Étiquette : Santé

  • La bipolarité, qu’est-ce que c’est ?

    La bipolarité, qu’est-ce que c’est ?

    « Lors d’une phase dépressive, j’ai une grosse perte de motivation, un sommeil non réparateur et une fatigue constante, un manque de concentration et une perte d’appétit. En revanche, lors d’une phase maniaque, je deviens insomniaque, j’ai tendance à parler plus que d’habitude, mes pensées se bousculent, je mange plus que d’habitude, j’ai tendance aussi à dépenser beaucoup, je deviens irritable, et je peux aussi avoir un comportement risqué et un mauvais jugement », décrit Cécylia, 32 ans, résidant à Bagneux. Autrefois appelé psychose maniaco-dépressive, le trouble bipolaire est une maladie chronique qui se manifeste par des dérèglements de l’humeur. Il concerne, dans un spectre large, environ 1 à 2.5 % de la population générale et débute généralement entre 15 et 30 ans.

    Quels signaux ?

    Souvent, la méconnaissance des troubles associés à la maladie entraîne un retard de diagnostic, qui participe au risque suicidaire, élevé dans le trouble bipolaire quand il n’est pas rapidement pris en main. « Diagnostiquée à 30 ans, mais bipolaire probablement depuis mes 15 ans. Résultat : quinze ans d’épisodes dépressifs jusqu’à l’épisode maniaque qui a conduit à une hospitalisation », confie Laetitia dans un commentaire sur le groupe Facebook Bipolaire : vivre & comprendre ensemble qui réunit près de 10 000 membres. À quoi reconnaît-on une bipolarité ?

    Dans sa forme la plus typique, le trouble bipolaire se caractérise par des alternances de périodes d’excitation de l’humeur (ce qu’on appelle la phase maniaque, pouvant s’associer à des prises de risque telles qu’une consommation excessive de drogues, des conduites à risques de tout genre), et des périodes de tristesse profonde (qu’on appelle phase dépressive, pouvant s’associer à une difficulté à réaliser ses activités quotidiennes, voire des pensées suicidaires) et enfin, de périodes de retour à la stabilité, qu’on appelle la phase d’euthymie. Il arrive de présenter un mélange des deux humeurs, maniaque et dépressif, tout au long de la journée. C’est ce qu’on appelle un état mixte. « Quand le traitement de fond par les régulateurs de l’humeur est efficace, l’intensité et la fréquence des cycles maniaco-dépressifs diminuent de manière significative, ce qui permet à la personne de retrouver une vie normale », clarifie le dictionnaire Vidal, ouvrage médical français.

    Une maladie stéréotypée

    Comment les spécialistes expliquent-ils l’avènement d’un trouble bipolaire ? Aujourd’hui, on parle d’un modèle « biopsychosocial », c’est-à-dire qu’il existe des interactions complexes entre la vulnérabilité génétique (liée aux gènes) et des facteurs environnementaux ou physiologiques divers (évènements de vie, consommation de drogues, grossesse traumatique…), ainsi que des stress répétés auxquels le sujet a du mal à faire face. Si on ne peut pas en guérir, la bipolarité se traite tout au long de la vie. Encore méconnue, la maladie reste entourée de fantasmes.

    Selon l’OMS, la stigmatisation serait d’ailleurs l’obstacle le plus important à surmonter pour la prise en charge des maladies mentales. Certains stéréotypes ont la peau dure : les bipolaires changeraient de personnalité de manière effrayante à l’image de Natalie Portman dans le film Black Swan ; elles seraient incapables de prendre rigoureusement leur traitement, ou encore, elles seraient dangereuses et imprévisibles.

    Depuis la crise sanitaire, les personnes concernées s’efforcent de déconstruire ces idées reçues, fortement influencées par la pop culture. Par exemple, le compte @payetapsychophobie (34k followers) fait, depuis 2019, un travail de déconstruction en diffusant des témoignages sans filtres. Ici, la parole est ouverte, chacun exprime ses doutes et ses craintes sur la maladie. Les bienfaits de la maladie sont même assumés. « Saviez-vous que les personnes bipolaires sont souvent très sensibles, et donc créatives ? », lit-on dans l’un des posts.

    L’acceptation de la maladie sort depuis peu du monde virtuel, puisqu’au 59 avenue de la République à Paris, a ouvert la Maison Perchée, un lieu d’accueil associatif créé par et pour les personnes en situation de trouble psy (bipolarité, schizophrénie, borderline…) et basé sur le principe de la pair-aidance, soit une entraide entre personnes souffrant ou ayant souffert d’une même maladie somatique ou psychique, ou atteintes d’un même handicap.

    Besoin d’une consultation avec un.e psychiatre ?

    La Macif vous éclaire sur le déroulé et la prise en charge des consultations.

  • L’audition de mon enfant baisse : que faire ?

    L’audition de mon enfant baisse : que faire ?

    Environ 1,3 million d’enfants de moins de 10 ans ont déjà consulté un médecin ORL pour des acouphènes, et pour près de 660 000 enfants, une perte auditive moyenne à sévère a été diagnostiquée. Les résultats de l’enquête Ifop-JNA 2023 sur la santé auditive des enfants sont pour le moins inquiétants, voire alarmants. Avec des conséquences à long terme, comme le précise Sébastien Leroy, porte-parole de la JNA (Journée nationale de l’audition), l’une des principales associations françaises dédiées à la santé auditive. « Le risque, c’est d’hypothéquer son capital auditif, de créer une fragilité qui déclenche des prédispositions à la perte auditive. Autrefois, on pensait que la presbyacousie (surdité liée à l’âge, ndr) était uniquement un phénomène de vieillissement. Or désormais, la moyenne d’âge de survenue des acouphènes est de 41 ans. » Selon l’Organisation mondiale de la santé, qui estime qu’une personne sur quatre devrait avoir des problèmes d’audition d’ici 2050, « plus d’un milliard de jeunes adultes risquent une déficience auditive permanente évitable à cause de leurs pratiques d’écoute non sûres ».

    Limiter les écouteurs

    Parmi les pratiques d’écoute non sûres, le casque ou les écouteurs, de plus en plus présents dans le quotidien des enfants et des adolescents, sont sans surprise pointés du doigt. Ainsi, selon l’enquête Ifop-JNA, 40 % des parents affirment que leur enfant écoute chaque jour de la musique via des écouteurs ou un casque d’une à quatre heures par jour. « On voit clairement un accroissement de la pratique », regrette Sébastien Leroy qui conseille d’éviter les écouteurs chez les enfants de moins de 10 ans, et qui rappelle qu’un enfant ne sait pas maîtriser le volume et ne va pas forcément dire s’il entend des sifflements ou des bourdonnements. Et tant bien même le casque disposerait d’un limiteur de volume, cela ne résout pas le problème de la durée de l’exposition au son.

    « Le problème du son, c’est à la fois son volume et son omniprésence, explique-t-il. La musique, même à faible volume, toute la journée, c’est une sollicitation permanente des cellules de l’oreille. On comprend mieux la parole en se levant qu’en se couchant, parce que l’oreille récupère durant la nuit, si on ne s’endort pas avec des écouteurs, bien sûr. Ce qui est gênant pour l’enfant, c’est qu’il y ait une réduction de son temps de récupération. Et ça va jouer sur le développement de l’apprentissage. L’oreille fait partie du cerveau, qui est mis en difficulté lorsqu’il y a une gêne auditive, un acouphène. »

    Éviter les concerts avant 6 ans

    Si la problématique des concerts concerne plus les adolescents et les jeunes adultes, elle n’est pas non plus à éluder pour les enfants, rappelle Angélique Duchemin, directrice d’Agi-Son, une association de prévention sonore regroupant des professionnels de la musique. « On peut faire découvrir l’univers des concerts à des enfants, mais il faut prendre des dispositions bien particulières, avec des casques antibruit. Cela dit, quand on voit des bébés dans des salles de concert ou festivals, je ne vois pas bien l’intérêt culturel. Et il faut quand même que l’enfant ait la possibilité de s’exprimer, qu’il puisse exprimer la gêne ou le mal-être potentiel qu’il ressent. Notre comité scientifique déconseille les concerts avant 6 ans, à moins qu’ils ne soient adaptés à leur âge. »

    La directrice d’Agi-Son se réjouit en revanche qu’il y ait aujourd’hui « une vraie demande du public pour les protections auditives comme les bouchons en mousse », notamment sur les évènements à longue durée d’écoute comme les festivals. « Dans les discothèques, c’est malheureusement moins le cas, alors que c’est pourtant indispensable, parce qu’on y reste longtemps et que le volume ne baisse jamais. On insiste sur le fait que c’est la durée d’écoute qui va impacter fortement l’oreille, qu’il faut être à l’écoute de son corps. Si on a la sensation d’être agressé, c’est qu’il y a un problème. Il faut s’éloigner du son et ne pas écouter ses copains qui disent que ce n’est pas trop fort. Nous ne sommes pas égaux par rapport à l’audition. »

    Dépister

    Aux adolescents qui iraient en discothèques ou en concerts, Sébastien Leroy suggère d’offrir des bouchons réutilisables avec filtres acoustiques, « qui permettent de garder de bonnes sensations d’écoute, à la différence des bouchons en mousse ». Et d’intégrer dans leur suivi de santé un dépistage auditif. « L’ado va voir que ce sont ses oreilles, ses courbes. Parfois, on constate qu’il y a des petites encoches sur certaines fréquences qui indiquent qu’il y a déjà eu des petits traumatismes. On est sur de la prévention personnalisée, qui fonctionne vraiment bien chez les jeunes. On peut faire ces dépistages chez les audioprothésistes, c’est gratuit sur rendez-vous. » De manière plus large, il encourage les parents à intégrer dans le suivi de l’enfant « un check-up régulier de l’audition, comme pour les dents et les yeux. » En espérant être entendu.

    Cinq signes qui doivent alerter 

    • Votre enfant vous dit qu’il a les oreilles bouchées, qu’il entend un bruit dans ses oreilles.
    • Son comportement se modifie : il devient agressif, s’isole.
    • Il a des difficultés d’apprentissage à l’école.
    • Il se met à avoir du mal à suivre une conversation.
    • Il régresse vocalement.

    En cas de doute, ne pas hésiter à se rendre dans un service d’urgences ORL.

    Besoin de tester votre audition ou celle de votre enfant ?

    Le contrat Macif Mutuelle Santé vous accompagne en cas de consultation chez un ORL

  • Les douleurs médicales, marqueurs d’étapes dans la vie d’une femme

    Les douleurs médicales, marqueurs d’étapes dans la vie d’une femme

    Quand Agnès* a lu, impuissante, les résultats négatifs de son bilan de fertilité, après une échographie endopelvienne douloureuse, elle aurait souhaité recevoir une parole rassurante, au mieux bienveillante, de la part du médecin chargé de son suivi. Dans une pièce peu familière de l’hôpital Tenon, éclairée au néon en plein hiver, le soignant a préféré appeler trois internes du service pour leur montrer l’ampleur de la catastrophe. En insistant auprès d’eux sur la responsabilité de l’âge de la patiente, 35 ans à l’époque. « J’avais l’impression qu’il me disait : “Mais à quoi elle s’attendait à son âge ?” », explique Agnès, humiliée. Après avoir ravalé ses larmes à la sortie de l’hôpital, elle s’est ravisée : ce n’est pas la première fois qu’elle subissait des violences verbales et physiques dans un contexte médical, et surtout gynécologique. Comme elle, des milliers de femmes dénoncent la prise en charge de leur santé sexuelle par le corps soignant, pas toujours formé à ces questions. Au cours de sa vie, 1 femme sur 5 a été victime de violences gynécologiques et obstétricales et 6 % ont vécu de la violence verbale, selon un rapport du HCE.

    Des violences étudiées sérieusement

    Au-delà des violences perpétrées volontairement ou involontairement, les douleurs médicales jalonnent les étapes de la vie d’une femme. Durant un parcours d’assistance médicale à la procréation, tout au long de la grossesse (y compris en cas d’IVG), lors de l’accouchement et le post-partum, dans des consultations en cabinet libéral ou en établissement de santé. Le cancer du sein est l’un des exemples les plus parlants : 43 % des femmes touchées par la maladie estiment que la mammographie est douloureuse. Une peur de la douleur qui est souvent un obstacle au dépistage. Des alternatives existent cependant. Une étude néerlandaise publiée dans la Revue Radiology a montré que l’échographie seule peut diagnostiquer efficacement les affections mammaires focales chez une grande majorité de femmes. La pose du stérilet, dont la douleur est très variable selon les femmes, fait aussi l’objet d’interrogations au sein du milieu gynécologique.

    Au Danemark, la pose de DIU (ou stérilet) est systématiquement faite sous anesthésie locale avec prescription au préalable de décontractants et d’antidouleurs. « Nous savons que la pince de Pozzi, instrument utilisé pour poser le stérilet, est également réputée pour ne pas être agréable, voire douloureuse. Le recours à cet instrument n’est pas obligatoire », assure Anne Evrard, responsable du Collectif interassociatif autour de la naissance (Ciane). Là aussi, l’appréhension de la douleur peut décourager les femmes. 18 % d’entre elles se détournent du stérilet (DIU) comme méthode de contraception par peur de la douleur. Le Carevix, dispositif médical innovant, alternative moins agressive à l’utilisation d’un forceps cervical, est une option atraumatique au stérilet. Par une technique de succion pour adhérer au col de l’utérus, il élimine les douleurs et les saignements inutiles. Les résultats préliminaires de l’étude ADVANCE Women réalisée en Suisse ont montré une réduction significative de la douleur et des saignements lors de la pose d’un stérilet (DIU) avec Carevix.

    Des douleurs minorées

    Au moment de l’accouchement, là aussi, la douleur est très souvent banalisée par l’ensemble de la société, ne permettant aucune évolution des pratiques. À l’image de l’épisiotomie, qui consiste à inciser le périnée au cours de l’accouchement pour faciliter la sortie du bébé. Le Ciane notait pour la période 2010-2013 que 47 % d’épisiotomie étaient réalisées pour un premier enfant, dont 85 % sans consentement demandé. L’OMS (Organisation mondiale de la santé) relève qu’un « taux supérieur à 20 % relève d’une déformation culturelle ». Depuis, ce taux est en baisse, grâce aux recommandations qui émergent dans le corps médical.

    Pour les femmes qui souffrent de douleurs chroniques, comme l’endométriose, les consultations avec des professionnels peu formés à la question des douleurs utéro-vaginales peuvent vite prendre la tournure d’un échange conflictuel. « Quand j’explique mon long parcours médical et que je pose des mots techniques sur mon endométriose, je vois que ça agace les médecins, qui se sentent probablement remis en question. Pourquoi un tel rapport de force entre soignant et soigné ? », se désole Agnès. « Certains médecins français peuvent être très dogmatiques, ne s’intéressant pas nécessairement aux autres méthodes exercées ailleurs dans le monde », complète Laure*, souffrant de douleurs vulvaires.

    Des violences que l’on ne tait plus

    Longtemps tues, les douleurs médicales et violences gynécologiques s’expriment désormais au grand jour. Tout commence en novembre 2014, quand le hashtag #PayeTonUtérus fait émerger plus de 7 000 témoignages de femmes en 24 heures dénonçant des propos porteurs d’injonction sur leur physique ou leur volonté ou non d’avoir un enfant, des examens vaginaux brutaux ou pratiqués sans leur consentement, jusqu’à des violences sexuelles. Un an plus tard, des documents de la Faculté de médecine de l’Université Lyon-Sud révèlent qu’il est attendu, dans le cadre de leur formation, que les étudiants pratiquent des touchers vaginaux sur des patientes endormies, donc sans leur consentement. Le terme de « violences gynécologiques et obstétricales » éclôt alors, mobilisé depuis près d’une vingtaine d’années en Amérique latine – où plusieurs pays l’ont inscrit dans la loi – et dans le monde anglo-saxon. Les conséquences des douleurs et violences gynécologiques sont encore peu documentées. Dans les cas les plus significatifs, elles peuvent être source de stress post-traumatique après un accouchement, dont les conséquences peuvent être importantes : renoncement aux soins, peur ou refus de grossesses ultérieures, sentiment de culpabilité, vie sexuelle en berne, perte d’estime et de confiance en soi.

     

    *Le prénom a été modifié

    Le bilan de fertilité désigne l’ensemble des examens qui permettent au médecin d’établir un diagnostic de la fertilité d’un couple afin de leur indiquer la prise en charge la plus adaptée. Chez la femme, ces examens peuvent être nombreux et varient selon le profil des patientes.

    Besoin d’un accompagnement médical ?

    Renseignez-vous sur Macif Mutuelle Santé, une complémentaire qui s’adapte à vos besoins.

  • Douleurs des femmes : l’éveil du corps médical

    Douleurs des femmes : l’éveil du corps médical

    Concrètement, quelles douleurs peuvent ressentir les femmes lors d’un examen gynécologique ?

    Camille Le Ray : Lors de l’examen gynécologique, le soignant est amené à réaliser des procédés intrusifs potentiellement douloureux pour les patientes (introduction d’une sonde pour une échographie endo pelvienne, un spéculum pour les frottis…). Pour les patientes qui souffrent déjà de douleurs chroniques comme l’endométriose, l’examen ou la palpation mammaire peuvent exacerber la douleur déjà présente, qu’elle soit abdominale, vaginale ou vulvaire. Ce qui est compliqué pour nous, c’est qu’on nous apprend à appuyer là où ça fait mal, au moins pour comprendre l’origine de la douleur. Mais la volonté de se former à le faire de la meilleure manière possible dépend entièrement de nous. Par exemple, c’est à nous de prendre les précautions quant à la meilleure position à adopter par la patiente (elle peut se sentir mieux en se plaçant sur le côté par exemple), mais aussi la lubrification du matériel…

     

    Quelles autres bonnes pratiques sont appréciées des patientes ?

    C. L R. : Dans un premier temps, informer la patiente de ce qu’on est en train de lui faire, lui demander son consentement, vérifier si elle est prête est absolument essentiel. Dans mes consultations, quand je vois que la patiente a beaucoup d’appréhension, je lui propose d’introduire le spéculum elle-même. Ça fonctionne très bien. De même dans le cas d’une échographie endovaginale, où une grande sonde assez longue peut être introduite directement par la patiente. Par ailleurs, il est bon de savoir qu’il y a un certain nombre de situations où il n’est pas nécessaire de faire un examen vaginal.

    Vous avez fait de la grossesse et de l’accouchement votre spécialité. Peut-on vraiment éviter la douleur dans ces moments-là ?

    C. L R. : C’est indéniable, un accouchement sera douloureux, peu importe la qualité de l’équipe médicale qui accompagne la future mère. Mais les douleurs liées à l’expulsion de l’enfant peuvent aussi être liées aux gestes employés par les soignants. Par exemple, l’épisiotomie n’est pas toujours obligatoire, et elle requiert le consentement de la femme. En France, on est les champions du monde de la péridurale (80 % des femmes la pratiquent), mais elle ne garantit pas la disparition de la douleur, qui doit à tout prix être évaluée par la sage-femme tout au long du travail. Sa présence humaine, sa bienveillance et son support permettent vraiment d’améliorer le vécu de la future maman.

    Beaucoup de femmes plaident pour la reconnaissance de violences verbales, qui peuvent être tout aussi marquantes que les douleurs physiques lors d’un examen.

    C. L R. : Dans les compétences d’un gynécologue, il y a bien entendu le savoir-faire, mais on oublie peut-être de rappeler l’importance du savoir-être. Ce qui revient beaucoup dans les témoignages des femmes, c’est la violence verbale qu’elles subissent à plusieurs moments de leur vie (accouchement, bilan fertilité, IVG, PMA…). La culpabilisation de l’âge des patientes qui souhaitent devenir mères par exemple est une trop mauvaise habitude des soignants. Si c’est une réalité médicale, il faut réussir à expliquer aux patientes les faits sans les accabler. Sans tout édulcorer, il nous incombe de choisir les bons mots et d’employer le bon ton. C’est probablement la même chose pour les hommes : quand ils vont chez l’urologue pour un toucher rectal, certaines questions ou certains gestes peuvent être déplacés. Un certain nombre d’hommes n’y vont pas par appréhension, ce qui enraye la prévention.

    De plus en plus de femmes se tournent vers les sages-femmes, qui bénéficient d’une meilleure réputation que les gynécologues… Qu’en pensez-vous ?

    C. L R. : La profession de sage-femme a moins été éclaboussée par les scandales des violences obstétricales. Par ailleurs, elles font très bien leur travail, il ne doit pas y avoir de conflit entre nos professions, car il y a du travail pour tout le monde. Au contraire, on travaille ensemble pour améliorer la prise en charge des femmes. J’encadre en ce moment une thèse en santé publique écrite par une sage-femme sur les soins non appropriés durant l’accouchement. En réalité, il n’y a pas de frontières. Ceux qui veulent nous monter les uns contre les autres ont tout faux !

    Avez-vous la sensation que les choses bougent dans le corps médical ?

    C. L R. : Les scandales obstétricaux ont, il faut le dire, été un mal pour un bien. La libération de la parole des femmes a permis de faire avancer les choses. Face à ces violences, il y a deux façons de réagir : soit on tombe dans le corporatisme, et on n’avance pas, soit on reconnaît les mauvais comportements, et on envisage d’évaluer dans nos pratiques. Le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) a établi une liste de recommandations qui posent les questions suivantes : dans quelles situations les examens pelviens sont-ils strictement nécessaires ? Comment faire pour que ces examens pelviens soient le moins douloureux ? Quelles positions proposer aux patientes ? Comment utiliser des lubrifiants ? Les choses bougent. Sûrement pas aussi vite que ce que voudraient les femmes, mais la pratique évolue. C’est la raison pour laquelle je me suis centrée sur la formation auprès des jeunes médecins, car l’espoir repose sur eux.

    BESOIN D’UN ACCOMPAGNEMENT MÉDICAL ?

    Renseignez-vous sur Macif Mutuelle Santé, une complémentaire qui s’adapte à vos besoins.

  • Changement climatique : quels impacts sur les allergies ?

    Changement climatique : quels impacts sur les allergies ?

    Comment a évolué le nombre de personnes allergiques en France ces dernières années ?

    Sébastien Lefèvre : Nous constatons que les cas d’allergie ont énormément augmenté depuis plusieurs décennies. En 1962, lors de l’établissement d’un premier rapport national sur les allergies, il a été noté que 3 % des Français étaient touchés par des allergies. Ce chiffre grimpe à 30 % actuellement, d’après le livre L’Homme malade de son environnement1. Les causes environnementales expliquent la forte augmentation de ce nombre. Les allergies actuelles témoignent clairement d’une désadaptation de l’homme à son environnement.

    Comment expliquez-vous que les cas d’allergies aient explosé à ce point ?

    S. L. : C’est une accumulation de phénomènes. À cause du dérèglement climatique, les périodes pendant lesquelles les pollens flottent dans l’air débutent plus précocement et sont plus longues. De plus, il y a moins de pluies qui plaquent les pollens au sol. Plutôt que de parler de « changement climatique », je préfère utiliser le terme de « dérèglement climatique ». Ce dérèglement global se constate au fil des années dans l’ensemble de la France avec des périodes saisonnières changeantes : les hivers sont plus doux et les printemps commencent plus tôt notamment. Les végétaux éprouvent du stress à cause de ce dérèglement et sécrètent davantage de protéines de défense qui sont contenues dans les pollens. Les noisetiers par exemple commencent leur pollinisation dès la fin de l’année, alors qu’il y a dix ans, ce n’était pas avant en février.

    La pollution de l’air joue-t-elle également un rôle dans l’augmentation des allergies ?

    S. L. : La pollution de l’air influence doublement les situations allergiques. D’une part, les particules fines qu’on trouve dans l’air pollué vont obstruer les voies respiratoires, nez et bronches, et les fragiliser. D’autre part, ces mêmes particules fines vont rentrer en collision avec les pollens et les faire exploser dans l’air, avant qu’ils ne touchent le sol. Les pollens libèrent alors leurs protéines allergisantes.

    Les allergies sont-elles les mêmes selon les différentes régions françaises ?

    S. L. : Les allergies les plus fréquentes, c’est-à-dire les rhinites/conjonctivites et l’asthme, concernent toutes les régions françaises, mais elles ne sont pas provoquées par les mêmes végétaux et aux mêmes périodes. Dans la partie nord de la France, les pollens proviennent des noisetiers, des aulnes et des bouleaux durant la période allant de fin décembre à avril, puis il y a les pollens de graminées entre avril et mi-juillet. Dans la partie sud de la France, ce sont les cyprès qui génèrent des pollens, en novembre et décembre. Dans la vallée du Rhône et la région lyonnaise, il y a également l’ambroisie, une plante fortement allergisante, durant les mois de juillet et août. Nous constatons d’ailleurs que ces zones évoluent : les arbres et les plantes se « déplacent ». Au fil des années, les cyprès et l’ambroisie remontent progressivement vers le Nord. Le dérèglement climatique fait évoluer la végétation en France depuis plusieurs décennies, car ces espèces ne poussaient pas du tout dans certaines régions à cause d’un climat plus froid.

    Les allergies sont-elles dangereuses ?

    S. L. : Avec les rhinites/conjonctivites, il n’y a pas de danger vital, mais comme les durées des symptômes s’allongent, les traitements sont plus longs, que ce soient par antihistaminiques, sprays nasaux ou collyres oculaires. Les rhinites/conjonctivites provoquent surtout des effets indésirables qui peuvent gâcher la vie de tous les jours et empêcher d’aller travailler. Par contre, l’asthme est encore mortel en France, avec 1000 à 2000 décès chaque année. Ce chiffre stagne alors qu’il devrait baisser, car l’asthme est une maladie chronique que nous savons très bien traiter aujourd’hui. Mais, lors de pics polliniques, certains asthmatiques font des crises aiguës qui se révèlent mortelles.

    Quels coûts représentent les allergies en France ?

    S. L. : Les rhinites/conjonctivites légères représentent un coût de 13 millions d’euros par an en France, car elles génèrent une baisse de la productivité au travail et de l’absentéisme. Pour les rhinites sévères liées aux pollens d’ambroisie, le coût monte à 40 millions d’euros par an. Enfin, le coût de l’asthme est considérable pour la société : 900 millions d’euros sont dépensés chaque année en hospitalisation en France. Avec évidemment un coût humain, car il y a beaucoup de décès.

    La France est-elle suffisamment dotée en médecins allergologues ?

    S. L. : Malheureusement, non. Comme il y a de plus en plus de patients, il devient de plus en plus difficile pour eux d’obtenir un rendez-vous. Aujourd’hui, il faut compter neuf mois de délai pour voir un allergologue. Il y a actuellement 800 allergologues en France. Un chiffre qui monte à 1200 praticiens si nous ajoutons les autres spécialistes, généralistes et pédiatres formés à l’allergologie. Mais c’est trop peu : 35 nouveaux allergologues sont formés chaque année, il en faudrait 80 !

    Comment voyez-vous évoluer la situation des allergies en France ?

    S. L. : Je ne suis que spectateur de la situation… et plutôt fataliste. Les pouvoirs publics n’ont pas pris la pleine mesure des changements de l’environnement. Les rapports du GIEC2 devraient être suivis de décisions plus concrètes. En soignant les patients, nous traitons les conséquences du dérèglement climatique et de la pollution de l’air, mais pas les causes.

    VOUS SOUHAITEZ CONSULTER UN ALLERGOLOGUE ?

    Renseignez-vous sur Macif Mutuelle Santé, une complémentaire qui s’adapte à vos besoins.

    1 L’homme malade de son environnement de Michel Aubier, professeur de pneumologie à l’Université Denis Diderot – Paris VII et chef de service de pneumologie A de l’Hôpital Bichat à Paris.

    2 GIEC : Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

  • La solitude est-elle un danger pour la santé ?

    La solitude est-elle un danger pour la santé ?

    L’isolement social et la solitude, deux notions différentes aux conséquences similaires et “graves pour la santé et le bien-être” selon l’OMS qui a lancé une alerte fin 2023. « L’isolement social, à savoir une insuffisance de relations sociales, et la solitude, c’est-à-dire la douleur sociale liée au fait de ne pas se sentir en lien avec autrui, sont très répandus. » D’après les chiffres, le sentiment de solitude, qui peut survenir même lorsqu’on est entouré, concerne près d’un quart de la population adulte mondiale et 5 à 15 % des adolescents.

    Des conséquences sous-estimées

    Pourtant, ni l’un ni l’autre ne sont considérés comme une maladie, et leurs conséquences communes sur la santé sont souvent sous-estimées. Notamment leur lien avec l’apparition de nombreux troubles, tels que l’anxiété, la dépression et la démence, qui peuvent mener jusqu’au suicide et « augmenter de 30 % le risque de maladie cardiovasculaire ». Selon plusieurs études citées par l’OMS, « le manque de liens sociaux entraîne un risque de décès précoce équivalent, voire supérieur, à d’autres facteurs de risque mieux connus, tels que le tabagisme, l’abus d’alcool, l’inactivité physique, l’obésité et la pollution de l’air ».

    Nicolas Neveux est psychiatre et psychothérapeute, concepteur du site e-psychiatrie.fr et auteur de Pratiquer la thérapie interpersonnelle (Dunod, 2021). Il rappelle que la cause de ces pathologies physiques n’est pas l’isolement en tant que tel, mais la réaction de l’individu : « Généralement, les gens isolés sont moins actifs, ont une moins bonne hygiène de vie, prennent du poids et compensent par exemple en fumant. »

    La solitude en hausse en France

    La France est loin d’être épargnée. Une étude de la Fondation de France parue en 2022 estime que 20 % des adultes, soit 11 millions, souffrent de solitude. Un chiffre en hausse puisqu’ils étaient 18 % en 2020 et 13 % en 2018, selon une étude de l’IFOP pour l’association Astrée, spécialisée dans l’accompagnement des personnes souffrant de solitude. Celle-ci relève que certaines catégories sont plus touchées, dont les adolescents, les célibataires, les actifs en télétravail et les personnes en situation de précarité économique. Dans son Baromètre de la Solitude 2022, l’association SOS Amitié, qui propose un service d’appel et de messagerie d’urgence pour les personnes en souffrance psychologique, souligne que les femmes représentent 60 % des appels reçus.

    Si l’OMS s’attelle aujourd’hui à ce problème, c’est en partie, car la pandémie de Covid-19 et ses longues périodes d’isolement ont été le théâtre de l’explosion du mal-être psychologique. Ghislaine Desseigne, présidente de SOS Amitié, note que « dès le début de la pandémie, les appels à nos services ont connu une hausse de 30 %, qui ne s’est toujours pas résorbée ». Sur 3 300 000 appels en 2022, les 1 800 écoutants ont pu en décrocher 580 000. La solitude est le deuxième motif le plus évoqué, derrière la souffrance psychique. « Avant le Covid, la solitude arrivait en premier. Mais son recul n’est pas une bonne nouvelle, car ce sont désormais ses conséquences, l’anxiété et la dépression, entre autres, qui prédominent », déplore la présidente.

    Recréer du lien social

    Heureusement, ni l’isolement social ni le sentiment de solitude ne sont des fatalités. L’association Astrée accompagne et aide les personnes à faire face, quel que soit leur âge. « Nous les écoutons sans jugement, et essayons de leur redonner confiance en elles pour qu’elles reprennent leurs vies en main en toute autonomie », explique Valérie Darbois, responsable de la coordination. « Souvent, une thérapie est indispensable », commente le Dr Nicolas Neveux, qui utilise les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) et la thérapie interpersonnelle (TIP) pour aider ses patients à sortir de l’isolement : « Ces deux techniques sont les plus indiquées, la première aide à supprimer les croyances limitantes, et la seconde permet d’identifier les mécanismes dysfonctionnels dans les relations et d’aider le patient à les corriger. »

    Associations comme médecins le répètent : il faut recréer du lien social. En traitant les conséquences, mais aussi via la prévention. C’est le parti pris d’Astrée, qui propose des campagnes de sensibilisation dans les collèges pour apprendre aux élèves à repérer leurs camarades en difficulté.

    Cette année, 4 420 élèves d’une vingtaine de collèges ont été sensibilisés : « Souvent, ils se portent volontaires pour aider leurs camarades à l’issue de nos séances. C’est par l’éducation que nous allons créer un monde plus bienveillant. » De son côté, l’OMS a annoncé la création d’une commission de trois ans sur le sujet. Sa mission : promouvoir des solutions en faveur du lien social.

  • L’importance du sourire dans les interactions sociales

    L’importance du sourire dans les interactions sociales

    Un outil de communication

    Le sourire aiderait à engager la conversation avec quelqu’un, à désamorcer des conflits ou à donner une meilleure image de soi en société. « On sourit rarement tout seul, souligne David Le Breton, chercheur spécialisé dans l’anthropologie du corps. Si on le fait, c’est généralement qu’on pense à quelqu’un ou à quelque chose d’autre. » Une invitation à l’échange, un moyen de communiquer, même quand on n’a pas les mots. Marie I., psychologue en PMI et en Établissement d’accueil de la petite enfance (EAPE), se définit comme quelqu’un de très souriant. Il faut dire que pour elle, le sourire est quasiment un outil de travail : il l’aide à entrer en relation avec les tout-petits, mais aussi à détecter d’éventuels problèmes. « Je suis toujours rassurée quand je vois un bébé me donner un sourire en réponse, raconte-t-elle. Je surveille ce sourire : c’est un signe de bon développement psychologique. »

    Un remède bon pour le corps et pour la tête

    L’acte de sourire, qui nécessite d’activer dix-sept muscles en même temps, aurait de nombreux bienfaits sur la santé : réduction du cortisol (« l’hormone du stress »), régulation de la tension artérielle ou encore, réoxygénation des cellules. Surtout, il libère de l’endorphine, également surnommée « l’hormone du bonheur ». Au point que certains professionnels de santé vantent les mérites de la « thérapie par le sourire », dont le principe est très simple : se sourire à soi-même quotidiennement devant le miroir.

    Toutefois, David Le Breton, auteur de l’ouvrage « Sourire : anthropologie de l’énigmatique », préfère nuancer le caractère absolument positif de ce geste : « Il peut avoir des tonalités très différentes : il y a des sourires de mépris, de supériorité, d’accueil ou de bienvenue. Il ne faut pas le prendre comme un singulier, mais comme un terme à toujours voir au pluriel. Ce qui détermine sa signification, c’est le contexte dans lequel il apparaît », resitue l’anthropologue.

    Une question d’imitation

    Le sourire s’apprend par mimétisme dès la naissance. « Les bébés sont programmés pour décrypter les visages humains et y répondre », résume Marie I. C’est notamment grâce aux neurones miroirs, essentiels dans la compréhension des intentions et des émotions d’autrui que le sourire devient contagieux. À l’inverse, difficile d’établir des relations sociales lorsque ces zones du cerveau fonctionnent mal. Pour exemple, un enfant atteint d’un trouble du spectre autistique aura peut-être du mal à reconnaître les expressions faciales, et donc, à entrer en relation avec les autres. « Un cercle vicieux, poursuit Marie I. On constate aussi un désintérêt de certains parents face à un enfant qui n’est pas dans l’interaction. »

    Une expérience datant des années 1970, intitulée « The still face experiment » (« l’expérience du visage impassible » en français), montre que lorsqu’une mère, face à son enfant, se fige et présente un visage inexpressif pendant deux minutes, le bébé montre des signes d’inquiétude et cesse également d’interagir. Avant de pleurer à chaudes larmes. « Heureusement, on ne mène plus ce genre d’expériences, rassure Marie I. Mais on voit bien la détresse affective provoquée. Cela marche dans les deux sens : le sourire est aussi la récompense du parent qui s’occupe de l’enfant. »

    On ne sourit pas qu’avec la bouche

    Pendant la crise sanitaire, la psychologue a eu la bonne surprise de constater que les tout-petits parvenaient encore à distinguer son sourire, même masqué. « Je pense qu’ils ont su repérer d’autres signes qui montrent que l’adulte est en relation positive avec eux », analyse-t-elle. La bouche, les yeux, la voix ou la posture, le sourire mettent en jeu le corps tout entier. « De manière moins forte que le rire », précise David Le Breton, qui a également publié une Anthropologie du rieur. Pour lui comme pour la psychologue, le rire serait une sorte de prolongement du sourire, avec un pouvoir supérieur. En y repensant, Marie I. ne peut s’empêcher de rigoler : « Le rire d’un bébé a quelque chose de délicieux. Il est tellement communicatif qu’il peut contaminer tous les adultes, même les plus ronchons. C’est l’arme ultime. »

  • Cancer de la prostate : comprendre, prévenir et dépister

    Cancer de la prostate : comprendre, prévenir et dépister

    1 Quels sont les facteurs de risque ?

    Les facteurs de risques établis du cancer de la prostate sont : (1)

    • L’âge : le cancer de la prostate est fortement lié à l’âge. Il est rare avant 50 ans et augmente autour de 70 ans. 94 % des décès ont lieu après 65 ans.(1)
       
    • Des antécédents familiaux : vous avez deux à cinq fois plus de chances de développer un cancer de la prostate si votre père ou votre frère a déjà été touché par la maladie.

    2 Quels sont les signes d’alerte ?

    Dans la plupart des cas, le cancer de la prostate n’occasionne pas de symptômes visibles particuliers, notamment aux premiers stades de la maladie.

    Certains signes peuvent néanmoins vous alerter, comme les troubles urinaires (brûlures, difficulté à uriner ou besoin plus fréquent d’uriner) ou des troubles de l’éjaculation. Le mieux est simplement d’en parler avec votre médecin. À ce stade, ces symptômes ne témoignent pas forcément d’un cancer et peuvent être causés par des pathologies plus bénignes comme l’hypertrophie de la prostate (aussi appelée adénome ou HBP) ou une simple infection – on parle alors de prostatite.

    3 Un diagnostic prÉcoce est-il utile ?

    Un dépistage pas forcément systématique (2)

    À l’inverse du cancer du sein, il n’existe pas en France, ni dans aucun autre pays, de programme national de dépistage du cancer de la prostate s’adressant aux hommes de manière systématique. Cela suit les recommandations de la Haute Autorité de santé. (3)
     

    Le dépistage individuel : à discuter avec son médecin

    Le cancer de la prostate ayant un développement plutôt lent (10 à 15 ans), l’Association française d’urologie recommande un dépistage annuel, pour les personnes de plus de 50 ans et jusqu’à 75 ans, pour optimiser les chances de dépister la maladie à un stade précoce (4).

    Il permettra de détecter un éventuel cancer, sans pour autant déterminer s’il est susceptible d’évoluer vers une forme agressive ou non. Aussi le dépistage peut être utile pour répondre à vos inquiétudes, ou déclencher une surveillance accrue.

    Avant de vous faire dépister, il est important de disposer d’une information complète sur les avantages et inconvénients des examens de dépistage et de leurs conséquences.

    4 Comment se déroule le dépistage du cancer de la prostate ?

    Deux examens de dépistage de cancer de la prostate sont possibles (5) :

    • Le toucher rectal : cet examen permet de contrôler directement l’état général de la prostate. S’il est souvent considéré comme inconfortable, il s’agit néanmoins d’un examen rapide et sans conséquence.

     

    • Le dosage du PSA (Prostate Specific Antigen ou antigène prostatique spécifique) sérique total : cet examen consiste à analyser le taux de PSA dans une prise de sang. Souvent, un taux de PSA élevé indique la présence de cellules cancéreuses dans la prostate. Cependant, un chiffre de PSA élevé peut simplement marquer la présence d’une anomalie ou d’une infection de la prostate, comme une prostatite aiguë. (4)

    En cas d’anomalie, des biopsies de la prostate seront nécessaires pour confirmer le diagnostic de cancer.

    Dans 70 % des cas,

    un dosage du PSA élevé n’est en réalité pas lié à un cancer de la prostate (2).

    Le saviez-vous ?

    Théoriquement, un homme de moins de 50 ans ne doit pas dépasser un taux de 2,5 ng/ml (nanogramme par millilitre), alors qu’après 70 ans, le maximum toléré est de 6,5 ng/ml (2).

    5 Quand et où se faire dépister ?

    L’Association française d’urologie recommande un dépistage annuel systématique du cancer de la prostate entre 50 et 75 ans. L’âge est abaissé à 45 ans en cas d’antécédents familiaux.

    Il est possible de consulter auprès de professionnels de la santé. Votre médecin généraliste pourra vous prescrire des examens complémentaires précis s’il le juge nécessaire. Vous devrez aller voir un urologue, spécialiste des affections urinaires et génitales masculines, si des complications, même non liées à un cancer, sont détectées. En cas de doute, vous pouvez le consulter directement, sans passer par votre généraliste.

    6 Movember : des hommes unis !

    Chaque année en novembre, le Movember (contraction en anglais des mots moustache et november) incite les hommes à ne pas raser leur moustache pendant 30 jours – d’où le nom de ce mouvement. Il réunit des millions de participants dans 21 pays. Son objectif ? Donner notamment de la visibilité au cancer de la prostate et des testicules, et bien entendu lever des fonds pour la recherche. Rendez-vous sur le site de la Movember Foundation pour faire un don. Et, Messieurs, pour soutenir d’autant plus le mouvement, vous pouvez très simplement ranger votre rasoir pendant un mois : la moustache vous va si bien !

    Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site de l’Association française d’urologie : https://www.urofrance.org/

    L’esprit tranquille avec le contrat Garantie santé de la Macif.

    Avec le contrat Macif Mutuelle Santé optez pour une complémentaire santé souple et personnalisée grâce à ses quatre formules de soins accessibles à tous !

    L’Essentiel de l’article

    • Les facteurs de risque dominants : l’âge et les antécédents familiaux.
    • Pas de symptômes particuliers aux prémices de la maladie.
    • Il n’existe pas en France de dépistage ou examen systématique.
    • Le dépistage individuel est un choix personnel à évoquer avec son médecin.
    • Il est possible de consulter son médecin généraliste ou un urologue.

    (1) Fondation ARC
    (2) Ameli.fr, « Le dépistage du cancer de la prostate »
    (3) Haute Autorité de santé, « Détection précoce du cancer de la prostate », 2013
    (4) Association française d’urologie, « Cancer de prostate : dépistage du cancer de la prostate »
    (5) E-santé, « Diagnostic du cancer de la prostate : quelle est l’utilité du dosage sanguin du PSA ? »
  • HPI, HPE, TDAH, TSA : ces acronymes liés aux comportements des enfants

    HPI, HPE, TDAH, TSA : ces acronymes liés aux comportements des enfants

    À la maison, votre enfant est un peu turbulent, à l’école, il s’ennuie. Il a peut-être du mal à gérer ses émotions. En cherchant des explications à son comportement, vous avez probablement conclu que votre enfant était atteint par un des troubles de plus en plus démocratisés dans les bouches des nombreux parents. Qu’il s’agisse du trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), du trouble du spectre autistique (TSA), du haut potentiel intellectuel (HPI) ou émotionnel (HPE) : tous ces acronymes peuvent être regroupés au sein des troubles du comportement et plus largement du spectre de la « neuroatypie », c’est-à-dire ceux dont le fonctionnement cognitif diffère.

    Ne pas tout mélanger

    Pourtant, tous ne se valent pas. Selon Nadège Rocher-Labarbe docteure en neurosciences, biologiste du comportement, psychologue de l’enfant et maîtresse de conférence en psychologie à l’Université de Caen-Normandie, il faut veiller à ne pas tous les mettre au même niveau, car « la réalité clinique n’est pas la même ». D’un côté, le TDAH ou le TSA sont scientifiquement valides, évalués avec des traits cliniques. De l’autre, le HPE correspondrait davantage, avertit Nadège Roche-Labarbe « à un besoin de qualifier des problèmes, rassurant puisque cela porte un nom, mais n’est pas lié un trouble du développement. Aucun clinicien ne sera en mesure de poser un diagnostic ». Cependant, l’hypersensibilité émotionnelle sous-entendue chez les HPE figure « généralement dans le TSA ou le TDAH, même s’il ne fait pas encore partie des critères de diagnostic », ajoute Maeva Rolin, psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie et autrice de Diagnostic des troubles du neurodéveloppement chez l’adulte (2021, éditions Mardaga).

    L’HPI, lui, se repère via des tests de quotient intellectuel comme le WISC-5 et n’est pas à mettre au même rang non plus. « Être HPI, c’est un point fort. Ces personnes vont avoir une meilleure réflexion que les autres et n’iront en règle générale pas consulter, observe Nadège Roche-Labarbe. Cela devient embêtant si c’est associé à d’autres troubles, comme les troubles anxieux. » En termes de statistique, seulement 2,3 % des enfants seraient intellectuellement précoces.

    Un diagnostic pas forcément obligatoire

    Dès lors, faut-il forcément passer par la case du diagnostic ? Surtout pour les enfants HPI, le diagnostic est à « double tranchant », observe Nadège Roche-Labarbe. Car le quotient intellectuel « évolue avec l’âge. Une fois adultes, ces enfants pourront ne plus être HPI ». Un constat partagé par Maryse Corbet, psychologue clinicienne à la Maison des adolescents de la Manche qui ajoute qu’il n’est « pas forcément nécessaire de mener des tests de QI très cher, notamment si l’enfant ne rencontre pas de mal-être particulier, car cela peut être enfermant ».

    Vigilance sur l’autodiagnostic

    Chercher à tout prix à poser une étiquette, parfois sans consulter, peut s’avérer néfaste pour le développement de son enfant et « fermer la discussion sur ce qu’il y a derrière un enfant agité ou perturbé », considère Maryse Corbet. Et ce, même si cela peut rassurer les parents. « Ça ne nous viendrait pas à l’idée de faire un autodiagnostic de cancer, compare Maeva Rolin. Le TDAH n’est pas juste un enfant qui passe son temps à grimper aux arbres, ce n’est ni une mode ni un trouble facilement identifiable. »

    Il est également nécessaire de faire la part des choses, surtout dans les cas où l’enfant se pose des questions. « Je vois beaucoup d’adolescents venir consulter, car ils pensent être de troubles autistiques, partage Maryse Corbet. Il y a souvent derrière une recherche d’identité et une souffrance pour d’autres raisons qu’il faut creuser au cours d’une thérapie. »

    TDAH et TSA : diagnostic nécessaire

    Le diagnostic s’avère indispensable dans certains cas, particulièrement pour le TDAH ou le TSA. Il peut apaiser l’enfant et enlever chez lui « un sentiment de culpabilité, de honte, car il a remarqué qu’il n’était pas comme les autres », constate Maryse Corbet. Les parents pourront s’en saisir, être accompagnés, mettre en place un accompagnement médicamenteux, anticiper les défis auxquels ils seront confrontés, améliorer l’environnement de l’enfant, adapter son éducation… Chez l’enfant HPI, le passage des tests de QI est nécessaire dans les cas où « l’enfant est en souffrance », soutient Maryse Corbet.

    Dans tous les cas, Nadège Roche-Labarbe insiste sur le fait de ne pas « se contenter du diagnostic sans avoir fait un état des lieux complet et creuser les raisons du mal-être ». Comprendre : poursuivre l’accompagnement avec un psychothérapeute.

    L’Essentiel de l’article

    • Tous les acronymes et troubles ne se valent pas en termes de réalité clinique, ne sont pas tous soumis à des diagnostics cliniques, mais davantage à des traits du comportement.
    • Il faut rester vigilant sur l’intérêt d’un diagnostic pour son enfant : dans le cas du TDAH ou du TSA, le diagnostic est indispensable au bon développement de l’enfant.
    • Être HPI n’est pas forcément synonyme de souffrance chez un enfant, un approfondissement de son mal-être avec un professionnel de santé doit être fait en amont de potentiels tests.
  • Cancer dès 30 ans : comment se faire diagnostiquer ?

    Cancer dès 30 ans : comment se faire diagnostiquer ?

    Sein et col de l’utérus : dépistages nécessaires dès 25 ans

    Si l’âge moyen lors de la détection d’un cancer du col de l’utérus est de 51 ans, les infections à VPH (virus du papillome humain) sont fréquentes chez les femmes de moins de 30 ans. Il est recommandé de faire un premier dépistage du cancer du col de l’utérus dès 25 ans, puis tous les 3-5 ans entre 30 et 65 ans.

    Autre cancer à surveiller : celui du sein. Environ 10% des cas concernent des femmes âgées de moins de 35 ans. Il est ainsi recommandé de faire tous les ans dès 25 ans, un examen clinique des seins (palpations), par un.e gynécologue ou une sage-femme.

    Mélanomes : se protéger du soleil

    Le mélanome est la plus grave forme de cancer cutané. Mais dépisté précocement, il est tout à fait guérissable. Avec 15 000 nouveaux cas par an et 1 700 décès en France, le nombre de mélanomes double tous les 10 ans, particulièrement chez les personnes de 30 à 40 ans. Comme le rappelle le centre Gustave Roussy, expert mondial de la recherche sur le mélanome, les rayonnements ultraviolets naturels ont des effets nocifs sur la peau et l’exposition solaire est le principal facteur de risque.

    Se protéger des coups de soleil est primordial, c’est pourquoi juste avant l’été, une grande campagne de prévention relayée par le site web du centre a été organisée, avec les meilleures techniques de prévention de ce cancer de la peau particulièrement agressif. Rechercher l’ombre, éviter de s’exposer entre 12 h et 16 h l’été, appliquer toutes les deux heures une crème solaire avec un indice maximal… Les enfants doivent être encore plus protégés, puisque leur peau est plus fine et que leur système pigmentaire est encore en construction : vêtements longs, casquette et lunettes doivent absolument faire partie de leur panoplie estivale ! Il faut se rappeler que les coups de soleil, surtout ceux reçus dans l’enfance sont le signe d’une trop longue exposition solaire et donc d’un risque accru de développer plus tard un cancer de la peau.

    « On n’imagine pas que ce cancer puisse réellement arriver. J’ai une ancienne camarade de mon école qui est décédée à 36 ans des suites d’un mélanome. C’est arrivé très vite. Elle a laissé un mari et des enfants. Depuis ce jour, je fais très attention, et me protège réellement du soleil ! », raconte Mattéo, 39 ans.

    Une surveillance régulière de ses grains de beauté doit être effectuée pour détecter le plus précocement possible tout signe suspect. Tout d’abord grâce à un autoexamen de la tête aux pieds, sans oublier les zones peu visibles, et en utilisant la technique ABCDE (voir encadré). Tout grain de beauté ou tâche pigmentaire qui change de taille ou de couleur, qui démange, saigne ou présente un aspect rugueux ou perlé doit faire l’objet d’un avis médical rapide. La surveillance doit aussi se faire lors de rendez-vous réguliers avec un dermatologue, jusqu’à une fois par an pour les personnes présentant des facteurs de risque. Si le mélanome est un cancer qui peut être très agressif, certaines techniques permettent donc de s’en protéger, et de le détecter précocement, afin d’obtenir de bien meilleures chances de guérison.

    Règle ABCDE pour l’étude des grains de beauté :

    • A pour Asymétrie
    • B pour Bords irréguliers
    • C pour Couleur inhomogène
    • D pour Diamètre
    • E pour Évolution

    Le cancer du testicule : le plus fréquent chez l’homme jeune

    Même si les cancers du testicule sont assez rares globalement puisqu’ils représentent 1 à 2 % des cancers masculins, les jeunes sont les plus touchés puisqu’il s’agit du cancer le plus fréquent de l’homme entre 15 et 35 ans. De plus, ces trente dernières années, une augmentation de leur fréquence a été constatée, heureusement couplée avec d’importants progrès thérapeutiques qui ont permis de diminuer la mortalité associée. Les facteurs de risques du cancer du testicule sont principalement la cryptorchidie (testicule non descendu) ainsi que l’exposition à certaines substances chimiques comme le benzène, les hydrocarbures, les pesticides et le bisphénol A, même si ce n’est pas encore scientifiquement totalement établi.

    Apprendre à palper ses testicules à la recherche d’une grosseur anormale est une mesure de dépistage qui doit être effectuée régulièrement. D’autres signes peuvent se manifester comme une sensation de lourdeur, une gêne ou une douleur qui persistent dans le temps. Le testicule dans son ensemble peut gonfler et augmenter de volume, parfois de façon soudaine. En cas de doute, une consultation médicale rapide s’impose.

    En conclusion, s’il existe de nombreux facteurs de risques d’apparition des cancers, qu’ils soient internes ou externes, la moitié des cancers détectés chaque année pourraient être évités en changeant nos comportements quotidiens.

    Chiffres sur le cancer : https://www.frm.org/recherches-cancers/cancers-en-chiffres

    Site de Gustave Roussy : https://www.gustaveroussy.fr/fr/un-ete-sans-melanome-cap-sur-la-prevention-gustave-roussy

    Le cancer du testicule : https://www.e-cancer.fr/Patients-et-proches/Les-cancers/Cancer-du-testicule/Les-points-cles

    La moitié des cancers pourraient être évités : https://www.e-cancer.fr/Acces-thematique/Prevention-des-cancers