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  • Nélia Barbosa : « Ma prothèse fait partie de moi »

    Nélia Barbosa : « Ma prothèse fait partie de moi »

    Nélia Barbosa a 19 ans lorsqu’elle décide de la date de son amputation de sa cheville droite. Ce sera le 6 novembre 2017. L’hiver se prête à une rééducation longue et son membre atteint de neurofibromatose, une maladie génétique, la fait souffrir depuis toujours. « Avant même de savoir si je pourrai marcher ou courir à nouveau, se souvient-elle en buvant un diabolo fraise, j’ai demandé au chirurgien si je pourrai continuer le canoë-kayak. »

    Quelques semaines après l’opération, son coach fait livrer au centre de rééducation le vieux canoë rose tout rafistolé de Nélia. Des images d’archives la montrent pagayant tout son soûl dans une piscine de dix mètres de longueur. « Pendant cette période, explique-t-elle, assise à la terrasse d’une brasserie à Nanterre, j’ai tenu un carnet de bord sur lequel je dessinais l’aventure que je traversais. Dernièrement, je l’ai parcouru, j’ai retrouvé des souvenirs oubliés. »

    Depuis, Nélia Barbosa, 24 ans, est devenue vice-championne paralympique et vice-championne du monde de course en ligne en canoë-kayak. Toute son énergie et sa volonté sont désormais tournées vers les Jeux olympiques de Paris en 2024, puis ceux de Los Angeles en 2028, et enfin ceux de Brisbane, en Australie, en 2032. Nélia concourt en catégorie handisport dans le circuit international, tout en se prêtant aux compétitions valides dans le circuit régional et national.

    « J’ai longtemps été intimidée par la compétition, aujourd’hui, je la kiffe ! » dit-elle en mordant dans sa bavette de bœuf, son péché mignon. Métisse, féministe, artiste, Nélia Barbosa apparaît comme une jeune femme de son époque, engagée en faveur de la protection de la nature qu’elle admire depuis son canoë, et pour un changement de regard sur les personnes handicapées. Avec son large sourire, son regard direct et ses colliers de perles, rien ne révèle son handicap si ce n’est une légère claudication.

    Nélia Barbosa : « Ma prothèse fait partie de moi »

    J’avais 18 mois lorsque la neurofibromatose a été diagnostiquée, je suis fière de cette enfant qui s’est construite avec cette malformation au pied droit.

    À écouter la jeune femme, l’amputation a été une étape douloureuse comme chacun en traverse. Nélia naît à Lisbonne (Portugal), en 1998, d’un père guinéen et d’une mère française. Elle garde de son enfance un souvenir merveilleux. « Mon père possédait une ferme où nous pouvions vivre dans la nature avec ma sœur Maëva. À l’école, il y avait une grande ouverture culturelle, mes amis étaient japonais, allemands, marocains. » L’enfant timide découvre le violon, le dessin au stylo et la peinture à la gouache lorsque la crise économique au Portugal rattrape sa famille. « J’avais 8 ans lorsque mon père a perdu son emploi, nous sommes venus vivre en France, à Champigny-sur-Marne. »

    Nélia s’acclimate peu à peu à son nouveau cadre de vie. « À l’école, je ne connaissais aucun chanteur, ni aucune publicité, raconte-t-elle. Et je ne comprenais pas comment on pouvait passer un week-end devant la télévision ou des jeux vidéo. » Le sport et la découverte du canoë-kayak lors d’un camp d’été en Corse aide la collégienne à canaliser son énergie débordante et à construire son cercle d’amis. À cette même époque, les médecins diagnostiquent au père de Nélia un cancer du foie. Il décède six mois plus tard. « Ma résilience, dit-elle, débute avec cette épreuve-là. »

    Rester assise de 8h à 17h, cela ne me convenait pas.

    Nélia garde un souvenir mitigé des années de lycée. Selon elle, le système scolaire français ne convient qu’à une minorité. « Au moment du bac, c’était compliqué pour moi ; rester assise de 8h à 17h, cela ne me convenait pas. » Son besoin de se dépenser l’a fait abandonner le violon. « Cet instrument était trop sage pour moi. » L’adolescente découvre qu’elle aime apprendre seule. « Je déteste la contrainte. Pourtant mon entraîneur aujourd’hui dirait de moi que je suis scolaire. »

    Surtout, les douleurs enflent sévèrement dans sa cheville droite, jusqu’à l’automne 2017 où l’évidence éclate. « Je me suis battue jusqu’au bout », dit-elle, lucide. Quand elle choisit la date du 6 novembre, une nouvelle étape de sa jeune vie s’ouvre. Aujourd’hui, sur son compte Instagram, en jupe ou en short, avec à la main sa pagaie, une haltère ou la médaille de chevalier de l’ordre national du Mérite, Nélia s’expose sans complexe avec ses différents modèles de prothèse. L’une est composée d’une lame recourbée pour la course, l’autre reconstitue son pied et sa cheville pour les déplacements quotidiens.

    « Je veux rendre mon handicap visible, explique-t-elle. Lorsque je suis photographiée, il ne me viendrait pas à l’idée d’ôter mes lunettes. Pourquoi devrais-je cacher ma prothèse ? Elle fait partie de moi. Mon handicap a toujours existé mais, auparavant, il ne se voyait pas. »

    Si les prothèses permettent à Nélia d’être autonome dans tous les domaines de sa vie, leur coût reste élevé et conditionne sa participation aux compétitions. En 2021, alors que les Jeux olympiques de Tokyo se profilent, Nélia a besoin d’une troisième prothèse adaptée à la course en ligne dont le prix s’élève à 7 000 euros. « J’avais peu de sponsors, se souvient-elle. J’ai lancé ma propre levée de fonds sur Internet. » Elle y décrit son amour de la glisse et de la vitesse, ses études en graphisme, son goût pour la persévérance et le dépassement de soi. Cent cinquante-sept contributeurs sont au rendez-vous qui offrent à l’athlète 13 455 euros.

    Depuis, les victoires s’enchaînent et plusieurs sponsors soutiennent la championne désormais debout sur les podiums internationaux. « Tous les jours, je peux tout faire seule ; je n’ai besoin de personne et cela me va bien », conclut-elle alors qu’elle se lève pour rejoindre son lieu de stage de l’autre côté de l’avenue. Nélia a souhaité poursuivre en alternance sa licence en graphisme, pour garder une vie sociale et par amour pour le dessin et le design contemporain. « Aujourd’hui, je vis seule, fonder une famille ne fait pas partie de mes projets. » Elle exprime sa reconnaissance envers ceux qui l’entourent et la préparent physiquement. « Ils me disent “tu es la meilleure”, ils me répètent “tu vas gagner, tu vas en baver mais tu vas gagner”. »

    Optimiste et lucide, la jeune femme s’interdit de se réjouir trop vite, elle connaît les revers de la vie. Elle poursuit son chemin, fidèle à ses choix. Lors de son dernier anniversaire, Nélia s’est offert un violon.

  • Partir avec des ados : 3 conseils pour des vacances réussies

    Partir avec des ados : 3 conseils pour des vacances réussies

    Une mèche, des bagues et un panneau « interdit d’entrer » collé sur la porte de la chambre. Si à première vue le spécimen semble facile à cerner, la réalité est toute autre : loin des clichés, l’adolescent est une créature complexe, qui fait le bonheur tout autant que le désarroi de ses chers parents. Alors, quand sonne l’heure des vacances, le casse-tête est souvent de taille : « Si le quotidien se passe bien, que le lien est de qualité avec les parents, il y a de fortes chances pour que l’ado soit content de partir en famille, analyse Aline Nativel Id Hammou, psychologue clinicienne spécialiste de l’adolescence. D’autres fois, son entrain dépend de la destination, des personnes présentes (y a-t-il des membres de la famille hors du noyau nucléaire, comme les cousins par exemple ?), de la possibilité d’aller en camp de vacances avec ses copains la semaine d’après… Dans d’autres configurations, le contexte familial et la question matérielle ou financière peuvent créer de la frustration, voire de la déception ». Que son ado soit grincheux ou friand d’aventures, comment faire en sorte que les vacances en famille soient un moment apaisé pour tout le monde ? Quelques astuces simples permettent de mettre toutes les chances de son côté.

    Les ados sont très réceptifs au principe du donnant-donnant : je te fais plaisir et, en retour, tu me fais plaisir.

    Aline Nativel Id Hammou, psychologue clinicienne spécialiste de l’adolescence

    Inclure son ado dans les préparatifs

    Sophie et Marc sont les heureux parents de Zach, 15 ans et Roxane, 13 ans. Depuis quelques années, quand vient le printemps, ils ont pris l’habitude d’organiser des réunions de famille pour planifier les vacances : « On s’assoit autour d’une table et on expose nos préférences. Plutôt campagne, mer ou montagne ? Chacun vient avec ses arguments et parfois même ses photos à l’appui. Ensuite on débat, puis on vote pour la meilleure proposition ! En excluant ce qui ne colle pas en termes de budget. » Ces moments de décision collective leur permettent d’inclure les ados à la réflexion. « Ils se sentent écoutés et n’ont pas l’impression de subir les vacances. Le but c’est que tout le monde y trouve son compte ! », résume Sophie. Un très bon réflexe, selon Aline Nativel Id Hammou : « C’est un projet de famille, alors il est bon de faire un point ensemble pour réunir les envies, les centres d’intérêt, les besoins, les désirs de chacun, et trouver des compromis quand c’est nécessaire, sur le choix de la destination, des activités, de la durée du séjour… » Le tout crée un cercle vertueux, appuie l’experte : « Plus on les implique, plus les ados ont envie de participer ! »

    Plus on anticipe l’organisation, plus on évite le conflit.

    Aline Nativel Id Hammou, psychologue clinicienne spécialiste de l’adolescence

    Poser un cadre

    Pour éviter les frustrations sur place, la psychologue recommande également de bien définir le cadre en amont. Cela passe, notamment, par se mettre d’accord sur ce que l’on attend des vacances pour éviter les mauvaises surprises. Car ce qui fait le bonheur des uns ne fait pas forcément celui des autres : « Pour moi, le plus important, c’est de pouvoir me reposer. Mon idéal de vacances, c’est de bouquiner sur la plage, ce que je n’ai jamais le temps de faire le reste de l’année », confie Emmanuelle. Son fils Diego, 13 ans, n’a pas exactement les mêmes envies : « Il aime se dépenser, jouer au badminton, faire de la voile… Parfois tout cela est difficile à concilier, et ça crée des frustrations des deux côtés. » C’est donc là que la cadre intervient : « Plus on anticipe l’organisation, plus on évite le conflit. Si chacun exprime ses attentes en amont et qu’on définit un cadre auquel tout le monde adhère, il n’y a pas de mauvaises surprises », abonde Aline Nativel Id Hammou. Pareil pour les sujets fâcheux, comme l’heure du coucher : « Se mettre d’accord sur les horaires auxquels l’ado peut rentrer le soir, ça permet, une fois sur place, de justifier un refus quand il demande à changer les règles. On peut aussi mettre en place certaines choses comme de l’argent de poche, quand on en a les moyens. Ça permet de l’autonomiser et de le responsabiliser », conseille la psychologue.

    Lâcher prise et créer du lien

    Donner un cadre ne veut cependant pas dire être rigide : « Parfois, le conflit est inévitable. C’est aux adultes de lâcher prise, de se mettre “en mode vacances”. Outre les frictions sur la sécurité ou la mise en danger, on peut se montrer souple sur le reste. Au quotidien, il y a déjà beaucoup de choses que l’on impose aux enfants, en raison du cadre éducatif, des obligations scolaires, de nos exigences professionnelles… Les vacances sont censées relever d’une dynamique de plaisir et de détente », nuance l’experte.

    Sophie et Marc l’ont bien compris : s’ils ne le font pas forcément durant l’année, ils veillent par exemple à laisser leurs ados faire la grasse matinée pendant les congés. Et cela vaut aussi pour les moments de partage. Les vacances permettent de tisser d’autres liens avec son ado, à condition de choisir des activités qui font plaisir à tout le monde. Si son enfant a une peur bleue des sports aquatiques, pourquoi vouloir à tout prix l’initier au rafting ? « Les vacances en famille permettent de se redécouvrir en dehors des exigences du quotidien, de se rapprocher, de parler d’autres sujets… » conclut Aline Nativel Id Hammou. À condition d’y mettre chacun du sien !

    L’Essentiel de l’article

    Organisez les vacances avec votre ado pour que chacun y trouve son compte

    Partir ensemble, ne signifie pas passer tout votre temps ensemble

    Parents, essayez de lâcher prise ! Les vacances ne doivent pas être source de conflit

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  • Parmi les adeptes de skate, « la nouvelle génération arrive en force »

    Parmi les adeptes de skate, « la nouvelle génération arrive en force »

    À l’abri de la pluie, sous des barnums utilisés pour se protéger d’un soleil éblouissant quelques heures plus tôt, des enfants âgés d’une dizaine d’années dessinent sur leurs planches de skate avec des feutres. Certains portent des chaussures dédicacées par leurs idoles, d’autres sont vêtus de tee-shirts des marques emblématiques de la discipline. Emy, tee-shirt blanc extra-large et bob noir sur la tête, arbore fièrement ses baskets signées des mains de son skateur favori, le Havrais et multi-champion de France Joseph Garbaccio. Adepte de la planche à roulettes depuis deux ans, la jeune fille de 9 ans accompagne sa sœur aînée, Lilou Jupille, 17 ans, championne régionale Centre – Val-de-Loire, aux championnats de France à Pau. C’est elle qui l’a initiée et elles s’entraînent aujourd’hui au club Les Enfants du Skate et du Ride, à Châteauroux.

    Lire aussi : Skateboard et enfant : prévenir les risques pour qu’il pratique en toute sécurité

    Entre les passages des participants, Emy s’exerce sans relâche sur des rampes installées aux abords du skate-park. La jeune skateuse préfère la discipline du « street », « plus technique », qui consiste à faire des figures (« tricks ») en utilisant le mobilier urbain, à celle du « bowl », qui se pratique dans une grande cuvette toute en courbures. La semaine passée, elle concourrait aux championnats de France de street à Perpignan. « Ça lui a permis de voir le niveau des autres, à l’échelle nationale », affirme sa sœur Lilou.

    19 filles et 43 garçons

    Ici, le long de la voie ferrée, une centaine de skateurs vont s’affronter pendant trois jours pour le titre de champion et championne nationale de skate en bowl, sous le regard de plusieurs centaines de spectateurs. Les compétiteurs viennent de toute la France : des Sables-d’Olonne, de Pornichet, de Paris, de Marseille, de Bordeaux, et même de La Réunion. Champions et amateurs se côtoient dans une ambiance très détendue. David Lefebvre, président de l’association Skab, le club palois qui accueille la compétition, s’en réjouit : « Nous avons des champions, comme les Marseillais Vincent Matheron et Tom Martin ou la jeune Leucatoise Louise-Aïna Taboulet. » Les jeunes de moins de 16 ans sont nombreux à concourir pour les qualifications en demi-finale : 19 filles contre 43 garçons. Dans la catégorie des plus de 16 ans, les filles, au nombre de 12, se présenteront directement en demi-finale.

    Les skateuses en force

    Sur place, plusieurs entraîneurs le constatent : le développement des compétitions officielles a attiré de nombreux jeunes dans les clubs, notamment des filles. Maxime Blandin, entraîneur au club Roulettes Mates, aux Sables-d’Olonne, partage cet avis. « Quand j’ai commencé le skate, il y avait très peu de compétitions, mais cette visibilité donne aujourd’hui envie à des jeunes de se lancer. » Son école compte 150 adhérents et 96 licenciés, dont beaucoup d’adolescents et d’enfants, et environ 30 % de filles. « Elles ne sont pas encore aussi nombreuses que les garçons, mais leur niveau a énormément augmenté en deux ans », affirme-t-il.

    Dans le club palois, David Lefebvre recense aussi environ 35 % de filles parmi ses élèves. Lilou, elle, est la seule fille de plus de 16 ans dans son club castelroussin, « c’est énervant, on ne peut pas se confronter aux autres filles de notre âge ». Parmi les moins de 16 ans, en revanche, elles sont en nombre, « la nouvelle génération arrive en force ! ». D’ici peu, elle souhaiterait passer son Brevet d’initiateur fédéral (BIF), un diplôme permettant d’encadrer bénévolement un cycle de découverte du skateboard. Son entraîneur, Éric Dimeck, s’enthousiasme : « Elle est super motivée, ça fait plaisir. »

    Entraînements intensifs

    Si les concurrents viennent de tout l’Hexagone, ils ne bénéficient pas des mêmes conditions d’entraînement. Marion Terrien, 15 ans, est originaire de Pornichet. Depuis sa découverte du skate, lors du premier confinement, elle n’a pas quitté sa planche. Elle s’entraîne tous les jours, « quand il ne pleut pas ». Le bowl le plus près de chez elle est à Saint-Nazaire, mais il est très fréquenté. « Je m’entraîne en vacances et sur la mini-rampe que l’on a installée chez moi. »

    Dans son club, Lilou a la chance de pouvoir s’entraîner sur une « méga-rampe verticale », mais a été impressionnée, en arrivant à Pau, par l’infrastructure. « Leur bowl a des courbes très pentues, à l’américaine. Dans le nôtre, on n’a pas autant d’amplitude ; pour apprendre à bien mener les courbes, c’est plus difficile », explique-t-elle. Dans la pratique du skate en bowl, les Marseillais dominent. « Il y a toute une culture du bowl là-bas, avec celui du Prado, qui est une institution », ajoute la championne régionale. À l’issue de la compétition, trois Marseillais se partagent le podium dans la catégorie des garçons de plus de 16 ans : Vincent Matheron, Jean Pantaleo et Tom Martin.

    Compétition et communauté

    Tout sourire, Marion s’élance dans le bowl. À sa sortie, son amie Naomi De Souza, la félicite. Pour les deux jeunes, qui se sont connues le jour-même et se sont préparées ensemble, la compétition est aussi un prétexte pour rencontrer les autres adeptes de leur discipline. « On se suit quasiment tous sur les réseaux sociaux », affirme Naomi. La championne Louise-Aïna Taboulet, âgée de 13 ans et surclassée dans les plus de 16, apprécie aussi le skate pour son aspect communautaire. « Quand tu réussis un run, tout le monde vient te féliciter ! » Habituée des compétitions, celle qui fréquente les skate-parks depuis l’âge de 5 ans s’est placée en 19e position aux Championnats du monde à Dubaï en février dernier. L’an dernier, elle remportait le titre de championne de France de skate en bowl dans les moins de 16 ans, cette année, c’est dans la catégorie au-dessus qu’elle accède à la première place.

    La technicité des skateurs de moins de 16 ans, Julien Laurent, docteur en sociologie et auteur de Le skateboard, analyse sociologique d’une pratique physique urbaine (L’Harmattan, 2012) la considère également au prisme de nouvelles méthodes d’apprentissage. « Il y a une précocité dans l’apprentissage avec des enfants capables d’apprendre énormément entre 7 et 9 ans : ils s’y mettent de plus en plus tôt et bénéficient d’un accès aux connaissances techniques que nous n’avions pas grâce à Internet. Tout est décrit, décortiqué, analysé, expliqué, observable. Dans les années 90, il fallait plusieurs mois pour apprendre une figure basique que nous ne pouvions parfois voir qu’en photo », souligne-t-il.

    La culture du skate

    Au-delà de la pratique sportive, le skate s’inscrit dans une culture bien particulière. Comme l’atteste Julien Laurent : « le skateboard, c’est bien plus qu’une simple activité physique urbaine, c’est un élément prépondérant de l’identité et de la culture de celui qui le pratique. » Pour Emmanuel Camusat, enseignant à l’école des Beaux-Arts de Châteauroux et skateur depuis ses 16 ans, le skate est une affaire de transmission. Venu à Pau pour accompagner ses deux fils, à qui il a appris à se tenir sur une planche « depuis qu’ils savent se tenir debout », le quinquagénaire castelroussin constate l’évolution des pratiques : « Quand j’ai commencé le skate, on ne disposait pas de toutes ces infrastructures, on construisait des mini-rampes dans des lieux désaffectés, on apprenait à bricoler le bois et à utiliser une perceuse ».

    Il transmet aujourd’hui ces pratiques à ses enfants et à ses étudiants. La culture du skateboard est aussi indissociable de la ville. « Les skateurs ne conçoivent leur pratique que dans la rue, dans cet environnement qui n’est pas fait pour et qu’ils doivent exploiter pour faire en sorte que l’activité arbore sa totale dimension créative et culturelle », souligne Julien Laurent. Le rapport à la ville en est modifié, les bancs deviennent des obstacles, les rampes d’escaliers des endroits « skatables ». « Le sculpteur et skateur suédois Pontus Alv est dans cette approche : il bétonne les bâtiments pour les rendre skatables, il les “corrige”, en quelque sorte », ajoute Emmanuel Camusat.

    Les JO à l’horizon

    Si le développement des compétitions permet de recruter davantage de jeunes, la présence d’épreuves de skate aux Jeux olympiques et les tournois mondiaux ne suscitent pas l’adhésion de tous les pratiquants. Julien Laurent, lui, déplore l’importance d’enjeux financiers liés à ce qui « n’est pas un sport ». Pour Emmanuel Camusat, cette institutionnalisation revêt plusieurs aspects. « Cela peut donner un prétexte aux municipalités de contrôler le skate de rue, en sommant les skateurs de s’entraîner uniquement dans les lieux “dédiés”, c’est-à-dire les skate-parks », souffle-t-il. Mais pour le papa de deux skateurs qu’il accompagne lors des championnats, le problème n’est pas tant l’organisation de compétitions que la pression d’obtenir des résultats. « On peut faire de la compétition pour s’amuser, sans objectif de performance. »

    Ainsi ces trois enfants s’entraînent sur les rampes à l’entrée du skate-park. Louis et Nino ne se sont pas qualifiés pour les demi-finales, mais sont « contents d’être là ». « Moi, je suis arrivé dernier mais je m’en fiche, au moins j’ai participé », s’exclame l’un d’eux. Pour se détendre, ils font un « out », un jeu entre skateurs qui consiste à imposer une figure aux autres participants. « On fait un indy ! proclame-t-il en parlant de cette figure aérienne consistant à saisir le milieu de sa planche. C’est au tour de qui ? »

     

    Reportage réalisé par Emma Flacard lors des championnats de France en discipline bowl du 2 au 4 juin 2023

  • La zoothérapie, pour qui et pourquoi ?

    La zoothérapie, pour qui et pourquoi ?

    Trois chiens, un chat, un paon, un bouc nain, trois chèvres, un cochon nain, un cochon vietnamien, une ânesse, des lapins, des poules, un lapin nain… Bienvenue dans la ferme thérapeutique de Cendrine Funel, où de nombreuses familles et personnes fragiles viennent passer du bon temps ! C’est à une trentaine de kilomètres de Lyon, à Mornant plus exactement, que cette zoothérapeute a installé son petit paradis animalier pour aider au mieux ceux qui en ont besoin. Car après avoir été infirmière une bonne partie de sa vie, cette quinquagénaire a décidé de faire de sa passion son métier, dans une perspective de soins ou d’accompagnement.

    Une chèvre en laisse, des poussins en liesse

    « Écoute, mémoire, concentration, développement et maintien des fonctions cognitives, estime de soi, socialisation, contacts, échanges, acceptation des différences, équilibre, mobilité… Les animaux offrent des bénéfices incommensurables à l’être humain, c’est indéniable », explique Cendrine qui a été formée à l’Institut de Zoothérapie International, qui dispose également d’une certification d’entraîneur canin et qui propose depuis cinq ans des séances de médiation animale régulières à diverses structures en tant qu’autoentrepreneuse. Déjà très utilisée dans certains pays comme le Canada et de plus en plus en France, la zoothérapie englobe toutes les interventions assistées par l’animal lors de sessions individuelles ou collectives encadrées par un spécialiste de la médiation animale.

    L’homme en souffrance à tant de choses à gagner, au contact des bêtes. 

    Cendrine Funel, zoothérapeuthe

    En Ehpad (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), à l’hôpital ou en clinique (surtout pour les soins palliatifs), dans les prisons, pour les associations de personnes handicapées (notamment les enfants), etc. Toutes ces structures hébergeant des personnes en difficulté peuvent bénéficier des apports des animaux, des plus petits au plus imposants, sans oublier les oiseaux. « En général, c’est plutôt la personne bénéficiant de la séance qui sélectionne les animaux qui vont l’accompagner en choisissant ceux avec qui elle se sent bien, explique Cendrine. J’ai beaucoup d’animaux et je peux proposer des races variées. Cohésion du groupe et respect des consignes avec les jeunes, temps de relaxation en se couchant dans le foin avec les lapins… En ce moment, j’ai des poussins à la ferme : c’est extraordinaire comme ils captent l’attention ! Pour les patients qui ont une mobilité réduite, c’est moi qui me déplace. Parfois, je me rends dans des structures avec ma chèvre à qui j’ai appris la marche en laisse ! Mes animaux jouent à leur manière le rôle de psychologues auprès des patients, qui parlent volontiers avec eux. Chacun y trouve son compte. »

    Des animaux pour retrouver son autonomie

    Cécile, éducatrice spécialisée depuis sept ans, raconte comment cela se passe : « Pour nos jeunes âgés de 17 à 25 ans qui ont des troubles du spectre autistique, nous travaillons depuis trois ans avec une zoothérapeute. Tous les mercredis après-midi, nous avons une séance d’une heure de 16h30 à 17h30 pour deux groupes (un de six et un de sept). Elle se passe en trois temps. Premier temps : le temps d’accueil des chiens, avec caresse et brossage à tour de rôle. Deuxième temps : une balade autour de l’établissement d’une vingtaine de minutes avec les bergers allemands, chacun prenant la laisse et participant à du lancer de balle. Puis, au retour, le troisième temps : on discute, on verbalise et on raccompagne les chiens au véhicule. Pendant la séance, on s’aperçoit que certaines personnes se calment et parviennent à se poser avec l’animal, même sans être en contact direct avec lui. Généralement, on voit que ça détend les personnes. Mais la régularité a une importance capitale, c’est primordial qu’il y ait une constance. L’évolution et la progression prennent du temps. »

    Des bénéfices visibles

    Cécile explique comment sont appréciés les bénéfices de ces séances : « On remplit une fiche d’évaluation par résident à la fin de chaque séance avec les objectifs atteints ou non et une échelle de cotation. Tenir la laisse, nourrir l’animal, prendre soin de lui, oser les caresses, est-ce qu’il le fait seul, est-ce qu’il a eu besoin d’une présence physique, est-ce qu’il y a au contraire eu des problèmes… Ça nous permet d’évaluer où en est le patient, et sur quoi on doit encore travailler. Dans un premier temps, on a des objectifs généraux : capter l’attention de la personne ou de l’animal, demander de l’aide, savoir s’adapter face aux différentes situations, accomplir une tâche demandée pendant un temps requis… Après, on affine au cas par cas : chercher l’acceptation de l’animal près de soi, proposer un cadre relationnel et sécurisant avec l’animal, favoriser la communication et la concentration sur une tâche… Certains ont, au niveau sensoriel, une hypo ou une hypersensibilité. Au toucher, par exemple. Donc on les accompagne, avec la dynamique de groupe, dans leur tolérance aux poils du chien. Au début, c’est compliqué. Puis, avec la confiance et le temps, ils parviennent à tenir la laisse seuls. Nous avons l’exemple d’un jeune qui a vraiment bien évolué. Lorsqu’on va à la ferme pédagogique en fin d’année avec chaque groupe, il apprécie énormément. La présence du moindre animal le met en joie. Il est devenu serein. Ces séances ont en remplacé le traitement préventif qu’il prenait pour les troubles du comportement. »

    Un discours qui n’étonne pas Pauline Mayel, ex-infirmière elle aussi, qui exerce également à son compte dans le Rhône à Irigny. « La médiation animale permet de créer du lien, de s’éveiller et de progresser, amorce l’experte trentenaire. Il s’agit d’un soin alternatif non médicamenteux que l’on pratique à l’aide d’animaux familiers consciencieusement sélectionnés et éduqués dans l’environnement immédiat des personnes. Les objectifs principaux ? Favoriser la relation et les échanges avec autrui, mais aussi éveiller des réactions visant à maintenir ou à améliorer le potentiel global (à savoir cognitif, physique et psychosocial ou encore affectif). »

    La zoothérapie, pas du pipi de chat !

    Pour Pauline, ses compagnons de route qui la suivent non-stop dans son quotidien sont une grosse trentaine : vingt cochons d’Inde, quatre poules naines, six lapins de race différente, une lapine naine et une chienne. « Avant même que je ne devienne zoothérapeute, j’avais déjà observé les bénéfices de l’animal au contact de l’être humain. Pour moi, mais aussi pour mes proches. Quand je rentrais de mon travail au bloc opératoire des urgences, où je voyais des choses très difficiles et où il y avait beaucoup de pression ainsi que de souffrance humaine, me connecter avec mes petits protégés me faisait énormément de bien. Passer des moments simples, comme les caresser ou leur donner à manger, me détendait énormément, précise celle qui est zoothérapeute depuis un an. En soins palliatifs, j’ai parfois vécu des moments de grâce lorsque mon chien montait sur le lit de personnes qui allaient bientôt partir et qui profitaient d’un instant de répit. Le moment est beau et les malades le ressentent, ça ne s’explique pas. Dans certains Ehpad, des patients victimes de pathologies neurodégénératives assez poussées et qui ne s’expriment plus sont tout à coup super présents pendant la séance avec les animaux. Ils se remettent à parler, ils sont contents… Ils sont réveillés, ils sont là ! On sent que quelque chose se passe, indiscutablement. »

    « Ça me fait un bien fou, je vais bien dormir ce soir. Vous savez, rien que le contact avec la fourrure me fait du bien. L’importance du toucher… Ça me manque, les animaux. »

    Mme C., 95 ans

    Qui plus est, la médiation animale est accessible aux populations isolées. En témoignent l’expérience de Mme C., 95 ans qui vit seule chez elle et sans famille, une aide à domicile ou des IDE pour seules visites, comme le rapportte Pauline Mayel : « La zoothérapie lui apporte beaucoup de joie chaque mois. Elle s’installe dans son fauteuil en position inclinée avec Pepito le cochon d’Inde sur sa poitrine, ils discutent et parfois piquent une sieste ensemble… Elle prépare toujours une carotte en prévision de sa visite. » La zoothérapie, une approche au poil !

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    L’Essentiel de l’article

    • La zoothérapie est un soin alternatif et complémentaire au parcours médical classique
    • Chien, chat, chèvre, lapin, cheval, poule, cochon : de nombreuses espèces peuvent aider à retrouver une autonomie ou une sérénité
    • Les zoothérapeuthes interviennent dans des structures telles que les Ephad, les hôpitaux, les associations de personnes handicapées, les prisons…

     

  • Au barbecue aussi, les clichés ont la peau dure

    Au barbecue aussi, les clichés ont la peau dure

    Quelques rayons de soleil suffisent pour que les Français et les Françaises redonnent un coup de jeunesse à leurs extérieurs et y installent le barbecue. Aujourd’hui, ils sont plus de 60 % à en posséder un (1)(au gaz, au charbon ou en plancha). Bien que cette activité ait le vent en poupe, de nombreux préjugés circulent encore. Exemples : « C’est pour celles et ceux qui ne savent pas cuisiner » (bien au contraire, la cuisine en extérieur est un art). Ou encore : « Ça empeste » (sauf si on l’utilise correctement). Mais ces idées reçues ne sont pas les plus répandues. En revanche, les trois qui font le plus de résistance, représentent parfaitement les inquiétudes de l’époque.

    1 La qualité de l’air au barbecue

    Beaucoup pointent du doigt le barbecue comme étant un polluant. Ce que confirme la Fédération ATMO Auvergne Rhône-Alpes, qui évalue la qualité de l’air : les barbecues au charbon de bois relâchent du dioxyde et du monoxyde de carbone ainsi que des particules fines. Pour donner une idée, l’usage d’un kilogramme de charbon de bois est responsable de l’émission de 3,7 kg de CO2 (2). Sans surprise, l’environnement n’est pas le seul touché : cette méthode de cuisson émet également des substances toxiques comme les Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), reconnus cancérigènes probables. Mais à tout problème, il y a une solution : il existe notamment un charbon de bois dit « écologique » fait par exemple à base de coques de noisettes et de noyaux d’olives. Le plus efficace reste visiblement le barbecue au gaz puisque ce dernier émet 500 fois moins de particules fines (PM10) et 100 000 fois moins de Benzo(a)pyrène, un hydrocarbure cancérigène. Bref, des chiffres qui donnent à réfléchir…

    2 Le barbecue : « une affaire d’hommes »

    Le stéréotype numéro deux apparaît on ne peut plus clair. On se souvient d’ailleurs tous des propos de la députée EELV Sandrine Rousseau qui avait, permettez l’expression, soufflé sur les braises en affirmant que le barbecue était un « symbole de virilité ». Si personne n’a envie de faire éternellement persévérer le cliché de l’homme rôtisseur, de l’as de la plancha, du balaise-braises, du champion des tisons ou du roi des grillades, force est de constater que la pratique du barbecue au féminin reste encore assez rare. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : informe que chez les jeunes, 23 % des hommes considèrent que « le barbecue est une affaire d’hommes » (3). Un taux qui monte à 32 % chez les 25-34 ans.

    Pour tenter de percer le mystérieux mais ancré « t’inquiètes, je gère le barbeuk », les sociologues s’y donnent à cœur joie : une fascination pour le feu – bien que les femmes en étaient les gardiennes –, un rapport viril à la viande, mais tous – ou presque – s’accordent à dire que le barbecue renvoie surtout à une répartition des rôles très genrée datant de la préhistoire

    « Les hommes chassent le mammouth pendant que les femmes partent à la cueillette, vulgarise la professeure d’histoire Valérie Piette à la RTBF. Au-delà de ce rapport viril au feu, poursuit-elle, si les hommes monopolisent le barbecue, c’est surtout parce qu’ils se sentent investis d’un rôle de chef de tribu. Le barbecue est un repas festif et exceptionnel qui se passe à l’extérieur, au vu et au su de tous. Alors que les femmes sont généralement en charge de la cuisine répétitive et contraignante du quotidien qui se déroule plutôt à l’intérieur. »

    Si l’on suit le raisonnement de Valérie Piette, le barbecue ne serait donc pas seulement un objet, mais aussi « un lieu de pouvoir ». Mais bonne nouvelle : les choses seraient déjà en train d’évoluer. C’est en tout cas ce qu’observe Jean-François Dupont, président de la Fédération française de Cuisine en Extérieur, qui organise tous les ans – depuis 2013 – le Championnat de France de Barbecue. Selon ce dernier, de plus en plus de femmes s’illustrent dans cette compétition adressée aux as de la cuisson. Parmi elles, l’unique team 100% féminine « Filles à Côtelettes ».

    32 % des 25-34 ans

    pensent « le barbecue est une affaire d’hommes »

    3 Le barbecue : de la viande, quoi d’autre ?

    Enfin, nombreux croient – à tort – que le barbecue se résume aux merguez, aux brochettes de poulet et autres ventrèches. Solène connaît la chanson. Végétarienne depuis maintenant trois ans, cette jeune étudiante a dû longtemps s’adapter. « Très souvent, le barbecue végé se finissait par un steak de soja à la poêle…, rit-elle un peu crispée. Récemment, j’ai fait un barbecue chez des amis. Ils avaient évidemment prévu de la viande, mais aussi des légumes super bien assaisonnés ! Je me souviens qu’ils m’aient dit : “C’est vrai qu’avant, on avait tendance à dire : ‘Juste des légumes, ce n’est pas un vrai barbecue !’” Voir des carnivores admettre que des alternatives existent et revenir sur leurs propres critiques, preuve que les choses évoluent. »

    Les végétariens et vegans ne manquent pas d’idées pour varier les plaisirs. Pour le barbecue, les accompagnements deviennent souvent les plats principaux mais il est aussi possible de se procurer du fromage ou encore de la « viande » végétarienne telle que le tofu, le seitan ou le tempeh. Ce à quoi quelques cyniques répondront : « Oui, mais ça manque de goût… » Voilà pourquoi, il est fortement recommandé de les faire bien mariner avant de les griller. Il en va de même pour les clichés.

    L’Essentiel de l’article

    • 62 % des Français possèdent un barbecue (au charbon, au gaz ou en plancha)
    • 32 % des 25-34 ans pensent « le barbecue est une affaire d’hommes »
    • De nombreuses options végétariennes existent pour profiter aussi du barbecue !

    (1) BVA 2022

    (2) Natura Sciences

    (3) Baromètre 2023 du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE)

  • Il fait (trop) chaud ? 5 conseils pour bien manger et s’hydrater

    Il fait (trop) chaud ? 5 conseils pour bien manger et s’hydrater

    1 Risque de canicule ? Buvez de l’eau, beaucoup d’eau !

    C’est le b. a.-ba, et pourtant seul 45% des Français (1) boivent assez d’eau chaque jour. En temps normal, il est recommandé de boire au moins 1,5 litre d’eau par jour pour un adulte et au moins 1 litre pour un enfant. Et en cas de canicule, il faut compter le double.

    Veillez donc à toujours avoir de l’eau à portée de main : bouteille ou eau du robinet, peu importe ! Soyez attentifs : chez les bébés, les jeunes enfants et les personnes âgées, la sensation de soif est atténuée. Il faut donc veiller activement à maintenir une bonne hydratation en buvant de façon très régulière (toutes les heures).

    65 %

    du corps humain est constitué d’eau. C’est dire l’importance de bien s’hydrater !*

    2 Café, alcool, sodas : à éviter !

    Évidemment, toutes les boissons ne se valent pas pour étancher la soif. Certaines, comme le café et les boissons alcoolisées ont même l’effet inverse : parce qu’elles sont diurétiques, elles déshydratent plus qu’elles n’hydratent. Idem pour les sodas, trop sucrés, qui provoquent une perte d’eau. Elles sont donc à consommer avec encore plus de modération que d’habitude en cas de grosses chaleurs.

    Sportifs, oui à l’eau (pas trop) sucrée

    Le sucre favorise l’absorption de l’eau par l’organisme. Si vous faites du sport par forte chaleur (ce n’est pas conseillé mais c’est vous qui voyez), il est donc possible d’ajouter du sucre à l’eau (environ 30 g/L) pour augmenter son pouvoir réhydratant. Attention, si la boisson est trop sucrée (soda) l’effet inverse se produit : elle devient déshydratante.

    3 Les fruits et légumes, sources d’eau

    Sur les 2,5 litres d’eau dont notre corps a besoin au quotidien pour maintenir son niveau d’hydratation, 1 litre est apporté par l’alimentation. Stars de l’été, les fruits et légumes sont nos alliés privilégiés en temps de canicule ! Frais, légers, ils sont très riches en eau et constituent donc une excellente source d’hydratation. Privilégiez les fruits et légumes moins riches en sucres comme le concombre, le melon, la pastèque, la tomate, la courgette, l’aubergine ou la laitue. À vous les salades composées, goûteuses, pleines de vitamines, faciles à réaliser et que vous pouvez varier à l’infini au gré de vos envies.

    4 Des féculents pour l’énergie

    L’appétit a souvent tendance à diminuer avec la chaleur, et pourtant le corps a toujours besoin d’énergie ! Il est donc important de conserver une alimentation équilibrée pour lui apporter tout ce qu’il lui faut : des fruits et légumes certes, mais aussi des féculents (riz, pâtes, pommes de terre, légumineuses) pour carburer toute la journée !

    C’est extrêmement important pour les enfants, les seniors et les personnes ayant un métier physique ou une activité sportive soutenue. Les légumineuses (lentilles, pois, haricots rouges ou blancs, fèves, pois chiches, etc.) sont particulièrement intéressantes car elles sont également riches en fibres, en protéines, en vitamines (B, PP et C notamment) et en oligo-éléments.

    5 Moins de viandes, plus d’oeufs et de yaourts

    Parce que les protéines peuvent être difficiles à digérer quand il fait chaud, mieux vaut limiter la consommation de viandes grasses. Les œufs sont une bonne alternative, de même que les crustacés, coquillages et poissons blancs. Enfin, les yaourts, constitués de 75 à 90 % d’eau, peuvent être consommés sans problème même en pleine canicule.

    Lire aussi : Comment consommer la viande de façon responsable ?

    L’Essentiel de l’article

    • Buvez au moins 3 litres d’eau par jour.
    • Évitez le café, les boissons alcoolisée et les sodas.
    • Boostez votre consommation de légumes et de fruits.
    • Consommez des féculents et de légumineuses pour l’énergie.
    • Limitez la viande. Préférez les oeufs, poissons et crustacés.

    (1) Credoc pour l’EHI (Institut européen de l’hydratation), « 1,5 litre de boissons par jour, c’est pas la mer à boire »,

  • Écrans et perte de contrôle : un danger pour les jeunes  ?

    Écrans et perte de contrôle : un danger pour les jeunes  ?

    Une saturation d’écrans

    Omniprésents dans notre quotidien, tant sur le plan social que professionnel, les écrans prennent même une place de plus en plus importante dans la vie des jeunes. 42 % des 15-30 ans passent au moins six heures devant un écran quotidiennement, et 13 % en passent dix ou plus. Un chiffre constant par rapport à 2022, mais qui confirme une hausse post-confinement.

    Faut-il s’inquiéter – et à quel moment ? Quand peut-on parler de surconsommation, ou même d’addiction ? En réalité, comme l’explique la psychologue Karine de Leusse, il faut surtout se demander ce qui se cache derrière ce temps d’écran. « Le temps passé est un premier signe, explique-t-elle. Pourtant, l’indicateur majeur, c’est la difficulté à se détacher de l’écran. Si cela s’avère difficile, il faut commencer à se poser des questions. » En particulier en ce qui concerne les adolescents, en période charnière de leur développement. C’est ce que constate Florian, père d’une fille de 16 ans, plutôt désemparé : « C’est le principal sujet de fâcherie entre nous. Elle a toujours une bonne raison de garder son téléphone, pendant ses devoirs ou même dans son lit. La limitation pure et simple ne fonctionne pas : elle le vivrait comme une punition, qui ne ferait que renforcer son désir d’écrans. »

    36 % des jeunes ont ressenti une perte de contrôle

    face à leurs écrans au moins vingt fois durant l’année écoulée. (1)

    Des applis qui font perdre le contrôle

    Autre facteur alarmant : la perte de contrôle. 70 % des jeunes interrogés avouent l’avoir ressenti au moins une fois. C’est le cas de Robin, community manager de 26 ans. « Entre mon travail et mes loisirs, je peux vite monter à douze heures d’écrans par jour, raconte-t-il. J’ai un écran au moment de me coucher et je me réveille avec un écran. Forcément, je me dis que c’est excessif, mais en fait je ne le vis pas comme ça. » Car une fois rentré du travail, les écrans deviennent pour Robin un moyen de décompresser. « Quand je regarde une longue vidéo YouTube, ou que je joue à un jeu qui me plaît, c’est un temps choisi, dont je ressors enrichi. » La perte de contrôle arrive plutôt quand ce temps est subi : « Quand je passe deux heures sur TikTok alors que je voulais y passer cinq minutes, j’ai vraiment l’impression de perdre mon temps. »

    Faut-il parler d’addiction ?

    Certains psychologues refusent malgré tout d’utiliser le terme d’addiction aux écrans. Sans le réfuter totalement, Karine de Leusse relativise : « En effet, difficile de parler d’addiction au même titre que l’alcool et la cigarette, d’autant qu’on est quasiment obligés de les utiliser dans sa vie quotidienne et professionnelle. Pourtant certains comportements en relèvent. Qu’on parle d’addiction, de régression ou autre, peu importe : il faut comprendre à quoi ce comportement correspond pour chaque personne. »

    Et cela passe déjà par comprendre les risques. Seuls 28 % des 15-30 ans, considèrent que l’usage des écrans peut être risqué, voire très risqué. « Ils ont une certitude, c’est qu’ils maîtrisent tout parfaitement, poursuit Karine de Leusse. Et au fond, ils maîtrisent effectivement très bien l’écran, mais ils ne connaissent pas les dessous de l’écran. »

    En effet, les applications modernes savent jouer avec la chimie des cerveaux pour capter l’attention. Florian ne peut que constater : « Quand je la regarde enchaîner les vidéos TikTok ou YouTube pendant trois ou quatre heures, je me dis qu’elle n’a pas un réel contrôle de ces outils. Et même que ces applications sont conçues pour ça : un ado n’est pas équipé pour déjouer les techniques utilisées pour capter son attention. Et les adultes ne le sont pas tellement plus. »

    Souvent, les activités personnelles en pâtissent, comme le constate Robin : « Mon problème depuis quelques années, c’est que j’ai l’impression de ne pas avoir le temps pour quoi que ce soit, raconte Robin. J’ai souvent envie d’avancer sur des projets personnels, mais c’est toujours plus facile de se mettre devant les écrans. »

    La détox numérique : une fausse bonne idée ?

    Mais alors, comment reprendre le contrôle ? La détox numérique, soit le fait de se couper d’écrans durant une période donnée, est une possibilité. Attention toutefois de ne pas y voir un remède miracle, comme l’explique Karine de Leusse : « Ça ne peut pas faire de mal, surtout si toute la famille le fait en même temps. Mais une détox seule, ce n’est rien du tout, c’est comme faire le Dry January [janvier sobre] et se remettre à boire comme avant. Ce qu’il faut, c’est fixer les bonnes limites. »

    La psychologue conseille ainsi de « tout contractualiser. Il faut dresser avec l’ado un règlement intérieur avec un temps maximum par jour, par exemple, et quand l’enfant dépasse son temps attribué le décompter pour la journée du lendemain. Il faut redonner la vraie valeur du temps ».

    Et ce contrat peut être dressé avec soi-même, comme le détaille Robin : « Souvent, je fais des emplois du temps de mon temps libre. Cela me permet de vraiment reprendre le contrôle sur mon temps justement. Malheureusement, dès que je traverse une période chargée, impossible de m’y tenir. »

    Mais il ne s’agit dans tous les cas que d’une première étape. Pour Karine de Leusse, il faut « voir à quoi l’écran fait écran. C’est bien souvent un refuge, non pas le problème, mais la solution à un problème qu’il s’agit donc de résoudre avant toute chose ».

    En attendant d’aller au bout de ce long processus, mieux ne vaut pas totalement noircir le tableau et se montrer optimiste, à l’image de Florian. « Toute une génération va souffrir des mêmes problèmes, mais aussi trouver des solutions ensemble. C’est une vie différente de celle que j’imagine, mais ma fille sera au moins autant armée que ses amies. Donc j’essaye de ne pas me faire trop de souci. »

    Comment les jeunes gèrent les addictions ?

    En 221, la Macif a lancé avec Ipsos le 1er baromètre sur les addictions et leurs conséquences chez les jeunes. Cette étude annuelle permet d’étudier les consommations de substances addictives chez les 16-30 ans et les comportements à risques qu’elles engendrent afin de proposer des solutions de prévention adaptées.

    L’Essentiel de l’article

    • 42 % des 15-30 ans passent au moins six heures devant un écran quotidiennement
    • 70 % des jeunes interrogés avouent avoir ressenti une perte de contrôle au moins une fois
    • seuls 28 % des 15-30 ans considèrent que l’usage des écrans peut être risqué
    • S’il vous est difficile de vous détacher des écrans, cela peut être un indicateur d’un souci dans votre consommation

    (1) Baromètre des addictions 2023 réalisé par l’IPSOS pour la MACIF

  • Harcèlement : le monde de la musique, des salles de concert et des festivals réagit

    Harcèlement : le monde de la musique, des salles de concert et des festivals réagit

    On les reconnaît à ses dossards blancs. L’équipe du dispositif Safer, qui lutte contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles en milieu festif, se faufile dans la foule compacte. Elle cherche une festivalière qui vient de signaler un comportement déplacé via une application dédiée. « Grâce à la géolocalisation, on peut intervenir rapidement. Notre rôle est de prendre la température, de rassurer, et de faire le lien avec la sécurité si le harceleur est toujours dans les parages, ou la Croix-Rouge si la victime a été droguée par exemple », détaille Lola, qui, comme la dizaine d’autres bénévoles qui travaillent avec elle, a été formée le matin même pour cette mission de la plus haute importance. « C’est plutôt calme », se félicite la jeune femme.

    Peut-être est-ce parce que le festival parisien We Love Green, où elle officie ce week-end, a mis le paquet : capotes à verre distribuées gratuitement, campagne d’affichage rappelant la loi, plateforme de signalement… Tous les moyens sont bons pour instaurer un climat aussi sécurisant que possible, dans ce grand festival comme dans plus en plus de salles de concert et de clubs partout en France.

    Près de 6 jeunes sur 10 ont déjà perdu le contrôle d’eux-mêmes

    au moins une fois au cours des 12 derniers mois du fait de leur consommation de substances, au point de ne plus vraiment savoir ce qu’ils faisaient (54%) (1). Parmi ces pertes de contrôle, le fait d’avoir un comportement inadapté envers les autres.

    Ouvrir des espaces de discussion

    À quelques mètres de là, d’autres associations organisent d’ailleurs des actions de prévention. Parmi elles, le CRIPS Île-de-France anime plusieurs activités pédagogiques pour sensibiliser les moins avertis. « Ces jeux permettent de démarrer une conversation avec – et surtout entre – les jeunes dans une démarche de prévention, sans tomber dans un discours d’interdiction », commente Émilie Monod, Responsable de la Communication au CRIPS Île-de-France.

    Qu’il s’agisse de consommation d’alcool, de substances, ou de consentement, l’association est équipée : « On a des lunettes qui permettent de simuler un état d’ébriété, par exemple. Ça nous permet de donner quelques conseils comme boire un verre d’eau entre chaque verre d’alcool… On a aussi imaginé un pref pong, sur le modèle du beer pong américain. Lorsque l’on parvient à viser un gobelet avec sa balle, on doit lire le papier qui est dedans, et dire selon nous si la situation décrite est charmante, gênante ou harcelante. »

    Le CRIPS n’est pas novice en la matière : « Cela fait plusieurs années que l’on travaille avec des festivals, des soirées, des lieux festifs… Il y a eu une vraie prise de conscience du secteur au sujet des violences sexistes et sexuelles depuis #MeToo. Les professionnels du milieu se forment massivement », poursuit l’experte.

    18% des consommateurs ont déjà agressé quelqu’un physiquement

    après avoir consommé de substances nocives (alcool, cannabis, ecstasy, cocaïne, héroïne). (1)

    Des formations certifiées

    La salle de concert et club le Trabendo, situé dans le Parc de la Villette à Paris, peut en témoigner ; pratiquement toute l’équipe a été formée par Consentis, l’une des associations de référence sur le consentement en milieu festif. « Pendant une demi-journée, on a revu les bases du consentement et appris à qualifier juridiquement différents comportements. Il en a découlé une charte interne et un protocole strict que nous déclenchons en cas de harcèlement ou d’agression. Aujourd’hui, ces formations se font sur la base du volontariat, mais elles sont en passe de devenir obligatoires, notamment pour être affilié au Centre National de la Musique et bénéficier de subventions », explique Pablo El Baz, directeur de la salle, qui fait une veille constante sur ce qui se passe chez ses collègues du secteur.

    « J’échange beaucoup avec d’autres clubs. On s’entraide, on partage les bonnes pratiques… » Il se félicite d’ailleurs que de plus en plus d’initiatives collectives voient le jour pour que le monde de la musique et de la nuit soit plus sûr pour tous : « Il y a notamment le Conseil de la nuit, les rencontres organisées sur le sujet par le CNM, le réseau MAP, le dispositif Demandez Angela… Tout cela traduit une prise de conscience indéniable, conjuguée à une demande accrue du public qui veut se sentir en sécurité. » Sur les murs du Trabendo, plusieurs affiches rappellent la loi et les règles du lieu. Un détail qui fait toute la différence, selon Pablo El Baz : « Ces affiches rassurent car elles rappellent aux clubbeurs que nos équipes sont mobilisées sur ces questions et qu’il y a une tolérance zéro vis-à-vis de ces comportements. L’équipe de sécurité et les barmen sont aussi particulièrement alertes, car ils sont les premiers en contact avec le public », poursuit-il.

    Une méfiance qui demeure ?

    Pourtant, certaines personnes se sentent encore mal à l’aise en club ou dans les salles de concert. À l’image de Pauline et Esther, toutes deux 24 ans : « J’ai souvent peur qu’on mette quelque chose dans mon verre », explique la première, venue se renseigner au stand du CRIPS entre deux concerts. « Personnellement, en boîte, j’ai surtout l’impression d’être un bout de viande dans une fosse aux lions, renchérit son amie. Les fois où j’y vais quand même, je fais en sorte de danser pas trop loin des vigiles, parce que je me dis que comme ça personne ne viendra m’embêter. »

    Si le monde de la nuit a entamé sa mue, le chemin est encore long. « La prise de conscience est certaine, appuie Safiatou Mendy, formatrice pour la très active association Consentis. Mais tout cela est encore bien fragile. Le consentement n’est pas une simple notion, il doit se pratiquer au quotidien. »

    (1) 3ème Édition du baromètre des addictions Ipsos/Macif 2023

    L’Essentiel de l’article

    • Le personnel des boîtes de nuit, festivals, bars et autres lieux de la vie nocturne est de plus en plus formé
    • Les comportements inappropriés sont divers (harcèlement sexuel, violence physique, insultes) et aucun n’est acceptable
    • Si vous êtes victime ou témoin de comportement inapproprié et/ou dangereux, adressez-vous au personnel du lieu
  • Pourquoi les moins de 14 ans se sentent-ils seuls ?

    Pourquoi les moins de 14 ans se sentent-ils seuls ?

    Quatorze ans n’est-il pas l’âge de l’insouciance ? Ce n’est plus une évidence pour la génération Alpha (enfants nés entre 2010 et 2025), jeunesse sacrifiée par la crise sanitaire et les confinements successifs qui ont démarré en 2020.

    « Avant l’arrivée du Covid-19, les moins de 14 ans représentaient une petite dizaine d’appels par an. En 2022, on a répondu aux appels de 2 000 préadolescents. Une augmentation de 40 % », alerte Ghislaine Desseigne, présidente de l’association SOS Amitié. Au bout du fil, des jeunes isolés dépassés par l’actualité, de la guerre en Ukraine aux sécheresses, qui confient avoir une peur grandissante de l’avenir. « Ils nous disent qu’ils sont paumés, qu’ils reçoivent trop d’informations. La question du climat revient aussi beaucoup », poursuit Ghislaine Desseigne, qui ne masque pas son inquiétude.

    Sans oublier le fléau du harcèlement scolaire, qui porte son lot de drames de plus en plus médiatisés. Quand ils n’osent pas décrocher le téléphone, les adolescents se reportent sur le chatbot de l’association. Des questions types reviennent assez souvent : « Est-ce que vous êtes un robot ? Est-ce que vous êtes un adulte ? Qu’est-ce qu’on va devenir s’il n’y a plus de saisons ? »

    Construction identitaire et esprit clanique

    En 2020, au plus fort de l’épidémie, les préados d’aujourd’hui avaient 12 ans. Un âge phare dans la construction identitaire, habituellement marqué par un esprit clanique important : « C’est à cet âge-là qu’on se construit par rapport au groupe, où l’on se détache des liens familiaux pour peu à peu investir la sphère amicale », souligne Laurence Corroy, professeure des universités à l’Université de Lorraine, spécialiste de la relation entre les jeunes et les médias. Elle dénonce une période empreinte de discours culpabilisants pour les adolescents, qui a foncièrement isolé les plus jeunes d’entre eux. « Non seulement l’école était fermée, mais ils devaient se tenir à distance de leurs proches les plus fragiles : on a coupé toute une génération de leurs repères sociaux et affectifs », dénonce-t-elle.

    Une hyperconnexion nocive

    Réinvestir des sphères sociales en présentiel, après des mois derrière son écran, est alors particulièrement éprouvant pour les adolescents, qui traînent l’impression de n’être plus adapté aux dynamiques collectives. « Le contexte les a enfermés sur eux-mêmes, ils ont du mal à investir leur sociabilité aujourd’hui », analyse Laurence Corroy.

    L’accession au smartphone avant quatorze ans, provoquant une hyperconnexion nocive qui enferme les jeunes ados dans des bulles d’information, n’aide en rien selon elle. « Les journaux télévisés sont déjà anxiogènes pour les jeunes ados, ça reste une succession de mauvaises nouvelles. Mais au moins, ils sont modérés par les journalistes. Alors, imaginez la réception d’informations sur un smartphone ? » interroge Laurence Corroy. Hyper connectés, les jeunes adolescents parlent souvent du phénomène du « fear of missing out », soit la crainte de rater quelque chose de nouveau.

    Des ados marqués par les réalités sociales du foyer

    Les réalités sociales des adolescents et les difficultés économiques rencontrées par leurs parents sont, elles aussi, des sources d’angoisses. Depuis toujours, Samir Abdelli, éducateur et responsable du service de prévention spécialisée à Dévoluy dans les Hautes Alpes, part à la rencontre de la jeunesse dans les quartiers populaires. Si grandir dans un quartier n’est jamais chose facile, il constate des signaux particulièrement alarmants depuis quelques années. « Beaucoup plus de préadolescents décompensent : ils développent une sorte de phobie scolaire, sans passif particulier. Dans les cas les plus graves, ils fuguent, se scarifient. Ils nous envoient des appels à l’aide », témoigne-t-il.

    Du terrain de sport au snack du quartier, Samir et son équipe essayent alors d’attirer leur attention, dans l’espoir de les sortir de leurs chambres et surtout de leur rumination mentale. « Les défis sont plus importants que jamais », termine Samir.

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    *Dans les conditions et limites du contrat souscrit.

    L’Essentiel de l’article

    • Les moins de 14 ans sont de plus en plus nombreux à exprimer des sentiments de mal-être et de solitude
    • Des signaux doivent alerter : perte d’appétit, repli sur soi, tristesse, phobie scolaire entre autres
    • N’hésitez pas à faire appel à un.e psychologue pour aider votre enfant
  • Vos repères santé : le podcast pour comprendre notre système de santé

    Vos repères santé : le podcast pour comprendre notre système de santé

    Épisode 1 : C’est quoi la Sécu ?

    Qui a eu l’idée de créer la sécurité sociale et quand ? Est-ce qu’aller chez le médecin ou le dentiste, c’est gratuit ? Qui finance les 183 milliards d’euros de la branche maladie ? Avec des archives et des questions d’enfant, plongez dans l’histoire et les mécanismes de la sécurité sociale en 3 minutes.

    Épisode 2 : C’est quoi une mutuelle ?

    Les mutuelles, c’est quoi ? À quoi ça sert exactement ? Avec des exemples et des cas concrets, comprenez enfin les rouages de ces institutions qui participent à la qualité et la réputation du système de santé français en 3 minutes.

    Épisode 3 : comment fonctionne le duo Sécu – mutuelle ?

    Dans de nombreux pays, les citoyens doivent débourser des milliers d’euros chaque année pour se soigner, pas en France. Pourquoi ? Grâce à une complémentarité entre la sécurité sociale et les mutuelles. On vous explique comment, à travers des exemples concrets et des comparaisons internationales en 3 minutes.

    Épisode 4 : Comment fonctionnent les remboursements à la pharmacie ?

    Un matin, Marin, se réveille patraque, avec le nez qui coule. Après son rendez-vous chez le médecin, il court à la pharmacie pour acheter ses médicaments. Combien ça va lui coûter ? Devra-t-il payer ses médicaments ? Dans quel cas, et pourquoi ? Avec des exemples et des cas concrets, on vous aide à mieux comprendre vos remboursements santé en moins de 4 min !

    Épisode 5 : Comment fonctionnent les remboursements à l’hôpital ?

    Mamie Violette a la vue qui baisse. Elle doit se faire opérer de la cataracte. Marin l’accompagne et sur la route, il se demande combien ce passage à l’hôpital va lui coûter ? Avec des exemples et des cas concrets, on vous aide à mieux comprendre vos remboursements santé en moins de 4 min !

    Épisode 6 : Remboursements de vos lunettes

    En pleine partie de jeu vidéo, Marin constate qu’il ne voit plus très bien son écran. Impossible de battre le boss ! Il va avoir besoin de lunettes… Chez quel spécialiste doit-il aller ? Combien ça va lui coûter ? Avec des exemples et des cas concrets, on vous aide à mieux comprendre vos remboursements santé en moins de 4 min !