Depuis plus de dix-sept ans, Romane, 30 ans, mène une bataille contre des douleurs atroces qui lui lacèrent le bas ventre et le dos vingt-deux jours par mois. Ça a commencé dès ses premières règles. « J’avais du mal à me lever le matin et je manquais des journées de cours, car j’étais incapable de suivre », remet-elle. Pertes abondantes de sang, chutes de tension, pertes de connaissance, vomissements… Autour de ses 18 ans, sa souffrance devient insupportable, lui laissant très peu de jours de répit. Les visites aux urgences se multiplient. On lui fait simplement une échographie ou un examen vaginal. « Je n’étais jamais vraiment entendu par les médecins. On me reprochait de venir à chaque période de règles et d’être douillette. » Au mépris de ces médecins s’ajoute la colère de son gynécologue, blâmant la jeune femme d’avoir décidé de retirer l’implant qui lui avait été prescrit. Sa raison ? Des règles encore plus douloureuses, doublées de maux de tête, d’une prise de poids et d’états dépressifs.
Face à la négligence du corps médical et à celle de certains de ses collègues la jugeant comme « celle qui se plaint tout le temps », Romane se mure dans le silence. « Mes médecins ne s’affolaient pas plus que ça. Je me suis renfermée sur moi-même en me persuadant que c’était moi la responsable. J’avais l’impression d’être folle. Alors j’ai pris l’habitude de souffrir en silence pour ne plus me sentir jugée », avoue la jeune femme noyée sous la culpabilité. Jusqu’à ce qu’elle consulte une gynécologue spécialiste de l’endométriose, après deux ans de tentative de grossesse. Une batterie d’examens et le verdict tombe : endométriose. « J’ai pleuré de soulagement. On avait enfin posé un nom sur ce dont je souffrais depuis quinze ans. » À cause de son infertilité, Romane est immédiatement opérée pour retirer les nodules répartis dans son utérus. Elle tombe alors enceinte, mais ses douleurs persistent. Dans l’attente d’une seconde opération, l’Endo Warrior repense à « cette angoisse et cette charge mentale permanentes qui rythment [sa] vie ». Encore aujourd’hui, elle n’a d’autres choix que de refuser des sorties entre amis qu’on lui propose quand les douleurs sont trop intenses.
Des coups de poignard dans le bas ventre
Chez Lucille, 28 ans, les premières douleurs dans le bas ventre sont apparues à 20 ans pendant ses rapports sexuels. « Au début, je me disais que c’était normal. Jusqu’à ce que ça devienne un cercle vicieux où j’avais peur d’avoir mal pendant mes rapports. » À 22 ans, une première crise de douleur intervient pendant ses règles. « J’étais pliée en deux, j’avais comme des coups de poignard dans le bas du ventre, je ne pouvais plus marcher », se souvient-elle. Aux crises de plus en plus fréquentes viennent s’ajouter des cystites à répétition et des douleurs sévères après avoir consommé de l’alcool. La jeune femme subit le mépris d’une gynécologue « très vieille école ». « Elle me disait qu’avoir mal n’était pas grave, que j’avais sûrement attrapé la maladie de la “chaude pisse” et qu’il fallait que je me protège lors de mes divers rapports sexuels alors que je n’avais qu’un partenaire. Elle a été très désagréable avec moi et ne m’écoutait pas », raconte-t-elle. Ses inquiétudes grandissantes et un aller-retour aux urgences l’amènent à une gynécologue spécialisée qui lui prescrit des antidouleurs forts. Échographies, prises de sang, IRM, rien n’est détecté. « J’en ai pleuré parce que j’étais persuadée d’avoir quelque chose », confie Lucille.
Après une deuxième IRM qu’elle exige plus tard, on lui annonce « enfin » qu’elle est atteinte d’endométriose ne contraignant pas à une opération. « J’étais à la fois inquiète et soulagée de savoir que j’avais bien quelque chose. J’avais envie qu’on prenne enfin soin de moi », poursuit-elle. S’en sont suivi deux ans de recherches laborieuses d’un moyen de contraception adapté. « J’errais entre plusieurs gynécologues et sages-femmes qui se contredisaient, jusqu’à enfin trouver celui qui me convenait. » En parallèle, pour soulager sa souffrance, Lucille se renseigne sur la maladie en lisant et en écoutant des podcasts. Résultat : elle supprime tous les aliments et produits inflammatoires et commence à faire du yoga et de la méditation pour ménager son bien-être mental. Depuis, l’Endo Warrior ne subit plus de grosses crises et, par précaution, vient de prendre rendez pour faire congeler ses ovocytes.
Endométriose, santé mentale et dépression
Dès le collège, Sabrina, 46 ans, a commencé à ressentir des douleurs intenses au ventre pendant ses règles. Son père lui disait que c’était normal, alors elle le croyait. « La consigne c’était de serrer les dents et d’aller travailler », raconte-t-elle. Son seul traitement prescrit pour tenter de la soulager : de l’ibuprofène. À 23 ans, la jeune femme commence à s’inquiéter et passe une échographie. Sur les images, un kyste de 8 cm invasif sur l’ovaire. Incapables de savoir s’il s’agit d’un cancer ou d’une endométriose, les médecins laissent Sabrina dans le flou. « Au réveil de l’opération, on m’a dit qu’on m’avait aussi retiré l’ovaire et la trompe. “Il était pourri”, me disait le médecin. Ça a été radical, je l’ai vécu comme un choc », lâche-t-elle. Plus tard, on lui prescrit un anneau vaginal comme moyen de contraception. Mais les douleurs persistent et pendant des années la jeune femme prend sur elle. À l’approche de ses 40 ans, alors que Sabrina n’arrive pas à tomber enceinte naturellement, on lui détecte un autre kyste, qui la contraint à une seconde opération. Puis, ses multiples tentatives de FIV l’épuisent et ne fonctionnent pas. Une IRM révèle une adénomyose, deux autres kystes, une infection de sa trompe et un déplacement de son ovaire. Le coup de grâce. Parfois, Sabrina n’a « plus envie de vivre ».
« Même si les antalgiques me soulagent, j’ai mal tout le temps, mes intestins sont endommagés, les hormones me plongent dans des états dépressifs. Mon quotidien est très difficile. Je pleure quand je pars et quand je rentre du travail et j’ai des idées noires », livre-t-elle, la gorge nouée. Depuis, Sabrina consulte un psychologue qui « lui fait du bien ». Les médecins se divisent sur l’analyse de l’aggravation de sa maladie : certains préconisent une ablation de l’utérus et de la trompe, d’autres jugent cette opération trop risquée. En attendant, l’Endo Warrior cherche la force de suivre son cinquième traitement pour soulager ses douleurs insupportables.
Besoin de consulter un.e pshychologue ou un.e gynécologue ?
VRAI. Le terme « papillomavirus », ou HPV, désigne un type de virus qui peut infecter la sphère génitale par contacts entre peau et/ou muqueuses, mais qui regroupe plusieurs souches. « La plupart des médecins parlent en effet de 200, certains vont même jusqu’à en compter 400 », note le Dr Didier Constant, gynécologue bénévole au sein d’IMAGYN, association de prévention et de lutte contre les cancers gynécologiques. Environ une quinzaine touche les parties génitales.
Tous les HPV entraînent le cancer du col de l’utérus
FAUX. 80 % des individus seront exposés au papillomavirus au moins une fois dans leur vie. Mais il sera éliminé « dans environ 90 % des cas dans un délai moyen de 24 mois », objecte le Dr Joseph Monsonego, spécialiste des papillomavirus. « Sept concentrent plus de 90 % des lésions précancéreuses et cancers du col. Ce qui nous intéresse, c’est si le virus persiste et peut provoquer des lésions », complète celui qui est aussi président de la commission col-HPV du Collège National des Gynécologues Obstétriciens français (CNGOF). En revanche, près de 100 % des cancers du col ont pour origine un HPV.
FAUX. « Chez les hommes comme les femmes, ils peuvent aussi entraîner des cancers ORL de la gorge, de la langue, ou encore de la verge et de l’anus », souligne Fanny Toussaint, sage-femme hospitalière à la maternité des Bluets, à Paris. « En revanche, le cancer du col est le seul induit par un HPV que l’on puisse dépister en amont », précise le Dr Didier Constant.
Le préservatif ne suffit pas à empêcher l’infection
VRAI. Le préservatif n’empêche pas le contact entre le périnée et la région autour de la verge. « Le vaccin, qui protège à 80 %, est le moyen le plus sûr », confirme le gynécologue d’IMAGYN. Cependant, la vaccination ne doit pas empêcher le port du préservatif qui protège contre les autres IST et, « bien recouvrant, contribue quand même à une protection au moins à 80 % », rappelle le Dr Joseph Monsonego.
La vaccination contre les papillomavirus ne concerne que les femmes
FAUX. Depuis le 1er janvier 2021, la vaccination s’applique également aux hommes. Elle protège contre les 9 souches les plus préoccupantes. « L’idéal est de se faire vacciner avant le premier rapport sexuel, car l’immunité est plus forte, si possible entre 11 et 14 ans, avec deux doses », détaille Fanny Toussaint. Un rattrapage peut également être effectué de 15 à 19 ans avec trois doses, et jusqu’à 26 ans pour les hommes homosexuels.
Une personne infectée ne présente pas de symptômes
VRAI, dans la plupart des cas. « Les lésions précancéreuses sont le plus souvent asymptomatiques, explique le Dr Joseph Monsonego, avant de nuancer. Les lésions que l’on peut voir apparaître sont des condylomes acuminés – des verrues génitales –, sur la vulve, l’anus ou le pénis. » Mais quand elles ne partent pas d’elles-mêmes, elles peuvent être traitées. De plus, elles se manifestent dans le cas des virus les plus inoffensifs.
Le papillomavirus peut provoquer des lésions, voire un cancer, plusieurs années après l’infection
VRAI. « L’infection va entraîner des lésions au bout de quelques années, puis il faudra 15 ou 20 ans avant d’avoir un cancer du col. C’est complètement silencieux », avertit le Dr Didier Constant. Le but du suivi gynécologique, qui peut également être effectué par une sage-femme ou un médecin traitant, est de détecter et traiter tôt d’éventuelles lésions. Car « dans 5 % des cas, lorsque le virus persiste, un cancer du col peut se développer », souligne Fanny Toussaint.
La vaccination n’est pas efficace, surtout si on a déjà eu des rapports sexuels
FAUX. La vaccination a une efficacité optimale pour agir sur les pré-cancers de tous types lorsqu’on n’a pas été exposé aux virus, ce qui est le cas avant le début des rapports sexuels. Cependant, comme le rappelle le Dr Monsonego, la vaccination n’en devient pas pour autant inutile après : « Même si le vaccin n’agit pas sur un type déjà contracté, il va quand même agir sur les autres. »
Les dépistages sont inutiles avant l’âge de 25 ans
VRAI.« Avant 25 ans, on est quasiment sûr de trouver des HPV, mais ce sont des contaminations souvent passagères », justifie le Dr Constant. Il est cependant important d’être suivi, car les femmes qui développent un cancer du col sont la majorité du temps celles qui ne l’ont pas été. « Il apparaît très lentement », rassure le gynécologue, qui en profite pour souligner qu’il ne sert « donc à rien de chercher le coupable, car l’infection remonte à plusieurs années ». Ainsi, le premier frottis est recommandé à partir de 25 ans, puis à 26 et 29 ans, et des tests HPV tous les cinq ans à partir de 30 ans. Le premier cherche simplement à détecter une anomalie au niveau des cellules du col, quand le deuxième permet d’identifier le type d’HPV. Une colposcopie peut être effectuée pour observer le col, puis une biopsie – qui consiste à prélever un échantillon de tissu – si une lésion est mise en évidente.
Malheureusement, en France, « près de 40 % des femmes ne se font pas dépister », rappelle le Dr Monsonego. Aujourd’hui, en France métropolitaine, la couverture vaccinale est estimée à 43,6 %, selon Santé publique France, bien loin de l’objectif des 80 % chez les adolescents à l’horizon 2030. Alors qu’une vaccination généralisée pourrait permettre d’éviter 6 000 cancers du col de l’utérus chaque année.
Si vous souffrez du dos, sachez que vous n’êtes pas seul ! En effet, les centres antidouleur sont en premier lieu sollicités pour le mal de dos.
La nuque, le milieu du dos ainsi que le bas du dos sont les zones les plus touchées par le mal de dos.
Quant à son origine, elle peut être multiple. Le mal de dos peut se manifester après un étirement ou suite à une inflammation des ligaments ou des tendons, voire des muscles. L’arthrose peut aussi être source de douleurs dans le dos.
80 %
C’est le nombre de Français qui souffrent, ont souffert ou souffriront du dos. (1)
2 Le sport : un allié ?
Si Churchill attribuait (entre autres) sa forme physique au « no sport », il est pour autant reconnu que l’activité sportive, quand elle est bien choisie, peut être une alliée du mal de dos. Un dos fragile ou douloureux ne doit pas être un frein à la pratique d’une activité physique régulière.
L’important est d’apprendre à privilégier les disciplines et les mouvements qui lui font du bien ou tout au moins de proscrire celles qui risquent d’accentuer les tensions ou les douleurs.
Néanmoins, avant de commencer une activité physique, passez chez votre médecin généraliste. Il pourra vous conseiller une activité sportive adaptée et vous fournira un certificat médical si vous souhaitez intégrer une association sportive ou une salle de sport.
3 Mal de dos : les 6 sports à privilégier
Le gainage ou la gym de dos
Les exercices de gainage ou la gymnastique de dos améliorent la stabilité de la colonne vertébrale. Ils renforcent les muscles paravertébraux et abdominaux qui ont un rôle essentiel dans la protection du dos.
Le stretching postural
Le stretching postural permet d’assouplir le corps tout entier ainsi que d’agir sur le renforcement musculaire. Il permet au corps de mieux bouger et de moins se contracter.
Le yoga, le tai-chi et le qi gong
Le yoga, le tai-chi et le qi gong sont basés sur des postures statiques et lentes qui permettent de se muscler et de s’étirer sans tensions brusques. Associées à des exercices respiratoires, ces trois disciplines relaxent le mental.
Certaines postures de yoga, plutôt douces, permettent d’estomper progressivement les contractions musculaires liées au stress ainsi que de nombreuses douleurs cervicales et dorsales.
Attention toutefois : certaines postures peuvent s’avérer douloureuses pour le dos. Initiez-vous dans une salle de sport et prenez conseils auprès de votre professeur.
La natation
La natation est classiquement recommandée à tous ceux qui souffrent de la colonne vertébrale. Avec ce sport, le dos ne souffrira pas de chocs comme sur la terre ferme : le corps flotte et le dos est ainsi préservé.
La brasse coulée et le dos crawlé restent les nages les plus sûres pour le dos. Le crawl reste néanmoins une nage plus technique qui nécessite de garder une bonne symétrie de mouvements.
Le vélo
La petite reine est un sport qui limite les tensions brutales et la dissymétrie qui fatigueraient le dos. Un vélo adapté, une bonne position et de l’entraînement suivi d’une série d’étirements sont à privilégier.
Quelle est la posture idéale pour du vélo sur route ?
Tout d’abord, soyez le plus droit possible sur sa selle. Ne recherchez donc pas à être aérodynamique.
Relevez un peu la potence.
Et baissez la selle.
Par contre, oubliez le VTT : les secousses provoquées par les chemins et les pierres affectant votre dos.
L’idéal reste la pratique en salle sur des vélos spécifiques qui disposent de sièges adaptés aux personnes qui souffrent du dos.
Vous êtes adhérent Macif ?
Le contrat Santé Macif vous propose selon les formules, un remboursement forfaitaire pour vos séances d’ostéopathie.**
Bon à savoir
Les réglages de la selle et du guidon sont essentiels sur un vélo pour prévenir les douleurs. Incliner la selle vers l’avant de 10 à 15° éviterait les douleurs lombaires. Vous pouvez également installer un rehausseur de guidon pour une position redressée.
La marche
Qu’elle soit rapide ou lente, la marche permet de muscler son dos en douceur.
Il convient de :
favoriser les petits pas plutôt que les grandes enjambées ;
privilégier les terrains souples en campagne lors de grandes randonnées ;
éviter les sacs à dos trop chargés ;
être toujours bien chaussé ;
prendre des bâtons de marche pour caler son pas et son souffle.
4 Mal de dos : les sports à éviter
Tout ce qui « tasse » le dos
On retrouve : le saut à la corde, l’équitation et la moto qui se révèle mauvaise sur le long terme.
Les impacts forts
Tous les sports qui génèrent des pressions importantes sont à bannir. On note : le tennis, le rugby, le judo et surtout le squash, particulièrement violent avec des arrêts et des rebonds très brutaux.
Les postures dissymétriques
Si vous souffrez du dos, évitez certains sports comme le tennis, le judo ou même le golf qui font travailler le même côté du dos. À terme, cela pourrait causer un déséquilibre de la colonne vertébrale.
** Dans les limites et conditions du contrat.
L’Essentiel de l’article
Le gainage et le stretching postural améliorent la stabilité de la colonne vertébrale.
Le yoga, le tai chi et le qi gong musclent et étirent sans tension brusque.
La natation fait travailler le corps en douceur.
Le vélo est adapté et, avec une bonne position, il limite les tensions.
Comment prévenir les risques de turista avant le départ en vacances ?
Docteur William Berrebi : Le plus efficace est de suivre un simple protocole consistant à prendre en prévention de l’ultra levure, c’est-à-dire de la Saccharomyces boulardii, en 200 mg. Le traitement débute cinq jours avant le départ et continue pendant toute la durée du voyage.
Une fois sur place, quels sont les bons gestes à adopter ?
Dr W. B. : Cette fois encore, ils sont relativement simples. Bien se laver les mains avant et après les repas. Il faut aussi être extrêmement prudent avec l’eau dans la mesure où elle est à l’origine de la plupart des contaminations. On évite donc l’eau du robinet. Le mieux étant de ne boire que de l’eau en bouteille ouverte sous nos yeux. Si on n’a pas d’autre choix, on fait bouillir l’eau ou on opte pour des sodas. Concernant l’alimentation, il y a les grands classiques à éviter, comme les crudités et les fruits rincés à l’eau du robinet. Mieux vaut consommer des fruits qui doivent être pelés ou épluchés, types bananes, oranges, etc.
Dr W. B. : Il faut éviter les plats réchauffés ou ceux qui restent plusieurs heures à température ambiante, car ils peuvent développer des bactéries. L’idéal étant de consommer des aliments cuits si possible devant vous, tels que des steaks ou du poisson. Mieux vaut également faire l’impasse sur les aliments vendus dans la rue ou sur la plage. Tout ce qui est manipulé à la main présente des risques élevés de contamination. Alors, autant les éviter, même si les habitants en consomment devant vous. Les locaux ont l’habitude et l’estomac mieux préparé que les touristes.
Et si on tombe quand même malade, malgré toutes ces précautions ?
Dr W. B. : Quand on a une tourista, on doit arrêter de manger des aliments solides, mais continuer à s’hydrater. Le plus simple, c’est de prendre de l’eau avec du sel ou du sucre. Ça peut être des bouillons de légumes salés. On évite le coca qui, malgré la légende, n’est pas un bon remède, même en ayant enlevant les bulles. Il contient de la caféine, c’est donc un accélérateur du transit, comme le café.
Comment se soigner si malgré la diète, les symptômes persistent ?
Dr W. B. : On peut traiter avec un anti diarrhéique type Smecta (Diosmectite pour l’équivalent générique) et on va aussi prendre un probiotique. Si on n’a pas pris l’ultra levure avant son départ, on en prend, sinon on prend du Lactobacillus rhamnosus GG. Si, malgré tout, ça ne va pas mieux au bout de 24 à 48 h, il faut prendre des antibiotiques en plus du probiotique. Enfin, il faut essayer d’éviter le lopéramide, type Imodium, sauf si on doit faire un voyage, parce qu’il empêche l’évacuation des toxines.
[Attention : ne vous automédicamentez pas, faites appel à un médecin pour une prescription de médicaments adaptés]
Une fois un peu rétabli, que faut-il éviter de consommer avant guérison complète ?
Dr W. B. : Quand on recommence à avoir faim, on continue les bouillons en ajoutant des pommes de terre, des pâtes, des carottes ou du riz bien cuit. On peut même récupérer l’eau de cuisson du riz pour la boire. Et si on veut des protéines animales, il faut aller vers des poissons maigres, type merlus ou cabillaud cuit au gril sans matière grasse. En revanche, il faut exclure les aliments ultras transformés et remplis d’additifs. Les additifs abîment le microbiote intestinal et ce n’est pas bon pour le tube digestif. On va aussi éviter les légumes et fruits crus, les jus de fruits et les laitages. On se prive de tout ce qui est gras, en sauce, en fritures et du cacao sauf s’il s’agit d’un chocolat noir à 100 % ou à 90 %. Enfin on évite aussi les œufs, la viande et tout ce qui accélère le transit, comme les boissons glacées.
Que doit-on faire et manger quand tout semble rentré dans l’ordre ?
Dr W. B. : Lorsque la maladie a disparu et qu’on se sent mieux, il faut penser à augmenter son apport de fibres. Le microbiote intestinal a été impacté par l’infection, il faut le rééquilibrer en réintégrant des légumes, des fruits, des légumineuses, ou des céréales complètes, etc.
Dans le monde, 192 millions de personnes ont consommé du cannabis au moins une fois dans l’année, loin devant les opioïdes (58 millions), les amphétamines (27 millions), et la cocaïne (19 millions) en 2020. Ce qui place le cannabis à la première place des drogues illicites les plus couramment consommées dans le monde. Qu’en est-il de la consommation des jeunes ? Si 39% des adolescents ont déjà fumé du cannabis à 17 ans selon la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA), la consommation globale des jeunes tend à baisser depuis quelques années.
Le cannabis dès le collège
La consommation au cours du mois des élèves de 3ème est passée de 11,1% en 2010 à 3,9% en 2021. Le nombre d’adolescents ayant déjà expérimenté le cannabis à 17 ans a baissé de 11 points entre 2002 et 2017. La France est désormais au 10ème rang en Europe en 2018 pour la consommation de cannabis des 15 ans au cours du dernier mois. Elle était au premier rang en 2014.
De même, les données recueillies auprès des collégiens en classe de 3ème confirment un recul marqué de la consommation de cannabis entre 2018 et 2020. L’une des raisons principales de la surestimation de la consommation des jeunes selon l’Observatoire Français des Drogues et des tendances addictives (OFDT) : l’accessibilité au cannabis, perçue comme nettement plus difficile. Au collège, seuls 3,8 % des élèves de 4e et 6,8 % des élèves de 3e estiment qu’il leur serait très facile de s’en procurer, alors qu’ils sont respectivement 64,5 % et 53,3 % à indiquer que cela serait impossible. La diffusion s’étend sensiblement lors du passage au lycée, ou 16,2 % des élèves de seconde disent en avoir déjà consommé et près d’un élève sur trois en terminale (31,2 %).
Vers une prise de conscience des jeunes ?
Cette baisse globale de la consommation chez les jeunes s’expliquerait avant tout par une prise de conscience des risques psychosociaux provoqués par le THC, plus délibérément exprimés dans la société. Gaël, 20 ans, est revenu sur son ancienne addiction au cannabis dans le documentaire Une jeunesse en fumée diffusé en 2021 sur France Télévisions. « Dans mon 9m2 à Gare du Nord, je fumais jusqu’à huit ou dix joints par jour, comme un palliatif au stress et à la solitude. Je voyais ça comme un médicament naturel, jusqu’à ce que je ressasse des pensées bizarres en continu », confie le jeune homme qui ne consomme plus désormais. Perte d’attention, repli extrême sur soi, déscolarisation, solitude affective et même, dans certains cas, conduites psychotiques : la « fumette » est devenue un enjeu de santé publique, et les jeunes ne sont pas dupes.
Stress : 1ère raison de consommation
Pourquoi les jeunes consomment-ils du cannabis ? « Ça me permet de déstresser » pour 39% d’entre eux et « Ça me permet de me sentir bien » pour 37%. (1)
« Je retrouve de la vitalité, de la bonne humeur et de la joie de vivre »
Les variations de consommation s’expliquent par la perception du chanvre dans la société. La consommation de cannabis a d’abord été associée à des comportements sociaux marginaux symbolisant la rébellion et l’esprit du mouvement hippie dans les années 1960-1970, pour être investi comme un moyen de détente, d’introspection et de sociabilité dans les années 1980, avant un nouveau rebond dans les années 1990, jusqu’à devenir un produit d’usage relativement courant à partir des années 2000. Quant aux profils des consommateurs, là aussi, les clichés ont la peau dure. À 17 ans, la consommation de cannabis est plus importante en Languedoc-Roussillon et en Bretagne… qu’en Ile-de-France. A Paris, les jeunes de 17 ans des quartiers aisés du sud-ouest de la capitale ont plus expérimenté le cannabis (58 %) que ceux du nord-est (50 %), selon une étude de l’Ofdt.
Si l’entrée dans la consommation de cannabis est avant tout récréative, l’envie de se débarrasser de cette addiction est tout aussi pressante chez les jeunes. « Je fumais pour fuir ma vie et pour arriver à dormir. Puis j’ai arrêté parce que j’en avais marre de dépendre de ça, d’organiser ma vie autour de ça et que je voulais me reprendre en main et affronter mes soucis sans les contourner » explique Lola* (le prénom a été changé à sa demande), 25 ans, infirmière dans le sud de la France. L’arrêt du cannabis sonne un quotidien plus léger pour Lola. « Je retrouve de la vitalité, de la bonne humeur et de la joie de vivre, même si je m’endors beaucoup moins bien. »
Baisse du cannabis, hausse de la e-cigarette
Si l’on observe une baisse continue des usages de drogues à l’adolescence, la consommation de cigarettes électroniques, elle, est en forte hausse. Ils sont 56.9% à avoir déjà essayé contre 52.4% en 2017. En 2022, ils sont 6.2% à vapoter régulièrement contre 1.9% cinq ans plus tôt. Les filles sont d’ailleurs plus touchées que les garçons par cette pratique. L’engouement pour la e-cigarette, observé depuis quelques années avec les résultats de l’enquête ESCAPAD se confirme, notamment auprès des plus jeunes. Au collège, l’usage quotidien de la e-cigarette concerne désormais 1,4 % des collégiens, soit une prévalence équivalente à celle du tabagisme quotidien. Avec son design moderne et ses goûts variés, elle se démarque des cigarettes, boudées par les 12-25 ans.
Les conduites addictives des jeunes, qu’elles qu’en soit leur nature, restent une préoccupation importante dans la société, d’autant qu’ils sont désormais plus touchés par les idées suicidaires que la population générale selon cet article du Monde. Présents dans la quasi-totalité des départements français, 540 lieux consacrés aux jeunes consommateurs proposent une consultation gratuite qui peut être anonyme. Ils sont organisés par les Centres de soins d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) y compris sous la forme de consultations avancées dans d’autres types de structures dont les Maisons des adolescents ou les Points accueil écoute jeunes.
« LES ADDICTIONS ET LEURS CONSÉQUENCES CHEZ LES JEUNES »
« Il ne faut pas le voir sous cet angle. Notre organisme a besoin de glucose pour fonctionner, explique Nina Cohen Koubi, notamment les cellules du cerveau, c’est pourquoi un pic d’hypoglycémie peut provoquer un malaise. » Mais tous les sucres ne se valent pas pour autant ! Il en existe plusieurs types, dont le fructose, le lactose, l’amidon dans le pain et les féculents, aussi appelé sucre lent. Les sucres rapides contenus dans les produits transformés sont constitués de molécules de glucose dont les liaisons ont été coupées et qui provoquent une élévation du niveau d’insuline, l’hormone régulant la glycémie. « Et donc une potentielle hypoglycémie réactionnelle, qui a trois conséquences : la faim, la fatigue et le stockage sous forme de graisse du surplus de glucides absorbés », alerte la diététicienne. Il vaut donc mieux privilégier les sucres lents, absorbés plus lentement par l’organisme. L’OMS préconise une consommation de sucres simples n’excédant pas 10 % de la ration énergétique totale d’un individu.
Un aliment salé ne contient pas de sucre
FAUX.
On trouve du sucre partout, même dans les légumes ou le fromage ! « Le fait que ça soit salé ne veut pas dire qu’il n’y a pas de glucides », prévient Nina Cohen Koubi. Les légumes sont ainsi beaucoup à contenir du fructose, mais ils contiennent également des fibres, des nutriments et des vitamines essentiels pour la santé.
Un produit « sans sucres » ne contient pas de sucre
FAUX.
« En vérité, tout ce qui est industriel contient du sucre », nuance Nina Cohen Koubi. La mention « sans sucres » signifie que le produit ne contient pas plus de 0,5 g de sucres pour 100 g. En revanche, ces aliments contiennent en général des « faux sucres » comme l’aspartame, eux aussi nocifs. « Ils altèrent le microbiote, alors que celui-ci prévient les cancers, les maladies inflammatoires et chroniques, et favorise la bonne santé mentale », confirme la médecin nutritionniste.
Le sucre des fruits est moins nocif que les autres
VRAI.
« Même si la structure moléculaire du fructose est identique à celle des sucres ajoutés, le fruit contient des fibres qui permettent de freiner l’absorption des glucides », explique Nina Cohen Koubi. En plus des fibres, les fruits sont riches en vitamines et antioxydants. Attention, cependant, aux jus de fruits qui ont une teneur en fructose, et donc en sucre, bien plus importante qu’un fruit classique.
Le sucre roux est meilleur pour la santé que le sucre blanc
FAUX.
« Tout le monde croit ça, mais l’index glycémique (indice permettant de constater l’effet d’un aliment sur la glycémie, ndr) est équivalent. Je ne donnerais pas ce genre de recommandation à mes clients », observe Nina Cohen Koubi. La différence entre les deux est en général son origine, le sucre blanc venant de la betterave et le sucre roux de la canne à sucre.
Le sucre est responsable du diabète
FAUX.
Le diabète insulinodépendant de type 1 est une insuffisance de sécrétion d’insuline par le pancréas. « D’un autre côté, quand une personne prend du poids, les cellules se distendent et assimilent moins bien le sucre, ce qui provoque une accumulation de glucose dans le sang et potentiellement un diabète de type 2 », explique Nina Cohen Koubi. C’est donc le système de régulation de la glycémie qui est perturbé. « Par contre, si la personne continue à consommer beaucoup de sucre, le diabète peut s’aggraver », complète la médecin.
Le sucre peut entraîner une dépendance
Vrai, mais…
Il est vrai que la consommation d’un aliment sucré entraîne une élévation de la dopamine, l’hormone du bien-être. « Mais je ne sais pas si on peut véritablement parler d’addiction », nuance prudemment Nina Cohen Koubi : « C’est un phénomène que l’on observe surtout chez les personnes ayant des problématiques émotionnelles, qui mangent du sucre pour se calmer. » Dans ces cas-là, il faut trouver un autre moyen d’élever la dopamine.
Le sucre n’est donc pas à proscrire systématiquement, mais il faut le consommer avec modération et manger de manière équilibrée. Une consommation trop importante peut ainsi favoriser l’apparition de maladies chroniques et cardiovasculaires, ainsi qu’une santé mentale dégradée.
Comme toutes les femmes enceintes, Anoushka a dû effectuer un test de glycémie à jeun au terme du premier trimestre. Si les résultats de ses prises de sang étaient bons, sa gynécologue a souhaité lui prescrire en plus un test HGPO (hyperglycémie provoquée par voie orale). La raison ? Anoushka était tombée enceinte à 35 ans, âge au-delà duquel le risque de diabète gestationnel augmente. Mauvaise surprise, on lui en a justement dépisté un à son sixième mois de grossesse.
Diabète gestationnel, de quoi parle-t-on ?
Cette intolérance au glucose se traduit par une augmentation de la glycémie chez une femme enceinte. Selon l’enquête nationale périnatale 2021, la fréquence du diabète gestationnel a augmenté, passant de 10,8 % en 2016 à 16,4 % en 2021. Augmentation en partie liée à un meilleur diagnostic, mais aussi à la présence plus fréquente chez les mères de facteurs de risque. « Il en existe plusieurs : le surpoids ou l’obésité des femmes démarrant une grossesse, un âge supérieur à 35 ans ou des antécédents de diabète (parent diabétique ou diabète gestationnel lors d’une précédente grossesse) », précise Romane Rivière, sage-femme en libéral. Dans le cas d’une détection de diabète gestationnel, la femme enceinte est suivie par une équipe pluridisciplinaire (gynécologue, endocrinologue, diététicienne, sage-femme) chargée de lui prescrire un régime alimentaire sain et équilibré pour stabiliser son taux de glycémie. « Elle devra aussi pratiquer une autosurveillance glycémique en se piquant le doigt pour prélever une goutte de sang avant et après chaque repas. Si le taux de glycémie ne diminue pas, on met en place un traitement par injection d’insuline », ajoute la sage-femme. Une autre précaution à prendre ? Pratiquer une activité physique régulière.
Pour la mère, le diabète de grossesse augmente le risque de développer une prééclampsie (une maladie qui peut toucher jusqu’à 5 % des femmes enceintes) lors de l’accouchement et peut aussi être à l’origine d’un poids très élevé du nouveau-né, ce qui peut entraîner des complications. Si le diabète gestationnel disparaît en général après la grossesse, le risque de récidive du diabète lors d’une autre grossesse est plus important. La santé du bébé est elle aussi mise en jeu, avec un risque de développer plus tard un diabète de type 2.
Régime alimentaire strict
Malgré ses 35 ans, Anoushka ne présentait pas de facteur de risques : ni surpoids ni antécédents de diabète. Malade tout le long de sa grossesse, la future maman n’a trouvé qu’une solution pour apaiser ses nausées incessantes : consommer des aliments sucrés. « Je buvais du soda et je mangeais des barres chocolatées, alors que ce n’était absolument pas dans mes habitudes alimentaires. Les médecins ont soupçonné que ma consommation excessive de sucre, au même titre que le placenta de mon bébé, pouvait être à l’origine de mon diabète gestationnel », se souvient-elle. Reste que l’annonce de cette complication a été une douche froide pour Anoushka : « Je l’ai appris seule en lisant les résultats de la prise de sang. J’étais chamboulée et totalement perdue. »
Sur les conseils d’une endocrinologue, elle a alors suivi un régime alimentaire strict. « Ça a été très brutal. Mais j’avais tout de même droit à un repas par semaine où je pouvais me lâcher », avoue-t-elle. Son diabète désormais maîtrisé, la future maman se piquait le doigt tous les jours après les repas pour vérifier son taux de glycémie. Mais lors des 15 premiers jours de son huitième mois, alors qu’elle suivait le régime à la lettre, son diabète est monté en flèche. Résultat : Anoushka a dû se faire des piqûres d’insuline tous les soirs pendant cette période. Lors de son dernier mois de grossesse, son taux de glycémie s’est finalement stabilisé. À la naissance du bébé, non seulement il était en très bonne santé, mais le diabète gestationnel de sa mère avait disparu. Bonne surprise, elle n’en a pas refait lors de sa deuxième grossesse.
Application de suivi des glycémies
Soline, 35 ans, n’a fait aucun diabète lors de sa première grossesse et n’avait pas non plus d’antécédents familiaux de diabète. Pour sa deuxième grossesse, les résultats de son premier test de glycémie à jeun étaient bons, raison pour laquelle on ne l’a pas contrainte à faire un test HGPO. Reste que passé son sixième mois, plusieurs complications ont inquiété cette future maman de jumeaux : « Mon ventre me démangeait, les fœtus grossissaient par à-coups, j’avais beaucoup de contractions et j’étais souvent hospitalisée. J’ai donc préféré faire tous les examens possibles pour être rassurée. » Parmi ces tests, elle fait celui de l’HGPO. Mauvaise surprise : on lui découvre un diabète gestationnel. « Je n’aurais jamais cru en avoir. C’est ma sage-femme à domicile qui me l’a appris », raconte-t-elle. Dès lors, Soline commence à se piquer avant chaque repas et deux heures après pour surveiller son taux de glycémie. « Ça n’a rien de compliqué. Je note simplement mes résultats sur mon application portable MyDiabby, ce qui permet à mon endocrinologue de contrôler au quotidien l’évolution de mon diabète », éclaire-t-elle.
En autodidacte, la future maman se constitue un nouveau régime alimentaire en s’informant en ligne et auprès de son entourage. Comme Anoushka, elle bannit tous les aliments sucrés, mais s’octroie de temps en temps deux carrés de chocolat tout en contrôlant un éventuel pic de glycémie. Pour Soline, elle qui a toujours mangé sainement, changer quelques habitudes alimentaires n’a rien eu de difficile ou de très frustrant. « Parfois, c’est un peu contraignant comme lorsque je dois contrôler ma glycémie deux heures après mon repas alors que je suis en pleine sieste. Mais je préfère éviter de risquer de passer au stade de l’insulinothérapie (traitement par injection d’insuline, ndr). Et je suis rassurée de savoir que ce diabète gestationnel a de très grandes chances de disparaître après mon accouchement », se réconforte-t-elle.
Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), entre 1980 et 2016, les naissances dites extra-hospitalières ont représenté en France entre 0,5 % et 1,9 % du total des naissances. Malgré plusieurs études qui ont témoigné du besoin des mamans d’avoir un accouchement plus naturel et moins protocolaire, pour une partie du corps médical, ce choix fait régulièrement l’objet de vives critiques : « Dans la situation française actuelle, il est beaucoup plus dangereux d’accoucher à domicile que dans un milieu médicalisé, juge ainsi Joëlle Belaisch Allard, présidente du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). Nous ne pouvons pas cautionner cette pratique où le risque de mortalité maternelle et du bébé est nettement plus élevé. »
Mais quand on regarde à l’étranger ou que l’on s’intéresse à d’autres professions, les avis sont moins unanimes. Ainsi, les sages-femmes ne se prononcent pas en bloc contre l’accouchement à domicile. Et dans d’autres pays comme les Pays-Bas et le Royaume-Uni, les sociétés médicales sont bien plus ouvertes à cette pratique. Ces divergences témoignent en réalité d’une vision très différente de la sphère périnatale, entre des médecins qui ne comprennent pas que la grande sécurité apportée par les ressources d’un hôpital soit boudée, et d’autres soignants pour qui il est important de permettre aux patientes de choisir un environnement connu et moins anxiogène – à partir du moment où les patientes présentent peu de facteurs de risques – pour donner la vie. L’association L’Apaad (Association professionnelle de l’accouchement accompagné à domicile) créée en 2019 regroupe ainsi « une communauté de sages-femmes qui veulent faire changer le regard porté sur la naissance accompagnée à domicile ».
Choisir le mode de mise au monde
Pour celles qui continuent d’envisager un accouchement à domicile, cela reste donc possible, même si certaines conditions doivent être strictement respectées : il est ainsi impératif que la grossesse soit considérée comme à bas risque par un professionnel de santé qualifié, et que la future mère ne présente aucune complication médicale ou obstétricale qui pourrait mettre sa santé ou celle de son bébé en danger pendant l’accouchement. Il faut aussi prévoir que si les frais de l’accouchement sont remboursés comme à l’hôpital, il existe des frais d’astreinte pour la sage femme, qui lorsqu’elle accepte une famille, se rend disponible 24 heures sur 24 pendant 5 semaines. (Les prix varient d’une région à l’autre : en région parisienne , il faut compter environ 1600, 2000 euros. La moyenne dans les autres régions est de 700 euros). Cela implique aussi un suivi régulier de la grossesse par une sage-femme formée à cette pratique, ainsi qu’un plan détaillé pour le déroulement de l’accouchement, avec des mesures spécifiques pour assurer le confort de la mère, la disponibilité de matériel médical nécessaire, et la présence d’au moins une sage-femme lors de l’accouchement.
Enfin, il est crucial que le transfert vers une maternité soit simple et rapide en cas de besoin, puisque même si tout est bien anticipé, des complications peuvent survenir, nécessitant une intervention médicale d’urgence. « J’avais déjà eu deux enfants, nés à l’hôpital, et même si tout s’était très bien passé, je m’étais sentie dépossédée de mon corps, comme spectatrice de leur mise au monde. J’ai voulu choisir, décider, sentir que j’en étais capable, et aussi vivre cette expérience avec mon mari, qu’il soit partie prenante. La sage-femme que j’ai consultée m’a bien tout expliqué, et s’est avant tout assurée que je ne présentais aucun risque particulier. Le jour J, tout s’est déroulé comme prévu : ma sage-femme, qui m’avait suivie pendant ces 9 mois, me connaissait bien, j’étais chez moi, dans un environnement que j’aimais et qui me rassurait. Et j’ai senti la force incommensurable que chaque femme possède en elle-même si on lui en laisse l’opportunité. Ça a été un moment fondateur de ma vie », raconte, encore émue, Julie. Que ce soit à l’hôpital ou à la maison, pouvoir choisir la manière dont on accouche devrait rester possible pour les parents. À condition bien sûr de s’assurer que toutes les conditions sont mises en œuvre.
Maison de naissance
La maison de naissance est une structure placée sous la direction de sages-femmes qui permet une nouvelle forme de prise en charge de la grossesse et de l’accouchement proposant une moindre technicisation, une médicalisation raisonnée de la grossesse et une approche plus physiologique de l’accouchement. L’accompagnement de la maman y est global et est réalisé par une seule et même sage-femme.
Liste des maisons de naissance en France :
CALM – Maison de naissance à Paris (75)
Maison de naissance Doumaïa à Castres (81)
La Maison à Grenoble (38)
Le Temps de naître à Baie-Mahault (97 – Guadeloupe)
Joie de naître à Saint Paul (97 – La Réunion)
Premières heures au monde à Bourgoin-Jallieu (38)
MANALA, Maison de naissance Alsace à Sélestat (67)
Essentiel pour la continence, le périnée est un ensemble de muscles formant le plancher pelvien entre les deux os du bassin. C’est là que se situent la vessie, l’utérus, le vagin et le rectum. Lors de l’accouchement, il s’assouplit pour laisser passer le bébé. Les tissus étirés du périnée reprennent leur forme naturellement au bout de plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Mais il est essentiel de suivre une rééducation avec un spécialiste avant de reprendre le sport et pour éviter des problèmes d’incontinence à l’effort.
Un bilan périnéal 6 à 8 semaines après l’accouchement
Nathalie Mutel-Laporte est sage-femme à l’Institut Mutualiste Montsouris à Paris depuis 25 ans. Elle rappelle que « le post-partum se prépare » via une bonne information des femmes dès le début de la grossesse : « C’est le bon moment pour leur parler de rééducation périnéale. » La première étape vient dès la suite de couche. « J’accompagne les patientes, notamment quand elles ont vécu des accouchements traumatiques et ont du mal à se réapproprier leur corps », détaille la sage-femme, qui a pris pour habitude d’utiliser un miroir pour montrer aux femmes leur vulve et les rassurer. Assia, 31 ans et qui a eu sa fille il y a trois ans, se souvient de l’angoisse : « J’avais l’impression que mon corps était complètement déformé. » Vient ensuite le bilan périnéal, six à huit semaines après la naissance. Cécile Cape est kinésithérapeute et s’est spécialisée dans la rééducation post-partum. Au début, son objectif est de faire « prendre conscience de leur périnée » à ses patientes, ce qui n’est pas toujours facile. Elle commence par effectuer un état des lieux : « Y a-t-il des douleurs liées à l’accouchement, à une épisiotomie, une cicatrice ? »
S’ensuit alors un toucher vaginal pour tester la musculature et « vérifier que tout est à sa place ». Cécile Cape demande alors à ses patientes de faire comme si elles voulaient se retenir d’uriner, ce qui a pour effet de contracter le périnée : « Certaines patientes ne sentent pas bien l’envie d’uriner, ce qui est normal, il faut donc remuscler le plancher pelvien. » À 30 ans, Adèle* a eu une fin de grossesse et un accouchement difficiles. Elle qui espérait reprendre rapidement le sport a dû freiner ses ambitions : « Je ne maîtrisais pas du tout mon périnée. C’était extrêmement difficile de faire un saut sans avoir envie de faire pipi. » Cette étape a également constitué pour Assia un apprentissage : « Je n’avais pas conscience de la façon dont le périnée était sollicité dans la vie de tous les jours. »
Souvent, il faut ainsi effectuer un véritable travail de pédagogie. Une fois le diagnostic établi, le professionnel va proposer des exercices de contraction et de relâchement à la patiente. La première étape est de maîtriser ses abdominaux « profonds ». Allongée sur le dos, les genoux repliés et les mains posées sur le bas-ventre, la patiente essaye de contracter ses abdominaux, comme si elle voulait les rentrer vers l’intérieur. « Ce dernier point est très important, car si le bas-ventre pousse les mains vers le haut, c’est que l’exercice est mal fait. Il faut alors prendre le temps de plusieurs séances », observe Cécile Cape. La gestion de la respiration joue un rôle important dans ces exercices.
Une fois cette étape maîtrisée, l’exercice peut être répété, mais cette fois-ci en faisant basculer le bassin vers la poitrine, ou en essayant de rentrer au maximum les abdominaux vers le dos. En parallèle, il est utile, debout ou assise, de s’entraîner à contracter son périnée – en se retenant d’uriner. Au fur et à mesure de la progression, le nombre de répétitions et la durée de l’exercice peuvent être augmentés, jusqu’à pouvoir passer à des exercices abdominaux plus exigeants. Attention, cependant, il est important d’avoir l’avis d’un professionnel qui vous aiguillera tout au long de ce processus.
Ensuite, si la rééducation avance bien, certaines activités physiques pourront reprendre. Aujourd’hui, cinq mois après son accouchement, Adèle a pu reprendre la course, « mais continue à être suivie par un kinésithérapeute ». Car en parallèle, une rééducation abdominale doit également être effectuée avant d’aborder des exercices plus intenses. Combien de temps dure la rééducation ? Si plusieurs semaines sont le minimum, il n’existe pas de règles. « Pour certaines, la rééducation dure quatre à cinq mois et pour d’autres un an, voire plus. On arrête lorsque la patiente n’a plus de douleurs, qu’elle est continente à l’effort, que sa sangle abdominale est redevenue solide et qu’elle a pu reprendre des rapports sexuels agréables », détaille Cécile Cape. Pour Assia, les choses sont allées relativement vite : « J’en ai eu pour quatre mois. » Adèle, de son côté, y travaille depuis cinq mois et sait que cela va prendre « encore un petit bout de temps ».
Ne pas hésiter à se renseigner
Malheureusement, comme le souligne Nathalie Mutel-Laporte, « la rééducation périnéale est loin d’être systématique ». Selon l’enquête périnatale de 2021, la dernière en date, l’entretien postnatal, qui permet de définir une « feuille de route », n’est effectué que par 38 % des femmes au niveau national. L’une des raisons est le manque d’information. « Il reste une vraie éducation à faire pour une prise de conscience généralisée et plus précoce, déplore la sage-femme. Même dans les cours de sport à l’école, on fait encore trop souvent faire aux filles des exercices sans tenir compte de leur impact potentiel. »
Cécile Cape s’est occupée de la rééducation de beaucoup de sportives, amatrices comme professionnelles. Et a eu affaire à des femmes qui avaient déjà des problèmes d’incontinence : « Dans la majorité des sports, on ne leur a jamais ou presque parlé de périnée avant qu’elles accouchent. » Comme à l’école, l’absence d’information laisse de nombreuses femmes dans l’ignorance. C’est le cas d’Adèle : « J’ai fait du handball pendant 15 ans, et le sujet n’a jamais été abordé. » En d’autres termes, il ne faut pas hésiter à se renseigner auprès de professionnels.
En parallèle, une rééducation abdominale essentielle
Une fois bien commencée la rééducation du périnée, celle des abdominaux peut débuter. Il s’agit de reconstruire la sangle abdominale, qui a parfois été fortement altérée par la grossesse. « On fait d’abord un bilan pour vérifier qu’il n’y a pas eu de diastasis des grands droits », explique Cécile Cape, c’est-à-dire un écartement des muscles droits de l’abdomen. Durant plusieurs séances, la patiente va alors devoir effectuer des exercices légers pour renforcer la ceinture, et réduire et maîtriser le diastasis si nécessaire. « Des exercices simples me fatiguaient beaucoup, je n’avais jamais ressenti ça », se souvient Adèle.
C’est souvent l’occasion pour le professionnel d’enseigner les bons exercices, rappelle Nathalie Mutel-Laporte : « Il ne faut pas appuyer sur son périnée avec ses abdominaux, par exemple en faisant des crunchs. Cela provoque des risques de fuites urinaires et de descentes d’organes. » Avec, pour objectif, de pouvoir reprendre le sport en augmentant petit à petit l’intensité et la régularité.
Préférant mener une vie de « chat de gouttière », Loïc Blaise quitte l’école adolescent. Mais à 23 ans, il reprend ses études pour devenir pilote d’avion. Pas n’importe quel pilote : l’un des plus jeunes, par exemple, à être qualifié pour piloter l’un des derniers hydravions PBY Catalina opérationnels, un patrouilleur-bombardier vétéran de la Seconde Guerre mondiale. Et puis, patatras : le 3 juillet 2012, à 34 ans, il apprend qu’il est atteint d’une sclérose en plaques. À l’annonce d’une détérioration inéluctable de son état de santé, s’ajoute la plus grande des privations : le droit de voler.
Mais l’homme n’est pas du genre à capituler : il va convaincre les autorités de l’autoriser à remonter dans un cockpit, et le cosmonaute russe Valeri Tokarev d’être son copilote pour une aventure inédite, le premier tour aérien du Cercle arctique. Six ans jour pour jour après le diagnostic, il s’envole pour un tour du monde des glaces, le long du cercle polaire arctique. Près de 23 000 km à travers trois continents, trois océans et sept mers pour sensibiliser l’opinion publique à la nécessité de ne pas se résigner face à la fatalité d’une maladie ou d’une catastrophe écologique. Une expédition qui lui vaudra le prix de l’aventurier de l’année 2018, décerné par le Festival international du film d’aventures de Dijon. Depuis, Loïc Blaise travaille à un nouveau projet d’expédition à bord d’un avion zéro émission.
Il compte y faire embarquer des héros de la transition écologique œuvrant dans les zones les plus isolées et menacées du globe pour les faire connaître au plus grand nombre. Avec toujours cette obsession en tête : prouver que rien n’est impossible et que face à l’urgence il y a obligation de moyens et de résultat.
Voler a toujours été votre rêve ?
Gamin, je trouvais ça beau, les avions dans le ciel ou le ballet des Canadairs dans la mer, à La Ciotat. Mais je n’ai jamais considéré que ce métier était pour moi. Déjà, j’avais super peur de l’avion ; ensuite, il n’y avait pas spécialement d’argent à la maison pour imaginer faire ce genre d’études ; et enfin, parce que je les ai arrêtées à 16 ans, les études ! Je m’ennuyais, ça ne m’intéressait pas. J’avais envie de gagner ma vie, de bouger. Quand j’ai arrêté l’école, j’ai fait plein de petits boulots, comme servir des couscous à Strasbourg, puis je suis tombé amoureux d’une Allemande, je suis parti vivre là-bas…
Quand et comment l’aviation est-elle devenue une passion ?
C’est parfois le hasard, la chance, qui permet de rencontrer son destin : un pilote fraîchement retraité m’a emmené faire un baptême de l’air. C’était vraiment très bizarre : lors de ce vol d’initiation, à la seconde même où j’ai touché le manche, j’ai su que j’étais à la maison. Il y a peut-être une question de génétique là-dedans, parce que j’avais un grand-père pilote dans l’armée, puis pilote de ligne. Mais il est mort longtemps avant ma naissance.
Devenir pilote, sans diplômes, est déjà une belle aventure.
Quand j’ai rencontré l’aviation, j’ai trouvé mon but. C’est comme quand on est amoureux : on déploie une énergie folle pour séduire cette jolie fille – ou ce joli garçon – dont on rêve ! J’ai repris mes études à 23 ans. Bac par correspondance, cours du soir, etc. Puis je suis devenu steward chez Air France – j’ai adoré être hôtesse de l’air ! –, tout en prenant des cours – très chers – de pilotage en aéroclub. Ensuite j’ai passé le concours de pilote de ligne, obtenu des bourses à la vocation… On a dû me trouver méritant !
Qu’est-ce qui vous a rendu amoureux de l’aviation ?
J’étais surtout intéressé par la dimension « artisanale » du métier, qui est la moins éthérée, celle qui fait le moins rêver, mais la plus noble. L’avion, c’est comme un instrument de musique, tu fais corps avec lui, c’est une chair vivante, tu le sens vibrer, bouger, et tout le jeu réside dans l’harmonie qu’il faut que tu préserves, l’équilibre. Tu fais des échanges polis avec ta machine et l’environnement. Les bonnes décisions peuvent faire gagner en énergie, en sécurité. Je me dis que le monde se porterait mieux s’il était gouverné ainsi, en ayant conscience que pour aller de A à B, on a le droit à tant de ressources et basta. On ne triche pas avec un avion : quand il n’y a plus d’énergie, les moteurs s’arrêtent et tu tombes. Tu ne traînes pas quand l’alarme dans le cockpit dit « feu moteur », tu as sept secondes pour régler le problème, sinon tu es mort. Depuis combien de temps sait-on qu’on est en « feu moteur » pour la planète ?
En 2012, on vous a diagnostiqué une sclérose en plaques. Quand on vous annonce cette maladie très grave, la conséquence la plus cruelle est de ne plus pouvoir voler, vraiment ?
Je ne supportais pas l’idée de ne plus être en l’air. Voler, c’était ma pulsion de vie, mon moteur. En perdant le ciel, j’ai perdu le désir de vivre, de me lever le matin. Cela a été très compliqué durant deux ans. J’ai paniqué et passé des mois dans mon canapé à enchaîner les pizzas surgelées en jouant à la PlayStation. Une catastrophe. Jusqu’au moment où j’ai réalisé que même sans avion j’étais encore pilote… de mon propre destin
Sachant que cette maladie ne peut que s’aggraver, comment vous êtes-vous accrochés à l’idée d’obtenir à nouveau le droit de voler ?
Ça a pris du temps, ça a commencé par une rencontre avec un moine qui m’a enfermé durant trois mois. Des semaines à se lever et se coucher avec le soleil, manger végétarien, réfléchir à éliminer tout ce qu’il avait de toxique en moi. La toxicité a de nombreuses significations différentes, du tabac à l’alcool en passant par la nourriture, le stress qui bousille la santé… J’ai compris que si je ne coupais pas les poisons, je n’arriverais pas à avancer. Que je n’étais pas étanche au monde autour de moi. S’il va mal, je vais mal. Ce n’est pas métaphysique, la qualité du monde dans lequel on vit, ce que l’on respire, que l’on mange, influe très concrètement sur notre santé. Cette retraite ayurvédique au Monténégro a été un déclic. J’ai retrouvé l’envie et l’énergie de me battre, pour moi, mon environnement et les autres parce qu’au fond c’est la même chose. Et puis, en me documentant, je me suis rendu compte de ce qu’était la réalité des mondes arctiques aujourd’hui, et j’y ai vu un parallèle évident avec ce que je vivais : un effondrement inexorable et permanent. Et si mon avenir devait signifier l’isolement et la paralysie, je devais mettre le cap sur les glaces, puisque ceux qui connaissent le mieux ces problématiques sont les gens du Grand Nord !
Dans un premier temps, l’idée est simplement de vous rendre sur place, à pied ?
Oui, j’ai puisé dans mes rêves de gosse. L’Appel de la forêt, de Jack London, est un des premiers bouquins que j’ai lu enfant, ma première grande évasion. C’est une énergie sous-estimée, les rêves de gosse. Il faut savoir retourner honnêtement vers celui qu’on était à 7 ans… C’est très jungien de s’adresser à son enfant intérieur ! Bref, en tirant les fils, j’ai découvert qu’il y avait un tour du monde inédit en avion du cercle arctique. Il y a eu des pilotes isolés, quelques pionniers français même, mais ils n’avaient fait que des portions du trajet. Je me suis dit qu’unifier des territoires qui sont tous sous le coup de la même menace, au nom d’une cause commune, était un bon préambule.
Ne pouvant voler, vous avez monté ce projet sans être certain de pouvoir être aux commandes ?
Oui, et cela a été une autre grande leçon : accepter de taire son ego. Mais j’ai finalement obtenu une dérogation pour pouvoir être commandant de bord à condition d’avoir un autre pilote qualifié dans la machine. Et puis j’étais limité sur la taille, le poids de l’avion, tout un tas de restrictions. Mais si je n’avais pas eu ces autorisations, je l’aurais fait en tant que passager. L’important c’est que les choses soient accomplies, ce n’est pas qui les fait. Si on arrive à comprendre ça, d’ailleurs, on ira beaucoup plus vite pour résoudre tous nos problèmes collectifs.
Cela a été une prouesse géopolitique de monter cette expédition Polar Kid à travers trois continents, sept mers et trois océans.
Ah oui, il s’agissait de traverser notamment la Russie et les États-Unis – et avec un avion et un copilote russes ! Pour convaincre chacun, il a fallu jouer sur des leviers différents. Pour les Russes tu fais appel à leur ego, la possibilité de participer à une aventure inédite – ainsi Valeri Tokarev, pilote d’essai et de chasse, cosmonaute qui a passé 189 jours dans la station spatiale internationale, n’avait pas besoin de mettre son nom dans l’Histoire encore une fois, mais c’était une opportunité qu’il a voulu saisir, un super bonhomme. Pour les Américains, tu vas leur présenter davantage le côté Rocky, l’abnégation, la combativité du grand malade… Il y a la conscience écologique et la préservation de la planète pour les Scandinaves. La lutte contre la sclérose en plaques pour les Canadiens. L’important, c’est que chacun a un moteur pour faire cause commune.
Comment est-ce de constater de ses propres yeux les effets du dérèglement climatique dans le Pôle Nord ?
Ce que j’ai vu sur place est bien pire que ce que je pouvais imaginer. Il y a 25 degrés d’écart dans l’Arctique entre les normales saisonnières et les pics de température. Au moment où nous nous parlons, il fait plus chaud au Groenland qu’à Paris. Il y a des endroits où il y avait deux mètres d’épaisseur de glace il y a quinze ans, et quarante centimètres aujourd’hui. On en est là. Je devrais être sur place en ce moment même avec des chiens, mais on a dû annuler parce que la glace est trop fragile. L’Arctique se réchauffe à une vitesse exponentielle par rapport au reste du monde. Ce sont des gens qui meurent, des villages rasés, des terres qui s’effondrent. Les pôles agissent comme un climatiseur pour l’ensemble du climat planétaire. Et les glaciers qui fondent, c’est la hausse du niveau de la mer, c’est de l’eau douce qui se mélange à de l’eau salée, ce qui bouleverse les courants et modifie les climats. Mais on n’est pas obligé d’aller si loin pour constater les dégâts : la mer de glace dans les Alpes recule à vue d’œil. Que faut-il pour que le monde comprenne l’urgence ?
Cette reconversion en explorateur lanceur d’alerte vous aide à accepter la fatalité de la maladie ?
Voler malgré la maladie est une façon de refuser la fatalité. La difficulté avec les maladies chroniques, quelles qu’elles soient, c’est de trouver l’énergie de se battre tous les matins. À chaque fois que je parle avec des gens malades qui me demandent comment je fais, je leur réponds que l’envie est un moteur puissant. Il faut trouver en soi quelque chose qui motive. Peu importe ce que c’est, mais il faut une motivation, sinon on ne tient pas ! L’essentiel, c’est aussi de comprendre qu’on n’est pas étanche au monde, que prendre soin de la planète, et des autres, ça revient à prendre soin de soi-même. Ce n’est même pas de l’altruisme. Mais des moteurs j’en ai d’autres – un petit garçon notamment. Que vais-je lui laisser comme image de l’homme qu’il peut devenir si son père devient un type en fauteuil ou dans le canapé qui a lâché l’affaire ?
On vous sent impliqué. Pas résigné, mais très en colère.
La colère est une énergie sous-estimée. Elle est perçue parfois comme destructrice, mais elle peut aussi être un moteur puissant. Notre devoir d’être humain est de protéger la planète et notre avenir, quel que soit le prix à payer. Quand on détruit les écosystèmes barrières, on ouvre la porte à une pandémie mondiale. En 2012, une transition énergétique complète pour l’ensemble de la planète coûtait 4 500 milliards de dollars. C’est énorme ? Mais combien ont coûté le Covid-19, les mégafeux, la désertification ? Beaucoup plus ! J’ai grandi avec Tchernobyl et l’Amazonie en péril. Qu’a-t-on fait depuis ? À un moment, je pense qu’il faut accepter de réagir par la contrainte et les limites planétaires.
Vous restez optimiste ?
Aujourd’hui ça bouge dans le bon sens, à plein d’endroits. Mais quand je vois des groupes pétroliers qui vantent leur investissement dans la transition énergétique, électrique, les fermes solaires, etc. Ce sont des gens qui ont toujours méprisé la vie. Ils connaissaient les conséquences de leurs actions sur le climat, mais qui ont fait passer le capital avant l’humain. Ce n’est pas seulement par le financier que l’on va réussir à changer la donne et parvenir à un arrêt massif de ces comportements de prédation vis-à-vis de la planète et du vivant. C’est par l’humain, le désir, l’empathie, la bienveillance.
L’impact de l’aviation civile sur le climat est de plus en plus vilipendé.
Je discute parfois avec des gens qui voyagent beaucoup pour leur plaisir, des courts séjours, loin. Ils me disent : « J’ai le droit, j’ai beaucoup travaillé. » Mais c’est quoi cette histoire de droit ? Un aller-retour Paris-Marrakech c’est grosso modo l’empreinte d’un village burkinabé pendant un an. Il faut arrêter de se faire des allers-retours en avion pour des week-ends, privilégier des voyages longs et de qualité.Bientôt, avec mes équipes, nous allons faire voler un avion de recherche et de sauvetage. C’est un avion qui pourra transporter du matériel et dix-neuf personnes, avec une empreinte zéro. C’est aujourd’hui, c’est possible et c’est le minimum. Il n’y a pas de recette magique, ni de technologie miracle. Il faut voler moins et mieux. Se poser la question de la fin et des moyens. Trop souvent, on nous vend des conquêtes spatiales ou de grandes aventures technologiques qui ne servent qu’à flatter l’ego de milliardaires comme Jeff Bezos. C’est obscène. Il faut se dépasser pour les bonnes raisons : au service de la planète et des populations, de l’intérêt général.
Cet article est issu du numéro 1 du magazine Vous! par Macif sorti en 2023. Pour découvrir le numéro 2, c’est ICI.