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  • Prééclampsie : ce qu’il faut savoir

    Prééclampsie : ce qu’il faut savoir

    Le grand bonheur qui accompagne l’annonce d’une grossesse désirée est, en général, accompagné d’une batterie de recommandations faites aux femmes enceintes. On les invite à procéder au dépistage prénatal (qui vise, notamment, à dépister la trisomie 21 chez les fœtus), à surveiller leur prise de poids et un possible diabète gestationnel. Mais on ne les informe pas toujours sur les risques de prééclampsie, probablement pour ne pas générer d’anxiété. Mais savoir reconnaître les signes qui doivent alerter permet pourtant de sauver des vies. 
     

    Qu’est-ce que la prééclampsie ?

    Cette maladie est due à un dysfonctionnement du placenta, cet organe temporaire qui relie l’embryon à la paroi utérine de la femme enceinte pendant la grossesse. « Le rôle du placenta, explique le professeur Olivier Morel, du Collège national d’obstétrique, est d’apporter tout ce dont le bébé a besoin en termes de nutriments et d’oxygène. Il est indispensable pour le développement du bébé et pour la tolérance de la grossesse par le corps de la mère. On parle de prééclampsie, quand le placenta ne fonctionne plus correctement pour assurer l’interface entre la mère et le bébé. » Hélas, comme le précise le spécialiste, « c’est une maladie qu’on ne comprend pas encore complètement. Il y a beaucoup de recherches sur ce sujet. Sans qu’on sache pourquoi, à un moment donné, pour certaines femmes, pour certaines grossesses, le placenta dysfonctionne et ne joue plus ce rôle de tolérance ». Le diagnostic est généralement établi lorsqu’on constate une hypertension et des protéines dans les urines de futures mamans. « C’est pourquoi ces deux tests sont proposés à toutes les femmes enceintes, en suivi courant, pendant la grossesse », justifie le professeur Morel. Il indique qu’en cas d’hypertension, des maux de tête inhabituels qui ne passent pas malgré une prise de paracétamol, ou un œdème (gonflement) anormal, doivent alerter. « Au moindre doute, il ne faut pas hésiter à consulter », insiste-t-il. 
     

    Comment l’arrêter ?

    « Si on laisse évoluer la prééclampsie, ajoute le gynécologue, tous les organes de la mère vont dysfonctionner les uns après les autres. » La tension va continuer à monter, le dysfonctionnement des reins peut conduire à une insuffisance rénale, celui du foie à une insuffisance hépatique, etc. « Or, aujourd’hui, il n’y a strictement aucun traitement qui permet d’améliorer le fonctionnement du placenta, déplore-t-il. On peut recourir à un traitement antihypertenseur pour limiter les conséquences de l’hypertension, mais la seule façon d’arrêter la prééclampsie, c’est de retirer le placenta, donc de mettre fin à la grossesse. Et cela pose beaucoup de questions, notamment car la prééclampsie peut intervenir tôt dans la grossesse, dès 22 semaines. »

    Stopper la prééclampsie peut donc avoir pour conséquence des naissances prématurées. C’est pourquoi les professionnels de santé ont pour mission de trouver un équilibre entre poursuivre la grossesse pour limiter la prématurité, et provoquer l’accouchement pour limiter les complications qui pourraient survenir pour la maman. 
     

    Quelles conséquences pour la mère et le futur bébé ?

    Malgré le retrait du placenta, la guérison des femmes n’est pas toujours immédiate. Selon Olivier Morel, dans les formes les plus sévères de prééclampsie, cela peut même prendre plusieurs semaines. Les mères et les enfants sont alors hospitalisés sur de longues périodes. « Dans les cas les plus compliqués, déplore le médecin, des femmes conservent une insuffisance rénale. Il peut aussi y avoir des séquelles cérébrales et au niveau du fonctionnement du foie. » Les femmes qui ont connu une crise de prééclampsie vivent, en plus, avec un risque élevé de développer une hypertension ou des pathologies cardiovasculaires. Et, malheureusement, les cas les plus sévères peuvent causer des décès. Bien que peu connue, la prééclampsie concerne 3 % des grossesses, et 1 % dans ses formes les plus sévères. Il est donc urgent de faire de la prévention. Olivier Morel recommande aux femmes concernées de contacter l’association Grossesse Santé contre la prééclampsie, dont il est un des conseillers scientifiques, pour s’informer. 
     

  • Ados, IA et deepfakes : les dangers de l’ère du faux

    Ados, IA et deepfakes : les dangers de l’ère du faux

    L’utilisation de l’IA peut permettre de générer des contenus amusants, pourtant, elle ouvre aussi la porte à des dérives plus sinistres, tels que des « deepfakes », des images truquées et nocives. Comment les parents peuvent-ils accompagner leurs enfants face à cette menace nouvelle ? 

    « Je suis comme Saint-Thomas, je ne crois que ce que je vois. » Longtemps, ce dicton célèbre a fait consensus. Aujourd’hui pourtant, il est remis en question par l’intelligence artificielle générative, qui permet de créer de toutes pièces des images. « C’est un changement de paradigme. Auparavant, ce qu’on voyait de nos yeux avait caractère d’évidence, aujourd’hui, on ne peut plus croire tout ce qu’on voit. L’évidence n’a plus rien d’évidente », explique Jean-Gabriel Ganascia, président du comité d’éthique du CNRS et spécialiste de l’intelligence artificielle. Avec l’avènement des outils d’IA générative, la manipulation d’images s’est démocratisée. Faire mentir des photos est devenu un jeu d’enfants. D’autant qu’il est difficile de démêler le vrai du faux, les solutions techniques n’étant pas toujours capables de déceler un trucage. Désormais, tout le monde peut générer un hypertrucage (une notion que Jean-Gabriel Ganascia préfère à celle de deepfake) bluffant de réalisme. Il suffit d’une photo publiée en ligne, d’un logiciel et le tour est joué. Nolan, 13 ans, est en classe de quatrième en région parisienne. Avec d’autres collégiens, il s’amuse à générer des contenus amusants à partir de leurs photos. Mais cette utilisation ludique peut aussi évoluer en de plus graves dérives, à l’image de la fabrication de deepfakes à contenu pornographique ou diffamatoire. 
     

    Une sensibilisation essentielle

    Le 12 mars dernier, un fait divers a défrayé la chronique dans la Manche. Une douzaine de collégiennes scolarisées dans le département ont été victimes de deepfakes à caractère sexuel. Ces derniers mois, la manipulation d’image à des fins de malveillance, de vengeance et de cyberharcèlement a explosé. Les conséquences pour les victimes peuvent être désastreuses et aller jusqu’à provoquer un suicide. Axelle Desaint est la directrice d’Internet Sans Crainte, le programme national d’éducation des jeunes au numérique. En mars dernier, à l’occasion du Safer Internet Day, elle organisait à la Sorbonne à Paris une grande séance de sensibilisation auprès de 500 élèves de troisième et de seconde. L’occasion de constater que le sujet est une grande source d’angoisse pour les adolescents : « Quand on a abordé le sujet des deep nudes (des images truquées de corps dénudés), il y a eu un silence religieux dans la salle, on sent que cela parle déjà énormément aux jeunes. » Pour la coordinatrice de Safer Internet France, parler du sujet dans le cadre familial et sensibiliser les jeunes aux dangers du numérique reste essentielle pour contrer les dérives. Celle qui anime régulièrement des ateliers de sensibilisation au sujet dans les lycées se réjouit d’ailleurs du retour des séances d’éducation sexuelle et affective à l’école : « J’espère que, dans ces séances, les enjeux d’intimité, de sexualité, de rapport affectif dans l’espace numérique vont être abordés, car les adolescents sont très seuls face à ces sujets. »

    Ne jamais répondre

    Avec les progrès de la technologie, ce sont désormais parfois des « brouteurs », ces sinistres arnaqueurs en lignes, qui génèrent des deep nudes à partir d’images captées sur les réseaux sociaux avant de les envoyer aux victimes en les menaçant de les dévoiler à tout leur entourage. Dès lors, comment les victimes de sextorsion, le terme générique pour les extorsions basés sur la sexualité, doivent réagir ? : « C’est un peu contre-intuitif, mais il ne faut pas répondre, c’est le même principe que les spams. Répondre, c’est valider son numéro ou son e-mail. Si vous ne répondez pas, l’image ne sera jamais partagée. La bonne réponse est donc d’ignorer et de signaler aux autorités pour permettre éventuellement de repérer une adresse IP et de remonter vers un réseau d’arnaqueurs », détaille Axelle Desaint. Et dans le cas où le harceleur n’est pas un brouteur, mais bien un camarade de classe ou une connaissance ? Il convient alors d’effectuer un signalement à son établissement scolaire ou même de porter plainte auprès de la police : « Le cyberharcèlement est un délit passible de lourdes amendes, voire de peines de prison. On ne joue pas avec l’identité de l’autre », termine Axelle Desaint.
     

  • Make-up mania : quel maquillage pour les ados ?

    Make-up mania : quel maquillage pour les ados ?

    Si la pratique est vieille comme le monde, elle prend aujourd’hui une autre dimension, plus virale, avec les réseaux sociaux, alors que les points de vente physiques ou digitaux se sont démultipliés. Raison de plus pour garder un œil sur nos jeunes et leur rapport au make-up.

    Quand Elsa, 43 ans, a remarqué qu’Ada, sa fille de 13 ans, se maquillait, elle a un peu tiqué. « Pourtant, elle avait eu ses règles l’année précédente, qu’elle grandisse n’avait rien d’une surprise. Mais je n’ai pas trop aimé. C’est d’autant plus étrange que, pour être honnête, à l’adolescence, je me maquillais comme un camion volé. Avec tous les tutos qu’on trouve aujourd’hui, Ada a obtenu des résultats bien plus réussis. Mais, j’ai eu l’impression que ce n’était plus elle. » Pour Aude, 48 ans, le ressenti a été totalement différent avec Clélia, sa fille qui a aujourd’hui 15 ans : « Ça nous a donné quelque chose de nouveau à partager, ça nous a un peu rapprochées dans une période où, justement, elle s’éloignait. Elle me demande, parfois, mon avis, je lui prête mon maquillage et elle m’apprend de nouvelles techniques. »
    Dans les deux cas, en fait, il s’agit, d’un « rite de passage » comme l’explique le psychiatre et pédopsychiatre Stéphane Clerget*, mais c’est aussi pour les ados une façon « plutôt saine d’essayer d’avoir le contrôle sur son corps, à un âge où, justement ils se modifient. Et puis c’est une manière d’essayer de se donner une allure un peu adulte quand on est plus jeune. Paradoxalement, le maquillage est aussi un moyen de se cacher. Et c’est ce qui permet de s’exposer tout en étant à l’abri, comme avec un masque finalement ».
     

    Déconseillé avant la puberté

    Vouloir se maquiller à l’adolescence est donc normal. Mais parfois les préados aimeraient aussi se farder comme les plus grands. Et là, il convient d’être vigilants, car il y a des considérations dermatologiques à prendre en compte. Ainsi, avant la puberté, il est bon de cantonner le maquillage à des évènements exceptionnels, comme le gala de l’école, le carnaval, etc., et de toujours utiliser des produits adaptés. « Chez les enfants, la peau est beaucoup plus fine, explique le Dr Isabelle Gallay, dermatologue à Dijon et vice- présidente du SNDV (Syndicat National des Dermatologues-Vénéréologues). Et ça favorise la pénétration de tous les actifs, de toutes les substances, ce qui augmente les risques de dessèchements, d’irritations, voire de développer des allergies. Alors qu’à la puberté, la peau devient plus épaisse. »
     

    Aider son ado à préserver la bonne santé de sa peau

    Si l’acné est la plaie de l’adolescence, il faut savoir que le maquillage peut le favoriser. On parle dans ce cas-là d’acné cosmétique. « C’est très répandu, note le Dr Gallay. Beaucoup de maquillages sont comédogènes, c’est-à-dire qu’ils vont boucher les pores, ce qui va favoriser le développement de kystes d’acné sous la peau. » D’où l’importance de choisir des produits adaptés, comme « un maquillage qui masque les imperfections, mais qui ne soit pas trop couvrant, qui ne risque pas d’empêcher le sébum de s’évacuer », conseille la dermatologue. Même logique si l’acné est déjà en place et que l’ado a la tentation, bien compréhensible, de vouloir camoufler boutons, points noirs et peau grasse, sous des plâtrées de fond de teint. Ce qui s’avère en réalité contre-productif. « Parce que, quand on a de l’acné, on a des glandes sébacées qui fonctionnent plus. Si ces glandes ne peuvent évacuer leur contenu parce que le maquillage fait barrière, parce qu’il est occlusif, ces glandes vont grossir et être à l’origine de la formation de kystes plus importants qui vont s’enflammer, et même parfois s’infecter, prévient le Dr Gallay. Mais heureusement, on a des gammes spécifiques à conseiller aux ados pour camoufler justement ces problèmes de peau, ces comédons » tient à rassurer la dermatologue. 
    Enfin, pour la santé et la beauté de la peau, qui dit maquillage dit démaquillage. Une sacro-sainte étape. « Il faut un nettoyage soigneux tous les soirs, recommande-t-elle. On peut même faire un double nettoyage : d’abord avec un produit un peu plus émulsifiant si on utilise des produits gras. Et puis, un nettoyant plus léger pour continuer à nettoyer la peau. Et le matin, juste une pulvérisation d’eau minérale et un séchage soigneux avec un Kleenex bien propre. »
     

    Faire attention à sa santé mentale

    « Il y a plein de tutos de maquillage sur les réseaux sociaux et c’est chouette d’avoir ça à dispo quand on est ado, admet Aude, la maman de Clélia, mais ça leur met aussi une pression énorme. À un moment ma fille refusait de passer la porte de l’appart si elle n’était pas maquillée. Heureusement cette période n’a pas duré. » Une préoccupation parentale naturelle et surtout nécessaire, comme l’explique le pédopsychiatre : « Il faut faire attention et chercher à savoir si elle ou il se maquille parce qu’elle ou il se trouve moche et s’il y a derrière ça une mésestime, met en garde le Dr Clerget*. Et dans ce cas, il faut l’aider à s’aimer. Évidemment, ça ne se fait pas en une fois. On revient sur le sujet régulièrement pour discuter avec elle/ lui de ses qualités, de ses compétences, de ce qu’il y a d’appréciable chez elle/lui. On les valorise. On veille à ce que l’entourage les valorise également. On mène l’enquête pour savoir s’il n’y a pas des gens autour d’eux qui les dévalorisent. C’est un travail sur du moyen terme. L’important est de favoriser l’estime de soi au-delà de l’apparence. »

    * Dr Stéphane Clerget, Le Guide de l’ado à l’usage des parents (Le livre de poche)

    Établir et respecter un budget

    Aujourd’hui, l’offre est devenue tellement énorme dans le domaine de la cosmétique que la tentation peut être grande de vouloir tout avoir, tout tester. « Au début c’est moi qui lui achetais son maquillage, raconte Aude. C’était aussi une façon de choisir et contrôler les produits qu’elle mettait sur sa peau. Mais elle a un peu trop cru que c’était la liste du père Noël : elle pensait pouvoir acheter pour plus de 50 euros par mois en cosmétique, alors j’ai mis le holà. Maintenant elle l’achète avec son argent de poche. Et on a établi un budget pour l’aider à comprendre et à faire des choix : quelle part de ses finances elle peut dépenser pour ses sorties, pour son maquillage, etc. » Le maquillage, la porte d’entrée pour faire comprendre ce qu’est un budget ? Finalement, les fards ne seraient donc pas tant superficiels… 

  • Ados : faire ses devoirs à l’heure de l’IA

    Ados : faire ses devoirs à l’heure de l’IA

    46,9 % des 13-25 ans qui utilisent ChatGPT reconnaissent y avoir recours pour réaliser des travaux scolaires. Comment réagir en tant que parents ? État des lieux de la pratique et conseils de professeur.

    Dans la liste des choses que les parents de 2025 ne comprennent pas toujours très bien – juste après les mèmes abscons et les vidéos TikTok où on parle en morse avec les yeux –, on trouve ChatGPT. Pas le concept, non. Tout le monde a vaguement compris qu’il s’agissait d’un robot qui parle comme un humain un peu trop poli. Mais l’usage qu’en font les ados, surtout pour faire leurs devoirs, reste un mystère teinté de soupçons. Car selon une étude récente, 46,9 % des 13–25 ans utilisant ChatGPT l’activent pour que l’application réalise leur travail à leur place. Alors forcément, ça secoue un peu le tableau noir. Triche ou outil malin ? Fainéantise ou débrouillardise 3.0 ? Pour les parents, la tentation est grande de tomber dans la parano numérique : « Mon enfant est-il en train de se faire remplacer par un algorithme ? » Spoiler : non. Ou en tout cas, pas encore. Reste que l’IA s’invite désormais à la table des devoirs, entre le stylo quatre couleurs et la calculatrice en fin de batterie. Faut-il s’inquiéter ou s’adapter ? Est-ce qu’un devoir fait avec l’aide d’un robot reste un devoir ? Comment accompagner cette révolution sans sombrer dans l’excès de surveillance ou le laxisme techno-compatissant ? 

    La facilité de l’IA

    Avouons-le, cette introduction au sujet a été réalisée grâce à ChatGPT. Bluffant, non ? Bluffant c’est également ce que s’est dit Pierre, 55 ans, quand son fils Basile a résolu un problème mathématique en quelques secondes grâce à l’IA. Alors que père et fils sèchent devant un ardu devoir de mathématiques, le lycéen, en classe de seconde, prend en photo le problème avant de le soumettre à l’intelligence artificielle. « Quelques secondes plus tard, c’était résolu », s’étonne ce cadre dans l’industrie. De quoi faire naître un peu d’inquiétude chez ce parent qui pense que le recours à l’IA pour faire ses devoirs s’apparente à un « minimum d’effort, pour un maximum de fainéantise ». Charlotte, 43 ans, a fait le même constat avec ses enfants de 12 et 15 ans. Un jour, elle réprimande son aîné qui utilise ChatGPT pour préparer un exposé et s’entend répondre avec impertinence : « Ça sert à quoi d’apprendre, de réfléchir ? ChatGPT peut le faire pour moi. » Le pire dans tout cela, c’est que lorsque sa fille – plus sensible à son argumentaire – décide de faire sa rédaction de français sans aide de l’intelligence artificielle, elle obtient une moins bonne note que ses copines qui ont sollicité ChatGPT : « Elle était dégoûtée », se souvient cette mère qui travaille dans le graphisme. 
    Selon Pierre, le souci de l’utilisation de l’intelligence artificielle pour faire ses devoirs s’inscrit dans un problème plus général : celui de la place des écrans, notamment dans l’enseignement : « Ce qui m’énerve, c’est que je fais la guerre aux écrans, alors même que l’école est devenue un environnement extrêmement numérique. Les exercices, les livres, les bulletins de notes, l’agenda… Tout est désormais sur écran », regrette-t-il. Charlotte fait un constat similaire : « Mon fils est en classe de troisième, il a toujours une bonne raison d’ouvrir son ordinateur. » Dès lors, il est difficile de savoir exactement quand les adolescents travaillent sérieusement sur leur ordinateur et quand ils font appel à l’IA pour faire leur boulot. 

    Travailler en bonne intelligence

    Alors, comment réguler l’utilisation de l’intelligence artificielle à un âge où se forme une bonne partie du jugement et de l’esprit critique ? C’est l’enjeu auquel sont confrontés les parents d’ado. Pour cela Charlotte a ses petites techniques : « Je lutte pour qu’ils arrêtent de chercher tout et n’importe quoi sur ChatGPT en leur rappelant que c’est très énergivore et que cela à un réel coût écologique » (chaque requête ChatGPT consomme jusqu’à 500 ml d’eau et 2,9 Wh d’énergie). Dès que Charlotte tombe sur un article de presse mettant en cause le bien-fondé du recours systématique à l’IA, cette directrice artistique l’envoie à ses enfants : « La dernière fois, je leur ai parlé d’une étude du MIT expliquant que l’utilisation de ChatGPT aurait des conséquences sur le fonctionnement cérébral. » À force de les sensibiliser à ce sujet, Charlotte a bon espoir que ses enfants utilisent l’IA à bon escient. 
    Certains professeurs l’assurent d’ailleurs, l’IA n’est pas forcément cet épouvantail qui rendra les élèves plus bêtes. D’ailleurs, de nombreux enseignants l’utilisent eux-mêmes pour préparer leurs cours. Certains poussent même leurs élèves à faire appel à elle. Ainsi, les professeurs du lycée Paul Valéry à Paris (XIIe arrondissement) ont élaboré un projet pédagogique pour que leurs élèves apprennent à travailler intelligemment avec l’IA. La professeure de lettres Claire Doz est ainsi persuadée que son utilisation peut favoriser l’apprentissage : « L’IA peut, par exemple, être une aide dans le cadre d’un sujet de dissertation. Souvent les élèves posent telle quelle la question du sujet à l’IA en espérant qu’elle délivre clé en main une réponse ou même, un plan. Or, une IA de type Brainstory, va plutôt poser une nouvelle une question à chaque question posée comme pour inciter l’élève à se poser lui-même des questions sur le sujet. Ainsi l’élève dialogue avec l’IA et en même temps avec le sujet et cela fait émerger en lui une meilleure compréhension de ses enjeux », estime-t-elle. Ce qui est certain, c’est que pour le moment, à l’heure de passer des contrôles en classe ou des épreuves officielles, les élèves ne peuvent pas encore compter sur l’aide de l’intelligence artificielle. La meilleure solution pour avoir son bac est certainement encore de bien réviser ses fiches !
     

  • Perte des dents de lait, comment préparer son enfant ?

    Perte des dents de lait, comment préparer son enfant ?

    Certains parents l’ont sans doute remarqué : les petites filles perdent leurs premières dents plus tôt que les petits garçons. « J’ai été surprise avec ma deuxième, se souvient Maud. Comparé à ce qui s’était passé avec son grand frère, elle a perdu sa première dent de lait huit mois plus tôt. Rien de grave, mais je ne m’y attendais pas. » Cela rien d’étonnant, rassure le Dr Camille Ravinet. « Les filles et les garçons n’ont pas le même rythme de croissance, explique cette dentiste pédiatrique et chirurgienne-dentiste à Paris. En général, pour les petites filles, ça arrive vers 5 ans et demi et pour les petits garçons vers 6 ans, voire 6 ans et demi. »

    Gérer l’angoisse de la perte

    « En dehors des cheveux et des ongles, les dents sont les premiers éléments du corps a priori stable qui disparaissent et cela peut générer une inquiétude. C’est un morceau de soi qui tombe, note le Dr Stéphane Clerget, pédopsychiatre. Mais les jeunes parents peuvent se rassurer : il est rare qu’un enfant vive difficilement la perte de ses premières dents de lait. « Généralement, ils sont en grande section de maternelle, et, en réalité, ils ont plutôt hâte que ça leur arrive pour faire comme les grands qui sont déjà au CP », explique la dentiste pédiatrique. Mais dans le cas où une angoisse se manifeste, il est primordial de ne pas ignorer leurs craintes ou de les minimiser : « Je leur explique que leurs nouvelles dents viennent parce qu’elles sont prêtes et que les anciennes ont fini leur travail. Je leur dis que c’est comme ça qu’ils auront des dents de princesse ou de superhéros », raconte de Dr Ravinet. N’oublions pas la grande alliée des parents dans cette période : la petite souris ! Et pas question pour les parents de culpabiliser ou d’hésiter à glisser une pièce sous l’oreiller « Il faut compenser la perte, c’est indispensable », souligne le pédopsychiatre.

    Affronter la peur du sang et/ou de la douleur

    Estelle, maman de deux garçons d’aujourd’hui 7 et 9 ans, a trouvé une méthode des plus originales pour y faire face : « Mon petit dernier a été un peu traumatisé quand son grand frère a perdu une de ses dents. Je ne sais pas pourquoi, mais il avait pas mal saigné cette fois-là. Mon aîné s’en fichait, mais le petit a eu très peur et pensait que c’était extrêmement douloureux. Pour dédramatiser tout ça, on a instauré nos ”soirées Dracula” : les jours où il perdait une dent, on se déguisait, on mettait nos dentiers, et on regardait un film avec glace à volonté. Un peu un mini Halloween. Ça a tellement fonctionné qu’au bout de deux soirées le plus petit n’avait qu’une hâte : perdre les siennes ! Et au final, ces soirées nous font de super souvenirs. » Et pour ceux qui ont vraiment très peur, la dentiste préconise l’extraction en cabinet : « On applique une crème anesthésiante, ça endort la région. On les aide à passer cette étape. » Mais, même dans le cas où l’enfant n’a pas peur, l’extraction de la dent de lait par un dentiste peut s’avérer nécessaire. « C’est même un motif de consultation assez fréquent, reconnaît le Dr Ravinet, parce qu’il arrive souvent que les nouvelles dents du bas poussent derrière les autres, un peu à la manière des dents de requin. Si la dent de lait ne bouge pas, il faut l’enlever pour que la nouvelle dent puisse prendre sa place. Si elle bouge, je leur dis de la faire tomber. Sauf évidemment si l’enfant nous demande de l’enlever nous parce que ça le gêne ou parce qu’il a mal. »

    Leur faire solliciter une dent qui bouge

    Si on accompagne les enfants pour leur bien-être psychologique, il en va aussi de leur santé dentaire. Ainsi, un enfant qui craint de perdre sa dent ne va pas la solliciter, ce qu’il faut éviter. « Souvent les enfants qui ont peur hésitent à toucher les dents qui bougent, ils ne les brossent pas, ils les gardent trop longtemps et du coup c’est plus sensible, explique la dentiste. Ce que je dis aux parents, c’est que plus leur enfant va les solliciter, plus il va les perdre rapidement, moins la gencive va s’irriter et fera donc moins mal. » D’ailleurs la dentiste insiste : qu’ils aient peur ou non, il est primordial de continuer à brosser la dent qui bouge. « S’ils utilisent une brosse à dents électrique, on leur fait reprendre un brossage manuel tout doux avec une brosse à dents très souple. Plus c’est propre, moins la gencive est sensible. » Il ne faut pas craindre de les encourager à solliciter la dent qui bouge pour la faire tomber le plus rapidement possible et que la nouvelle puisse prendre sa place. « On peut leur conseiller de croquer des pommes, des carottes, du pain… Et quand ils sont à la maison et qu’ils ont les mains propres, de ”jouer” avec. » Mais, quid de la technique à l’ancienne où on attachait un fil à la dent et à l’autre extrémité à une poignée de porte ? « Chacun sa technique, rigole le Dr Ravinet. J’ai même des enfants qui attachent la dent à des munitions de leur pistolet à fléchettes. Et quand ils tirent, la dent part. » Mais avec ces techniques, c’est parfois plutôt les parents qui angoissent !

     

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  • Peaux atopiques : vrai/faux sur les idées reçues

    Peaux atopiques : vrai/faux sur les idées reçues

    La dermatite atopique est une maladie fréquente.

    VRAI. Selon une enquête de 2017, la dermatite atopique touche aujourd’hui « entre 10 à 15 % des enfants qui naissent » et « 4 % des adultes », souligne Aurélie Du-Thanh. Si les enfants sont plus nombreux à être touchés, c’est parce que cette maladie de la peau peut se résorber en grandissant. « Mais pas dans tous les cas, on sait désormais qu’il y a des formes persistantes », précise la dermatologue.

    L’eczéma atopique est une maladie allergique et peut entraîner de l’asthme.

    FAUX. Il ne s’agit pas d’une allergie. « En revanche, elle se déclare chez des gens qui ont un terrain allergique », nuance Aurélie Du-Thanh. Par conséquent, elle ne peut pas directement provoquer d’asthme, « mais elle peut y être associée de manière fréquente, ainsi qu’au rhume des foins et aux allergies alimentaires ». Mais toutes les personnes atteintes de dermatite atopique n’ont pas forcément d’asthme, et inversement. Contrairement aux idées reçues, « traiter l’eczéma ne fait pas “ressortir” l’asthme, celui-ci a simplement tendance à apparaître au début de l’adolescence, alors que l’eczéma se déclare plus tôt ».

    L’eczéma atopique de bébé est héréditaire.

    VRAI, mais pas seulement. « Si un des deux parents a une dermatite atopique ou une autre des maladies atopiques – asthme, rhume des foins, etc. –, on a 50 % de chances d’avoir soi-même une dermatite atopique », analyse la dermatologue. Un risque qui grimpe à 80 % si les deux parents sont atteints. Mais, même si aucun des deux parents n’est atteint, « le risque est de 10 à 15 % ».

    L’eczéma est dû à un manque d’hygiène.

    FAUX. « C’est le contraire, souvent les personnes atteintes souffrent d’un excès d’hygiène », met en garde Aurélie Du-Thanh. Le savon, les lavages répétés, entraînent « une perte de la couche protectrice à la surface de la peau », ce qui aggrave l’eczéma.

    L’eczéma atopique est contagieux.

    FAUX. Il n’y a pas de bactéries ni de germes, la maladie n’est donc pas contagieuse, ni pour soi ni pour les autres. « Certains patients pensent que, parce qu’ils ont insisté sur un endroit après avoir gratté une plaque, l’eczéma s’est étendu, mais c’est faux, explique la dermatologue. En revanche, ça peut se surinfecter. »

    Chez les familles d’atopiques, l’allaitement est recommandé.

    FAUX. Cela a longtemps été pensé dans le milieu médical, « mais il a été démontré depuis plus de dix ans que l’allaitement ne protégeait malheureusement pas un enfant à risque. Les grandes études épidémiologiques montrent qu’à niveaux de risque équivalents, il n’y a aucune différence », dément Aurélie Du-Thanh.

    L’enfant souffrant de dermatite atopique doit suivre un régime alimentaire spécial.

    FAUX. « Surtout pas, il est au contraire recommandé de diversifier l’alimentation le plus tôt possible, en introduisant la cacahuète dès l’âge de quatre mois, par exemple. » L’objectif : éviter de développer des allergies alimentaires chez des enfants ayant un terrain sensible.

    Les crèmes à la « cortisone » (dermocorticoïdes) sont dangereuses pour l’enfant.

    FAUX. Certaines crèmes sont adaptées à l’enfant et peuvent être prescrites. « Pas toutes, pas n’importe comment ni n’importe où, mais en respectant la prescription et les molécules adaptées à l’enfant », préconise la dermatologue.

    Le stress empire l’eczéma.

    OUI, mais pas directement. Le stress aggrave toutes les maladies inflammatoires. « Effectivement, si un patient est contrarié, il a plus de chances de se gratter et de déclencher une poussée d’eczéma, approuve Aurélie Du-Thanh, mais ce n’est pas le stress en lui-même qui l’aggrave. » En revanche, l’eczéma induit du stress en lui-même, « car on se gratte, car ça se voit, ça obsède, on dort mal à cause des démangeaisons ». Ce n’est pas une relation à sens unique.

    Le soleil améliore l’eczéma atopique.

    VRAI. S’il faut faire attention à ne surtout pas se brûler, l’exposition solaire modérée a souvent une action positive sur l’eczéma. « En tant que dermatologues, il nous arrive ainsi de prescrire des séances d’UV, c’est une pratique qui fait partie des traitements doux, avec les crèmes à la cortisone », souligne la dermatologue.

    Il n’y a pas de traitement efficace contre la dermatite atopique.

    FAUX. « Il ne faut pas abandonner. Il y a aujourd’hui plusieurs solutions qui n’existaient pas il y a encore quelques années », affirme Aurélie Du-Thanh, qui plaide pour réintégrer dans les circuits médicaux les nombreuses personnes qui en sont sorties par dépit. « Beaucoup d’adultes et parents arrêtent de se traiter, ce qui peut leur gâcher la vie ou celle de leur enfant, mais il ne faut jamais se résigner. » Un message important à transmettre.

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  • Préparer ses produits laitiers soi-même : conseils et précautions

    Préparer ses produits laitiers soi-même : conseils et précautions

    Cela a débuté par une discussion avec une amie. Il y a une dizaine d’années Marie-Claude, 62 ans, découvre au détour d’une conversation qu’il est possible de faire ses propres yaourts. Intriguée, elle s’essaye à l’exercice avec succès. Depuis, le rituel se répète plusieurs fois par semaine. Dans sa cuisine de Charenton-le-Pont, en banlieue parisienne, cette ancienne infirmière fait bouillir un litre de lait entier pendant 40 minutes. Elle laisse ensuite le liquide refroidir, puis y ajoute un yaourt nature acheté dans le commerce. Elle brasse le tout et verse le mélange dans des pots en verre qu’elle place dans une yaourtière tupperware qu’elle remplit à hauteur d’eau bouillante. Puis elle referme le couvercle, couvre l’appareil d’un plaid et laisse le tout redescendre en température tranquillement dans sa salle de bain. Douze heures plus tard, ses yaourts sont prêts à être dégustés. Avec son litre de lait et un simple yaourt, Marie-Claude a obtenu huit yaourts qu’elle peut désormais conserver pendant sept jours au réfrigérateur. Généralement, ses produits laitiers ne durent pas aussi longtemps. Son mari et ses deux fils en sont fans. C’est la rançon du succès.

    Simple, économique et écologique

    À l’image de Marie-Claude, de nombreux amateurs de Do It Yourself ont investi le terrain de jeu des produits laitiers. Pour Fanny, l’aventure a démarré il y a neuf ans. À l’époque, la jeune femme qui travaille dans la finance est en pleine reconversion vers le métier de naturopathe. Lors d’une formation avec un micronutritionniste, elle apprend qu’il est possible et même facile de confectionner ses propres produits laitiers. C’est pour elle une révélation. Depuis, elle conseille à ses clients de suivre le même exemple : « C’est simple à mettre en place, économique, écologique. On peut choisir un bon lait bio qui n’est pas issu d’une ferme aux mille vaches », affirme Fanny qui a également dans le viseur les spécialités laitières « bourrées de sucres et d’adjuvants » que l’on retrouve dans les rayons des supermarchés. La naturopathe, basée à Montpellier, ne manque pas d’arguments en faveur des yaourts faits maison. « On peut les préparer aussi bien avec du lait de brebis, de chèvre, de vache. C’est un produit sain et digeste qui contient beaucoup moins de lactose que dans d’autres produits laitiers Et puis on peut lui apporter de bonnes bactéries en utilisant des probiotiques comme ferment », constate Fanny qui a également pour coutume de confectionner ses propres glaces.

    Du beurre, du fromage…

    D’autres se lancent même dans des préparations plus complexes. Ainsi, avec un peu de volonté, un tour de main et un brin d’expérience, il est possible de faire son propre beurre. La confection est un poil plus exigeante que celle du yaourt. Il faut d’abord se munir d’un litre de crème liquide entière, assez riche en matière grasse, la fouetter pendant une quinzaine de minutes, jusqu’à ce qu’elle jaunisse et que les particules de beurre se séparent du petit lait. Ensuite il s’agit de filtrer l’ensemble à l’aide d’une passoire, de rincer à l’eau froide et de la malaxer pour former la motte et de conserver au frais. Rien de bien sorcier ! Faire son fromage frais est aussi possible, mais c’est tout aussi exigeant. Le mari de Marie-Claude s’y est essayé sans succès : « Il avait tenté de faire de la mozzarella maison, mais c’était compliqué, il n’a essayé qu’une seule fois ! »

    et quelques règles d’hygiène

    Quoi qu’il en soit, confectionner ses propres produits laitiers présente de nombreux avantages. Il faut uniquement respecter certains points de vigilance avant de se lancer dans l’aventure. Le premier consiste à bien faire bouillir le lait afin d’éliminer les bactéries potentiellement nuisibles présentes dans le lait cru (ou d’utiliser du lait pasteurisé). Ensuite il s’agit de respecter les règles d’hygiène et de s’assurer que le matériel utilisé est propre pour éviter la contamination croisée. Il faut enfin respecter la chaîne du froid et conserver les yaourts au réfrigérateur après leur fermentation. À vous de jouer !

    Pas d’improvisation

    Veillez à bien respecter les règles de fabrication e de conservation de chaque produit indiquées sur les manuels des appareils utilisés.

  • Mon ado rentre au lycée

    Mon ado rentre au lycée

    Le lycée, dernière étape avant l’âge adulte

    Pour beaucoup, le lycée peut paraître intimidant. Alors qu’ils faisaient partie des « grands », les collégiens fraîchement brevetés vont cette fois tenir le rôle – pour la première année du moins – des « petits ». Pour ne rien arranger, ils entendent souvent dire que le lycée, c’est plus dur, c’est plus strict en termes d’organisation, voire que l’ambiance est radicalement différente. C’est en partie vrai. « On ne peut pas parler de transformation radicale, mais c’est tout de même un cap, un seuil à franchir, reconnaît la pédopsychiatre Marie-Rose Moro. C’est une période pendant laquelle l’élève est appelé à gagner en autonomie. »

    Qu’est-ce qui change exactement ?

    • Les temps de pause : à l’inverse du collège, les lycéens (selon leur statut) peuvent quitter l’établissement à l’heure du déjeuner.
    • Le mode d’apprentissage : le travail est bien moins cadré par le professeur qui ne dicte plus ces cours, obligeant les élèves à prendre des notes.
    • Les échéances : elles sont souvent plus longues et l’enseignant rappelle beaucoup plus rarement que la leçon doit être apprise pour le cours suivant.

    « Sans oublier le bac, le Grand Oral, l’orientation post-bac, le fait qu’ils deviennent adultes, énumère la médecin. Le lycée est certainement la période durant laquelle nos enfants grandissent le plus vite. En moins de trois ans, ces adolescents se transforment en préadultes, prêts à explorer le monde. » Que ce soit physiquement ou mentalement, ils mûrissent et développent leur vie sociale à vue d’œil. 

    Apprendre à choisir pour mieux s’épanouir

    Pour aider les ados à bien démarrer leurs années lycée, il est primordial que les parents les préparent à choisir. « Choisir en fonction de leurs intérêts, de leurs envies, et non de manière pragmatique, précise Marie-Rose Moro. Le pragmatisme n’a jamais aidé les jeunes à grandir. Pour cela, ils doivent être actifs, ils doivent avoir envie, ils doivent avoir le sentiment que c’est eux qui grandissent. Ils n’ont nullement besoin qu’on leur dise comment ils doivent grandir et quels doivent être leurs choix. » Or au lycée, les choix ne manquent pas. Avant l’étape « Parcoursup », il y a déjà les diverses spécialités qui définissent l’emploi du temps des élèves (pour ne pas dire leur vie). Des spécialités qu’ils doivent choisir très vite. Ce fonctionnement, Marie-Rose Moro le regrette profondément, remarquant la disparition progressive de la notion de classe. « L’ado se retrouve avec celles et ceux qui font le même parcours que lui, des personnes avec qui il n’est pas nécessairement ami, explique-t-elle. La classe est un support extrêmement important pour l’enfant. C’est en classe qu’on grandit ensemble et qu’on s’appuie les uns sur les autres. » La pédopsychiatre parle même d’une libéralisation du lycée où les filières sont choisies de façon très individualiste. « Et si, par malheur on se trompe, si l’on veut changer, c’est l’enfer, déplore-t-elle. Comme si on ne pouvait pas tomber de vélo et se relever… Je trouve que les lycéens ne sont pas suffisamment préparés à cela. Ils choisissent souvent leur parcours de manière passive et se sentent souvent seuls. »

    C’est pourquoi les parents doivent, selon elle, se positionner en tant qu’alliés. Ils doivent se présenter comme « des tuteurs » et non comme « des décideurs ». Sans surprise, c’est une fois de plus la communication et le cadre qui valent. Deux outils « primordiaux », car arrivés à cet âge, l’autorité parentale s’effrite et ne se décrète plus. « Il faut certes protéger nos ados mais de manière raisonnée, estime Marie-Rose Moro. Or, pour ça, il faut parler : “Oui, tu pourras aller à des soirées, mais à quel moment, et jusqu’à quelle heure, etc.” Il ne peut y avoir de liberté sans règles. »

    Être parents d’enfant, avant d’être parents d’élève

    Mais pour quelle raison les parents stressent-ils autant – voire plus – que les ados lorsqu’ils rentrent au lycée ? Pour Marie-Rose Moro, il en va de la représentation que les parents ont de l’école et de la place de l’école dans le devenir des enfants. « Bien sûr que l’école est importante pour les jeunes, poursuit-elle. Mais justement, il faut que les apprentissages se fassent de la manière la plus agréable et la plus souple possible, et non dans la contrainte. » Elle ne fait que le répéter : « Le stress n’a jamais aidé à quoi que ce soit. » À travers ses nombreuses consultations, elle remarque que les parents sont immédiatement dans l’après, au risque d’oublier l’importance de la scolarité. « Principalement parce qu’ils projettent sur leurs enfants. Mais surtout, ils oublient qu’au-delà des connaissances, l’école sert à la construction de la vie sociale, au bien-être de l’enfant et à son bonheur… Ce qui, à mon avis, conditionne l’apprentissage. L’expérience d’enfant et d’élève heureux est essentielle pour la suite. »

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  • Mon enfant rentre au collège

    Mon enfant rentre au collège

    Ça fait un moment qu’on leur en parle : en septembre, les choses sérieuses commencent. « Entre ma rentrée en sixième, mon frère qui passe au CP et ma sœur qui entre en petite section, ça faisait beaucoup de nouveautés, raconte Julie, ancienne élève du collège Le Racinay dans les Yvelines. Je n’arrêtais pas de refaire et défaire mon cartable. Je vérifiais tout, je craignais d’oublier quelque chose. J’avais une boule au ventre et en même temps, j’étais impatiente d’être au collège. Ce n’était plus la petite école familiale dans laquelle j’avais étudié cinq ans, non, j’arrivais chez les grands. » Pédopsychiatre et professeure à l’université Paris-Descartes, Marie-Rose Moro ne connaît que trop bien cette angoisse de la rentrée « chez les grands ». Une appréhension tout à fait normale tant les changements sont grands et importants.

    Qui dit nouveau lieu, dit nouvelles règles

    Le passage entre l’école et le collège est le plus intense. Une fois en sixième, rien n’est plus comme avant : les enseignants sont tous différents en fonction des matières, les cours ne se déroulent plus dans une seule salle de classe, le règlement intérieur est strict (on a tous connu la peur d’être sanctionné avec un mot dans le carnet de correspondance, ou d’arriver en retard en se perdant dans l’établissement), la cantine se transforme en « self », le latin est au programme, la quantité de devoirs s’intensifie, les résultats scolaires deviennent un enjeu important… Les changements sont aussi nombreux et éprouvants que ceux de la puberté.

    « Là où en primaire l’enfant est plus passif et peut se contenter d’écouter en classe pour intégrer les apprentissages, au collège, il doit être beaucoup plus actif, indique la pédopsychiatre. Il doit savoir ce qu’il doit faire, où il doit le faire et quand il doit le faire. Il doit aussi apprendre à gérer le fait que ses profs peuvent être contradictoires. Certains vont demander beaucoup de participation, d’autres non. Certains seront plus sévères que d’autres… Pour résumer, au collège, le point fixe, c’est l’enfant. Alors qu’à l’école primaire, c’était l’institutrice. »

    Le chemin de l’autonomie

    L’entrée au collège, c’est aussi le moment pour certains enfants de s’y rendre sans être accompagnés par leurs parents, à pied, à vélo ou en transport en commun. Marie-Rose Moro conseille de faire ce trajet maison-collège plusieurs fois avec eux avant la rentrée, en leur donnant des repères et des conseils d’organisation : « Voilà le chemin que tu vas faire l’année prochaine ; ah, regarde, on est arrivé au collège, tu vois, finalement, ce n’est pas si long ; tu peux prendre ce raccourci ; tu passes devant la maison de grand-mère ; voilà le temps qu’il te faut en tout pour t’y rendre… C’est bien de commenter chaque étape, explique-t-elle. En sixième, on doit pouvoir faire le chemin tout seul. On doit devenir actif, autrement dit, être capable de partir à l’heure, de mettre la clé de la maison dans son sac, de trouver un copain ou une connaissance pour faire le trajet ensemble… Toutes ces choses s’organisent et s’anticipent. »

    Petit « tip » : vous pouvez réaliser ce trajet en vous rendant aux journées portes ouvertes. Enfin, laissez-le faire seul une première fois en le suivant discrètement, afin de confirmer son autonomie.

    Se préparer, mais pas en vacances

    Une telle étape peut stresser l’enfant, mais force est de constater que les parents ne sont pas beaucoup plus détendus. « J’ai récemment eu une préadolescente en consultation et ses parents ont commencé à dire qu’elle n’était pas prête pour le collège, raconte Marie-Rose Moro. Quand je me suis retrouvée seule avec elle, elle m’a confié que c’était “l’enfer” et qu’elle avait l’impression d’aller dans la gueule du loup… » Pour éviter de communiquer ce stress, les parents souhaitent à tout prix s’organiser. Ça se comprend. Mais attention : pas question d’utiliser les vacances scolaires pour préparer la rentrée.

    « Les enfants doivent pouvoir partir tranquillement sans qu’on leur sorte les cahiers de vacances pour éplucher le programme de mathématiques niveau sixième… », avertit la pédopsychiatre qui estime que les vacances doivent être une réelle rupture. Au fond, le message que les parents doivent délivrer est le suivant : oui, c’est un changement important, mais on te fait confiance, on sait que tu es prêt·e.

    Au-delà des nombreux enjeux qu’implique la rentrée au collège, difficile de ne pas aborder un sujet plus grave qui, ces dernières années, a beaucoup fait l’actualité : le harcèlement scolaire. Comment faire ? « Créer une ambiance [avant septembre] où la règle serait le harcèlement, je ne suis pas sûre que ce soit la bonne attitude, avertit Marie-Rose Moro. Je suis vraiment sensible au fait que les enfants aient des préoccupations qui sont celles des adultes. Ça me paraît trop lourd pour eux, je serais donc prudente. Il vaut mieux leur dire : “S’il y a quoi que ce soit, on sera toujours là, c’est important pour nous que tu sois bien au collège et si tu n’es pas bien, il faut que tu nous en parles, on pourra alors répondre à toutes les questions que tu te poses.” »

     

    50 questions sur les bébés, les enfants, les adolescents : Comment devenir des parents ordinaires ici et dans le monde, de Marie-Rose Moro (2021)

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  • Le volontariat rural pour les jeunes

    Le volontariat rural pour les jeunes

    En quinze ans d’existence, le service civique a connu une popularité croissante. Rien qu’en 2024, 150 000 jeunes ont rejoint à ce titre de nombreuses structures – associations, collectivités ou entreprises – durant 6 à 12 mois. Si certaines de ces « missions » s’effectuent en ville, il est également possible de sillonner la France rurale en travaillant pour des organismes locaux à faire vivre des initiatives dans les villages. C’est d’ailleurs la mission que s’est donnée InSite, une association ayant noué des partenariats avec des collectivités pour proposer à des jeunes entre 18 et 30 ans un « volontariat rural » sous la forme d’un service civique.

    « Un engagement mutuel qui permet de créer du lien »

    L’objectif ? Faire vivre des « initiatives culturelles, sociales et environnementales » pour « créer du lien social avec l’ensemble des habitants et mettre en pratique un art de vivre ensemble, respectueux du vivant ». Les missions proposées par InSite sont construites avec les acteurs locaux pour identifier les besoins du territoire. Après avoir lancé son action en Occitanie en 2019, InSite a étendu son offre dans plusieurs régions et entend apporter aux communes l’aide dont elles ont besoin, tout en faisant découvrir des « initiatives rurales porteuses de sens » aux jeunes. Ceux-ci peuvent ainsi participer au lancement et à l’animation d’un tiers-lieu à Argiusta-Moriccio (Corse), animer des activités participatives sur la biodiversité à Aube (Moselle), ou encore participer à la valorisation du patrimoine dans la vallée des peintres à Cuzion et Saint-Plantaire (Indre), tout en étant logés sur place.

    Plusieurs organismes pour faire du volontariat

    InSite n’est pas la seule association à mettre l’accent sur la vitalité des territoires ruraux. C’est également le cas de Familles rurales, qui, entre autres activités, envoie chaque année 150 jeunes en service civique rural sur le territoire français. « Nous proposons des missions allant de l’accueil périscolaire à la lutte contre l’isolement des personnes âgées, en passant par la création et l’animation d’espaces de vie sociale pour les familles », détaille Vincent Clivio, directeur du développement de la vie associative chez Familles rurales. Le responsable souligne que, dans la globalité, « les structures locales ont une évaluation positive » de ces expériences. Faire participer des jeunes à ces initiatives permet de « bousculer les choses établies, d’apporter une perspective nouvelle ». Pour ces derniers, « c’est un engagement mutuel qui permet de créer du lien et de désinhiber des jeunes qui n’ont pas confiance en eux en leur proposant une mission qui a une utilité sociale forte ».

    Une expérience bénéfique

    De fait, les retours des jeunes sont souvent très satisfaisants, « même pour ceux qui sont en échec, car on n’attend pas d’eux une réussite de type scolaire, mais une capacité à créer du lien ». Emma a ainsi effectué une mission à la Fédération de l’Aveyron de Familles rurales il y a quelques années, durant laquelle elle a aidé les associations locales à créer et à utiliser des sites Internet et à se développer sur les réseaux sociaux. Une expérience bénéfique, qui a permis à la jeune femme de « faire une pause » avant d’avoir à se décider sur la direction qu’allaient prendre ses études et de « se recentrer sur (elle)-même » pour « découvrir une autre voie » possible.

    De son côté, Julien a réalisé un service civique à Jarville-la-Malgrange (Meurthe-et-Moselle) en 2021. Son objectif : « Réaliser des vidéos de promotion du bénévolat et les offrir à des associations pour les aider à donner envie ». Âgé de 19 ans à l’époque, le jeune homme a également contribué à la « mise à disposition de tablettes numériques pour les personnes âgées isolées ». Une initiative essentielle au moment où le Covid-19 limitait les possibilités d’interaction sociale et où il était « très important de garder le contact ».

    « Se rendre utile et développer le sens du contact »

    En 2021 encore, Roxane a passé plusieurs mois dans le Maine-et-Loire pour aider à construire des projets d’activités pour séniors. Un moyen, selon elle, de se « recentrer sur des valeurs qui sont miennes : la bienveillance, l’entraide, le respect » et qu’elle a trouvées dans ces missions, mais aussi « de se rendre utile et développer le sens du contact », tout en ayant l’opportunité de « redéfinir » son projet professionnel.

    Des expériences enrichissantes, pour les territoires comme pour les jeunes qui s’y engagent. Pourtant, à l’été 2025, le service civique est victime, comme nombre d’autres secteurs, des coupes budgétaires destinées à redresser les finances publiques. « On nous demande de diminuer de 18 % le nombre de nos missions », révèle Vincent Clivio, qui s’inquiète de « la perte du lien social » qui pourrait ainsi être engendrée.