au moment de la réforme des retraites, j’ai commencé à m’inquiéter pour mon avenir et je me suis penché sur le sujet. Pour l’instant, je commence petit à petit à épargner sur un compte dédié. Mon banquier m’a renseigné sur le PER (Plan Épargne Retraite) et j’envisage d’en ouvrir un dès que j’aurai signé un CDD ou un CDI l’été prochain », avoue Bruno, 29 ans, alternant en RSE. Ce Toulousain fait partie d’une grande majorité de jeunes actifs qui estiment qu’ils devront épargner par eux-mêmes pour financer leurs vieux jours.
D’après les chiffres du cinquième Baromètre de l’épargne en France et en régions, réalisé par l’Ifop, l’intention des Français de souscrire un PER est en progression significative sur trois ans. 37 % des Français interrogés déclarent avoir l’intention de souscrire un PER contre 28 % en 2021. Les trentenaires semblent bel et bien les plus inquiets et les plus concernés quand on voit que 60 % des moins de 35 ans ont l’intention de souscrire un PER pour bénéficier d’une rente viagère ou d’un capital à leur retraite, contre seulement 29 % des 35 ans.
En témoigne également le slogan « Pas de retraité.es sur une planète brûlée… Retraites, climat, même combat ! », scandé par la jeune génération lors des manifestations contre la réforme des retraites. « On est assez incertains sur le devenir de nos pensions retraite. Je suis assez pessimiste, on en bénéficiera encore plus tardivement. C’est important d’y penser le plus tôt possible », se désole Bruno.
Miser sur les produits financiers… et l’immobilier
Antoine*, parisien et père de famille de 35 ans, fait partie de ceux qui n’ont pas perdu de temps en commençant à placer de l’argent pour anticiper sa retraite et financer les futures études de ses filles. « Il y a trois ans, avec ma femme, on a ouvert deux comptes PER, deux comptes PEA (Plan Épargne en Actions) et deux assurances vie avec une trentaine d’enveloppes. Le but est de faire de l’épargne, de constituer un patrimoine et de bénéficier d’une déduction au niveau de l’impôt sur le revenu. Tout cela corrélé au fait que nous avons des incertitudes quant au système actuel de retraite par répartition, confie-t-il. Lorsque je suis rentré en France en 2020, après avoir travaillé six ans en Suisse, j’ai dû entamer toutes les démarches de changement de régime et donc réfléchir à l’avenir de mon patrimoine. En parallèle, j’ai monté ma boîte dans le milieu de l’innovation et du sport et via celle-ci, je dépose 3 600 euros par an sur mon compte PER. Ma femme, elle, dépose 4 000 euros. Nous atteignons tous les deux nos plafonds. » Si Antoine n’a pas encore de résidence principale, il a déjà investi avec son épouse dans l’immobilier en achetant deux appartements, aujourd’hui mis en location. Signe que le couple mise aussi sur l’immobilier, en plus des produits financiers, pour préparer sa retraite.
Avoir un travail stable comme priorité
Mais ce genre d’investissement est loin d’être à la portée de tous les Français. Nombre d’entre eux ne parviennent même pas à épargner à la fin du mois. C’est le cas de Remy, 28 ans, qui est sur le point de terminer son CDD saisonnier en restauration dans une station balnéaire du Sud-Ouest. « À mon âge, j’ai d’autres préoccupations que celle de penser à la retraite. Comme avoir un boulot stable, louer un appartement à prix raisonnable, voyager, peut-être acheter un appartement plus tard. » Aussi, le jeune homme, incertain sur son avenir, avoue ne pas avoir encore trouvé sa voie professionnelle. « La restauration n’est qu’un travail alimentaire à court terme uniquement pour payer mon loyer. Et puis mon salaire actuel ne serait pas assez suffisant pour pouvoir mettre de côté pour la retraite. Je n’arrive pas encore à me projeter dans quelques années, donc il m’est impossible de me projeter à l’âge de la retraite. Et puis, je ne connais rien à toutes ces démarches », justifie-t-il.
Anticiper le budget logement
Arthur*, 28 ans, consultant fonctionnel en informatique originaire du Sud-Ouest, a quant à lui eu la chance et les moyens de lancer un premier investissement. Avec sa conjointe, ils viennent d’acquérir une maison sur plan – leur résidence principale – dans les Landes « pour ne plus avoir à payer de loyer dans 25 ans ». « On projette d’acheter plus tard un autre appartement qu’on louera et qui complétera ma retraite précaire, sachant que j’espère arrêter de travailler avant l’âge légal », explique-t-il. Un autre projet pour anticiper l’avenir ? « Pourquoi ne pas épargner pour racheter des trimestres ? », suggère Arthur. Une solution envisageable quand on sait qu’une fois à la retraite, le budget logement moyen d’un Français correspond à 38,4 % des finances de son ménage.
Compenser le montant des pensions
Laura*, une journaliste parisienne de 36 ans, a récemment estimé sur un site le montant de sa retraite. « Les chiffres étaient terrifiants. Ils indiquaient que je devais travailler jusqu’à 67 ans pour avoir ma retraite à taux plein à hauteur de 1 400 euros par mois. Je me suis imaginée finir isolée et précarisée. Ce n’est pas mon genre de m’inquiéter pour mon avenir, j’ai tendance à être assez sereine. Mais j’ai réalisé qu’à 67 ans, on ne peut plus rebondir », remet-elle. Alors, avec une amie, elles ont eu l’idée de fonder une SCI pour acheter ensemble un appartement pour un investissement locatif, autour de villes étudiantes. « Le but est que cet appartement soit remboursé assez vite, avant d’en acheter un second, pose-t-elle. D’ici une trentaine d’années, on souhaiterait revendre ces deux biens pour nous acheter nos propres appartements et être à l’abri pour nos vieux jours. »